CHAPITRE XXII
MM. Perrin d'Avressieux , Laroche , Labottière. — Election de Pie VII. — Circulaire au clergé. — Lettre au Pape. — MM. Rogès , Nalet. Garin. Gabet. — Retraite ecclésiastique. — Guillet et Quilet.
— Hospice du Mont-Cenis. — D. Gabet. — M. Pauisset. — Instruction pour le carême de 1802. — Rétractations. — Laurent de Saint- Agnès. — Dufour. — Hugonnier. — Borrand. — Jacquier. — Gentil.
— Grillet. — Venney. — Rousseau. — Veyret. — Plattet. — Léger.
— Perrier. — Bovagnet. — Brun. — Bontron. — Domenget Charles.
— Domenget Jacques. — Gotteland Claude. — Démoline. — Pomel.
— Gotteland Jean-François. — Dardel. — Religieuses Bon. de Charbonneau. de Pignier.
La persécution commençait cependant à diminuer un peu d'intensité. Le 28 décembre 1799, les consuls déclarèrent que ceux qui , au premier jour de l'an n , étaient en possession d'un édifice destiné au culte, pourraient continuer d'en user, pourvu qu'il n'eût pas été aliéné. Par un autre arrêté du même jour, ils annulèrent les arrêtés qui ne permettaient l'ouverture des lieux destinés au culte que les décadis. Cependant on continuait encore d'arrêter et de condamner à la déportation les prêtres qui n'avaient pas prêté les serments antérieurement prescrits.
M. le chanoine Nicolas Perrin d'Avressieux, vice-official, mourut à Lausanne le 7 février 1800. Les vicaires capitulâmes reçurent cette nouvelle avec une profonde affliction. Il avait rendu beaucoup de services au diocèse depuis le commencement de la révolution. Il séjourna longtemps à Lausanne, où il servait d'intermédiaire entre M. de La
Palme et les grands-vicaires du diocèse de Genève. Il avait été le confident et le confesseur de M. Panisset à l'époque de sa rétractation. Etant ensuite rentré dans le diocèse comme missionnaire, on lui communiqua tous les pouvoirs nécessaires pour réconcilier les prêtres jureurs et schismatiques qui désireraient sincèrement revenir à Dieu. Il les recevait avec bonté, leur aidait à rédiger leur rétractation; souvent il entendait lui-même leur confession et leur délivrait ensuite des lettres de réconciliation. M. de La Palme nous dit de lui dans ses Mémoires « qu'il avait un naturel excellent, une régularité exemplaire, un grand fond de piété , une humilité rare , beaucoup de douceur , des talents que lui seul méconnaissait , un zèle toujours sage et prudent; qu'il était cher à tous ses confrères, aimé, considéré, vénéré de tous les fidèles qui le connaissaient. » Il était frère de Mademoiselle Perrin, qui fonda plus tard l'école des Sœurs de Saint-Joseph à la Bauche.
Le 29 novembre 1799, les consuls avaient autorisé la mise en liberté des prêtres détenus à l'île de Rhé, qui avaient renoncé aux fonctions ecclésiastiques ; on commit quelques erreurs en exécutant cet arrêté; on mit en liberté M. Laroche, vicaire des Echelles, et le P. Labottière , carme, qui n'étaient point dans le cas énoncé. Ils crurent devoir adresser une protestation à l'administration de l'île et déclarer qu'ils n'avaient jamais promis de renoncer aux fonctions du sacerdoce. On ne tint pas compte de leur réclamation et on les laissa eu liberté.
Quoique le conclave eût été ouvert à Venise le 1er décembre 1799, l'élection ne se fit que le 14 mars suivant. On assure que les cardinaux avaient d'abord jeté les yeux sur le cardinal Gerdil et qu'il fut exclu par la politique d'une des premières cours de l'Europe. (Voy. Grillet, t. III,
p. 357.) Le cardinal de Marliniana, archevêque de Yerceil, qui avait été vingt-deux ans évoque de Maurienne, fut sur le point de réunir le nombre de voix nécessaire; c'était un homme vertueux et instruit. Mais, en définitive, le choix tomba sur le cardinal Grégoire-Barnabe Chiaramonti, évoque d'Imola, qui prit le nom de Pie VII. Il était né à Cesène le 14 août 1742 et n'avait alors que cinquante-sept ans six mois. Comme son vénérable prédécesseur, il était réservé à de grandes et terribles épreuves. Il fut couronné avec l'appareil ordinaire , dans la galerie du couvent de Saint- Georges, le 21 mars. Après le débarquement de Souvaroff en Italie, les troupes napolitaines avaient occupé le's Etats pontificaux.Aussitôt après le couronnement de Pie VII, le roi de Naples lui écrivit qu'il était libre de reprendre de suite le gouvernement de ses Etats. Il entra, en effet, à Ancône le 2! juin 1800 et à Rome quelques jours après.
Le 20 avril, M. de La Palme adressa une circulaire au clergé et aux fidèles du diocèse de Chambéry pour leur annoncer cet heureux événement. Il leur expose avec une exactitude parfaitement théologique tout ce qui concerne la dignité, l'autorité et les prérogatives du successeur de saint Pierre. Il confirme ses explications par de nombreux passages du Nouveau-Testament, des Conciles et des Saints- Pères. Il donne de sages avis au clergé et à tous les fidèles du diocèse , pour leur faire bien comprendre quels étaient leurs devoirs, dans ces temps orageux, envers le Pape et envers l'Eglise.
Le 15 juin 1800, M. de La Palme écrivit au Pape une lettre de soumission, au nom de tout le clergé du diocèse. Nous en citerons quelques passages à cause des renseignements que nous y trouvons : « Très saint Père , je viens , dit-il, en qualité de vicaire général nommé dans la vacance
du diocèse de Chambéry par le chapitre cathédral, conjointement avec le révérend chanoine Antoine -Dominique Garellaz, dans la plus humble confiance offrir au Siège Apostolique une nouvelle profession de l'obéissance et de l'attachement religieux que je lui ai montrés jusqu'ici en la personne du vénérable Pie VI, d'heureuse mémoire. Ces sentiments, mon confrère et collègue me les dicterait luimême, si les circonstances ne le forçaient à séjourner dans un autre pays. Il ne manquera pas d'y souscrire, si je puis les lui faire parvenir. Je rends hommage à Votre Sainteté, au nom de tout le peuple catholique de ce diocèse et surtout des zélés missionnaires au milieu desquels les fondions de ma charge m'ont rappelé depuis environ trois ans. »
« Ce serait manquer au vicaire de Jésus-Christ de lui faire entendre que dans ce diocèse tout soit propre à le consoler. Les ravages, au contraire, y ont été désolants ; mais il est vrai au moins que le ministère des intrus n'y subsiste plus , à l'exception d'une seule paroisse dont le malheureux pasteur se plaint lui-même d'être abandonné. »
Nous voyons, par cette lettre, 1° qu'alors en Savoie, quand un siège épiscopal devenait vacant, on était en usage de nommer plusieurs vicaires capitulaires ; 2uqu'à la date de cette lettre, 1 1 juin 1 800, M. de La Palme était en Savoie depuis environ trois ans ; il paraît qu'il y est rentré au mois de juin 1797, car, avant cette époque, ses lettres sont datées de Turin ; depuis le 10 juin 1797, elles sont datées du lieu de sa retraite; il en est même une sur laquelle on lit : In diœcesi camberiensi , die2ô augusti; c'est probablement à Chambéry ou dans quelque maison des environs que se trouvait cette retraite; M. de La Palme ne nomme pas le pasteur intrus dont il fait mention ; c'est probablement Antoine Mongelaz, curé du Bourget, dont nous avons déjà parlé.
Les administrateurs de l'île de Rhé , chargés de faire exécuter l'arrêté des consuls, du 29 novembre 1799, commençaient à se montrer plus faciles. M. Rogès, vicaire • capitulaire du diocèse de Mauiïenne, avait exposé plusieurs motifs dans une pétition pour obtenir sa délivrance; on la lui accorda ; mais dans l'arrêté de mise en liberté , au lieu de citer les motifs allégués, on se borna à le placer dans la troisième catégorie, au nombre de ceux qui avaient renoncé aux fonctions ecclésiastiques, comme on l'avait déjà fait pour MM. Laroche et Labottièrc. Lorsque M. Rogès fat arrivé en Savoie, il montra cet arrêté à M. de La Palme, qui prétendit qu'il ne pouvait pas en faire usage, que c'était un acte faux et qu'il devait de suite adresser une protestation aux administrateurs de l'île de Rhé, comme l'avaient déjà fait MM. Laroche et Labottière, à son instigation. M. Rogès ne fut pas de cet avis : « J'avais droit à ma liberté, dit-il, on me l'a enlevée injustement; aujourd'hui on me la rend, je veux en profiter; quels que soient les motifs énoncés, cela ne me regarde pas. Si quelques personnes se scandalisent à la lecture de l'arrêté, une courte explication suffira pour me justifier. Une protestation adressée à l'île de Rhé serait inutile ; on ne changerait rien au procès-verbal. »I1 nous paraît que M. Rogès avait raison et que, dans ce cas, M. de La Palme était trop sévère.
La loi du 25 brumaire an ni portait contre les émigrés la confiscation , le bannissement et la peine de mort en cas d'infraction du bannissement. Une loi du 3 mars 1800 déclarait que tous les individus qui étaient considérés comme émigrés le 25 décembre 1799 demeuraient soumis aux lois sur l'émigration. Or, tous les prêtres de Savoie qui n'étaient pas déportés étaient émigrés en Piémont ou en Suisse, à l'exception l°de ceux qui avaient prêté tous
les serments et renoncé aux fonctions ecclésiastiques ; 2° des missionnaires qui exerçaient le saint ministère en secret et qui n'étaient eux-mêmes que des émigrés rentrés. Malgré la sévérité de cette législation , les prêtres émigrés continuaient de rentrer peu à peu pour faire les fonctions de missionnaires. M. le chanoine Garin, promoteur, M.Nalet, curé de Clarafond, et M. Gabet, curé de Saint-Ombre, sont revenus dans le diocèse le 1er juillet
Par une circulaire du 8 septembre 1800, les vicaires généraux du diocèse de Genève rappellent à tous les ecclésiastiques que, dans les jours de paix et de calme, on faisait chaque année une retraite à laquelle le plus grand nombre des prêtres du diocèse avaient coutume d'assister. « Depuis longtemps nous sommes privés de celte ressource, disaientils ; en avons-nous moins besoin et ne sommes-nous pas obligés d'y suppléer par tous les moyens qui restent en notre pouvoir? Errants et fugitifs depuis une si longue suite d'années, dispersés et jetés par les vents de la persécution en différents lieux, exposés à tant de sujets de dissipation et de scandale, forcés de vivre chez les laïques, agités par les flots des événements et partagés sans cesse entre les maux du présent et les incertitudes de l'avenir, n'avons-nous point négligé notre sanctification? » Après ces considérations, ils prescrivent à tous les ecclésiastiques du diocèse les exercices spirituels d'une retraite de huit jours, à faire dans les mois d'octobre et de novembre suivants, en commun, par les prêtres de chaque mission réunis, ou au moins au nombie de trois ensemble. Ces dispositions annoncent que la violence de la persécution commençait un peu à se calmer.
Par une lettre du 9 janvier 1801 , M. de La Palme invite
tous les prêtres du diocèse de Chambéry à faire aussi une retraite de hait jours pour se renouveler spirituellement. Il leur envoie tous les exemplaires de la circulaire des grands-vicaires de Genève qu'il avait pu se procurer, et leur recommande de s'y conformer le plus exactement qu'il leur serait possible. Il fixe pour cela les premières semaines du carême de 1801.
A son retour de l'île de Rhé, M. Guillet reprit les fonctions de chef de la mission de Saint-Pierre d'Albigny, où de nouvelles tribulations lui étaient encore réservées. Rd Antoine Quilet avait repris à Saint-Pierre les fonctions de régent; il avait adhéré au schisme et livré ses lettres de prêtrise, sans cependant souscrire la formule d'Albitte; mais s'étant ensuite retiré en Piémont en 1794, il présenta aux vicaires capitulaires une rétractation qui fut jugée satisfaisante. Lorsqu'il fut de retour à Saint-Pierre, on l'autorisa à y exercer le saint ministère ; il usa de cette permission" avec si peu de prudence qu'on fut obligé de la lui retirer. On le fit sans en prévenir M. Guillet, parce que l'on craignait déjà de le compromettre avec le parti que M. Quilet s'était formé. Ce que l'on avait prévu arriva en effet. Les amis de M. Quilet formaient un parti nombreux et ardent. Ceux qui en faisaient partie éclatèrent contre le chef de la mission en propos injurieux et menaçants, parce qu'ils lui attribuaient la disgrâce du régent. Ils l'accusèrent auprès de l'administration du département de troubler le repos public. Ils obtinrent contre lui un ordre d'arrestation ; les gendarmes se transportèrent plusieurs fois inutilement à Saint-Pierre d'Albigny à cette fin. On voulait le forcer à rétablir M. Quilet. Tout le parti souscrivit une protestation dans laquelle on déclarait qu'on voulait l'avoir pour pasteur, et, qu'aucune puissance au monde ne pourrait leur en faire accepter un autre.
M. (Juillet ayant refusé de céder, on adressa contre lui au ministre de la police générale un rapport si rempli de faussetés qu'on le détermina à porter contre lui un décret de déportation à perpétuité. Pour arrêter cette injuste persécution, à la fin de mars 1802, les deux vicaires capitulâmes écrivirent collectivement une lettre au cardinal Caprara pour le prier de s'intéresser auprès du ministre de la police en faveur du vénérable accusé. Ils lui disaient dans cette lettre que M. Guillet était un homme prudent, un homme de paix et de charité s'il en fut jamais ; que partout où il avait été, en Savoie et à l'île de Rhé, on l'avait considéré comme un ecclésiastique distingué sous tous les rapports, et que les troubles excités à Saint-Pierre d'Albigny ne devaient être attribués qu'à la passion de ceux qui avaient porté contre lui une plainte également fausse et injuste. Il paraît que cette lettre a été prise en considération et que l'orage se calma insensiblement, car, quelque temps après, M. Nalet fut nommé curé de Saint-Pierre et M. Ouilct recteur d'Ayn, où il mourut en 1832, à l'âge de 75 ans.
Rd Gabet D. Antoine, de Chambéry, devenu religieux de Tamié en 1778, à l'âge de 28 ans , après avoir servi dix ans dans les gardes du corps, fut élu abbé de ce monastère le 3 août 1789. C'était un homme de talent et de fermeté ; le 25 septembre 1792, il se retira en Piémont avec tous ses religieux. Etant rentré en Savoie en 1 801 , il promit soumission à la constitution de l'an vin. M. de La Palme lui ayant fait connaître qu'il ne croyait pas pouvoir approuver cette promesse, il lui en exprima son regret et protesta qu'il était parfaitement disposé à se montrer soumis en tout à l'autorité du Saint-Siège. Le 22 septembre 1801 , il fut chargé de la direction de l'hospice que l'empereur Napoléon venait d'établir sur le Mont-Cenis. L'Empereur annexa
au Mont-Cenis l'ancienne maison de la Novalaise. Aidé de quelques-uns de ses anciens religieux de Tamié, il conserva la direction de cet hospice jusqu'à sa mort , arrivée à Turin le 21 novembre 1813.
Il y avait à Tamié , en 1 792 , un religieux nommé Félix- Marie Mouthon, fils d'un intendant de la province de Suse. Dom Mouthon passa en Piémont le 25 septembre 1792 avec tous les autres religieux ; mais , peu de jours après , il fut obligé de revenir en Savoie pour essayer de sauver un de ses frères dont la cause avait été transmise à Paris au tribunal révolutionnaire. Ses efforts furent inutiles; son frère périt sur l'échafaud. Le séjour qu'il fit alors en Savoie lui fut très nuisible ; il céda à de mauvais conseils et prêta le premier serment. Il embrassa ensuite la carrière militaire et servit comme officier jusqu'en 1815. M avait conservé des sentiments religieux; mais il y avait dans son caractère un fond d'inconstance et de légèreté. En 1819, il alla se réunir aux religieux de la Novalaise , avec lesquels il demeura dix-huit mois; il entra ensuite chez les capucins, où il demeura sept ans. En 1827, avec la permission du Saint- Siège , il passa au monastère d'Hautecombe où il termina sa carrière dans de grands sentiments de pénitence et d'humilité.
Depuis sa rétractation, M. Panisset avait continué de résider dans les environs de Lausanne ; il avait obtenu de Mer Gravina, nonce de Sa Sainteté à Lucerne, la permission de célébrer la sainte messe; M. de La Palme trouvait qu'on la lui avait accordée un peu trop facilement. Le 30 septembre 1801 , il passa à Genève et se rendit à Tresserve en Savoie dans sa famille. Il était alors âgé de 72 ans. Ceux qui depuis lors furent dans le cas de l'observer de près , jugèrent que certainement, depuis quelques années, ses
opinions étaient devenues plus raisonnables. et sa conduite plusjrégulière ; mais ils reconnurent aussi que ceux qui l'avaient aidé à rédiger sa rétractation et «a lettre au Tape, en perfectionnant son style, avaient aussi en même temps un peu vernissé ses vertus ; ils remarquèrent facilement que ce principe d'orgueil qui lui avait fait faire tant de fautes n'était pas entièrement déraciné et qu'il y avait toujours en lui un reste de cette vanité niaise que l'on observe souvent dans les enfants. Lorsqu'on lui demandait son nom, il éprouvait une sorte de satisfaction à dire qu'il était l'ancien évèque du Mont-Blanc; il ajoutait ordinairement à sa signature les lettres C. D. E. D. M. B. , ou bien A. E. D. M. B. (ci-devant évoque du Mont-Blanc, ancien évoque du Mont-Blanc). Il prenait quelquefois des bas violets et portait sur la poitrine, suspendu à un petit cordon, un crucifix qui ressemblait un peu à la croix pectorale d'un évèque. En célébrant la messe, il faisait à la fin les trois signes de croix comme les évoques, ce qui lui était sévèrement interdit par le bref du 1er juin I79G.
En 1803, M. Panisset fut nommé recteur de Tresserve, paroisse de 600 âmes , située près d'Aix dans une position agréable. Il ne recevait d'abord que le modique traitement que l'on payait alors aux curés dans les paroisses de la campagne. Sa rétractation avait fait du bruit en France ; les évoques constitutionnels , qui conservaient encore une certaine influence , en avaient été profondément blessés. Ils intriguèrent auprès du ministre des cultes pour empêcher qu'il ne fût porté sur la liste des évoques constitutionnels réconciliés , auxquels Bonaparte, après le Concordat, avait accordé une pension de 3,333 fr. , soit le tiers de 10,000 fr. Mais, lorsque l'Empereur passa en Savoie pour se rendre à Milan, en 1805, Mgr Dessolles, évèque de
Chambéry , fit réparer cette injustice. On trouvera aux Pièces justificatives , n° 61 , un décret daté de Milan , du 6 juillet 1805, qui l'admet à jouir de cette- pension. Dès lors M. Panisset continua, sans bruit et comme oublié de tout le monde, à desservir la petite paroisse de Tresserve, où il mourut le 22 février 1 809, à l'âge de soixante-dix-neuf ans huit mois.
Le 4 février 1802, les vicaires capitulaires publièrent une instruction pour annoncer le carême et disposer les fidèles à le passer saintement. Le Concordat, signé à Paris le 15 juillet 1801 et ratifié par le pape Pie VII le 25 août suivant, n'était pas encore publié; on en parlait beaucoup ; on espérait que la paix serait bientôt rendue à l'Église; mais cette espérance était encore mêlée de beaucoup d'inquiétudes. Les égiisos paroissiales n'étaient pas ouvertes; . les vicaires capitulaires recommandèrent aux missionnaires de lire leur circulaire dans le lieu où se tenaient ordinairement les assemblées des fidèles. Ce n'est que le 9 avril suivant que le cardinal Caprara publia le jubilé et la bulle relative à la nouvelle circonscription des diocèses de France.
Les prêtres qui avaient eu le malheur de céder à l'orage pendant la persécution , de prêter le serment de la liberté et de l'égalité ou celui d'Albitte, l'avaient fait par faiblesse et non par conviction ; de 1 794 à 1 800 , le plus grand nombre d'entre eux firent successivement leur rétractation et obtinrent des lettres de réconciliation. Plusieurs étaient allés, pour cela, se présenter eux-mêmes aux vicaires capitulaires à Turin ; d'autres, sans quitter la Savoie, s'étaient adressés à M. Rey, curé de Franchi, chef des missionnaires du diocèse , ou à M. Perrin d'Avressieux, qui avaient aussi reçu pour cela les pouvoirs nécessaires. Quelques -uns
obtinrent encore leur réconciliation des vicaires capitulaires en 1800, 1801 et 1802. D'autres présentèrent leur rétractation à Mgr de Mérinville aussitôt après son installation. Quelques-uns de ces derniers obtinrent l'absolution des censures qu'ils avaient encourues , sans recevoir l'autorisation de remonter à l'autel. On trouvera aux Pièces justificatives, n° 62 , les noms de vingt-trois prêtres qui ont présenté leur rétractation, les uns en 1800, 1801 et 1802, avant le Concordat, et les autres en 1803 et 1804, après le Concordat.
Le P. Victor-Joseph Laurent de St-Agnès, cordelier du couvent de Chambéry, n'avait que vingt-deux ans en 1793; il fut ordonné prêtre par M. Panisset et ensuite employé pendant six mois par Pouchot, évêque constitutionnel de . l'Isère, comme vicaire de Saint-Christophe. Il prêta le premier serment et non le second; il fit une rétractation en 1 796 et la renouvela en 1 803.
Dufour Jean-Philibert, curé de Corbel, prêta le premier serment ; pendant la persécution d'Albitte , il promit de renoncer aux fonctions du sacerdoce, mais il ne souscrivit pas la formule d'apostasie. En 1 799, il fut arrêté et conduit à l'île de Rhé ; peu de temps après , il parvint à s'évader ; mais il fut de nouveau arrêté à Clermont, où il passa neuf mois en prison. Durant ce temps, il présenta une rétractation à M. Mercier, vicaire général de Clermont, et en obtint des lettres de réconciliation. Après le Concordat, il fut nommé curé de Barberaz, où il mourut le 23 novembre
César Hugonnier, curé de Saint-Baldoph , avait prêté le premier serment; quoique toute restriction fût interdite , il avait cependant prévenu ses paroissiens à l'église, avant de le prêter, qu'il entendait demeurer dans l'unité de foi
de l'Eglise catholique , apostolique et romaine , et soumis au Souverain-Pontife, qu'il regardait comme le vrai chef de toute l'Eglise; mais on ne fit pas mention de ces restrictions au procès-verbal. Il ne souscrivit point la formule d'Albitte. En 1797, il présenta une rétractation qui fut jugée insuffisante.
S'étant retiré à Montailleur dans sa famille, il fut appelé devant les administrateurs du canton de Grésy. Ils lui demandèrent s'il avait prêté le serment prescrit au mois de février 1793, il répondit affirmativement. Ils lui demandèrent s'il l'avait rétracté, il répondit que par ce serment il avait entendu ne prendre qu'un engagement civil , que ses paroissiens s'étant imaginé qu'il avait fait des promesses contraires à la foi catholique , il leur avait donné une explication pour les détromper ; on dressa procès-verbal de cette réponse et on l'envoya à l'administration du département, qui parut s'en contenter. Quelque temps après , il fut encore rappelé devant les administrateurs du canton de Grésy et invité à prêter le serment de haine à la royauté, il répondit qu'il renonçait à la royauté , mais sans haine ni serment. En 1800, il adressa aux vicaires capitulaires une rétractation qui fut acceptée ; mais il ne fut pas replacé; il tomba malade et mourut peu de temps après.
Rd Bernard Borrand, curé de Saint-Franc, diocèse de Belley, avait prêté le premier serment, adhéré au schisme et desservi pendant quelque temps comme curé intrus la paroisse des Echelles ; en 1796, il avait obtenu sa réconciliation des supérieurs ecclésiastiques du diocèse de Belley; en 1800, il pria M. Laurent, curé des Echelles, d'exprimer à ses paroissiens le profond regret qu'il éprouvait de les avoir scandalisés.
Joseph Jacquier, de Bernex en Chablais, chapelain de la
Sainte-Chapelle, avait soixante-sept ans en 1794; il prêta les deux serments et fit une rétractation en 1800. Il fut rendu seulement à la communion laïque.
Gentil Antoine, curé de Saint-Thibaud de Couz, qui avait soixante-sept ans en 1794, prêta le premier serment, malgré la défense de M. Alex et de Mgr Conseil. Il adhéra au schisme et continua de desservir la paroisse pendant quelques mois. Il figure sur le tableau d'Albitte. Il fit une rétractation avant de mourir, le 31 juillet 1800.
Laurent Grillet, de Montmélian, prieur de l'abbaye de Saint-Sulpice en Bugey, âgé de soixante-trois ans en 1794, professa les principes révolutionnaires avec exaltation. Il fréquentait les clubs et le temple décadaire. Il prêta successivement les deux serments. Dans une maladie qu'il lit, il défendit de laisser entrer chez lui un prêtre catholique; cependant, le 10 décembre 1800, se trouvant de nouveau gravement malade à Montmélian, M. Desgeorges, missionnaire , put arriver jusqu'à lui et lui inspirer de meilleurs sentiments. Il fit sur son lit de mort, en présence de plusieurs personnes, une rétractation qui parut l'expression d'un sincère regret.
Claude Yermey, de Chambéry, curé de Cognin, avait soixante-trois ans en 1 794 ; il prêta les deux serments, non par dévouement aux principes révolutionnaires, mais par faiblesse. En 1798, il présenta aux missionnaires une rétractation qui fut jugée satisfaisante. Il la renouvela en 1801 . Après le Concordat, il se retira chez lui et ne fut pas replacé.
Rousseau Pierre, de Chambéry, religieux augustin , qui avait soixante-neuf ans en 1 794 , prêta les deux serments ; il fit pendant quelque temps les fonctions d'aumônier de
l'hôpital, sans mission légitime. Il ne fit sa rétractation qu'en 1801 . Elle fut remise à M. Garni , missionnaire.
Benoît Veyret, prébende du Bourget, prêta les deux serments. Le 2 avril 1802, il remit sa rétractation à M. Garni. Il ne fut point replacé et mourut chez lui en
Plattet Noël, de Chambéry , bénéficier de la cathédrale , a figuré sur le tableau d'Albitte; en 1803, il obtint de Mgr de Mérinville l'absolution des censures qu'il avait encourues , mais il ne fut pas placé ; il mourut en 1 81 1 à soixante-quinze ans.
Georges Léger, de Chambéry, curé de Grésy-sur-Isère, était très lié avec M. Panisset. Il prêta le premier serment dans l'église cathédrale de Chambéry et le renouvela ensuite dans son église paroissiale; il adhéra au schisme avec ardeur. En 1794, il souscrivit la formule d'Albitte; il se rétracta dans une maladie qu'il fit en 1803. Il déclare qu'il doit sa conversion aux sages avis de M. le chanoine Chevalier, ancien professeur de théologie. En 1807, il fut nommé recteur de Mouxy, où il mourut en 1818 à quatrevingt-un ans.
Perrier Pierre , de Chambéry , était curé de ,Chignin depuis quinze ans en 1 792 ; il assure qu'il dépensa 4,000 fr. de ses propres fonds en réparations tant à l'église qu'au presbytère. Il prêta le premier serment et fut même accusé d'avoir engagé d'autres prêtres à le prêter aussi. En 1794, il alla lire la formule d'apostasie à la municipalité de Cbignin. Ce n'est qu'en 1803 qu'il obtint de M. Bigex , vicaire général , l'absolution des censures qu'il avait encourues. N'ayant pas été replacé dans le diocèse, il établit à Chambéry une petite école qui lui procura des moyens de subsistance jusqu'à sa mort, arrivée en 1823.
Bovagnet Martin, d'Oncin , diocèse de Belley , chapelain de la Sainte-Chapelle; Brun Jean-Humbert , capucin sécularisé, aumônier du château-fort de Miolans ; Bontron Jean, de Chambéry, capucin, curé intrus du Bettonnet; Domenget Charles , chanoine d'Aix ; Domenget Jacques , chanoine d'Aix ; Gothland Claude-Louis, curé des Marches ; Démoline Jacques, de Chambéry, chanoine d'Aix; Pomel Barthélemi, de Chambéry, prêtre peu instruit, avaient tous prêté les deux serments ; ils n'ont présenté leur rétractation et obtenu l'absolution des censures qu'ils avaient encourues qu'après le Concordat. Aucun d'eux n'a été replacé, excepté Jacques Domenget, qui a été nommé recteur de Pngny , où il mourut en 1829. Il ne faut pas confondre Démoline Jacques avec Démoline Marc-Antoine, aussi chanoine d'Aix, qui émigra et ne prêta aucun serment.
Gotteland Jean-François, de Barberaz , vicaire de la Motte, n'avait que vingt-sept ans en 1794. Il avait commencé à exercer le saint ministère avec édification. En 1792, il se montra révolutionnaire exalté et prêta successivement les deux serments. Dès lors il s'occupa exclusivement d'affaires temporelles. Ce n'est qu'en 1816 qu'il fit une rétractation satisfaisante dans l'église de la Motte, à la messe de minuit. Il établit ensuite une petite école à Chambéry, où il mourut en 1842 à soixante-quinze ans.
Le P. Marie-François Dardel, capucin, dont nous avons déjà parlé, manifesta d'abord les dispositions d'un révolutionnaire ardent. Il fut l'un des premiers à prêter le serment d'apostasie; cependant, en 1804, il déclara qu'il se soumettait en tout aux décisions du Saint-Siège. Il paraît qu'il mourut peu de temps après.
Le 1er septembre 1798, la Sœur Marie-Gabrielle Bon, religieuse Annonciade de Chambéry, exprimait à MM. les
vicaires capitulaires un profond regret de la conduite qu'elle avait tenue durant les premières années de la Révolution ; comme on lui avait confié quelques demoiselles à instruire, elle les conduisait au temple décadaire, leur faisait étudier le catéchisme républicain et lire les droits de l'homme. Le même jour, Françoise Charbonneau, Sophie Charbonneau et Marie-Octavie Pignier, toutes trois de Saint-Pierre d'Albigny, religieuses de différents ordres, exprimaient aussi leur regret d'avoir souscrit par surprise un écrit par lequel elles reconnaissaient M. Panisset pour leurévèque. Nous trouvons en toute la Savoie dix-sept prêtres et sept religieuses qui se sont mariés civilement pendant les années de la Révolution, de 1792 à 1802. On en lira la note aux Pièces justificatives, n° 63. En 4803 et 1804, plusieurs de ces mariages ont été convalidés à la suite de dispenses obtenues du Saint-Siège. Au nombre de ces prêtres mariés se trouve le sieur Jean-Baptiste Dompmarlin , qui était curé de Saint-Cassien depuis cinq ans en 1792. Il était natif de Pers en Faucigny. C'était un jeune homme vigoureux et de mœurs peu ecclésiastiques. Il venait souvent à Chambéry et se retirait à heure indue. L'exécuteur des hautes œuvres habitait alors hors de la ville, dans une petite maison bâtie sous l'ancien cimetière de Mâché. Pour éviter le bris des vitres, on n'avait pas ouvert de fenêtres sur la route. Celui qui exerçait cet emploi en 1789 aimait mieux se promener la nuit que le jour. C'était un homme mal élevé, qui aurait mérité d'être traité comme il traitait les autres. Un soir, dans sa promenade, il rencontra le curé Dompmartin qui se retirait fort tard. Il l'arrêta, lui demanda la bourse ou la vie et commença par lui enlever sa montre. Le curé, qui avait une grosse canne, lui en nsséna un coup si violent qu'il lui cassa le bras; après quoi,
il reprit sa montre et s'en alla; le blessé se retira chez lui, on ne sait comment. Dompmartin prêta successivement les deux serments et déposa l'habit ecclésiastique. Le 27 mars 1 794, il contracta un mariage civil avec Jeanne Dompmartin, aussi de Pers, et s'engagea ensuite dans la gendarmerie. Tout ce qu'on a su de lui depuis lors, c'est que, peu de temps après le Concordat, il entra malade à l'Hôtel-Dieu de Chambéry et y mourut après avoir fait une rétractation assez satisfaisante.
(SD