‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique du diocèse de ChambéryChapitre 26 sur 61 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Concordat. — Démission des évêques. — Circonscription des nouveaux diocèses. — Nomination et installation de Wr de Mérinville. — Choix des grands-vicaires. — Formation du chapitre. — Mandement de Mgr de Mérinville. — État du diocèse. — Renseignements sur les élèves ecclésiastiques. — Exemption du service militaire. — Placement des prêtres constitutionnels. — Circonscription des paroisses. — Chapelle du château. — Dotation des grands - vicaires et du chapitre. — Séminaire. — Demande de la maison des Cordeliers. — Opposition du préfet et du conseil de ville.

Lorsque le premier Consul eut manifesté la volonté de rétablir le catholicisme en France , il chargea le conseiller d'État Portalis de traiter la question avec le Saint-Siège. Le Pape envoya pour cela à Paris le cardinal Spina et le cardinal Consalvi. Il y avait alors cent trente-cinq sièges épiscopaux en France et vingt-quatre dans les provinces nouvellement annexées , en tout cent cinquante-neuf. Le premier Consul demanda sur ce nombre une large réduction , ou plutôt il proposa de les supprimer tous et de faire une nouvelle .division de tout le territoire français en soixante diocèses , dont dix métropoles et cinquante diocèses suffragants. Cette mesure était sans doute fort extraordinaire ; mais les conjonctures ne l'étaient pas moins. Le Saint-Siège se crut obligé d'y consentir , dans l'intérêt de la paix de l'Église. Le Concordat fut signé à Paris le 15 juillet 1801 et ratifié par le Pape le 25 août suivant. Le môme jour , le Pape adressa à tous les évêques de France

alors vivants le bref Tarn multa, par lequel il leur déclarait que le rétablissement de l'Église en France le mettait dans la pénible nécessité de leur demander à tous la démission de leurs sièges; il ajoutait que , eu égard à l'urgence des circonstances, il ne pouvait leur laisser que dix jours pour faire leur réponse. Sur cent trente-cinq évèques de France, cinquante-quatre étaient décédés ou déjà démissionnaires; il n'en restait que quatre-vingt-un; sur ce nombre, quarante-cinq envoyèrent leur démission, trentesix refusèrent de la donner. Sur les vingt-quatre évèques des pays annexés , neuf étaient décédés ; un avait été transféré ; les autres , au nombre de quatorze , ont tous donné leur démission. Les refus se sont donc réduits à trente-six. Le Pape crut devoir passer outre ; les conjonctures lui en faisaient une obligation. En conséquence, on procéda à une nouvelle division de tout le territoire français et à une nouvelle circonscription des diocèses.

On fut obligé de différer pendant quelque temps la publication du Concordat, parce que le gouvernement, ne trouvant pas des dispositions favorables dans le Corps législatif alors existant, crut devoir différer et en convoquer un autre. Le 5 avril 1802, le Concordat fut présenté par le conseiller d'Etat Portalis au nouveau Corps législatif, qui l'adopta. Le cardinal Caprara, qui avait été envoyé en France comme légat à lalere , le publia enfin le 9 avril 4802, en même temps que la bulle Qui Ckristi Domini vices, du 29 novembre 4801, relative à la nouvelle circonscription des diocèses. Cette nouvelle circonscription établissait un archevêque à Lyon et lui donnait pour suffragants les évoques de Chambéry, Grenoble, Mende et Valence.

Le cardinal légat détermina que le nouveau diocèse de

Chambéry comprendrait les départements du Mont-Blanc et du Léman et par conséquent aussi la ville de Genève et le pays de Gex, et que l'évêque de Chambéry ajouterait à son titre celui d'évèque de Genève. Le nouveau diocèse de Chambéry comprenait donc les anciens diocèses de Chambéry, de Genève, de Maurienne, de Tarentaise et une partie de celui de Belley. Par le bref Quoniam favente Deo, du 29 novembre 4 801 , le pape Pie VII donnait au cardinal Caprara le pouvoir d'instituer lui-même les nouveaux archevêques et évoques.

L'art. 4 du Concordat accordait au premier Consul la faculté de nommer aux archevêchés et aux évêchés de la nouvelle circonscription. Il nomma àl'évêçhé de Chambéry Mgr René deMoustierdeMérinville, évoque démissionnaire de Dijon. Le cardinal Caprara lui accorda des lettres d'institution , datées du 4 mai 1802, sous la condition que, dans le terme de six mois , il ferait présenter ces lettres au Pape pour en obtenir une bulle de confirmation. Avant d'entrer dans son diocèse, Mgl de Mérinville fut obligé de travailler pendant cinq à six mois à l'organisation du diocèse de Lyon. Il ne put se rendre en Savoie qu'au mois de janvier 4 803. Dans une lettre du 24 janvier, adressée au conseiller d'Etat Portalis , il rapporte que le mardi 1 8 janvier (28 nivôse an xi), il fut reçu au Pont-Beauvoisin avec de grandes démonstrations de joie , au son de la cloche et des tambours; la ville était illuminée et la garde nationale sous les armes. Il fut comblé de politesses dans la maison du maire , frère du citoyen Crettet, conseiller d'Etat, l'un des signataires du Concordat. Le lendemain matin, avant de partir , il entendit la messe , qui fut suivie du chant du Te Deum. Les m&mes démonstrations de joie lui fui ont prodiguées partout le long de la route depuis le

Pont-Beauvoisin jusqu'à Chambéry, où il arriva le mercredi, 19 janvier. Il reçut successivement la visite des autorités civiles et militaires et de tous les notables de la ville. Il prit solennellement possession le dimanche 23 janvier (3 pluviôse an xi); la cérémonie fut annoncée à huit heures du matin, par une salve de trois coups de canon.

A dix heures, les corps constitués et l'état-major du département se réunirent au palais épiscopal. L'évèque, en rochet et camail , accompagné de quatre anciens grandsvicaires en rochets, se rendit processionnellement à la cathédrale , précédé de toutes les autorités civiles et militaires. Il avait à sa droite le citoyen Verneilh, préfet du Mont-Blanc, et à sa gauche le général Herbin , commandant le département. Lorsqu'ils furent arrivés devant la porte de l'église , le préfet lui en présenta les clefs et lui adressa un compliment qui faisait également honneur à ses principes et à ses talents. (Voy. Pièces justificatives, n°64.) Dans sa réponse, l'évèque exprimait le bonheur qu'il éprouvait de venir apporter les consolations de la religion à une population qui en était privée depuis si longtemps. En entrant dans l'église, il fut complimenté par M. le chanoine Garellaz , que Mgr Fesch , archevêque de Lyon , avait délégué pour l'installer. Lorsqu'il fut conduit en chaire , il adressa un discours aux fidèles. Le notaire Léger dressa ensuite l'acte d'installation et en fit la lecture , après quoi il fut signé par Monseigneur, par le Préfet, par le général Herbin, par M. Bain, membre du conseil général du département, et par M. Gaime, membre du conseil de ville, en qualité de témoins. La fin de la cérémonie fut aussi annoncée par une salve de trois coups de canon. Peu de jours après cette prise de possession , Mgr de Mérinville reçut de Rome la bulle de confirmation ; elle était datée

du 14 février 1803. Mgr de Mérinville , qui était né à Limoges en 1742, avait alors soixante -un ans. Il avait été sacré évêque de Dijon le 13 mai 1787; en 1789, il fut député du clergé du baillage de Dijon aux États- Généraux. Il renonça l'année suivante à cette mission , devenue difficile et périlleuse , quitta son diocèse et alla chercher un asile à l'étranger. Il ne rentra en France qu'à l'époque du Concordat.

Aussitôt après son installation, il s'occupa de l'organisation de son diocèse ; le 2'5 janvier , il nomma grandsvicaires M. de Thiollaz Claude -François et M. Bigex François-Marie , qui avaient été l'un et l'autre grandsvicaires de 1* évêque de Genève; le même jour, il nomma M. de Thiollaz, chanoine et prévôt du chapitre; M. Bigex, chanoine archidiacre , et M. André-Marie Maislre, chanoine et doyen. Le même jour encore, il nomma chanoines MM. Dubouloz Jacques-François, Aubriot de La Palme Jean-Baptiste-Marie , Rogès Dominique , Perret Antoine , Duc Jean - François , Garellaz Antoine-Dominique et Goybet François. Le nouveau chapitre se trouvait ainsi composé de dix chanoines , dont quatre du diocèse de Genève, trois du diocèse de Chambéry, un du diocèse de Tarentaise, un de celui de Maurienne et un de celui de Belley. De ces dix chanoines, huit avaient été jusque-là grands-vicaires : MM. de Thiollaz, Bigex et Dubouloz, du diocèse de Genève; MM. de La Palme et Garellaz, du diocèse de Chambéry; M. Maistre, de celui de Tarentaise; M. Rogès, de celui de Maurienne, et M. Goybet, de celui de Belley. Tous étaient des hommes respectables et instruits, qui avaient traversé les tristes années de la Révolution de la manière la plus honorable , excepté M. Perret, qui avait adhéré au schisme et prêté tous les

serments. Mgr de Mérinville ne l'admit dans son chapitre que par condescendance pour l'Empereur, qui tenait beaucoup à faire une fusion et qui demandait avec instance l'admission dans chaque chapitre diocésain de quelques-uns des prêtres qui avaient participé au schisme , moyennant la soumission requise au Concordat , au pape Pie VII et aux lois canoniques.

Peu de temps après son installation , Mgr de Mérinville écrivit à M. Portalis, conseiller d'Etat, chargé des affaires des cultes, qu'il commençait à faire connaissance avec son clergé; qu'il avait déjà vu un grand nombre de prêtres , qu'ils annonçaient d'excellentes dispositions, qu'ils se montraient sincèrement animés de l'esprit de leur état ; qu'il n'avait pas trouvé un seul prêtre constitutionnel en fonctions dans le diocèse ; que, sur le nombre de ceux qui avaient eu le malheur de succomber dans la violence de la persécution, plusieurs avaient déjà fait des rétractations et obtenu leur réconciliation; que, parmi ceux qui étaient demeurés en retard jusqu'alors x plusieurs s'étaient déjà présentés à lui avec les marques d'un respect qui inspirait delà confiance, et qu'ainsi, dans son diocèse, la fusion du clergé se trouvait toute faite.

Le 26 janvier, Monseigneur écrivit à M. de Barente, préfet du Léman, qui venait de faire une grave maladie; il lui disait avec bienveillance qu'il avait pris un grand intérêt à son indisposition , que ses bons principes et ses sentiments honorables lui donnaient la confiance qu'il pourrait compter sur son concours en tout ce qui concernait la religion et les bonnes mœurs dans la partie de son diocèse qui formait son département.

Le jour même de son installation, 23 janvier, Mgrde Mérinville publia un mandement pour annoncer son arrivée

à tout le diocèse; il y fait connaître que son retard a été occasionné par une mission qu'il avait eue ta remplir dans le diocèse de Lyon et qu'il avait terminée par l'installation de l'archevêque. Après avoir donné de bons avis aux différentes classes de fidèles, il s'adresse aux prêtres du diocèse et leur dit : « En quelles circonstances nous nous trouvons placés, nos chers coopérateurs, et à quelle grande fin nous avons été réservés! Dans l'ancien temps, la sollicitude d'un évêque préposé à un diocèse et celle d'un prêtre envoyé à une paroisse se bornaient à peu près à maintenir et à perfectionner le bien qu'ils trouvaient dans un diocèse ou dans une paroisse, et à réformer les abus qui s'y étaient glissés; et c'était sans doute un grand et bien important ouvrage ; mais aujourd'hui c'est un renouvellement général dans la foi, dans les mœurs, dans les œuvres de salut qu'il faut opérer; c'est l'époque d'une nouvelle ère pour la religion ; elle semble comme se relever du milieu des ruines , sous lesquelles l'impiété avait prétendu l'ensevelir ; ses temples se réédifient ou se réparent, ses autels se redressent; ses solennités reviennent, son culte se rétablit; c'est à nous à assurer son triomphe dans les cœurs et à lui rendre l'éclat dont elle brilla dans les premiers temps où des hommes apostoliques en portèrent le flambeau dans ces contrées. Quel grand ministère! Quelle sublime vocation et quelles dispositions elle exige'de nous! » Il annonce ensuite la réduction des fêtes à laquelle le Saint-Siège avait consenti, et déclare que la dédicace de toutes les églises du diocèse serait célébrée le dimanche qui suit immédiatement l'octave de la" Toussaint.

Sous le rapport religieux, la Savoie était, en effet, alors comme une vigne ravagée par le sanglier de la forêt, exter-

minavit eam aper de silva1; le clergé avait été décimé par la mort pendant une persécution de dix ans ; un tiers au moins avait disparu. Tous les survivants avaient eu à subir de longues épreuves ; la plupart revenaient de la déportation ou de l'émigration. Parmi ceux qui étaient restés en Savoie, plusieurs s'étaient déshonorés par d'affligeantes faiblesses ; mais depuis le départ d'Albitte , arrivé au mois d'août 1 794 , presque tous s'étaient rétractés et soumis à toutes les réparations que l'on avait exigées d'eux. Dans le principe, quatre prêtres du diocèse de Genève et un minoré de celui de Maurienne furent condamnés à mort; mais ils l'ont été par cjes commissions militaires. Le tribunal criminel révolutionnaire , établi à Chambéry le 28 septembre 1793 par les représentants du peuple Simond et Dumas, se montra toujours ardent républicain, mais non sanguinaire. L'administration centrale du département condamnait à la déportation tous les prêtres qu'elle avait à juger; mais on ne parlait presque pas d'arrêt de mort; si l'on avait voulu être plus rigoureux, on l'aurait pu quelquefois ; car, d'après la proclamation du 28 septembre 1793, il y avait peine de mort contre les émigrés rentrés , et la plupart des prêtres alors mis en jugement étaient dans ce cas.

A l'arrivée de Mgr deMérinville, toutes les églises étaient dans un état déplorable. Dans les villes , plusieurs avaient été démolies ou converties en magasins ou en fabriques. Dans les campagnes, on s'était borné à démolir les clochers jusqu'au niveau des murs de l'église; mais les autels, les chaires, les confessionnaux, les fonts baptismaux, avaient été brisés ou brûlés; les ornements, les vases sacrés , les croix, les chandeliers et tous les meubles de quelque

1 Ps. 79, il.

valeur emportés, sauf quelques-uns qui avaient été cachés. Presque partout ces dévastations avaient été commises par les habitués des clubs voisins. Toutes les cloches n'avaient pas été brisées ; on en conservait encore un grand nombre à Chambéry dans quelques remises. En 1803, on en rendit une à chaque paroisse, tandis qu'il y en eut. Aussi Mgr de Mérinville dit-il , dans son rapport à M. Portalis, qu'il fut reçu au Pont-Beauvoisin au son de la cloche, car il n'y en avait qu'une.

En quelques paroisses , les presbytères avaient été convertis en maisons d'école et en chambres communales; en d'autres, ils avaient été vendus ou laissés sans réparations pendant dix ans ; ils étaient généralement inhabitables. Tous les biens ecclésiastiques avaient été aliénés. Il est vrai que dans le Concordat le premier Consul avait promis d'assurer aux curés un traitement convenable; mais cela ne devait avoir lieu que lorsque la nouvelle circonscription aurait été approuvée par le Gouvernement; la réorganisation du diocèse offrait donc, sous tous les rapports, d'immenses difficultés.

Le 1 er février, Monseigneur adressa quelques exemplaires de sa lettre pastorale au cardinal légat"; il lui rendit compte de son installation et des marques touchantes de dévouement et de respect qu'il avait reçues de toute la population ; il ajoute qu'il a été bien accueilli aussi des autorités civiles et qu'elles ont contribué à donner une grande solennité à sa prise de possession. Il dit qu'il a trouvé en Savoie un excellent clergé, qu'il n'y existe pas de prêtres constitutionnels, que plusieurs de ceux qui avaient eu le malheur de succomber pendant la persécution s'étaient déjà présentés à lui avec les témoignages d'un sincère repentir , et

que ces bonnes dispositions étaient pour lui un grand sujet de consolation et d'espérance.

Le même jour, 1er février 1803, Monseigneur adressa une circulaire aux prêtres du diocèse, qui avaient été jusque-là chefs des missions, pour leur demander des renseignements sur tous les élèves ecclésiastiques dont ils pouvaient avoir connaissance, sur les ordres qu'ils avaient déjà reçus, sur les études qu'ils avaient faites, sur leurs talents, sur leur conduite pendant les mauvais jours de la Révolution et aussi sur l'état de fortune de leurs parents.

M. le préfet du Mont-Blanc avait demandé à l'évêque la liste des élèves ecclésiastiques qui désiraient obtenir l'exemption du service militaire ; il lui répondit , le 3 février, qu'il était occupé à la préparer, qu'il la lui enverrait prochainement, et, en attendant, il le priait d'obtenir d'abord cette exemption en faveur du jeune François Miffon, d'Annecy, qui avait reçu l'ordre départir incessamment. M. Miffon est devenu ensuite un excellent prêtre; il est mort curé de Cognin en 1832, à cinquante- deux ans.

Mgr de Mérinville avait nommé les chanoines delà cathédrale le 25 janvier, deux jours après son installation. Cette nomination était canonique; mais elle ne fut pas soumise de suite à l'approbation du Gouvernement. Le premier Consul exigeait des évêques que, dans l'organisation de leurs diocèses, le placement des prêtres constitutionnels, soit dans les chapitres des cathédrales , soit dans les cures paroissiales , fût dans la proportion du tiers au quart; ii recommandait avec insistance qu'il y en eût au moins un dans chaque chapitre au nombre des grands-vicaires. Dans une lettre du 14 mars 1803, Monseigneur expose à M. Portalis que l'application de cette règle serait impossible dans

son diocèse; qu'il n'y avait eu en Savoie que peu de prêtres constitutionnels , qu'ils ne s'y trouvaient alors , avec les autres prêtres du diocèse , que dans la proportion d'un à soixante; que comme la plupart d'entre eux avaient déjà fait une rétractation et obtenu depuis longtemps leur réconciliation, ils seraient placés dans la réorganisation selon leurs mérites, comme les autres prêtres du diocèse, sans distinction; qu'il avait choisi pour grands -vicaires deux sujets distingués qui avaient déjà exercé les fonctions de grands-vicaires pendant plus de vingt ans, et qu'il n'y avait en Savoie, parmi les constitutionnels, aucun sujet qui pût leur être comparé. Par déférence pour les intentions du premier Consul , il consentit à placer dans le nouveau chapitre le sieur Antoine Perret, ancien chanoine de- la cathédrale de Chambéry, qui avait adhéré au schisme et prêté les deux serments. En cette circonstance, ses égarements passés faisaient tout son mérite.

Monseigneur avait confié le travail préparatoire à faire pour la nouvelle circonscription des paroisses et la nomination des curés à ses deux grands-vicaires. M. deThiollaz fut spécialement chargé du département du Léman , et M. Bigex, du Mont-Blanc. Quand le travail fut achevé, Monseigneur se concerta avec les deux préfets et entendit leurs observations. Le 3 juin, il envoya à M. Portalis le tableau complet de l'organisation du diocèse , souscrit par M. Verneilh et par M. de Barente. Il joignit au tableau des paroisses celui des curés et des desservants.

Il y eut un point, dans ce tableau d'organisation , sur lequel Mgr de Mérinville ne put pas s'entendre avec le préfet du Mont-Blanc. M. Yerneilh désirait faire établir dans la ville de Chambéry trois cures de canton , dont l'une serait à la Chapelle du Château. L'évèque ne s'y opposait

pas ; mais le ministre refusa d'y consentir , parce qu'il ne devait pas y avoir dans une ville, en France, plus de cures de canton que de judicatures de paix; l'évèque consentait à ce qu'on y établît une succursale; mais le préfet ne fut pas de cet avis : il voulait que la Sainte-Chapelle ne fût plus dès lors qu'une chapelle privée , réservée exclusivement à l'usage de la préfecture. L'évèque voulait, au contraire, qu'elle fût déclarée chapelle publique, afin que l'on pût y faire des exercices religieux en quelques circonstances particulières. L'un et l'autre exposèrent leurs raisons au ministre; l'avis de l'évoque fut préféré. Le citoyen préfet en conserva un mécontentement qui ne fut pas dès lors sans influence sur ses rapports avec Monseigneur et ses grands-vicaires.

Dans le Concordat du 15 juillet 1801 , le premier Consul avait promis d'assurer un traitement convenable aux évêqties et aux curés compris dans la nouvelle circonscription. I! avait permis aux évèques d'avoir un chapitre dans leur cathédrale , mais sans leur promettre aucune dotation. ÊependaM, après l'installation de Mgr de Mérinville, il avait invité les conseils généraux des deux départements de la Savoie à voter un traitement convenable pour les deux grands-vicaires du diocèse et pour les membres du chapitre. Le 23 février, Monseigneur écrivait à M. Portalis que rien n'avait encore été fait; il le priait de vouloir bien prendre à cette fin les mesures qu'il jugerait les plus convenables. Cela était d'autant plus pressant que MM. les ecclésiastiques nommés chanoines ou grands -vicaires avaient tout perdu ou tout dépensé pendant les dix années qu'avait duré la persécution.

Par un arrêté du mois de mars 1803, le premier Consul statua qu'à dater du jour de l'approbation donnée à leur

nomination, l'un dos vicaires généraux de chaque archevêque recevrait un traitement de 2,000 fr. ; les deux autres vicaires généraux des archevêques et ceux des évêques, de 1 ,500 fr., et les chanoines, de 1 ,000 fr. Par une lettre du 12 avril, Monseigneur priait le ministre d'exprimer au premier Consul sa profonde reconnaissance pour cette détermination. Il ajoutait que ces traitements, et surtout ceux' des chanoines , étant évidemment insuffisants , il espérait qu'il voudrait bien engager les conseils généraux des deux départements à y ajouter un supplément.

Dès le jour de son installation , Mgr de Mérinville comprit qu'il n'y avait rien de plus pressant pour lui que l'établissement d'un séminaire. Dès le 15 février, il écrivit à M. le préfet qu'ayant fait examiner les maisons de la ville devenues nationales , il ne trouvait que celle des Cordeliers qui parut réunir les conditions nécessaires pour un tel établissement; qu'à la vérité, dans le principe, cette maison serait jugée trop grande, mais que, le diocèse comprenant plus de six cents paroisses , on ne la trouverait pas trop grande dans la suite.

Durant les mois d'avril et de mai suivants , Monseigneur écrivit plusieurs fois à 31. Portalis pour le prier avec instance d'obtenir du premier Consul que cette maison fût mise à sa disposition le plus tôt possible, pour qu'il pût y commencer les nombreuses réparations dont elle avait besoin ; car tout l'intérieur en était extrêmement dégradé. M. le préfet et le conseil municipal de Chambéry firent beaucoup d'efforts, sinon pour empêcher tout à fait, au moins pour réduire et amoindrir l'effet de cette demande. On voulait 1° prendre une partie du jardin au midi pour y établir une rue de la place aux Herbes au Boulevard ; 2° réserver l'aile Macornet pour y placer l'école

et le logement du professeur de chimie; 3° réserver aussi toute la partie du bâtiment située sur la cour du nord et l'église de Notre-Dame , pour y établir l'école secondaire du département, ainsi que le logement du curé et des vicaires de la paroisse.

Monseigneur répondit que pour un séminaire nombreux, comme il le serait dans quelques années, le jardin était déjà trop petit; que l'aile Macornet était la seule partie de la maison où l'on pourrait faire un grand réfectoire , comme il le fallait pour les retraites ecclésiastiques ; que l'on ne pourrait faire en toute la maison que quatre-vingts cellules , parce qu'il n'y avait que quatre-vingts fenêtres propres à cette fin; et que, si l'on retranchait toute la partie du nord de la maison, le reste serait tout à fait insuffisant. Après avoir bien examiné toutes les parties de l'édifice et Galculé le nombre probable des élèves ecclésiastiques , l'architecte du département émit un avis conforme au désir de l' évoque.

Après avoir eu connaissance de toutes ces discussions par le rapport de M. Portalis, le premier Consul porta un décret par lequel il mettait la maison et le clos des Cordeliers en entier à la disposition de Mgr de Mérinville pour l'établissement de son séminaire. Ce décret ne mit pas fin à toutes les contestations. Pendant que l'évêque était en recours auprès du ministre , le préfet s'empara de l'aile Macornet et y lit faire secrètement des réparations à l'intérieur pour y établir l'école de chimie. Lorsque le décret du premier Consul fut arrivé, il le communiqua de suite au conseil municipal , sans en rien dire à l'évêque, qui ne le connut que quelque temps après.

Le conseil de ville attaqua le décret du premier Consul en disant que toute la partie nord du bâtiment appartenait

à la ville, que l'école secondaire y avait déjà été placée pendant longtemps, que les Cordeliers n'en avaient jamais été en possession et que sans doute le premier Consul n'avait entendu céder à l'évêque que ce qui appartenait au Gouvernement. Mgl de Mérinville parvint à prouver que la maison avait appartenu en entier aux Jésuites, qu'à leur suppression elle fut aussi cédée en entier aux Cordeliers ; que si l'école secondaire y avait alors été placée pendant quelque temps, c'est parce que les Cordeliers, qui étaient très peu nombreux, y avaient consenti au moyen d'un précaire. Le citoyen Tiffet , receveur des domaines à Chambéry, ayant été consulté , déclara que la maison des Cordeliers était comprise en entier dans l'état des propriétés nationales qui lui avaient été consignées par ordre du Gouvernement, telle qu'elle avait appartenu antérieurement aux Jésuites et aux Cordeliers , et que le conseil communal n'y avait aucun droit. Ce n'est enfin que le 12 décembre 1 803 que le maire remit officiellement les clefs de la maison des Cordeliers à Mgr de Mérinville, qui consentit à ce que l'école de chimie restât encore quelque temps dans l'aile Macornet , en attendant que la ville pût se procurer un autre local.

Mgr de Mérinville a été profondément blessé de l'opposition qu'il rencontra de la part du conseil municipal de Chambéry , et surtout des procédés inconvenants et désobligeants de M. le préfet Verneilh. Il s'en plaignit vivement en écrivant à M. le préfet lui-même le 6 juin 1 803 , il s'en plaignit à M. Portalis dans une lettre du 19 juin, il s'en plaignit au premier Consul dans une lettre du 21 juin , il s'en plaignit aussi au cardinal Caprara dans une lettre du 11 juillet. Il parait que les contrariétés qu'il éprouva dans ses rapports avec les autorités civiles, furent le principal

motif qui le détermina à solliciter sa retraite après une administration de deux ans et deux mois seulement.

La maison des Cordeliers était dans un grand délabrement , lorsqu'elle fut mise à la disposition de Mgr de Mérinville. Dès que les clefs lui en eurent été remises , il commença à y faire exécuter des réparations. Le Conseil de ville et celui de la Fabrique de Notre-Dame soulevèrent encore une nouvelle difiiculté : ils prétendaient que le grand escalier du séminaire avait été construit en partie pour conduire au clocher et que les clercs devaient être libres d'entrer au séminaire toutes les fois qu'ils auraient besoin d'aller sonner; ce qui aurait été une très grave servitude. Après quelques explications, l'évêque consentit à céder la petite tribune située à gauche du maître-autel de Notre-Dame, dont le séminaire avait eu l'usage jusquelà, et la Fabrique se détermina à construire un petit escalier intérieur pour arriver au clocher sans incommoder le séminaire.

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