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(1) Utituirt Ju fiitatitme de wtn temps.
vernement, et exaltés par le zèle impétueux de Juriett et consorts. Cette méoie académie avoit, dit-on, charge* un nommé Du Serre , calviniste ardent , d'établir dans le Dauphiné une école de prophètes. Du Serre choisit donc quinze garçons et autant de jeunes filles de la campagne , qu'il jugea sans doute propres à son dessein. Il les endoctrina , il leur échauffa la tête , et après les avoir formés à leur métier , et leur avoir fait subir quelques épreuves , il prétendit leur donner le Saint-Esprit , leur souffla dans la bouche avec des cérémonies ridicules, et les envoya tout fiers de l'honneur qu'ils venoient de recevoir. Ils se dispersèrent. On comptoit parmi ses élèves cette bergère du Cret , que Jurieu prôna long-temps comme une prophétesse, même après quelle eut avoué ses impostures , et quelle se fût réunie sincèrement à l'Église. D'autres se, répandirent dans le Vivarais et les Cé- . vennes , et y trouvèrent des partisans. Ils tenoient des assemblées où le prophète prêchoit , prédisoit , et mêloit à ses discours des convulsions, des extases, et tout ce qui pouvoit séduire des gens grossiers et crédules. L'illusion et le fanatisme se propagèrent rapidement. Le don de prophétie fut communiqué à d'autres. Chacun voulut être inspiré. Des en fans même aspirèrent à cet honneur. Il se forma des attroupemens nombreux où des imposteurs séduisoient la multitude par leurs déclamations , en même temps qu'ils l'aveugloient par leurs prestiges. Ils prétendoient savoir les choses les plus secrètes , ils faisoient force contorsions et gambades. Enfin ils éch au Soient les esprits, et souflQoient le feu de la révolte par leurs prédications. Il fallut recourir à la force pour dissiper les attroupemens. Mais en 1701 , le mal prit un nouvel ac«r croissement dans les Cévennes, pays âpre et roontueux, qui avoit été apparemment jugé plus propre pour y établir le foyer de la sédition. Le nombre des inspirés augmenta d'une manière prodigieuse, et on ne voyoit qu'assemblées fanatiques où ils ne parloîent que de vengeance, et où ils exaspéroient des paysans simples et déjà jnécontens. Leurs provocations firent bientôt leur eflèU
Année fjott. i85
T^e a.f juillet 1702 , une troupe de protestons armés fondit sur la maison qn'occupoit, à Pont-dc-Montverd , l'abbé du Chayia , a rchi prêtre de Mende et inspecteur des missions. Il fut massacré avec les circonstances les plus barbares. Les assassins prirent plaisir h lui faire cinquantedeux blessures, dont vingt»quatre étotent mortelles. Un prêtre et deux autres personnes de sa maison furent tués avec lui. La mémo troupe alla ensuite tuer deux prêtres des paroisses voisines. On dit, car nous ne voulons rien dissimuler, que l'abbé du Chayia, outre sa qualité de missionnaire qui le rendoit odieux aux protestans, s' et oit encore attiré leur haine par sa sévérité h leur égard , et cette accusation , q*ie l'on trouve dans les historiens de leur parti , n'a pas été entièrement démentie par les écrivains catholiques. Quoi qu'il en soit, cet assassinai fut le signal de la guerre. Les meurtriers égarés par ce glorieux succès coururent a de nouveaux, exploits. Ils s'em^ parèrent d'un château voisin, massacrèrent tous ceux qui l'habitoient, et y ayant trouvé des armes, grossirent leur troupe, en formèrent même plusieurs, reconnurent des chefs , et commencèrent leurs excursions. Le 1 3 août , un gentilhomme protestant converti fut égorge par eux. Bientôt les églises sont brûlées. Plusieurs curés et missionnaires reçoivent la mort des mains de ces brigands. Des catholiques auxquels on n a voit à reprocher que leur zèle, des femmes même sont impitoyablement massacrés, et en un instant cette malheureuse contrée devient un théâtre de fureurs , d'incendies et de carnage. Un écrivain qui n'est pas suspect (1) compte, dans le mois de janvier 1703 seulement, que les révoltés brûlèrent qua- ■ rante paroisses , châteaux ou maisons , et tuèrent plus de quatre-vingts personnes. Cet auteur étoit protestant. Son impartialité prétendue ne se trouve d'ailleurs que dans
(1) Court de Ocbelin , pt re do Vauleur du Monde primitif ', dans l'ouvr.i^e iiitilulr : Histoire d>± troubles des Cét'ennes , ou de la Guerre des Canrisrtrrfs . y:ir V mtcur du Patriote J'ranroh impartial; Viilcfrauchc , 17O0. 3 vol.
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le titre de son livre. Il a ton jours des raisons pour c*cuser les siens, et il se moque agréablement , en plusieurs endroits , de la frayeur des prêtres , que la nouvelle du massacre de leurs confrères eogageoit à se retirer dans les villes. Nous n'entrerons pas avec lui dans les détails de cette guerre. Elle «Tut horrible de part et d'autre. Car les cruautés des uns attirèrent les représailles des autres. On eut recours aux supplices pour effrayer les rebelles , et les Cé venues devinrent un théâtre d atrocités sanglantes et d'exécutions rigoureuses. Tel fut le fruit de l'enthousiasme et de l'esprit de parti. Une foule aveugle suivoit au combat les faux prophètes. Cétoient eux qui décidoient la conduite qu'il failloit 'tenir. C etoit à eux qu'on s'en rapportoit sur le tort des prisonniers, et leur bouche hypocrite empruntait le langage de l'Écriture pour ordonner le meurtre des oatholiques , le ravage de leurs terres f l'incendie de leurs églises et de leurs maisons. Leurs excès allèrent si loin , qu'un synode étranger leur écrivit pour leur reprocher leurs cruautés. Mais ils n'en continuèrent pas moins leurs désordres. Ils appelèrent à leurs (secours les puissances étrangères, et les Anglais firent quelques tentatives pour leur envoyer du renfort. Enfin , après s'être soutenus assez longtemps , ils furent obligés de céder aux troupes qu'on envoya contre eux, sons les ordres des maréchaux de Montrevel et de Villars. Celui-ci engagea la plupart des chefs à se soumettre. Cavalier, un des principaux, fit son accommodement, et se retira peu après en Angleterre, et le Languedoc respira un peu après tant de désastres. Ou craignit, en 1705, de voir renaître les troubles. Une révolte devoit éclater le 25 avril. Elle a voit été concertée entre quelques chefs des Cain isards rentrés secrètement en France. Ou ne .se proposoit rien moins que de foire révolter tout le Languedoc, et un grand nombre de protestans étoient entrés -dans \i% complot. Le duc de Berwick, qui commandoit dans le pays, en fut instruit. On arrêta plusieurs des coupables, et l'on fut effrayé quand leurs révélations curent appris la grandeur du danger que l'on avoit couru*
t/autenr protestant, que nous avons déjà cite, se plaint des rigueurs que l'on exerça envers les conjurés, et parle beaucoup , à cette occasion , de tolérance, Mais devoit-on tolérer des brigands, qui avotent déjà commis tant de crimes, et qut, si on ne les eût prévenus, ailoient encore mettre le trouble dans une grande province, et recommencer une guerre sanglante? 11 y eut encore, en 1706 et en 1709 , quelques désordres. Il s'éleva des révoltes partielles où périrent plusieurs prêtres : car ils étoient toujours le principal objet de la haine des séditieux , et lorsqu'ils tomboient entre leurs mains , ils étoient incontinent mis à- mort , ou bien on ne leur laissoit un instant la vie que pour jouir de leurs tour mens , et les mire périr dans des supplices recherchés et barbares. Toute l'histoire de ce temps atteste ces cruautés , et l'on peut voir des détails curieux sur l'état affligeant de ces contrées, dans les lettres de M. Fléchier, évoque de Nîmes. Ce prélat pieux et charitable y déploie, dune manière touchante, les malheurs de l'Eglise et ceux de l'humanité , et' ce qu'il dit des excès des protestans a d'autant plus de poids , que l'on connoît assez sa modération et son indulgence pour leurs personnes, et que Ton sait qu'il désapprouva quelquefois des mesures de rigueur qu'employèrent en certaines rencontres des commandant particuliers, mesures qu'il jugeoit aussi peu conformes au bien de l'état qu'à l'intérêt et a l'esprit de la religion.
— Le 29 septembre , Ordonnance de M. Bossnet , évoque de Meaux , contre la traduction du Nouveau Testament, dite de Trévoux, qui venoit de paroître. L'auteur étoit Richard Simon , prêtre, connu parla singularité et la hardiesse de ses opinions. Il étoit fort instruit, et avoit beaucoup travaillé sur l'Écriture sainte. Mais il paroît qu'il l'avoit plus étudiée dans les écrits des prot estans que dans les commentaires des Pères, dont du prétend même qu'il faisoit assez peu de cas. Avec cette manière de voir, sa traduction devoit avoii bien des défauts, et la réputation de l'auteur ne 'pouvoit que la vendre plus dangereuse encore. Le cardinal de jS'ooiU
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les, archevêque do Paris, fut le premier à l'attaquer par une Ordonnance du i5 septembre. Quelques jours après, M. Bossu et donna la sienne. H y dcTendoit de lire ou retenir le livre, tant la préface et la traduction que les remarques , u comme étant respectivement , la traduc- « tion , infidèle, téméraire et scandaleuse; et les remaru ques, pleines d'explications pareillement téméraires,. « scandaleuses, contraires à la tradition , périlleuses dans u la foi et induisant a erreur et hérésie. » Tel étoit le jugement de l'illustre prélat , où l'on remarque , pour le dire en passant, un exemple des condamnations in globo, par lesquelles on n'applique les qualifications qu'en général. Ce savant éveque ne crut pas sans doute cette forme de censure aussi déraisonnable et aussi injuste, qu'on a voulu le faire croire depuis , et l'on est bien aise de voir M. Bossuet se déclarer par la pratique pour une sorte de jugement usitée depuis long-temps dans TÉglise. Il joignit ù son Ordonnance des Instructjons , où l'on retrouve la même solidité que dans ses autres ouvrages. Il reprochoit à M. Simon de s'être laissé aller a une critique hardie , de mépriser les explications des Pères , de s'attacher avec une affectation marquée à celles des protestans et des sociniens , de favoriser leurs erreurs, et d'altérer en bien des endroits les passages les plus clairs et les sens consacrés par la tradition. Quelques-unes de ses. notes étoient en effet singulières et fort déplacées. Ainsi , pour nous borner a un seul exemple , sur ces mots , Joseph étoit juste, voici la glose de M. Simon : u Juste se « prend ici pour bon , commode , équitable , doux , en sorte « que lcvangélistc a voulu marquer par là que Joseph étoit « un bon mari. » Peut-on altéitr d'une manière plus dérisoire l'éloge que fait de Joseph le texte sacré? Au reste, M. Simon ne se rendit pas, et soutint sa traduction par quelques écrits, que l'on trouve réfutés dans les Instructions de M. Bossuet.