‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le 18e siècleChapitre 20 sur 50 · TOME PREMIER · texte numérisé non relu

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Cependant , quoiqu'un grand nombre de membres du cierge anglican honorassent leur communion par leurs talens et par l'usage qu'ils en taisoient, plusieurs aussi donnoient dans des erreurs très-graves ; et il importe de le remarquer pour faire voir jusqu'oii des hommes , d'ailleurs judicieux et recommandables , pouvoient être entraînes par le défaut d'autorité et par la voie de jugement privé, ce principe constitutif de la réforme et cette source féconde d'erreurs. Thomas Burnet donnoit le roman de l'univers * dans sa Théorie sacrée de la terre , ouvrage plein d'imagination, et qui, pour avoir été loué par Bayle, n'en est pas moins établi sur des principes faux. Cet auteur est encore moins orthodoxe dans son livre De Ve'tat des morts et des ressuscites , ou il combat hardiment l'éternité des peines , et prétend qu'à la fin tout le genre humain sera sauvé. Clarke et Whiston écrivoient en faveur de Farianisme. On pourrait excuser en partie Dodwell , s'il n'avoit eu que les préjugés qui lui sont communs avec les théologiens de sa communion contre les catholiques. Mais il tomba dans des aberrations que rien ne saurait pallier. Dans ses Dissertations sur saint Cyprien , il attaque nettement la croyance générale des chrétiens sur le nombre des martyrs. 11 se persuada que les pères Je l'Église étoient des hommes pieux, mais simples, quiavoient trop aisément ajouté foi à des faits douteux. Il s'efforça de prouver que lame étoit mortelle de sa nature , et il imagina que l'immortalité étoit une sorte de baptême conféré à l'aine par un don de Dieu et par le ministère des évêques. Il prétendit que les Évangiles n'avoient été recueillis que sous Trajan. Enfin , à mesure qu'il avancent en âge , il sembloit prendre plaisir à inventer et à soutenir des paradoxes dont les incrédules ont abusé depuis. Sherlock , le père de l'évêque , s'écarta de la croyance orthodoxe dans sa Défense de la Trinité. Il voulut donner une explication nouvelle de la Trinité, explication qui parut tendre au trithéisine, et qui fut censurée par l'université d'Oxford en 1695. Whitby , devenu arien dans ses dernières années , rétracta tout ce que ses pre-

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toîers ouvrages contcnoient de conforme à la foi de l'Église chrétienne. Dans son interprétation de l'Écriture, il sembla n'avoir cherché qu'à tourner les pères en ridicule. En général , l'hérésie arienne devint , vers le commencement de ce siècle , la grande plaie de l'église anglicane. Introduite en Angleterre par les sociniens, elle s'y modifia diversement. Les uns croyoientla préexistence du Christ; les autres ne lui accordoient pas même cet avantage, et ne le regardoient que comme une créature douée seulement d'un peu plus de privilèges que les autres. Nous aurons bien des occasions de faire remarquer les progrès de ce système en Angleterre , et même dans le clergé protestant de ce pays. Depuis plus de trente ans, il s'étoit formé au sein de l'église anglicane un parti qui tendoit manifestement vers l'indifférence religieuse. Addisson en plaçoit l'origine au règne de Charles II. L'arminianisme , qui dominoit dans l'université de Cambridge , avoit favorisé cette disposition. Whichcot, Cudworth, Wilkins, Moôre , Worthington avoient été les premiers chefs de ce parti. Leurs disciples Tillotson , Stillingfleet , Patrick , Burnet avoient achevé de rendre les mêmes idées populaires- On leur donnoit le nom de latitudinaires , nom qu'ils repoussoient , mais qui les désigne bien. Quoique membres de l'église anglicane, ils favorisoient la liberté de penser , et ne vouloient voir , dans la différence des branches de la réforme, qu'une divergence d'opinions qui n'intéressoit point le salut. Tel étoit le sentiment de Fotvler , évéque de Glocester , que nous avons déjà nommé» Opposé à la doctrine rigide des premiers réformateurs , à la justice imputative et à la prédestination absolue , il étoit partisan de la liberté religieuse. On l'appeloit te prédicateur rationnel > parce qu'il insistoit sur l'usage de la raison en matière de religion. Il a mérité d'être le précurseur d'un parti qui devint très-nombreux en Angleterre sur la fin du xviii* siècle , et qui , sou* le nom de chrétiens rationnels , de discuteurs , de rechercheurs ( inquirers ) y remet toit en effet tout eu discussion , et , à force de recherches , abrégeoit

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de plus en plus le symbole, et se rapprochoit da déisme.

A l'époque que nous parcourons en ce moment , la liberté de penser faisoit , dans ce pays , de très-grands progrès. Un historien du temps, le continuateur de Rapin- Thoyras, le reconnoît formellement. « Sociniens, ariens, latitudinaires , déistes se montroient hardiment , dit-il , et <m ne craignit point , dans des livres imprimés , de combattre et de tourner en ridicule les principaux mystères du christianisme. Le? sociniens éclatèrent plus que les autres. Thomas Firmyn composa et répandit beaucoup d' ouvrages contre la Trinité. Il appeloit les prêtres des tyrans et des fourbes , quoiqu'il fût lié avec Tillotson et d'autres évêques. Les disputes entre les théologiens étoient une occasion de scandale pour les simples , et fournissoient aux incrédules une ample matière de risée. >» Le même historien avoit dit un peu plus haut : « On a accusé . Guillaume d'avoir contribué à la licence , en fait de théologie et de morale , qui éclata de son temj>s , et à la vérité il y donna peut-être quelque occasion. Un grand nombre d'ecclésiastiques ne lui avoient prêté le serment exigé qu'avec des restrictions mentales , dont ils ne se cachoient point , et qui montroient qu'ils avoient moins de zèle que d'ambition. Une prévarication si criminelle, dans des gens qui doivent l'exemple , nuisit beaucoup à la religion et h la vertu. Beaucoup de personnes se crurent fondées à penser mal de la religion, puisque des ecclésiastiques, même habiles , paroissoient l'estimer si peu. »

Nous ne voulons cependant point insinuer que l'indifférence sur ce point important fût déjà générale en Angleterre. Si elle avoit fait de grands progrès, de bon3 esprits avoient su s'en préserver. Newton , qui tenoit le sceptre de la plus haute philosophie, et à qui ses découvertes et sou génie assuroient une gloire durable, Newton se faisoit honneur de parler de Dieu et de la Providence jusque dans les ouvrages où il pouvoit plus se dispenser, ce semble, d'en faire mention. Il est vrai qu'on a cru que ce grand homme penchoit aussi vers les

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opinions ariennes. Mais s'il les adopta , ce fut en secret. Il n'eut point la manie de les afficher et de les répandre. Il sut même très-mauvais gré à Whiston de s'être appuyé de son suffrage , et il ne voulut jamais souffrir que l'on admit cet arien fameux dans la société royale , dont il étoit président. L'honorable Robert Boyle, moins célèbre encore par sa naissance que par ses travaux en phy^sique et en philosophie , a montré son attachement au christianisme en fondant des discours annuels contre l'athéisme ; fondation qui a excité une noble émulation dans le clergé anglican , et qui a donné naissance à d'excellens traités. C'est par là que Bentley , Kidder , Clarke et plusieurs savans docteurs commencèrent à se foire connoitre. Addison doit être compté parmi les laïques les plus attachés à la religion. Le bienfaisant Nelson , dont la femme étoit catholique , et qui étoit en relation avec Bossuet, preooit un vif intérêt à tout ce qui pouvoit intéresser la révélation. II étoit de toutes les sociétés établies en Angleterre pour la propagation de l'Évangtte, pour la réformation des mœurs, pour la construction d'églises, pour la fondation d'écoles; et il donna en mourant tout son bien pour cette dernière bonne œuvre. Il est auteur de quelques écrits sur des sujets de religion. Edouard Colston , de Bristol , ne fut pas moins distingué dans le même genre. Il fit un noble emploi de sa fortune , éleva des écoles, enrichit des hôpitaux, fonda des cours de sermons. Il y a en Angleterre bien des exemples de ces sortes de fondations. Lady Moyer en fît une pour un cours de sermons où I on prouverait la divinité de Jésus- Christ , et ce fut par là que Waterland commença à se faire connoître. Le genre des sermons est fort cultivé en Angleterre. Il est vrai que les sermons n'y sont pas ce qu'ils sont ailleurs. On y songe moins à être orateur qu'exact et méthodique. On y trouve des discussions métaphysiques, des traités sérieux et même des réflexions politiques. Les sermons de la fondation de Boyle , ceux de la société de Lincoln's Inn , ceux de Gray's Inn , ceux d'Old- Jewry étoient fort suivis, et plusieurs ont été imprimes»

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Outre les anglicans, c'est-à-dire ceux qui tiennent à l'église telle qu elle a été établie par les actes du parlement, il y a encore un très-grand nombre de dissenters ou de non-conformistes , qui se divisent en plusieurs sectes, les presbytériens , les indép< ndans , les anabaptistes , les quakers, les unitaires, etc. Les premiers surtout sont très-nombreux. Ils forment en Ecosse , l'église dominante, depuis que Guillaume y abrogea l'épiscopat. Aussi les épiscopaux d'Ecosse restèrent- ils constamment attachés au parti de Jacques , d*ou on les a nommes /acobites. Les presbytériens anglais se sont beaucoup multipliés dans ce siècle, et ont eu des ministres d'un talent distingué. Les quakers ne faisoient pas de moindres progrès au commencement de ce siècle. Leur chef étoit Guillaume Fenn, homme estimable sous plusieurs rapports, mais qui croyoit avoir des visions et qui les rapportoit sérieusement. Enfin les unitaires commencement à tenir des assemblées publiques a Londres. D'autres sectes s'accrurent successivement aux dépens de l'église établie. On se sépara d'elle comme elle s'étoit séparée de l'Eglise romaine , et on invoqua contre elle les mêmes raisons quelle avoit fait valoir autrefois pour motiver sa rupture avec les catholiques.

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