ESPAGNE
Nous avons peu de faits sur l'Espagne* Dnns l'histoire, fcîvile, les temps où une nation na point de guerre à soutenir , et où elle vit en paix au dedans et au dehors, offrent moins de matière à l'écrivain , qui veut tracer sas annales. Le calme des états rend les histoires moins variées , et pour qu elles deviennent piquantes , il faut de l'agitation et du mouvement. Il en est de même pour l'histoire ecclésiastique. Quand la religion se maintient dans un pays , quand l'erreur n'ose y paraître , quand l'harmonie y règne entre toutes les autorités , quand chacun suit avec simplicité le chemin qui lui est tracé, et que l'Église est respectée et obéie, alors tout se passe dans un ordre et un concert qui ne peuvent fixer longtemps les regards de l'historien. Il faut des volumes pour x raconter des troubles; quelques pages suffisent pour rendre compte d'un état de tranquillité. Nous aurons do ne bientôt terminé ce que nous avons à dire de l'Espagne.
Cette grande portion de la catholicité, cette patrie de tant de personnages eminens en sainteté, n'avoit point été troublée , comme les autres états de l'Europe , par le* réformateurs du xvi« siècle. Elle avoit entendu grou-
Introduction. 87'
dcT autour d'elle tes orages sans en être atteinte. Ni les nouvelles doctrines , ni les discordes et les guerres qu'elles produisirent , n'avoient pénétré dans son sein. Des mesures sévères avoient écarté loin d'elle tout esprit de discorde. On a souvent, et sur-tout de nos jours, blâmé avec beaucoup de force le tribunal de l'inquisition et la rigYieur de ses procèdes. Ma 15 sans prétendre légitimer en tout les opérations de ce tribunal redouté, ne devraiton pas songer aussi que l'Espagne lui est redevable de n'avoir pas été déchirée par les guerres civiles , et d'avoir été tranquille pendant que le reste de l'Europe étoit en feu ? Un si grand avantage a pu être acheté par des sacrifices, mais il doit être de quelque prix aux yeux des amis de l'humanité.
Quand on parle de l'inquisition , on se représente aussitôt des tortures, des échafauds, des bûchers. Le mot seul d'auto dafé fait frémir les ames sensibles. U est très- vrai cependant que l'inquisition de nos jours n'a plus ces formes effrayantes. Ce n'est plus aujourd'hui qu'un tribunal entièrement dépendant du gouvernement, et n'agissant que- d'après son influence: Les places en sont occupées par des prêtres séculiers. Loin d'être un sujet de terreur pour les innocens, l'inquisition est bien plus un refuge pour des coupables qui , ailleurs , n'échapperaient pas à la rigueur des lois. Ses tortures ne sont plus en usage ; ses prisons n ont rien d'affreux ; les peines auxquelles elle condamne sont la prison ou les galères. Ses auto-da-fc ne sont que l'exécution de ces sentences, qui, depuis long-temps, ne sont rien moins que sanguinaires.. Cet état de choses est notoire en Espagne, et les détails contraires que l'on trouve dans les auteurs, sont, ou le résultat d'anciennes traditions qui ne sont plus vraies aujourd'hui, ou des contes transmis par des voyageurs sans autorité, et qui ont copié les déclamations de leurs devanciers. Les voyageurs impartiaux , tous ceux qui ont quelque connaissance de ce qui se passe en Espagne , savent bien que l'inquisition n'en impose plus que par son nom* Tout son office se borne presque à défendre, une fois.
*$& Intro du et ion .
par air, certains livres , que l'on trouve pourtant le aaojem de garder chez soi , en ayant hi précaution de les accompagner d'un billet qui porte quoo a l'intention de les remettre à l'inquisition. Avec cette formalité, les livres resteront éternellement dans les bibliothèques. L'inquis^^tion d £]>sp3^D€ s oooujâ^oit plus û prc^voun les ddits p^df 6a surveillance qoa les réprimer par ses rigueurs, et les supplices dont on la suppose armée n'existoient plus qu'en souvenir. Telle est néanmoins la force de l'habitude que . bien des gens continueront à crier contre l'inquisition, comme un tribunal de sang, quoique tous les témoignages «accordent à prouver que ses procédés ne sont rien moins que rigoureux.
Une autre erreur, c'est de croire que l'inquisition a empêché , en Espagne , les progrès des sciences et des lettres. Une seule observation renversa ce reproche. Dans le xvi* siècle , ce tribunal conservoit encore toute sa prépondérance et son autorité. Il ne dépendons pas encore des ressorts secrets du gouverne-* ment, et cependant, c'est dans ce même siècle que l'Es-* pegne compte un plus grand nombre d'hommes -célèbres par leurs ouvrages. C'est ce qu'on peut appeler le siècle d'or de ce pays. G'est alors qu'on y vit non seulement des théologiens , mais des savans estimables dans tous les genres, des poètes, des littérateurs, des écrivains , dont les productions sont encore aujourd'hui recherchées et goûtées. Nous pourrions donner ici , si notre plan nous le permettoit , une liste d auteurs connus ou dignes de l'être. Si l'Espagne en a tant produit dans un temps où l'inquisition avoit toute sa puissance , c'est apparemment que ce tribunal n'a point nui à ce développement des talens ; et «t depuis l'état des lettres est moins satisfaisant dans cette contrée , il est remarquable que l'inquisition elle-même a aussi perdu son influence. La décadence de ce tribunal concourt avec celle des lettres. S'il s'agistoit d'assigner < des causes de cette- dernière décadence, il parott qu'on l'attribueroit avec plus do fondement à la fausse politi»* que d'un gouvernement insouciant et peu éclairé. . -
1 Introduction* 89
Le cierge espagnol réclame contre les fausses i do es qu'on se fait , dans les pays étrangers , de l'esprit qui l'anime. IU est zélé' pour la foi ; mais il déteste tout ce qui seot la violence et ta cruauté. Les évéques sont » en général , des modèles pour les troupeaux. Ils sont pris parmi les ecclésiastiques les plus vertueux et les plus instruits. Ce sont ces qualités qoi les conduisent ordinairement a Tépisconat , sans distinction de naissance. On croit communément qua; le clergé régulier et sécuhe*, eo Espagne, est le plus riche de la chrétienté. Il est vrai que les ordres religieux sont multipliés en Espagne. 11 y a des villes ou les couvens sont très-nombreux. Mais il mut remarquer qu 'il n'y a presque pas de couvens dans les campagnes. D'après un dénombrement, fait en 1808, et qui peut s'appliquer v à très- peu de ebose près, au commencement du xvm« siè-, de, il y avoit en Espagne 1925 couvens d'hommes , et 1081 de filles. Ils renfermoient en tout 71,000 individus. Les prêtres séculiers étoient au nombre de 60,000 , gouvernes par 5a archevêques ou évéques; La France en avoit bien davantage par proportion. Le clergé d'Espagne, étoit riche, c'est-à-dire , que la plupart des évéques et plusieurs couvens avoient de grands revenus. Car d'ailleurs il y avoit des pays où le clergé étoit plus opulent. Les individus étoient plus riches en Espagne , parce qu'ils étoient moins nombreux; mais ailleurs le corps l'étoit davantage.
L'église d'Espagne continuent à jouir d'un calme parlait. Une succession de bons évéques y maintenoit Tordre et la régularité. Le pieux et savant cardinal d'Aguirre ne venoit que de mourir. Le cardinal de Salazar , ancien général de l'ordre de la Merci , évéque de Salamanque , puis de Cordoue , étoit un prélat plein de piété appliqué
nérale. Il n'y a Voit, en 1701 , que deux autres cardinaux espagnols , le cardinal Portocarrero, archevêque de Tolède , et le cardinal Borgia , archevêque de Burgos. Des prélats et de simples ecclésiastiques rivalisoient de zèle et de piété, îfaoj n'en citerons qu'un petit nombre, don Martin 4a