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Neustadt en Autriche. Ce prélat avoit été autorise*, par délibération des diètes de l'empire, à faire quelques démarches auprès des princes protestans, et l'empereur Léopold lui donna encore de plus amples pouvoirs. L'éveque étoit d'autant plus propre à cette négociation , qu outre sa qualité de théologien et de controversiste , il étoit doué de beaucoup de douceur et de modération. Il trouva principalement accès auprès des princes de la maison de Brunswick , qui nommèrent , pour traiter avec lui , un théologien de leurs états , le docteur Molan ou Molanus , abbé luthérien de Lokkuni , et directeur des consistoires du duché d'Hanovre. C'étoit un homme instruit, d'un caractère conciliant, et fort considéré dans sa communion. Après quelques conférences avec lui, l'évéque de Neustadt crut devoir s'appuyer du secours de l'illustre Bossuet , dont la réputation s'étoit étendue en Allemagne, et qui, par son Exposition de la doctrine catholique , et par ses autres ouvrages de controverse, avoit montré un talent supérieur dans cette partie. Une princesse , née dans le calvinisme , et qui l'avoit quitté pour embrasser la religion catholique, et même la vie religieuse, contribua encore à faire entrer l'évéque de Meaux dans cette négociation '. C'étoit la pria» cesse Palatine, abbesse de Mau buisson. Elle sou ha i toit puvrir les yeux, à la duchesse d'Hanovre, sa sœur, et elle avoit soin de faire laisser dans cette cour les meilleurs ouvrages de controverse qui paroissoient en France* Elle fit prier Bossuet d'examiner un écrit de l'abbé Molanus , et d'en dire son avis. Bientôt un autre homme célèbre entra dans celte négociation. Ce fut le philosophe Leibnitz, qui étoit fort estimé des princes de Bruuswick, et dont les vastes connoissances , le profond jugement et l'esprit de tolérance étoient assez connus. Ces trois négociateurs lièrent entr'eux une correspondance qui fut suivie, pendant quelque temps, avec assez de régularité* Les négociateurs s'envoyèrent mutuellement des écrits pour parvenir au but qu'on se proposoit , chacun indiquant la voie qu'il jugeoit la plus propre pour réussir. On trouve ces écrits dans le recueil des Œuvres de Bossuet , et l'on
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y admirera le talent de ce grand homme, soit pour discuter les plans des deux Allemands, soit pour tracer la véritable route à suivre pour arriver à une conciliation, •tire. Il paraît que Molanus1 se retira de cette discussion , et on a cru que Leibnitz n avoit pas été fâché de 1 attirer à lui toute entière. On Ta même accuse' de n'avoir pas apporté dans cette controverse le même esprit de modération que l'abbé <de Lokkum, et d'avoir contribué, par ïies difficultés et des incidens multipliés , au peu de succès de cette tentative. Les années 1691, 1693 et 1694 se passèrent en lettres de Bossuet et de Leibnitz, qui n'a- Tançoient pas beaucoup les choses, La correspondance fut ensuite interrompue. Elle récommença, en 1699, par les soins du duc Antoine- Ulric de Brunswick , de celui-là même qui renonça depuis au luthéranisme. Il connoissoit tout le mérite de Bossuet * et souhaita avoir son avis sur quelques points. Leibnitz en écrivit a l'illustre évéque» qui répondit, en 1700, par deux grandes lettres, dans lesquelles il satisfaisoit à plusieurs difficultés. Le duc da Brunswick l'en fit remercier , et c'est peut-être à ces lettres qu'il faut attribuer le premier germe de la conversion de ce prince. Leibnitz répliqua , et il y eut encore entre le prélat et le philosophe quelques lettres qui n'aboutirent à rien. La dernière lettre est de Bossuet , et datée du 17 août 1701. Elle roule sur le décret du concile de Trente , touchant la canonicité des Écritures» Ce fut la dernière pièce de ce procès. -y
Il y eut pareillement , dans le cours de ce siècle, divers autres projets pour la réunion des branches du protestantisme entr elles et avec l'Église romaine. En 1792 , le roi de Prusse entreprit de réunir les calvinistes et les luthériens. Il ne demandoit, dit-on , que conformité de culte, «ans exiger conformité de croyance; on ne songeoit pas.» apparemment , qu'une réunion opérée sur une telle base ne pouvoit être que passagère et simulée. Le culte n'est que l'extérieur et l écorce de la religion. C'est la croyance qui en est l'atne et le fond. Malheureusement les politiques ne s arrêtent guère qu'à l'écorce, et ils négligent
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le fond. Le roi de Prusse écrivit au* cantons de Zurich ' et de Berne pour les engager à seconder ses vues. Il biâmoit dans sa lettre la formule de Consensus , prescrite en Suisse. Il Chercha d'ailleurs vainement à faire réussir son projet. Le consistoire luthérien de Saxe, attachë aux principes rigoureux de la confession d'Augsbourg, rejeta ce plan comme contraire aux principes de sa communion. • Nous ne sommes pas assez instruits de l'état de la littérature en Allemagne, au commencement du nvttf sifcele, pour présenter un e'tat bien complet des écrivains ecclésiastiques de cette époque. Nous savons , en général, que les études étaient assez florissantes dans les universités catholiques, à Vienne, à Prague, à Munich, à Wurtzbourg, k Tyrnaw. Nous connoissons les noms de quelquesecri vains. Augustin Eratn, abbé de Saint- André, ^toit un religieux édifiant et un écrivain de mérite. Il mourut en 1719* après avoir rempli des fonctions importantes, reparé son abbaye, formé une bibliothèque choisie , et publié des Dissertations historiques et théologiques. L'abbé Shannat, mort en 1739, n'est pas moins «on nu par ses écrits sur l'histoire et sur les antiquités ecclésiastiques. Il étotf lié avec le cardinal Passionei. Nous ne nommons pas plusieurs autres écrivains catholiques, parce qu'ils ne parurent que plus tard sur la scène, et que nous avons voulu nous borner à l'époque que nous avons assignée.
Nous sommes un peu plus riches en renseignemens sur l'état des sciences ecclésiastiques chez tes protest ans, qui ont été* en général, plus curieux de faire valoir les services que ceux de leur communion ont rendus aux différentes branehes de la littérature. Nous trouvons chez eux, à l'ouverture du xvin* siècle, des savans trèsdistingués dans duTérens genres, relatifs néanmoins à U religion. Jean-Albert Fabricius, de Leipsick, héritier d'un nom cher aux lettres, le soutint par son caractère , par ses connoissances, par sa vie laborieuse et appliquée, par ses recherches sur ^Ecriture sainte et sur les écrivains ecclésiastiques* Il composa un grand nombre don-
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Vrages, donnoit des leçons publiques » et entretenoit en outre une correspondance très- étendue; Jean • Frédéric * Mayer, luthérien, comme le précédent, sur-intendant des églises de la Poméranie , avoit de l'érudition , et tra-» vailla sur rÉcriture sainte, sur laquelle il a laissé de nombreux écrits» Meelfuhrcr s'appHqua principalement à la théologie, Jean Olearius, de Hall en Saxe, fut un des* théologiens les plus instruits et les plus féconds de sa communion. Ses ouvrages sur la théologie sont multipliés et estimés parmi les siens. Son fils , Godefrof Olearius, qui mourut en i^i5 , deux ans après son père,1 a écrit contre les sociniens. Jean-Georges Pritz, de Leip-^ sick , jouit de beaucoup de réputation comme prédicant ,: comme moraliste et comme philologue. U réfuta PAnglais Àsgill, montra la honte et les dangers de l'athéisme, fit une édition du nouveau Testament grec , et publia divers autres ouvrages, dont quelques-uns ne sont pas sans mérite. Adam Rechenberg, professeur de théologie à Leipsick , est auteur de traités de controverse et d'éditions de divers livres. Àuguste-Herman Franck, né à Lobeek , en i663 , fonda, à Leipsick, des conférences sur l'Écriture sainte, et h Hall la maison des Orphelins,' établissement magnifique, qui fait honneur à son activité, à sa générosité et à son industrie. U a laissé aussi des sermons et des livres de littérature biblique. On cite de Goètze , pasteur à Lubeck , plus de cent cinquante écrits' dilFérens sur des matières de religion, de théologie, de philosophie, de littérature et de critique. Jaeger, de' Stuttgard , est connu par une histoire ecclésiastique , par des traités de théologie, par un examen de la doctrine de Spinosa , et par des observations sur Puftendorf et G rot i us. Enfin , il est plusieurs autres théologiens de fa même communion , dont les connoissaoces et les productions sont prisées en Allemagne, et qui étoient même utiles à la cause commune du christianisme , par leur zèle à défendre les grands principes de la révélation ou de la morale. Il ne paroît pas que l'incrédulité eut alors* des partisans bien décidés en Allemagne. Mais le soc^
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nianisme y avoit déjà fait des ravages, et cette hérésie est bien voisine de l'irréligion. D autres sectes se formoient, de temps en temps, a l'abri du principe constitutif de la réforme. Dippel est fameux par ses extravagances. Spener, auteur du piétisme, a été jugé fort diversement. Petersen , pasteur à Osnabruck, étoit un enthousiaste , qui avoit embrassé les rêveries du millénarisme , et plusieurs autres opinions tout aussi folles. Il avoit, disoit— il, des révélations. Ainsi le protestantisme étoit déchiré en Allemagne par des sectes qui naissoient dans son sein, et il étoit miné sourdement par une erreur capitale, qui touche de si près au pur déisme , et qui devoit , dans la •uite , engloutir les branches sorties du tronc de l'Église romaine.