‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le 18e siècleChapitre 26 sur 50 · TOME PREMIER, l · texte numérisé non relu

TOME PREMIER, l

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qu'on y peut rencontrer ne consiste que dans l'expressio* et la manière de parler. Ayant examiné toutes ces choses sérieusement, nous déclarons que dans l'Église catholique romaine il y a le véritable principe de la foi , et qu'on y peut vivre et mourir chrétiennement ; que par conséquent la sérénissime princesse de Wolfenbuttel peut l'embrasser et se marier avec l'archiduc , principalement si nous considérons qu'elle n'a pas cherché à se" procurer ce mariage directement ni indirectement; mais qu'il lui est présenté par un effet de la divine Providence , et en second lieu , parcé que ce contrat de mariage pourra être utile à sou duché , et peut-être contribuer à obtenir une heureuse paix. Il faut pourtant considérer qu'on ne doit pas la contraindre d'abjurer la religion protestante , qu'on ne lui fasse point de controverse, qu'on ne lui propose point d'articles de foi contraires à la sienne. Mais il faut l'instruire brièvement et simplement des choses qui sont nécessaires à son salut , par exemple , de l'anéantissement de soi-même, delà pénitence continuelle, de l'humilité devant Dieu, des misères de b vie humaine, de la charité envers les pauvres , de l'amour de Dieu et du prochain. Tout cela sont de bonnes œuvres qu'enseignent aussi les catholiques. » Telle est cette décision fameuse que nous avons cru devoir citer en entier, parce qu'elle est curieuse et peu connue. « Pourquoi donc (dit ici le continuateur de * l'Histoire d'Angleterre de Rapin Thoyras ) tant de « fracas et de sang répandu pour réformer cette religion « dans laquelle on peut se sauver , et dont la doctrine « est bonne? Que deviennent les accusations de Luther 11 contre cette Église, accusations qui ont été , à ce qu'il « a prétendu, l'unique fondement de sa séparation (i)? » Ce raisonnement de l'historien vint à la pensée de tout le monde. Les journalistes de Trévoux s'en servirent avec avantage pour faire ressortir l'autorité de l'Eglise romaine*, et la vérité de son enseignement, reconnue

<i) BUtoire d'4ngleiem, tome XII, page 306.

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par ses ennemis mêmes. Aussi les luthériens surent-ils très-mauvais gré aux théologiens d'Helmstadt de leur franchise. Il n'y eut qu'un cri contre eux. LcibniU luimême , quelque modéré qu'il fut , ne montra pas moins de vivacité que les autres. Il écrivit à Fabricius qu'il falloit desavouer la consultation. U reconnoît pourtant dans cette lettre, qu'un catholique peut arriver au salut puisque le fondement est sauve' dans cette Église; mais il ajoute naïvement, quï/ ne faut pas traiter cette même Église avec tant de ménagement , parce que le droit de son prince ( l'électeur d'Hanovre) sur la couronne d* Angleterre , n'est fonde' que sur la haine et la proscription de la religion romaine dans ce royaume (1). Queue pauvre raison pour un si grand esprit, et dans une question de cette importance ï Quoi qu'il en soit, les réclamations furent si vives, et tout le parti protestant se plaignit si hautement , que les théologiens d'Helmstadt furent obliges de revenir sur leurs pas. U n'y a pas de doute que l'intérêt de l'électeur d'Hanovre n'ait influé aussi sur leur rétractation. Les Anglais s'étoient sur-tout élevés avec vigueur contre la décision, et les liens du sang engageaient la maison de Brunswick- Wolfenbuttel à favoriser les prétentions de la branche de Brunswic*- Lunebourg. L'université d'Helmstadt donna donc le 7 septembre 1708, un acte par lequel elle désavouôit et condamnoit la déclaration précédente, comme contraire aux dogmes de sa communion. Mais le coup étoit norté et ce désaveu tardif ne parut point infirmer la force dé la première déc,s,on. La princesse, qui y avoit doDné

étie bonne. Elle fil son abjuration solennelle, le ,.r mai 1707, dans la cathédrale de Bamberg , entre les mains de Lothaire- François de Schoenborn, archevêque de mayence , et se rendit ensuite en Espagne auprès de far-

(1) Tome V de te. Œuvres, BF. k F^rkvu, page a6£

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çhiduc. Elle eut la satisfaction de voir plusieurs membres de sa famille prendre le même parti qu'elle. Son grand-père, Antoiue-Ulric , duc régnant de Brunswick- Wolfenbuttcl , abandonna le luthéranisme, en 17 10, et mourut catholique, le 27 mars 1714* On a publie' soua son nom un écrit intitulé : Cinquante raisons qui ont engagé Antoine- Ulric , duc de Brunswick , à embrasser la religion catholique. Cet écrit a eu beaucoup de vogue en Allemagne. Une fdle du même prince , Henriette-Christine de Brunswick , abbesse luthérienne de Gandcrsheim , fit aussi abjuration. 11 paroît que su sœurf Auguste-Dorothée , mariée au comte de Schwartzbourg- Arnstadt, se signala par la même démarche. Du moins c'est ù cette princesse que semble adressé un bref de Clé* meut XI , où il la félicite d'avoir renoncé a l'erreur. On a du même Pontife plusieurs brefs au duc Antoina-Ulric t qui attestent le zèle de ce prince pour la croyance qu il avoit embrassée. 11 fit bâtir une église à Brunswick pour les catholiques. Dans le même temps à peu près, en 171a, Charles-Alexandre, depuis duc régnant de Wurtemberg, rentra dans le sein de l'Eglise romaine , et y persévéra jusqu'à sa mort, en 1737. Le second de ses fils , Louis- Eugène , suivit son exemple. C'est le même qui demeura long temps en France, où il étoit lieutenant-général des armées du roi ^ et qu'on a vu à Paris livré aux exercices de la plus haute piété. La maison électorale de Saxe avoit aussi renoucé à Terreur, dont elle avoit été dans l'origine un des principaux appuis. Frédéric- Auguste montra sur le tronc de Pologne de rattachement pour la religion catholique, et la Providence se servit de lui pour rappeler à la foi une famille dont plusieurs membres ont donné depuis de grands exemples de piété et de vertu. Son fils, Frédéric- Auguste H, fit aussi abjuration. Les landgraves de Hesse-Rhinfels s'étoient également retires du* sein de l'erreur. Le duc Guillaume étoit mort catholique , en 1725, et ses successeurs paraissent avoir continué à professer cette religion. Puisque nous avons commencé cette liste des conquêtes de l'Église , nous citerons

Année 1707, ar3 de suite quelques autres princes et personnages célèbre* qui se réunirent à elle dans ce siècle. Une princesse de Wurteinberg-Montbéliard fit abjuration à Mau buisson, en 1702. Dans ce même heu mourut, en 1709, la princesse Louise- Hollandine , fille de Frédéric IV,' roi de Bohême et comte palatin du Rhin. Elle avoit quitté ses parens pour être plus en liberté de renoncer au calvinisme qu'ils professoient. Elle se retira en France ou elle vécut dans la pratique des vertus du cloître. Elle étoit sœur de cette princesse Sophie qui fut appelée au trône d'Angleterre au préjudice des en fans de Jacques II. A deux époques différentes, deux ducs régnans de Deux-Ponts, Gustave-Samuel-Léopold et Chrétien II, se firent catholiques. Le premier alla exprès, à Rome pour se réconci, lier avec le saint Siège. Le second se déclara catholique, en 1758. Son frère, le prince Frédéric, avoit fait la même démarche, en 1746, et la religion catholique s'est conservée dans cette branche, quia hérité successivement de l'électorat Palatin et de celui de Bavière. Deux ducs de Holstein-Beck , Frédéric-Guillaume et Charles-Louis , renoncèrent à la communion de l'église luthérienne. Maurice- Adolphe-Charles , duc de Saxe-Zeits, donna un exemple plus signalé encore. Il abandonna la confession d'Augsbourg, et quoiqu'il fiit l'héritier de sa branche, il entra dans l'état ecclésiastique, à limitation do son» oncle , qui étoit devenu cardinal et évêque de Javarin , et qui mourut en i7*5. Le jeune duc devint aussi par fo suite évêque de Konigsgratz, et mourut dans un âgo peu avancé, après avoir perdu par son changement do religion presque tous les avantages temporels auxquels: ta naissance lui donnoit droit. On cite encore parmi ceux à qui leur conversion coûta des sacrifices, Ferdinand, duc de Courlande. Il étoit issu de ce Gothurd Kettler , maître des chevaliers teutoniques de Livonie, qui avoit embrassé le luthéranisme au xvi« siècle, et avoit fait ériger la Courlande en duché. Ferdinand, devenu héritier naturel dans cet état , ne put s'en mettre à possession , ayant eu a combattre à la rois, et l'ambition de la Russie ,

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et les prévsntions des Courlandais , qui ne vouloient point d'un souverain catholique. 11 fut obligé de se retirer à Dantzick, ou il mourut, en 1737, dans les pratiques de la piété. En 1 754 » le prince héréditaire de Hesse-Cassel f Frédéric , se déclara catholique. A cette nouvelle , tout le corps protestant prit l'alarme. Il sembloit que cette église fut menacée de sa destruction. Le roi d' Angleterre , beau-pcre du prince , et les autres princes protestons , se réunirent pour prendre les précautions que demandoit un si grand danger. Le landgrave de Hesse- Cassel assembla les états de son pays pour empêcher que ce changement ne nuisît aux intérêts du protestanisme. On y statua , que si la régence passoit au prince héréditaire, il ne lui seroit pas permis de rien changer aux lois du pays, d'accorder des églises aux catholiques , ni même d'élever ses enfans à son gré. L'aîné de ceux-ci fut dèslors mis en possession du comté de Hanau , quoiqu'il ne fut pas eacore en âge de gouverner. Mais on vouloit le soustraire à l'influence de l'exemple paternel. Les autres enfans furent pareillement émancipés. Ces arrangemens furent jugés si importons, qu'ils furent garantis par les rois de Prusse et de Danemarck, par les puissances maritimes, et par tout le corps év ange ligue. Le prince, devenu landgrave, en 1760, sous le nom de Frédéric II, exerça paisiblement sa religion sans troubler ses sujets dans la leur. 11 mourut en 1 785. Trois princes de Hesse- Darmstadt se firent aussi catholiques dans ce siècle. Nous ne parlons point de plusieurs autres Allemands, qui n'étoient point de maisons souveraines , mais qui appartenoient à la plus^ haute noblesse , et qui s'unirent en difterens temps à l'Église romaine. Dans une classe inférieure , nous ne citerons que deux ou trois savans , dont la conversion fit du bruit. Le premier est Ludolphe Kuster , luthérien, critique habile et helléniste distingué,connu sur-tout par une édition du Nouveau Testament grec ce Mill. Il fit abjuration à Anvers , dans l'église des Jésuites, le 25 juillet 17 13, et mourut quelques années ûpj ès, U paroît qu'il étoit venu se fixer ea France. Lau~

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%ve savant est Jean-Georges Eckhart ou cTEccard, ami de Leibnitz, et professeur à Hclmstadt, puis à Hanovre, versé* dans la connoissance des antiquités ecclésiastiques et civiles d'Allemagne, et auteur d'écrits estimes sur ces matières. Il embrassa la religion catholique à Cologne, en 1724* et rendit compte de ses motifs dans une lettre an prélat Passionei , depuis cardinal , qui paroît avoir eu part à ce changement. M. Jean Otter , Suédois , et savant orientaliste, se fit catholique en 1727 , passa en France, et y fut accueilli comme il le méritoit. Il y obtint desplaccs avantageuses, et mourut à Paris en 1748. Nous avons réuni ici les exemples les plus frappans que le xvhi» siècle nous ait présentés de ce retour à la foi catholique , afin de faire voir qu'à une époque où la religion fit tant de pertes sous un rapport , Dieu la consola par des conquêtes glorieuses. Il vouloit sans doute prou-* ver aux hommes que son bras n'étoit point raccourci , et que son Église pou voit encore se susciter de nouveaux en fans.

— Le 5 novembre , h Constantinople , martyre de Der Goumidas , prêtre arménien , uni .à l'Eglise romaine. Der Goumidas , estimé a cause de son zele , avoit renoncé au schisme ; ce qui hii attira une persécution de la part de ses compatriotes non-unis. Il fut même condamné aux galères ; mais les principaux Arméniens l'en retirèrent en donnant une somme d argent. Der Joannes, patriarche des schismatiques , ayant gagné l'esprit du grand- Tisir , fit mettre en prison le patriarche catholique , Suri , et une quarantaine d'Arméniens de la même communion* Plusieurs rachetèrent leur vie par leur foiblesse. Der Goumidas fut plus constant dans sa foi. Ayant été conduit au divan , il répondit avec fermeté au grand-visir , qui le condamna à mort» Il fut conduit an supplice avec deux de ses compatriotes qu'il exhortait à persévérer. Il récita des prières , fit sa profession de foi , et eut la tête tranchée. Les catholiques honorèrent sa mémoire, et l'église d'Orient a recueilli son nom avec respect.

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Le i3 juillet , décret de Clément XI, portaut condamnation et défense des Réflexions morales sur le Nouveau Testament , du P. Quesnel , « comme conformes «i à la version condamnée par Clément IX, le 20 avril u 1668, et comme contenant des notes et des réflexions « qui , à la vérité ont l'apparence de la piété , mais qui « conduisent artificieusement à l'éteindre , et qui offrent « fréquemment une doctrine et des propositions sédia tieuses , téméraires , pernicieuses, erronées, déjà con- «( damnées , et sentant manifestement l'hérésie janséni— v enne. » C'est aiusi que s'énonçoit le souverain Pontife r dans le décret qui condamnoit les Réflexions morales au feu (1). Le siècle précédent avoit vu l'Église troublée pour X Augustinus de leveque d'Ypres, par la chaleur et l'opiniâtreté qu'on avoit mise à le défendre. Un autre, livre va produire de plus grands troubles encore, et attirer, pour le soutenir, tous les efforts d'un parti fertile en expediens. Cet ouvrage avoit prit successivement différentes formes. Ce nétoit, en 1671 , époque où il parut

(x) 6n voit par là quel fonds il faut faire sur les recueils d'anecdotes où l'on prétend que ce fut le P. le Tellier qui exigea impérieusement du Pape la condamnation du livre de Quesnel. Le décret de 1708 , rendu à une époque où le Tellier ne pouvoit avoir aucune influence à Rome , puisqu'il ne fut confesseur du roi que l'année suivante, montre ce qu'on y pensoit des lors des Réflexions momies , et si on les y avoit jugées aussi innocentes que le prétendent quelques historiens. En général , il faut te défier des anecdotes qu'on trouve sur ce sujet dans Je Siècle de Louis XIV, par Voltaire ; dans les Mémoires secrets de Duel os ; dans YHUtoîre de la Régence, par Marmontcl; et dans d'autres écrits, soit plus anciens , soit plus récens. Leurs auteurs se sont copiés les uns les autres. Ils ont consulté les Mémoires de Saint- Sun on , et d'autres sources suspectes. Ils font parler et agir leurs personnages d'après des rapports et des traditions sans aucune auto-* rilé. lis racontent beaucoup de faits satiriques , de propos p.iquaus#i

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pour la première fois , qu'un seul petit volume , sous le titre d Abrégé de la morale de l'Évangile , ou Pensées chrétiennes sur le texte des quatre évangélistes. Le livre , dans cet état , ne contenoit que de courtes réflexions sur les Évangiles, et ce fut alors que M. Vialart, évéque de Chalonssur-Marne, y donna.son approbation. Huit ans après il parut un second volume qui renfermoit les Actes des Apôtres et le reste du Nouveau Testament avec des réflexions fort courtes. Mais M. Vialart n'eut aucune connoissance de cette suite , et bien moins encore des nouvelles éditions faites depuis , et que cet évéque n'approuva , ni ne put approuver, quoiqu'on y ait toujours inséré son approbation , et qu'on ait voulu faire croire que l'ouvrage étoit imprimé par son ordre. Cependant l'auteur y travailloit sans cesse , et à force de le retoucher et de l'augmenter, il le fit paroître, en 1693, en quatre gros volumes 1/1-80 , et sous le titre de Réflexions morales sur le Nouveau Testament, On ne manqua pas d'y insérer l'approbation de M. Vialart, qui étoit mort en 1680. On y joignit aussi , mais avec plus de fondement , celle de M. de Noailles, successeur de M. Vialart. Ce prélat fit dans un Mandement un éloge' accompli de l'ouvrage , et assura qu'on y trou voit tout ce que les Pères ont écrit de plus beau et de plus touchant sur le Nouveau Testament. C'est cette première erreur du cardinal de Noailles qui a été la source des fausses démarches où il se (aissa entraîner dans la suite. Sans doute, s'il y eût ré-

de conjectures malignes. Ce n'est point ainsi , à notre avis , qu'on doit écrire l'histoire, et Ton verra que nous nous sommes constamment interdit la ressource facile tirs anecdotes , des oui dire et dos conversations. Nous avons compose nos Mémoires sur des monumens plus graves et phis authentiques , et nous avons laisse de coté tous ces menus détails , ces traita malins , ces discours et ces plaisanteries qui portent le caractère de l'esprit de parti , et qui, étant dépourvus dt: tout caractère d'authenticité , ue peuvent entraîner l'assentiment d'un lecteur judicieux. C'est une ohscrvation que nous avons déjà faite , et que nous sommes bien aisçs qu'on ne perde pas de yuc

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fléchi davantage, il se fut mis en garde contre des conseils perfides* Il s'en fàHoit bien que tout le monde portât le même jugement que lui des Réflexions morales. Elles furent déférées à Rome peu de temps après leur publication* Un France, un docteur de Sorbonne ayant examiné le livre , dès 1694 , y avoit trouvé près de deux cents propositions dignes de censure , et les avoit indiquées dans un extrait critique où il en faisait voir le mauvais sens. M. de Noailles ayant été transféré , en 1696 , à l'archevêché de Paris , fut prié par les amis de Quesnel de renouveler , pour ce diocèse , l'approbation qu'il avoit donnée a Châlons. Mais ce prélat demanda qu'on fît à l'ouvrage quelques corrections. Ce n'était pas du tout l'intention de l'auteur, et, dans le même temps qu'en écrivant à M. de Noailles il paroissoit consentir aux changemens jugés nécessaires , il tenoit un tout autre langage dans ses lettres à ses amis. Il n'y eut donc aucune correction , ni par conséquent d'approbation nouvelle. Quelques-uns crurent môme qui c'étoit pour révoquer en quelque sorte son approbation précédente , que l'archevêque condamna , en 1696 , \ Exposition de la foi , ouvrage dont les principes difleroient peu de ceux de Quesnel. Cependant les condamnations se multiplioient contre les Réflexions morales. M. de Colongue, évéque d'Apt, les censura le iS octobre 1703. 11 parut, en 1705, un écrit où l'on établissoit qu'elles étoient aussi séditieuses qu'hérétique& L'archevêque de Besançon et l'évéque de Nevers les proscrivirent en 1707. Le Pape se joignit à eux en 1708. L'auteur de XHistoire du livre des Réflexions morales ( car on a fait une histoire de ce livre précieux ) dit , ' tome le', pages 12 et i3, qu'il fut déféré à l'inquisition peu de temps après qu'il eut été achevé, cest-àdire, apparemment vers 1693, Il se trouva dans la congrégation , ajoute-t-il , des personnes sages qui crurent de Téquité d^ demander à l'auteur des éclaircissemens. C'est ce qui fut fait , et Quesnel eut communication des difficultés. On peut donc juger avec quel fondement il est dit dans quelques écrits , que les Réflexions morale*

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«voient été lues pendant quarante ans avec édification , et sans exciter aucune plainte. Il faut d'abord de ces quarante ans, retrancher tout l'intervalle depuis 167 1 jusqu'en 1693 , temps où le livre ëtoit loin d'être ce qu'il devint depuis. L'on a vu si depuis 1693 il n'avoit excité* aucune réclamation. Au reste il faut avouer qu'il ëtoit propre , sous bien des rapports , à foire illusion. Les erreurs y sont cachées sous un vernis de dévotion , et l'on est étonné , en approfondissant une réflexion pieuse en apparence , de voir qu'elle ne fait que servir de voile à un principe faux, quelquefois même à une satire. C'est cette adresse et ce ton , qui ont malheureusement séduit des gens qui ne cherchoient sans doute qu'à a édifier.

Le 9 octobre, l'abbé Sidotti débarque au Japon. Jean-Baptiste Sidotti , missionnaire sicihen, s'étoit appliqué, dès sa jeunesse, à apprendre la langue du Japon. TJn penchant irrésistible le portoit à tenter de pénétrer dans ce pays pour y travailler à la conversion des idolâtres. Ayant obtenu des pouvoirs du Pape , il étoit parti de Home , en 1702 , pour se rendre par l'Arabie aux Indes- Orientales. U arriva avec beaucoup de peine à Manille, où il obtint une chaloupe qui le mena aur les côtes du Japon. Il débarqua à Jaconissa , fut pris immédiatement après et conduit a Nangasaqui , où il fut interrogé. On lui demanda s'il avoit prêché la religion chrétienne aux Japonais. Il répondit qu'oui, puisque c'étoit le but de son voyage. On le transféra de Nangasaqui à lédo , où il resta quelques années en prison, s'occupant constamment de la propagation de la foi. U baptisa plusieurs Japonais qui étoient venus le trouver. Mais le gouvernement en ayant été instruit, fit mettre à mort les nouveaux convertis , et le missionnaire fut muré dans un trou de quatre à cinq pied de profondeur , où on lui donnoit à manger par une petite ouverture, jusqu'à ce qu'il peVit

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du plus affreux supplice dans ce séjour infect. On ee sait pas bien l'état postérieur île la religiou chrétienne au Japon.

— Le 29 octobre, on fait sortir les religieuses du monastère du Port-royal-des-Champs. Cette maison passoit pour être fort attachée aux principes de Jansénius et deQuesnel. Les filles qui l'habitoient , plus dociles aux leçons de quelques esprits prévenus qu'aux décisions de l'Église , donnoient depuis cinquante ans l'exemple d'une opposition persévérante au jugement du Pape et des évêques. La constitution Vineam Domini ne les avoit pas trouvées plus soumises. Elles refusèrent de l'accepter. Elles se fortifioient mutuellement dans leur opiniâtre résistance. Quelques étrangers les encourageoient par d'insidieux éloges. Leur maison étoit comme le chef-lieu , le centre, le point de ralliement des mécontens. C'est delà que partoient des écrits destinés à propager la désobéissance. On crut que des mesures de sév érité étoient indispensables pour faire cesser ces rassemblemens , ces menées , et les troubles qui en pouvoient résulter. Le roi avoit déjà commencé, en 1706, par défendre aux religieuses de recevoir des novices, « attendu, disoit l'arrêt , qu'on est informé qu'il s'est répandu dans ce monastère une doctrine mauvaise et contraire au décisions de I Église sur le fait du jansénisme, doctrine qui, bien loin d'être dissipée par les soins pris jusqu'à présent à cet effet , s'est , au contraire , tellement fortifiée par le temps , que ces filles ont été depuis peu jusqu'à refuser de se soumettre à* la constitution du Pape acceptée par le clergé! de France, et y ont voulu apporter des restrictions condamnées par le jugement de toute l'Eglise , et capables d'en troubler la paix. » Cette mesure ne les abattit point. Elles refusèrent de reconnaître l'abbesse de la maison de Paris pour leur supérieure, quoiqu'une bulle revêtue de lettres- pa« tentes eût opéré cette réunion. On pensa qu'il n'y avoit d'autre moyen de les réduire que de les séparer. On les distribua donc en différens monastères, où elles se sou*mirent successivement. Quatre ans après , il n'y en avoit

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plus qu'une <|ui n'eût pas pris ce parti* On avoit cru devoir leur citer toute espérance de retour. La maison fut entièrement 'détruite. La ruine d'un établissement si précieux fut une source de plaintes amères ; et en effet, la rigueur qu'on y mit, et quelques-unes des circonstances qui accompagnèrent cette destruction, excitèrent la compassion publique pour ces filles, ignorantes. Ne pouvoiton , dirent les personnes modérées , ne pouvoit-on empêcher leurs intrigues sans tant de violences? Ne pouvoit-on mettre ordre aux rassemblemens par une conduite mêlée de douceur et de fermeté? Falbit-il sur-tout abattre de fond en comble des édifices qu'on pou voit consacrer à d'autres usages? On ne sait jusqu'à quel point les Jésuites prirent part à ces mesures sévères. Mais le public les en ivndit responsables. On les accusa d'abuser de leur crédit, et le nombre de leurs ennemis s'en accrut. Le père le Tellier, devenu cette année même confesseur du roi, et qui passa pour l'instigateur de cette vengeance, fut peint comme un homme odieux. Nous sommes fort éloignés de souscrire à toutes les noirceurs qu'on a débitées sur son compte dans les livres d'un parti qu'il n'ai m oit pas. Toutefois il est possible , qu'avec de bonnes vues dans le fond , le père le Tellier ait été entraîné au-delà des bornes par un zèle trop ardent. Mais nous ne voyons pas que ce tort doive retomber sur tout le corps dont il étoit membre , et il faut convenir que dans le mal qu'on a dit de lui, on aperçoit presque toujours le cachet de la passion et de la haine. C'est de cette époque sur-tout que les Jésuites devinrent l'objet de l'animosité d'un parti contre lequel ils s'étoient déclarés , et qui par ses clameurs, a enfin provoqué contre eux une mesure plus injuste encore que la destruction de Port-royal. Pour en revenir à ce dernier événement , il excita , comme nous l'avons dit , de vives plaintes. On vit paroître des écrits 011 Ion sexhaloit en reproches contre les deux puissances qui avoient concouru à cette destruction. On publia des Mémoires sur Port-royal, des Histoires de Port-royal, des Gémissement sur PorJ-royal, qui attestaient le vif

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intérêt qu'on prenott à cette maison , et , près «Ton siècle après l'événement, nous avons vu un écrivain pousser encore à ce sujet des cris , qui , à la vérité , n'ont pas été fort, entendus , et se lamenter sur les ruines d'une école si chère à ses amis.

Le 29 janvier, Anne, reine (TÂTu^telrne , charge le clergé anglican de prendre en considération l'état de la religion; On se plaignoit depuis plusieurs années , en Angleterre, de la licence des écrits, et des efforts d'un parti qui paroissoit appliqué à ruiner les fbndemens de la révélation. Il avoit paru plusieurs ouvrages qui favorisoient le déisme. A la tete , il fout mettre ceux de lord Shaftesbury, qui avoit pris des leçons de Locke et de Bayle, et qui hérita de leur manière de penser. Ses écrits ont été réunis en trois volumes sous le titre de Caractéristiques. Ils ont joui d'une grande réputation en Angleterre. Plusieurs des pièces qui entrent dans ce recueil, -parurent cependant hardies et repréhensibles. Shaftesbury admet l'indifférence entière en fait de religion. Il parle fort librement de l'Ancien et du Nouveau Testament* Il -prétend que l'Évangile a été altéré par le clergé, que les miracles ne prouvent rien , que c'est aux magistrats à régler le dogme. Ainsi il ne veut qu'une religion qui soit aui ordres de l'état, et une révélation entendue a sa manière. Il isole entièrement la vertu de la religion , et ne la regarde que comme un sentiment et un instinct. Il étoit révolté sur-tout du dogme de l'éternité des peines , et épuise , pour s'en débarrasser , les raisonnneraens , les détours et l'ironie. Leland , qui n'a pas fait entrer dans la liste des écrivains déistes de son pays , tous ceux qui avoient droit d'y être inscrits , n'a pu se dispenser néanmoins d'y donner une place à Shaftesbury, et il a montré en lui un ennemi adroit et modéré , si l'on veut, mais ennemi manifeste des dogmes généraux du çhristia-

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jaisme. Bans le même temps, d'autres écrivains attaquoient , sans détour , le mystère de la Trinité* Le plus fameux d'entr'eux est Winston , prêtre anglican , qui embrassa l'arianisme , et qui mit un zèle très-ardent à propager cette doctrine. U sembloit vouloir en être le restaurateur ou le martyr. Il cherchoit de toutes parts à se faire des prosélytes , et fatigua le public de ses écrits tendant au même but. Cétoit contre lui principalement qu'étoit dirigé l'ordre de la reine Anne, dont nous avons parlé. Le clergé anglican condamna, en 171 1 , ses ouvrages et particulièrement un où Ton censura treize propositions qui étoient contre la Trinité. L'Angleterre étoit alors fort émue par des disputes vives entre deux partis également ardens. Ce .n'est pas ici le lieu d'entrer dans le détail de ces querelles, qui sont étrangères à notre plan. Nous ne donnons point l'histoire des communions protestantes, mais seulement celle de l'Église et de la religion en général. Nous nous bornons à tirer de l'histoire des e'glises protestantes les faits qui ont un rapport direct avec les intérêts communs du christianisme , et nous avons regardé comme étant spécialement de notre domaine les attaques dirigées contre la révélation. Cest sous ce point de vue qu'il faut envisager le présent article , et les autres qui sembleraient d'abord étrangers à notre plan , et qui s'y rattachent au contraire d'une manière très-immédiate. Nous aurons soin ainsi , dans tout le corps de cet ouvrage, de noter lesévénemens qui, soit dans l'Église catholique, soit hors de son sein, intéressent Jes fon démens du christianisme. Les troubles qui curent lieu en Angleterre, en 17 10, à l'occasion du procès de Sacheverell, pourroient être censés liés à notre objet par plus d'un fil. Ils donnèrent occasion à Collins de publier un pamphlet. Ils servirent de prétexte à des rigueurs contre les catholiques , qui eurent ordre de sortir de Londres ; enfin ils prouvent la fausseté de 1 allégation de Voltaire , qui , après s'être moqué de nos disputes , veut faire croire qu'on est beaucoup plus sage en Angleterre, et qu'on n'y voit jamais, sur-tout pour des objets

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de religion , de vîtes controverses. Le procès de Sacheverell donna lieu , au contraire, aux scènes les plus bruyantes, et les trois royaumes parurent en feu pour un sermon aujourd'hui oublié, et qui mer i toit de l'être. Le clergé anglican dressa, dans le même temps, un tableau de l'état de la religion. 11 y représentoit avec beaucoup de force les progrès du déisme, et même, disoit-il, de l'athéisme. D'autres disputes succédèrent de très-près à celles-là Les écrits de Clarcke, contre la Trinité, excitèrent le zèle du clergé anglican. On procéda contre lui, mais il donna des explications, parut abandonner sa doctrine f et continua néanmoins à la répandre. Par ses soins et ceux de plusieurs autres unitaires zélés, l'arianisme gagna des partisans , et cette erreur anti-chrétienne favorisa sans doute le parti qui travailloit alors en Angleterre à ébranler tout l'édifice de la révélation.

— Le i5 juillet, Ordonnance et Instruction pastorale des évêques de Luçon et de la Rochelle, portant condamnation des Réflexions morales. MM. de Lescure et de Champflour a voient concerté entr'eux cette Ordonnance. Elle étoit divisée en deux parties, dont la première et la plus importante étoit destinée à faire voir que les cinq propositions se trouvoient clairement dans Jansénius , et étoient toutes renouvelées par Quesoel. Des que cette Ordonnance eut paru à la Rochelle, l'imprimeur, pour s'en procurer le débit, la fit annoncer dans les principales villes du royaume. Il en envoya des exemplaires à Paris, où sou correspondant l'afficha dans tous les lieux ou se mettent ordinairement ces sortes d'annonces, et notamment à la porte de l'archevêché. On assure que cela se fit sans dessein, et que ceux que l'on charge ordinairement de placer ces affiches, en mirent tout naturellement partout où ils avoient coutume d'en mettre. Sans doute on consulta plus en cette occasion l'usage que les convenances. Car il étoit peu honnête de placarder à la porte du cardinal de Noailles la condamnation d'un livre qu'il avoit approuvé. Aussi s'en moutra-t-il trèsrOllènsé. Cette aventure lui parut une insulte qu'il ne

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devoit pas tolérer , et il est probable que ceux qui l'en*touroient ne cherchèrent pas à calmer son ressentiment* Plusieurs amis de Quesnel étoient accueilli» chez l'archevêque. Quelques-uns jouissoient même de sa confiance et formoient son conseil. Dans cette occasion il fit renvoyer du séminaire de Saint-Sulpice , deux neveux des deux évéques. Il accusoit ces jeunes gens d'avoir présidé au placement des affiches. MM. de Lescure et de Champflour écrivirent au Roi pour s'en plaindre , et le firent aveo vivacité. Ils disoient dans leur lettre que dans presque tous les temps les évéques des villes impériales avaient protégé Terreur. Un pareil reproche blessa au vif le car* dinal. 11 en demanda justice. Le roi crut qu'en effet il étoit en droit d'obtenir quelque satisfaction , et les deux évéques s'y montraient, dit-on, disposés, lorsque M. de Noailles fit un éclat qui éloigna tout accommodement. Le a# avril 171 1 , il publia une Ordonnance contre l'Instruction pastorale des deux prélats. Il y disoit que plusieurs ecclésiastiques de son diocèse s'étoient plaints à lui de cette Instruction , et lui avoient fait observer qu'elle favorisoit une des propositions de Jansénius et deux de Baïus , que de plus elle autorisoit le relâchement de la morale ;.«. . il défendoit donc de la lire ou de la garder. Il s'élevoit aussi contre M. de Malissoles, évéque de Gap, qui venoit de condamner le livre de Quesnel. D'un autre côté , M. Hé* bert , évéque d'Agen , et M. Thomassin , évéque de Sistéron , paroissoient penser comme le cardinal. Ainsi , dit tin historien , les juges même de la foi sembloient divisés , et leur désunion n'annonçoit rien que de funeste à l'Église. La démarche du cardinal étoit une déclaration de guerre. Le roi lui fit dire que , puisqu'il s'étoit fait justice luimême , il pouvoit se dispenser de paroître à la cour jusqu'à nouvel ordre. Cependant on négocia bientôt un accommodement qui ne réussit point. Le cardinal de Noailles ne put se résoudre à abandonner un livre qu'il avoit couvert d'éloges. II parott pourtant qu'il hésitoit quelquefois. On a de lui une lettre imprimée à l'évêque d'Agen, lettre que lui-même envoya à Rome, vers «a

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