TOME PREMIER* I
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et fît là -dessus un livre qu'il intitula : Durand cotti» mente, ou Accord de la philosophie avec la théologie touchant la transsubstantiation. Il l'envqya au protestant Basnage, alors retire' en Hollande, et chargea un imprimeur de Caen d'en imprimer soixante exemplaires, qu'il se proposoit d'envoyer à plusieurs hommes capables et éclaires, afin qu'ils jugeassent si l'ouvrage méritoit d'être répandu. L'imprimeur le fit tirer à 800 exemplaires , en promettant à l'auteur l'approbation de quelques docteurs en théologie, et en attendant il publia le livre, qui excita des réclamations. On blâma cette métaphysique subtile qui soumettoit à ses règles les mystères euxmêmes , et qui nioit , dans un dogme, ce que l'Église avoit défini , sous prétexte que cette distinction ne s'accordoit pas avec des distinctions sophistiques ou avec les arguties de l'école. On remarqua que l'espérance de gagner par là les protestans, étoit vaine et illusoire, et qu'il étoit bien plus à craindre qu'ils ne triomphassent d'une doctrine où on se rapprochoit d'eux bien plus qu'on lie les rapprochoit de nous. M. de Nesmond, évêque de Bayeux, prélat zélé pour ses devoirs, donna donc, le 3o mars 1701 , une Instruction pastorale par laquelle il condamnoit dix-sept propositions extraites du Durand Commenté» Cally, qui paroît n'avoir eu que de bonnes intentions, adhéra à ce jugement , et rétracta son livre, le ai avril suivant. 11 voulut même lire l'Instruction à Son prône , quoique l'évêque l'en 'eût dispensé, et il eut soin de dire à ses paroissiens qu'il étoit l'auteur du livre et qu'il le rétractoit. Cette simplicité et cette humilité font honneur à son caractère et h sa religion. On ajoute qu'il supprima, autant qu'il le put, les exemplaires de son ouvrage, et il ne fut plus question de cette affaire, qui avoit fait d'abord quelque bruit, et qui , avec un auteur plus entêté , eût pu avoir des suites désagréables pour lui , ou même fâcheuses pour la paix de l'Église.
— Le 10 avril, sentence de l'official de Dijon au sujet d'un prêtre accusé de quiétisme* On avoit beaucoup parlé <le quiétisme, en Fra&ce, les années précédentes» La
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condamnation du livre de Fcnélon étoit récente. Les ouvrages de Molinos, de Mm« Guy on, de Malaval , avoient essuyé' successivement des censures. Dernièrentent la Èourgogoe avoit été tëmôin des ëgaremcns d'un prêtre* nommé Robert, nui prbfessoit ouvertement la doctrine de Molinos, séduisoit par de feintes visions l'esprit de quelques femmes , et s'en servoit pour corrompre ensuite leur cœur. Les deux puissances s'étoient réunies pour le frapper, et il prit la fuite. On impliqua dans cette affaire un autre prêtre , qui paroît y avoir été fort étranger. C'est celui qui fait le sujet de cet article. 11 s appeloit Quillot , étoit attaché à une des paroisses, de Dijon , et jouûsoit de la confiance d'un grand nombre de personnes. Il avoit de la piété, mais on savoit qu'il avoit été attaché à M«« Guyon. Il avoit reçu chez lui, en 1686, cette dame et le père . Lacombe, et il avoit répandu des ouvrages de la première. Ce furent apparemment ces motifs qui engagèrent à le comprendre dans une sentence de lofncial de Dijon , en 1 700 , contre les adhérens et les sectateurs du prêtre Robert. Cette sentence condamnoit labbé Quillot à rester trois -ans dans un monastère , à ne plus confesser, et à faire des prières et des aumônes. Il réclama contre ce jugement , publia des mémoires , et allégua que s'il avoit été" trompé dans l'origine par les apparences de piété de plusieurs faux mystiques, il n'en avoit jamais adopté les erreurs pernicieuses , et n'en avoit pas enseigné les maximes même les moins criminelles, depuis la condamnation qui en avoit été portée par le saint Siège et par l'église gallicane. Il sollicita donc la revision du procès , et en effet fofficial rendit une nouvelle sentence qui le renvoyoit à pur et à plein de l'accusation formée contre lui. il reprit ses fonctions. Mais peu après il parut dans Dijon un écrit anonyme , qui , sous le titre d'Histoire du Quillotisme , donnoit une relation infidèle de cette affaire, et tendoit à faire passer Quillot comme un chef de secte. M. de Germon t-Tonnerre , évéque de Langres ( il n*y avoit pas encore d evéque à Dijon ) , condamna cet écrit comme blessant également la vérité
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des faits parles calomnies qu'on y débitoit, et la pureté des mœurs par la nature des détails 011 Ton y entroit. îl paroît en effet qu'il régnoit dans ce libelle beaucoup de partialité et de licence. Le parlement de Dijon le condamna au feu , et après cet orage passager , l'abbé Quillot recouvra festime et la confiance qu'on avoit voulu lui faire perdre.
— Le 16 septembre, mort de Jacques II, roi d'Angleterre. Nous avons dit, dans l'Introduction, que ce prince, chassé du trône par l'invasion du prince d'Orauge et par la trahison de ses sujets, s'étoit retire en France, oh Louis XIV lui avoit donné un asile. Il faisoit sa résidence au château de Saint-Germain-en-Laye avec plusieurs Anglais et Irlandais qui lui étoient demeurés fidèles. Depuis le dernier effort qu'il avoit tenté en 1690 pour le maintien de ses droits , il avoit renoncé à toutes les idées de grandeur humaine, et ne s'étoit plus occupé que des vérités éternelles. La retraite, la prière, des lectures pieuses remplissoient tous ses moniens. Il ne parloit qu'avec douleur des désordres de sa jeunesse, et qu'avec calme et résignation de sa disgrâce et des menées de ses ennemis. Il visitoit une fois par an le monastère de la Trappe pour s'y renouveler dans la ferveur. Son corps fut enterré dans l'église des Bénédictins anglais de la rue Saint-Jacques , à Paris. Louis XIV fit trois visites au prince mourant, et lui promit de reconnoître le prince de Galles, son fils, pour héritier de ses droits. En effet, dès que Jacques fut mort , Louis salua le prince de Galles comme roi. Il écrivit en même temps h Guillaume , que ce titre ne chaugeoit rien au dernier traité , et que son intention avoit été seulement d'assurer au fils de Jacquesun état digne de son rang. Quelque plausible que fût cette explication , Guillaume, qui méditoit depuis quelque temps la guerre, se servit de cet incident pour animer le peuple anglais, et il fut bien seeondé par l'antipathie déeidée de la nation pour les catholiques. Le tvm« siècle s'ouvrit par une grande injustice contre eux. Le 23 mars 1-01 , le parlement d'Angleterre rendit un acte
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fameux qui exclut à jamais le fils de Jacques II de la succession au troue. Mais comme les deux filles de Jacques n'avoient point d'enfant , il fallut chercher dans les descendans des Stuart par les femmes, une branche qui eût des droits, quoique éloignés, à la succession. Plusieurs familles avoient , a cet égard , des prétentions , la maison d'Orléans , celle de Savoie , etc. Mais elles étoient catholiques , et cette seule qualité suffit pour les exclure. En remontant jusqu'à Jacques I«r , on trouva que sa fille Élisabeth, qui avoit épousé l'électeur Palatin, en avoit eu entr* autres une princesse nommée Sophie, qui vivoit encore , et qui avoit été mariée à un duc de Bruns wick- Ilanover. Ce fut cette dernière et ses héritiers qui furent appelés à la succession. On calcula qu'il y avoit en Europe quarante-cinq personnes qui avoient plus de droits qu'elle au trône de la Grande-Bretagne. Mais elle étoit protestante, et quoiqu'elle ne fût pas de la communion anglicaue , on s'assura apparemment que son fils et elle ne feroient aucune difficulté de s'unir à l'église établie; et en effet , le prince luthérien se trouva anglican sans difficulté. 11 n'étoit pas assez attaché h sa foi pour faire les mêmes sacrifices que Jacques. Guillaume survécut peu à cette mesure. Il mourut six mois après Jacques. Habile dans la guerre et dans la politique, il ne setoit point fait scrupule de détrôner son beau-père et son oncle. Il fut peu aimé des Anglais , et le peuple à 6a mort montra une joie immodérée. Les historiens anglais les plus impartiaux ont rendu justice h Jacques, et ont loué ses succès à la guerre , lorsqu'il n'étoit que duc d'Yorck. 11 est vrai qu'ils lui ont reproché les fautes de son règne. Son plus grand tort , dit un autre historien , fut peut-être de n'avoir pas été prophète , et de n'avoir pas vu où le conduisoient des conseillers perfides en le poussant à des démarches imprudentes et précipitées. Ils lui exagéroient son pouvoir, et le détournoient des ménagera ens qu'eût avoués la sagesse. Jacques reconnût depuis l'effet de leurs suggestions , et sa piété ne l'empêcha pas de sentir qu'il auïoit mieux servi la cause des catholiques en y mettant
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un peu plus de réserve. Il Tendit, le 17 avril 169$, £ Saint-Germain , une déclaration où il manifestoit son intention de maintenir l'église anglicane, et l'on nous a conservé* une conversation qu'il eût sur ce sujet avec un seigneur anglais , et dans laquelle le prince lui exposa ses raisons , et dit qu'il avoit consulté des -évéques de France et des docteurs de Sorbonne, qui Tavoient confirmé dans son sentiment (1). Jacques avoua dans cette conversation qu'il avoit été entraîné trop loin par de mauvais catholiques. Au surplus, s'il eut des torts, il les répara bien r r la vie pieuse qu'il mena dam» ses dis dernières années. \ jpporta l'adversité* avec courage, et alloit jusqu'à rer t sa disgrâce comme un trait de la miséricorde de a son égard. 11 déclara en mourant qu'il pardon-
\ son gendre, et il recommanda au prince de Gai-
. n< jamais mettre une couronne en parallèle avec r /,^tou. Il ne se montrait touché que du malheur de
qui avoient tout sacrifié pour lui rester fidèles. Quel* f, jugement que les politiques portent d'un tel prince,
iigton louera son caractère et son courage, et elle '.unorcra la mémoire de celui qui estima plus sa foi que son trône , et qui ne dût sa chute qu a la trahison de ses ennemis et a la déloyauté de ses sujets.
— Le 5 décembre, Clément XI nomme en consistoire un légat pour la Chine et les, pays circon voisins. On a vu pins haut que la paix des missions étoit troublée en Orient par une différence d opinion entre les missionnaires sur des pratiques ou cérémonies, que les uns toléroient , tandis que d'autres les proscrivoient. La question fu+ portée de nouveau à Home , et agitée sous le pontificat d'Innocent XII. La mort de ce Pape retarda la décision. Clément XI ordonna de reprendre l'examen de oette affaire. Il fit assembler une nouvelle congrégation , reçut de nouveaux mémoires , et consulta des personnes qui avoient vécu sur les lieux. Il crut même devoir prendre un autre moyen , et résolut d'envoyer dans ces coo-*
(i)HûtQÙxdçl église d Angleterre (par 0odd); t. m , page 4aiî
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trées un visiteur apostolique avec les pouvoirs les plus amples. Il choisit pour cette mission importante M. Mail* lard de Tournon, ecclésiastique Piémontais, auquel il donna le titre de patriarche d'Antioche , et qu'il fit son légat à latere , en le chargeant de voir par lui-mémo, les contestations , de réformer les abus , et de prononcer ce qu'il croiroit le plus sage. Il lui remit ses pouvoirs dans un bref du a juillet 170a, qui lui conter oit la plus grande autorité, et que d'Avrigny n'avoit apparemment pas lu , quand il avance que M. deTournon n'avoit été envoyé que pour prendre des informations* On verra sous 1704 et sous 1707 les mesures que prit le légat t et les suites qu'elles eurent,
Le 24 juillet , massacre et soulèvement dans les Cévennés. Un écrivain qui a fait l'histoire de cette révolte (1) , l'attribue aux prophéties et aux suggestions du ministre Jurieu , qui du fond de la Hollande excitoit par ses écrits fougueux le zèle des protestans , envoyoit des émissaires , ne parloit que de vengeance , et qui refaisant toujours des prédictions toujours démenties par l'événement, avoit calculé sans doute que le plus sûr moyen de les réaliser, étoit d'armer ses partisans , et de leur inspirer son fana* tisme. De la tant de provocations violentes, dont les plus sages protestans étoient choques, mais contre lesquelles ils n'osoient réclamer , dans la crainte d'irriter un homme tout-puissant dans son parti. Il ne trouva que trop de gens disposés à seconder ses projets turbulens. Ce fut pour en faciliter le succès qu'on établit à Genève tuie académie de ministres réfugiés, qui envoyoient do temps en temps des prédicans dans l'intérieur du royaume. On pense aisément ce que pouvoient être les ex» hortations de ces hommes nourris dans la haine du gou^