‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le 18e siècleChapitre 21 sur 50 · MISSIONS · texte numérisé non relu

MISSIONS

De tous les caractères qui distinguent le christianisme, un des plus éclatans est cette propagation rapide qui illustra son berceau, et qui, résistant à tous les moyens humains , répandit en peu de temps la connoissance du vrai Dieu dans toutes les parties du monde alors connu. Les trois premiers siècles sur-tout virent un grand nombre d'hommes apostoliques travailler avec une généreuse ardeur à étendre la religion , et porter successivement la lumière de l'Evangile chez des peuples livrés jusque-là aux plus tristes superstitions. Les siècles suivans ont hérité de ce zèle pour les progrès de la vérité ; et il n'en, est aucun qui n'ait fait de nouvelles conquêtes à la foi.

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et qui n'ait reculé les bornes de l'empire chrétien. Les ministres de la religion , tantôt convertirent ces hordes barbares qui s'étaient assises sur les ruines de la domination romaine, et en avoient occupé les plus belles provinces, tantôt pénétrèrent jusque dans les pays inconnus, d'où <xb hordes ét oient sorties. A des époques plus récentes, ce noble empressement à propager le christianisme ne s'est point démenti. Les progrès de l'art de la navigation ont ouvert un nouveau champ au zèle des missionnaires , et ils ont volé , avec les auteurs des nouvelles découvertes , pour les faire tourner à la gloire de la religion et au bonheur des peuples. C'est ainsi que l'Inde et l'Amérique , les régions les plus peuplées de l'Asie et les déserts de l'Afrique , les continens et les îles ont vu successivement des ouvriers évangéliques traverser les mers pour leur apporter le bienfait d'une morale plus juste et d'un culte plus pur. On a ouï raconter les travaux d'uq saint François-Xavier dans l'Inde, d'un père Claver en Amérique, et de tant d'autres héritiers de leur courage et de leur dévouement. Ce zèle pour répandre la foi sembloit s'être accru au xvir» siècle. On voit à cette, époque un grand nombre d'ames généreuses occupées du soin de faire connoître Dieu jusque dans les pays les plus recules. Pendant que des prêtres pleins de piété et d'ardeur brûloient du désir d'aller annoncer la parole divine aux extrémités de la terre , des particuliers opulens songeoient à leur aplanir les obstacles, fondoient des missions , et consacraient des sommes considérables pour soutenir une église naissante. Ainsi la duchesse d'Aiguillon , pour nous borner à un seul exemple , prenoit part à l'envoi de missionnaires en Chine , contribuoit h faire bâtir des églises à Québec, et établissoit des prêtres à Alger. Ce même siècle vit se former ou s'accroître des missions importantes. Nous allons les passer en revue, en nous occupant sur-tout , suivant notre plan , de faire connoître l'état où elles se trouvoient à l'ouverture du xvitr* siècle.

Nqjis commencerons par le Levant y mission qui doit,

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en quelque sorte , le plus intéresser les Français , parce que c est celle ou les religieux de notre nation se portoient en plus grand nombre, et parce que le gouvernement avoit pris un soin particulier de les protéger. Non seulement Louis XIV favorisoit l'envoi des missionnaires ; il leur prodiguoit encore les secours dont ils avoient besoin. Il leur feisoit donner de l'argent pour le soulagement des pauvres , pour la construction et l'ornement des églises. 11 leur conféroit le titre de consul pour augmenter leur crédit. Ses ambassadeurs à Constantinople avoient ordre de soutenir les missionnaires. S'il su rvenoit quelque persécution, si quelque gouverneur vcxoit les chrétiens, l'ambassadeur réclatnoit au nom du roi très-chrélien. Tout parle encore en ce pays des bienfaits de Louis XIV. Ce fut à sa sollicitation que le Grand-Seigneur accorda aux Français établis à Salonique l'usage d'une chapelle publique qui fut dédiée sous le nom de Saint-Louis. Ce fut l'entremise de son ambassadeur qui empêcha les Latins d'être chassés de l'île de Scio, et qui leur procura la liberté de conserver un missionnaire. Ce fut encore la recommandation du même prince qui obtint pour les missionnaires un firman , en vertu duquel ils s'établirent solidairement à Alep; et ce furent les faveurs dont il les combla , qui rendirent cette mission si florissante , et qui préparèrent la réunion d'un grand nombre de chrétiens sc'parés de l'Église romaine. Louis XIV fit aussi rendre aux chrétiens l'église de Bethléem, profanée par les -Turcs, et il la répara et l'embellit.

En 1701 le nombre des catholiques, à Constantinople, s*élevoit à plus de douze mille. Les Jésuites y avoient une maison. Un d'eux , le pere Cachod , Suisse d'origine , s'y appliquoit avec fruit à la conversion des schisraa tiques. 11 avoit ramené entr'autres beaucoup d'Arméniens, et il visitoit souvent; les esclaves chrétiens dans les bagnes» Le saint Siège entretient à Constantinople un vicaire apostolique pour les besoins des Latins. Il y a dix mille chrétiens à Salonique ; il y en a à Smyrne ; il y en a plus encore à Alep , qui est la mission la plus ancienne , et ofc<

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il j a des religieux de diiVérens ordres. Une relation y supposent plus de cent mille chrétiens , mais on croit que ce compte est trop enflé. Damas , Seyde , Antoura , Tri-r poli , Saint-Jean d'Acre offrent plus ou moins de catholiques. On sait que les Maronites se sont réunis à l'Eglise romaine» et lui sont constamment attaches. Ils forment daos ce pays une chrétienté florissante. Jérusalem n'est plus riche que de souvenirs. Les catholiques y sont peut-être les moins nombreux de toutes les comr m un ions chrétiennes. Us n'y ont qu une maison de religieux , et laflluence des pèlerins diminuoit tous les jours. Les avanies et les vexations exercées journellement par les Turcs y contribuoient sans doute beaucoup.

Le catholicisme étoit répandu en Arménie. Il y avoit en ce pays un archevêque , celui de Naschivan , qui relevoit immédiatement du saint Siège. Une mission avoit été récemment fondée a Erzerom par les Jésuites , puis partagée en deux à cause de son étendue. Elle occupoit deux missionnaires, et renfermoit un assez grand nombre de catholiques. En 1 711, un évêque, vingt-deux prêtres et plus de huit cents personnes du rit arménien , se réconcilièrent a l'Église. En Perse, il y avoit trois missions principales , celle d'Ispahan , celle de Sirvan et celle d'Érivajw La première étoit gouvernée par un évêque en titre que le saint Siège y * envoyoit. Ces missions étoient souvent traversées, soit par les chrétiens non unis à l'Eglise romaine, soit par les mahométans ; mais au milieu de «es traverses , les catholiques faisoient paraître une résignation et une constance qui tribmphoient ordinairement de leurs ennemis. Depuis une soixantaine d'années, un nouveau siège épiscopal avoit été érigé dans ces contrées. C'étoit à une dame française qu'on devoit cet avantage. Madame du Gué de Iîagnols, veuve de M. Ricouart, donna, pour la fondation de l'évêché de Babylone, une somme de 66,000 livres , et demanda seulement que le premier évêque fût le P. Bernard de Sainte-Thérèse, religieux, en qui elle avoit beaucoup de confiance. Ce religieux fut en effet nommé, et se

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rendit en Perse , où il commença ses fonctions , qui eureut d'abord d'heureux effets. Mais ayant été ensuite dénonce' , il pensa perdre la vie. 11 revint à Paris , oîi il mourut en 1669. Un de ses successeurs fut M. Picquet , prélat bien connu par ses talens et par son zèle* H a voit ëté long-temps consul de France à Alep , et y avoit rendu des services signalés à ses compatriotes et \ aux chrétiens. Sa piété le fit juger dignè d'occuper un rang dans l'Église. Il fut sacré, en 1677, comme évêque de Césarople et coadjuteur de Babylone. Il se rendit eu Perse en cette qualité, et obtint plusieurs avantages pour les chrétiens. Il mourut plusieurs années après , univer-» scllement regretté pour ses travaux et ses qualités. 11 a eu des successeurs dans l'évêché de Babylone jusqu'à ces derniers temps. Il y a eu, à différentes époques, plusieurs réunions d'Arméniens , de Nestoriens et de Jacobites ou Eutychiens à l'Eglise romaine. Il y a aussi quelques catholiques en Géorgie et en Mingréite.

On croit que l'apôtre saint Thomas prêcha la foi dans l'Inde , et il étoit resté dans ce pays quelques foiblcs traces de christianisme , lorsque les Européens y arrivèrent après avoir découvert le passage du eap de Bonne- Espérance. Les Portugais, qui y abordèrent les premiers, y firent plusieurs établissèmens dans lesquels la religion ne fut pas oubliée. On érigea plusieurs sièges épiscopaux. L'archevêque de Goa a le titre de primat des Indes. Cette ville est toute catholique. On y conserve le corps de saint François-Xavier , regardé comme l'apôtre et le protecteur de ce pays. Le diocèse de Goa renferme environ quatre cent mille âmes. Celui de Cochin n'en a guère que cinquante mille. L'évêché de Saint-Thomé , sur la côte de Coromandel, embrasse un territoire imm«nse, et renferme plus de catholiques que tout le reste de l'Inde. Pondicbéry est de ce diocèse. Cette ville, qui appartient aux Français, étoit administrée, quant au spirituel , par les Jésuites , les Capucins et les prêtres de la mission , dits de Saint-Lazare. L'archevêché de Crangauor, sur la même cote que Goa, s'étend beau-

Introduction. 1^9 Coup dans 1 intérieur des terres. Les missionnaires sétoient bornés longtemps à prêcher l'Évangile sur les côtes, et à diriger les chrétiens qui vivoient dans les établissent européens. 11 paroît que ce furent les Jésuites qui pénétrèrent les premiers dans l'intérieur de la presquuV. Ils formèrent trois missions dans le Maduré, dans le Mâyssour et fens le Carnate. Ces missions étaient assez florissantes au commencement du xviir* siècle , mais il seroit difficile d'apprécier le nombre des chrétiens qui s'y trouvoient. 11 paroît que ce nombre augmentait journellement par les soins des ouvriers évangéliques qui parcouroient ce pays.

Dans la presqu'île de Malaca étoit l'évêché de Malaca* qui n'étoit plus qu/î titulaire depuis que les Hollandais sëtôient emparés de ce pays.

La mission de Siam avoit été fondée par les Français, et l'origine en feit assez d'honneur à leur zèle pour que nous la rapportions ici brièvement. Comme on avoit jugé que la création d'évêques dans les pays de mission seroit utile à la propagation de !a foi , plusieurs ecclésiastiques français allèrent à Rome, vers i65o, pour suivre cette affaire. La protection de la duchesse d'Aiguillon leur" procura celle du cardinal Bagni , qui avoit été nonce en France. Alexandre VII accueillit les vertueux prêtres qui se consacroient à l'œuvre des missions, et choisit parmi eux deux évéques, M. Pallu, qu'il fit éveque d'Héîtopolis et vicaire apostolique du Tong-king ; et M. de la Mothe- Lambert , qu'il fit évêque de Béryte et vicaire apostolique de la Cochinchine. Peu après , M. Cotolcndy fut cr& éveque de Méteilopolis et vicaire apostolique de Nanlin. Ces trois prélats partirent successivement accompagnés de plusieurs missionnaires; mais ils ne purent, par différentes circonstances, arriver au lieu de leur destination. M. Cotolendy mourut. Les deux autres se trouvèrent réunis à Siam , et jugèrent , de concert avec les autres missionnaires , que cette ville étoit commode pour être le centre de leurs missions et le point de communication avec l'Europe, lis écrivirent donc a Kome pour

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obtenir l'administration spirituelle dans ces parages, et le Pape ordonna, en effet, que le successeur de levêque de Métellopolis résiderait à Siam, et prendroit soin des pays adjacens. Le séjour des évêques à Siam ne fut pas oisif. Le roi, ayant conçu de l'estime pour eux, leur accorda , prëst de la ville , un terrein assez vaste , où ils bâtirent une église et un séminaire. On y reçut plusieurs catéchistes de la Cochinchine et du Tong-king, pat mi lesquels on choisit les plus âgés et les plus vertueux pour les préparer à l'état ecclésiastique. On érigea aussi un collège pour y élever les en fans des chrétiens. Enfin on construisit, non loin du séminaire, un hôpital pour les pauvres malades. On y en recevoit autant qu'il étoit possible , en on distribuent gratuitement des médicamens à ceux que la maison ne pouvoit contenir. De si heureux commencemens avpient été traversés par quelques orages ; cependant le séminaire de Siam a toujours continué, et a fourni des missionnaires zélés, qui, de là, se sont répandus dans les diverses contrées de l'Orient, Siam a eu constamment des vicaires apostoliques qui y ont consolidé l'établissement de la religion. M. de la Mothe- Lambcrt , dont nous avons déjà parlé, fut très-utile à cette mission par son zèle et par la bienveillance que le roi du pays lui témoignoit. M. Laneau , qui lui succéda sous le titre d'éveque de Métellopolis, établit cinq nouvelles églises dans le royaume, eut les honneurs de la prison, et n'en sortit que pour travailler avec plus de courage à la conversion des infidèles. M. de Cicé , qui fut nommé à sa place, en 1700, avoit d'abord été missionnaire dans le Canada, puis dans l'Orient. Il fut sacré évêque de Sabula, en 1701 , et suivit les traces de ses prédécesseurs. La protection de Louis XIV n'avoit pas peu contribué aux avantages que ces évéques avoient obtenus. Il leur conférait le titre de ses chargés d'affaires, titre qui servit plusieurs fois à les soustraire à de grands dangers.

La mission de la Chine étoit une des plus considérables et des plus florissantes qu'il y eût au commencement du

XTiii* siècle. Elle devoit cet avantage à une réunion de

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circonstances heureuses. Plusieurs religieux avoient successivement pénétré en Chine dans le cours du xvna siècle. Les Dominicains en furent chassés à plusieurs reprises. Les Jésuites , plus heureux , s'y maintinrent constamment. "Un d'eux, le père Ricci, établit cette mission, et des religieux du même corps la continuèrent. Depuis 1680 sur»tont, on y envoya d'Europe un assez grand nombre de Jésuites. Ils n'avoient eu jusqu'alors que deux maisons , Vune a Pékin et l'autre à Canton. Ils élevèrent, à cette époque , d'autres établissemens en différentes provinces et bâtirent des églises. Ces progrès occasionnèrent d'abord quelques plaintes ; mais la protection de l'empereur lit surmonter ces obstacles. Ce prince étoit Kang- Hi , qui se montra*toujours favorable aux missionnaires. Son goût pour les sciences lui fàisoit accueillir des hommes en qui il trou voit des connoissances supérieures à celles de ses sujets. Les Jésuites français à Pékin s'appliquoient aux mathématiques, à l'astronomie, à la géographie, et acr voient à diriger, à cet égard, les Chinois, Kang-Hi les reçut dans son palais, les admit dans ses tribunaux et leur donna sa confiance. Les pères Bouvet, Gerbiilon, Parrennin et plusieurs autres, étoient des hommes instruits, qui, en s'occupant des sciences, ne négligeoient pas non plus les intérêts de la religion. Les Jésuites portugais a voient déjà plusieurs églises. On en comptoit plus de cent dans la seule province de Nankin , et au moins cent mille chrétiens. La faveur des Jésuites français auprès de l'empereur multiplia les missions. Ils se répandirent dans les provinces , et étendirent la prédication de l'Évangile en des lieux où elle n'avoit pas encore pénétré. Dans le même temps, d'autres missionnaires français arrivoient en Chine. Le séminaire des missions étrangères venoit d'être formé , et commençoit à fournir des sujets pour l'Orient. Un des vicaires apostoliques, que nous avons nommés , M. Pallu, évêque d'Héliopolis, aborda dans la province de Fo-Kien avec quelques missionnaires. Pour régler les travaux de tous ces ouvriers «vangeliques , le Pape partagea entreux les différentes

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provinces de l'empire. Le* Jésuites , les Dominicains les Franciscains, les prêtres du séminaire des Missions étrangères, eurent chacun leur territoire assigné. En 1698 et Tannée suivante, le Pape nomma des évoques et des vicaires apostoliques pour chacune des provinces où le christianisme avoit été introduit. L'évêque in parlibus d'Àrgoli, quiétoitun religieux Franciscain , fut fait évêque de Pékin , le Pape ayant jugé à propos d'ériger la capitale de l'empire en évéché en titre. M. de Lionne, ecclésiastique français, qui avoit renoncé aux espérances de sa famille pour se dévouer aux travaux des missions, et qui avoit le titre d'évêque de Rosalie , fut fait vicaire apostolique de la province de Su-Tchuen ; mais il se rendit à Rome , et fit passer à sa place quatre missionnaires. Le père Basile, Franciscain, fut vicaire apostolique du Chen-Si ; le |>ère Alcala , Dominicain , du Tche-K.iang. Le père Turcotti, Jésuite, évoque d'Andreville , gouvernoit le Koue-Tchcou ; le père Ponsatery , aussi Jésuite , étoit chargé du Cham-Si. M. Maigrot , évoque de Conon , étqit vicaire apostolique du Fo-Kien, et le père Benavente , Augustin , évoque d'Ascalon , avoit sous sa juridiction le Kiang-Si. Cet arrangement , en assignant à chacun sa place , prévenoit tout conflit d'autorité , et favorisait la propagation de la foi. Aussi se forma-t-il , à cette époque , plusieurs missions nouvelles. Les tribunaux et les mandarins voyoient avec chagrin ces progrès , mais ils étoient contenus par la bienveillance cou* stante du prince pour les Jésuites. Les Portugais euxmêmes avoient cherché à traverser l'entrée de tant de. missionnaires qui n étoient pas de leur nation. Ils avoient craint que leurs intérêts politiques ne souffrissent de Fintroduction de ces étrangers. Accoutumes à pénétrer seuls en Chine , ils virent avec jalousie l'arrivée des vicaires apostoliques français , et il y eut un ordre du roi de Portugal pour arrêter ceux qui n'arriveroient pas sur des batimens portugais. On arrêta, en effet, plusieurs missionnaires à Macao. Cette jalousie nationale nuisit plus dune foi* aux travaux des ouvriers évangcliques. Mais

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le plus grand sujet de trouble pour ces missions vint du côté où on devoit moins le craindre. Nous pouvons d'autant moins nous dispenser d'entrer, à cet égard, dans quelques détails , qu'il sera question , par la suite , de ces disputes fâcheuses, et que nous verrons plusieurs Papes occupes successivement à les terminer.

Lorsque le père Ricci , Jésuite , étoit arrivé en Chine , il y avoit d'abord pris les manières simples et pauvres des Bonzes. Mais peu après, par les conseils des mandarins eux-mêmes , il prit les vétemens de soie , se fit porter en chaise , et adopta les autres usages des lettres du pays. Les autres Jésuites firent de même , et il paraît que tous les missionnaires suivirent, quoique plus tard , cet exemple. On ne les soupçonnera pas , sans doute , d'avoir été mus en cela par un sentiment de vanité ridicule. Des hommes qui se condamnoient par piété à une vie austère , ne doivent pas être accusé légèrement d'agir par un motif petit et méprisable. Mais ils jugèrent apparemment que leur ministère souffriroit d'une apparence d'abjection , et qu'il failloit ménager les préjugés de •ceux dont ils vouloient gagner la confiance. Ce fut par la même considération que plusieurs missionnaires permirent aux nouveaux chrétiens de conserver quelques pratiques auxquelles ceux-ci étoient fort attachés. Ricci se persuada que la doctrine de Confifcius , sur la nature de Dieu , ne différait pas beaucoup de celle du christianisme , que ce n étoit point le ciel matériel et visible dont il prèscri voit le culte à ses disciples , mais le Seigneur du ciel , le vrai Dieu , et que les honneurs rendus aux ancêtres , les prosternemens et même les sacrifices en leur mémoire n'étoient , dans la doctrine du même Confucius , que des cérémonies civiles et des témoignages de piété filiale, qui n'a voient rien d'idolâtrique et de superstitieux. La plupart des Jésuites adoptèrent l'opinion et la pratique de Ricci. Nous ne répéterons point ici ce qu'on a dit sur ce missionnaire , que sa condescendance pour les préjuges des Chinois étoit allée jusqu'à leur dissimuler le mystère de la croix , et jusqu'à leur en cacher le signe auguste.

1 4<r Introduction.

Ce «ont là des calomnies inventées par les ennemis Jes Jésuites , et nous sommes d'autant plus recevables à les justifier sur ce point , que nous allons convenir qu'ils avoient tort sur d'autres. Quoi qu'il en soit, le sentiment de Ricci avoil prévalu parmi ses confrères , lorsque les religieux Dominicains ayant pénétré en Chine se déclarèrent d'un avis contraire. Ils ne regardèrent point la doctrine de Confucius comme aussi innocente qu'on vouloit le persuader. Ils prétendirent que lui et ses disciples ne s 'éloignoient- pas beaucoup de l'athéisme, que les Chinois ne rcconnoissoient au fond que le ciel matériel, et que les honneurs rendus aux ancêtres port oient un caractère marqué de superstition et d'idolâtrie. Ils déférèrent donc les Jésuites à Rome, et, sur leur exposé, un décret de la propagande, en i645, défendit les cérémonies chinoises jusqu'à ce que le saint Siège eût prononcé. Les JésuiteS se plaignirent de ce décret, et présentèrent un autre exposé, d'après lequel un second décret de t656, permit l'observation des pratiques en question , pourvu qu'on spécifiât qu'elles étoient purement civiles et politiques. Ces dispositions contradictoires ne firent qu'augmenter les disputes au lieu de les calmer, et la controverse fut de nouveau agitée à Rome, en 1669 et en 1674» Ce lut sur-tout après cette époque que les contestations prirent un caractère plus grave. Les prêtres du séminaire des Missions étrangères, fondé récemment à Paris, pénétrèrent en Chine , et se déclarèrent aussi contre la pratique des Jésuites. Un des plus vifs pour ce sentiment, fut M. Maigrot, depuis vicaire apostolique du Fo-Kien et évéque de Conon. Le 26 mars 1693, il donna un mandement dans lequel 1° il ordonnoit de se servir, pour signifier Dieu , du mot Tien-chu , Seigneur du ciel, et défendoit les mots Tien Xamtiy ciel et empereur; %• il défendoit d'exposer dans les églises le tableau avec ces mots Kinglien > adorez le ciel ; 3° il déclarait que l'exposé fait à Alexandre VII s'écartoit .de la vérité en plusieurs points; 4° il interdisoit l'assistance aux sacrifices ou oblatious usitées deux fois Tan envers Confucius et les

morts;

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«orts ; 5° il louoit les missionnaires qui avofcmt prosent les tablettes; G° il condamnoit quelques propositions avancées par des écrivains Jésuites ; 90 il recommandoit de se défier des superstitions des auteurs chinois. Enfin il déelaroit que, pour le passé, il étoit éloigné de condamner ceux qui avoient toléré quelques cérémonies, et ii reconnoissoit qu'il nétoit pas étonnant que sur des matières aussi délioates, tous n eussent pas été d'abord du même avis. Malgré la modération et la sagesse de cette ^conclusion , ce mandement fit beaucoup de bruit et occasionna bcaucoup.de plaintes. Les Jésuites se plaignoient ■que M. Maigrot eut prétendu décider seul une si importante question. Les missionnaires qui se trouvoient en Çhine furent partages. D'un côté étoient les Dominicains, les Franciscains, les prêtres français des Missions étrangères , et les éfêques pris parmi eux, M. Q„emeuer évéque de Sura; M. âe Cicé, évéque de Sabula ; M. de Lionne , évêque de Rosalie ; M. Labbé, évéque de * Tilopolis, etc. ; de l'autre coté Soient les Jésuites auxqueUse joignoient deux évéques, celui d'Ascalon et celui de Basilée. La controverse, devint plus animée que jamais , et les deux partis défendirent leur opinion avec une chaleur dont la charité ne s'aecommodoit pas toujours L'affaire fat de nouveau portée à Rome. Innocent XII nomma une congrégation pour s'en occuper. Des deux côtés , on envoya des députes pour soutenir son sentiment. Les Jésuites alléguoient leur ancienneté dans la mission , leur connoissance des livres et de l'esprit de la nation chinoise, la difficulté de !a faire renoncer à des usages qui lui sont chers, l'inconvénient qui résukeroit pour la propagation de la foi, d'une proscription absolue de ces mêmes uspges , enfin la pratique des plus célèbres missionnaires de la Société. Leurs .adversaires disoient qu'aucune raison ne pouvoit faire tolérer des pratiques superstitieuses. Ceux-ci étoient secondés en Europe par un grand nombre de docteurs de la faculté de théologie de Paris; et cette faculté condamna, le 18 octobre 1700, plusieurs propositions extraites d'un livre qu'un Jesuifê

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