TOME mEMIKîU l
1 45 Introductioh.
âvoit publie en faveur des cérémonies chinoises. Il se méloit à ces discussions une aigreur et une animosité très*facheuses. Des ennemis ardens des Jésuites peignoient leur conduite sous les plus noires couleurs, exagéroieut leurs torts , et les accu soient d'idolâtrie , tandis qu'on pouvoit au plus* les taxer de ménagemens excessifs , de prudence humaine ou de relâchement. Ceux-ci , de leur côté, poursuivis avec trop d'acharnement, se défendirent avec trop d'opiniâtreté. Ils s'imaginèrent qu'ils avoient raison dans le fond , parce que leurs adversaires avoient tort dans la forme ; et ils s'attachèrent d'autant plus à leur sentiment , qu'ils virent que bien des gens le combattoient sans l'entendre et par passion* C'est l'effet dune extrême injustice d'aigrir et de révolter. C'est ce qui explique apparemment la longue résistance des Jésuites. Sans doute nous ne cherchons point à trouver coupable un corps que nous estimons , et dont nous proclamerons plus d'une fois les services. Mais les faits déposent ici contre plusieurs de ses membres. Déjà , dans notre première édition , nous avions rapporté à cet égard ce que nous avoient appris nos recherches. Nous avons reçu plusieurs réclamations, "et on nous a renvoyés aux apologies publiées par différons écrivains de la Société. Ces apologies ne sauraient pallier les torts des Jésuites. C'est dans leurs livres mêmes qu'on trouve les preuves qui les condamnent. Les Mémoires du père d'Avrigny, et le recueil des Lettres édifiantes déposent contre leurs auteurs.
Le Tong-king, royaume situé entre la Chine et la Cochiuchine, est le théâtre d'une mission assez florissante) dont l'origine remonte au commencement du xvn* siècle. Deux Jésuites y plantèrent les premières racines de la foi, qui, au. milieu dune alternative fréquente de persécution et de paix , y fit des progrès surprenans. On y eomptoit, vers 1701 , deux cent mille chrétiens. Jfrf. Palln, dout nous avons parié, avoit été le premier évêque qui eût paru dans cette contrée , et lorsqu'il eût succombé à ses fetigues , il fut remplacé par MAI. Dev-
Introduction. ify
tuer et de Bourges , évéques d'Ascalon et cTAureu , qui gouvernèrent conjointement cette mission. Le premier mourut en -j 693, après avoir érigé plusieurs églises* M. de Bourges eut beaucoup à souûrir de la jalousie des Portugais qui contrarioient le zèle des missionnaires. Il fut banni du Tong-king, où il laissa M* Belot, autre missionnaire , dont le courage infatigable fut très-utile à cette chrétienté. Nous aurons occasion de parler des traverses que cette église naissante éprouva dans le cours du siècle que nous parcourons.
La Cochinchine , qui est. un autre royaume au midi du Tong-king , a aussi reçu la prédication de l'Évangile , et le saint Siège avoit nommé également des vicaires apostoliques pour dirigercettemissiLn, qui étoit devenue importante et nombreuse. Elle fut rendue encore plus florissante par les soins des missionnaires français, qui y portèrent le même zèle et le même dévouement que dans Jes contrées environnantes» M. Laneau, évéque de Métellopolis , qui y résida quelque temps, tint dn synode à Fayfo , et sacra évéque M. Mahot , qui travailla dans ce pays avec beaucoup de succès , et qui mourut en odeur de sainteté» M« Marin Labbé gouverna peu après cette mission sous le titre d'évêque de Tilo polis. Les chrétiens y éprouvèrent de temps en temps des traverses, dont nous parlerons en leur lieu»
Les îles Philippines ne doivent point passer pour un pays de mission , puisque la religion catholique y est dominante. Les Espagnols , qui sont maîtres de ces îles , y ont fait des établissemens ecclésiastiques» Manille, la capitale , a été érigée en métropole , qui a sous elle troii sièges épiscopaux , Cacères » Nom-de- Jésus et Nouvelle- Segovie» Manille a des couvens, des collèges, et le clergé y est sur le même pied qu'en Europe»
Les missions d'Afrique ne sont ni très»multipHées ni très-considérables. Alger avoit une maison de prêtres de Saint-Lazare, fondée par la duchesse d'Aiguillon» Les Espagnols avoient un évéque à Ceuta. Les Portugais «voient aussi établi des sièges épiscopaux eu différent *n<«
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droits des cotes, à Saint -Salvador, capitale du Congo, et à Saint-Paul de Loanda. H y a beaucoup de chrétiens dans ces deux villes. Le roi de Congo étctC catholique, et plusieurs des petits princes environnans protégeoient les missionnaires. On a des brefs de Clément XI qui louent leur zèle et leur bienveillance. L'île de Madère, les îles Canaries , les îles du Cap-Verd , sont habitées par des catholiques), et il y a des sièges épiscopaux érigés dans quelques-unes. Louis XIV avoit envoyé des missionnaires dans le Sénégàl. Le père Lachère, Cordelier, en étoiton. 11 avoit rédigé l'histoire de ses voyages, qui n'a pas vu le jour. Le rachat des esclaves continuoit toujours. Cette œuvre si belle et si honorable pour la religion , oceupoît des hommes charitables et zélés. En 1700, des religieux de la Rédemption des captifs avoient fait le voyage de la Barbarie , et avoient ramené de Tripoli, de Tunis et d'Alger un assez grand nombre d'esclaves. On a donné la relation de leur voyage. . Elle montre l'état misérable des pauvres catholiques de ce pays.
Tandis que l'Afrique, où la religion étoit autrefois dans un état si brillant , a perdu ce don précieux , l'Amérique , qui ne f avoit pas connu dans les temps anciens, la reçu a des époques récentes. La foi y avoit été successivement introduite par de vertueux missionnaires qui s'étoient efforcés de faire oublier, par leurs bienfaits, les cruautés et les ravages de leurs compatriotes. Au lieu de faire la guerre aux Indiens , ils s'étoient présentés chez eux avec un langage de paix , et avoient cherché à adoucir leurs mœurs et à régler leur conduite. En commençant par le nord , nous trouvons d'abord le Canada , qui avoit été peuplé plus récemment , mais qui a droit de nous intéresser doublement , comme Chrétiens et comme Français. Ce ne. fut guère que sous Louis XHI que ce pays commença a exciter l'attention, et.il est remarquable que ce fut la piété plutôt que la politique qui dirigea le premier projet de cette colonie. Ce fut , pendant plusieurs années , une noble émulation à qui concourroit plus puis-
Introduction. i^O
snmment aux progrès du christianisme dans cette partie du nouveau monde. Tout ce qu'il y a volt de plus distingue à la cour, des princesses, la reine même entrèrent dans ces vues religieuses. Plusieurs missionnaires partirent pour aller prêcher les sauvages. Le commandeur de Sillery , dont le nom se trouve, dans ce temps-là, à la tête de toutes les bonnes œuvres , fît bâtir à ses frais, à peu de distance de Québec , un village qu'il destinoit aux Indiens convertis, et qui porte encore son nom. La duchesse d'Aiguillon voulut être la fondatrice de l' hôtel-Dieu de Québec , et elle y envoya des religieuses hospitalières de Dieppe. Une jeune veuve d'Alencon , M™8 de la Peltrie, se chargea de fonder une maison d'Ursulines, qui devoit avoir soin de l'instruction des filles. Elle y consacra sa fortune. Une association de plusieurs personnes pieuses de la capitale entreprit de faire en grand à Mout-Réal ce qu'on avoit fait en petii à Siltery , d'y rassembler les sauvages qui voudroient se faire chrétiens et de les civiliser. On y envoya des colons , dont la douceur et la piété attirèrent les sauvages , et l'île se peupla. La conversion d'un chef Algouquin contribua beaucoup au succès de cet établissement , qui se fît remarquer par un grand esprit de religion. On y fonda un séminaire et un hôpital. Cependant les Jésuites se répaudoient chez les sauvages, ils prêchèrent tour à tour chez les Uurons , chez les Iroquois, chez les Algonquins et chez d'autres tribus indiennes. Ils s'étendirent même au loin , et fondèrent des missions au Détroit, à Michillimakinak , et dans d'autres lieux sur les bords des grands lacs. Ils cimentèrent quelquefois de leur sang leurs travaux apostoliques. Les pères Jogues, de Brébeuf, Lallemant, perdirent la vie par les mains de ceux mêmes auxquels ils apportaient' la paix et le salut. Leur zèle se communiqua à d'autres ecclésiastiques français. Des hommes d'un nom distingué renoncèrent aux espérances que leur naissance pou voit leur donner, pour se consacrer aux missions. Tek furent les abbés de Laval, d'Urfé, de Queylus, de Lionne , de Fénélon , de Cicé , etc. Le premier fut fait
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vicaire apostolique de Canada, sous te titre d'évêque de Pétrée. Les autres furent établis dans les villes naissantes Au pays. On érigea des cures , et on obtint du saint Siège l'érection d'un siège èpiscopal à Québec. Le premier évoque fut ce même abbé de Laval , qui , depuis plusieurs années , gouvernbit cette mission , et qui , par ses travaux et par ses vertus, étoit digne d'un poste où le zèle, et non l'ambition , avoit de quoi se satisfaire. On bâtit l'église cathédrale , l'éveché, le séminaire, l'hôtel-Dieu, le collège des Jésuites , le couvent des Récollets et celui des Ursulines. On faisoit de semblables établissemens à Mont-Réal. En 1690 , on construisit , dans la ville basse a Québec, une nouvelle église en mémoire de la délivrance de cette ville , menaeée par les Anglais. Des pa- Toisses furent formées aux T rois-Rivières , à l'île d'Orléans et dans plusieurs autres endroits, et le clergé fut mis sur un pied stable et régulier. Les ecclésiastiques séculiers se chargèrent spécialement des colons français , tandis que les Jésuites alloient prêcher chez les sauvages. I/évêque de Québec donnoit à tous l'exemple d'une vie laborieuse. Il visitoit son diocèse , marchant h pied comme un simple missionnaire, instruisant son troupeau, établissant des pasteurs, et pourvoyant h tous les besoins de la colonie. On croyoit voir en lui un éveque des premiers temps, ramenant les païens par l'ardeur de son icle et par l'excellence de ses vertus. Accablé de bonne heure d'infirmités , suite de ses travaux , M. de Laval donna sa démission en i685 , et se retira en France , où il mourut, en 1708, dans un âgé^ très-avancé. Son successeur se montra digne d'occuper la place d'un prélat si respectable. Ce fut M. Jean-Baptiste la Croix-Chévrîères de Saint- Vallier , dont le Canada ne doit jamais oublier les bienfaits. 11 fonda, en 1693, l'hôpital général de Québec, dont il acheta le terrein et fit élever les bâtimens. H dépensa cent mille écus pour cet établissement , et il y fkisoit sa résidence , ayant loué au profit des pauvres le palais èpiscopal qu'il avoit aussi bâti. Il ne dédaignoit pas de servir d'aumônier à l'hôpital et aux religieuses. Il
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fonda également un hôpital aux Trois -Rivières, et il y établit quarante Ursulines , qui étoient aussi chargées de l'instruction des filles. Ce charitable pasteur fut longtemps sépare' de son troupeau, ayant été pris par les Anglais dans la guerre de la succession, lorsqu'il retour— noit de France à Québec avec plusieurs ecclésiastiques qu'il avoit engages à le suivre. 11 resta huit ans prison-r nier en Angleterre, et ne fut relâché qu'en 171 3. II retourna dans son diocèse , et mourut à Québec en 1727* Pans les premiers temps de l'établissement du christianisme dans cette coutrée , on y vit des exemples éclatans de piété et de ferveur , des apôtres infatigables , des martyrs de la foi , des néophytes généreux , des vierges fidèles. Il a été publié , à cet égard , des relations intéressantes. On a donné la vie de quelques confesseurs et de quelques femmes chrétiennes qui se distinguèrent par use éminente sainteté; une dame Martin , de Tours, qui fie fit Ursuline , et mourut a Québec en odeur de sainteté; une autre religieuse, née en Normandie; une fille iro— quoise , nommée Cathérine Tegahkouita , que les Lettres édifiantes peignent comme un ange sur la terre. Ces mêmes Lettres entrent dans des détails circonstanciés sur les missions des Jésuites chez les sauvages , et on y admire plus dune fois des prodiges de la grâce.
Les Français avoient aussi établi la religiou catholique dansl'Acadie, dans l'île Royale et dans l'île Saint- Jean, Mais ces établissemens ne furent jamais très-florUsaus U y avoit cependant un assez bon nombre de catholiques en Acadie, et ce pays, qui fut cédé aux Anglais, en 17 13 , a continué d'être dirigé au spirituel par des ecclésiastiques qu'y envoyoit l'évêque de Québec. Les deux îles qui sont tombées successivement au pouvoir des Anglais , ont aussi continué d'avoir quelques prêtres catholiques pour les habitans d'origine française , qui sont restés attaches à leur religion*
II y avoit peu de catholiques dans les possessions anglaises ; cependant le Maryland en renfermoit un certain nombre , qui étoient venus dans ce pays avec lord Balti*.
i5a Introductiçti.
more, et qui étoient soignes par des Jésuites anglais. Nous les verrons se multiplier beaucoup à la fin du siècle. André Whlte, Jésuite, fut, en 1607, le premier missionnaire envoyé dans ce pays, où il resta dix ans; puis inquiété par les protestons , et envoyé prisonnier en Angleterre avec deux autres missionnaires du même ordre qui souffrirent beaucoup pendant leur captivité a Londres. A la fin il fut banni. Il demanda à retourner dans le Marylaud, et ne put l'obtenir de ses supérieurs. Il rentra en Angleterre , et y mourut au bout de dix ans , , le 27 septembre i655, à après de 80 ans. Il avoit converti un prince indien , et composé un catéchisme et quelques autres écrits dans cette langue. C'étoit un parfait missionnaire, humble, patient et zélé.
La Louisiane, qui avoit été découverte récemment, n avoit pas encore d'établissement bien considérable, les ' fondemens de la Nouvelle-0 iléons n ayant été jetés que vers 1717* Mais déjà il y avoit des missionnaires qui «voient porté l'Evangile dans les tribus indiennes, et qui avoient réussi à convertir plusieurs sauvages. Par la suite la Nouvelles-Orléans eut des établissemens ecclésiastiques stables. Les Capucins et les Jésuites y avoient une maison. Plus tard les Espagnols , devenus maîtres de cette ville, y établirent un siège épiscopal. Les Jésuites avoient une mission assez florissante chez les Natchez ; elle fut depuis détruite dans une révolte de ce peuple, qui massacra tous les Français.
Les possessions espagnoles du continent jouissaient de pu if long-temps de l'exercice plein et entier de la religion , et tout y étoit , h cet égard , sur le même pied qu'en Eu* rope. On y avoit érigé des évéehés. Dans le Mexique, l'archevêché de Mexico avoit neuf sièges suflragans. L'archevêché de Lima, au Pérou, en avoit huit. Celui de Santa- Fé, dans le nouveau royaume dç Grenade, en avoit trois, et celui de la Piata cinq. Le clergé de ces pays est fort riche, les églises y sont très-ornées et les couvens bien dotés. Le Pérou a donné à l'Eglise plusieurs grands exemples de sainteté. Un archevêque fa
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lima , des missionnaires et des religieuses du même pays ont obtenu les honneurs de la canonisation. Outre les pays occupes par les Espagnols, il y a des missions établies chez les peuples indigènes qui subsistent encore. Il y en a en Californie , où les Jésuites ont réussi à convertir des peuplades entières , où ils les ont civilisées , et où ils les ont réuoies dans des villages dont ils sont les pasteurs et les chefs. Les côtes de la Californie sont couvertes de «es établisse mens assez semblables aux Réductions du Paraguay. Ce dernier nom nous rappelé les merveilles opérées dans ce pays par les missionnaires de la Société 9 et quand elle n auroit opéré que ce seul bien depuis sa création, c'en seroit assez poilr lui mériter les remercîmens de l'humanité et de la religion. Cest par un prodige de patience, d'adresse et de vertu qu'elle parvint à porter dans le nouveau monde, avec les bienfaits de la civilisation , la connoissaoce et la pratique des préceptes, du christianisme. La fondation des missions du Paraguay date de 1610. Deux Jésuites, les PP. Cataldino et Maceta formèrent cette année-là la première des Réductions chez les Guaranis, peuplades de l'Amérique méri*r d ion aie. Cette Réduction s car c'est ainsi qu'on appela ces sortes d'établissemens , fut bientôt suivie de trois autres. Les rois d'Espagne favorisèrent une entreprise qui n étoît pas moins à leur avantage qu'à celui de la religion. Les Indiens des Réductions se soumirent à eux , leur payèrent un tribut d'un écu par tête pour chaque homme en état de porter les armes , et devinrent du côté du Brésil la plus sûre barrière des possessions espagnoles. Chaque Réduction a deux Jésuites, l'un plus âgé, qui est le pasteur principal, l'autre plus jeune, qui se forme sous le premier aux mêmes fonctions. Tous deux sont charges de presque tout le détail des affaires ; ce qu'ils doivent autant à l'ascendant de leurs vertus qu'à celui de leurs connoissances. Ce n'est pas une preuve médiocre de leur habileté et de leur zèle , d'avoir civilisé des sauvages , de les avoir fait consentir à se soumettre à l'autorité , d'avoir •jlçuci leurs mœurs, corrigé leurs vices, et d'avoir ou*
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vert leurs yeux à la lumière de l'Évangile. Quand on voit Tordre établi dans ces Réductions , la paix et l'union qui y régnent , la vie douce et tranquille qu'y mènent les Indiens, les travaux utiles auxquels on les applique , toutes les précautions qu'on prend pour y entretenir l'aisance, le calme et la gaieté , et quand l'on compare cet état heureux avec celui où vivoient ces peuples autrefois errans et toujours en guerre, on ne peut qu'admirer un changement si étonnant. Mais lorsqu a ces avantages 5e joignent ceux de la religion, et que l'on voit ces peuples plongés naguère dans les ténèbres de l'idolâtrie s'élever à la pratique des plus belles vertus du christianisme, on ne peut que bénir les auteurs d'une œuvre qui est le triomphe de la charité. Nous savons que l'envie a jeté son venin sur celte institution respectable. Ou a uccusé les Jésuites de ne l'avoir établie que par ambition et par cupidité , et d'avoir cherché à se rendre indépendans dans ces contrées lointaines. Les premiers auteurs de cette imputation furent des Espagnols avides , qui, gênés par les Jésuites dans leur projet de tyranniser et de dépouiller les Indiens, et se montrant insensibles au spectacle touchant de ces Réductions paisibles , cherchèrent à faire croire que ces religieux ne s'occupoient que d'intérêts temporels. Ils auraient voulu qu'on leur abandonnât les Indiens comme des esclaves, et ne trouvant point apparemment dans leurs cœurs le germe des vertus qui animaient les membres de la Société , ils prétendirent que l'avarice ou l'amour de l'indépendance étaient leurs seuls motifs. Mais des avares ou des ambitieux n'eussent point réussi dans cette œuvre étonnante* Ils eussent bientôt trahi leur but et soulevé les Indiens par leurs vexations. G'est par une conduite mêlée de douceur et de fermeté , mais toujours dictée par l'esprit de désintéressement et de religion , c'est par là seul qu'ils pouvoient se concilier ces peuples. Quelle cupidité mal entendue les auroit portés à gouverner des hommes simples , pauvres , qui ne vivoient que de leur travail , et •ai ne recueillaient que ce qui leur était nécessaire:
Introduction* *55
11 est impossible que des effets si admirables proviennent d'un motif vicieux , et la religion seule a pu dicter ce projet sublime, comme seule elle a pu l'exécuter. Muratori a donc eu raison de donner le titre de Christianisme heureux à la description qu'il a faite de cas établissemetis , et Montesquieu , et Buffon , et Haller , n'ont fait que rendre hommage a la vérité lorsqu'ils ont comblé d'éloges les hommes étonnans qui, par les seules armes de la persuasion , ont su opérer de si grandes choses.
La religion catholique est la seule qu'on professe dans le Brésir comme dans les possessions espagnoles , et les
établissemens ecclésiastiques y sont sur le même pied.
Il y a un siège métropolitain à San- Salvador et trois évê-
chés suffragans. Leur nombre a même été augmenté
depuis.
Il y avoit dans l'intérieur des terres plusieurs missions plus ou moins importantes. Les Jésuites avoient pénétré sur les rives de la rivière des Amazones , et dans les contrées les plus reculées et les moins accessibles. Ils arrosèrent de leurs sueurs et teignirent quelquefois de leur sang des pays dont nous savons à peine les noms. En 1684 1 don Pedro Ortiz, missionnaire zélé, d'une famille noble de Biscaie , fut mis à mort dans le pays appelé Chaco , avec le père Antoine Solinas, Jésuite. Nous aurons occasion , par la suite, de nommer d'autres généreux missionnaires qui perdirent la vie a différentes époques en remplissant le§ fonctions de leur laborieux ministère. Tantôt accueillis chez un peuple, tantôt rebutés chez un autre, ils alloient j comme les apôtres , de pays en pays , sans autre appui que la Providence, sans autre force que la charité qui les animoit. Le vaste continent de l'Amérique méridionale fut traversé dans tous les sens par ces hommes intrépides > et le flambeau de la foi fut promené ainsi dans ces régions, où des superstitions absurdes avoient établi leur empire. Il est impossible de tracer un aperçu exact de ces courses apostoliques et de ces travaux généreux. La plupart de ces ministres de la religion n'ont point laissé de relation de ce cm 'ils avoient fait. Ils n*^
î56 Introduction.
gissoient que pour le ciel; ce n'est que du cîcl aussi qu'ils eo oqt obtenu la récompense.
La religion n'uvoit pas non plus été négligée dans lea Antilles. Les îles espagnoles possèdent, à cet égard, les mêmes établissemens que le continent. Un^siége métropolitain avoit été' érigé à San- Domingo, dans l'île de ce nom. Il y avoit un évéché dans l'île de Cuba et un à Porto-Rico- Les colonies françaises étoient conduites par des préfets apostoliques qu'on y avoit successivement envoyés , et qui étoient ordinairement des religieux pris dans diiïurens corps. C'est ainsi que la partie française de Saint-Domingue, la Martinique, la Guadeloupe et les. antres îles possédées par la même puissance, étoient administrées. Encore cette forme ne s'établit-elle que lentement. Les Jésuites, les Dominicains, les Capucins et les Carmes faisoient les fonctions de curés dans les dtfférens territoires qui leur avoient été assignés. A Saint- Domingue, les Jésuites avoient soin des paroisses du nord , et les Pominicains des paroisses du sud. Les religieux de la Charité desservoient un hôpital au Cap et un autre à Léogane. En 1684» il y «voit seize paroisses à la Martinique ; ce nombre a Augmenté depuis. Il n'y en avoit que trois à lu Guadeloupe ; on croit qu'elles furent multipliées , daus la suite.
Ces détails suffisent pour faire voir combien la religion eatliolique étoit répandue au commencement du xvnr» siècle. Dominante dans quelques pays, mêlée dans d'autres avec les sectes sorties de son sein , proscrite en plu» sieurs contrées , elle avoit néanmoins partout des partisans fidèles. Elle setoit conservée même au milieu des peuples livrés à l'erreur, et elle avoit pénétré jusque dans les ténèbres de 1 idolâtrie et du mahométisme. Elle avoit conquis plus de la moitié de l'Amérique ; elle comptait des milliers de chrétiens en Chine, et elle s'étendoit chaque jour dans ce vaste empire. Ainsi l'Eglise avoit toujours pour signe distiuctif cette fécondité que son auteur lui a promise , et qu elle conservera jusqu'à l'époque marquée dans ses décrets,
Introduction. 1 5}
Détails sur quelques faits de l'histoire ecclésiastique du xrit* siècle j quil est nécessaire de connoilre pour bien entendre d'autres eWnemens que nous aurons à raconter dans ces Mémoires.
Après avoir exposé l'état de la religion dans le xvit* Siècle, et la situation de la chrétienté en 1701 , il nous a paru utile. et même nécessaire de rappeler en abrégé quelques autres faits du même siècle , relatifs à des contestations élevées dans l'Église. Comme ces faits ont des rapports intimes avec une partie de l'histoire ecclésiastique du xviue siècle, et quils ont souvent influé beau* eoup sur plusieurs des événemens qui doivent passer sous nos jeux , on ne pourroit peut-être en quelques occasions entendre ceux-ci , si' nous ne donnions auparavant quelques notions préliminaires sur ceux-là. Nous allons donc prendre ces faits dès leur origine , et exposer succinctement ce qu'il y a de plus important à savoir. Nous prévenons que nous tirerons presque tout ce que nous allons dire, d'un ouvrage qui parut, en 1699, sous ce titre : Histoire des cinq Propositions, L'auteur , Hilaire Dumas, docteur de Sorbonne, a su réunir dans cet excellent écrit la modération la plus pai faite et letton le pins sage aux raisdnnemens les plus solides et aux faits les plus conclu ans. Ceux qui ont voulu réfuter son histoire, n'ont fait qu'en relever davantage le prix. Nous la regardons comme de beaucoup snpérieure à tous les écrits publiés sur cette matière, et comme une source où l'on peut puiser sans crainte. Aussi ne ferons-nous, pour ainsi dire , que l'abréger dans cette partie de notre Introduction.
Le coucile/de Trente venoit de condamner, dans sa sixième session , diverses erreurs de Luther et de Calvin sur 'la grâce et sur le libre arbitre, lorsqu'il s éleva de nouvelles disputes sur ces matières dans l'université «le
*58 Introduction*
Loti vain. Michel de Bay, plus connu sons le nom <fe Baïus , docteur et professeur en théologie de cette université, commença vers l'an i55i à y enseigner, comme étant de saint Augustin , plusieurs propositions qui parurent nouvelles à d'autres docteurs. La faculté de Paris fut' consultée sur dix-huit de ces propositions , dont la plupart rouloient sur le libre arbitre, et elle les censura en i56o. Sept ans après, le saint Pape Pie V en condamna, un pins grand nombre , qu'il avoit fait recueillir des ouvrages de Baïus. Sa constitution du i*r octobre 1 fut renouvelée et confirmée par celle de Grégoire XIII t en date du 29 janvier i5«9, et Baïus se soumettant à l'une et a l'autre, fit, le 24 mars i58o, une rétractation publique et par écrit des erreurs qu'il avoit avancées.
Environ quarante ans après, Corneille Jansen on Jansénius, disciple de Baïus, et son successeur dans la chaire de théologie de Louvain , s étant persuadé comme lui que, faute d'entendre saint Augustin , tous les scolastiques avoient abandonné les sentimens de ce père sur la grâce, entreprit de les rétablir dans un livre qu'il intitula Àufpistinus , comme ne contenant que la pure doctrine de ce saint. Il mourut , le 6 mai i638, a Ypres, dont il avoit été fait évéque , et protesta en mourant qu'il soumettoit son livre et sa doctrine au jugement de l'Église romaine. Environ deux ans après sa mort , son livre fut imprimé et publié. Quelques docteurs de Paris se montrèrent favorables à cet ouvrage , et il s'en fit successivement plusieurs éditions. Mais aussi d'autres théologiens l'attaquèrent ; et ce fut alors que l'on commença à donner aux partisans de XAuguslinus le nom de jansénistes , comme eux donnèrent h leurs adversaires celui de #woli ni s tes , voulant les faire passer pour les disciples d'un Jésuite qui avoit publié, sur la fin du siècle précédent * un livre sur la manière d'accorder le libre arbitre avec la prédestination et la grâce , et dont le système étoit pourtant loin d'être adopté par tous ceux qui combattoient ÏJugustinus.
Introduction» i5g
Ce dernier ouvrage, qui depuis a fait tant de bruit, fut d'abord défendu par une bulle d'Urbain VIII, du 6 mars i64» > comme renouvelant plusieurs des propositions déjà condamnées par Pie V et Grégoire XIII. Le ii décembre i643, l'archevêque de Paris ordonna la réception de cette bulle dans son diocèse. La faculté de théologie de Paris défendit de soutenir les proposition^ censurées, et l'université de Louvain, quoique après bien des délais, reçut. la bulle. Mais les partisans de féveque d'Y près ne se mont r oient pas disposés à. suivre les intentions de ce prélat mourant. Parmi eux se distinguoient en France, Jean du Verger, abbé de Saint-Cyran , et le docteur Arnauld, fort jeune encore. Le premier, ami intime de féveque, travailloit avec beaucoup d ardeur à répandre Ja doctrine de son livre , et l'introduisit en effet à Port- royal de Paris, dont il étoit le directeur.
Onécrivoit pour et contre, quand le i" juillet 1649, Cornet, docteur et syndic de la faculté de théologie de Paris, représenta à sa compagnie qu'il s'y introduisoit des opinions nouvelles , et demanda qu'on examinât quelques propositions qui don noient lieu au trouble et aux disputes. On nomma des commissaires. Il y avoit eu d abord sept propositions déférées. Mais on ne s'occupa dans la suite que des cinq premières , que Cornet et autres docteurs avoient extraites de ï Augustinus. Les partisans de ce livre se donnant beaucoup de mouvemens pou,r empêcher la censure des propositions, les docteurs sentirent qu'il étoit nécessaire de recourir à une autorité plus imposante. Plusieurs évêques furent du même avis, et on arrêta de porter l'affaire au Pape. C'étoit alors Innocent X. Quatre-vingt-cinq évêques , auxquels trois antres se joignirent par la suite, signèrent une lettre commune pour prier le souverain Pontife de faire cesser les querelles par un jugement solennel. Innocent X établit donc, le ia avril i65i , une congrégation de six cardinaux et de douze théologiens pour prendre connois— saace de 1 affaire»
tGù fntvoduction.
Cependant onzeévêques de France, qui n'avoient point signe' la lettre précédente , en écrivirent une particulière an Pape pour l'engager à ne pas prononcer. Ils envoyèrent en même temps à Rome quatre docteurs chargés de prendre la défense du livre. Les quatre-vingt-huit évêques crurent alors devoir députer aussi auprès du Pape pour suivre leur demande. On écouta les uns et les autres, on reçut leurs écrits , ont tint de fréquentes assemblées, et enfin , après deux ans de discussion, d'examen et de conférences, Innocent X donna, le 3i mai i653t la bulle Cîun occasionc, par laquelle il condamnoit les cinq propositions. Voici ces propositions et la note ap- * pliquée à chacune d'elles.
1. Quelques commandemens de Dieu sont impossibles à des justes gui veulent les accomplir, et qià s'efforcent de le faire , leur sont impossibles, dis-fe , eu égard aux forces qu'ils ont alors , et il leur manque la grâce par laquelle ils leurs soient rendus possibles. Cette proposition est déclarée téméraire, impie, blasphématoire y frappée d'anathème , et hérétique.
2. Dans Cétat de la nature tombée , on ne résiste jamais à la grâce intérieure. Déclarée hérétique»
3. Pour mériter et démériter dans Vétat de la nature tombée , il n'est pas besoin d'une liberté exempte de la nécessite d'agir ; il suffit d'avoir une liberté exempte de contrainte. Est déclarée hérétique.
4. Les sémi-pélagiens admettoient la nécessité d'une grâce intérieure et prévenante pour chaque action en particulier, même pour le commencement de la foi ; et ils ét oient hérétiques en ce qu'ils prélendoie.nt qui cette grâce étoit telle, que la volonté de î homme avoit le pouvoir d'y résister ou d'y consentir. Déclarée fous se et hérétique.
5. Cest une erreur des sémi-pélagiens de dire que Jésus-Christ est mort, ou qu'il a répandu son sang pour tous les hommes sans exception. Est déclarée fausse, téméraire , scandaleuse ; et si on l'entend dans te sens que Jésus-Christ soit mort pour le salut seulement
Introduction. t§i
tentent cUs prédestinés , impie, blaspliématoire } injw* rieuse y dérogeant à la bonté de Dieu , et hérétique.
Cette constitution fut reçue en France, le 11 juillet suivant, par. une assemblée de trente évéques, tenue ù Paris. La faculté de théologie de cette ville l'enregistra. Xes uni— " «versités , les corps ecclésiastiques , les ordres religieux, s'y soumirent; et en Flandre même, où la bulle d'Urbain avoit trouvé tant d opposition , celle-ci fut putyiée et acceptée sur-le-champ. Quant à ceux qui avoient adopté les septimens de lévêque d'Y près, leur soumission k ce jugement* peut paroître un problême. Dun côté, ils protestaient qu'ils souscri voient à cette décision , et qu'ils ne vou.loient plus défendre les propositions condamnées : d'un autre côté, ils ne cessèrent de se plaindre de la bulle, trouvant mauvais que, le Pape n'eût pas spécifié les sens dans lesquels il condamnoit- les propositions , comme si ce n'étoit pas Je sens naturel qu'elles présentent ; et lui reprochant aussi d'avoir donné à entendre qu'elles étoient tirées de Jansénius , tandis que selon eux elles étoient forgées à plaisir et fort éloi* gnées des sentimens de cet évéque , qui n'avoit exprimé que \É* pure doctrine de saint Augustin. Et voilà l'origine de .la question défait, qui depuis est devenue la principale, les opposans prétendant d'abord que la doctrine condamnée .des cinq propositions n'étoit point celle de ; Jansénius , et en second lieu que ce n'étoit là ; qu'un fajt sur lequel l'Église n'étant point infaillible , on , ne Revoit à. sa décision qu un silence respectueux» i Comme ces subterfuges al- . loient à éluder la bulle , les lyéques qui se trou voient (à \ Paris, s'assemblèrent , Je g .mars i654 e* s'occupèrent des .moyens à prendre pou réassurer l'autorité du jugement du Saint JSiége. On nomma >une. commission , qui tint plusieurs séances, examina les textes p\e V Augustinus qui avoient rapport à, chacune des propositions, et lut difl'é- ,«08 iiiewoires.qulon lui présenta. Elle fit son rapport, .le 26 mari, et en conséquence rassemblée déclara que |a constitution d'Innocent, avoit condamné les cinq proposi- . t|ons r !QOmroe étant de Jansénius ej au sens de cet auteur, tXP+éçrivit au, £ape. pour, f en inibrnjer , et le saint Père,
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dans sa réponse , la félicita de Son zèle , rassura qu'il avoit condamné dans les cinq propositions la doctrine enseignée par Janséniqs dans son livre, et lui fit part en même temps de la condamnation qu'il venoit de faire de divers ouvrages en faveur de l'évoque d'Ypres.
Un autre écrit donna peu après lieu à une nouvelle dispute. A la tête des admirateurs de X Atigustinus , étoit, comme nous lavons dit, M. Arnauld, docteur de Sorbonne, d'une famille respectée , d'un caractère ardent , d'une imagination brillante , d'un esprit vif et pénétrant. Nourri dans l'étude de la philosophie et de la théologie , enrichi par la lecture des auteurs sacrés et profanes, il avoit un style abondant , facile , éloquent même quelquefois, mais sur-tout véhément et impétueux. Le a4 VTier 1 655 , il donna une lettre adressée à un ami, et dans laquelle il rendoit compte d'une affaire arrivée au duc de Liancourt, à Saint-Sulpice. Le confesseur de ce duc ne voulut point l'admettre au tribunal de la pénitence qu'il ne donnAt des marques dune soumission parfaite à la dernière bulle, et qu'il ne rompît ses liaisons étroites avec Port-royal. Arnauld en prit occasion de se justifier lui et ses amis , et d'assurer qu'ils condamnoient les xinq propositions partout où elle se trou voient. Quelqu'un ayant répondu à cette lettre , et ayant prétendu qu Arnauld -et ses amis dévoient de plus déclarer qu'ils renon- •çoient à la doctrine qu'ils avoient jusque-là soutenue, ce docteur fit paroître une second^ lettre datée de Port-royal, le 10 juillet i655. Il y prenott ouvertement le parti de ï ' Àugustinus. On en murmura* Le syndic de la faculté dénonça la lettre à son corps , au prirnâ mensis de novembre. Des -commissaires furent nommés pour l'examiner; et malgré l'opposition d' Arnauld et de ses amis, qni présentèrept requête au parlement , le rapport fut fuit le i«r décembre i655. On avoit extrait de la lettre deux xrhefs , qu'on appela de /ait et de droit. Le premier con- «ernoît ce qu'avoit dit Arnauld , que les cinq propositions avoient été forgées à plaisir par les ennemis de la doctrine de saint Augustin} qu'elles n'awient éU
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soutenues de personne ; que pour lui y ayant lu avec soin le livre auquel on les attribuoit j il n* avoit pu les y trouver. La question de droit rouioit sur cet endroit de la lettre où Araauld disoit , que la grâce > sans laquelle on ne peut rien , a manqué à un juste , dans la personne de saint Pierre , en une occasion oà l'on ne peut pas dire qu'il n'ait point pèche. Les docteurs opi->nèrcnt sur ces deux propositions. Le 14 janvier i656, après plus de seiwî séances , la première fut déclarée teméraire , scandaleuse , injurieuse au Pape et aux évéques , et donnant lieu de renouveler la doctrine de J anse,ii us. Ce fut l'avis de cent trente docteurs, dont sept étoient évéques. 11 y en eut soixante-huit qui convinrent qu'Arnauld avoit- manqué, mais qui prétendirent qu'il ne méritoit pas une censure publique. On opina ensuite sur la seconde poposition, qui, après douze séances de discussion . fut jugée téméraire , impie , blasphématoire , frappée d'anat/ieme y et hérétique , à la pluralité de cent trente docteurs contre neuf. Àrnauld ayant fait signifier à la faculté un acte , par lequel il protestoit de nullité contre tout ce qui s'y étoit fait et s'y feroit , il fut arrêté que s'il ne se sou met toit dans la quinzaine, il seroit retranché de la faculté et rayé du nombre des docteurs. Cette disposition et la censure furent confirmées dans deux assemblées subséquentes. Le 18 février, la censure fut signée par six évéques et par tous les docteurs , sans en excepter quatre amis d' Arnauld, qui l'avoient servi jusqu'à la fin, et qui ne s étoient pas retirés, comme d'autres de ses partisans. Cette censure fut aussi reçue et enregistrée par la Sorbonne, et approuvée par rassemblée du clergé qui se tenoit alors; et depuis ce temps nul n'a pris les degrés de docteur ou do bachelier dans la faculté de théologie , qu'il n'ait signé la condamnation des deux articles de la lettre.
L'assemblée du clergé do i656, dans ses séances des ,er et 2 septembre, revit et approuva ce qui avoit été feit par tes précédentes et déclara qu'il y avoit des questions de &it , sur lesquelles l'Église ne pouvoit se trop-
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per, sans perdre l'autorité dont elle a besoin, soit pour la foi , soit pour les moeurs. Elle arrêta quelques articles sur le même Sujet, et écrivit au Pape pour lui rendre compte de ce 'qu'elle aVbit 'fait. Alexandre VII * successeur d'Innocent * lui répondît parla bulle Ad satram , datée du 1 6 octobre iG56é \\ y conlirmoit celle de i65B, ét appelait péïturbdte\lr*s du repos public -et en/ans 'd'iniquité , ceux qui SOtiténotent , au grand scandale des fidèles , que les cinq propositions ne se trouvenf point dàhs le livre de Janséttiirs , on qu elles n'ont point été ctâdShihfts au sens de cet auteur. Il assuroit au , contraires comme tmôih de tout ce qui sëtoit passé, que le raît ife J&nséhios avoit été examiné du temps de con prédécesseur, avec tint exactitude te Me qu'on n'en pouvait 'désirer 'davantage. "Le fj mars i65} , l'assemblée du dergé reéut cette bulle, en recommanda l'exécution dans toits les diocèses, et arrêta que pour assurer dàvàn rage Cette exécution, les'éveques souscriroient ët feraient souscrire dans un mois un formulaire, par lecjuèl ôh prbmèttrbit soumission aux deux constitutions ^Innocent X et d'Alexandre 'VU. Mais cette délibération n*étit pas s^tdt'sôn éfféé , 1 exécution en ayant été remise après l'assemblée générale suivante.
Ce fut alors <\ue Fôn commença à écrire contre 1 obligation de se soumettre ^ l'Église dans ce qu'on appdoit le point de fait. On ne pouvoit être obligé, disoit-on , à reconnoître, contre ses lumières èt sa conscience , qu'une doctrine hérétique se trouve" dans ie1 livre d'un pieux et Bavmit évêque ; et ce n'est là qu'un : fait 'Sur lequel* l'Église ïia point 'dVmtorité pour }uger infat'Hiblemertt. Arnauld lut ùh des premiers qUr établirent cette assertion , et elle fut désapprouvée alors par M* Pavù%n , évêque d'Àlet, qui étoit en grande réputation de piété, et dont il sera bientôt question. Ce prélat pensoit et écrivit que fa iqtiestîdu de fait est tellement jointe à la question de droit , qu'il est dangereux de les séparery et tpr'au fond on ne^ouvoit être obligé à dépendre la doctrine de Jansénrus atec plus de efealeur que lui-même f qui t'étoit K>u«
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mis au jugement du saint Siège , ce qu'il n'auroit pas d$ faire, s'il avoit cru que ce qu'il soutenait appartînt à la foi. On peut voir ce point et quelques autres discutes dans l'ouvrage de l'abbé Dumas.
Le 7 septembre 1660, treize censeurs, dont quatre évêques , notèrent les Lettres provincial^ , ensemble Les notes dé fVerrfrock et les Disquisitityis de fafd frénee , comme contenant les hévesies de Jauséaius, pleines de médisances et d'outrages contre tout ce qui n'étoit pas du parti de l'auteur , dignes enfin des peines portées coptre les livres d Marnât aires et hérétiques. Sur quoi un arrêt du conseil d'état condamna l'ouvrage au feu. Tel fut le sort d'un écrit , où Ton trouve , il faut Ta vouer , plus d'enjouement et de sel, que de vérité dans les fgu'ts et de solidité dans les raisonnemens. Ce livre, cher aux littérateurs , qui attachent un grand prix aux charmes du style et à la finesse de la satire , ce livre tomba, malgré ces avantages extérieurs , quand on approfondit ses preuves et que l'on .cherche à démêler le spécieux du concluant. Les amis de l'auteur lui ont même depuis reproché le peu de solidité de ses raisonnemens, lorsque, devenu plus ardent que les plus çélés des siens même» Pascal en vint , dit-on , jusqu'à soutenir que Ton ne de* voit passe soumettre à l'Eglise, même pour le point de droit , et qu'elle avoit erré en condamnant les cinq pror positions ; opinion qui le brouilla avec plusieurs de ses amis.
Sur la fin de 1660 commença rassemblée du clergé, composée de quarante-c^nq archevêques et évêques et de dix-huit députés du second ordre. Elle nomma douze commissaires pour chercher les moyens les plus propres à faire cesser l'opposition. Ils firent leur rapport le 10 janvier, et après quatorze séances employées à examiner ft à délibérer, l'assemblée arrêta, le 1" février, que tous les ecclésiastiques souscriroient la formule de foi dressée par rassemblée précédente, et qu'on ferait le procès aux réfractaires. Le roi autorisa cette mesure pay un arrêt de son conseil du i3 avril 166 1 , et la faculté
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de théologie de Paris , donnant l'exemple de la sourtîs* «ion , ordonna , le a mai , la souscription du formulaire* pour tous ses membres. Les vicaires-généraux de l'archevêque de Paris (le cardinal de Retz étoit alors absent du royaume) rendirent le 8 juin une ordonnance pour la signature du formulaire. Us y disoient que du temps d'Iuuoceiit TLy il ne sagissoit à Home que de savoir si les cinq prop étions déférées étoient catholiques ou hérétiques, et demandoient la croyance pour le point de foi , et le respect pour la décisiou do fait. Cette assertion et cette distinction excitèrent le xcle des évé\jues. L'assemblée du clergé déclara l'ordonnance contraire aux constitutions et conséquemment nulle, et le roi en ordonna la re'vocation. Les grands-vicaires trouvèrent des dél nseurs dans lc*urs amis de Port-royal , et écrivirent au Pape , qui leur répondit par un bref, où il les accusoit d'être perturbateurs de l'Église, et auteurs , autant qu'il étoit en eux , d'un schisme honteux. Il déclara qu'il étoit faux qu'on n eût examiné les cinq propositions à Rome, que pour savoir si elles étoient catholiques ou hérétiques. Il leur ordonna donc de révoquer leur ordonnance. Après de longs délais, les grands-vicaires se soumirent , et donnèrent , le 3i octobre, un second mandement pour obliger à la signature pure et simple du formulaire» M. de Gondrin , archevêque de Sens , signa aussi dans le même temps, en déclarant expressément que les cinq propositions sont condamnées et hérétiques au sens de l'auteur, qui n'est pas celui de saint Augustin. Il est vrai que les amis du prélat prétendirent qu'il n ayoit pas pour cela changé de sentiment. Nous devons remarquer h cette occasion , que le parti se partagea sur le formulaire en trois avis difTérens. Les uns disoient qu'on pou voit signer, quoiqu'on ne crût pas intérieurement le fait , et Arunuld avoue que cétoit l'opinion d'um grand nombre de personnes dans de savantes comrnunaute's. On a lieu d'etre étonné cependant que de zél«^s disciples de saint Augustin, des ennemis de la morale relâchée, des gens qui s'étoient tant moqués des restrie»
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lions mentales, aient pu se persuader qu'on pouvqit signer que Ton croit une chose, quand on ne la croit réellement pas. Aussi cet avis fut-il réfuté par Arnauld et ses amis, qui soutènement, et c'est la seconde opinion ^ qu'on ne pouvoit signer le formulaire sans restriction, lorsqu'on n'étoit pas persuadé que les cinq propositions sont de l'éveque oHf près. Mais la troisième opinion est la plus étonnante. C'étoit celle de Pascal et de quelques autres , qui prétendotent que le sens de Jansénius étoit une vérité de foi , que les Papes avoient erré en le condamnant , et qu'on ne pouvoit en conscience les suivre sur ce point. Ce sentiment n'étoit pas le plus généralement adopté. Le temps n'étoit pas encore venu, oh Ton croyoit pouvoir heurter de front l'enseignement de l'Église.
Pendant que les opposons disputoient entr'eux et avec les evéques sur la signature du formulaire, on eut quelque espérance de voir se terminer les querelles. M. de Choiseul , éveque de Gomminges , qui passoit pour être lié d'affection et de sentimens avec Port-royal, et le P; Ferrier, Jésuite, s étant trouvés ensemble à Toulouse, un ami commun les engagea à chercher de concert quel-* que moyen de finir les contestations. Ils se réunirent et convinrent d'un projet. Puis ils se rendirent à Paris, et le P. Ferrier entra en conférence avec MM. de Lalane et Girard, nommés à cet effet par le parti. Il y eut cinq conférences tenues entre eux trqis. et en présence de M« de Choiseul; mais on ne put s'accorder sur rien. Les amis de ÏAugustinus refusèrent , dit-on , de souscrire au projet arrêté à Toulouse, et ap'rès quelques autres tentatives les conférences furent rompues,. Peu après, M. de Choiseul persuada aux docteurs de Port- royal qui avoient été de la négociation , de s'en rapporter au jugement de trois évêques , savoir , lui , M. de Péréfixe , 'depuis archevêque de Paris, et M, d'Estre'es, éveque de Laon. Ce moyeq fiit encore inutile. L'éveque de Comminges mettoit tout en œuvre pour amener un accommodement. Mais tout ce qu'il put tirer des opposa us ce
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fut une procurât ion pour écrire en leur nom au Pap* et Tassufer de leur soumission. Dans cet acte, daté du 7 juin , ils dîsôieht qûe leur intention' n avoit jamais été de blesser lè saint Siège, qui// étdfent prêts à rendre à ses constitutions tout le respect épié la màjeiié êl l 'autoritésùprtfm'e du saint Siégé èxrgeotëni rfWx , et que si le Pape désiroit éncàré quèlque thoïè iïéuab pour tui témoigner leur fidélité, ils étéient disposés* à fui obéir. 1U envoyèrent en nîéWe 1?emptf à" Rome cinfy articles de doctrine , qu'ils avoient dressés, et <jui corre**f>Ohdbient aux cinq propositions. Lè Papê àyattt' reçu toutes ces pièces, chargea des théologiens de les examiner. Apres qu'ils eurent donné leur avis , il tint , le ai juillet 1661 , une congrégation extraordinaire , où il fttt résolu de ne rien répondre sur les cinq articles, parce qu'ils étoient conçus d'une manière ambiguë , qu'ils cbntredîsoient dans un çndrôit ce qu'ils sèmblbient accorder dans l'autre, et qii'it paroissoit qiié le dessein qu'on avoit' eu en les composant , avoit été d'obtenir quelque réponse dbnt on pût tirer avantage contre les constitutions. U fut arrêté que sa Sainteté écrirait au* évêquétf de France en commun1, pour les féliciter de leur zèle a faire observer les constitutions , leur témoigner sa jôiè de ce que plusieurs prcnoîçnt des1 sentimens orthodoxes en s'y soumettant , et les exhorter à continuer leurs soins pour ramener Tes antres. Le secrétaire d'état eut ordre d'écrire une simple lettre dé civilité à M. de Chôiscùî, dont bh n'étoit pas content & Rome , à' cause de la conduite qu'il avoit tenue lors dé la bulle d'Innocent X'. Lorsque fe bref fut arrivé en France , Te roi chargea l'éveque ô*è Commirrges de porter les signataires de l'acte du" 7 juin, à l'exécution de ce qu'ils avoient promis dans cet écrit. Après y avoir travaillé durant quelques jours, lè prélat ne put tirer d'eux Qu'une déclaration ou ils dist in gu oient encore le fait du droit. On vit alors qu'il n'y avôit rien à espérer d'eux; et les négociations furent rompues. Cependant les évé-> ques qui se trouvoîent à Paris, s'assemblèrent par ordre du roi pour recevoir le bref du Pape, et examiner la dé»
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elaratioft remise à M. de Comminges. Cette assemblée »e tint le 1 octobre. Les évêques , au nombre de quinze, déclarèrent que ce dernier acte étoit captieux et conçu en termes pleins d'artifice , qu'il n'y avoit pas de meilleur moyen, pour faire observer les constitutions, que fe formulaire prescrit par les assemblées précédentes , et que le roi seroit prié* d'interposer son autorité pour le taire souscrire. En effet , il donna peu après une decl** ration enregistrée au parlement , le 39 avril 1664 , par laquelle S étoit ordonné lt tous les ecclésiastiques, sous peine de privation de leurs bénéfices , de signer le formulaire prescrit. Aussitôt on ne vit que signatures , dit Je P. Gerberon ; mais comme il y avoit encore des réfractaires , et qu'on espéroit qu'une constitution solennelle poorroit peut-être les réduire, Alexandre Vlï donna , le i5 février i665, une buHe qui presCrivoit le formulaire suivant, le même pour le sens que celui des évêques : Je soussigné me soumets à la constitution apostolique d'Innocent X , du 3i mai i653 , et à celle d'Alexandre VII , du 16 octobre i656 , et rejette et condamne sincèrement les cinq propositions extraites du livre de Corneille Jansénius , intitule' Aogustinus , dans le pro~ pre sens du même auteur, comme -le -Siège apostolique les a condamnées par les mêmes constitutions» Je le jure. Ainsi Dieu me soit en aide et ces saints Évangiles* Le roi . ordonna aussitôt l'exécution de cette bulle par une déclaration enregistrée au parlement le 29 avril» Tous les évêques publièrent leurs mandemens, sans aucune distinction de fait et de droit. Il n'y en eut que cinq qui énoncèrent cette distinction , et qui bornèrent la soumission pour le fait au silence respectueux. Encore un de ces cinq , l'évéque de Noyon , rétracta-kil son mandement peu après. Les quatre qui persévérèrent , furent MM. Pavillon * Arnauld, Caulet et de Buzanval, évê* ques d'Alet, d'Angers , de Paniers et de Beauvais. Leur résistance les a rendus fameux dans 1 histoire ecclésiastique de ce temps-là. Le premier , sur- tout , étoit regardé comme lé chef des trois autres , qui le suivirent toujours aveu-
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gl ément. Il avoit cru long-temps qu'on devoît se son-* mettre sans restriction , et l'abbé de Rancé témoigna depuis qu'il savoit quelque chose des moyens et des intrigues mis en oeuvre pour faire changer ce prélat , dont l'autorité pouvoit être d'un grand secours pour le parti. Il donna , le 1er juin , son mandement , qui fut copié mot à mot par l'évêoue de Beau vais , et suivi , quant au sens , par les deux autres. L'évêque d'Angers étoit le frère d'Antoine Arnauld, et on ne devoit pas être surpris de voir son nom dans la liste des opposa ns. Leurs mandemens furent flétris à Rome, et déclarés nuls par un arrêt du conseil»
On ne s'en tint pas là , et le Pape fut prié de nommer douze évêques pour juger les quatre récalcitrans. Pendant qu'on négocioit sur le nombre et sur le choix des commissaires, Alexandre VU mourut, et cet affaire resta suspendue jusqu'à l'avènement du cardinal Rospigliosi au pontificat. Clément IX , c'est le nom qu'il prit, confirma, la commission donnée par son prédécesseur contre les quatre évêques. En même temps son nonce tachoit* de les ébranler. On commençoit à s'apercevoir qu'on au roi t de la peine à les réduire. Ils avoient eu le temps de former un parti. Une femme dus rang illustre k la cour, les favorisoit publiquement >et plusieurs ministres le faisoient aussi en secret. Les quatre évêques avoient des amis dans les communautés, dans le parlement et parmi leur collègues. Le icr décembre 1667, dix-neuf prélats, à la tête desquels étoit M. dt Gondrin , archevêque de Sens , écrivirent au Pape en faveur des quatre opposans. Une autre lettre, qu'ils avoient envoyée au> roi j fut mal reçue de ce prince. Les quatre évêques , de leur côté , adressèrent à tous leurs collègues une circu* laire du aS avril 1668, et les excitèrent à prendre leur défense. Cette lettre fut supprimée par un arrêt du conseil; mais ce qui servit mieux ces prélats, ce fut une négociation que M. de Gondrin entama avec le nonce. Il lui fit envisager combien il seroit honorable pour lui , et avantageux pour l'Église , de terminer cette contestation
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a l'amiable. Le nonce y donna les mains. M. de Gon-
drin convint avec M. Vialart , évêque de ChAlons, prélat aussi fort attaché aux quatre évoques , que ceux-ci , sans révoquer leurs mandemens ni revenir sur le passé, feroirnt faire une nouvelle souscription du formulaire dans d~s procès-%erbaux qui demcureroient secrets. On a prétendu que le Pape et' le nonce consentirent à ce que la distinction du fait ef du droit fut énoncée dans les procès-v *rbaux : mais ne*te assertion est évidemment d£mmtte pir les faits. Cet oit pour cette distinction même que tes quatre évèqiies étoient inquiétés. Comment au— roient-ir* pu rentrer en grâce en la faisant encore ? Tout démontre qu'ils promirent de signer le formulaire pure— moment et simplement, ou du moins qu'on le promit pour eux , et que le Pape ne leur pardonna qu'en supposant qu'ils l'avoient fait. La suite va le faire voir.
M. de Choiseul , évéque de Comroinges , ayant déterminé l'évéqne d'Alex, et par son moyen les autres à accepter la voie qu'on leur offroit , ce qui n'eût pas été un grand sacrifice, si le Pape eût consenti à la distinction du fait et du droit , la négociation s'avança. Le nonce eut ordre du Pape de ne plus parler de rétractation et de se contenter d'une soumission sincère. Il convint donc, avec les négociateurs, d'un modèle de lettre que les quatre évéques écriroient au Pape. On eut beaucoup de peine à faire signer ce modèle à M. Pavillon , qui auroit voulu que la lettre ne contînt rien d'ambigu ou d'équivoque, tandis que celle qu'on envoyoit fàisoit entendre tout autre chose que la vé-^ rîté. Cependant il se rendit enfin aux instances de ses amis , et signa, ainsi que l'évoque de Pamiers, qui le su i voit en tout. Le t\ septembre, la lettre arriva h Paris, signée des quatre évéques, et le jour même elle fut remise au nonce, qui eut le 16 une audience du roi, l'assura que l'affaire étoit 6nic et le Pape satisfait, et le pria de laisser tout en suspens jusqu'à la réponse de S. S. Dans leur lettre , les quatre évéques disoient : Nous avons voulu donner à toute V Eglise , dans l'affaire des souscriptions , une preuve éclatante de notre disposé-
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lion à conserver V unité , et à rendre au saint Siège ce qui lui est du. Car les évéques de France , qui nous sont très-unis d'ailleurs pour les sentimens , ayant pris une autre voie pour signer le formulaire , nous sommes résolus de les imiter. Ayant donc assemblé , ce mm» eux , les synodes de nos diocèses et ordonné une nouvelle souscription , nous avons souscrit nous-mêmes. Ce qu'ils ont expliqué à leurs ecclésiastiques , nous l'avons expliqué aux nôtres. L'obéissance qu'ils ont exigée des leurs , pour les constitutions apostoliques , nous l'avons exigée des nôtres ; et comme nous étions Unis de tout temps avec eux pour le dogme , nous nous y sommes encore unis pour ce point de discipline. Nous ne dissimulons pas que la chose nous a été très-difficile et très-pénible , sachant assez c ont bien de railleries ce changement de discipline nous attire roi t de la part de nos ennemis. Nous nous y sommes déterminés pour rendre la paix à l'Eglise. On demande si tout ce langage, si toutes ces expressions ne dévoient pas porter le Pape à croire que les quatre évéques avoient signe purement et simplement. Cependant ils étoient fort éloignes de le (aire ; et dans leurs synodes , qu'ils ne tinrent qu'après le départ de la lettre, quoiqu'elle énonçât le contraire, et où ils n'invitèrent que très-peu d'ecclésiastiques , la distinction du fait et du droit fut clairement énoncée dans les proces-veroaux , dont on fit pour cela même un grand mystère. Us s'attachèrent avec grand soin à dérober au public la connoissaoce de ce qui sétoit passé en cette occasion , et le secret étoit même une des conditions de raccommodement. Aussi ne fut-ce que qucW que temps après que l'on apprit le détail de leur conduite.
Le 22 septembre, lévêqùe de Laon , un des négociateurs, écrivit au Pape pour l'instruire que les quatre évoques setoient conformés au reste de leurs collègues par nue souscription nouvelle et sincère ; mais comme il se répandoit quelques bruits peu avantageux sur leur sincérité y le Pape voulut avoir une attestation signée d'eux,.
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qtiï certifiât qu'ils avoient signé siucèrement et conformément aux constitutions d'Innocent et d'Alexandre. Ces Certificats furent envoyés au Pape , tout parfaitement semblables, et dates du jour de la tenue des synodes, quoiqu'ils n'eussent pu être demandes qu'un mois après* Enfin , sur de nouveaux soupçons qu'on eut contre les évêques , qui n'avoient donné a personne eopie de leurs procès-verbaux, et qui ne les avoient même pas laissé lire aux signataires , le Pape chargea son nonce de prendre des informations , bien décidé , dit le cardinal Rospigliosi dans la relation qu'il donna de cette affaire, à ne point ménager les évêques, s'ils avoient effectivement déclaré ne pas vouloir tenir pour hérétiques les cinq propositions dans le sens de Jansénius , selon qu'elles avoient été condamnées par le saint Siège. Le nonce s'adressa à M. ViaJart , qui lui donna une déclaration pour attester que les évêques avoient agi de la meilleure foi possible; qu'ils avoient condamné les cinq propositions sans restriction dans tous les sens proscrits , et que quant à l'attribution de ces propositions au livre de Jansénius , ils avoient fait rendre au saint Siège l'obéissance qui lui est due suivant tous les théologiens. Cette déclaration, confirmée par d'autres évêques , engagea enfin le Pape à écrire aux quatre prélats. Il leur marquoit avoir appris qu'ils avoient souscrit et feit souscrire sincèrement le formulaire. Car il n aurait jamais admis h cet égard, ajoutoit-il, ni exception ni restriction quelconque. Il écrivit dans le même ■sens aux médiateurs , parlant toujours de soumission sincère et d * obéissance vraie et parfaite* Ces brefs, mirent comme le sceau à l'accommodement. Ce fut pour en perpétuer le souvenir , qu'il fut frappé une médaille; mais, sur les plaintes du nonce, le roi ordonna d'en rompre le coin.
Telle est l'histoire de la paix de Clément IX , dont quelques écrivains postérieurs ont parlé comme de l'événement le plut favorable pour f Église. Ils -assurent dans Jeura ouvrages que le Pape approuva la distinction -adoptée par les quatre évêques, et que ceux-ci rem portèrent
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réellement là victoire. Il est difficile Je concilier ces as* sortions avec la lettre des quatre prélats et les autres faits* Au surplus , si l'on désiroit des notions plus étendues sur ce point historique, on pourra consulter la relation qu'en donna le cardinal Ruspigliosi , neveu de Clément IX , sur les actes déposés à Rome et sur les autres pièces authentiques. On pourra iire aussi ce qu'en »dit l'abbé Dumas dans l'ouvrage cité. Cet article y est traité avec étendue , et la vérité du fait y est portée jusqu'à l'évidence. On y verra que le Pape exigea des évéques une souscription pure et simple , que ceux-ci lui dirent tout ce qu'il falloit pour lui faire croire qu'ils avoient rempli cette condition , et que te ne fut que dans cette supposition qu'il leur accorda la paix. Au reste , comme dans cet accommodement les quatre évéques et leurs partisans n'abandonnèrent pas au fond leurs sentimens , les suites n'en furent pas aussi heureuses que s'ils avoient agi de bonne foi , et au lieu qu'on eût pu en attendre une paix durable pour l'Église et une soumission parfaite décisions , on n'en vit naître au contraire qu'un attachement plus tenace à des erreurs proscrites. On profita de la trêve qu'on avoit obtenue en trompant le Pape par une soumission apparente, pour s'accroître et se fortifier. Port-royal rentra dans les droits qu'il avoit mérité de perdre, et devint encoreJe lieu du rassemblement des ennemis de l'autorité. En un mot , on forma un parti , et Ton se mit dans le cas de lutter dans la suite avec plus d'avantage.
Il ne se passa plus , dans cette fin du dix-septième siècle, que quelques faits de peu d importance relativement aux mérnqs contestations. Le seul dont nous devions faire mention, par l'avantage qu'on prétendit en tirer, fut ce . qui arriva en Flandre à l'occasion du formulaire. Ce pays étoit aussi en proie aux nouvelles opinions. Le séjour d' A rnauld , de Nicole, de Quesnel et autres chefs, n'y avoit pas été inutile à la cause , et elle y comptoit des partisans. Comme plusieurs m g noient le formulaire t en prétendant que leur serinent tomlxjit uniquement sur fcs cinq propositions , sans aucune attribution au livro
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de Jansénius, les évéques des Pays-Bas a voient cru de concert devoir ajouter au formulaire une qpeue qui coupoit court à ces subterfuges. Ou s'en plaignit, et le Pape 'Innocent XII, pensant qu'en effet cette addition n'étoit pas nécessaire, répondit aux évêques par un bref du 6 février 1694* Il s'y déclarait fermement attaché aux constitutions de ses prédécesseurs , ordonnoit de réprimer ceux qui soutenoient les cinq propositions, et vouloit que eeux qui prêtaient le serment, le fissent sans distinction ou restriction , condamnant les propositions dans le sens propre et naturel des termes. D'ailleurs il défendoit l'addition , aussi bien que l'imputation vague de jansénisme. On ne saurait croire combien certaines gens triomphèrent, du moins en apparence, de ce bref. Ils abusèrent sur-tout de ce que le Pape disoit qu'il failoit condamner les cinq propositions .dans le sens naturel des termes , et par une interprétation fort étrange , ils prétendoient qu'on ponvoit signer le formulaire sans condamner le sens de Jansénius, puisque, disoient-ils , le Pape ne condamnoit que le sens naturel , et qu'il étoit certain que ce sens naturel n'étoit point celui de Jansénius. C'est ainsi que , par une subtilité ridicule , ils élu dotent la force des expressions du bref. Les évéques des Pays-Bas en instruisirent le Pape , qui leur répondit le ?4 novembre 1696. Il témoignoit combien il avoit été étonné d'apprendre qu'on le soupçonnât d'avoir voulu changer ou altérer les constitutions de ses prédécesseurs , tandis qu'd les confirmoit, qu'il y étoit attaché, et qu'il ne souffrait pas qu'on changeât et rien le formulaire. Jl î-ecommandoit aux éveques de procéder contre ceux qui, en^ signant , montreraient de vive voix ou par écrit qu'ils ne condamnent les cinq propositions que dans leur sens naturel , sans rapport au sens naturel du formulaire , se formant ce sens naturel à leur fantaisie. Tel est ce second bref, dont crnix qu'il concerooit furent un peu moins contcns que du premier , mais qui ne les empêcha cependant pas de disputer encore ; parce qu'il y aura toujours des contestations, et que c'est le propre de l'esprit humain,
t^ft Introduction*
quand il est livré à des préventions, de n'en pas revenir aisément, et d'interpréter tout d'une manière favorable aux idées qu'il sert faites.
Après ces préliminaires, qoi ont paru nécessaires. pour entendre bien des faits qui vont suivre, nous allons entamer ce qui concerne le ;du>huitième siècle, et donner une idée des événemens dont HÉglise , et sur-tout ; l'église de France , furent le théâtre pendant cette longue. et mémorable époque.
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LE DIX -HUITIÈME SIÈCLE
JLiE 3o mars, Ordonnance et Instruction pastorale à*é M. de Nesmond, évoque de Bayeux, contre un livre qui venoit de paroi tre dans son diocèse. Ce livre étoit de Cally , curé à Caen , à qui son attachement au cartésianisme avoit déjà causé quelques traverses. Il soccupoit beaucoup de la conversion des protestons, faisoit pour eux des conférences, etchcrchoit à dissiper leurs préventions. Il crut y réussir en renouvelant le système dtt célèbre Durand , qui avoit dit, avant le concile de Trente, que si jamais l'Église décidoit qu'il y a transsubstantiation, dans le mystère de l'Eucharistie, il falloit qu'il restât quelque chose de ce qui étoit auparavant le pain , pour mettre quelque différence entre la création ou la production d'une chose qui n'étoit pas , et l'annihilation ou la .destruction d'une chose. 11 se préoccupa de cette idée^