‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique du diocèse de ChambéryChapitre 7 sur 61 · GG · texte numérisé non relu

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Genève, parce que ce titre m'a été canoniquement conféré par l'Eglise ;

« 3° Que je continuerai d'exercer ma juridiction ordinaire et de gouverner mon diocèse avec l'autorité épiscopale dont l'Eglise seule peut me priver ;

« 4° Qu'attendu qu'il est notoire que vous avez exercé témérairement, illicitement et sans juridiction, les fonctions ecclésiastiques dans mon diocèse, je vous interdis toutes fonctions quelconques , non-seulement épiscopales , mais même sacerdotales, dans toute l'étendue de mon diocèse;

« 5° Que le pape Pie VI , par son bref du 1 3 avril 1 79 1 , a déclaré toutes les élections faites ou qui se feraient dans la suite selon la forme prescrite par la constitution civile du clergé, vicieuses, illégitimes, sacrilèges; qu'il les a cassées, supprimées, abrogées pour toujours, et que les évêques consacrés ensuite d'une semblable élection sont suspens de tout exercice des fonctions de l'ordre épiscopal ;

« G0 Que si vous vous immiscez dans le gouvernement de mon diocèse, je vous déclare dès lors intrus, usurpateur de la juridiction spirituelle , schismatique et comme tel soumis aux peines canoniques ;

« 7° Que tous actes de juridiction spirituelle , absolutions, mariages, dispenses, etc., exercés par vous ou par des prêtres qui auraient de vous mission , sont nuls et de nul effet, et que je les déclare tels par la présente , etc.

« Du lieu de ma retraite, le 8 avril 1 793. »

Nous ne savons pas si M. Panisset a reçu cette notification avant ou après sa prise de possession.

A Annecy, comme dans les autres villes de la Savoie, le parti révolutionnaire ne comprenait qu'une surface de la société d'assez peu d'épaisseur. Dans les campagnes, l'en-

semble de la population demeurait sincèrement attaché aux principes religieux et à la Maison de Savoie. M. Panisset ne jouissait d'aucune considération, il n'osait pas sortir de son palais; on lui adressait des paroles humiliantes dès qu'il paraissait en public. Un jour qu'il passait dans la rue, un enfant se mit à genoux pour demander sa bénédiction ; la mère, qui le vit, le châtia devant tout le monde pour le punir d'avoir fait une génuflexion schismatique. Un autre jour, un certain nombre de femmes, qui n'étaient pas précisément des dévotes constitutionnelles, s'ameutèrent et pénétrèrent dans son palais en vociférant des injures. Elles auraient peut-être fait de l'évêque schismatique une sorte de martyr, s'il n'avait trouvé moyen de se travestir, de sortir par une porte dérobée et d'aller se blottir sous une arche du pont Saint-Joseph, où l'on assure qu'il demeura caché près de quatre heures, tant il craignait la colère des femmes d'Annecy. Ce ne fut pas le plus beau jour de son épiscopat1.

Peu de temps après son installation , il publia un catéchisme intitulé : Catéchisme important, chrétiennement politique. Après avoir lu un titre aussi singulier, on serait curieux de savoir ce qu'il enseignait aux enfants sur le Pape, sur l'Église catholique, sur l'Église constitutionnelle, sur le schisme ; mais il nous a été impossible d'en trouver un exemplaire.

Le directoire d'Annecy voyait avec peine que les offices pontificaux du nouvel évoque se faisaient avec peu de solennité. Il n'y avait plus à la cathédrale ni chapitre ni baschœur; on trouva encore trois prêtres par Annecy, les

1 11 paraît que c'est le 22 août 1793 qu'eut lieu l'insurrection des femmes d'Annecy. Hugues Bonfils , nommé vicaire épiscopal le 3 août, en parle dans une lettre du 9 septembre.

citoyens Puthocl, Fontaine et Junod. On les invita à y assister pour augmenter la majesté du culte divin ; tous refusèrent sous divers prétextes. On les engagea à aller faire les offices dans les paroisses voisines où des prêtres réfractaires entretenaient encore le fanatisme. Les deux premiers refusèrent également; Fontaine dit qu'étant professeur de mathématiques, il ne pouvait pas s'absenter ; Junod alla à Vieugy, mais il trouva l'église fermée; le sieur Claude Gaillard, clerc, fut condamné à trois jours d'arrestation pour avoir refusé les clefs.

Le jeudi 30 mai 1793, jour de la Fête-Dieu, tout le directoire d'Annecy, y compris le président Dunand et le procureur syndic Burnod, assistèrent à la procession et allouèrent une somme de cent trente-six francs et dix sous pour la cire. Le directoire invita ensuite le citoyen évêque à se rendre dans les paroisses de la campagne pour dissiper les erreurs dans lesquelles le peuple était encore plongé, et lui inspirer l'amour des institutions républicaines ; il ne jugea pas à propos d'y paraître, crainte d'un mauvais accueil. Il y envoya ses grands-vicaires. Jacques Ducret parcourut une partie des Beauges.Unjour, àLescheraines, après quelques déclamations contre les prêtres qui avaient refusé de prêter le serment, il entreprit de prouver que la Providence ne désapprouvait pas l'Église constitutionnelle. « Citoyens de Lescheraines , leur disait-il , ouvrez les yeux ; vos campagnes furent- elles jamais plus riantes? La récolte s'annonca-t-elle jamais plus magnifique? Vites-vous jamais vos arbres chargés de plus de fruits? vos champs et vos prés couverts de plus riches moissons? Vos épis ploient sous le poids du grain et sont prêts bientôt à entrer dans vos greniers; tout cela ne vous prouve-t-il pas que nos nouvelles institutions sont agréables à Dieu? »

On assure que le lendemain une grêle désastreuse détruisit toute la récolte de la paroisse.

Le citoyen Ducret alla aussi exercer son zèle à Thônes. Le clerc Louis Revêt, bon catholique, qui n'avait pas envie de coopérer au schisme , lui prépara avec regret les ornements nécessaires pour dire la messe. Il répondit à l'introït, et lorsque le citoyen vicaire épiscopal fut monté à l'autel, il versa les burettes par terre et s'en alla. Peu de temps après, ce même Louis Revêt fut l'un des héros de la guerre de Thônes. Après la défaite, il se cacha quelque temps dans les montagnes; il fut arrêté le 31 décembre 1793, conduit à Chambéry et condamné à mort. M. André, mort curé des Échelles, était son neveu1.

Pendant cette malheureuse année 1793, les prêtres du diocèse de Chambéry et ceux des autres diocèses de la Savoie se trouvaient divisés en trois parties : les émigrés, les assermentés non schismatiques et les assermentés schismatiques. Les émigrés formaient à eux seuls plus de la moitié de tout le clergé de Savoie. Cette partie comprenait les ecclésiastiques les plus distingués, tous les évoques , excepté Mgr Conseil en détention dans son palais , les

1 La guerre de Thunes eut lieu en mai 1793 ; les troupes françaises entrèrent à Thônes le 9 mai. Pendant trois jours , la ville et les autres communes de la vallée furent livrées au pillage des soldats. Le 15 mai, Marguerite Avet , de Thônes , âgée de trente ans , fut arrêtée et écrouée à la prison de lTsle . à Annecy, comme prévenue d'avoir parcouru les communes pour exciter les hommes à défendre la cause de la patrie et du roi. Elle fut condamnée à être arquebuse'e pour cause de révolte et fusillée à Annecy . au Paquier , le 18 mai. Elle alla au supplice avec calme et fermeté, en récitant son chapelet. Le 21 mai. on conduisit dans la même prison Jean-François Avrillon . âgé de trente-six ans ; c'était l'un des plus ardents combattants de Thônes. Il fut fusillé à Annecy le 29 mai 1793.

grands-vicaires , presque tous les chanoines et la plupart des curés; le service divin avait cessé dans leurs paroisses. Cependant, durant cette année, les fidèles avaient encore la liberté de se réunir dans les églises les dimanches et les fêtes ; des choristes laïques y chantaient l'office le matin et les vêpres le soir. En quelques endroits, on chantait le Kyrie, le Gloria, le Credo, le Sanctus et le Pater. On disait au Bourg-Saint-Maurice que Jean Favre faisait tout ce que faisait le curé , excepté la sacra, c'est-à-dire la consécration. Tout cela fut interdit en 1794.

Une seconde partie des curés et vicaires de la Savoie avaient prêté le serment exigé par la proclamation du 8 février , que nous appellerons quelquefois premier serment, dans l'intérêt de la brièveté. S'ils en avaient bien médité la formule, ils auraient compris qu'elle renfermait une adhésion au schisme , au moins implicite ; mais ils se faisaient illusion, ils prenaient la formule isolément, ils cherchaient à l'expliquer dans un sens catholique , ils ajoutaient des restrictions que les municipalités toléraient sans en faire mention dans les procès-verbaux. Ils se rassuraient en considérant qu'ils avaient été institués par l'autorité légitime , qu'ils n'avaient encore eu aucun rapport avec l'évêque constitutionnel, qu'ils n'avaient point reçu de lui les saintes huiles ni publié ses mandements. Ils continuèrent ainsi pendant quelques mois. Cependant peu à peu ils eurent connaissance des brefs du pape Pie VI, ils comprirent qu'ils avaient mal interprété la proclamation du 8 février et que bientôt ils seraient forcés d'adhérer au schisme ou d'émigrer. La plupart s'arrêtèrent à cette dernière résolution et se réfugièrent secrètement en Piémont, à Aoste, en Valais ou à Lausanne. Ce parti mitoyen alla tous les jours en diminuant et ne fut bientôt presque plus rien.

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