CHAPITRE XVIII
Correspondance de Ducoudray. — Girard. — Martinet. — Ranguis.
— Bigex. — Vela't. — Myans. — Bonaventure Rosset. — Passy. — Lacombe.. — Les frères Rey. — Francoz. — Dufreney. ■ — Cathiard.
— La fdle de Maglans. — Chapellet. — Dubouloz. — Michel. — Laclienal. — Pignarre. — Benoit Guillet. — De Rolland. — Collomb.
— Rev et Pollet. — Besson. — Gerdil. — Comité révolutionnaire.
Avant de terminer l'année 1797, nous croyons devoir insérer ici un résumé de la correspondance de l'avocat Ducoudray, commissaire du directoire du département. On y verra combien la persécution contre les prêtres fut active et violente en Savoie pendant toute cette année 1797, et à combien de dangers s'exposaient les courageux missionnaires qui revenaient de l'émigration pour exercer les fonctions du saint ministère et surtout pour administrer les mourants. Ducoudray était certainement lui-même un révolutionnaire exalté ; néanmoins il faut bien reconnaître qu'il ne se montrait si ardent persécuteur que parce qu'il savait parfaitement que les dispositions du directoire général du département et celles des directoires de district et celles des commissaires de canton étaient les mêmes que les siennes. On appelait réfractaires tous les prêtres qui avaient refusé de prêter le serment prescrit par la proclamation du 8 février 1793. Dans les interrogatoires, on ne parlait jamais du serment d'Albitte ; on le regardait comme illégal , Albitte l'ayant imposé de son autorité. Les réfrac-
taires étaient, au fond, des hommes honorables qui avaient tout sacrifié pour Dieu.
A la fin de septembre 1796, il y avait vingt prêtres dans les prisons de Chambéry , qui attendaient le moment de leur déportation; de ce nombre se trouvaient MM. Rey Claude-Humbert , curé de Francin ; Lasalle François , chanoine d'Aix ; Chapellet François , curé de Coise ; Donat François , curé du Noyer; Antoine François, curé de Cramves; Duchêne Jean-Claude, curé de Combloux ; Revillod Charles, vicaire de Taninges; Besson Hippolyte, vicaire de Grésy; de Chavassine François-Joseph, vicaire de la Muraz; Josserand Gaspard, capucin; Berard Joseph, curé de Pallud.
Le 9 avril 1797, le citoyen Ducoudray, commissaire du directoire du département, écrivait au commissaire du canton de Conflans que le nommé Girard avait été accusé auprès du ministre de la police d'entretenir des correspondances avec les émigrés et d'intriguer pour servir la cause des contre-révolutionnaires. Il demande des renseignements et surtout il désire beaucoup connaître le lieu de sa retraite pour pouvoir le faire arrêter.
Le 19 avril, Ducoudray écrit au commissaire du canton de Saint-Gervais de ne rien négliger pour faire arrêter le nommé Jean-François Girard, ex-curé de Contamines.
Le 23 avril , il écrit au commissaire du canton de Bellentre : « J'apprends que les réfractaires exercent un empire absolu dans les contrées de la ci-devant Taren taise ; que le nommé Martinet, leur chef, est un homme des plus dangereux ; les mesures les plus efficaces doivent être prises contre ces ennemis du gouvernement républicain ; je vous invite à ne rien négliger pour les faire arrêter. En agissant tous avec fermeté, vigueur et prudence, on parviendra
peut-être à déjouer les projets de ces féroces ennemis de notre liberté. »
Le même jour , il écrit au commissaire près le canton d'Aimé : «Je suis instruit, par toute autre voie que la vôtre, que les réfractaires, dirigés par un nommé Martinet, leur complice et leur chef, affluent dans votre canton, où ils achèvent de pervertir l'esprit public ; qu'ils ont fait, sous vos yeux et ceux des agents municipaux , des missions, notamment à Macot ; votre silence à ce sujet est bien blâmable. J'espère que vous réparerez cette conduite en faisant arrêter sur-le-champ tous les prêtres rebelles aux lois , qui se trouvent dans votre canton. »
On voit par une lettre du même commissaire au commissaire du canton de Moûtiers, du 3 mai 1797, qu'il y avait eu jusqu'alors deux prêtres constitutionnels qui exerçaient des fonctions ecclésiastiques dans l'église paroissiale de Moûtiers ; il se plaint amèrement de ce qu'ils ont été empêchés de continuer , on ne sait par qui. « Dites à ces ministres, ajoute-t-il, que ceux qui ont prouvé. leur attachement à la République méritent appui et protection. »
Le 22 mai 1797, il écrit au commissaire près le canton d'Annecy qu'il a transmis à l'accusateur public près le tribunal criminel la lettre qu'il en a reçue, relative au nommé Ranguis, ex-curé d'Annecy et réfraetaire, qui venait d'être arrêté par la gendarmerie et qu'il lui avait adressé en même temps tous les procès verbaux. M. Ranguis fut arrêté chez le citoyen Laturaz, d'Annecy ; il subit un interrogatoire, ainsi que le sieur Laturaz, devant le citoyen Pissard, administrateur municipal.
Le 23 mai , Ducoudray écrivait au commissaire du canton de Doussard qu'on lui avait dénoncé les propos inciviques et respirant le fanatisme le plus pur , tenus par le
réfractaire Bigex dans l'église de Doussard, où il fait encore les fonctions de curé. Il ajoute qu'il a soumis le tout au conseil du département, afin qu'il prît contre ce rebelle les mesures que la sûreté publique exigeait.
On voit par une lettre du même commissaire que M. Vêlât , grand-vicaire de Tarentaise jusqu'à la mort de Msr de Montfalcon , avait résidé à l'Hôpital du 13 avril 1793 au 15 mars 1794, et dès lors à Allondaz jusqu'au 30 mars 1795. Il demande des renseignements pour savoir s'il a émigré depuis lors. On peut conclure de là qu'il avait prêté le premier serment et non celui d'Albitte ; en effet, il ne figure pas sur le tableau.
Le 13 juillet 1797, le citoyen Ducoudray écrivait au commissaire près la commune de Chambéry qu'il savait que les prêtres réfractaires détenus au ci-devant évêché s'étaient permis d'exercer le culte et même de prêcher des maximes contraires au gouvernement; il l'invite à prendre les mesures les plus efficaces pour réprimer un tel abus.
Le 30 août, il écrivait au juge de paix du canton de Chambéry : « On m'apprend que le nommé Mierne (sic) , ci-devant prieur de la chartreuse cl'Aillon , appelé ce matin auprès du citoyen Leborgne , marchand épicier , a exigé de lui une renonciation formelle et par écrit à l'acquisition par lui faite d'un domaine national ecclésiastique. Je vous invite à informer sans délai contre ce grave délit. Vous pourrez interroger le citoyen Boisset, médecin, qui était présent. »
Le 8 septembre 1797, il disait au commissaire des Marches : « Vous devez emffêcher que le public ne soit trompé cette année comme il l'a été l'année passée. Invitez l'administration à faire publier un avis pour prévenir les citoyens. Si cela ne suffit pas, vous requerrez l'agent
municipal de saisir les offrandes; l'administration en fera l'usage convenable; si la force armée est nécessaire, vous en ferez la demande au commandant de la place ou à l'administration centrale. »
Le 1 3 septembre , il envoyait au bureau central de Lyon trois signalements du nommé Bonaventure Rosset, qui s'était évadé des prisons de Chambéry : « Ce grand assassin étant soupçonné , dit-il , de s'être retiré à Lyon , je vous prie de donner les ordres les plus pressants pour qu'il soit recherclié, arrêté et conduit ici sous bonne escorte. » Le 16 septembre, il invitait le commissaire de Viry à faire circuler les signalements des scélérats qui avaient participé aux cruels assassinats commis à la Hanche.
Le 4 octobre 1797 , il écrivait au commissaire du canton de Cluses : « Ce ne doit plus être impunément que les réfractaires enfreignent la loi ; il faut déployer la plus grande activité pour les arrêter et les livrer aux tribunaux. Ne négligez rien pour que le prêtre Passy ne pousse pas plus loin son audace ; afin qu'en recevant la punition qu'il mérite, il serve d'exemple aux autres. » Après le Concordat, M. Passy a été nommé curé de Moûtiers. C'était un homme d'un mérite distingué.
Le 5 octobre, il écrivait au citoyen Vincent, commandant de la place d'Annecy : « Je vous requiers de donner de suite les ordres nécessaires pour faire arrêter et traduire ici le nommé Lacombe, abbé, exerçant les fonctions du culte à Sévrier ; je vous recommande de prendre toutes les précautions possibles pour son arrestation et sa traduction ici. »
« J'apprends que les trois frères Rey, prêtres déportés, disait-il dans une lettre au commissaire du canton de Saint- Alban le 25 octobre, ont célébré la messe dans l'église de
Thoiry le 16 octobre dernier, à dix heures du matin, et qu'il existe sur le pont de Laisse une croix de fer; je vous invite à prendre de suite des renseignements sur les lieux où se retirent ces réfractaires , d'employer tous les moyens possibles pour les faire arrêter et traduire devant les tribunaux, comme aussi de faire abattre la croix dont il s'agit. » Dans le même temps il disait au commissaire près le canton de Chambéry : « J'apprends que les prêtres réfractaires portent l'audace jusqu'à se montrer dans cette commune et même à y dire la messe. Rappelez aux officiers de police qu'il est temps que les employés de la République fassent leur devoir; je vous indique les maisons Morand , Salins, Favre, de la Croix-Rouge, comme recelant d'habitude des prêtres réfractaires.
Le 3 novembre 1797, il écrivait au commissaire du Châtelard : « Je sais que beaucoup de réfractaires se sont retirés dans votre canton et clans celui de Lescheraine; que le prêtre Jean Francoz réside habituellement dans la commune de Jarsy et qu'il entretient des correspondances avec le prétendu évoque Paget. Aussitôt la présente reçue , vous vous rendrez, avec la gendarmerie de votre canton, le plus secrètement possible , à la cure de Jarsy ou autre maison où vous soupçonnerez qu'il réside, pour le saisir lui et sa correspondance. » Le même jour , il recommandait au commissaire d'Argentine de faire de suite arrêter et traduire à Chambéry le nommé Antoine Dufreney, curé de Saint-Georges d'Hurtières , qui avait rétracté son serment constitutionnel.
Le 13 novembre, il invitait le commissaire du Châtelard à méditer et à arrêter son plan pour opérer l'arrestation tant du prêtre Jean Francoz que de tous les autres qui pouvaient être réfugiés dans son canton.
Le 19 novembre , il écrivait au commissaire de la Biolle : « Je suis instruit que le prêtre Cathiard réside à Cessens chez le nommé Claude Janin ; aussitôt la présente reçue, vous le ferez arrêter et me rendrez compte du résultat de vos démarches. »
Dans une lettre du 30 novembre , il parlait au commissaire de Cluses de la prophétesse de la commune de Magland; il lui recommandait de faire arrêter le prêtre Saillet et autres, qu'il soupçonnerait résider dans la commune et se servir de la faiseuse de miracles pour tromper la crédulité publique. « Vous pourrez au besoin requérir la force armée , ajoutait-il, mais il faudra vous en servir avec prudence et circonspection. »
Le 1er décembre 1797 , il écrivait au général Pouget à Carouge : « J'ai reçu votre lettre du 8 de ce mois avec le saint envoi que vous m'avez fait; les prêtres et leurs outils ont été envoyés à l'accusateur public. Les cantons du Faucigny sont infectés de prêtres. Je vous prie d'envoyer une compagnie à Sallanches et de la faire commander par des officiers sûrs. Le citoyen Bouvard, commissaire près le canton de Saint-Gervais ,* me marque que, pourvu qu'il ait de la force armée, il parviendra à en arrêter plusieurs. »
Le 3 décembre , il recommandait au commissaire de Sainte-Hélène du Lac de prendre avec lui la gendarmerie de Montmélian , de se rendre de suite à Coise pour mettre en arrestation le prêtre Chappelet, ci-devant curé dudit lieu, et le traduire dans les prisons de Chambéry. « Je vous recommande cette arrestation, ajoute-t-il, et vous invite à ne rien négliger pour y parvenir. J'espère que l'arrivée du réfraetaire me prouvera l'efficacité des mesures que vous aurez prises. »
Le 9 décembre , il écrivait au citoyen Bouvard , commis-
saire du canton de Saint-Gervais : « D'après l'avis que vous me donnez, que le ci-devant grand-vicaire Dubouloz a paru dans votre canton et qu'il continue , au mépris de la loi du 19 fructidor, à habiter le territoire de la République , je vous invite à ne rien négliger pour découvrir l'asile où il se réfugie , requérir la force armée et vous en emparer. C'est en purgeant notre sol de ces prédicants fanatiques que nous parviendrons à assurer l'exécution des lois. »
Dans une lettre du 1 4 décembre , il disait au commissaire de Saint-Jean de Belleville, qu'il était très étonné de n'avoir pas été instruit de l'attentat commis dans son canton par un attroupement de femmes qui s'étaient permis d'enlever des mains de l'administration le prêtre Michel, réfractairc « J'espère, ajoutait-il, que vous n'avez pas l'intention de soustraire à la poursuite des tribunaux les fauteurs d'un pareil délit. »
Le 15 décembre, il accusait réception au commissaire de la Biolle de la correspondance du prêtre Cathiard : « Je vous invite, ajoutait-il, à ne rien négliger pour parvenir à l'arrestation de ce réfractaire; je suis autorisé à vous promettre le remboursement des frais que pourrait vous occasionner sa poursuite. »
« Il est fâcheux, écrivait-il au commissaire d'Aix le 17 décembre , que votre surveillance, quoique très active, ne vous ait pas encore procuré l'arrestation du prêtre Lachenal ; mais puisque vous croyez que l'appât du gain pourra déterminer quelques individus a vous faciliter les moyens de le saisir, je vous autorise à promettre deux louis à celui qui y parviendra. Je vous assure à vous-même le remboursement des frais que vous occasionnera sa poursuite. »
Le 2i décembre, Ducoudrav répondait au concierge des prisons que Jacques Pignarre, Humbert Darmand, Gail-
land, Richardet, curé d'Epersy, et Sigismond Crcsscnt, tous prêtres réfractaires , devaient rester en prison jusqu'à ce que le ministre eut prononcé sur la question d'incompétence qui lui avait été soumise.
Le 2 janvier 1798 , il écrivait au commissaire de Cluses : « Vous ne devez rien oublier pour faire arrêter Dubouloz ; vous êtes autorisé à promettre 150 fr. à celui qui parviendra à l'arrêter, mais vous comprenez qu'il faut du secret. »
Peu de jours après , il écrivait au président de la République française en Valais : « Je gémis de ce que nos montagnes sont encore infectées de prêtres. Depuis longtemps je demande des troupes pour les poursuivre ; j'espère être bientôt en mesure. Je recommande à votre vigilance le nommé Dubouloz, ci-devant grand-vicaire du diocèse d'Annecy; depuis longtemps je le fais poursuivre; je n'ai pu parvenir encore à le faire arrêter. Il réside ordinairement sur l'extrême frontière du département, et lorsqu'il s'aperçoit qu'il est poursuivi, il fuit en Valais. Cet homme est très dangereux; il serait à propos de le demander au gouvernement du Valais. Cette mesure ferait le plus grand bien à ce département et le délivrerait du plus ardent persécuteur des républicains. »
Dans le même temps, Ducoudray mandait aux commissaires de Montmélian et de Saint-Pierre d'Albigny : « Je sais que le réfractaire Guillet fait de fréquentes incursions dans votre canton, où il réside plus habituellement qu'ailleurs; que lorsqu'il est absent, le nommé Saint- Jean, cordonnier de .Montmélian, est l'intermédiaire de sa correspondance avec les autres prêtres1. Engagez à prix
1 M. André Droge , dit Saint-Jean, était l'un des plus zélés conducteurs de missionnaires pendant la persécution. 11 est mort à Montmélian en 1830.
d'argent ledit Saint-Jean à vous faire connaître le repaire de ce prêtre, et si vous ne pouvez y réussir, faites le surveiller afin que ses démarches puissent vous révéler le lieu de sa retraite. Je vous rembourserai l'argent que vous aurez avancé pour cela. Les renseignements que je vous donne sont sûrs. J'espère que vous en profiterez pour purger votre canton d'un si dangereux -ennemi de la République. »
Les commissaires Carelli et Ducoudray étaient certainement très ardents à poursuivre les prêtres; mais ils n'étaient pas seuls dans cette disposition. Thomas Heurteur, régisseur des biens du Béton, dénonça le vicaire de Châteauneuf, qui s'avisait de confesser en secret; il demanda à l'administration du district une commission pour aller lui-même avec des gendarmes le chercher et l'arrêter, ce qui lui fut accordé : Delabaye , président; Gabet, secrétaire.
M. Jean-Michel Rolland fut accusé d'avoir fait des exhortations contre l'acquisition des biens nationaux et d'avoir fait faire abjuration au prêtre Michaud, constitutionnel. Pour parvenir à le faire arrêter , l'administration du district de Chambéry fit imprimer son signalement et en envoya à Annecy cent cinquante exemplaires , à Thônes cent , à Cluses cent et à Carouge cent.
Les habitants de Rumilly furent accusés auprès du directoire du département de s'être insurgés contre une compagnie de grenadiers du 2e bataillon de l'Oise, qui avait arrêté ,un prêtre réfractaire, surpris à célébrer la messe dans l'église paroissiale le 25 mars 1797; un homme fut tué dans cette émeute. Le prêtre arrêté était .M. Collomb, dont nous parlerons ailleurs.
Le citoyen Curtelin , agent national près le district de Chambéry, se servait d'un nommé Benoit (iuicherd pour
découvrir et lancer les prêtres ; Guicherd trouva la retraite de deux, MM. Rey et Pollet ; on lui compta pour cela 30 fr. en numéraire. Lancer les prêtres, c'était se mettre à leur poursuite pour les arrêter,
Au mois de septembre 1797, les gendarmes se présentèrent chez M. de Mouxy, à Grésy sur Aix, pour arrêter le prêtre Besson. Ne l'ayant pas trouvé, ils s'emparèrent du calice et des ornements; mais ils furent assaillis et maltraités par plus de quatre-vingts paysans.
On trouve au nombre des prêtres arrêtés en 1797 les nommés Jacques Pignarre, Hugues Richardet, Humbert Darmand, Pierre Thorens, Pierre-Louis Gurliaz, Joseph- Marin Cartier, Pierre-François Bcrthod, Joseph Gallay, Michel Rey et Sigismond dressent. Le directoire du département les retint quelque temps en prison; mais au mois de décembre 1797, il se décida à condamner à la déportation tous ceux qui n'avaient pas soixante ans.
La même année , on arrêta le prêtre Gerdil dans le canton de Taninges. On assure que le commissaire Garin en fit arrêter trente, du 4 septembre 1797 au 6 février 1798. Le général Pouget , qui résida quelque temps à Carouge, organisa et mit à la poursuite des prêtres réfractaires une colonne mobile de cinq compagnies. Il n'est pas étonnant après cela qu'un si grand nombre de missionnaires aient été arrêtés en 1797 et 1798.
L'agent national de la municipalité de Chambéry disait un jour dans un rapport, que Von chantait journellement dans les maisons de détention des psaumes, des litanies et autres stupidités inventées par le fanatisme et la superstition; qu'il serait dangereux de tolérer de pareilles extravagances dans un régime républicain , et qu'il fallait prendre les mesures nécessaires pour faire cesser les bruits
de cespsalmodieurs et y substituer des chants patriotiques.
Ceux qui poursuivaient ainsi les missionnaires avec tant d'acharnement, étaient puissamment aidés par les comités révolutionnaires. D'après une loi du 1er ventôse an m, il devait y avoir dans chaque district un comité révolutionnaire, composé de douze membres nommés par les représentants du peuple. Ces comités étaient chargés de surveiller les suspects , les prêtres réfractaires et les émigrés; d'observer tout ce qui pouvait retarder la marche de la révolution et de dénoncer à qui de droit. Ils pouvaient môme, dans certains cas, décerner des mandats d'arrêt; leurs principales fonctions consistaient à espionner et à dénoncer officiellement. C'était l'institution la plus révolutionnaire et la plus immorale qu'il fut possible d'imaginer. Il fallait avoir un caractère vil et ignoble pour accepter une pareille mission.
Dans une lettre du 30 nivôse an vi (19 janvier 1798), Ducoudray écrivait au commissaire du canton d'Aix : « Il existe encore une croix de pierre à Mouxy; il faut la faire disparaître , vous pourrez requérir pour cela la gendarmerie avec telle plus grande force armée que vous jugerez nécessaire. Il faut profiter des circonstances pour enlever tous les signes de culte qui resteraient encore exposés, en détruire ou altérer si bien les pièces qu'on ne puisse jamais les rétablir. Le plus sûr moyen pour cela est d'en brûler les bois, de briser les fers et les pierres, de suite pour en détruire jusqu'au souvenir, afin qu'il n'en reste pas le moindre vestige; et quant aux pierres de cette croix de Mouxy, il faut, après les avoir brisées , en combler les ornières du chemin. » On ne pouvait pas porter plus loin les précautions pour détruire tout souvenir de religion.