CHAPITRE XXI
Evêques constitutionnels. — Le citoyen Raymond. — Lémenc. — Mongelaz. — Bouvier. — Sailler. — Paul Arnaud. — Pensions ecclésiastiques. — Calendrier républicain. — Assemblées décadaires.
— Département du Léman. — (iuiirard. — Jacques Ducret. — François Galley. — Mort de Duphot. — Le Pape à Sienne , à Florence , à Valence. — Mort de Pie VI. — Sinvarolï". — Election de Pie VII.
— Bonaparte en Egypte. — Retour en France. — Journée du 18 brumaire. — MM. Piénoz, Gabet. Arnaud. Dufour. Simien. — Circulaire des vicaires capitulâmes. — Soumission à la constitution.
Tandis que l'on poursuivait ainsi à outrance les prêtres catholiques, on tolérait les évoques constitutionnels; il n'y avait pas de déportation à craindre pour eux; ils continuaient à se réunir librement à Paris, ta tenir un prétendu concile; ils portaient des décrets comme s'ils eussent dû avoir bientôt l'Eglise universelle à gouverner. Cependant ils disparaissaient peu à peu; de quatre-vingt-cinq ils n'étaient plus que vingt-six. Ce nombre allait même tous les jours en diminuant; ils étaient profondément méprisés de tous les vrais catholiques. Néanmoins ils essayaient encore de temps en temps de faire de la propagande. Depuis la rétractation de M. Panisset, ils regardaient le diocèse du Mont-Blanc comme vacant. Le citoyen Raymond, évêque de l'Isère , voulut essayer de venir lui-même établir une paroisse schismatique à Chambéry. Il y envoya avant lui, pour tout disposer à cette fin, le citoyen Pétex, curé de Vif, et le citoyen Crétin, curé de Chapareillan, l'un
et l'autre schismatiques. Les églises de la ville n'avaient pas encore été rendues au culte. Celle de Lémenc seule se trouvait ouverte ; mais les habitants leur en tinrent soigneusement la porte fermée; il n'y eut pas moyen d'y entrer; ils furent forcés de repartir sans avoir rien fait. M. de La Palme apprit à Turin la fermeté de leur résistance avec une grande consolation ; il leur adressa une lettre de félicitation ; les habitants de Lémenc lui firent une réponse où il y a plus de foi que de littérature ; nous croyons cependant devoir la rapporter, parce qu'elle honore leurs bons sentiment*. (Voy. Pièces justificatives, n° 59.)
Cependant la rétractation de M. Panisset n'avait pas complètement éteint le schisme en Savoie ; quelques prêtres y demeuraient obstinément attachés aux principes constitutionnels. Le directoire du département les favorisait, tandis qu'il poursuivait à outrance les prêtres fidèles. Il leur permettait d'exercer des fonctions ecclésiastiques, pourvu qu'ils prêtassent le serment de soumission aux lois de la République et de haine à la royauté ; ils ne s'effrayaient pas de si peu. Trois ou quatre prêtres de Chambéry se soumirent à ces conditions ; c'étaient MM. Bouvier, curé de Crnet; Antoine Mongelaz, curé du Bourget, son neveu, et le Père Sailler, dominicain. M. de La Palme leur écrivit plusieurs fois pour les ramener à de meilleurs sentiments. S'il n'y réussit pas complètement, il put au moins les retenir un peu et les empêcher de donner de plus graves scandales.
Ils avaient prêté le premier serment et ne l'avaient point rétracté. « J'ai prêté le serment purement civil de la liberté et de l'égalité et de bien soigner mon peuple et rien de plus, écrivait Marcel Bouvier le 8 juillet 1798, je l'ai fait non par faiblesse, mais après mûre délibération; je n'ai rien su y découvrir de mauvais ni encore aujourd'hui. »
M. Mongelaz dit « qu'il était curé du Bourget depuis quarante ans , que le titre de curé ne lui avait jamais été enlevé; qu'ayant vu sa paroisse abandonnée, les éléments de la foi ignorés, la jeunesse sans frein, toutes les erreurs favorisées par l'absence des ministres de la religion, il s'était fait une. grave obligation de conscience d'aller au secours de ses anciens paroissiens. »
Ils prétendaient que \e Pape n'avait pas pu porter des censures contre un serment qui n'avait rien d'illicite, ou que s'il en avait portées, il avait reconnu son erreur et les avait révoquées. « >'on sans doute, disait M. Mongelaz dans une lettre du 7 août, le Saint-Père n'exige plus l'exécution d'un ordre qui, s'il eût été exécuté à la lettre, aurait fermé toutes les églises en France, comme parmi nous. »
« Si le Pape a cru être fondé à exiger la rétractation du serment sous peine d'excommunication, disait M. Bouvier, on pense qu'il a eu des raisons pour rétracter lui-même sa menace. » Ils disaient donc qu'on ne devait pas leur demander une rétractation, ou que, si le Pape la jugeait nécessaire, elle devrait se faire en présence de deux ou trois témoins, sans publicité, pour ne pas les déshonorer.
Ils trouvent que les vicaires capitulaires sont trop rigoureux et que leur sévérité est la principale cause des malheurs de la religion dans le diocèse.. « On dit qu'il faut obéir à l'autorité, écrivait le curé du Bourget, mais j'ai peine à concevoir qu'il n'y ait pas au moins un peu de la faute de ceux à qui le gouvernement du diocèse est confié. Ceux qui combattent la religion ne lui font pas plus de mal que ceux qui la défendent. » — « Si je suis en retard de fréquenter les sacrements, écrivait 31. Bouvier le 8 juillet 1798, c'est parce que je vous ai trouvé trop rigide sur ce point. S'il y a un moyen de conciliation , je travaillerai de
tout mon cœur à faire l'œuvre de Dieu, comme on nous en laisse maintenant la liberté, sans autre rétractation que ma soumission au jugement de l'Eglise en définitive; différemment je vous croirai chargé de tout le malheur des peuples sans prêtres, parce que c'est vous qui les retenez. Si le Pape a suspendu son excommunication , vous pouvez bien suspendre aussi vos déterminations et laisser soigner les fidèles. Super clucem omis istud. Par votre zèle outré , vous faites plus de mal aux peuples que ne leur en font les clubs. »
M. Mongelaz avait un neveu prêtre, qui professait les mêmes principes d'une manière encore plus exagérée et plus grossièrement inconvenante; il écrivait à M. de La Palme le 17 octobre 1798 : « Dites-moi ce que vous croyez devoir absolument exiger de mon oncle. Ce ne sera pas sans doute la rétractation du serment de la liberté et de l'égalité; vous êtes trop juste pour penser que strictement on doive le rétracter, et ce serait, selon moi, un parjure que de le faire. »
Le P. Sailler, dominicain, était imbu des mêmes opinions; il y mêlait des principes jansénistes; il écrivait à M. de La Palme que les erreurs de Quesnel et de Jansénius ne lui paraissaient pas réelles; on présume même qu'il était le conseil et quelquefois le secrétaire de MM. Mongelaz et Bouvier. Ces quatre prêtres, qui étaient, dans le diocèse de Chambéry , un reste du schisme , donnèrent beaucoup d'embarras à M. de La Palme; il leur écrivit un grand nombre de lettres pour les ramener à de meilleures dispositions ; il les traitait avec plus d'égards et plus de modération qu'ils ne méritaient. Il leur expose que, par ses lettres apostoliques du 13 avril 1791, Pie VI avait déclaré que tous les prêtres séculiers ou réguliers qui, en France,
avaient prêté le serment prescrit par la Convention nationale et ne le rétracteraient pas dans le terme de quarante jours, seraient suspens de fait et qu'ils deviendraient irréguliers , s'ils exerçaient les ordres en cet état; que par sa réponse aux vicaires capitulaires du diocèse de Chambéry, du 5 octobre 1793, il avait déclaré que ceux qui, en Savoie, avaient prêté le serment exigé par la proclamation du 8 février 1 793 , avaient aussi encouru les peines portées par le droit contre les fauteurs et les adhérents du schisme et de l'hérésie , c'est-à-dire l'excommunication réservée au Pape. (De Hœreiicis , cap. vin et ix; de Schismaticis , cap. i.) Il était donc incontestable que les prêtres qui , en Savoie, avaient prêté ce serment et ne l'avaient pas rétracté, étaient liés de censures réservées au Saint-Siège. Le Pape avait accordé aux évêques et aux vicaires capitulaires le pouvoir d'en absoudre , mais sous la condition expresse qu'au préalable on ferait une rétractation par écrit, revêtue de toutes les conditions exigées par le bref du 13 juin 1792. Le plus grand nombre des prêtres du diocèse de Chambéry, qui avaient prêté ce serment , avaient satisfait aux conditions requises et obtenu des lettres de réconciliation. Les sieurs Mongelaz, Bouvier et Sailler, qui avaient refusé de s'y soumettre et qui avaient continué de célébrer en cet état, étaient donc évidemment suspens et irréguliers. Aussi M. de La Palme écrivait-il à M. Mongelaz le 7 juillet 1798 : « Vous dites que vous avez cru pouvoir et devoir prêter le serment exigé par la proclamation du 8 février 1793 , mais n'aurez-vous pas le bon esprit de convenir que le Souverain-Pontife et tous les évêques ont pu juger mieux que vous en cette affaire? Or le Pape, dans sa réponse aux évêques de Savoie, du 5 octobre 1793, a décidé expressément que ceux qui, comme vous, ont fait le serment de la pro-
clamation du 8 février, ont encouru les peines portées par le droit contre les fauteurs et les adhérents du schisme et de l'hérésie, et qu'ils doivent remplir les conditions prescrites par le bref du \ 9 mars 1792 pour en être absous. (Pièces justificatives, n03 15 et 50.) Voilà en même temps une décision et un ordre de l'autorité la plus sacrée. Ce jugement du Saint-Siège a été mis à exécution dans toute la Savoie. Il est donc incontestable que vous avez encouru les censures dont la violation vous rend irréguliers. Vous dites que vous n'êtes pas schismalique ; mais où est donc le chef à qui vous obéissez? Ce n'est pas à nous, ce n'est pas même au Pape. Vous dites que vous ne reconnaissez aucun évoque intrus, je le crois ; mais vous êtes donc absolument sans chef; vous êtes vous-même le chef de votre Eglise, et vous osez dire que vous n'êtes pas schismalique? » Malgré la force de ces raisons , ils ne se soumirent pas ; mais comme ils étaient en petit nombre et sans tonsidération, leur résistance demeura presque inaperçue dans le diocèse. Ils se soumirent plus tard après le Concordat.
Le P. Paul Arnaud, capucin , est un des hommes les plus vils qui aient paru en Savoie pendant la Révolution française. Nous avons déjà vu comment il avait procédé à l'inventaire du couvent des Capucins de Cognin. La proclamation d'Albilte ayant été publiée le 27 janvier I 794 , il se présenta le premier à la municipalité de Chambéry, pour prêter le serment d'apostasie le 3 février suivant; il avait alors quarante-six ans ; il s'engagea par ce serment à renoncer pour toujours aux fonctions du sacerdoce; il tint parole : il jeta le froc dans la boue et ne parut plus qu'en habit laïque. Il fut nommé receveur de l'enregistrement au Bourg-Saint-Maurice. Là il porta l'impiété jusqu'à coller sur la porte de sa chambre, à l'intérieur , un crucifix ren-
versé. Il avait habituellement deux pistolets sur sa table; son nom était devenu odieux dans tout le canton. Il fut ensuite transféré, en cette même qualité de receveur, du Bourg à Moûtiers et de Moûtiers à Clermont-Ferrand. Il était encore vivant à Clermont en 1818. Le vénérable P. Eugène, provincial des Capucins, rétablis alors en Savoie, lui écrivit pour essayer de lui inspirer de meilleurs sentiments; il en reçut une réponse insultante. On assure qu'il mourut quelque temps après dans les prisons de Clermont, où il fut renfermé pour malversations dans l'exercice de son emploi. Cette fin était digne de sa vie.
Le 5 prairial an vi (24 mai 1798), le Directoire prit un arrêté relatif au payement des pensions ecclésiastiques. On y déclarait qu'aucun prêtre ne serait inscrit sur le tableau des pensionnaires , sans présenter le procès-verbal dr serment de la liberté et de l'égalité, ainsi qu'une déclaration , signée de sa main, portant qu'il ne l'avait point rétracté. Les religieuses étaient assujéties aux mêmes conditions. En Savoie , cet arrêté ne fut utile qu'à un très petit nombre de prêtres et à ceux qui le méritaient le moins ; car la plupart de ceux qui avaient prêté le premier serment, l'avaient déjà rétracté. Le Directoire ne parle point du serment d'apostasie , parce qu'il n'était pas connu en France; c'était une invention d'Albitte, particulière aux départements de l'Ain et du Mont-Blanc, où il était représentant du peuple.
Le gouvernement de la République tenait toujours à ce qu'on suivît le nouveau calendrier. Une loi du 1 7 thermidor an vi (4 août 1 798) obligeait les autorités constituées et tous les employés à vaquer les décadis et les jours des fêtes nationales. Les écoles publiques et les pensionnats des deux sexes devaient vaquer les mêmes jours. Les bouti-
ques , les magasins et les ateliers devaient être fermés ces jours-là. Une autre loi du 23 fructidor an vi (9 septembre 1798) défendait d'employer dans les actes publics ou privés d'autres dates que celles du calendrier républicain, à peine d'une amende de 10 francs contre tout signataire particulier et de 50 francs contre les fonctionnaires publics. En cas de récidive, l'amende était quadruple.
Les républicains considéraient avec regret que de tout temps les catholiques se réunissaient dans leurs églises les dimanches et fêtes en grand concours, tandis qu'euxmêmes, n'ayant point de réunions populaires fixes, voyaient leurs décadis se célébrer très froidement. Pour y suppléer, ils voulaient endimancher le décadi; par une loi du 13 fructidor an vi (30 août 1798), le Directoire ordonnait au maire de chaque commune de faire préparer un local qui pût servir à la réunion des citoyens, de s'y rendre en costume chaque décadi avec le secrétaire et le commissaire du directoire exécutif, d'y convoquer le peuple et spécialement les écoles des deux sexes. Le sacerdoce municipal était exercé par le maire ou par le secrétaire. Il n'était pas question de prières. On y faisait la lecture des lois et des actes de l'autorité publiés pendant la décade précédente, ainsi que d'un bulletin décadaire qui rapportait les traits de bravoure et les actions propres à inspirer le civisme et la vertu.
Les mariages ne pouvaient se faire que le décadi et dans le lieu destiné à ces réunions populaires. On devait y donner connaissance au peuple des naissances et des décès, ainsi que des actes d'adoption et de divorce qui auraient eu lieu pendant la décatie. On voulait remplacer par là, autant que possible , la messe et le prône du curé. Il n'y avait cependant pas de bénitier à la porte.
Le territoire de Genève ayant été réuni à la République française par une loi du 8 fructidor an vi (25 août 1798), le Directoire y érigea un nouveau département sous le nom de département du Léman ; on y ajouta le Chablais , le Faucigny et une partie du Genevois. La Savoie fut ainsi divisée en deux parties presque égales , et ce qu'il y a de remarquable , c'est que dès lors le Mont-Blanc ne se trouva plus dans le département du Mont-Blanc.
Les vicaires càpitulaires furent alarmés de tout ce qu'ils apprirent relativement aux assemblées décadaires. La loi du 30 août 1 798 ne prescrivait pas de cérémonie religieuse ; mais en Savoie quelques fonctionnaires zélés s'avisèrent de placer la statue de la liberté sur une espèce d'autel dans le lieu des réunions et d'y faire retentir des chants toujours plus ou moins immoraux ou impies. Le 12 mai 1799, M. de La Palme adressa une circulaire aux missionnaires pour leur recommander instamment de détourner les fidèles de ces assemblées.
« Les fidèles , déjà affligés par tant de maux, leur disaitil , vont encore avoir la douleur de voir s'établir au milieu d'eux le culte impie dont on les menace depuis longtemps. Dans une grande partie du diocèse , les jours décadaires , on les convoque dans les églises , on y établit un autel sacrilège sur les ruines de l'autel catholique ; on y arbore l'étendard de l'idolâtrie après avoir brisé tous les symboles du christianisme. La tribune évangélique y devient une chaire de pestilence; l'enceinte y retentit de chants également immoraux et impies ; on y invoque un prétendu Être suprême qui n'est pas le Dieu des chrétiens. Et c'est dans nos églises , où le saint sacrifice de la messe a été si longtemps offert , que ces sacrilèges vont se consommer ! Qui ne voit là l'abomination de la désolation dans le lieu
saint? Qui ne comprend combien on serait coupable de s'y associer? Ce serait renier la foi. Aucun motif de crainte ou d'emploi ne pourrait servir d'excuse. En cette grave circonstance , tous les fidèles vont se trouver réduits à se montrer chrétiens ou apostats.
« Soyez donc enflammés de zèle , mes chers confrères , comme Moïse , lorsqu'il vit les Hébreux danser autour du veau d'or ; comme saint Paul , lorsqu'il vit la ville d'Athènes livrée à l'idolâtrie. Faites tous vos efforts pour empêcher l'établissement de ce culte impie, pour conserver dans le bercail les brebis qui vous sont confiées et les éloigner des précipices où des loups avides voudraient les jeter. Les assemblées décadaires étaient dangereuses pour la foi et pour les mœurs , lors môme que l'on ne s'y occupait que de choses civiles ; combien ne le seront-elles pas davantage encore à l'avenir, puisqu'il s'agira d'y faire publiquement profession d'impiété et d'apostasie? Si ce culte abominable vient à s'établir , si les fidèles s'habituent à fréquenter ces réunions, c'en est fait de la religion. Il ne nous restera plus qu'à pleurer sur les ruines de Jérusalem. Opposezvous donc à ces profanations sacrilèges comme un mur d'airain ; apprenez aux fidèles et surtout aux pères de famille à les détester. Si une église est souillée par ces impiétés, vous aurez soin d'en interdire l'entrée aux fidèles et de les réunir ailleurs. Recommandez à toutes les personnes religieuses de réclamer la liberté du culte contre les déterminations tyranniques de ces autorités secondaires, qui se permettent de troubler les consciences en forçant les citoyens , sans aucun droit, à prendre part à ce culte également insensé et impie ; car les lois relatives aux jours décadaires ne parlent pas de culte.
« Les personnes disposées à se marier ne doivent parai-
tre dans l'assemblée décadaire que pour y donner leur consentement civil, sans prendre part à aucune cérémonie, à aucune prière, à aucun chant. Si on leur demande quelque chose de plus, elles doivent s'y refuser absolument, en s'appuyant sur le texte de la loi. Il faut dire aussi aux époux qu'ils ne doivent pas aller à ces assemblées avec pompe et solennité, comme pour assister à une fête; ils doivent au contraire , dans ces temps de deuil religieux , s'y présenter avec leurs vêtements ordinaires, sans suite et accompagnés seulement de deux catholiques de confiance pour leur servir de témoins. Mais surtout recommandez aux époux de ne pas aller donner leur consentement civil dans ces assemblées décadaires avant d'être mariés canoniquemenf; par ce moyen, ils se conformeront aux instructions du Saint-Siège et vous fourniront l'occasion de leur donner des avis sur la manière de se présenter devant l'officier de l'état civil. »
La loi du 30 août 1 798 n'a cependant pas été, en Savoie, aussi nuisible qu'on paraissait le craindre , soit parce que les fidèles ont été bien avertis par les missionnaires , soit parce que -le Directoire a été renversé le 9 novembre 1799.
Guigard Jean-Pierre, né à Chambéry en 1 738, professeur au collège royal de la ville en 1 792 , assista plusieurs fois aux assemblées populaires, dès qu'elles furent organisées; en 1793, il prêta le serment de la liberté et de l'égalité, adhéra au schisme de l'évêque constitutionnel et entretint avec lui des liaisons étroites. Il exerça pendant quelque temps les fonctions d'aumônier de la maison des Orphelines. Le 4 mars 1794, il prêta publiquement le serment d'Albitte. Continuant d'exercer les fonctions de professeur à l'école centrale , il faisait la classe les dimanches et les fêtes, et donnait congé les jours décadaires; quelquefois il
allait lire et commenter les feuilles publiques dans la chaire de la cathédrale où il avait autrefois prêché. Il persévéra dans ces dispositions jusqu'en 1799. Parvenu alors à l'âge d'environ soixante-un ans et se trouvant atteint d'une maladie grave, il demanda à se confesser et rétracta tous ses égarements à son lit de mort d'une manière très satisfaisante. Cette rétractation est imprimée et datée du 9 novembre 1799.
Jacques Ducret, de Thonon , est l'un des prêtres de Savoie qui ont le plus déshonoré le caractère sacerdotal. En 4792, quoique professeur de théologie au collège royal, il accepta de la commission provisoire des Allobroges la mission odieuse de faire l'inventaire des titres, des ornements et des vases sacrés de la cathédrale. En 1793, il prêta le serment de la liberté et de l'égalité, adhéra au schisme et remplit avec activité les fonctions de vicaire épiscopal de M. Panisset; en 1794, il fut l'un des premiers à prêter le serment d'Albitte ; il cessa alors d'enseigner la théologie et se borna, pendant plusieurs années, à donner des leçons de grammaire générale à l'école centrale de Chambéry. M. de La Palme ne parle plus de lui dans ses Mémoires , excepté que dans une note écrite en 1802 il dit qu'il était malade sans espoir de guérison. Le 1 1 novembre 1 802, il souscrivit la déclaration suivante : « Je soussigné déclare que je veux vivre et mourir dans la communion de l'Église catholique, apostolique et romaine, et que je me soumets de bon cœur à tout ce qui a été réglé par le Concordat. Pour ce qui est de la formule d'Albitte, chacun sait que je n'en ai jamais parlé que comme d'un acte également impie et attentatoire aux- droits de l'homme, et je déclare qu'il n'y a que la crainte du dernier supplice qui ait pu me déterminer à y souscrire. J'espère qu'on oubliera une faute
que les larmes les plus amères et les regrets les plus cuisants ont dû expier. Fait à Chambéry , ce 20 brumaire an xi (11 novembre 1802). J. Ducret. » Nous trouvons dans les actes de décès de la paroisse de Notre-Dame, dressés par Rd Claude-Humbert Rey, missionnaire, que M. Ducret mourut le 24 février 1803, à l'âge de soixante ans.
Le sieur Louis-François Galley était du diocèse de Belley. En 1770 , il fat transféré par Mgr Cortois de Quincey de la cure de Saint-Pierre d'Alvey à celle de Saint-Jean de Chevelu. En 1793, il adhéra au schisme de Panisset avec beaucoup d'ardeur et mérita d'être nommé son vicaire épiscopal. Comme l'évèque intrus n'avait qu'un petit nombre de prêtres à sa disposition , Galley s'occupa avec activité à parcourir le diocèse et à prononcer des réunions de paroisses partout où cela lui parut praticable. En 1794, il fut „ l'un des premiers à prêter le serment d'Albitte. Il était alors âgé de soixante-deux ans. D'après une note trouvée aux archives de l'archevêché, qui paraît avoir été écrite en 1 802, il était philosophe, franc-maçon, d'une conduite irrégulière, généralement méprisé dans le diocèse et surtout dans sa paroisse de Saint-Jean de Chevelu; on ajoute qu'il n'avait peut-être jamais dit son office. Ayant voulu un jour faire une apparition dans son pays natal, il en fut chassé à coups de pierres. Il vint alors se réfugier à Chambéry, où il vécut obscur et presque inconnu. On remarque dans cette note que ce serait un scandale de le voir remonter à l'autel ; nous n'avons trouvé aucun renseignement sur l'époque ni sur les circonstances de sa mort.
Le Directoire s'était déjà emparé d'une grande partie des États du Pape en 1797 par le traité de Tolentino. En 1798 , il forma le projet d'envahir encore le reste. Il entretenait pour cela à Rome des agitateurs; il excitait des soulève-
ments, l'ambassadeur de France les favorisait ouvertement. Le 28 décembre 1797, quelques-uns de ces insurgés, qui avaient à leur tête le général français Duphot, tentèrent de s'emparer de la ville. Quelques troupes pontificales leur ayant été opposées, il s'engagea entre eux un combat de rue dans lequel le général Duphot fut tué. Le Directoire trouva là un nouveau prétexte pour dépouiller le Pape. Des troupes reçurent l'ordre d'envahir la ville ; elles y entrèrent le 1 5 février 1 798. Le même jour , on annonça au Pape que la république romaine était proclamée et le gouvernement pontifical aboli; mais on lui donna l'assurance que son pouvoir spirituel serait respecté et qu'on le reconnaîtrait toujours comme évêque de Rome. Malgré cette promesse solennelle, cinq jours après , le 20 février , le Pape fut enlevé de Rome et conduit à Sienne. Le 25 mai 1798, il fut transféré de Sienne à Florence, où on lui donna pour logement le couvent des Chartreux, situé hors de la ville, pour le soustraire aux manifestations des personnes pieuses. En apprenant cette affligeante nouvelle , les vicaires capitulantes adressèrent une circulaire aux missionnaires du diocèse pour leur recommander de prier et de faire prier pour le Pape captif. (Voy. Pièces justificatives, n° 60.)
Jugeant que le Pape n'était pas encore assez loin de Rome, le 27 mars 4799 le Directoire le fit conduire de Florence à Bologne et de Bologne à Parme et à Turin. De Turin il fut transféré à Valence par Briançon , Gap et Grenoble. Partout sur la route les fidèles lui donnaient de grandes marques de vénération. A Grenoble, plusieurs dames de distinction se travestirent en servantes pour le voir et le servir dans l'hôtel où il était logé. Ces pieuses manifestations irritaient ses conducteurs ; ils n'avaient aucun égard pour son caractère sacré , ni pour son âge
avancé, ni pour le mauvais état de sa santé. On le sépara brutalement de tous les prélats qui l'avaient accompagné jusque là. Il arriva à Valence le 14 juillet 1 799 et fut renfermé dans la citadelle, où personne ne pouvait lui parler qu'en présence de témoins. Le 22 du même mois, l'abbé Sieyès, alors président du Directoire, ordonna que Pie VI, qu'il appelait le ci-devant Pape, fût transféré de Valence à Dijon; mais cela fut reconnu impossible. Sa maladie devenant chaque jour de plus en plus grave, il reçut les derniers sacrements avec une sainte résignation et mourut le 29 du mois d'aoïit 4 799, à l'âge de quatre-vingt-un ans huit mois deux jours.
A cette nouvelle , tous les catholiques furent profondément affligés et gravement effrayés en pensant au triste état où se trouvait alors l'Eglise. Le Directoire voulait évidemment l'abolition de la papauté. Toute l'Italie était occupée par les troupes françaises. On ne comprenait pas ni où, ni quand, ni comment on pourrait procéder à l'élection d'un nouveau pape. La Providence vint alors au secours de l'Eglise d'une manière inattendue et presque miraculeuse. Trente mille Russes, commandés par le général Souwarof, débarquèrent en Italie. Aidé de ce puissant renfort, le général autrichien Mêlas reprit l'offensive et s'empara de nouveau en peu de temps de la Vénétie, du Milanais et du Piémont. Les cardinaux, profitant de ce moment favorable , se réunirent à Venise au nombre de trente-cinq. Le conclave s'ouvrit le 1er décembre 1799, on élut Grégoire- Barnabe Chiaramonti , né à Césène le 14 août 1742, qui prit le nom de Pie VII.
Le 20 novembre 1798, trente-un citoyens du canton du Bourg-St-Maurice furent requis pour porter des subsistances aux militaires cantonnés au Petit-St-Bernard. Il
était tombé beaucoup de neige. Ils marchaient de file. Arrivés au lieu dit le Creux des morts, une avalanche, partie delà montagne, en entraîna onze. Les vingt restants firent d'extrêmes efforts pour les sauver et parvinrent à en dégager neuf encore vivants. Les deux autres furent trouvés morts le lendemain. L'administration centrale du département accorda des récompenses à ceux qui avaient donné cette preuve de dévouement.
L'incendie du Château national s'est déclaré dans la nuit du 23 au 24 frimaire an vu (du 43 au 14- décembre 1798), entre minuit et une heure. D'après le procès-verbal de l'administration centrale, les archives des mappes et du cadastre, et la bibliothèque publique, situées à l'extrémité de l'aile gauche , dans la partie neuve des bâtiments , ont été préservées , excepté la toiture. Tout le surplus de l'aile gauche a disparu ; les titres , registres , papiers et toutes les archives de l'administration furent consumés. La partie incendiée était de 200 mètres de long sur 25 de large. La cause en est restée inconnue.
L'administration centrale alla dès lors s'établir dans la maison d'AUinges. Tous les meubles du Château ayant été détruits , pour s'en procurer d'autres , elle ordonna à des ouvriers d'aller prendre tout le mobilier qui restait encore à Hautecombe et celui qui existait à Saint-Pierre d'Albigny, dans la maison de l'émigré Dunoyer; mais à Hautecombe le citoyen Landoz s'opposa à l'enlèvement du mobilier, alléguant qu'il l'avait acquis avec la maison; on n'en trouva à Saint-Pierre d'Albigny qu'une quantité très insuffisante. Dans la séance du 22 décembre 1798, l'administration commit les citoyens Girard et Bise , ses secrétaires , pour aller faire la recherche et la saisie, dans les maisons nationales de l'arrondissement, de tous les objets et meubles qui
seraient jugés propres à l'usage de ses bureaux. C'était un moyen très économique de se meubler.
Le 2 pluviôse an vu (24 janvier 1799), on célébra encore à Chambéry d'une manière solennelle l'anniversaire de la mort de Louis XVI. Le 20 janvier au soir, une salve d'artillerie annonça la fête du lendemain. Le 21 , la fête commença aussi par une salve d'artillerie. A dix heures , tous les corps constitués et tous les fonctionnaires publics se réunirent dans la salle de l'administration du département. Le citoyen Bavouz, président de l'administration centrale , annonça par une courte allocution qu'on allait se réunir au temple décadaire pour célébrer l'anniversaire de la juste punition du dernier roi des Français. Lorsqu'on y fut arrivé, M. Daquin, professeur d'histoire naturelle, prononça une invocation à l'Être suprême pour la prospérité de la République. C'était la première fois depuis 1794 que l'on entendait prononcer le nom de Dieu dans une fonction républicaine. Le président Bavouz, qui était un peu moins qu'éloquent, commence son" discours par ces paroles prononcées avec emphase : Les œuvres de Dieu sont merveilleuses, mais celles des hommes ne le sont pas moins; il débite ensuite quelques injures contre Louis XVI; après quoi, toutes les autorités constituées et tous les fonctionnaires publics souscrivent la formule du serment prescrit par la loi du 24 nivôse an v :
« Je jure haine à la royauté et à l'anarchie , attachement et fidélité à la République et à la Constitution de l'an m. »
Les souscriptions se sont faites dans l'ordre suivant :
1° Les membres de l'administration centrale du département : Bavouz, président; Émery, Gilbert, Démaison, Lasalle, administrateurs ; Garin, commissaire du directoire exécutif; Palluel, secrétaire en chef ;
2° L'administration municipale de Chambéry : Gargouz, président; Lullin, Yullion, Morel, Chautagne, Ducoudray , Chaboud, Secret, administrateurs; St-Martin, secrétaire;
3° Les membres du tribunal civil : Décret, président; Aude, Jacques Delabeye, Louis Delabeye, Brunier, Dumas, Recordon, Gavet, Fleury, Bouvier, Vernier, Dupasquier, Jacquemoud, juges; Blanchet, greffier-;
4° Les membres du tribunal de police correctionnelle : Fontanil, président; Bertrand, Pacoret, juges; Lacoste, greffier ;
5° Les membres du jury et les profeseurs de l'école centrale : Démaison père, Broissand; Marin, professeur de rhétorique ;Daquin, professeur d'histoire naturelle; Gringet, professeur de dessin; Picolet, professeur de droit ; Ducret , professeur de grammaire générale ; Boisset , professeur de physique ; Marcoz , professeur de mathématiques ;
6° Ponts et chaussées : Montgenet, ingénieur en chef; Brun, Lampoz, Rayneri.
Dans la séance du 23 vendémiaire an vm (15 octobre 1799), on expose à l'administration centrale que le nommé Charles Mouxy , officier dans la légion des campements sardes , a laissé à Grésy-sur-Aix une collection d'histoire naturelle en insectes et papillons ; considérant que ledit Mouxy est émigré et que, par conséquent, cette collection est devenue la propriété de la nation , l'administration en prononce la confiscation et commet le citoyen Bise, professeur à l'école centrale, pour la faire transporter à la bibliothèque nationale de la ville de Chambéry.
En 1798 et 1 799 , il se passa en France de graves événements. Le Directoire avait formé le projet d'une descente en Angleterre. Il avait préparé pour cela une Hotte et une
armée proportionnées à l'importance et aux difficultés de l'entreprise. C'est le jeune général Bonaparte, déjà célèbre par d'éclatantes victoires remportées en Italie, qui devait commander l'expédition. Bonaparte trouva de graves difficultés à ce projet. Il obtint du Directoire l'autorisation de le remplacer par une descente en Egypte. Il s'embarqua pour cela à Toulon le 30 floréal an vi (19 mai 1798) avec une flotte de 500 voiles et une armée de 40,000 hommes. Il aborda à Alexandrie le 1er juillet. Un mois après, le 1er août, eut lieu la fameuse bataille d'Aboukir , près d'Alexandrie, où la flotte française fut presque entièrement détruite par les Anglais sous le commandement de l'amiral Nelson. Après avoir séjourné en Egypte et en Syrie environ quatorze mois, après avoir remporté de brillantes victoires et subi aussi de graves revers , le 22 août 1 799, Bonaparte laissa en Egypte son armée, réduite à environ 25,000 hommes, et partit secrètement pour la France avec quelquesuns de ses généraux. Il fut assez heureux pour éviter les croisières anglaises ; il débarqua à Fréjus le 29 octobre 1799 et trouva les choses en France dans un état très fâcheux. L'Italie avait été reprise par les Autrichiens et les Russes. Le Directoire avait perdu toute confiance et toute considération. Il avait cruellement persécuté les catholiques et excité beaucoup de mécontentements par des mesures odieuses. La France se trouvait alors dans un état déplorable. A l'arrivée de l'homme extraordinaire que l'Orient venait de rendre à l'Europe , tous les regards se fixèrent sur lui ; il jugea bien la position ; il sut en profiter habilement. Il travailla pendant quelque temps à Paris à se former un parti puissant, à se choisir des coopérateurs , à s'assurer le concours de deux membres du Directoire , Sieyès et Rogès-Ducos, et enfin le 18 brumaire an vin
(9 novembre 4 799), à la tête de ses grenadiers, il envahit à Saint-Cloud la salle du Conseil des Cinq-Cents ; il les dispersa , il détermina les Anciens à le nommer consul provisoire avec Sieyès et Rogès-Ducos, et la révolution fut faite. On établit ensuite deux commissions de vingt-cinq membres chacune et l'on ajourna les deux Chambres au 20 février 1800. Le Directoire se trouva ainsi aboli, après avoir mal gouverné la France et violemment persécuté l'Eglise pendant l'espace de quatre ans douze jours.
On a dit que la Convention guillotinait et que le Directoire déportait, cela est exactement vrai; le Directoire a continué à poursuivre les prêtres et à les faire condamner à la déportation jusqu'à sa dissolution. Au mois de septembre 1799 , deux mois avant la journée du 18 brumaire , on fit encore arrêter en ce diocèse et conduire plusieurs prêtres à l'île de Rhé.
Cependant les missionnaires continuaient à exercer leur ministère secrètement; par une circulaire du 4 août 1799, M. de La Palme leur recommandait de tenir partout les registres avec régularité et de les remettre, à la fin de chaque année, au chef de la mission. Il y avait dans la plupart des paroisses , dans quelque famille pieuse , une petite chambre dans un endroit retiré, qui servait de chapelle; le missionnaire y célébrait la sainte messe , y faisait les baptêmes et les mariages; il ne s'occupait pas des sépultures. Elles ne se faisaient que civilement; pour les baptêmes, on se bornait à verser l'eau; on se réservait de suppléer les cérémonies lorsque la persécution aurait cessé.
Le 8 septembre 1799, M. de La Palme adressa une circulaire aux missionnaires et aux fidèles du diocèse pour leur annoncer officiellement la mort du pape Pie VI, arrivée le 29 août précédent. Il loue, comme elles le méritaient, les
vertus distinguées de ce vénérable pontife et sa patience inaltérable dans les dures épreuves de la persécution. Il recommande aux prêtres et aux fidèles d'adresser à Dieu de ferventes prières pour le repos de son âme ; il les exhorte instamment aussi à prier pour l'élection de son successeur. Les troubles politiques et les intentions connues du Directoire étaient, en effet, bien capables d'inspirer à ce sujet de graves inquiétudes. Cependant l'occupation delà Haute- Italie par les Autrichiens et les Russes paraissait un moyen ménagé par la Providence pour faciliter la réunion du sacré collège .
Les serments que l'on exigea successivement en France de 1790 à 1 801 furent un grand moyen de persécution. Le 1 3 décembre 1 799 , les consuls publièrent la Constitution de la République en 95 articles. Elle ne prescrit pas de serment; mais un arrêté du 7 nivôse an vm (28 décembre 1 799) déclare que tous les fonctionnaires publics, ministres des cultes et autres personnes qui, par les lois antérieures, étaient assujétis à un serment, y satisferaient à l'avenir par la déclaration suivante : Je promets fidélité à la Constitution. Une loi du 1er janvier 1 800 exige aussi cette promesse de tous les fonctionnaires publics et des ministres d'un culte quelconque. Les missionnaires demandèrent aux vicaires capitulaires s'ils pourraient faire cette promesse. Le Ier février 1800 , M. de La Palme leur fit une réponse négative. Il donne pour raisons : 1° que, sous le Directoire, on avait publié un grand nombre de lois tout à fait opposées aux principes du christianisme, que ces lois n'étaient point abrogées et qu'en prêtant serment à la Constitution de la République on serait censé s'y soumettre et les approuver ; 2° que la Constitution elle-même renfermait des articles auxquels on ne pouvait pas promettre soumission ; par
exemple, l'art. 93 déclare que l'on ne permettra jamais le retour des émigrés; M. de La Palme remarque que parmi ces émigrés il y avait des femmes et des vieillards qui n'étaient sortis de France que pour trouver ailleurs le libre exercice de leur religion ; on ne pourrait pas les exiler à perpétuité sans une injustice évidente.
Après tant de serments injustes exigés successivement , on avait bien raison d'être en défiance. Cependant, dans l'état où les choses se trouvaient alors, la réponse est peutêtre un peu sévère ; en promettant fidélité à un gouvernement on ne s'engage qu'aune soumission passive et à ne pas conspirer contre lui. Cette opinion a prévalu, car Pie VI approuva la formule de serment contenue dans le Concordat, quoiqu'il y eût encore alors beaucoup de mauvaises lois en France, et aujourd'hui même, lorsqu'on jure obéissance à la Constitution et fidélité à l'Empereur , l'on n'entend pas approuver toutes les lois qui font encore partie de la législation française.