‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique du diocèse de ChambéryChapitre 22 sur 61 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Déportations. — Joseph Berard. — Le commissaire Carret. — Bétemps Pierre-Joseph. — Bouvier Jean-Baptiste. — Ravoire Antoine. — Guerraz Pierre. — Chevalier Jean-Claude. — Cartier Jean. — Mainiin Claude-Louis. — Girard Maxime. — Ducruet Antoine. — Collomh Jean-Louis. — Piénoz Jean. — Berard Etienne. — Bétemps Jean- François. — Terasson Christophe. — Chavoutier François. — Favre de la Croix-Rouge. — Ulliel Martin. — Blanc Charles. — Mitt'on Fjançois. — Gabet Pierre. — Dufreney Antoine. — Dalexandry Christophe. — Le commissaire Lecomte.

Le gouvernement du Directoire a duré en France quatre ans douze jours, du 27 octobre 1795 au 1er novembre 1799. La Convention avait d'abord chaudement protégé l'Église constitutionnelle; mais, en 1794, elle se proposa d'établir l'athéisme et d'abolir complètement toute religion et tout culte. Le Directoire se montra animé des mêmes principes ; en 1 797 , la persécution parut s'adoucir pendant quelque temps; mais au 18 fructidor an v (4 septembre 1797), elle se ralluma avec plus de violence qu'auparavant, avec cette différence qu'au lieu de guillotiner, comme la Convention, le Directoire se bornait à déporter.

Dans le département du Mont-Blanc, c'est l'administration centrale qui avait mission de faire chaque jour l'application des principes du Directoire ; nous n'avons pu nous procurer les procès - verbaux de ses travaux pendant l'année 1798; il paraît qu'ils ont péri dans l'incendie du château , arrivé le 13 décembre 1 798. Ayant été plus heu-

reux pour ceux de 1 799 , nous les avons analysés avec soin. Quoique nous nous soyions proposé dans ces Mémoires de parler principalement de ce qui concerne le diocèse de Chambéry, cependant nous avons cru utile de faire le résumé de ces procès-verbaux pour tout le département. On remarquera , en lisant ces analyses , qu'il n'y a eu que très peu de prêtres dans le diocèse de Genève qui aient prêté le serment en 1793; il faut l'attribuer à la belle déclaration de principes rédigée par M. le grand-vicaire de Thiollaz aussitôt après la proclamation du 8 février. On doit lui en conserver une éternelle reconnaissance. Il est vrai qu'il l'a payée cher; il fut arrêté peu de jours après et traité avec une grossière brutalité; mais on ne paye jamais trop cher le mérite d'une action honorable.

Les membres de l'administration centrale ont été à peu près les mêmes pendant toute l'année 1799. C'étaient les citoyens Bavouz, président; Emery, Gilbert, Démaison fils , Lasalle , Bellemin et Reymond , administrateurs ; Garin, commissaire du directoire exécutif; Palluel , secrétaire en chef. Lasalle était un cordelier défroqué; Reymond ne doit pas être confondu avec Georges-Marie Raymond, professeur de mathématiques. Le 18 août 1799, le citoyen Garin a été remplacé, en qualité de commissaire du directoire exécutif, par le citoyen Ducoudray ; M. Palluel ne figure ici que comme un jeune secrétaire intelligent. Tous ces membres de l'administration centrale n'étaient qu'une pléiade de révolutionnaires émériles, sans aucun reste apparent de principes religieux , très disposés à exécuter en tout les ordres du Directoire. Elle s'en vantait elle-même; le 20 septembre 1799 , le président écrivait au représentant du peuple Philippe : « L'arrestation et la traduction à l'île de Rhé de plus de soixante-treize prêtres

réfractaires et la réclusion de douze autres comme sexagénaires prouvent bien que cette administration n'est pas en retard de remplir ses obligations. » Nous allons résumer ici les interrogatoires des prêtres arrêtés successivement, le plus brièvement qu'il nous sera possible.

Dans la séance du directoire du département, du 5 messidor an m (23 juin 1795), présents les citoyens Grand , président; Berthier, Lapalme, Reymond, Gabet, Chabert, Rivet, Emery, administrateurs; Mermoz, procureur général syndic; on introduit un individu arrêté comme prêtre réfractaire. Interrogé par le président, il répond : « Je m'appelle Joseph Berard , né à Aime , âgé de quaranteun ans ; en 1 793 , j'étais curé de Palud ; depuis lors j'ai passé quelque temps en Valais et en Piémont, d'où je suis revenu dans le département par la Val-de-Tignes. Je suis alors rentré à Palud , où j'ai confessé les malades qui m'ont fait appeler. » Sur quoi, le directoire arrête que Joseph Berard sera détenu dans les prisons nationales et que toutes les pièces seront renvoyées à l'accusateur près le tribunal criminel.

Le 24 floréal an vi (13 mai 1798), le citoyen Carret, commissaire du directoire exécutif près l'administration municipale du Chàtelard , écrivait d'École au commandant du département : « Le décadi dernier , je fis renvoyer la séance municipale à huit heures du soir pour donner connaissance de votre circulaire ; la séance fut levée à dix heures et de suite je donnai ordre au commandant du détachement envoyé dans ce canton de se tenir prêt à marcher à une heure après minuit , de même qu'à trente hommes de la garde nationale qui avaient été requis. Je les distribuai à chaque agent municipal pour chacune de leur commune , avec ordre de faire investir les maisons

que les prêtres sont présumés habiter, et lorsque le jour serait arrivé, d'y faire toutes les recherches possibles. Je me rendis moi-même à Jarsy avec une partie de la force armée. Je fis en plusieurs endroits la recherche du nommé Jean Francoz, le plus dangereux des prêtres qui voltigent dans ce canton ; mes démarches ont été infructueuses ; et comment ne le seraient-elles pas? on sait d'avance tout ce que nous voulons faire. Aussitôt que la première des brigades de gendarmerie qui doivent se former dans le département sera organisée , je vous prie de la destiner pour ce canton. J'espère alors mettre à la raison tous les ennemis de la République. »

On voit par cette lettre avec quelle activité les prêtres étaient poursuivis en 1798 dans le canton du Châtelard.

Le 23 frimaire an vu (1 3 décembre 1 798), un individu est conduit par la gendarmerie devant l'administration centrale du département; sont présents les citoyens Bavouz, président; Emery, Lasalle, Gilbert, Démaison, administrateurs; Garin , commissaire du directoire exécutif; Palluel, secrétaire. Cet individu est interrogé par le président; il répond : « Je m'appelle Pierre-Joseph Bétemps, âgé de vingt-sept ans, natif de Luxeuil (Haute-Saône); j'ai été arrêté àSt-Nieolasla-Chapelle, où j'étais depuis huit jours; je suis prêtre depuis deux mois; je n'ai point prêté de serment et ne suis point disposé à en prêter, j'ai fait les fonctions du culte toutes les fois que l'occasion s'en est présentée. » Sur quoi, l'administration considère que, comme il n'est prêtre que depuis deux mois, les lois de 1792 et 1793 ne peuvent pas lui être appliquées. Cependant , après avoir consulté le ministre, on le condamna à la déportation.

Dans la séance du M nivôse an vu (31 décembre 1798), l'administration étant réunie, présents les mômes membres, on conduit à la barre un individu arrêté par la gendarmerie.

Interrogé par le président, il répond : « Je m'appelle Jean- Baptiste Bouvier, né à Chambéry; je suis prêtre, religieux de l'ordre de St-Dominique ; je n'ai point prêté de serment ; j'ai préféré la déportation ; j'ai fonctionné toutes les fois que j'en ai eu l'occasion. » Sur quoi, l'administration arrête qu'il sera déporté et qu'il fera partie du premier convoi.

Dans la séance du 15 nivùse an vu (4 janvier 1799), présents les citoyens Gilbert, faisant fonction de président; Emery, Lasalle, Démaison, administrateurs ; Garin , commissaire du directoire exécutif; Palluel, secrétaire; un prêtre réfractaire, conduit par la gendarmerie, interrogé par le président, répond : « Je m'appelle Antoine Ravoire, âgé de trente-sept ans, né à Montgelafrey, domicilié à St-Colomban des Yillards, où j'étais curé; j'ai émigré pour ne pas prêter serment; je suis rentré il y a deux ans ; j'ai fait les fonctions du culte depuis mon retour , tantôt publiquement, tantôt privativement. » Sur quoi, l'administration arrête qu'il sera déporté et qu'il fera partie du premier convoi.

Dans la séance du 19 nivôse an vu (8 janvier 1799), l'administration centrale réunie, présents les mêmes, arrête pour le 22 nivôse le départ pour L'île de Rhé de dix prêtres déjà condamnés antérieurement; c'étaient : MM.

Joseph Barraz ;

Claude-Marie-François Chappaz ;

Pierre-François Tardy ;

Jean Charcot ;

Claude Lallier ;

Jean-Francois Besson-Grange ;

Jean-Pierre Roux ;

Jean-Baptiste Bouvier;

Antoine Ravoire ;

Joseph Coche.

Dans la séance du 2 nivôse an vu (11 janvier 1799), présents les citoyens Bavouz , président; Emery, Gilbert, Lasalle et Démaison fils, administrateurs; Garin , commissaire; Palluel, secrétaire; un individu est amené parla gendarmerie. Interrogé par le président , il répond : « Je m'appelle Pierre Guerraz, âgé de soixante-sept ans, natif de Lescheraine , curé d'Héry-sur-Alby ; je me suis déporté volontairement pour ne pas prêter serment; je suis rentré il y a trois ans ; j'ai fait les fonctions du culte publiquement avant le 18 fructidor et privativement depuis lors. » Sur quoi, l'administration arrête qu'eu égard à son âge avancé il sera détenu dans la maison de réclusion.

Dans la séance du 7 pluviôse an vu (26 janvier 4 799), présents les mêmes , est introduit par la gendarmerie un individu arrêté comme prêtre réfractaire. Interrogé par le président , il répond : « Je m'appelle Jean-Claude Chevalier, âgé de quarante-six ans, né à la Perrière; j'ai eu le malheur de prêter le serment et le bonheur de le rétracter , j'ai exercé dès lors les fonctions du culte toutes les fois que les occasions se sont présentées. »

Interrogé s'il n'avait pas déjà été arrêté une fois , il répond : « Oui, j'ai été arrêté au mois d'octobre 1796; j'étais conduit par des gendarmes; près du pont de l'Isère sur la commune de Pussy, je me suis sauvé en traversant la rivière. » Sur quoi , l'administration arrête qu'il sera déporté et fera partie du premier convoi.

Le 23 pluviôse an vu (13 lévrier 1799), la gendarmerie présente à l'administration un prêtre réfractaire. Interrogé par le président Bavouz, il répond : « Je m'appelle Jean Cartier, âgé de quarante-cinq ans, natif de la Thuile sur Duing ; en 1 793, j'étais vicaire à Yiuz-Faverges, je n'ai prêté aucun serment. » Après délibération , l'administration

arrête qu'il sera déporté et qu'il fera partie du premier convoi.

•Le 28 pluviôse an vu (18 février 1799), la gendarmerie présente à l'administration centrale un prêtre réfractaire. Interrogé par le président, il répond : « Je m'appelle Claude- Louis Magnin, âgé de quarante-six ans , natif de Rumilly ; en 1793, j'étais vicaire à la Balme de Sillingy , je n'ai prêté aucun serment, je suis sorti alors avec un passeport pour Genève et suis rentré il y a quatre ans; j'ai exercé les fonctions du culte toutes les fois que je l'ai pu. » L'administration arrête qu'il sera déporté et qu'il fera partie du premier convoi.

Dans la séance de l'administration centrale du 4 ventôse an vu (22 février 1 799), présents Bavouz, président ; Emery, Gilbert, Lasalle et Démaison fils, administrateurs; Garin , commissaire du directoire exécutif; Palluel,. secrétaire; est traduit à la barre un individu arrêté comme prêtre réfractaire. Interrogé par le président, il répond : « Je m'appelle Maxime Girard , âgé de trente-deux ans , né à Beaufort , domicilié dans le canton de Bozel ; en 1793, j'étais vicaire à la Perrière ; je me retirai alors en Piémont avec un passeport de la municipalité ; je suis rentré en l'an m, j'ai exercé depuis lors les fonctions du culte quand j'en ai eu l'occasion. » L'administration lui accorde un délai de quinze jours pour justifier qu'il est sorti avec un passeport. Dans la séance du 13 ventôse an vu, le secrétaire produit une déclaration de l'administration municipale de Bozel, attestant qu'il est vrai qu'en 1793 ledit Girard est sorti avec un passeport délivré en due forme ; sur cela , l'administration arrête qu'il n'est pas le cas de le considérer comme émigré, mais qu'il sera déporté et fera partie du premier convoi.

Dans la séance du 7 ventôse an vu (2'i février 1799),

présents les mêmes, la gendarmerie présente un individu comme prêtre réfractaire. Interrogé par le président, il répond : « Je m'appelle Antoine Ducruet, âgé de trentequatre ans , né à Albiez-le-Jeune , curé de St-Alban des Yillards ; je n'ai pas prêté de serment, je me suis retiré en Piémont avec un passeport, je suis rentré il y a trois ans ; j'ai fait les fonctions du culte publiquement avant le 18 fructidor et privativement depuis lors. » Sur quoi, l'administration arrête qu'il sera déporté et partira avec le premier convoi.

Dans la séance du 25 ventôse an vu (15 mars 1799), un prêtre réfractaire, arrêté à Rumilly, est amené par la gendarmerie. Interrogé par le président, il répond : « Je m'appelle Jean-Louis Collomb , âgé de quarante-cinq ans, natif de Rumilly. En 1703, j'étais vicaire à Corsier ; je n'ai point prêté de serment; je me suis retiré en Piémont avec un passeport; je suis rentré lorsqu'on disait que la liberté des cultes allait être rendue; depuis lors j'ai exercé les fonctions du culte toutes les fois que je l'ai pu. » Sur quoi, l'administration arrête qu'il sera déporté et qu'il fera partie du premier convoi.

Dans la séance du 26 ventôse an vu (16 mars 1 799), l'administration centrale lit partir immédiatement pour l'île de Rhé cinq prêtres déjà condamnés; c'étaient : MM.

Antoine Ducruet, d' Albiez-le-Jeune, 34 ans ;

Maxime Girard, de Beaufort, 32 ans ;

Jean-Louis Collomb, de Rumilly, ï'6 ans ;

Pierre-Joseph Bétemps, de ïuxeuil, 27 ans;

Jean Montanier, de Seyssel, 40 ans.

Dans la même séance , on lut une lettre du général de division Groucby, qui annonçait que, par ordre du direc-

toire exécutif, il avait fait arrêter en Piémont plusieurs prêtres émigrés et ordonné leur déportation à l'île de Rhé ; il en adressait quatre à l'administration centrale avec invitation de les faire conduire d'étape en étape. Ils partirent de Chambéry avec les cinq précédents ; c'étaient : MM.

Pierre Rullier, du Bourg-St-Maunce , 51 ans;

François Cléaz, des Chapelles, 41 ans ;

Gaspard-Guérin Péronnier, des Chapelles, 62 ans ;

Humbert Devignod , de Bellccombe en Tarentaise , 71 ans.

Dans la séance du 18 germinal an vu (7 avril 4799), présents Bavouz, président ; Emery, Gilbert, Lasalle, Démaison fils, administrateurs; Garin, commissaire; Palluel, secrétaire ; est introduit un individu arrêté par la gendarmerie comme prêtre réfractaire. Interrogé par le président, il répond : « Je m'appelle Jean Piénoz , âgé de soixantequatre ans, né à la Thuile sur Montmélian ; j'ai prêté le premier serment, mais je l'ai rétracté ensuite. En 1793, j'étais curé deBarberaz, je sortis du pays avec un passeport; je suis rentré en 1797. Depuis lors, j'ai exercé quelquefois les fonctions ecclésiastiques. » Le conseil, considérant que ledit Piénoz a soixante-quatre ans, arrête qu'il sera détenu dans la maison de réclusion.

Dans son interrogatoire du 12 floréal an vu (1er mai 1799), Etienne Bérard déclara qu'il était âgé de quarante ans, né à Chamousset; qu'il a été quelque temps en Piémont d'où il est revenu en 1 797 ; qu'il a rétracté son serment et que, depuis lors, il a quelquefois exercé les fonctions du culte. Sur quoi, l'administration arrête qu'il sera déporté.

Jean-François Bétemps avoue, dans son interrogatoire du 27 floréal an vn(16 mai 1799), qu'il est prêtre, âgé de

trente-cinq ans , né aux Clefs; il n'a pas prêté le serment exigé en 1793, il a fait les fonctions du culte quand il en a eu l'occasion. ) Sur quoi, l'administration arrête qu'il sera déporté.

Dans son interrogatoire du même jour, M. Christophe Terrasson avoue qu'il est prêtre, âgé de quarante-six ans, né à Saint-Genix et curé de Saint-Alban de Montbel; qu'il a été arrêté à Ayn dans une grange dont il ne connaît pas le propriétaire. Il n'a point prêté le serment exigé par la proclamation du 8 février 1793, il s'est alors retiré en Suisse d'où il est revenu en 1797. Depuis son retour , il a exercé les fonctions du culte toutes les fois qu'il en a eu l'occasion. L'administration centrale arrête qu'il sera déporté.

Dans son interrogatoire, M. François Chavoutier expose qu'il est prêtre, âgé de quarante-trois ans , natif de Salins et curé de Montagny; qu'il avait prêté le serment exigé au mois de février 1793, mais qu'il l'a rétracté peu de temps après ; il est sorti du territoire de la République et y est rentré par deux fois. Le commissaire du directoire exécutif prétend qu'il favorisait la désertion ; il requiert qu'il soit envoyé à Grenoble et soumis à la commission militaire. Cette accusation n'ayant pas été établie, l'administration centrale arrête qu'Usera déporté.

Le 4 prairial an vu (23 mai 1 799) , les gendarmes de la résidence de Chambéry et un détachement de la garde nationale se transportèrent , par ordre de l'administration centrale, au hameau de la Croix-Rouge , pour y investir les maisons des citoyens Favre, Pittit etBarandier, indiquées comme servant habituellement de refuge au nommé Marguery, prêtre réfractaire. Cette force armée se divisa en trois colonnes ; celle du centre fut attaquée à coups de fusil

par des gens attroupés et embusqués derrière une haie ; une agression semblable fut dirigée sur la colonne gauche. Après les sommations requises , les assaillants furent repoussés par la force ; quatre d'entre eux furent blessés ; plusieurs autres personnes , au nombre desquelles se trouvent les deux sœurs Favre , furent conduites à Chambéry et renfermées dans les prisons nationales. Toutes les. pièces relatives à cet attroupement furent adressées à l'accusateur public ; les deux sœurs Favre étaient madame du Wuache et madame de Chaumont; le prêtre réfractaire Marguery était un vertueux capucin dit le Père Théophile.

Dans la séance du 4 prairial an vu (23 mai 1799), l'administration centrale ordonna le départ immédiat pour l'île de Rhé de neuf prêtres déjà condamnés antérieurement; c'étaient : MM.

Etienne Bérard , de Chamousset , 40 ans ;

Christophe Terrasson, de Saint-Genix, 46 ans ;

Jean-François Bétemps, des Clefs, 35 ans;

Dominique Rogès,Me Saint-Jean de Maurienne, 62 ans;

Pierre-Joseph Bal , de Moûtiers, 61 ans;

Aimé Charrière, de Montgirod sur Aime, 62 ans;

Pierre Guerraz , de Lescheraine , 67 ans ;

Nicolas Jacquemier , de Saint-Nicolas de Véroce, 61 ans;

Jean Piénoz, de la Thuile sur Montmélian , 64 ans.

Des neuf prêtres qui sont partis de Chambéry pour l'île de Rhé le 23 mai 1799 , six avaient plus de soixante ans , et cependant, d'après les lois , les sexagénaires ne devaient être condamnés qu'à la réclusion.

Dans la séance du 9 prairial an vu (28 mai 1799) est traduit devant l'administration un prêtre réfractaire nommé Martin Ulliel , natif de Saint-Jean de Belleville , âgé de

quarante-trois ans; il avait prêté le serment en 1793, mais écoutant la voix de sa conscience , il l'a bientôt rétracté; il sortit alors du territoire de la République et rentra en l'an v. Il exerça quelquefois les fonctions du culte privativement. Sur quoi, l'administration, considérant qu'il est sur la liste des émigrés, qu'il a enfreint son ban de déportation , qu'il a fonctionné au mépris des lois , arrête qu'il sera déporté.

Le 4 5 prairial an vu (3 juin 4 799) , la force armée présente à l'administration un prêtre réfractaire appelé Charles Blanc, curé de Beaufort, natif d'Arêche, âgé de soixante-sept ans. Il avait prêté le serment en 1793, mais il le rétracta peu de temps après. Il se retira alors pour quelque temps en Piémont et il rentra à l'époque de la paix avec le roi de Sardaigne. Il exerça quelquefois dès lors les fonctions du culte. Sur quoi , l'administration arrête qu'il sera détenu provisoirement dans la maison de réclusion ; qu'un officier de santé fera un rapport sur ses infirmités ; après quoi il sera statué définitivement sur son sort.

Dans la séance du 22 prairial an vu (40 juin 4 799), les gendarmes présentent à l'administration un prêtre réfractaire nommé François Miffon , natif d'Annecy , âgé de quarante ans. Il résulte de l'interrogatoire qu'il a subi devant le citoyen Georges , administrateur municipal d'Annecy, et des aveux renouvelés devant l'administration centrale , qu'il a été arrêté chez la veuve Chevillon , aubergiste , qu'il s'est refusé à la prestation du serment en 4 793, qu'il a enfreint son ban de déportation, qu'il a exercé les fonctions du culte au mépris des lois. Sur quoi, l'administration arrête qu'il sera déporté. Le commissaire

est chargé de poursuivre la veuve Chevillon devant les tribunaux.

Dans la séance du 23 prairial an vu (13 juin 1799), la gendarmerie amène un prêtre réfractaire nommé Pierre Gabet , curé de Saint-Ombre , natif de Vimines , âgé de quarante-neuf ans. Il a prêté le serment en 1793 et l'a rétracté ensuite; il a émigré et est rentré en 1797; il a exercé les fonctions du culte contrairement aux lois; il refuse de nommer ceux chez qui il habitait et qui fournissaient à sa subsistance. Sur quoi, l'administration arrête qu'il sera déporté.

Dans la séance du 30 prairial an vu (18 juin 1799), la gendarmerie conduit un prêtre réfractaire nommé Antoine Dufrenay , curé de Saint - Georges d'Hurtières , natif d'Albiez-le-Vieux, âgé de quarante-huit ans. Il avait prêté le serment en 1 793 , mais il l'a rétracté ensuite ; il a exercé quelquefois les fonctions du culte depuis lors. Sur quoi, l'administration arrête qu'il sera déporté.

Dans la séance du 5 messidor an vu (23 juin 1 799) , l'administration centrale ordonne le départ pour l'île de Rhé de cinq prêtres condamnés antérieurement; c'étaient : MM.

Martin Ulliel, de Saint-Jean de Belleville, 43 ans;

François Chavoutier, de Salins, 43 ans ;

François Miffon , d'Annecy , 40 ans ; * Pierre Gabet, de Yimines, 49 ans;

Antoine Dufrenay, d'Albiez-le-Vieux , 48 ans.

Dans la séance du 6 messidor an vu (24 juin 1799), présents les citoyens Bavouz, président; Emery, Gilbert, Reymond etBellemin, administrateurs; Garin, commissaire du directoire exécutif; Palluel, secrétaire en chef; est traduit par la gendarmerie un prêtre réfractaire nommé

Christophe Dalexandry, ci-devant doyen de la collégiale et curé d'Aix ; il a prêté le serment prescrit par la proclamation du 8 février 1793, mais il l'a ensuite rétracté. L'administration , considérant que la rétractation de son serment l'assimile aux réfractaires d'après la loi du 19 fructidor, arrête qu'eu égard à son âge de soixante-sept ans , ledit Dalexandry sera détenu dans la maison de réclusion.

Dans la séance du 16 messidor an vu (4 juillet 1799), présents Bavouz, président; Emery, Gilbert, Reymond et Bellemin , administrateurs ; Garin , commissaire du directoire exécutif; Palluel, secrétaire; on introduit le citoyen Jean-Baptiste Lecomte , commissaire inspecteur envoyé parle ministre de la police. Prévenue de son arrivée, l'administration avait préparé un rapport sur toutes ses opérations depuis le commencement de l'année; on en fit la lecture en séance.

L'administration exposait avec ostentation dans ce mémoire tout ce qu'elle avait fait depuis le commencement de l'an vu pour procurer l'arrestation et la déportation des prêtres réfractaires. Elle disait que des ordres directs avaient été donnés à cette fin :

1° Dans les cantons de Thônes, Duing, Grand-Bornand, Faverges et Pringy ;

2° Dans les cantons de Grésy sur Isère, Chamoux et Novalaise ;

3° Dans les cantons de Chambéry, Montmélian etUgines;

4° Dans les cantons de Saint-Michel, Sainte-Foy, Beaufort et Sallanches ;

5° Dans les cantons d'Annecy, Talloires et Saint-Gervais ;

6° Dans les cantons de la Chambre , Cuines , Saint-Alban et Bozel ;

7° Dans les cantons de Megève et du Bourg -Saint- Maurice.

Le commissaire du ministre de la police dut manifester de l'admiration en voyant avec quelle activité l'administration centrale faisait poursuivre et arrêter les prêtres réfractaires pour les condamner ensuite à la déportation.

QSD

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