‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique du diocèse de ChambéryChapitre 23 sur 61 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Déportations. — Chamiot Michel-Marie. — Dimier Laurent. — Arnaud Claude. — Plattet Jean-Louis. — Bally. — Charbonneau Marie. — Ducoudray, commissaire. — Roux;. — Simien Jacques. — Dufour Philibert. — Cartier. — Vidonne Prosper. — Gohendet Maurice.

— Mouchet Aimé. — Cheney Marie. — Emeute à la Rochette.

— Delachenal Joseph. — Brunier Joseph. — Labiche. — Maure Claude-Joseph. — Python Jacques. — Francoz Jean. — Coche Joseph. — Piénoz Jean. — Le préfet Sauzay.

Dans la séance du 1 6 messidor an vu (i juillet 1799) , présents les citoyens Bavouz, président; Emery, Gilbert, Reymond, Bellemin, administrateurs; Garin, commissaire du directoire exécutif; Palluel , secrétaire ; on conduit à la barre un individu arrêté par la gendarmerie comme prêtre réfractaire. Interrogé par le président, il répond : «Je m'appelle Michel-Marie Chamiot, né à Beaufort, âgé de vingt-huit ans. » Interrogé s'il est prêtre et s'il n'a pas été arrêté au moment où il venait de célébrer, il dit qu'il n'a rien à répondre à cette question. Interrogé comment il a pu échapper si longtemps à la poursuite de la gendarmerie, il répond : « J'ai vécu caché dans les montagnes de Beaufort. » On lui observe que des renseignements obtenus sur son compte indiquent qu'ilest prêtre et qu'il en fait les fonctions, il répond : « Je n'ai rien à dire à cet égard, sinon que j'étudiais en théologie au moment de la Révolution. » L'administration arrête qu'il sera pris des

renseignements ultérieurs , et qu'en attendant il sera détenu dans les prisons civiles.

Dans la séance du 1er thermidor an vu (19 juillet 1799), présents les mêmes, on introduit un individu présumé prêtre réfractaire. Interrogé par le président, il répond : « Je m'appelle Laurent Dimier, âgé de quarante ans , né à la Table, domicilié à la Trinité; je suis prêtre, j'ai exercé les fonctions à Champlaurent en 1 792 et 1 793; j'avais prêté le serment, mais je l'ai ensuite rétracté pour obéir à ma conscience. » Sur quoi, l'administration arrête qu'il sera déporté.

Dans la séance du 6 thermidor an vu (24 juillet 1799) , présents les mêmes , un prêtre réfractaire , conduit par la force armée, est interrogé par le président; il répond : « Je m'appelle Claude Arnaud, de Chambéry, âgé de quarante-trois ans; je loge chez ma mère, faubourg Jean- Jacques; j'ai prêté le premier serment, mais je l'ai rétracté ensuite; je suis allé en Piémont en 1795, j'en suis revenu il y a deux ans. J'ai exercé les fonctions du culte quand j'ai pu le faire. » Sur quoi, l'administration centrale arrête qu'il sera déporté et qu'il partira avec le premier convoi.

Dans la séance du 7 thermidor an vu (25 juillet 1 799) , présents les mêmes , un individu , traduit à la barre par la gendarmerie, est interrogé par le président; il répond qu'il s'appelle Jean-Louis Plattet, âgé de trente-quatre ans, prêtre , né à Chambéry ; il a prêté le serment à Servoz , en Faucigny, où il avait été envoyé par le nommé Panisset, ci-devant évoque du Mont-Blanc, pour y faire les fonctions de curé; il n'a point rétracté son s'erment; il est toujours demeuré à Chambéry et dans les environs où il faisait l'instituteur pour vivre. » Sur quoi, l'administration arrête que le commissaire du directoire exécutif cherchera à

s'assurer s'il a rétracté son serment, et qu'en attendant il demeurera sous la surveillance de l'administration municipale.

Dans la séance du i juillet , Michel Chamiot n'avait pas avoué qu'il était prêtre. Interrogé de nouveau le 21 thermidor an vu (8 août 1799), il avoue qu'il est prêtre et missionnaire, et qu'il a exercé les fonctions du culte sans avoir prêté aucun serment. Sur quoi , l'administration arrête qu'Usera déporté.

Le 23 thermidor an vu (10 août 1799), le prêtre Bally fut arrêté à Verrens par les gendarmes Reignier et Rosset ; il se fit un attroupement dans lequel les gendarmes furent maltraités et forcés de lâcher le prisonnier qui recouvra ainsi sa liberté. Dans la séance du 29 thermidor, l'administration arrête que toutes les pièces seront transmises à l'accusateur public, et qu'en attendant, le général Grenier enverra à Verrens un détachement de trente hommes qui seront logés par l'administration municipale.

Dans la séance du 28 thermidor (13 août 1799), l'administration centrale arrête que les trois prêtres condamnés à la déportation, Claude Arnaud, de Chambéry, âgé de quarante-trois ans , Laurent Dimier, de la Table, quarante ans, et Michel-Marie Chamiot, du Villard-de-Beaufort , vingt-huit ans, partiront le 30 thermidor. Le général de division Grenier est invité à fournir en infanterie ou en cavalerie les hommes qui seront jugés nécessaires.

Dans la séance du 7 fructidor an vu (24 août 1799), présents Bavouz, président; Gilbert, Reymond et Bellemin, administrateurs; Emery, faisant fonctions de commissaire du directoire exécutif; Palluel, secrétaire en chef; on conduit à la barre Marie Charbonneau, ex-religieuse; on lit une lettre du commissaire du directoire près le canton de

la Rochelle , qui assure que ladite Charbonneau affecte l'incivisme le plus révoltant , qu'elle recèle des prêtres réfractaires et viole les lois sur la police des cultes ; une autre lettre du commissaire du directoire près le canton d'Albigny expose que, quoique Marie Charbonneau soit arrivée à Albigny depuis peu de temps, déjà son fanatisme y a produil de fâcheux effets ; elle a provoqué avec toutes les fanatiques de l'endroit une procession funéraire avec tous les insignes du culte pour la sépulture d'une jeune fille nommée Chaffarod. Interrogée par le président, elle répond : « Je m'appelle Marie Charbonneau, âgée de trente ans , ex-religieuse , maintenant couturière ; de plus , j'apprends à lire et à écrire à quelques enfants de sept à huit ans. » Interrogée si elle n'entretient point de relations avec des prêtres réfractaires , elle répond qu'elle ne connaissait à la Rochette que les prêtres Python et ïruchet et qu'elle ne les a pas vus depuis deux 'ans ; elle assure qu'elle n'a point organisé la procession de la fille Chaffarod et quelle n'y a point assisté. Après quoi, l'administration arrête qu'elle restera à Albigny sous la surveillance de l'administration communale et celle du commissaire exécutif du canton.

Le 1er fructidor an vu (18 août 1709) , le citoyen Ducoudray, homme de loi, est nommé commissaire du pouvoir exécutif près l'administration centrale, à la place du citoyen Garin. Ce ne sera pas un avantage pour les prêtres réfractaires.

Dans la séance du 13 fructidor an vu (30 août 4799), présents Bavouz, président; Einery, Gilbert, Rcymond, administrateurs ; Ducoudray , commissaire du pouvoir exécutif; on introduit mi individu arrêté par la gendarmerie duChàlolard comme prêtre réfractaire; le secrétaire

lit d'abord le procès-verbal d'arrestation où sont rapportés les attentats commis au col du Frêne par plusieurs individus contre les gendarmes qui le conduisaient. Interrogé par le président, il répond : « Je m'appelle Philibert Roux, âgé de cinquante-deux ans, né à Faverges, domicilié à la Motte en Bauges; je suis prêtre, je me suis retiré en Piémont en 1793 pour éviter de prêter serment; je suis rentré il y a trois ans, j'ai fait depuis lors quelques fonctions ecclésiastiques à la Motte jusqu'au 1 8 fructidor. » Interrogé s'il connaît les individus qui ont assailli la gendarmerie au col du Frêne, il répond : « Non , je ne les ai pas vus. » Interrogé s'il connaît les nommés Maurice Galice et Victor surnommé Sablon, il répond qu'il les connaît, qu'ils sont de la Motte, mais qu'il ne les a pas vus le jour de son arrestation. Interrogé s'il reconnaît son nom inscrit sur la liste des émigrés, il répond affirmativement. Sur quoi, l'administration arrête qu'il sera déporté.

Dans la séance du 14 fructidor an vu (31 août 1799), présents les mêmes, on amène à la barre un individu arrêté comme prêtre réfractaire. Interrogé par le président, il répond : « Je m'appelle Jacques Simien , âgé de quarante ans, natif de Cliambéry, religieux de St-François; en 1793, je me retirai en Piémont pour éviter la prestation de serment ; je rentrai il y a deux ans ; je demeurai depuis lors à Chambéry et dans les environs où j'ai confessé et catéchisé. » Sur quoi, l'administration arrête qu'il sera déporté.

Dans la séance du 9 fructidor an vu (22 septembre 1 799), présents les mêmes, un individu, arrêté comme prêtre réfractaire, est introduit par la force armée. Interrogé par le président, il répond : « Je m'appelle Jean-Philibert Dufour, âgé de cinquante-cinq ans, né à Montailleur ; avant la Révolution , j'étais curé de Corbel. J'ai été détenu pour

avoir refusé de prêter le serment d'Albitte et élargi par Gauthier. J'avais prêté le premier serment, mais je l'ai ensuite rétracté. » Sur quoi , l'administration le condamne à la déportation.

Dans la séance du 5 vendémiaire an vm (27 septembre 4799), présents les citoyens Bavouz, président; Emery, Gilbert, Reymond, administrateurs; Ducoudray, commissaire du directoire; Palluel, secrétaire; l'administration , instruite que le nommé Cartier , ex-curé de Nonglard , prêtre sexagénaire, fait publiquement les fonctions du culte au mépris des lois , qu'il abuse de son influence sur les esprits faibles et crédules pour entretenir le fanatisme, arrête qu'il sera traduit pour être détenu dans la maison de réclusion.

Dans la séance du 46 vendémiaire an vin (8 octobre 4 799), présents les citoyens Bavouz, président; Emery, Gilbert, Reymond et Bellemin, administrateurs; Ducoudray, commissaire du pouvoir exécutif; Palluel, secrétaire ; un individu , arrêté comme prêtre réfractaire , est traduit par la force armée devant l'administration. Interrogé par le président, il répond qu'il s'appelle Prosper Yidonne , né à Monnetier-Mornex , âgé de quarante-six ans; en 4 793, il était bénéficier à la collégiale d'Annecy ; il a été arrêté à Veyrier chez les religieuses Coppier. La maison qu'elles habitent appartient à l'avocat Coppier, leur frère; il n'a point prêté de serment; en 4793 , il est sorti du territoire de la République avec un passeport du maire de Veyrier ; il est rentré quelque temps avant le 1 8 fructidor. Il a exercé les fonctions du culte quelquefois publiquement et quelquefois privativement. Sur quoi, l'administration arrête qu'il sera déporté. L'accusateur public est invité à procéder contre les religieuses Coppier.

Dans la séance du 26 vendémiaire an vm (18 octobre 4 799), présents Bavouz, président; Emery, Gilbert, Reymond et Bellemin , administrateurs; Ducoudray , commissaire du pouvoir exécutif; Palluel , secrétaire; la gendarmerie introduit un individu arrêté comme prêtre réfractaire. Interrogé par le président, il répond : « Je m'appelle Maurice Cohendet, né à Serraval, curé de Pontchi, âgé de soixante-un ans. Je n'ai prêté aucun serment; je me suis retiré en Piémont avec un passeport de la municipalité de Pontchi; plus tard je suis rentré, dans l'espérance d'être utile à mes paroissiens; depuis le 18 fructidor, j'ai exercé les fonctions du culte privativement à Serraval. » On lui demande chez qui il résidait, il répond que la charité lui défend de satisfaire à cette question. Interrogé s'il n'a pas offert de l'argent au gendarme pour obtenir sa liberté , il répond qu'en effet il lui a offert de l'argent, mais inutilement. L'administration le condamne à la déportation , vu qu'à l'époque où il l'a encourue il n'était pas sexagénaire. Cependant, arrivé à l'île de Rhé, il adressa une réclamation au ministre et il obtint d'être reconduit dans le département pour y être tenu en réclusion .

Le 28 vendémiaire an vin (20 octobre 1799) , l'administration centrale fit partir pour Pile de Rhé cinq prêtres réfractaires condamnés àla déportation; c'étaient : MM.

Philibert Roux, de Faverges, 52 ans ;

Jacques Simien, de Chambéry, 40 ans ;

Jean-Philibert Dufour, de Montailleur, 55 ans ;

Prosper Vidonne, de Monnetier, 46 ans ;

Maurice Cohendet, de Serraval, 61 ans.

Dans la séance du 4 brumaire an vin (26 octobre 1799), présents les mêmes, on introduit un prêtre réfractaire

arrêté par la gendarmerie. Interrogé parle président, il répond : « Je m'appelle Aimé Mouchet, âgé de soixantetreize ans; avant la Révolution, j'enseignais à Annecy la philosophie et la théologie ; j'avais obtenu l'autorisation de résider à Annecy-le-Yieux chez mon neveu , sous la surveillance de l'administration municipale ; je n'ai prêté aucun serment; en 1793, j'ai préféré sortir du territoire de la République avec un passeport de la municipalité. Interrogé si depuis son retour il a fait les fonctions du culte, il répond : « Vous ne devez pas me croire sur parole , interrogez ma commune. » Invité à répondre par oui ou par non, il persiste à dire : « Interrogez ma commune, je ne puis pas être juge et partie. » Sur quoi, l'administration le condamne à être détenu dans la maison de réclusion , eu égard à son âge. Le 22 février 1800, le citoyen Henri Croset, d'Annecy-le-Vieux , présenta une pétition à l'administration centrale pour obtenir la mise en liberté de son oncle -Aimé Mouchet, détenu en réclusion, et le faire placer sous la surveillance de l'administration municipale ; vu les pièces, l'administration passe à l'ordre du jour.

Dans la séance du 1 3 frimaire an vin (4 décembre 1 799), présents les citoyens Bavouz, président; Emery, Gilbert, Reymond etBellemin, administrateurs; Ducoudray, commissaire du gouvernement; Palluel, secrétaire; on introduit un individu arrêté par la gendarmerie. Interrogé par le président, il répond : « Je m'appelle François-Marie Cheney, âgé de soixante-quatre ans, natif de Sallanches, où j'étais chanoine. En 1793, je me suis retiré en Valais pour éviter de prêter serment; plus tard, je revins à St-Jean d'Aulph; pour m'engagcr à rentrer, on m'écrivit qu'il n'y avait plus rien à craindre et qu'un membre de la municipalité serait député pour aller me prendre. » Sur quoi , l'ad-

ministration arrête qu'eu égard à son âge il serait tenu en réclusion au chef-lieu du département.

Jusqu'ici Ducoudray prenait le titre de commissaire du directoire exécutif, dans ce procès-verbal il prend pour la première fois le titre de commissaire du gouvernement , parce que le Directoire avait été remplacé par le Consulat le 9 novembre 1799.

Le 16 nivôse an vm (6 janvier 1800), les habitants de la Rochette trouvaient qu'il y avait bien longtemps qu'on n'avait pas célébré la fête des Rois ; quelques jeunes gens montèrent au clocher et sonnèrent les cloches en carillon. L'agent municipal s'y rendit, il les fit descendre , ferma la porte et emporta les clefs. Dans la matinée, des rassemblements tumultueux se formèrent sur la place publique; l'agent municipal s'y transporta avec son écharpe pour les dissiper, mais il fut forcé de se retirer devant les menaces qui lui étaient faites. On brisa la porte du clocher et l'on y remonta pour carillonner de nouveau. Le soir, la maison de l'agent municipal fut assaillie à coups de pierres et ses vitres cassées. Il fut obligé de se réfugier chez des voisins. Les inscriptions républicaines du temple décadaire furent effacées. Lorsque L'administration centrale eut connaissance de ces excès, elle arrêta que sur-le-champ ils seraient dénoncés à l'accusateur public, et qu'une brigade de gendarmerie serait envoyée à la Rochette pour y maintenir l'ordre.

Dans la séance du 21 nivôse an vin (1 1 janvier 1 800) , le président interroge un prêtre réfractaire traduit par la gendarmerie ; il répond : « Je m'appelle Joseph Delachenal, âgé de quarante-deux ans, né à Faverges, domicilié avant la Révolution à Montmélian, où j'étais prébende. Je suis sorti du territoire de la République en I793, avec un

passeport de la municipalité de Montmélian, et n'ai prêté aucun serment; je suis rentré en 1797. J'ai exercé les fonctions du culte toutes les fois que je l'ai pu ; mon domicile était partout où mon devoir m'appelait. » Sur quoi , l'administration centrale arrête qu'il sera déporté.

Dans la séance du 23 nivôse an vm (13 janvier 1800), présents Emery, faisant fonctions de président; Reymond etBellemin, administrateurs; Ducoudray, commissaire du gouvernement; Palluel, secrétaire; le citoyen Emery procède à l'interrogatoire d'un prêtre arrêté le 20 nivôse; il répond qu'il s'appelle Joseph Brunier , âgé de soixante-un ans, né à Faverges, domicilié à Chevaline où il était curé; il s'est réfugié en Piémont en 1793 et n'a prêté aucun serment; il est rentré quelque temps avant le 18 fructidor (4 septembre 1 797), parce qu'il crut que la liberté des cultes était rétablie. Depuis lors il a fait quelquefois les fonctions du culte tantôt dans l'église de Chevaline, tantôt en particulier. Il reconnaît l'inscription de son nom sur la liste des émigrés. Le prévenu étant sexagénaire, l'administration arrête qu'il sera détenu dans la maison de réclusion établie au chef-lieu du département.

Dans la séance du 1" pluviôse an vm (21 janvier 1800), présents les citoyens Bellemin , faisant fonctions de président ; Emery, Reymond et Gilbert, administrateurs; Ducoudray, commissaire du gouvernement; Palluel, secrétaire ; on lut une lettre par laquelle le citoyen Dapvril , maréchal des logis de la brigade de gendarmerie de Saint-Pierre d'Albigny , annonçait que le nommé Labiche , ci-devant curé de Montailleur, avait été trouvé chez le citoyen de Yeuillet , de Fréterive , malade et dans un état à ne pouvoir être transporté sans péril pour sa vie.

On demande au citoyen de Yeuillet comment cet homme

se trouvait chez lui ; il répond que des paysans l'avaient trouvé presque moribond dans un chemin écarté et l'avaient transporté chez lui. Sur quoi, l'administration arrête qu'il sera visité par un officier de santé , et que si réellement il ne peut pas être transporté , il sera mis sous la surveillance de l'administration municipale , qui au besoin emploira la garde nationale en aide delà gendarmerie pour le faire garder. M. Labiche est mort en effet peu de jours après.

Le citoyen Dapvril , maréchal des logis de la gendarmerie de Saint-Pierre d'Albigny, était lui-même un prêtre, natif de Saint-Genix et devenu gendarme.

Dans la séance du 15 pluviôse an vin (4 février 1800), présents les mêmes, la gendarmerie conduit devant l'administration centrale un individu arrêté comme prêtre réfractaire. Interrogé par le président, il répond : « Je m'appelle Claude-Joseph Maure, né à Thonon , âgé de soixante-un ans ; j'étais curé d'Àllève avant la Révolution; je n'ai prêté aucun serment; longtemps je me suis caché dans les bois et dans les antres des rochers ; je me suis ensuite réfugié en Valais, d'où je suis revenu il y a trois ans, lorsqu'on annonçait le retour de la liberté des cultes. J'ai exercé les fonctions du culte publiquement jusqu'au 18 fructidor, et depuis lors privativement. » Sur quoi, l'administration arrête que ledit Maure est passible de la déportation, mais que, eu égard à son âge, il sera détenu dans la maison de réclusion.

Dans la séance du 23 pluviôse an vin (12 février 1800), présents les mêmes, on introduit un individu arrêté comme prêtre réfractaire. Interrogé par le président, il répond : « Je m'appelle Jacques Python, âgé de quarantetrois ans , né à la Rochette , ci-devant curé d'Étable ; je n'ai

prêté aucun serment, ma conscience s'y opposait; je sortis avec un passeport de la municipalité d'Étable, je rentrai avant le 1 8 fructidor , je n'ai jamais refusé mon ministère à ceux qui venaient le réclamer. » Sur quoi, l'administration centrale arrête que ledit Python sera déporté et qu'il fera partie du premier convoi.

Dans la séance du 3 ventôse an vm (22 février 1800), Bellemin, faisant fonction de président; Emery, Gilbert, Reymond, administrateurs; Ducoudray, commissaire du gouvernement; Palluel, secrétaire en chef; la force armée introduit un individu arrêté comme prêtre réfractaire. Interrogé par le président , il répond : « Je m'appelle Jean Francoz , âgé de cinquante-un ans , né à Arith , ci-devant vicaire de Bellecombe; je n'ai prêté aucun serment, je sortis du territoire de la République avec un passeport de la municipalité de Bellecombe. Je rentrai il y a trois ans , et dés lors j'exerçai les fonctions de mon ministère toutes les fois que j'en eus l'occasion.» Sur quoi, l'administration arrête, en vertu de la loi du 2G août 1792, que ledit Francoz sera déporté et qu'il fera partie du premier convoi.

Dans la séance du 5 ventôse an vm (24 février 1800), présents les citoyens Bellemin , faisant fonction de président; Emery, Reymond, Gilbert, administrateurs; Ducoudray, commissaire du gouvernement; Talluel, secrétaire en chef; un individu, arrêté comme prêtre réfractaire , est introduit par la gendarmerie. Interrogé par le président, il répond : « Je m'appelle Joseph Coche, âgé de quaranteun ans , né à Saint-Sorlin d'Arves et ci-devant curé de la Chapelle, canton d'Argentine; je n'ai prêté aucun serment, je me suis réfugié en Piémont en 1793, je suis rentré quelque temps avant le 1 8 fructidor an v ; depuis mon

retour , j'ai exercé les fonctions du culte lorsque les fidèles ont recouru à mon ministère. » Il reconnaît l'inscription de son nom sur la liste des émigrés. Sur quoi , l'administration centrale arrête qu'il sera déporté et qu'il fera partie du premier convoi. Cet arrêt de déportation est le dernier que l'administration centrale du département ait prononcé.

Dans la séance du 6 germinal an vm (27 mars 1 800) , on lut une pétition présentée par le citoyen Vincenty en faveur du nommé Jean Piénoz, déporté à l'île de Rhé. Le pétitionnaire expose que ledit Piénoz étant âgé de soixantequatre ans , d'après les lois il aurait dû être condamné à la réclusion et non à la déportation. Il demande qu'il soit reconduit dans le département. On cite le cas du nommé Cohendet , condamné à la déportation quoique âgé de soixante-un ans, qui avait recouru au ministre et avait obtenu d'être ramené en Savoie. Après une longue discussion, l'administration arrête que le commandant de la citadelle de l'île de Rhé sera invité à faire reconduire ledit Piénoz au chef-lieu du département pour y être tenu en réclusion.

Le même jour, 6 germinal an vin (27 mars 1800), le citoyen Sauzay a été installé préfet du département.

Le 20 septembre 1 799 , l'administration centrale se vantait d'avoir déjà porté quatre-vingt-cinq arrêts contre des prêtres réfrac taires ; elle en porta encore quatorze depuis lors; en tout, quatre-vingt-dix-neuf, dont quatrevingts de déportation et dix-neuf de réclusion. Jusqu'au 13 décembre 1799, elle tint ses séances au château national; depuis l'incendie elle alla s'établir dans la maison d'Alliages. Tous ces arrêts ont été des condamnations , un seul excepté. Dans l'analyse des interrogatoires et des procèsverbaux , on ne remarque pas une parole d'indulgence ou

de commisération. Tous les prévenus étaient conduits en séance enchaînés et reconduits enchaînés dans les prisons civiles; M. de Thiollaz, vicaire général du diocèse de Genève , fut traité avec une grossière brutalité ; M. Dubouloz, aussi vicaire général , fut traduit enchaîné de Thonon à Chambéry ; lorsqu'il partit pour l'île de Rhé , on lui mit un collier de fer auquel venaient se rattacher les chaînes de onze autres prisonniers ; de Montmélian à Barraux et de Barraux à Chambéry, HumbertRey avait, aux mains et aux pieds , des fers qui lui rendaient la marche presque impossible. M. Guillet fat enchaîné sur une charrette avec l'infâme Rosset; le P. Labottière eut les mains tellement blessées par des menottes qu'il en conserva les cicatrices toute sa vie. On voit assez par ces faits quelle était, en 1798 et 1799, la clémence révolutionnaire des membres de l'administration centrale du département du Mont- Blanc. Nous avons cité leurs noms ; il faut qu'ils demeurent dans l'histoire attachés au pilori de leurs œuvres.

(SD

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