‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique du diocèse de ChambéryChapitre 5 sur 61 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Commission provisoire. — Inventaires des maisons religieuses. — M. Cuniberti. — Réunion de plusieurs communautés dans la même maison. — Arrêts du sénat. — Chartreux de Saint-Hugon. — Paul Arnaud et Jacques Ducret. — Séminaire d'Annecy. — Domaine de Favrat. — Démoline. — Carmes de Chambéry. — M8r de Montfalcon. — Dénonciations. — Drapeau tricolore à la cathédrale. — Union de la Savoie à la France. — Messe d'actions de grâce. — Destruction des armoiries. — Commissaires de la Convention.

La commission provisoire établie par l'assemblée nationale des Allobroges était composée de vingt-un membres ; c'étaient :

Pour la Savoie, les citoyens Picollet père, Bertrand, Morel ;

Pour le Faucigny, les citoyens Gavard , Décret , Somelier ;

Pour la Tarentaise , les citoyens Fontanil , Sanche , Domenget ;

Pour la Maurienne , les citoyens Favre , Gilbert , Clert ;

Pour le Chablais , les citoyens Bétemps , Blanc , Violant ;

Pour Carouge , les citoyens Chastel, Roch, Curtet;

Pour le Genevois, les citoyens Burnod, Ruphy, Garbillion.

Cette commission provisoire était chargée de gouverner la Savoie jusqu'à ce que la question de sa réunion à la France fût décidée. Dans cet intervalle, les quatre corn-

missaires envoyés par la Convention nationale n'exerçaient pas encore d'autorité ; ils se bornaient à diriger la révolution par leurs conseils. Les patriotes supposaient que toute l'autorité résidait dans l'assemblée nationale des Allobroges qu'ils regardaient comme investie de la souveraineté du peuple. Les partisans de l'ancien régime prétendaient, au contraire, que la révolution opérée en Savoie n'était qu'une insurrection excitée par les agents de la République française.

Dès son installation , la commission provisoire n'eut rien de plus pressé que de faire exécuter le décret du 26 octobre, relatif à la confiscation des biens du clergé. Dans la séance du 30 octobre , elle nomma les citoyens Guillet , Michon et Yuagnat commissaires pour aller faire l'inventaire de tous les biens meubles et immeubles de la chartreuse d'Aillon. Le même jour, elle arrêta qu'elle tiendrait désormais ses séances, non à la cathédrale, comme l'assemblée nationale , mais dans l'ancien château royal.

Dans la séance du 31 octobre , la commission arrêta qu'elle nommerait des commissaires pour aller procéder à l'inventaire des biens meubles et immeubles de toutes les maisons religieuses de la Savoie, et immédiatement elle nomma commissaires :

Tour la maison de Tarnié , les citoyens Bouchet , Comte et Exertier ;

Pour la maison du Béton, les citoyens Doppet et Degla-

pigny ;

Pour celle des Carmes du Pont-Beauvoisin , les citoyens Louis Rivoire et Louis Notaire ;

Pour celle des Dominicains de Montmélian, les citoyens Jallabert et Genevois ;

Pour la collégiale d'Aix, le citoyen Gay ;

Pour la maison des Barnabites de Bonneville, les citoyens Joseph Dumont et François Revillod ;

Pour celle des Chanoines de Pellionnex, les citoyens Revillod et Magnan ;

Pour celle duReposoir, les citoyens Jean-Pierre Dumont et Etienne Décret;

Pour celle des Chartreusines de Mélan , les citoyens Thevenet et Décret ;

Pour celle des Chanoines de Sixt , les citoyens Milleret et Andrier ;

Pour la Sainte -Maison de Thonon, les citoyens Plagnat et Charles ;

Pour celle des Barnabites de Thonon , les citoyens Duperrier et Violland ;

Pour celle des Ursulines de la môme ville, les citoyens Souviran et Bruno Dubouloz ;

Pour les Visitandines de la même ville, les citoyens Bétemps et Popon ;

Pour les Annonciades de Thonon , les citoyens Duperrier et Favre ;

Pour celle des Capucins de la même ville , les citoyens Michaud et Guyon ;

Pour celle des Chartreux de Ripaille , les citoyens Bailly et Michaud1 ;

Pour celle des Barnabites de Saint- Jean d'Aulps, les citoyens Antonioz et Cayen ;

1 Les Chartreux de Ripaille placèrent dans une cassette leur argent et quelques objets précieux. Us firent partir par le lac un de leurs pères avec un batelier que l'on croyait fidèle et dévoué. Arrivé près de Vevey , le batelier laissa descendre le père , et d'un coup de rame il jeta la nacelle en arrière et disparut avec la cassette.

Pour la maison de Sainte-Claire d'Evian, les citoyens Blonay et Baud ;

Pour celle des Cordeliers de la même ville , les citoyens Seuvet et Burdet ;

Pour celles des Lazaristes et de la Visitation d'Annecy, les citoyens Dussollier et Vautier ;

Pour celles des Dominicains, des Annonciades et de Bonlieu de la même ville , les citoyens Philippe et Mauris;

Pour la cathédrale et la collégiale de la même ville, les citoyens Lacombe et Marchand ;

Pour la chartreuse de Pommiers, les citoyens Gentil et Frarin.

Sans doute tous les religieux et religieuses de ces communautés ont dû éprouver une bien profonde désolation en voyant procéder ainsi aux préparatifs de ce pillage officiel ; tous prévoyaient dès lors que dans peu de jours ils seraient mis à la porte de cette maison qu'ils habitaient depuis si longtemps, qui leur était devenue chère comme la maison paternelle , et jetés dans le monde sans industrie et sans moyens d'existence.

Dans la séance du 2 novembre, on lut une lettre du comité de surveillance de Saint -Jean de Maurienne , qui dénonçait des procédés tendant à troubler l'ordre public de la part du prêtre Cuniberti; on prescrit une enquête , et s'il est reconnu coupable , il lui sera ordonné de vider le territoire des Allobroges. M. Cuniberti avait été amené en Maurienne par Mgr de Brichanteau , il était professeur de théologie au séminaire et très considéré dans le diocèse pour son instruction et ses vertus ; il se retira alors en Piémont et ne revint plus en Savoie. Les comités de surveillance étaient chargés de surveiller la conduite des honnêtes gens et de les dénoncer.

Dans la môme séance , la commission autorise les municipalités à réunir dans la chartreuse du Reposoir les Chartreux de Ripaille et ceux de Pommiers , et dans la maison de Contamines les Barnabites de Bonneville et ceux d'Annecy. Le même jour, les commissaires députés pour faire l'inventaire de Tamié, furent chargés encore d'aller faire celui de la maison des Bernardines de Conilans. La municipalité de Rumiliy fut autorisée à s'emparer du couvent des Capucins de ladite ville pour y loger des troupes. Dans l'une des séances de la commission, il s'éleva une longue discussion sur les procédures qui avaient eu lieu sous le gouvernement sarde relativement à l'insurrection de Thonon, dont nous avons déjà parlé.

Dans la séance du 4 novembre , le citoyen Lyonnaz, commis pour procéder à l'inventaire de la chartreuse de Saint-Hugon, rapporte que deux compagnies de volontaires, en détachement dans ce monastère , se sont portés à des excès qui ont alarmé la communauté. Il ajoute que les religieux ont refusé de confirmer par le serment la déclaration qu'ils ont faite de leurs meubles, effets et argent. La commission déclare qu'en cas d'infidélité, ils seront punis comme faussaires. La maison de Saint-Hugon se trouvait donc alors occupée simultanément par les religieux , par les commissaires chargés de procéder à l'inventaire, et par deux compagnies de volontaires indisciplinés; la position n'était pas riante.

Dans la séance du 5 novembre 1792, la commission provisoire arrêta que l'on procéderait immédiatement à l'inventaire des maisons et établissements religieux.de la ville de Chambéry ; elle nomma commissaires à cette fin :

Pour la maison des Capucins , le citoyen Paul Arnaud , dit Chabot, religieux, et Défrêne , horloger;

Tour celle de la Visitation , les citoyens Dumont et Chabert ;

Pour celle des Cordeliers et des Feuillants , les citoyens Charvet, Perret et Bertier;

Pour celle des Augustins , les citoyens Garin fils et Bernard ;

Pour celle des Carmes , les citoyens Bernard , architecte, et Dupuy , négociant ;

Pour celle des Annonciades , les citoyens Besson, avoué, et Etienne Labeye ;

Pour celle des Ursulines, les citoyens Jacquemod, avoué, et Victor Gariod;

Pour celle de Sainte - Claire hors ville, les citoyens Léger et Sonjeon ;

Pour celle des Dominicains, les citoyens Joseph Gargoux et Constantin Ducoudray ;

Pour celle de Sainte-Claire en ville , les citoyens Jacques Ducoudray et Sylvestre Vernier ;

Tour la cathédrale , les citoyens François Pavy, Mcod , Duport et Ducret , prêtre ;

Pour la Sainte-Chapelle , les citoyens Pacoret , Bertrand et Sylvoz.

Parmi ces nominations , il y en a deux qui sont plus gravement inconvenantes que toutes les autres ; ce sont celle du citoyen Paul Arnaud, capucin , pour faire l'inventaire du mobilier des Capucins, et celle du citoyen Jacques Ducret, professeur de théologie , pour dresser l'inventaire du mobilier de la cathédrale. Le P. Paul Arnaud, né à Alby en 1 747 , avait alors quarante-six ans ; il avait été gardien au couvent de Cognin; il adopta les principes des révolutionnaires les plus fougueux et prit le surnom de Chabot à cause de sa ressemblance avec un capucin ,

révolutionnaire comme lui , que Robespierre lit conduire à l'échafaud le 5 février 1794. Lorsqu'il se présenta pour faire l'inventaire du couvent de Cognin , il fut mal accueilli parle P.Louis-Marie, provincial, et par le P. Guérin, gardien ; il en porta plainte à la commission , qui fit venir ces deux religieux à la barre et leur adressa de violents reproches. On les fit mettre en prison comme coupables d'avoir soustrait plusieurs objets. Un frère donné, nommé Benoît, natif de Cognin, se présenta à la barre et demanda la parole : « Citoyens, dit-il , ce ne sont pas les PP. Louis- Marie et Guérin, qui ont soustrait les objets que vous réclamez, c'est le P. Arnaud lui-même; il en a fait emporter plusieurs malles ; envoyez avec moi un commissaire , je lui montrerai où elles sont déposées. » On refusa pour ne pas compromettre le P. Arnaud, la plus ignoble figure qui ait paru en Savoie dans ces mauvais jours.

Jacques Ducret, né à Thonon en '1743, âgé alors de quarante-neuf ans , prêtre et professeur de théologie au collège de Chambéry, ne se montra pas moins révolutionnaire que le P. Arnaud, en acceptant la mission d'aller faire l'inventaire des ornements et des vases sacrés de la cathédrale. La suite de sa vie répond à cet antécédent.

Dans la séance du 6 novembre , on accusa les religieux Carmes de Chambéry , de vendre les meubles , effets et batterie de cuisine de leur couvent. La commission nomma les citoyens Blanc, Tiolier et Porrnz pour aller, séance tenante , leur inhiber de continuer cette vente, avec ordre de déclarer le montant des sommes déjà reçues pour prix des objets vendus.

Le même jour , la commission autorisa la municipalité d'Annecy à s'emparer du séminaire de cette ville pour l'établissement d'un hôpital militaire. Les Chartreux avaient

un hospice dans la ville de Chambéry et un domaine à Favrat près de Saint-Jeoire ; la commission nomma les citoyens Forraz et Peytavin pour en faire l'inventaire. Le sieur Démoline , trésorier de la collégiale d'Aix , fut accusé d'avoir émigré et emporté sa caisse ; on ordonna aussitôt d'aller procéder à saisie de tous les meubles , argent et papiers par lui délaissés.

Dans la même séance , les religieux Carmes de Chambéry sont accusés d'avoir expédié par la diligence deux malles renfermant les vases sacrés de leur église et autres objets précieux. On assure que ces malles ont été arrêtées à Saint- Michel. La commission ordonne qu'il soit fait de suite une enquête pour vérifier les faits. On voit par là qu'elle travaillait avec une grande activité à s'assurer que la spoliation du clergé fût complète.

Dans la séance du 1 5 novembre , on donna lecture d'une lettre adressée à la commission par Mgr de Montfalcon, archevêque de Tarentaise. Cette lettre est courte et ne l'est pas encore assez. Monseigneur y joignit une adresse qu'il avait eu l'intention de présenter à l'assemblée nationale des Allobroges. Cette assemblée étant dissoute depuis quinze jours , cette adresse n'avait plus d'à-propos ; elle n'était d'ailleurs que médiocrement convenable. Cependant la commission, qui aimait les hommages , accueillit l'un et l'autre avec applaudissement et chargea le citoyen Picollet, l'un de ses membres, de rédiger une réponse.

Dans la séance du 21 novembre , le citoyen Ducret annonce que M. Chevalier, second professeur de théologie, avait émigré. La commission décida qu'il ne serait pas remplacé et que le citoyen Ducret enseignerait les deux traités.

Dans la plupart des séances de la commission, on faisait

des dénonciations contre des ecclésiastiques accusés d'incivisme ou d'opposition à la propagation des principes révolutionnaires. Presque toujours on renvoyait les causes à l'accusateur public avec ordre de procéder à information. Mgr de Brichanteau, évoque de Maurienne, avait émigré à l'entrée des Français en Savoie. Il avait prié M. Séchai, curé de Saint-Jean , de disposer de ses meubles et de ses provisions. La municipalité de Saint-Jean ayant fait un rapport à ce sujet, la commission provisoire ordonna de faire saisir sur-le-champ tout ce que l'on trouverait encore de ces objets , soit à l'évêché, soit chez le curé Séchai.

Dans la séance du 1er décembre, la commission prescrivit à la municipalité de placer un drapeau tricolore et des instruments d'agriculture dans l'église cathédrale de Chambéry, au-dessus de la place qu'occupait le président de l'assemblée nationale des Allobroges.

Dans la séance du 3 décembre , le président de la commission provisoire annonça que, dans la séance du mardi 27 novembre , la Convention nationale avait agréé le vœu des Allobroges et prononcé la réunion de la Savoie à la République française sous le nom de 84e département. Cette communication a été accueillie par de bruyants applaudissements. On en donna connaissance à toute la ville par de nombreuses décharges de canon; on expédia en toute diligence des courriers extraordinaires pour en porter la nouvelle dans tous les cantons du département. On apprend en même temps que le lendemain , 28 novembre , la Convention nationale avait dû nommer quatre commissaires qui seraient chargés de procéder à l'organisation du département.

La commission arrête ensuite qu'en réjouissance de l'incorporation prononcée, il sera célébré sans délai , dans

toutes les communes du département du Mont-Blanc , une fête civique à laquelle tous les citoyens devront assister. Le P. Arnaud demande que le jour où cette fête sera célébrée à Chambéry, il soit offert un sacrifice à l'Etre suprême en actions de grâces, et qu'en même temps il soit admis , lui, à jurer, le premier dans le département, adhésion et soumission à la constitution civile du clergé , ce qui lui est accordé avec applaudissement.

Quelques membres proposent que ce sacrifice soit offert au pied de l'arbre de la liberté ; mais l'ensemble de la commission juge, plus convenable qu'il soit offert à la cathédrale , où la réunion à la France a été votée par l'assemblée des Allobroges. On convient que ce sacrifice sera une messe basse dite par le P. Arnaud et suivie du chant du Te Deum. Dans la séance du 4 , on lut une lettre par laquelle Msr Conseil s'offrait à célébrer lui-même cette messe d'actions de grâce , ce qui fut agréé.

Dans la séance du G décembre, le citoyen Jallabert, commis pour faire l'inventaire des Dominicains de Montmélian, fait un rapport sur les dévastations commises par ces religieux. La commission arrête que le rapport sera transmis à l'accusateur public avec ordre de poursuivre.

Dans la séance du 12 décembre, un membre fait observer que des ouvriers sont commandés pour enlever les armoiries qui se trouvent sur le portail de la chapelle du château de Chambéry; qu'il y a deux fleurs de lys dorées qui surmontent deux obélisques de ce portail; qu'il ne faudrait pas les enlever , mais seulement en détruire la forme ; ce qui fut adopté. On voit par ce fait avec quel zèle la commission travaillait à effacer tous les souvenirs.

Dans la même séance , le régent du sénat annonce la mort du citoyen Marin , membre du sénat , et demande si

l'on doit fournir de gros cierges pour ses funérailles, comme on le pratiquait antérieurement; la commission passe à l'ordre du jour, attendu qu'il n'y a plus de distinction pour les funérailles.

Dans la séance du 14, le président annonce que les commissaires de la Convention nationale sont arrivés. La commission arrête qu'elle se rendra en corps auprès d'eux.

Dans la séance du 1 5 décembre , la commission arrête qu'il sera payé aux commissaires députés pour les inventaires des couvents, six francs par jour pour les voyages, quatre francs par jour pour la confection des inventaires, et deux francs seulement s'ils ont été nourris et logés dans les maisons religieuses.

Dans une séance extraordinaire du même jour, 1 5 décembre 1792, la commission provisoire procéda à la réception officielle des quatre commissaires de la Convention nationale , députés pour organiser le département du Mont- Blanc. A l'heure convenue, les citoyens Simond, Grégoire, Hérault et Jagot sont introduits au milieu des plus bruyants applaudissements. Ils exposent en peu de mots le but de leur mission. Le président leur répond par un long discours.

Philibert Simond, né à Rumilly en 1 755, avaitalors trentesept ans ; ordonné prêtre à Annecy en 1 780 et placé vicaire au Grand-Bornand , il se fit interdire par sa mauvaise conduite aubout de quatre mois. Son oncle, curédeGruffy, l'envoya à Paris pour étudier en Sorbonne; mais, plus occupé de jacobinisme que de théologie , il se fit expulser et revint à Gruffy ; son oncle , qui avait acquis un domaine , l'envoya à Chambéry pour passer l'acte et lui remit 32,000 francs pour le payer. Il fit faire l'acte en son nom, et pour éviter le mécontentement de son oncle et les recherches de la

police , il prit la fuite et se réfugia à Strasbourg. Là, il se lia avec les républicains les plus ardents et parvint à se faire nommer vicaire épiscopal de l'évoque constitutionnel et député à la Convention nationale.

Grégoire , né près de Lunéville , âgé alors de quarantedeux ans , avait des talents et quelque instruction ; mais il s'est montré en toute occasion ardent révolutionnaire. C'est le premier prêtre de France qui ait prêté serment à la constitution civile du clergé. Devenu député à la Convention, il vota l'abolition de la royauté et la mise en jugement de Louis XYI. Il fut ensuite nommé évoque constitutionnel de Blois.

Hérault de Séchelles , né à Taris, n'avait que trente-deux ans en 1 792. La reine Marie-Antoinette l'avait pris sous sa protection comme un jeune avocat de bonne espérance ; mais bientôt il se jeta avec ingratitude dans le parti de la révolution et attaqua avec violence le roi, les ministres, le clergé et les émigrés.

Jagot , sans célébrité, n'avait d'autre mérite que son exaltation pour les principes révolutionnaires.

Voilà les quatre commissaires envoyés par la Convention nationale pour régénérer le département du Mont-Blanc : un prêtre apostat , un évêque constitutionnel et deux ardents jacobins , investis de tous les pouvoirs de la Convention. Pauvre Savoie !

Ainsi la Savoie fut gouvernée par l'assemblée nationale des Allobroges du 84 au 29 octobre \ 792 , et par la commission provisoire du 29 octobre au 15 décembre. Dès le 15 décembre , elle subit le régime despotique et arbitraire des commissaires de la Convention. Sous leur administration, 1793 et 1794 furent, pour tout le département, des années d'une désastreuse persécution.

Dans la séance de l'assemblée des Allobroges du 22 octobre 1792, on assure que, sur les six cent cinquantecinq communes qui existaient alors en Savoie , plus de six cents avaient voté pour la réunion à la République française; mais on voit, parla lecture des procès-verbaux, que, dans la moitié à peu près des assemblées communales , on s'était borné à laisser la liberté du choix à leur député. Une pareille indifférence dans une question aussi grave est à peine croyable ; il paraît que le plus grand nombre ne comprenait pas l'importance de leur délibération. Quoi qu'il en soit , ceux qui ont connu la Savoie à cette époque peuvent assurer que , dans les campagnes surtout , les neuf dixièmes des habitants demeuraient sincèrement dévoués au roi de Sardaigne , qu'ils désiraient la conservation de son gouvernement, et que cette prétendue unanimité dont on a parlé avec tant d'enthousiasme dans la séance du 22 octobre , n'était au fond qu'un escamotage révolutionnaire.

Parmi les communes qui avaient voté pour la réunion à la France, un grand nombre avaient ajouté comme condition essentielle qu'on ne toucherait pas à la religion catholique et qu'on ne cesserait jamais d'être en union avec le Pape. On sait comment cette condition a été respectée. Trois mois après, Grégoire et Simond ne s'en souvinrent plus du tout.

Au 1er janvier 1793, il y avait vingt-trois jours que les Allobroges étaient Français; en apprenant les excès que les révolutionnaires commirent durant ce mois, ils ne durent pas s'applaudir beaucoup de leur nouvelle nationalité. La première Assemblée nationale , qui a siégé du 17 juin 1789 au 1er octobre 1791 , a fait du vertueux Louis XYI un roi constitutionnel; la deuxième, qui a siégé du 1er octobre 1791 au 22 septembre 1792, a brisé son sceptre et sacou-

ronne ; la troisième , qui a commencé à siéger le 22 septembre 1792, a consommé le régicide. Les membres de la première assemblée avaient été pris dans l'étage supérieur du parti révolutionnaire ; ceux de la deuxième sortirent de l'étage moyen, et ceuxde la troisième, dubas étage. C'était la lie du parti ; la durée de leur gouvernement a été justement appelée le règne de la Terreur. Le 1 1 décembre , Louis XYI fut traduit à la barre de l'Assemblée ; on articula contre lui trente-quatre chefs d'accusation ; il y répondit avec fermeté, justesse et modération. Dans la séance du 4 5 janvier, on le déclara coupable de conspiration contre la liberté publique; le 16, la peine de mort fut prononcée contre lui, sans appel , à la pluralité de quelques voix seulement. On lui permit de voir sa famille pendant quelques heures et ensuite de s'entretenir avec un prêtre catholique. Il se soumit avec une héroïque et sublime résignation. Sur l'échafaud, il s'écria : « Français, je meurs innocent de tous les crimes qu'on m'a imputés. » Il fut exécuté le 21 janvier 1793, à l'âge de trente-huit ans, après un règne de dixneuf ans. La nouvelle de ce régicide excita un sentiment d'indignation et d'horreur jusque dans les plus pauvres chaumières de la France.

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