X-c \f\ janvier , concile de la province d'Albanie. Ce
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pays, situé entre la Macédonie et le golfe <le Venise, est, comme on sait, sons la domination des Turcs, qui y ont un pacha. Les chrétiens y sont en assez grand nombre, et pour cela même pliis en butte à la tyrannie des Musulmans. Ils sont accablés d'impôts et réduits à une extrême pauvreté. On exerce contre eux toute sorte . de vexations, afin de le9 engager à embrasser le mahométisme. On enlève leurs femmes, on entrave l'exercice de leur religion , on les empêche de réparer leurs églises, on leur fait souffrir des avanies , on les rançonne, on les emprisonne sous les moindres prétextes. Dans cet état de servitude, et de persécution , la religion se maintient pourtant encore, et tous les efforts des infidèles n'ont pu déracines entièrement la foi parmi ces peuples malheureux. Mais il s'étoit glissé parmi eux des abus, et ce fnt pour y apporter remède que M. Zmajevich, archevêque d'Àntivari et visiteur apostolique de l'Albanie , résolut de convoquer le concile de cette province. Ce prélat zélé ne put voir sans douleur la situation déplorable de? ce troupeau , et crut que de nouveaux réglemens pourroient réparer quelques-uns des maux qui afiligeoient cette portion de la catholicité. II indiqua l'ouverture du concile par une lettre datée de Corbino, le 1 décembre 1702, et exhorta les évéques a se réunir pour le second dimanche après r Epiphanie. Le concile s'ouvrit en effet au four indiqué, dans l'église de Saint- Jean- Baptiste de Mcrchigné, au diocèse d'Alessio. Il étoit composé de l'archevêque d'Antivari , président , des archevêques de Durazzo et de Scopia , des évêques de Sappa et d'Alessio , des évéques élus de Seutari et de Pullati , et des préfets des missions de Macédonie et d'Albanie. Les décrets sont ou nom de l'archevêque, du conseil et du consentement de ses collègues. Ils commencent par la profession de foi accoutumée. M. Zmajevicli s'élève contre les chrétiens pusillanimes que la crainte des Turcs portoit à des actions contraires à la religion , contre quelques abus qui avoient lieu par rapport à l'administration du baptême, contre des désordres qui sëtoieut introduits relativement
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au mariage.... Il se plaint du peu de zèle qu'ont les ceclésiastiqacs pour instruire les peuples et pour, s'instruire eux-mêmes , et il leur donne des conseils salutaires. Il règle définitivement les limites de quelques diocèses, et fixe 1rs rapports de dépendance entre les missionnaires et les évêques des lieux. Il recommande de soigner l'instruction des élèves que Ton forraoit dans les écoles de Corhino et d'Âlessio , qui étoient comme les séminaires du pays. Les décrets contiennent en outre plusieurs régie— mens sur la prédication , les fêtes , les devoirs des pasteurs , les sacremens , Pentretien des églises , etc. Ces règlement nous ont paru fort sages , et sont rédiges d'une manière également solide et touchante. L'archevêque y tient un langage tout-à-fait apostolique, et y entre dans des détails qui honorent zon zèle. On arrêta d'implorer le secours des ambassadeurs chrétiens à Constant inople , contre les violences et la tyrannie des Turcs. Les décrets sont signés des sept évêques et de trois missionnaires. Il paroil Nju'ils étoient destinés aussi pour les églises de Servie. L'archevêque , président , prend le titre de primat de cette province. Le 10 juillet 1 703 , il écrivit à Clément XJ , en lui envoyant les actes pour les soumettre à son examen. Il fait dans sa lettre une triste peinture de la situation des pays qu'il vient de parcourir, et réclame l'assistance du saint Siège pour les chrétiens d'Albanie.
— Le 12 février, Clément XI proscrit par un bref une décision de quarante docteurs de Sorbonne. 11 n'y avoit point eu , relativement au jansénisme , d'affaire qiu eût fait plus de bruit depuis la paix de Clément IX. Voici le sujet et le précis do la consultation des quarante docteurs. On suppose qu'un confesseur de province a quelques doutes sur le compte d'un ecclésiastique, auquel il a donné long-temps l'absolution sans scrupule , mais qu'on lui a dit avoir des sent imens nouveaux et singuliers, U a donc examiné cet ecclésiastique , qui lui a répondu , i° qu'il condamne les cinq propositions dans tous les sens condamnés par l'Église et même dans le sens de Jansénius, comme Innocent XII l'a expliqué dans son bref
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aux évéqués des Pays-Bas; mais que, sur le fait, il lui suffit d'avoir une soumission de respect et de silence , et que tant qu'on ne pourra le convaincre juridiquement d'avoir soutenu aucune des propositions, on ne doit pas l'inquiéter , ni tenir sa foi pour suspecte. a° Il croit la prédestination gratuite et la grâce efficace par elle-même ; mais il avoue qu'il y a des grâces intérieures qui donnent une vraie possibilité d'accomplir les commandemens de Dieu , et qui n'ont pas tout leur effet par la résistance de la volonté. 3° 11 croit que nous sommes obliges d'aimer Dieu par-dessus tout, et de lui rapporter toutes nos actions ; d'où il conclut que les actions qui ne sont pas faites par l'impression de quelque mouvement d'amour de Dieu , sont des péchés , faute d'une fin bonne et droite. 4° H pense que l'attrition doit renfermer un commencement d'amour de Dieu par-dessus toutes' choses ,. pour être une disposition suffisante à recevoir Ja rémission des pèches dans le sacrement de Pénitence. 5° Son sentiment est que celui qui assiste à la messe avec la volonté et l'affection au péché mortel, commet un nouveau péché. 6e II ne croit pas que la dévotion envers les saints , et prinoi" paiement envers la sainte Vierge , consiste dons tous les vains souhaits et pratiques peu sérieuses, qu'on voit dans certains auteurs. *)° A la vérité, il ne croit pas à la conception immaculée de la Vierge ; mais il se donne bien de garde de rien dire contre ^opinion opposée à la sienne. 8° Enfin , il lit le livre De la Fréquente communion d'Arnauld , les Lettres de l'abbé de Saint-Cyran , les Heures de Du mont , la Morale dé Grenoble , les Conférences de Luçon et le Rituel d'Alet* Il croit tous ces livres bons et approuvés, et pense de même des traductions du Nouveau Testament en langue vulgaire, et même delà traduction dite de Mons , qu'on peut lire dans les diocèses où elle n'a pas été défendue. Après cet exposé, le confesseur demande s'il peut absoudre l'ecclésiastique. Quarante docteurs répondirent que ces seutiraens n'ctoicnl ni nouveaux , ni singuliers, ni condamnés par l'Eglise, ni tels enûn que le confesseur dût exiger que l'on y renonçât.
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Cette décision étoit du 10 juillet 1701. Elle avoit, à ce qu'il paraît, pour auteur, le docteur Petitpied ; du* moin s ou assure, dans sa Vie , qu'il dressa cette résolution* Elle fut tenue secrète assez long-temps, et ce ne fut guère que sur la fin de 1702, ou au commencement de 1703, quelle fut publiée avec une préface que Dupin lui-même qualifie d'impertinente. Les docteurs signataires assurèrent n'avoir eu aucune part à la publication de cet écrit* Quoi qu'il en soit « il excita les réclamations les plus vives. On vit aisément que la décision des docteurs tendoit à anéantir tout ce qui avoit été fait dans le siècle précédent contre le jansénisme. L'évêque d'Apt la condamna le 4 février. Huit jours après , le Pape donna son bref. Les docteurs effrayés de l'orage, parurent vouloir revenir sur leurs pas. Le P. Alexandre , un des plus célèbres des signataires, assura dans une longue lettre à 1 archevêque de Paris, qu'en disant qu'il suffisoit d'avoir sur le fait une soumission de son propre jugement de l'Église. Il protesta reconnoître dans l'Église une infaillibilité de gouvernement et de discipline dans la décision des faits doctrinaux , et croire qu'on ne peut , sans péché mortel , refuser opiniâtrémeut de siguer le formulaire. Quelques autres docteurs signèrent aussi un acte, où ils décidoient qu'on doit à l'Eglise, non seulement un silence respectueux , mais encore une créance intérieure et un acquiescement véritable de coeur et d'esprit. Les autres . signataires, au nombre de vingt-quatre, écrivirent au cardinal de Noailles pour se soumettre au jugement qu'il porterait sur leur décision. Toutes ces rétractations étoient l'eilct des soins du cardinal lui-même, qui n avoit rien épargné pour amener les docteurs à celte démarche. Il donna aussi son Ordonnance, datée du 11 février, mai* qui ne narut que le 5 mars. Aussitôt les docteurs révoquèrent leur signature. 11 n'y en eut que deux qui le refusèrent , Petitpied et Delan; encore ce dernier se soumit-il dans la suite. Petitpied , fauteur même de la résolution , persévéra à la défendre , fut exilé à Beaune , et se retira depuis auprès de Quesuel en Hollande* Cependant
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dant un grand nombre d'évêques se déclaraient contré le Cas de conscience , et donnoient de3 Mandemens pour Je proscrire. Outre le cardinal de Noailles , il y en eut environ dix-huit qui s'expliquèrent à ce sujet. Seulement comme quatre d entreux avoient inséré dans leurs Mandemens le bref du 12 février, qui n'étoit point revêtu de lettres- patentes , il y eut des parlemens qui, pour cette raison , en appelèrent comme d'abus. La faculté' de théologie de Paris , qui eût dû se montrer la première , ne prit que le 4 septembre 1704 une délibération pour censurer le Cas de conscience, et exclure de son sein ceux qui ne voudroient pas se soumettre. En conséquence , Petitpied fut rayé du tableau. Enfin le Cas de conscience fut aussi proscrit dans les Pays-Bas par l'archevêque de Ma» lines et l'évéque de Liège , et par les facultés de théologie de Douai et de Louvain. Celle-ci donna même à ce sujet » en 1705, une seconde censure fort détaillée , où elle reprenoit, article par article, ce qu'elle avoit trouvé de blâmable dans la déclaration de l'ecclésiastique supposé. Au reste , ces différentes condamnations ne ramenèrent pas ceux qui les avoient provoquées ; et comme ils se retranchoient toujours derrière le silence respectueux t prétendant qu'ils n'étoient tenus qu'à ne pas contredire ouvertement les décisions de l'Église , et ne cessant cependant d'écrire contre elles, Clément XI voulut leur ôter ce dernier subterfuge. Nous en parlerons sous 1705.
Le 17 mars, jugement rendu en Angleterre contre deux écrits en faveur du matérialisme. Nous avons va que cette île renfermott plusieurs ennemis de la religion. Les uns, déistes déclarés, en sapoient les premiers principes. Les autres, ariens ou sociniens, nioient le dogme fondamental du christianisme. Dans ce dernier parti se distinguoient sur-tout Clarke, Whiston, Emlyn, qui écrivoient pour la défense de luuitarianisme , et qui en-
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coururent à ce sujet, de la part de leur clergé même , des condamnations méritées. L'autre parti comptoit aussi alors plusieurs défenseurs. Asgill est le moins dangereux de tous dans son livre bizarre, intitulé : Argument prouvant que y conformément au contrai de vie éternelle révélé dans les Ecritures } un homme peut être transféré d'ici bas à la vie éternelle sans passer par la mort. La singularité du sujet et celle de la forme donnèrent un moment de vogue à cet ouvrage, fruit dune imagination déréglée. Il fut condamné au feu en 1703, et l'auteur chassé de la chambre des communes dont il étoit membre. Dans le même temps , Guillaume Coward , docteur en médecine , avoit publié sous le nom d'Estibius PsycalctKès , de Nouvelles réflexions surf ame humaine. 11 y soutenoît que le sentiment de la spiritualité et de l'immortalité de notre ame, ce sentiment si universel, si noble, si digne de l'homme et de son Auteur, étoit une invention païenne, une source d'absurdités, et une in>- 6ulte faite a la philosophie, à la raison et à la religion. 11 confirma ces assertions dans son Essai publié en 1704. Ces deux ouvrages furent déférés à la chambre des communes, qui crut sage de réprimer ces écarts naissans d'un parti qui annoncoit aussi 'hautement son opposition aux vérités révélées. On nomma un comité pour examiner les livres de Coward. Henri Saint-Jean , depuis lord Bolingbroke , en étok membre. Il fit son rapport, le 17 mars , et cita une douzaine de passages les plus hardis. L'auteur fut appelé , et se montra disposé à se rétracter. On le laissa tranquille, mais on condamna ses écrits au feu. La sentence fut exécutée le jour suivant. Coward continua a dogmatiser dans le même sens , et la liste des détracteurs du christianisme s'augmenta sensiblement en Angleterre. Nous aurons plus d'une occasion de signaler leurs efforts , qui n'ont eu que trop d'influence sur l'esprit du siè< le.
— Le 23 juin, M. de Tournon donne a Pondichéry Un Mandement contre les rits malabarcs. Ce légat étoit parti de Cadix , le 9 février 1 703 , et„étoit arrivé à Pon-
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dichéry , le 6 novembre suivant. Il trouva aussi les missionnaires de cette contrée divisés d'opinion sur des pratiques et des usages du pays. La mission de la presqu'île de l'Inde , partagée en trois , celles du Maduré , du|M ayssour et du Carnate, florissoit depuis long-temps. Saint François- Xavier en avoit été le fondateur, et les membres de sa Société* avoient travaillé avec zèle , après sa mort , à continuer son ouvrage. Mais ils ne tardèrent pas h s'apercevoir que les préjugés du pays apportaient, quelquefois obstacle à la conversion des habitans. L'horreur de ces derniers pour les Européens, qu'ils appelent Pr an guis , étoit un des principaux points qui empêchoient le succès de la prédication. Ce fut pour parer a cet inconvénient que, vers le commencement du xvir» siècle, un Jésuite, nommé le P. Robert des Nobles , imagina de se faire passer parmi ces peuples pour un brame du Nord , c'est-àdire , pour un membre de la caste la plus révérée en ce pays , et de se faire appeler sahias ou pénitent , nom qu'on donne dans l'Inde à ceux qui mènent une vie austère et retirée. Il prit donc l'habit, les usages et la manière de vivre du pays , cachant avec grand soin le nom d'Européen , et imitant en tout les autérités des sanias indiens. Les autres Jésuites suivirent son exemple , et ce ne fut pas la seule condescendance qu'on les accusa d'avoir pour les préjugés de ces peuples. On prétendit qu'ils s'asservissoient aux Indiens , qu'ils toléroient des usages idolâtriques ou superstitieux , et qu'ils altéraient la pureté du christianisme par des tempéramens pernicieux. De là des disputes entre les Jésuites d'une part , et de l'autre les Capucins et les autres missionnaires établis sur la côte de CoromandeL M. de Tournon , arrivé à Pondichéry , prit connoissance de ces démêles , et après avoir consulté plusieurs Jésuites mêmes, et examiné soigneusement, pendant six mois, * l'objet des contestations, il donna, le i3 juin, son Mandement, par lequel il défendoit d'omettre aucune des cérémonies du baptême, de le différer, de donner aux néophytes des noms d'idoles , de marier les enfans à six ou sept ans , de porter le Taty avec la figure du Pullear
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et le cordon mystérieux, de pratiquer dans le» cérémonies nuptiales des usages superstitieux ou déshonnêtes , de refuser d'entrer chez les Pâmas pour leur porter les sacremens, de laisser aller les chrétiens dans les temple» d'idoles pour y Jouer des instrumens, de prendre de* bains autrement que par propreté, de se servir des cendres de vache, et de lire des ouvrages in décens ou superstitieux» Tel fut le Mandement que le légat publia , le 1 1 juillet , époque de son départ de Pondichéry pour la Chine; car il avoit différé jusque-là à le mettre au jour. Les Jésuites ne se montrèrent pas satisfaits de cette Ordonnance. Ils prétendoient que, parmi les pratiques condamnées par le visiteur apostolique , les unes étoient indifférentes, et assuraient avoir retranché des autres tout ce quelles pou voient avoir de contraire a la foi ou aux mteurs. Ils députèrent donc à Rome pour foire valoir leurs raisons, et demander qu'il leur fût permis de conserver les pratiques du pays, telles qu'ils les avoient modifiées. Leur principale raison étoit l'attachement de ces peuples à leurs usages. On ne voit pas néanmoins qu'ils aient réussi auprès du saint Siège* Au contraire, un décret de l'inquisition, du 7 janvier 1706, ordonna d'observer provisoirement le Mandement , ordre que Clément XI renouvela plusieurs fois. Cependant les partisans décrits malabares ne discontinuèrent point encore, à ce qu'il paroît , de les pratiquer. Ils se persuadèrent apparemment que la connoissance qu'ils «^voient des localités, les mettoit plus en état de juger sur ces matières. Us prétendirent que le légat avoit passé ses pouvoirs, et assurèrent que l'exécution du Mandement ruiner oit le christianisme dans ces contrées, fis se virent appuyés par deux évêques portugais, et la division devint plus, vive , que jamais. Mais le saint Siège maintint avec fermeté l'ordonnance du visiteur. M. de Visdelou , Jésuite , qui ne pensait pas sur ce sujet comme plusieurs de ses confrères , et que M. de Tournon avoit nommé évéque de Claudiopolis, fut chargé par lui et par le Pape de veiller à 1 observatjQn du Mandement* Benoît XIII et Qément XII
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lurent encore obligés de prendre de nouvelles mesures ^ que nous verrons confirmées par Benoit XIV en 1745*
Le 6 mai , mort à Vienne .de l'empereur Léopold , Il l'âge de 65 ans et dans la 47" année de son règne. D fa i soit profession de piété , protégeoit la religion , étoit instruit , et donna en général sa confiance à des ministres habiles. Il fit avec succès la guerre aux Turcs, et vint ù bout de se rendre le maître dans l'Allemagne. 11 dirigeoit à son gré les diètes , et entraîna l'Empire dans ses guerres contre la France. On lui a reproché des traits de despotisme , la spoliation du duc de Mantone , et de grandes rigueurs contre les Hongrois révoltés. Eléonore de Bavière-Neubourg , sa troisième épouse, fut célèbre par sa piété et sa vertu. On a pubUé sa vie.
— Le i5 juillet, Clément XI donne la constitution Vintam Domini. Elle lui avoit été demandée par les rois de France et* d'Espagne , et par plusieurs évêques qui voyoient les progrès des nouveautés dans leurs diocèses. Le Pape y confirmoit de nouveau les bulles d'Innocent X et d'Alexandre VII , « qui avoient fini la cause, « et auraient dû, dit-il, finir Terreur, s'il ne s'étoit «i trouvé des hommes qui emploient mille subterfuges « pour troubler l'Église. » Il se plaignoit qu'pn abusât principalement du bref de Clément IX aux quatre évêques, et de ©eux d'Innocent XII aux évêques des Pays* Bas. « comme si, ajoutoifcil, Clément qui déclaroit dans ce même bref qu'il demeurerait très-fermement attaché aux constitutions de ses prédécesseurs , et qu'il avoit exigé des quatre évêques une obéissance vraie et entière* et une souscription pure et simple , eût admis effectivement quelque exception ou restriction dans le temps même qu'il protestoit qu'il n'en aurait jamais admis aucune ; et comme si Innocent XII , en déclarant avec sagesse et pré-* caution que les propositions extraite! du livre4e Janséoius v
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ont été condamnées dans le sens évident que les terni a* dont elles sont composées présentent d'abord et expriment naturellement, avoit voulu parler, non du sens propre et naturel quelles forment dans le livre de Jansénius ou que Jansénius a eu en vue, et qui a été condamné par Innocent X et Alexandre VII, mais de quelque autre sens différent 5 et comme s'il avoit voulu adoucir , restreindre ou changer leurs constitutions par ces mêmes brefs , dans lesquelles il assuroit qu'elles étoient encore daus toute leur force et qu'il y demeurait fortement attaché. » Le Pape en venoit ensuite à ceux qui prétendoient qu'il netoit pas nécessaire de condamner intérieurement comme hérétique le sens du livre de Jansénius , mais qu'il suffisoit de garder sur cela un silence respectueux. « Sous le voile de cette trompeuse doctrine, disoit-il, on ne quitte point Terreur, on ne fait que la cacher ; on couvre la plaie, au lieu de la guérir; on n'obéit pas à l'Église, mais on s'en joue. Bien plus, quelques-uns, n'ont pas craint d'assurer que l'on peut licitement souscrire le formulaire, quoiqu'on ne juge pas intérieurement que le livre de Jansénius contienne une doctrine hérétique : comme s'il étoit permis de tromper l'Église par un serment, et de dire ce qu'elle dit sans penser ce qu'elle pense. » Enfin le Pape déclarait qu'on ne satisfait point , par le silence respectueux, à l'obéissance due aux constitutions, et que l'on doit condamner comme hérétique et rejeter de cœur le sens du livre de Jansénius qui a été condamné dans les cinq propositions , et que leurs propres termes présentent d'abord. Une décision aussi précise forçoit d'erreur dans ses derniers retranchemens. Cependant il se trouva des gens, qui, à force de subtilités, prétendirent qu'elle ne décidoit rien. C'étoit une triste consolation qu'ils vouloient se procurer dans leur disgrâce. Au fond ils savoient qu'en penser j et la simple lecture de la bulle réfutoit leur allégation.
— Le i5 janvier, bref du Pape aux membres de la
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dernière assemblée du cierge. Lorsque la constitution Vineam Domini étoit arrivée en France , le roi l'a voit adressée , le 2 août , à l'assemblée du clergé qui se tenoit à Paris.' Le lendemain, le cardinal de Noailles, président, en parla à ses collègues dans un discours, oh il s expliqua , dit-on , avec assea de vivacité contre les Mandemens donnés par quelques prélats dans l'affaire du Cas de conscience. Il assura que l'kglise ne prétendoit pas être infaillible dans la décision des faits même dogmati- ' ques, qui ne sont pas révélés. Son discours ne fut point inséré dans le procès- verbal. On y lit seulement qu'il exposa les grands biens que l'Eglise pou voit espérer de la bulle , et qu'il témoigna ne pas douter que l'assemblée ne la reçût non seulement avec respect, mais même avec % joie. Il nomma sur-le-champ des commissaires charges de faire un rapport sur cet objet. À leur tête étoit M. Colbert, archevêque de Rouen, qui fit son rapport le 21 août. On ne le trouve pas non plus dans le procès-verbal. On y lit seulement qu'il le finit en établissant quelques maximes que rassemblée adopta. i° Les évêques ont droit par institution divine de juger des matières do doctrine-, 2° les constitutions des Papes obligent toute l'Église, lorsqu'elles ont été acceptées par le corps des pasteurs ; 3° cette acceptation de la part des évêques se x fait toujours par voie de jugement. Après avoir établi ces maximes , qui n ét oient peut-être pas infiniment nécessaires , puisqu'il n'y avoit pas de contestation à cet égard , l'assemblée arrêta qu'elle recevoit la constitution avec respect, soumission et unanimité. Le Ier septembre, la faculté de théologie de Paris suivit cet exemple : quatre jours après , la bulle fut portée au parlement avec des lettres patentes du roi , et y fut enregistrée le même jour. Elle fut aussi envoyée aux évêques, qui donnèrent successivement leurs Mandemens pour la faire publier. Les évêques de Senez et de Montpellier le firent comme les autres , démarche d'autant plus remarquable de leur part, que ces prélats suivirent bientôt une routo différente. U n'y eut que l'évêque de Saint-Pons , qui se
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distingua de ses collègues , et qui donna un Mandement pour la justification du silence respectueux. Cependant le Pape se montrait peu satisfait de l'assemblée du cierge'. 11 avoit appris la manière dont les archevêques de Paris et de Rouen y avoient parlé. Ceux qui étoient mécontens de la bulle se vantoient que ces prélats leur avoient été favorables. Parmi les autres évêques de l'assemblée , on en comptoit quelques-uns qui depuis se déclarèrent ouvertement pour eux. Clément XI étoit d'ailleurs choqué de F affectation avec laquelle on avoit répété partout dans les lettres circulaires et dans les M an démens , que les évéques n étoient pas de simples exécuteurs des décrets apostoliques, et que les constitutions obligeoient après l'acceptation solennelle des pasteurs. 11 craignit peutêtre que Ton n'eût voulu insinuer que les évéques avoient le droit de juger les décisions du saint Siège, ou bien qu'on ne prétendît qu'il fut besoin dune acceptation solennelle des constitutions, pour être tenu d'y déférer. Il est certain que si telle eût été l'intention de l'assemblée de 1 705 , elle eut pensé différemment de celles qui avoient précédé. Les évéqùes, en examinant une constitution apostolique , ne la jugent pas ; ils jugent plutôt avec le Pape, et leur jugement, pour être valide, n'a pas besoin des formes solennelles. Une acceptation tacite suffit le plus souvent. D'après ces idées, plusieurs des prélats de l'assemblée de 1705, çonyenant probablement que le mécontentement du Pape n'étoit pas sans quelque fondement , consentirent à lui donner satisfaction , pourvu que leurs droits ne fussent pas compromis. En conséquence, douze archevêques et évêquea lui adressèrent, le 10 mai 17 10, une explication des endroits du procès-verbal qui avoient donné lieu aux plaintes. Le cardinal de Noailles, qui devoit d'abord signer aussi cette pièce , mais qui le refusa ensuite , consentit enfin , après beaucoup de délais, à écrire au Pape, d'après un modèle convenu. Ce ne fut que le 29 juin 1711 qu'il envoya son explication. On remarqua déjà en lui , dans cette affaire, des préventions qui ne firent que s'accroître , et
Atonie 1707. 301 trop de facilité a suivre des conseils dont il eût dû $e>
délier.
Le 5 janvier, jugement rendu , à Londres, contre
les fanatiques des Cévennes. Nous avons parlé , sous 1 702 , des prophètes et des inspirés qui furent la cause du soulèvement de ce pays et des crimes qui le souillèrent. La valeur des troupes et l'habileté des généraux appaisèrent la révolte , mais ne firent point cesser l'esprit d erreur et de vertige qui lavoit produite. Les enthousiastes, qui a voient plus d'une fois annoncé à leurs sectateurs une victoire certaine, continuèrent à prédire, même après que révénement eut si mal justifié leur science prophétique. Seulement ils se cachèrent avec plus de soin , et lorsque la tranquillité fut rétablie , plusieurs d'entr'eux se retirèrent à Londres pour y être moins genés dans leur métier , et pour y suivre , plus k Taise , les inspirations de l'esprit. Ils se firent bientôt un parti parmi les protestans réfugiés, et ils trouvèrent des dupes dans cette grande ville, comme ils en avoient trouvé dans les montagnes du Languedoc. Trois dentr'eux , Marion , Fage et Cavalier , se distinguèrent dans la foule par un plus grand talent. Ils avoient reçu le don au plus haut degré , et ils le prouvoient par des tours de force prodigieux. Ils éprouvoient , pendant l'inspiration , des agitations extraordinaires , jetoient de grands cris , rerauoient la tête et les bras , et se secouoient si fort qu'on ne pouvoit les retenir. Us paseoient plusieurs jours sans manger , connoissoient l'intérieur des consciences, et débitaient de fort beaux discours, toujours au nom de Yesprit. Nous avons lu plusieurs de ces discours, qui spnt à- peu-près les mêmes que ceux de convubionnaires d'une autre espèce dont nous parlerons dans la suite. Ces deux sortes d'imposteurs se ressemblent jparfaitement. Le don des uns a beaucoup d'analogie avec t œuvre des autres. Leurs cortorsions et leurs prophéties «ont également ridicules. Seulement il faut reconnoître
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que La gloire de l'invention appartient incontestablement aux échappés des Cévennes , et qu'il ne reste aux saltimbanques, qui brillèrent, avec tant d éclat , à Paris quelques années après, que l'avantage d'avoir étendu et perfectionné ce que leurs prédécesseurs avoient commencé. Les uns et les autres ont été d'ailleurs également méconnus et tournés en ridicule. Tandis qu'à Londres la po-r pulace s'engouoit des trois fanatiques dont nous avons parlé , et que la crédulité les transformoit en prophètes véritables, les gens sages se moquoient de leurs jongleries. Le 5 janvier 1 707 , plusieurs ministres protestans publièrent un écrit où ils montraient ce qu'il falloit penser des trois Cévenols. Ceux-ci réclamèrent contre cette condamnation, et en appelèrent à Dieu. Il se trouva même des écrivains pour prendre leur parti. MM. Daudé et Portalès attestèrent que ï esprit parloit par la bouche de Marion. Fatio Duilier, littérateur et mathématicien connu , se fit secrétaire des prétendus prophètes > et il persévéra dans son illusion jusqu'à sa mort, en 1753. Misson , ancien conseiller au parlement de Paris, connu par un Voyage en Italie plein d'aigreur et d'emportement contre l'Église romaine , Misson , protestant zélé , se déclara hautement pour leç trois accusés , et publia, sou» le titre de Théâtre sacré des Cévennes , un livre où il prouve sans réplique qu'eux et les autres inspirés sont réellement animés de l'esprit de Dieu. Les détails , où il entre à ce sujet , sont curieux , et l'on ne sait qui on doit le plus admirer, ou des fourbes qui ont su en imposer avec tant d'extravagances , ou d'un écrivain qui raconte sérieusement ces scènes bouffonnes , et qui voit le doigt de Dieu dans ces mensonges hypocrites. Son livre ne convertit pas les ennemis de nos inspirés. Le 4 juillet de la même année, un tribunal de Londres condamna un recueil de prophéties d'un de ces enthousiastes. Le i5 Octobre suivant, les trois consistoires des églises protestantes françaises s'étant réuuis à Londres dans un de leurs temples, condamnèrent solennellement un ministre, Lions, qui s'etoit laissé séduire par les nouveaux prophè-
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tes , et qui aima mieux être déclaré suspens de 6es fonctions que d'abandonner cette secte ridicule. La contagion gagna même parmi les Anglais. Sir Richard Bulkeley $ un gentilhomme nommé Lacy , un autre Anglais appelé Emms, eurent le malheur de devenir aussi prophètes. Lacy entrautres fit des miracles, distribua la cène à sa manière, eut des partisans, et signala sa mission parades tours de corde très-su rprenans. Il devoit redresser des boiteux et même ressusciter un mort. Quelques accidens empêchèrent le succès de sa prédiction. Ces disputes faisoient du bruit. Il parut plusieurs écrits pour et contre. Le gouvernement commençoit , dit-on , à s alarmer des troubles qu'occasion noient les folies des réfugiés français et de Lacy , lorsque le lord Shaftesbury publia sa Lettre sur l'enthousiasme. Il y étendit sa critique sur les objets les plus respectables, et ce n'est pas ce que nous youlons approuver. Mais il se moqua aussi , du ton le plus gai et le plus spirituel, des fanatiques, qui ne pu* rent se relever de ce coup , et il observoit entr autres que parmi les réfugiés, venus en Angleterre, il y avoit beau* coup de canaille et de gens sans mœurs , que la France n'avait pas eu trop de tort de punir et de chasser. Le livre même de Misson prouve la vérité de cette remarque t et on y voit un des inspirés avouer le dérèglement de ses mœurs. De tels prophètes n'étoient pas faits pour inspirer beaucoup de confiance. Aussi il paroît qu'ils permirent peu à peu leur vogue, et qu'ils tombèrent dans le mépris qu'ils méritoient si bien.
— Le 25 janvier, Mandement donné à Nankin par M, de Tournon contre les cérémonies* chinoises. Nous avons laissé, en 1704, le légat partant de Pondichéry. Il ne prit terre à la Chine que le 8 avril 1 ^o5 , partit de Canton pour Pékin, le 9 septembre, et arriva dans cette dernière ville après deux mois de voyage. Le 3i du même mois , il eut une première audience de l'empereur Kang-hi , qui régnoit alors en Chine, et eut tout lieu de se louer de l'accueil qu'il en reçut. D'Avrigny, dans le récit qu'il fait de cette ambassade , ue donne pas
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uoc haute idée de la modération et des lumières de monseigneur de Touraon , ainsi que de M. Maigrot , évcque de Conon , et vicaire apostolique. • Mais cet écrivain , assez satirique d'ailleurs-, ne paroît occupé qu'a justifier ceux de ses confrères qui favorisoient les cérémonies chinoises. On diroit qu'il compte pour rien le sentiment des autres missionnaires, l'autorité du légat, et les décisions du saint Siège. Cette dernière raison seule auroit dû captiver nn religieux , qui , dans toute autre occasion , fait profession d'un respect légitime et d'un zèle louable pour les jugemens apostoliques. Quoi qu'il en soit, le légat, dans une autre audience , ayant parlé à l'empereur d'une manière peu favorable aux cérémonies tolérées par les Jésuites, et M. Maigrot, que le prince avoit cité devant lut , ayant montré les mêmes dispositions , l'empereur mécontent , fit signifier à M. de Tournon un ordre de retourner en Europe. Peu après il bannit de ses états févêque de Conon et deux autres missionnaires. On a deux lettres écrites dans ce temps par le légat , Tune à !M. Maigrot , l'autre aux Jésuites résidans à Pékin. Il y inculpe fortement ces religieux , et leur reproche d'avoir abusé de leur faveur auprès du prince pour traverser sa légation. 11 paroît en effet que ces missionnaires , ou plutôt ces sa vans', car c'est sur ce pied que la plupart d'entr'eux étoient à Pékin , que ces savans , dis-je , qui ne voyoient peut-être qu'avec peine l'arrivée du légat et des autres missionnaires dans un pays dont ils croyoient que la conquête spirituelle leur devoit être exclusivement attribuée, qui cfaillenrs étoient excessivement prévenus en faveur cles cérémonies chinoises , et qui pou voient craindre , en ne les tolérant pas , de perdre tout le crédit dont ils jouissoient à la cour de l'empereur, ne cherchèrent pas à favoriser la mission du patriarche d'Antioche. Toutes les relations du temps les accusent sur ce point. M. de Tournon , ne croyant plus avoir rien à ménager après le traitement qu'on lui avoit fait éprouver, donna, à Nankin, son Mandement pour défendre les sacrifices que les Chinois ont accoutumé de faire a Confucius et à leurs aucêtres,
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et pour interdire l'usage des tablettes et celui des mots Xamtict Tien pour signifier Dieu. Il annonçait en même temps un décret rendu à Rome, le 10 novembre 1704, par lequel le Pape approuvoit en grande partie le Mandement donné par M. Maigrot en i6g3 , etordonnoit de se conformer aux décisions annexées à son décret. Cette autorité eût dû finir la dispute. Mais le légat n ayant pas joint le décret du Pape à son Mandement , les partisans des cérémonies proscrites trouvèrent encore ce prétexte pour ne pas se soumettre. Cependant l'empereur de Chine t irrité de la démarche que yenoit de faire M. de Tournon , ordonna de le conduire à Macao , où il resterait sous la garde des Portugais. C'étoit le livrer à ses ennemis. Les Portugais l'accusoient d'avoir présenté contre eux des mémoires à la cour. Il fut donc conduit à Macao , étroitement gardé et traité avec rigueur. Le Pape l'avoit , dans le même temps, déclaré cardinal. Cette dignité n'adoucit point sa situation. Les év&jues d'Ascalon et de Macao et les Jésuites appelèrent au saint Siège du Mandement du a5 janvier 1 707 , dont ils prétendoient l'exécution impossible. La position des missionnaires en Chine devenoit de plus en plus fâcheuse. L'empereur, antérieurement au Mandement 9 avoit rendu un édit qui leur défendoit de rester en Chine à moins qu'ils n'obtinssent une per*> mission par écrit , qui ne devoit leur être accordée qu'après qu'ils auraient approuvé les honneurs usités envers Confucius, et promis de ne plus retourner en Europe. QueK* ques missionnaires se virent donc bannis. Mais la plupart parvinrent à se dérober aux recherches , et .restèrent dans le pays en observant le Mandement du légat. Les Jésuites furent presque les seuls qui prirent des lettres- patentes impériales. Us déduisirent leurs raisons dans leur appel, du 28 mai 1 707 , qui fut signé de vingt-deux d'entr eux. La principale étoit la ruine du christianisme, qu'ils annonçaient comme la suite inévitable de la , démarche dn légat. Ce malheureux prélat, toujours retenu à Macao « y essuyoit toute sorte de mauvais traitemens. Kang-hi avoit ordonné qu'on le prrvut de toute communication t
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même avec les missionnaires. Le vice- roi de Goa, l'archevêque de cette ville et l'évoque de Macao, lui avoient fait signifier une défense d'exercer aucune juridiction. Ce dernier se laissa sur-tout aller contre le cardinal à des excès inexcusables. En vain Clément XI , qui voyoit avec douleur que des chrétiens secondassent des infidèles , en tourmentant un légat du saint Siège , écrivit en sa faveur à l'empereur de la Cbine et au roi de Portugal. U fit publier le décret du 20 novembre 1704, d'après lequel M. de Tournon a voit agi. Il cassa les appels des évêques d'Ascalon et de Macao et des Jésuites , et ordonna l'exécution du Mandement. Il voulut même que les généraux d es d i fférens corps religieux fissent passer ses ordres à leurs missionnaires, et à cette occasion, le père Tamburini , général des Jésuites , promit de s'y conformer, de les exécuter , et de faire tout ce qui étoit en lui pour qu'ils fussent exécutés par les sujets de sa Compagnie. À cette promesse, il joignit une déclaration plus précise encore. Le no novembre 1710, étant à la tête de ses assistant et des députés de toutes les provinces de sa Compagnie alors rassemblés à Rome, it protesta le dévouement le plus invariable , la soumission la plus respectueuse , et une entière obéissance au Pape et au saint Siège pour les décrets rendus contre les cérémonies chinoises , déclarant que , s'il se trouvoit un seul Jésuite qui ne les observât pas , il ne le reconnoissoit plus comme un enfant de la Société, et le réprimerait de toutes ses forces. Il est étonnant qu'après des témoignages si formels , des écrivains Jésuites aient cru de leur honneur de soutenir encore des pratiques auxquelles la Société en corps sembloit avoir renoncé d'une manière si solennelle. Les Jésuites de Pékin eux-mêmes, écrivant au Pape, lui promettoient de suivre, dans la manière d'annoncer l'Évangile, les règles qu'il lui plairoit de leur prescrire. Comment se refusèrent-ils donc à une soumission si souvent promise? C'est ce que nous n'entreprendrons pas d'expliquer. Il faut convenir pourtant que tous leurs missionnaires ne se firent pas un point d honneur de ne point renoncer aux cérémonies condam-
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nées. Les pères Visdelou et Fouquet, devenus ensuite évêques de Claudiopolis et d'Eleuthéropolis , et plusieurs autres encore se soumirent des premiers au Mandement de M. de Tournon. Voyez, à ce sujet, une lettre de M. Fouquet , où il montre quels sont les Jésuites qui connoissent et suivent mieux l'esprit de la Société. D'Àvrigny auroit dû professer les mêmes sentimens dans ses Mémoires, et ne pas employer les mêmes défaites qu'il reprochoit avec raison aux partisans de Jansénius et de Qucsnel. 11 n'auroit pas dit que le cardinal de Tournon agit avec beaucoup de précipitation et de préjugés, et que le Pape proscrivit les cérémonies pour soutenir ce qu'avoit fait son légat. Tous ces traits, et d'autres encore, ressemblent trop aux moyens des gens de parti , et n'annoncent pas la soumission franche que d'Àvrigny exigeoit des autres pour un autre objet, et dont il eût dû donner l'exemple. Quant à l'infortuné légat , il mourut dans sa prison, le 8 juin 1710, dans les sentimens de piété qu'il a voit toujours fait paroître. Clément XI prononça son éloge en consistoire. Au reste , l'affaire des cérémonies chinoises occupa encore Ion g- temps ce Pape et ses successeurs*
— Le 28 avril, décision des docteurs luthériens d'Heltnstadt en faveur de la religion catholique. Il étoit question du mariage d'Elizabeth-Christine de BranswickVWolfenbuttel avec l'archiduc d'Autriche , compétiteur de Philippe V pour la couronne d'Espagne , et depuis empereur sous le nom de Charles VI. Cette princesse étoit luthérienne. Le duc Louis-Rodolphe , son père , crut devoir consulter sur son mariage les théologiens du duché de Brunswick. Les docteurs de l'université d'Helmstadt furent donc assemblés à ce sujet, et après avoir examiné cette affaire suivant les principes de leur communion, ils signèrent la consultation suivante, que nous donnerons ici telle quelle se trouve dans les écrits de ce temps (1).
(1) Histoire de tempitv , par Hci». Nouvelle édition. Paris, i;3i, 3 vol. in-4*.' I« »*f Tolumç.
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« Sur la demande faite si une princesse protestante peut en conscience se faire catholique à cause d'un mariage ât contracter avec un prince catholique , on ne peut statuer avant d'avoir décidé deux questions, i° si les catholiques sont dans l'erreur dans le fond ou principe de la foi ; 20 si la doctrine catholique est telle qu'en faisant profession de cette religion , on n'a point la vraie foi , et qu'on ne peut faire son salut. On répond à cela que les catholiques ne sont pas dans l'erreur sur le fond de la doctrine , et qu'on peut se sauver dans cette religion, i° parce que les catholiques ont avec nous les mêmes principes de la foi. Car le principe solide de la foi et de la religion chrétienne, consiste en ce que nous croydns au Dieu le î*ère qui nous a crées , au Fils de Dieu , Messie et Sauveur, qui nous avoit été promis, lequel nous a effectivement sauvés de la mort du péché, du diable et de l'enfer, et au Saint-Esprit qui nous a éclairés. Nous apprenons des commandemens dç Dieu la manière dont nous devons vivre envers Dieu et le prochain. Le Pater noster nous apprend comment nous devons prier. Nous apprenons aussi que nous devons nous servir du baptême et de la sainte cène, puisque le Seigneur les a institués et ordonnés. Il faut ajouter à cela que Jésus-Christ donne aux apôtres et à leurs successeurs le pouvoir d'annoncer aux pécheurs pénitens le pardon de leurs péchés , et aux impénitens la colère de Dieu et son châtiment , et par conséquent la puissance de retenir les péchés de ceux-ci et de les remettre aux autres ; et c'est pour cela que voulant être absous au nom de Dieu , nous nous trouvons quelquefois au confessional pour déclarer et confesser nos péchés. Tout ceci se trouve dans notre Catéchisme , qui est un abrège' de la doctrine chrétienne, tirée des saints Pères et des apôtres. Ce Catéchisme, qui est commun aux catholiques et aux protestans , renferme tous les principes du décalogue , le Pater noster, les paroles de N. S. J. C.t touchant le baptême et la cène. Dans la préface de la Confession d'Augsbourg , nous lisons que les catholiques et les protestai» combattent tous sous un même Jésus- Christ.
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CJirist. Elle dit encore, dans la conclusion du second article, que notre doctrine n'est pas contraire à la doctrine de T Église romaine. .Nous savons même que parmi les catholiques il se trouve des gens doctes et vertueux qui n'observent pas exactement les additions humaines, et qui «approuvent pas l'hypocrisie que les autres pratiquent» Nous repondons, i° que l'Eglise catholique est véritable église, parce que cest une assemblée qui écoute la parole de Dieu , et qui reçoit les sacremens institués par Jésus*. Christ, de même que les protestans. Cest ce que personne ne peut nier. Autrement , il feu droit .dire que tous ceux qui ont été et qui sont encore dans l'Église catholique , seroient damnés ; ce que nous n'avons jamais dit ou écrit. Au contraire, Philippe Mélanchton, dans son Abrégé de l'Examen , veut montrer que l'Eglise catholique a toujours été la vraie Eglise, ce qu'il prouve par la parole de Dieu. La doctrine de leur Catéchisme le persuade , en ce qu'ils admettent les Commanderaens de Dieu , le Symbole des apôtres, l'Oraison dominicale, le baptême, les Evangiles et les Epîtres, d'où les fidèles ont appris les principes de la vraie foi. L'Eglise catholique enseigne, aussi bien que nous , dans les écrits et dans les sermons de leurs docteurs, qu'on ne peut être sauvé que par Jésus-Christ, et que Dieu n'a pas donné un autre nom aux hommes par lequel ils puissent être sauvés que le nom de Jésus-Christ ; que les hommes ne sont pas seulement justifiés devant Dieu par l'accomplissement de ses commande mens , mais aussi par la miséricorde de Dieu , et par la passion de notre Seigneur Jésus-Christ. Car l'Église catholique croit comme nous, et a toujours enseigné que, depuis la création du monde jusqu'à présent, personne n'a pu être sauvé par Jésus-Christ , médiateur entre Dieu et les hommes. Les docteurs catholiques et ceux de la confession d'An es bourg , enseignent également que les péchés ne peuvent être remis que par les mérites et par les souffrances de Jésus-Christ. A l'égard de la pénitence et des bonnes œuvre*, les protestans et les catholiques conviennent de toutes ces choses , et toute la différence