‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le 18e siècleChapitre 27 sur 50 · Année · texte numérisé non relu

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temps, et dans laquelle il disoit : « Non, je n'ai pas « balance' de dire à tous ceux qui ont voulu l'entendre , « qu'on ne me verroit jamais ni mettre ni souffrir la divi- 0 sion dans l'Église pour un livre dont la religion peut se « passer. Si notre saint père le Pape ju geoit à propos de cen- « surer celui-ci dans les formes, je recevrois sa constitution « et sa censure avec tout le respect possible , et je serois le « premier à donner l'exemple d une parfaite soumission d'es- • prit et de cœur, » Une promesse si précise fit penser que t dès que le Pape auroit parlé , on verroit tous les sentimens se réunir au sien. Le cardinal de la Trémoille, charge' des affaires du roi auprès du saint Siège, eut donc ordre de demander une constitution sur le livre de Quesnel , et de la demander telle qu'on ne pût prétexter \a forme pour ne pas recevoir le fond. En même temps le roi , par un arrêt de son conseil du 1 1 novembre 1 7 1 1 # défendit le débit et la réimpression des Réflexions morales. On auroit désiré que le cardinal de Noailles profitât de cette ouverture pour révoquer son approbation. Il ne put s'y résoudre. Il ne voulut voir , dans tout ce qui se faisoit contre ce livre, qu'un complot contre luimême. Le Jou mal de l'abbé Dorsanne . son grand-vicaire , montre jusqu'où il poussoit les soupçons. Il découvroit partout des intrigues formées contre lui, et y faisoit entrer tout ce qu'il y avoit à la cour de plus pieux et de plus respectable, le dauphin, les ducs de Beauvilliers et de Chevreuse , et même Fénélon, dont on connoît heureusement féloignement pour toute sorte de cabales. Les Jésuites e'toit aussi l'objet de la méfiance de l'ombrageux prélat. Il les voyoit partout et les accu soit de tout. Une lettre surprise dans le même temps , et qui lui fut portée, lui parut une preuve évidente d'un- complot formé pour le perdre. Il écrivit au roi pour lui dénoncer les Jésuites, et particulièrement le P. le Tcllier, confesseur du prince. Il les dénonça également au Pape , et retira ses pouvoirs à la plupart d'entr'eux.

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. Le 17 avril, mort de l'empereur Joseph I«. Ce prince régnoit depuis i7o5. Il avoit été élevé par Charles-Théodore-Otton , prince de Salm , seigneur aussi distingué par ses connoissances que par son zèle pour la religion catholique, qui, devenu ministre d'état, se conduisit toujours en politique chrétien , demanda longtemps sa retraite pour ne s'occuper que de son salut , et obtint enfin de se retirer à Aix-la-Chapelle, où il mourut, Je 10 novembre 1710, après avoir passé le reste de sa ne dans la prière et les bonnes œuvres, regretté des pauvres dont il étoit le soutien , et des églises d'Aix auxquelles il fit beaucoup de bien . Joseph succéda sur le trône impérial à son père Léopold 1er, et suivit en tout sa politique. Il traitoit, dit-on, les princes d'Allemagne et d Italie avec beaucoup de hauteur, et ne se montra pas toujours modéré envers le Pape lui-même. Piqué de ce que le Pontife avoit reconnu Philippe V pour roi d'Espagne , il lu. fit essuyer plusieurs désagrémens. Il renvoya de Vienne le nonce Davia. 11 exigeoit que Clément XI

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lui remit rerrare, et quil fît cesser Ip *,Pmàe L ^

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contre le marquis del Vasto , ambassadeur de Charles lit à Rome. Joseph fit publier en Italie un écrit contre la puissance temporelle des Papes. Il envoya dans le Ferrarois des troupes qui s'emparèrent de quelques places •ntrjautres de Commachio. Il fit exercer dans les états de l'Eglise beaucoup de vexations et de pillages. II fallut que le souverain Pontife , cédant enfin à la nécessité" reconnût Charles 111 pour roi d'Espagne, licenciât ses troupes et reçût celles de l'Empire. Toutefois il ne put obtenir ce qu'on lui avoit promis, et Commachio ne lui lut point rendu. Joseph se montroit en cela d'autant moins généreux , que Clément XI lui ayoit rendu dos

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services itnportans. Le Pontife n'avoit cessé d'improuver la révolte de Hongrie, et de faire tout ce qui étoit en lui pour calmer les troubles de ce royaume. Il défendit aux ecclésiastiques de ce pays de prendre part a la révolte. Il écrivit pour qu'on envoyât à Rome féveque d'Agria, qui s'étoit joint aux roécontcns. Il fut également contraire au prince Ragotzki f qui s'étoit fait reconnoître souverain de la Transylvanie* Ces troubles occupèrent Joseph dans tous le cours de son règne. Le 16 mai 1707 , l'assemblée générale d'Onod en Hongrie signa et publia l'acte d'interrègne. On y trouve les noms de neuf seigneurs , trois évéques, un abbé, vingt-quatre sénateurs, et quarante villes et eomtés. Mais malgré l'éclat de cette démarche , les Hongrois ne purent se soutenir contre la cour de Vienne. Elle envoya des troupes nombreuses. Ragotzki fut défait et obligé de passer en France, oîi il se retira chez les Camaldules de Grosbois. Il mourut dans Les pratiques de la piété à Rodosto en Romanie , le 8 avril 1735, entièrement détaché des soins de l'ambition. Les mécontens hongrois se soumirent. Le 29 avril 171 1 » une amnistie leur fut accordée par la cour de Vienne. Elle fut signée à Zatroar, et acceptée le i«r mai par le comte Caroli et par les autres chefs. Charles , frère de Joseph, lui succéda comme empereur. C'est le même qui disputpit depuis dix ans la couronne d'Espagne à Philippe V , et qui fut forcé de renoncer à ses prétentions de ce coté. Il avoit épousé la princesse de Brunswick, dont nous avons parlé sous 1707. Il fut le père de Marie-Thérèse. .

— Le 18 septembre, le P. Luc Cavallero, missionnaire jésuite, est mis à mort par les Puyzocas, nation de I Amérique méridionale. Il venoit de leur prêcher l'Évangile, et reçut le martyre pour prix de son zèle pour leur salut. Quelq ues Indiens convertis périrent avec lui. En 1703, le P. Cyprien Barazc avoit été mis également à mort par les Buures. Nous ferons connoître plusieurs autres victimes de leur dévouement apostolique dans ces contrées.

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Le î8 fe'vrier, mort de Louis, dauphin de France, etrpetit-fils de Louis XIV. Il est plus connu sous le nom de duc de Bourgogne, qu'il avoit porte long-temps. Né en 1682 , il eut le bonheur d avoir pour maîtres les hommes les plus vertueux de son temps Fénélon et Beauvilliers furent chargés de former son esprit et son cœur. On sait quel fut le succès de leurs soins. Bientôt l'humeur arroganto et impétueuse du jeune prince fit place à une extrême douceur. A mesure qu'il croissoit en âge, il développoit les plus grandes qualités. Sincèrement attaché à Fénélon , il sentit tout le prix de l'amitié d'un si grand homme , et la disgrâce même de son maîtré n'étouffa point les sentimens d'estime et de reconnoissance qu'il lui avoit voués. Privé du plaisir de le voir , il entretint avec lui , dès qu'il le put, une correspondance assidue , et à plus de vingt-cinq ans , l'héritier d'un grand empire demandoit encore avec empressement , et recevoit avec déférence les conseils de son ancien précepteur. Entouré de toutes les séductions du pouvoir, il étoit livré aux exercices de la plus haute piété, édifioit tout le le monde par la régularité de sa vie , recourait fréquemment aux sacremens de l'Église, partageait son temps entre la prière et l'étude , et ne prenoit de d ivertissemeiur que ceux qu'exigeoit absolument sa soumission pour le roi. Se préparant de loin aux fonctions augustes jxnir lesquelles il étoit né , il s'instruisoit soigneusement des devoirs d'un roi , étudioit les différentes parties de l'administration, portait partout un ce il observateur, et se niettoit en état de gouverner par lui-même. Un monde frivole lui reprachoit sa vie sauvage et retirée. Mais le 8a8e aimoit à voir un jeune prince sacrifier ses plaisirs à, *es devoirs, ou plutôt mettre tout son plaisir à remplir &PS devoirs. Nous conviendrons pourtant qu'on longtemps au duc fc Bourgogne de ne pas j

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▼ertu assez aimable , et de montrer trop de roîdeur dans la pratique même du bien. Mais ce reproche même doit tourner à 8a louange , puisqu'il sentit ce défaut , et qu'il eut la force de s'en corriger. Les exhortations de Fé— nelon l'aidèrent encore à remporter sur lui cette victoire , et ceux qui le regardoient auparavant comme un censeur incommode , finirent par l'aimer autant qu'ils l'estimoient. Le roi prit toute confiance en lui. Les ministres eurent ordre d'aller lui soumettre son travail. Il s'appliqua au gouvernement de l'état, en même temps qu'il redoublott de respect et de soumission pour le roi. Un coeur sensible , des mœurs pures , une ame droite , une économie sévère, un grand éloignement pour les desordres e% pour les injustices, laissoient entrevoir à la nation l'avenir le plus riant. On se flattait déjà que ce fils de saint Louis alloit (aire revivre ses vertus et l'équité de son administration , quand une maladie courte précipita tout à coup tant d'espérances dans le tombeau. La dau«phine, son épouse, étant morte, le 11 février, lui-même tomba malade. Il prévit sur-le-champ qu'il alloit mourir, et ne s'occupa plus que de l'éternité. Le duc de Saint-Simon , qu'on n'a pas accusé d'être flatteur , raconte d une manière touchante , dans ses Mémoires , les derniers instans de la vie du vertueux prince. Grand Dieu, dit-il, quel spectacle vous donnâtes en lui! Quel surcroît de détachement! Quels vifs élans d'actions de ^àces d'être préservé du sceptre et du compte quil en auroit fallu rendre ! Quelle soumission ! Quel ardent amour de Dieu / La France tomba sous ce dernier châtiment. Il ne lui restait pour toute ressource qu'un enfant à peine âgé de deux ans. Aussi l'on sentit vivement cette perte. Combien on eût gémi davantage, si on eût pu prévoir les désordres et les malheurs dont on étoit menacé ! A une si grande distance de l'événement , nous ne pouvons encore penser qu'avec douleur à un si juste sujet de deuil. Nous songeons avec amertume à tout ce qu'eût fait pour le bonheur de l'état, un prince dans lame duquel, comme dit le même Saint-Simon,

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cette grande et sainte maxime , que les rois se doivent aux peuples , étoit imprimée si avant , quelle lui avoit rendu le luxe et la guerre odieux. On nous a conservé quelques écrits du pieux dauphin , qui attestent et ses connoissances et sa sagacité. Il y en a sur plusieurs matières ; sur la guerre , sur les finances, sur les impôts, sur l'agriculture , sur le commerce. Il y en a sur les o<S cupations d'un roi , sur les choix à faire pour remplir les places. Il y en a sur les preuves de la religion, sur la foi , sur les miracles. Il y en a sur la révocation de l'édit de Nantes , où il s'écarte du sentiment le plus commun ; enfin il y en a aussi un sur les disputes du temps , qui atteste sa soumission à l'Église et son attachement au saint Siège. Le roi , pour remplir les religieuses intentions de son petit -"fils , fit présenter ce Mémoire au Pape , qui fut touché d'une déclaration si précise et si orthodoxe. // s'est expliqué, dit-il, comme auroil pu faire , non un empereur, mais un évéque. Peu après, le monarque ordonna qu'on imprimât cette pièce. La lecture n'en fit pas plaisir à quelques personnes ; et Petitpied , alors retiré en Hollande , fit parottre des Ré- Jlexions , où il prétendoit que le Mémoire étoit l'ouvrage de la cabale molinienne , et que le dauphin n'avoit fait que le transcrire. Cette manière de raisonner étoit digne de pareils écrits. Ces Réflexions furent condamnées au feu par un arrêt du parlement de Paris, du 17 juin.

— Le 22 mai , Clément XI canonise les bienheureux Pie V, André d'Avellino, Félix de Cantalice et Catherine de Bologne. Michel Ghisleri, depuis Pape sous le nom Pie V , étoit né en 1 5o4* Ses qualités l'élevèrent à l'épiscopat et ensuite au trône pontifical, qu'il n'occupa que six ans. Il est célèbre par ses vertus et par son zèle pour la pureté de la foi. Il mourut le i«» mai iD7a-> André d'Avellino , dont le nom de famille étoit Lancelotti, naquit au royaume de Naples, en i5n , entra dans l'état ecclésiastique , et peu après dans Tordre des Théatins, et s'y distingua par de grands exemples de sainteté! Il eut part à la confiante de saint Charles Borromce > et

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exerça avec succès le ministère de la prédication. Il mourut le 10 novembre 1608. Le Pape, dans les bulles de canonisation de ces deux bienheureux , rapporte les principaux traits de leur vie, rend compte des procédures suivies pour leur canonisation, et cite quelques-uns des miracles opères par leur intercession. On sait avec quelle circonspection et quelle maturité on procède a Borne dans ces sortes d'informations. On sait aussi quelle pompe accompagne la décision du souverain Pontife, C'est dans l'église de saint Pierre, au milieu des mystè-* res de la religion , et un jour de fête , avec les cérémonies les plus augustes , après avoir souvent imploré les lumières de l'Esprit saint , et entendu les demandes et les vœux des cardinaux , que le Pape , entouré du sacré collège, des évêques, des prêtres et d'une multitude de fidèles, proclame la sainteté du héros de la foi, et anponce au monde chrétien un nouveau protecteur. Les bulles de canonisation sont ordinairement signées des cardinaux qui ont assisté à la cérémonie. Clément XI ne promulgua pas son jugement par rapport à Félix et à Catherine. Ce ne fut que sous Benoît XIII que furent publiées les bulles, comme on le verra au 4 ju»n 1726* Félix étoit né en i5i3. Entré dans Tordre des religieux Capucins , il y vécut dans la pratique de toutes les vertus, et mourut saintement à Rome le 18 mai i58a. Catherine dje Bologne, née dans cette ville, en i4i3, et religieuse de sainte Claire , fut célèbre dans son siècle par son amour pour la perfection. Elle mourut à Bologne le i3 mars i463.

Le 8 septembre, Clément XI donne la constitution Xlnigemtus Dei FUius, Le Pape a voit nommé, en février 171a, une congrégation particulière de cinq cardi-» naux et de onze théologiens pour l'examen du livre de Quesnel. On leur en avoit distribué des exemplaires, et lus examinateurs s'a&seuibl ûient tous les mercredis. Au.

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mois d'août suivant, ils eurent ordre de tenir deux séances par semaine. En janvier 1713, les qualificateurs commencèrent à s'assembler au SaintOffice. Le Pape étofc très-exact à ces séances , qui se tenoient deux fois la semaioe, et qui furent terminées le 2 août. Alors le saint Père ordonna des prières dans Rome, implora lui-même le secours du ciel, consulta plusieurs cardinaux et évêques , communiqua , comme on en étoit convenu , le préambule et le dispositif au cardinal de la Tréraoille , supprima à sa prière quelques clauses qui auraient pu «prouver des contradictions en France , et donna eu fin , après plus de dix-huit mois de travail et d'examen , la bulle Unigen.it us , à jamais mémorable par l'importance du sujet, par le déchaînement des passions contre ce jugement, et par l'assentiment qu'y donna toute l'Église. Le souverain Pontife y disoit que des maîtres trompeurs ne trouvent point de meilleur moyen pour insinuer leurs dogmes , que l'apparence de la piété et l'abus des saintes Écritures, qu'ils corrompent pour leur perte et pour celle des autres ; que c'est dans ce dessein qu'ont été composées les Beflexiont morales ; que cet ouvrage , déjà condamné , et où les vérités catholiques se trouvent mêlées avec les mensonges d'une doctrine perverse , a même été traduit en latin afin que la contagion fît de plus grands progrès; que les évéques de France l'ont pressé , par leurs lettres et leurs prières , d'y apporter quelque remède ; qu'ayant donc examiné le livre , il a trouvé que les paroles en sont, en apparence, douces comme de l'huile, mais que ce sont vraiment des traits aiguisés pour nuire et percer en secret ceux qui ont le cœur droit ; qu'il a donc-jugé à propos d'en extraire des propositions, et de mettre, par ce moyen, sous les yeux de tous les fidèles le mauvais grain qu'on leur présentait ; que les évéques de France et le roi très-chrétien lui ont fait espérer qu'un jugement apostolique rameneroît le calme dans les esprits; que ce prince, dont il ne peut assez louer le sèle, lui a réitéré, à ce sujet, ses pieuses demandes j que c'est pou? y satisfaire qu'il a d'à*

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bord fait discuter des propositions tirées du livre par plusieurs théologiens , en présence de deux cardinaux ; qu'ensuite il a appelé' plusieurs autres cardinaux , fait tenir en sa présence différentes congrégations, examiné et confronté les propositions avec le texte, et qu'enfin il en condamne cent une , sous diverses qualifications , parmi lesquelles est celle d'hérésie. Nous ne pouvons rapporter ici toutes ces propositions , et nous n'en citerons que quelques-unes , dont le vice saute particulièrement aux yeux. La douzième étoit ainsi conçue : « Quand Dieu « veut sauver lame , en tout temps , en tout lieu , l'indu-

• bitable effet suit le vouloir d'un Dieu; » La vingt-troisième : « Dieu nous a donné lui-même l'idée qu'il veut « que nous ayons de l'opération toute-puissante de sa grâce , « par celle qui tire les créatures du néant , et qui redonna «1 la vie aux morts. » La trente-troisième , qui peut en même temps servir d'exemple de ce que nous avons dit de l'art avec lequel Quesnel cache Terreur sous le voile d'une réflexion pieuse : « Combien faut-il avoir renoncé « aux choses de la terre et à soi-même, pour avoir la con-

• fiance de dire , comme saint Paul , Je sus-Christ m'a aimé « et s'est liurc pour moi ?» La cinquante-neuvième : « La prière des impies est un nouveau péché» » La soixante-quatrième : « Sous la malédiction de la loi on « ne fait jamais le bien , parce qu'on pèehe ou en faisant « le mal , ou en ne l'évitant que par la crainte, n La soixante-huitième :-« Quelle bonté de Dieu d'avoir ainsi « abrégé la voie du salut , en renfermant tout dans la fb* a et dans la prière ! » La soixante-dixième : « Dieu n'af- « flige jamais les innocens , et les afllict ions servent toujours » ou à punir le péché, ou à purifier le pécheur. » La foixante-onzième : « L'homme" peut se dispenser, pour « sa conservation , d'une loi que Dieu a faite pour son uti- « lité. » La quatre-vingt-neuvième : « Le quatorzième

• degré de la conversion du pécheur , est quêtant récon- « cilié, il a droit d'assister au sacrifice de l'Église, » Le reste des propositions, depuis celle-ci jusqu'à la fin , étoit destiné, à rendre les premiers pasteurs odieux , et à lé-

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gïtimer la desobéissance. C'est là qu'il étoit dit (proposition quatre-vingt-treizième) , « Que Jésus- Çhrist guérit « quelquefois les blessures que la précipitation tfes premiers « pasteurs fait sans son ordre , et qu'il rétablit ce que ceux- « ci retranchent par un zèle inconsidéré; » ou bien proposition quatre-vingt-dix-huitième, « Que l'accusation « d'hérésie est l'épreuve la plus méritoire et celle qui donne « le plus de conformité avec Jésus-Christ. » C'est 'enfin dans la même intention qu'avoit été rédigée la proposition quatre-vingt-onzième : « La crainte d'une excom— « munication injuste né nous doit jamais empocher de faire • notre<levoir. » On sent ce qu'une maxime fausse, même dans son acception générale , a voit de séduisant pour des gens qui se rendent juges de l'équité des condamnations portées contr'eux, et qui font consister leur devoir à soutenir des opinions proscrites, et à résister aux décisions de l'Église/ Le Pape terminoit la bulle par ajouter qu'il ne prétendoit pas approuver les antres propositions non condamnées; qu'il s'étoit aperçu qu'il y en avoit beaucoup d'autres qui contenoient les mêmes erreurs, que le texte du Nouveau Testament y étoit altéré , éloigné de la Vulgate, conforme à la version condamnée de Mons f et détourné à des sens nuisibles. Il défendoit de lire on de retenir l'ouvrage. Telle est la substance de cette constitution , que nous verrons attaquée avec tant d'opiniâtreté. Doit-on s'en étonner? elle a eu le sort de plusieurs outres jugemens de l'Église, qui ont révolté ceux contre qui ils étoient rendus. La manière seule dont elle a été combattue, est un préjugé en sa faveur. Le simple amour de la vérité n'eût pas produit sans doute ce déchaînement violent , cette opinion tumultueuse , ces clameurs et ces xnouvemens par lesquels les partisans de Quesnel se signalèrent.

Le a3 janvier, quarante évlqucs assemblés à Paris reçoivent la constitution Unigenûus. La bulle étant arri-

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vée en France, le roi résolut de la communiquer aussitôt aux évêques. 11 ordonna une convocation de ceux crui pou voient se trouver a- Paris, moyen qui avoit déjà été pratiqué en plusieurs circonstances. L'ouverture de l'assemblée fut fixée au 16 octobre 1713. Il fut décidé que le cardinal de Noailles y présideroit. Afin même de lui laisser cet honneur , le roi engagea le cardinal d'Est rées , à qui la présidence eût appartenu par son ancienneté , à y renoncer , et à ne pas se trouver à l'assemblée. On osa encore avec M. de Noailles de toutes les autres condescendances qui pou voient le fiât ter. A sa prière , l'archevêché fut indiqué, contre l'usage, pour le lieu des séances. On lui laissa le choix des commissaires, parmi lesquels on désira seulement qu'il nommât M. de Bissy , évêque de Meaux. On pouvoit espérer que le cardinal al loi t suivre une autre route. Le 28 septembre , il avoit donné un Mandement pour condamner le livre de Quesnel , en marquant que c'étoit pour tenir sa parole. Cependant à la première séance , qui se tint le 16 octobre, et où se trouvoient -vingt-neuf évêques, il prononça un discours où il chercha à justifier son approbation de 1695* Jl s'appuya sur le suffrage de M. Vialart, son prédécesseur à Châlons, de M. d'Urfé, évêque de Limoges, et de M. Bossu et. On n'a cependant jamais rien cité d'auilieu tique de M. d'Urfé. On a vu ce qu'il failoit penser de l'approbation de M. Vialart ; et quant à Bossu et , nous parlerons de son sentiment à cet égard , dans son article qui fait partie de la Liste chronologique des écrivains , a la fin de ces Mémoires. Le discours du cardinal de Noailles fut écouté avec peine. Le 21 octobre , on dit la messe dn Saint-Esprit , et les six commissaires nommes pour faire leur rapport sur la constitution , commencèrent leur travail. C'étaient le eardinal de Rohan, évêque de Strasbourg, MM. de Bezons et Desmarets, archevêques de Bordeaux et d'Anch , de Sillery , de Bissy et de Berthier , évêques de Soissons , de Meaux et de Blois. Ce fut alors que Quesnel adressa aux évêques des mémoires en sa faveur. L'année précédente , on l'avQit entendu dire dans

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une explication apologétique de ses senti mens : u Jeson- « mets très-sincèrement et mes Reflexions sur le Nouveau « Testament 9 et tontes les explications que j'y ai apporh tées, au jugement de la sainte Église catholique , aposto» « lique et romaine, dont je serai jusqu'au der ter soupir w un fils très-soumis et très-obéissant. » Ce même homme , oe fils soumis et obéissant osa dire , en 1713 , que la bulle renversait la foi de fond en comble; qu'elle frappoii d'un seul coup cent une vérités ; et que Xaccepter , ce seroit réaliser la prophétie de Daniel , lorsqu'il dit qu'une partie des fort s 'est tombée comme les étoiles dt* ciel. A la vivacité de ce style, on reconnoissoit un auteur dont l'amour- propre étoit blessé. Il faisoit circuler différens écrits contre la bulle» Ce fut pour les réfuter que Ton convint qu'il seroit dressé une Instruction pastorale , ou Ion montrerait les vices de l'ouvrage. Le cardinal de Noaiiles avoit d'abord approuvé ce moyen , mais il le rejeta dans la suite , lui et quelques évêques qui le suîvoient en tout. lien avoit mandé à Paris plusieurs, sur lesquels il comptoit principalement , et ce fut dans une assemblée tenue entreux, le 11 janvier, chef le cardinal, qu'ils arrêtèrent de déclarer à la majorité , qu'ils ne pouvoient plus assister à ses délibérations , ni partager ses sentimens. Ces prélats se retirèrent de suite au nombre de dix ; mais ils eurent ordre du roi de retourner prendre leurs places à l'assemblée pour y exposer librement leurs raisons. Ils continuèrent donc à assister aux séances et à opiner comme auparavant , et le cardinal de Noaiiles reconnut que les suffrages n'étoient aucunement gênés. Le 1 5 janvier, la commission établie au mois d'oc* tobre précédent commença son rapport. Il paroît que ce long intervalle avoit été employé à tâcher de prévenir de funestes divisions. Le rapport dura six séances. Le 'rapporteur le termina en proposant de déclarer que l'assemblée avoit reconnu avec beaucoup de joie la doctrine de l'Église dans la constitution, quelle l'acceptoit avec respect et soumission , qu'elle condamnoit les livres et les propositions de la même manière que le Pape, et qu'avant

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de se séparer , elle arrêterait un modèle d'Instruction pas- " torale que les évêques publieraient avec la bulle. Le 22 et 23 janvier on recueillit les suffrages. Quarante évêques furent de Fa vis de la commission , neuf autres dirent qu'avant de délibérer sur le fond, ils vouloient attendre l'Instruction pastorale. Ces prélats étoient le car-* dînai de Noailles ; d'Hervaut , archevêque de Tours ; de Be'thune, de Noailles, Soanen, de Langle, Desmarets, Dreuillet et de Clermont, évêques de Verdun, de Châlons-sur-Marne , de Senes , de Boulogne , de Saint ?Malo , de Bayonne et de Laon ; encore ce dernier revint-il depuis à l'avis de la commission. Ou fit tout ce qui étoit pos- • siWe pour ramener le cardinal de Noailles , dont le suffrage eut entraîné le reste des opposans. On lui proposa de concerter avec lui l'Instruction pastorale , ce qu'il refusa . constamment. Le 1" février, on fit lecture de cette Instruction , qui fut approuvée de quarante évêques. Le cardinal de Noailles, parlant au nom des neuf autres, prou on ça un discours où il disoit que la division des évê~ ques ne rouloit point sur la foi, et que lui et les siens pre— noient le parti de demander des explications au Pape. On fut étonné d'entendre ce prélat assurer qu'il n'y avoit point de division sur la foi , tandis que Quesnel venoii d'écrire que la bulle la renversoit. Ce n'étoit donc pas la peine de se séparer de ses collègues. Ce fut, à ce qu'il paraît t cette réflexion qui ramena l'évêque de Laon à l'avis des quarante. Quelques évêques auraient été d'avis , qûe puisque le cardinal irouvoit qu'il ne s'agissoit point de la doctrine , on l'obligeât à se réunir h la majorité. Ils s'appuyoient de l'exemple de rassemblée de i656 , qui . avoit tenu cette conduite envers M. de Gondrin , archevêque de Sens ; mais on préféra le parti de la douceur. Le 5 février fut la clôture de cette célèbre assemblée, qui s'étoit distinguée par la sagesse de sa conduite. L'/«s traction pastorale qu'elle adopta est un monument subsistant de son zèle. On y fait voir les vices des différentes propositions , leurs conséquences , et Ton répond au prin-» ripâtes diflkultés alléguées , pour les justifier* On a pré- ,

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tendu depuis que l'assemblée n'avoit accepte que relativement , et que son Instruction étoit une sorte d'explication qui restreignoit la bulle» La lecture du procèsverbal suffit pour démentir cette assertion. On y voit

les prélats commencer par accepter, et puis arrêter une Instruction. Jamais ils ne se servirent du mot d explications. Ils annoncèrent toujours qu'ils ne vouloient que répondre aux chicanes des partisans du livre. Aussi l'auteur de l' Histoire du livre des Réflexions morales convient que l'acceptation n'étoit point du tout relative. D'ailleurs , si elle l'eût été, les huit évoques, qui ne cherchoient, disaient-ils , qu'une acceptation de cette nature , n'au rotent pu refuser de l'adopter. Ils avoient d'abord annoncé qu'ils ecriroienl au Pape pour lui demander des explications. Mais comme on exigea que leur lettre fût indiv iduelle et passât par les mains du roi , ils prirent ses ordres pour une défense, et Décrivirent point du tout. Seulement ils signèrent , avant de se séparer , un acte où ils protestoient quiis étoient très-éloignés de vouloir favoriser le livre des Réflexions morales ni son auteur, qu'ils reconnoiasoient que ce livre devoit être ôté des mains des fidèles, quils étoient résolus de le condamner, qu'ils s'opposeroient toujours aux progrès du jansénisme , et nepargneroient rien pour faire observer dans toule leur force les bulles d'Innocent X et d'Alexandre VII, et celle de Clément XI, en i^o5. En effet, presque tous ces évêques donnèpeut des Mandemens contre le livre de Quesnel ; et il est remarquable que, tandis que Quesnel et ses partisans van— toient les Réjlexions comme l'ouvrage le plus utile et comme un trésor pour les fidèles , les prélats même les plus prévenus ne pouvoient s'empêcher de le condamner. Leur conduite affligea beaucoup le Pape , et dans sou bref, du 17 mars, aux évêques de l'assemblée, eu réponse à la lettre qu'ils lui avoient écrite, il 1rs leheita de leur soumission , et de leurs soins pour ménager la paix de l'Église, loua leur patiente et leurs ménagemens pour leurs frères, et gémit de ce que quelques-uns, sous le vaia prétexte de demander de nouvelles explications ,

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différaient par des questions sans fin à lui rendre la soumission qu'ils lui dévoient.

— Le 14 février, lettres-patentes du roi pour la publication de la bulle , et la suppression du livre condamné. Le 'lendemain ces lettres furent portées au parlement de Paris. M. Joly de Fleury, avocat-général, en requit l'enregistrement dans un discours où il loua l'attention du prince contre les erreurs anciennes et nouvelles. U dit que la forme extérieure de la constitution ne présentoit point de ces clauses contre lesquelles les magistrats ont coutume de s'élever , et il ne demanda que la réserve générale de nos droits et de nos maximes : il observa pourtant qu'on pourrait peut-être abuser des propositions sur l'excommunication , si , sous prétexte de leur condamnation , on vouloit ou refuser aux évêques le pouvoir det clefs, ou prétendre que les excommunications injustes, que les menaces même d'une iu juste censure pourraient suspendre l'accomplissement des devoirs les plus essentiels et les plus indispensables. Ce magistrat chercha, sans doute, à prévenir par là les fausses conséquences que des mal-intentionnés auraient voulu tirer de la condamnation de la proposition quatre-vingt-onzième. U étoit, sans doute , bien éloigné de croire que le Pape eût voulu donner atteinte à l'indépendance des rais ou à la fidélité «les sujets, en faisant craindre les excommunications même injustes. II étoit manifeste que la bulle nattaquoit quft la doctrine des novateurs, qui cherchent à se rassurer contre la crainte des censures , soit en prétendant qu'elles sont injustes , soit en prétextant qu'il est de leur devoir de ne pas obéir. Après les observations de l'avocat -général , on alla aux voix au parlement. Personne n'argumenta sur le fond : seulement l'abbé Pu celle , conseillerclerc , qui sera plus connu par la suite , parla contre un mot des lettres- patentes où il étoit enjoint aux éveques de publier la bulle, et dit que cette expression n'étoit point convenable, et que le roi n'avoit aucun droit d'enjoindre aux éveques en pareille matière. Cette observation fut adoptée par quelques autres membres de la grand'*

chambre;

Annie 1714- 34*

«hambre; mais du reste personne, comme ja Tai dit^ n'incidenta sur le fond : l'enregistrement passa à la pluralité* On a assuré depuis qu'il avoit été rendu un arrêté secret , portant que le roi seroit très- humblement prié d'ordonner que la constitution fût envoyée à tous les évêques , afin que leur suffrage se joignant à V autorité du saint Siège par t acceptation qu'ils en feront y et la publication qui en sera faite dans leurs diocèses en exé*» cation de leurs Mande me ris , le concours des membres avec leur chef puisse éteindre pour toujours , dans le royaume , une division de sentimens aussi contraire au bien de V Église qu'à celui de VètaU Je ne sais si cet arrêté fut rendu ; mais Ion n'y découvre rien qui puisse favoriser ceux qui ont voulu s'en prévaloir. Au surplus , le désir du parlement fut rempli : la bulle fut envoyée à tous les éveques , ainsi que Y Instruction pastorale et V les délibérations de rassemblée du clergé. Comme la constitution étoit connue depuis long-temps, on n'ignorait guère le sentiment de la plupart des éveques. Plus de soixante-dix de ceux qui étoient dans les provinces, se joignirent aux membres de l'assemblée du clergé, et pu* blièrent la bulle et l'Instruction. La constitution se trouva donc acceptée dans plus de cent diocèses : il y eut seulement quelques évoques qui tinrent une conduite particulière. Six ne publièrent point la bulle ; ce furent MM. de Verthamon , de la Broue , Golbert , de Sève , Rervilio et de Rexai, évéques de Pamiers , de Mirepoix , de Montpellier, d'Arras, de Tréguier et d'Angoulême : M. de Coislin, évêque de Metz, donna un Mandement pour expliquer la bulle , et défendit de l'accepter dans un autre sens que lui. L'archevêque d'Embrun et l'évê— que de Sistéron s'exprimèrent , à ce qu'il paraît , à peu près comme M. de Coislin : encore le premier se réunit «il ensuite au corps épiscopal. Ainsi , il n'y avoit , absolument parlant , que quatorze évéques qui se montrassent opposés formellement à la constitution* Trois ou quatre te noient une conduite mitoyenne : tous les autres, au nombre d'environ cent dix, acceptèrent TOME raxMixA. 16.

a4a Jtnnée ^714.

unanimement. Cette considération feule au r oit dû mettre* fin aux disputes,

— Le 5 mars, la faculté de théologie de Paris reçoit la constitution. Lea8 février, le cardinal deKohan avoit remis au syndic de la faculté, de la part du roi, une lettre où il lui étoit ordonné de faire insérer la constitution dans les registres : maison vit avec étonnement que, tandis que les docteurs se réunissoient en Sorbonne pour délibérer, un colporteur leur distribuoit à la porte un Mandement du cardinal de Noailles, en date du ?5 février , par lequel il défendoit , sous peine de suspense , de rien statuer sur la bulle indépendamment de son autorité. La hardiesse d'une pareille défense surprit extrêmement. On ne pouvoit concevoir comment un évéque défendoit , sous peine de suspense , de recevoir une bulle émanée du saint Siège, approuvée par une assemblée d'évéques, et cela au moment même ou, en vertu de cette acceptation, le roi ordonnoit de s'y soumettre. Cependant cette démarche resta impunie, et rien ne prouve mieux combien en ont imposé ceux qui ont voulu faire croire que Louis XIV avoit eu souvent recours aux moyens de terreur pour faire recevoir la constitution. Pour en revenir aux docteurs , M. de Noailles s'étoit flatté, sans doute , que son Mandement les empécheroit d'accepter : il n'ignoroit pas que la faculté comptoit dans son sein plusieurs des partisans de Quesnel ; le Ces de conscience de 1701 l'avoit prouvé. Aussi l'assemblée fut fort tumultueuse , et Ion ne put rien décider dans cette première séance. Le roi fit expédier de nouveaux ordres; et le 5 mars, ta bulle fut reçue ft la pluralité des suffrages. Le décret portoit que la faculté recevoit la bulle avec rcsp< et ; qu elle la frroit insérer dans ses registres ; que tous srs membres uuroient pour elle le même respect, et ne pour roi eut la combattre de vive voix ou par écrit , sous p<ine d'exclusion ; et qu'on députeroit au roi pour lui présenter cet acte. Le i o , cette conclusion fut revue et confirmée par une assemblée générale : quatre jours après, douxe docteurs allèrent assurer le prince de la

Aimée 1714»

sbu mission de la compagnie. Il ne fit sentir son mécontentement qu'à quelques turbulens : quatre docteurs furent exiles, et cinq autres eurent ordre de s'absenter das assemblées. Toutes les universités et toutes les facultés de théologie du royaume suivirent l'exemple de la Sorbonne; comme tous les parlemens, celui du parlement de la capitale. La faculté de théologie de Reims avoit montré quelque opposition ; mais elle se soumit bientôt* Cependant, le Pape condamna le Mandement du cardinal de Noailles , ainsi que ceux qui avoient été donnés à Tours * à Châlons, à Bayonne, a Boulogne, à Metz et à Mirepoix ; et le roi les supprima par des arrêts de son conseil* Clément XI écrivit à ce prince pour le remercier de son zèle. Ii le prioit de le seconder pour ramener les opposons à l'unité : mais, dans le même temps, commencèrent ces longues négociations qui n'aboutirent à rien, et par lesquelles on n'avoit cherché qu'à gagner du temps. Le cardinal de Noailles ayant écrit, le 24 mars, au roi pour demander quelques délais afin de travailler à une Instruction pastorale, on lui accorda sa demande, dans l'espérance de le voir revenir sur ses pas ; mais on s'aperçut bientôt qu'il n'avoit pas des vues bien franches. H était persuadé , dit naïvement dans son Journal l'abbé Dor— sanne, son grand- vicaire , qu'il n'avoit rien de mieujc à faire que d'amuser les négociateurs > et que cette a/Z* J'aire n'étoit pas de nature à se gâter en se proton*» géant (i). Les applaudissemens du parti avoient séduit l'archevêque : il n'étoit pas insensible a l'idée de s'en, trouver le chef. Le même Journal parle très-sérieusement d'un discours d'apparat prononcé par le recteur de l'Université , et dans lequel l'hyperbolique rhéteur représenta le cardinal comme le seul défenseur de la vérité , celui de qui toute V Église attendait la règle de la foi, et qui deyoit donner la paix à l Église (2). Celui quisouf-

(1) Journal de l'abbé Dorsaflnc, décembre 1514, l( (a) Ibidem.

2/{4 * Année 1714»

froit un encens si grossier , montrait bien de la foiblasse.

11 amusa les négociateurs pendant six mois, promettant une Instruction où il accepterait , mais n'y travaillant que de loin en loin ; chicanant sur toutes les expressions , voulant toujours justifier Quesnel , et n'avançant rien. Il est vraisemblable que , par ces lenteurs affectées , il espérait atteindre une époque plus favorable. Le roi étoit fort avancé en âge et infirme : on pouvoit , sans être prophète, prévoir que son règne ne serait pas long, et qu'on aurait plus de liberté sous son successeur. Le ij octobre in*4 » le cardinal envoya un projet d'Instruction : mais comme il ne présentait rien de satisfaisant , le roi * las de tant de longueurs , se décida à demander au Pape un concile où Ton |u gérait les opposons. Il fit partir à cet effet, pour Rome, M. A me lot. Le Pape voyoit des inconvéniens dans ce plan , qui devoit entraîner des lenteurs dont le parti aurait profité : cependant il s'étoit déterminé à seconder les désirs du roi , lorsque i'événe- Inent le plus triste rompit toutes ces mesures.

— Le 12 décembre, décret porté à Rome contre It Commentaire philosophique oje Bayle , sur ces parole* de l'Évangile : Contrains-les d'entrer. Il y avoit eu , le

12 mars 1703, un autre décret contre le Dictionnaire historique et critique du même auteur , et depuis il y en eut un général contre toutes ses Œuvres. On ne peut sè dissimuler qu'elles méritaient bien d être ainsi notées , et que c'est à juste titre que plusieurs évéques de France 9 et entr autres l'archevêque de Besançon , les avoient censurées. Elles ne pouvoient qu'être dangereuses par l'esprit qui y règne , et par une critique outrée qui ébranloit tous les principes reçus. Dans les Pensées sur la Comète, l'auteur agitoit toute sorte de questions de théologie, de métaphysique, de morale, et ne les décidoit pas toujours avec exactitude et sagesse. Il y soutient plusieurs paradoxes, entrautres celui-ci : Qu'il est moins dangereux de ne point avoir de religion que d'en avoir une fausse. Il prétend que de véritables chrétiens ne tormeroient pas un état qui pût subsister j assertion

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combattue depuis par Montesquieu. Le Commentaire philosophique n est digne de lui , dit-on dans la Biographie universelle , ni pour le style qui en est dur et cnbarrassé , ni pour le ton qui en est chagr in et amer» Le faux y est mêle* avec le vrai , et un bon principe y est souvent obscurci par des conséquences pernicieuses. 'LeJDiotionnaire historique et critique y en 4 volumes in-folio , est le principal de ses ouvrages. Il mécontenta également les personnes zélées de toutes les communions. Les pro— testans mêmes reprochèrent à fauteur la complaisance avec laquelle il rapporte les argumens des manichéens et des pyrrhoniens , sans rien dire pour les réfuter , et les éloges qu'il fàjt des athées et des épicuriens. Les gens de goût blâmèrent des digressions interminables, des notes déraésurément longues, et une profusion d'érudition sans choix , sans méthode , sans retenue. Les catholiques purent y reprendre encore bien d'autres défauts , des jugemens pleins de partialité , des sophismes , de la satire , des détails licencieux. ' Ils virent que Baylc prend un plaisir malin à ébranler toutes les vérités. Froid douteur , il étale avec affectation les objections des ennemis de la religion , et le plus souvent il ne daigne pas faire mention des réponses. Ses ouvrages eurent néanmoins de la vogue. Ils plurent malgré leurs défauts , et peutêtre à cause de leurs défauts. Le scepticisme de l'auteur séduisit des gens qui vouloient aussi douter, et ses sophismes en imposèrent à des esprits peu exercés* On trouva du plaisir à voir heurter des principes que le temps avoit consacrés. Toutefois le mauvais effet de ces ouvrages fut lent , du moins en France , oh l'on s effraie davantage delà longueur d'un livre ; et sous Louis XIV, où l'esprit général étoit religieux. Pour rendre l'incrédulité de Bayle accessible à plus de personnes , il fallut que des écrivains , héritiers de son esprit , travaillassent à la réduire à un plus petit volume. C'est à quoi plusieurs s'attachèrent par la suite avec un zèle et une persévérance dont bous n'avons pas eu à nous féliciter.

Année

Le 19 février, Clément XI abolit le droit de légat io* héréditaire en Sicile et le tribunal de la monarchie. Ce tribunal remonte au xi« siècle. Ou assure qu'en \ 098 , Urbain II , alors souverain Pontife , accorda à Roger , comte de Sicile , et à ses successeurs , le droit de légats du Pape dans cette île. De là l'érection d'un tribunal dit de la monarchie , parce qu'il réunit les pouvoirs spirituel et temporel. Ce point d'histoire a plusieurs fois occupé les savans. Baron i us est un de ceux qui ont le plus contesté l'existence de la bulle d'Urbain. Le Pape saint Pie V avoit fait quelques efforts pour abolir le tribunal de la monarchie. Il lui paroissoit ridicule qu'un souverain exerçât les fonctions de légat , relevât des censures , et fit des actes de juridiction ecclésiastique. Mais les rois de Sicile étoient toujours restés en possession de ce privilège , quand un incident peu important en lui* même donna heu de renouveler la dispute. M. Tedeschi , évéque de Lipari , ayant fait vendre des grains , fut choqué~de ce qu'on lui avoit fait payer le droit dont il de-» voit être exempt. Il s'en plaignit, et comme on ne se pressoit pas de le satisfaire (1), il alla jusqu'à excommunier deux commis préposés à la perception du droit. Ceux-ci s'adressèrent au tribunal de la monarchie, qui donna ce que nous appelons l'absolution ad caut^iam , et envoya a Lipari un député pour y faire observer son décret. A cette occasion on exerça des violences condamnables. Le grand-vicaire et le confesseur de févéque furent tourmentés, emprisonnés, bannis. Le 18 juin 171^, le Pape confirme ce qu'avoit fait M. Tedeschi , et déclare nulle l'absolution donnée par le tribunal. 11 en* ▼oie son décret aux éveques de Sicile, avec ordre de le

(t) Histoire 4e Cernent XI , par Hebou!eL

Année ' 1 7 i5V &4y

publier. Ces évéques Tayaut reçu , trois d'entr eux firent passer la lettre aux officiers du roi ; trois autres crureut devoir la rendre publique. C'étaient M. Milliaci, archevêque de Messine, MM. Ramirez et Riggio, éveques d'Agrigcnte et de Catane ; le vice-roi leur ordonna de révoquer leur publication , et sur leur refus ils furent bannis du royaume. Les deux évéques interdirent leur diocèse en le quittant. Le tribunal de la monarchie ayant prétendu annuller cette censure , le Pape la confirma , et allégua que lui seul peut connoître des excommunications portées par les ordinaires, et que les le'gats n'ont point ee droit. Mais les officiers du tribunal alloieht toujours en avant, 'et vouloient empêcher l'observation de l'interdit. De ce conflit résuit oient de grands troubles. Les prêtres, qui se conformoient aux ordres des •Vêques , étoient tourmentés -et bannis. Ils s'enfuirent ▼ers Rome , où ils se trouvèrent bientôt au nombre de plus de 5oo , et où le Pape pourvut généreusement à leurs besoins. On ne s'en prit pas seulemeut aux ecclésiastiques. Les laïques, les gens même du peuple, qui observoient t'interdit , furent maltraités et emprisonnés!» Ces mesures violentes ne firent qu'aggraver le mal , et la Sicile étoit en proie à des dissentions fâcheuses, quand ce royaume échut en partage au duc de Savoie. Alors les officiers du roi d'Espagne , qui avoient défendu avec le plus de chaleur les prétentions de leur maître , tinrent une conduite toute opposée. Le vice-roi , le président du tribunal et ses assesseur» ne voulurent point quitter l'île avant d'avoir blâmé hautement leurs démarches, et reçu du Pape l'absolution des censures. Ces exemples confirmèrent encore les peuples dans le désir qu'ils téuioignoient qu'on satisfit le saint Siège. Mais le nouveau roi de Sicile paroissoit vouloir soutenir le privilège de ses prédécesseurs. Clément XI ayant ordonné l'observation de l'interdit, et cassé les ordonnances des anciens officiera espagnols, le prince défendit d'exécuter ai/cun rescrit étranger sans son autorisation. On négocia pour accomjnoder ce différend. L<3 .diverse» prétention» n'ayant p«

afa Annie 171$.

se concilier, le Pape donna, le 11 janvier l^iS, une bulle contre le dernier édit du roi. Le mois suivant t il abolit le droit de légation héréditaire et le tribunal de la monarchie. Sa bulle étoit signée de trente-trois cardinaux. On en interjeta appel pour le roi de Sicile. 11 parut sur cette dispute beaucoup d'écrits, où chacun prenoit parti suivant ses inclinations. Un de ceux qui soutinrent le pins vivement la cause des souverains de Sicile, fut le docteur Du pin, que son penchant ne portait guère d'ailleurs à se déclarer pour les Papes. Les contestations continuèrent, et la Sicile étoit encore divisée par cette querelle , quand Philippe V , étant redevenu maître de cette île, en 1718, songea à y rétablir la paix. 11 fut convenu qu'on rappeleroit ceux qui avoient été chassés pour avoir observé l'interdit , qu'on rétabliroit dans leurs emplois les personnes qui les avoient perdus pour la même cause, que les censures seraient provisoirement observées, et que les corps des évêques de Catane et d'Agrigente , morts à Rome durant leur exil , seraient reportes en Sicile , et inhumes avec honneur dans leurs églises. Le Pape devoit ensuite donner aux grands-vicaires des évéques qui avoient prononcé l'interdit, le pouvoir de le lever. Ainsi fut conclu cet arrangement , dans lequel il paraît qu'on eut plus d'égard au désir ardent que té moi g noient les Siciliens de voir 6nir ce long différend , qu'aux prétentions , ou , si l'on veut , aux droits du souverain. Comme l'île changea encore peu après de domination , raccommodement conclu avec Philippe V n'eut pas son entière exécution , et l'affaire ne fut totalement terminée que sous Benoît XIII , de concert avec l'empereur , alors martre de la Sicile. Le 3o août 1728, ce Pape donna une bulle pour rétablir le prince dans le droit de légation, et pour déterminer en même temps la nature des causes à porter au tribunal de la monarchie , et la manière d'y procéder.

— Le i« septembre, Louis XIV meurt, à l'âge de 77 ans , et dans la 73» année de son règne , l'un des plus loDgs et des plus mémorables nue présente l'histoire. Ce

Année 17 15. 349

p'«st point ici le lieu d'en rappeler le* grands événemens« Assez d'autres les ont retracés et ont raconté avec étendue tant de victoires glorieuses , tant de provinces conquises, tant de beaux monumens, tant d'établissaraens utiles, des villes foptiGées, des arsenaux construits , dos ports creuses , des canaux ouverts au commerce , les sciences florissantes, les arts encourages, et les lettres portées au plus haut point de la perfection et du goût. Assez d'autres ont parlé de tant de grands bommçs qui brillèrent sous ce règne , et ont célébré la valeur des généraux , l'habileté des ministres , l'éloquence des orateurs , le génie des poètes, tous les talcns enfin se reunissant autour d'un monarque qui savoit les apprécier avec justesse et les récompenser dignement. La France monta sous lui au premier rang des nations , et il a mérité de donner son nom à ce siècle. Mais ce n'est point sur de tels avantages que nous devons nous étendre ici, et il suffira , pour l'objet de ces Mémoires , de rappeler ce que Louis .fit pour le bien de la religion. Sans doute, sa vie ne fut pas exempte de taches, et pour ne rien dissimuler * nous avouerons qu'il aima trop la guerre , qu'il donna dans un faste excessif, et qu'il se laissa dominer Ion g- temps par une passion impétueuse et coupable. Ce dernier grief est un de ceux sur lequel ont le moins insiste ses détracteurs, dont la morale peu sévère lui auroit volontiers pardonné l'irrégularité de ses moeurs* Mais la religion ne juge pas comme le monde. Elle réprouve de pareils écarts dans tous les hommes, et surtout dans ceux qui doivent l'exemple aux autres , et dont la conduite, dans Je haut rang où ils sont places, est exposé h tous les regards et à tant d'influence sur les mœurs de leurs sujets. Ce qu'on peut dire de moins défavorable pour Louis XIV , c'est qu'au milieu de ses désordres il conserva toujours une certaine décence extérieure , et ne s'avilit point par des penchans abjects et honteux aux yeux du monde' même. Ce qu'il faut dire à sa louange , c'est qu'il sut rompre enfin ses chaînes , et qu'il passa les trente dernières années de sa vie éloigng

a5a Enflée 17 15.

àe ses premières faiblesses. Car son mariage arec Mm« de ftlaintcnon ne sauroit être douteux, et toutes les histoires du temps attestent ce fait. Reconnoissons encore <jn au milieu de ses déréglemens, Louis honora toujours et fit toujours honorer la religion. Il n'eût pas souffert des discours trop fibres sur ce point, encore moins de* Arrits ; et il avoit trop de sens et de pénétration pour ne pas sentir que le mépris de la religion eût amené' le mépris de son autorité*. Aussi lui-même ne parloit-il jamais sur ce sujet qu'arec le ton de la soumission , sentant , comme iî le dit dans ses Mémoires , que la première partie de la politique est celle oui enseigne à bien sert'ir Dieu , que cest pécher contre la prudence , aussi bien que contre la justice, que de manquer de 'vénération pour lui , et que la dignité des rois se relève partons les devoirs qu'ils lui rendent (i). Sa conduite répondoit à ce langage ; il remplissoit exactement les pratiques de la religion. Nous avons parlé plus haut de la protection qu'il accordoit à l'Eglise, de son zèle pour les missions. Il sut distinguer le mérite des Bossuct, des Fénélon, des Fléchier, des Huet, des le Camus, et de tant d'autres prélats qui éclairèrent l'Eglise par leurs lumières, ou honorèrent l'épiscopat par leurs vertus. On a beaucoup blâmé la conduite de Louis XIV, relativement aux jansénistes. Voltaire lui a reproché confreux des petitesses et des rigueurs, et plusieurs écrivains ont copié l'auteur du Siècle de Louis XIV. Il ne faudrait peut-être, pour disculper ce prince à cet égard , que se rappeler les troubles arrivés sous son successeur, pour n'avoir pas suivi la même marche. Et d'ailleurs a quoi se réduisent ces rigueurs qu'on lui objecte? À l'exil de quelques intrigans et au bannissement de quelques factieux (a). Je ne vois la rien qui puisse

(t) Mémoires de Louis XIV, écrits par lui-même. Paris, l8u6, !*• partie, page. 33 et suivantes.

(a) Dans un ouvrage récent (l'Histoire de France pendant te xv lit* «cède, par M. kaereteUe) on peint les jansénistes crUassgk

jntièe ijiTk 25 1

lions faire accuser la mémoire de Louis. On* ne sauroit contester aux dépositaires de l'autorité, le droit de ré* primer des hommes turbulens, et de prévenir l'effet de leurs menées. C'est sur-tout sur la fin du règne .de Louis XIV que porte la critique de ses détracteurs. Et ce n'est point parce que cette fin fut malheureuse et que le royaume fut réduit à l'état le plus déplorable. 11 serait injuste de l'imputer au monarque, qui se trouva engagé malgré lui dans une guerre presque inévitable» et qui fit tout ce qui étoit en lui pour obtenir la paix et pour gagner ses ennemis. Ce n'est point là ce qui a excité les plaintes de quelques écrivains. 11 faut le dire, «'est que Louis étoit devenu plus religieux que jamais; «est qu'il donnoit plus d'attention au\ affaires de l'Eglise; c'est qu'il montrait beaucoup de confiance pour une femme célèbre, mais pieuse, qui n'usa de son crédit que pour le bien de la religion ; c'est que sa cour avoit pris «n aspect plus sévère; c'est enfin, pour nous servir de

% la Bastille et à Vinccnpcs , et on les montre délivrés sous Lav régence , défilant lentement au milieu de leurs parens et de leurs ■rais. Ou suppose que ce spectacle dut irriter les esprits contre la mémoire de Louis XIV. Mais dans cette occasion , comme dans quelques autres , l'habile historien à consulte des mémoires peu sûrs. J'ai sons les yeux un écrit publié, en 1796, sous ce titre : Preuves de la liberté d+- V église de France dans l'acceptation de la Constitution , ouMecueil des ordres émanés de l'au* torité séculière pour foire recevoir la Bulle , in«4°. Cet écrit , pour ne pas lui donner d'autre nom , contient une énumération Sort enflée de toutes les mesures prises contre les appelans , et présente souvent comme des rigueurs ce qui y ressemble le moins, ïe veux bien néanmoins supposer vrais les détails qu'il donne. Or, il dit que jusqu'au mois d'octobre 1715, il avoit été mis deux personnes à Vinccnnes t et quatre à la Bastille. Le Recueil les nomme. Ils étoient donc six eu tout. Voilà la liste effrayante de ces malheureux entassés dans les cachots par le Tcllier. Six prisonniers, qui poovoient tenir ensemble dans un fiacre, ne durent pas former une procession bien longue , ni aigrir si fort |rs esprits contre le feu roi. II peut être permis à un historien de rechercher les effets dramatiques ? mais ce ne doit jamais être aux depene dn la VeritcV

â5? Annie - 1715.

(expression employée par ses censeurs , c'est qu'il éHoît dévot» Voilà son grand tort aux yeux de la philosophie. Mais nous oserons dire , que ce prince véritablement grand pendant sa vie , le parut encore plus dans ses dernières années. On voit dans les Mémoires de Torcy combien il étoit pénétré des malheurs des peuples, et maigre sa constance, il laissoit quelquefois apercevoir ses larmes. E vit avec douleur tomber avant lui les héritiers du trône. Mais ce fut sur-tout aux approches de la mort qu'éclatèrent sa religion et sa fermeté. Le duc de Saint-Simon , qui la peu ménagé dans ses Mémoires, lui rend pourtant justice en cette occasion, u Le roi ,

* dit-il, ne témoigna aucun regret en quittant la vie, et

* légalité de son ame fut toujours à l'épreuve de la plus « légère impatience. U ne s'importunoit d'aucun or- « dre à donner. 11 cégloit tout avec sang froid , et tout « se passa jusqu'au bout avec cette décence, cette gravité,

* cette majesté qni avoient accompagné toutes les action* « de sa vie. Dès qu'il étoit libre, et qu'il avoit banni « toute affaire et tous autres soins, il étoit uniquement « occupé de Dieu , de son salut , de sou néant , jusqu'à « lui être échappé de dire : Du temps que j'étois roi. c Absorbé d'avance en ce grand avenir , où il se croyoit « si près d'entrer, avec un détachement sans regret, « avec une humilité sans bassesse , avec un mépris de ce

* qui n'étoit plus pour lui , il consoloit ses domestiques « qu'il voyoit pleurer.. ... Et ce qui le rendit plus adm mirable, c'est qu'il se soutint toujours , témoignant m une confiance en Dieu , fondée sur la miséricorde et

* sur le sang de Jésus-Christ , avec une résignation en- « tière sur son état, sur sa durée, et regrettant de ne u pas souffrir. Qui n'admirera une fin si supérieure et « en même temps si chrétienne? ». Ce fut dans ces senti mens de la plus haute piété que ce grand roi termina sa carrière. Les circonstances où il mourut rendirent sa perte plus sensible. Il avoit ordonné dans les commencemens d'août que Ton minutât une déclaration , par laquelle il ctoit enjoint aux évêques ppposans de se confor-

Année 171J* a53

mer à la majorité de leurs collègues, et de publier la constitution à laquelle il vonloit donner force de loi dans son royaume. Ce projet de déclaration , qui devoit servir de préliminaire à la tenue du concile proposé, excita les -réclamations de quelques magistrats , qui prétendirent que c'étoit mettre la main à l'encensoir , et que le roi ne pou voit commander ainsi à des éréques ; comme si le souverain n'avoit pas le droit de prêter son appui à l'exé-» eution des décrets de l'Eglise, et .comme si la bulle n'avoit pas acquis déjà , par l'acceptation de tant de premiers pasteurs , un degré d'autorité tel que l'on fut tenu de s'y soumettre. Aussi le roi* persuadé de l'équité de ses vues , persista dans son projet , et annonça un lit de justice où il ferait enregistrer la déclaration. Ceux qu'il Touloit réduire étoient dans les alarmes , lorsque sa maladie ranima leurs espérances; et tandis que tous les amis de l'état et de l'Église étoient dans le deuil; tandis que les étrangers mêmes, que les merveilles de ce règne et la magnanimité du monarque avoient justement ébloois,iot rendôient ce qu'ils lui avoient refuaé pendant sa vie , et honoraient sa mémoire par de justes éloges , sa mort devint pour les amis du trouble un sujet de triomphe et le signal d'une licence sans bornes. Ils insultèrent à celui qui avoit su les contenir. L'époque étoit favorable pour eux. Un roi enfant succédoit à un prince habile et respecté. La régence, malgré le testament de Louis, passa au duc d'Orléans, homme aimable et doué de talens, mais facile , ami des plaisirs , et s'y livrant avec excès , sans principes d'ailleurs , et assez indifférent pour la religion. Pour s'emparer de l'autorité sans partage, il ca-r ressa les pariemens , qui , sous le dernier règne , avoient été tenus dans la dépendance , et qui , restreints à l'exercice des fonctions judiciaires , songeoient à reprendre quelque ascendant pendant les embarras d'une minorité. Le parlement de Paris , sur-tout , se rappel oit le rôle qu'il avoit joué dans des temps de troubles , et souhaitoit vivement de rentrer dans la connoissance des affaires du gouvernement. 11 obtint, pour prix de sa complaisance,

^54 Année . 1*7 1 &

d'être rétabli clans l'usage , ou , si Ton veut , dans le^droifc. de présenter des remonstrances avant. l'enregistrement* Ce grand corps navoit pas été inaccessible à l'esprit da nouveautés. Une partie de ses membres s'étoit laissé gagner par les artifices dune secte adroite, et des gens de bien même avoient été attirés par les apparences du rele et les dehors de la piété. Le régent crut aussi devoir flatter un parti puissant. Le cardinal de NoaiUes reparut à h cour , èl fat (ait président d'un conseil de conscience pour les aifaircs ecclésiastiques. Ce choix montrait assez queue inarche on alloit suivre. L'assemblée du clergé, qui se tenoit à Paris, en fut alarmée, en fit des représentations qu'on n'écouta point. Le cardinal fit bientôt sentir son influence. Le P. le Tellier , confesseur du feu roi , lui étoit odieux : on l'exila. Ou rap}>ela les quatre ou cinq docteurs qui avoient été exilés. On encouragea les réfractaires à s'élever contre la constitution. Les di« gnite'i même de l'Eglise devinrent la récompense du zèle pour le cardinal et pour ses adliérens. Ce fut par son canal que les abbés de Lorraine , Bossu et , d'Entrain gues , etc. , obtinrent leur nomination à des évêchés , et ces choix indiscrets furent le présage de nouveaux troubles. Tout changea de. face à la fois, et ce passage d'uu règne a un autre fut marqué par uue sorte de révolution en morale et en politique. A une cour grave et austère a succéda une cour frivole et dissolue. La retenue fut remplacée parla licence , et la décence fut tournée en ridicule. Non seulement on devint immoral , mais on fit trophée de sa dépravation , et il fallut de nouveaux mots pour exprimer des vices inconnus* Bientôt le régent accueillit ce système frauduleux , qui enflamma la cupidité par Jappât d'un gain facile , qui fit préférer aux voies légitimes de s'enrichir, les manèges de l'agiotage, qui ruina les. gens honnêtes pour enrichir les gens adroits, et qui apprit aux particuliers a se jouer, a l'exemple du gouvernement, de l'honneur et de la confiance, a chasser la bonne foi du commerce , et à mettre avant tout l'argent et la fortune. Nous n'entrerons pas dans le détail des ope—

Aimée 1715» *55>

rations de Gfc fameux système. Les résultats n'en sont que trop connus. Au bout de peu de temps , l'état se trouva aussi obe're' qu auparavant , et une foule de particuliers réduits à l'indigence maudirent la funeste manie. <Jont . s'était engoue un prince crédule. Un évêque de ce terapsjà , écrivant au régent avec toute la liberté de son ministère, lui foisoit une peinture déplorable des suites du système, et lui représentait le commerce anéanti, la morale perdue, les lois méprisées, et les peuples indignés devoir été si cruellement abusés et gémissant dans la misère. Tous les historiens ont remarqué la sinistre in— Hue née qu'eut cette époque fameuse, et dos philosophes même ne l'ont pas dissimulée. La plupart d'entr eux pourtant ont beaucoup loué le régent ; et il convenoit en effet que les détracteurs de Louis XIV prônassent un neveu si différent de lui , et que ceux qui se moquoient de la religion et des grandes qualités du premier, excusassent volontiers l'immoralité , la légèreté funeste et l'insouciance du second.

— Le 25 et le 29 octobre, censures de deux ouvrages par rassemblée du clergé. Cette assemblée avoit commencé , du vivant même de Louis XIV , et avoit arrêté , dès ses premières séances , l'examen de deux écrits qui venoient de paroître , les Hexaples et Du Témoignage de la %érité dans V Eglise, Les Hexaples étoient un recueil des passages des Pères , rassemblés pour justifier les propositions de Quesnel : Fouillou en étoit l'auteur. Tronquer ou altérer des phrases, les présenter sous un jour favorable, ne montrer que ce qui pou voit être utile h sa cause, c'est ce qu'il avoit fait. Le Témoignage n'étoit pas plus impartial. L'auteur, le P. la Borde, Oratorien, j assujettissoit les pasteurs aux peuples , exhortoit à so décider par la voie d'examen , et ne j>arloit que de violence , de tyrannie et de persécution. Ce dernier ouvrage avoit été supprimé par le parlement de Paris, le 2i février précédent. L'assemblée du clergé crut devoir s'élever aussi contre ces deux productions , et nomma deux commissions pour les cxawiuer : mais après la mort

a56 Année 1716.

du rot , on voulut en empêcher la censure. Quelques-uns alléguoient le bien de la paix : les autres prélats crurent que leur silence , en cette conjoncture , seroit une timidité condamnable. Les deux censures furent dressées, approuvées et signées de tous les évéques et autres députés : on ordonna , de plus , qu'elles seroient imprimées et envoyées dans les provinces. Mais le régent en ayant défendu l'impression , les membres de l'assemblée en tiré* rent eux-mêmes des copies. Les Hexaples et le Témoignage ont été aussi flétris par quelques évéques particuliers. On a opposé au premier de ces livres les Anti- Hexaples , où l'on montre la conformité de la constitution avec les Livres saints et les écrits des Pères.

Le 4 janvier , la feculté de théologie de Paris , déclare qu'elle n'a point accepté la constitution. La licence étoit devenue extrême dans ce corps. Les docteurs se do □ noient pleine carrière dans leurs discours. On y insultoit à la mémoire du feu rou On s'y répandoit en invectives contre le saint Siège , contre la constitution , contre les évéques. G'étoit à qui feroit les propositions les plus hardies. En vain des membres plus sages vouloient porter leurs collègues à la modération et à l'obéissance , leurs voix étaient couvertes par des clameurs tumultueuses. Lexèle impétueux du sieur Ravechet , syndic , entraîna son corps. 11 attaqua d'abord son prédécesseur, le docteur le Rouge , dont l'unique crime étoit d'avoir contribué, en 17 14> à Facceptation de la constitution. Il fit prendrt la résoluv tion de tenir en suspens le décret du 5 mars. Il prétendit ensuite que la faculté avoit bien enregistré la constitution , mais qu'elle ne l'avoit point acceptée. Enfin , le % décembre 1715, par ses menées, et celles de quelques autres têtes non moins ardentes , la feculté déclara qu'il étoit faux qu'elle eût accepté. Il y eut des oppositions ; on passa outre. Il y avoit mille témoins de ce fait qu'on

déclaroit

Année 1716. *&j cleclarott faux ; on s'en moqua. lie 5 et le 16, oh con<* finna encore cette conclusion mensongère. l*e 4 janvier suivant, on revint encore sur cet objet. On prononça de nouveau que le décret de 1714 était faux et supposé. On le fît rayer des registres , et on priva du droit d'assister aux séances les docteurs qui sétoient opposés à ce délire; car c'en étoit bien un. Aussi quelques évéques crurent devoir interdire cette école à leurs diocésains. X/évéque de Toulon, en particulier, le fit par une dé* «Jaratioo publique. Les docteurs s'en offensèrent. Us ne ménageoient en aucune rencontre les' évéques, et vouloient en être respectés. Ils traitèrent la déclaration du prélat , de scandaleuse , téméraire et schématique t •et le parlement de Paris vint à leur secours. Au reste, j exemple de cette faculté fut peu suivi. Il n'y en euf que deux ou trois qui se laissèrent aller au torrent. Il se tenoit, dans le même temps, à Paris, des assemblées des évéques opposa ns. Elles avoient commencé à la fin de J'annéè précédente. Ces prélats avoient aussi voulu pro* fiter des circonstances , et s'étoient réunis pour se concer* ter. Ils étoient au nombre de douze , et avoient le car- , dinal de Noailles à leur tête. On avoit fait espérer am ' régert quelque succès de ces assemblées. Elles ne servirent qu'à foire voir que ces prélats n étoient pas même d'accord entreux. Les uns soutenoient que te livré de .Çuesnel étoit bon , et qu'on ne pouvoit le Condamner *t recevoir la constitution. Les autres convcnoiènt que le livre n étoit pas sans de grands défauts , et que /« huile pouvoit être acceptée avec des explications (i)* JLes évéques de Montpellier et de Se nez , étoient ceux nui se montroient les plus opposés a toute voie de co/i- <iliation , et Dorsanne avoue que leurs meilleurs amis fie pouvoient s'empêcher de les blâmer, U avoit été question de travailler à un corps de doctrine , qui seroit approuvé de tous , mais on fut obligé d'y renoncer ; tant on s'entendoit peu. On proposa ensuite une autre voie. i' , ■ . — »

(1) Journal de Vabbé Doranae, dccçipto *7»5.

a58 grince 1716*

^ Cétoit que des évéqoes acccptans écrivissent aa ragent *i ne lettre où ils demanderaient que le Pape expliquât la bulle. On s'étoit flatte* que des explications demandées par des prélats non suspects, et données en conséquence par le saint Siège, rameneroient les opposons. Le cardinal de Noaillcs chercha des signatures. Le régent voulut bien même se prêter à ses vues , et engagea quelques évéques à signer la lettre. Mais quand on l'eût obtenue avec les noms <de dix-huit évéques, au lieu de s'en servir, on en fit trophée. On la représenta comme un aveu que faisoient les acceptans mêmes , que la bulle avoit besoin d'explications. On la mit dans les gazettes, et plusieurs des signataires furent obligés d'expliquer leur intention , et de protester contre les inductions que Ton vouloit tirer de leur complaisance. À ce moyen en succéda un autre. Le cardinal de Noailles envoya à Rome deux agens chargés , disoit-on , de présenter au Pape un corps de doctrine. C'était l'abbé Chevalier , et le P. la Borde , l'auteur du Témoignage de la vérité. Ces deux hommes n'étoient guère propre pour une négociation. Arrivés à Rome, ils prirent un ton de hauteur qui ne pou voit que les décréditer. On voit dans le Journal de l'abbé Dorsanne des échantillons de leurs dépêches en France. Ils vouloient qu'on fit des coups d'éclat, et qu'on profitât de la lumière répandue sur les prétentions de la cour de Rome. Mollir , selon eux , c'étoit tout perdre. Ilfalloii prendre le ton impérial, et menacer de rompre (i). Tels étaient (es conseils de ces fougueux agens; conseils qui auraient produit un schisme en France , si on les eut écoutes. Mais en peu de temps les deux négociateurs n'eurent plus rien à négocier. Méprisés à Rome , oubliés en France , peu d'accord entr'eux , ils s'en dédom- TiiHgroient , dit-on , par quelques intrigues, quand le Pape leur fit signifier de sortir de ses états.

— Le 3 mars , mort de quatre missionnaires en Ethiopie. En 1704, Clément XI avoit envoyé dans ce pays

(1) Journal dé l'abbé Dorsanne, 1716 et 1717.

Ânnie 171Ç. ^

quatre religieux Franciscains. Leurs noms Soient Libe-* rato, Weis, Pie de Zerbe, et Samuel de Bienne. Après d'inutiles tentatives pour pénétrer par terre dans ce pays, ils prirent la voie de la mer, et arrivèrent , en 17 12, à Gondar, capitale d'Ethiopie. Ils furent d'abord assez bien reçus, et convertirent quelques habitans. Mais le prince qui régnoit alors étant mort , et un autre ayant été proclame' à sa place, le nouveau roi fit emprisonner les mis* aionnaires , pour plaire à ceux qui n'avoient pu voir sans envie les succès du zèle de ces religieux. Le a mars , il leur fit subir un interrogatoire. On leur promit la vie, sMb vouioient se faire circoncire , honorer Dioscore comme un saint, reconnoître une seule nature en Jésus-Christ , et participer aux sacremens usités en Ethiopie. Sur leur refus on les ramena en prison , d ou on les tira le lendemain pour les conduire sur une grande place, où étoit rassemblé un peuple nombreux, et où ils expirèrent acwlés d'une grêle de pierres*

— Le 8 mai , .béatification à Rome de Jean-François Régis, missionnaire Jésuite. (Foyez au 16 juin 1737.)

Le ,er mars> ^qUfis appeleBt de la wnjtitu#

tion Umgemtus au futur concile. Dès la fin de Tannée précédente, le régent, toujours porté aux voies de conciliation, malgré l'exemple du passé, avoit rassemblé à Paris plusieurs évéques pour une nouvelle négociation. Elle traîna pendant trois mois , sans qu'on en vit aucun succès. Les epposans ne cherchoient , comme l'avoue Dorsanne ( 1) , qu'à allonger pour donner au second ordre le temps de se déclarer. On s'efforçoit, à Paris sur-tout, d'accroître la fermentation par des écrits et des intrigues, lorsque quatre évéques firent un éclat qui eut de grandes suites. Le i«r mars, MM. de la Broue, Soanen, Colbert et de

(1) Jourwd de l'uM* Dorswuw, j^myier 1717.

BIBU UNIV.

or,vr

366 Annie

Langle, évêques de Mirepoix, de Senes, de Montpellier -fet dè Boulogne, signèrent devînt notoire un acte d'appel de la constitution au concile général , acte que leur avoit dresse* le docteur Boursier. Le 5, ils se transportèrent en Sorbonne, où les esprits étoient bien disposes pour les recevoir. Les prélats y lurent leur acte d'appel, auquel la faculté adhéra avec empressement. Quelques docteurs s'opposèrent seuls à ce torrent : quatre-vingtdix-sept furent pour l'adhésion. Cette levée de bouclier •obligea enfin le régent de sortir des voies de modération cru'if s étoit proscrites. Les quatre évêques eurent ordre de sortir de Paris, et de se retirer dans leurs diocèses. i,c notaire qui avoit reçu leur appel fut arrêté. Les docteurs eurent défense de tenir leurs assemblées. Le syndic Havechet/qui avoit contribué plus qu'un antre à l'adhésion , fut exilé à Saint-Brieux , et mourut en passant par Rennes. Mais ces mesures n'arrêtèrent pas la licence. En vain les évêques acceptans, qifon avoit réunis à Paris pour la négociation , et que tant d'écarts affligeoientr sensiblement , écrivirent , le 8 mars , au régent , et signèrent , au nombre de trente-un , deux Mémoires pour se plaindre de quelques arrêts du parlement , et demander qu'on mit un frein aux excès de la faculté de théologie et de plusieurs ecclésiastiques : le déchaînement continua. Le la mars , la faculté des arts adhéra à l'appel des quatre évêques. Des curés, des chanoines, des religieux ,* des religieuses, des laïques même suivirent cet exemple. Le cardinal de NoaMes encourageoit ces actes. Son officialité étoit ouverte aux appelans. On n'oublia rien pour en grossir là troupe, et l'on assuré même que des sommes d'argent furent distribuées a cet effet. Mais l'esprit de .parti seul et la séduction sursoient pour multiplier les appels. Bientôt le cardinal de Noailles ne se borna plus à les favoriser. Dès le i3 mars, il avoit réuni chez lui cinq évêques, qui pour avoir accepté, en 1714, n'en étoient pas moins attachés a ses intérêts ; ils convinrent Hé suspendre, dans leurs diocèses, l'effet de l'acceptation de la bulle. Le 3 avril , il fit inscrire son appel sur les

Année 171?; afa

registres de son secrétariat, mais il ne le rendit pas en-* corc public. Peu après , plusieurs évêques se joignirent à lui, les uns publiquement, les autres en secret. It • en trouva en tout seize qui firent cette démarche. Ce «ont, outre les cinq que nous venons de nommer , MM.de Noailles , de Béthune , de Verthamon , Dreuillet , de Cay» lus, de Rezai, Des ma rets , Hébert, Milon, de Clermonfc et d'Arbocave, évéques de Chalons* de Verdun , de Pamiers, de Bayenne , d' Auxerre , d'Angoulcme , de Saint- Malo , d'Agen , de Gondom , de Laon et d'Acqs. Quelques-uns y ajoutent MM. de Pokstron et de Tilladet, évéques de Lectoure et de Maçon ; il paroît que c'est une erreur. Si à ces seize évêques on joint trois universités, deux ou tuois mille ecclésiastiques, plus même sr Ion vent, quoique les listes d appel n'en contiennent pas davantage, et une troupe assez peu imposante de laïque» sans autorité, et même de femmes, 00 aura une idée assez exacte des forces des appelaus ; que sera-ce si l'on oppose à cette foible ligue plus de cent évêques en France* tous ceux des pays étrangers , dont nous rapporterons les témoignages , tant d'universités fidèles , pins de cent mille ecclésiastiques français qui se tinrent attachés au corps épiscopal , et toute l'Église enfin qui réclama contre le scandale donné par les appelans ? Et comment pou- ▼oient-ils justifier cet appel? Il nëtoit, même dapres leurs principes, ni légitime ni nécessaire. Car , pour qu'i* le fût, il aurort fallu que la constitution et l'acceptation des évéques renversassent la foi et k tradition. Or, c'est ce qui nétoit pas , même selon eux , puisque les évêques opposans convenoient que leurs collègues avoient pu accepter sans ruiner la foi. Si la foi n'étoit pas ren-* versée , l'appel étoit donc inutile et illégitime. . — Le 17 juin, Mémoire présenté au czar Pierre par quelques docteurs de Sorbonne (1). Pierre I«' , em-

" (1) On trouyc ces détails à la fin du III* volume de I'/Tû» foire et Analyse du livre De l'action de Dieu *ur la créature U à la fin du XV» de l'Histoire moderne.

z(vi Année 171^.

pereur de Russie, étant venu à Paris, en 1717, vîsiM tout ce que cette ville renferme de curieux. Il alla ett Sorbonne , et comme il en |>arcouroit la bibliothèque avca quelques docteurs qui lui faisoient remarquer ce qu'elle renfermoit de plus intéressant, Us firent la conversation sur la réunion de l'église de Russie à l'Église latine, et l'assurèrent que cette réunion n'étoit pas aussi difficile qu'elle pou voit le paroître : d'abord, que l'église grecque auroit la liberté de conserver la plupart de ses pratiques, et que quant aux choses de foi, la question ramenée à son véritable état s'eclairciroit aisément. Sur l'invitation de l'empereur, les docteurs rédigèrent un Mémoire, qu'ils dévoient lui remettre avant son départ, qui étoit très-prochain. Ils se hâtèrent de le dresser. Après avoir établi les points de croyance convenus de part et d'autre, ils en venoient aux articles qui séparaient les deux églises. Rien n'empécheroit , disoient-ils , que les Busses ne retinssent leur discipline de consacrer avec du pain levé , pourvu qu'ils reconnussent la validité de la consécration qui se fait avec du pain sans levain. Ils établissement la primauté du Pape comme de droit divin , et cherchoient à tranquilliser les Russes sur la crainte qu'ils pourvoient avoir, qu'en reconnoissant cette primauté , ils ne perdissent les droits et les privilèges de leur église. D'ailleurs, les docteurs s'expliquoient à ce sujet suivant les principes de l'église gallicane. Sur la procession du Saint-Esprit, ils observoient que ce n'étoit, pour ainsi dire, qu'une dispute de mots. Leur écrit finissoit par des réflexions sur le malheur des schismes , et sur l'avantage qui résultèrent de part et d'autre d'une réunion sincère. Ce Mémoire fut signé de dix-neuf docteurs. L'auteur en étoit Boursier, un des arcs-boutans de la Sorbonne de ce temps-là, et qui engagé malheureusement dans de tristes querelles , consacra à ces misérables controverses les talens qu'il eût pu rendre utiles à l'Eglise. Les autres signataires étoient aussi tous des ap~ pclans. Le czar, ayant reçu leur Mémoire, leur fit répondre des choses obligeantes. De retour dans ses «itats ,

jtrmie 1717^ âôj

3» communiqua l'écrit aux évéques qui âc trouvèrent à lé cour à son arrivée, et les chargea d'y répondre. Gea évéques, qui étoient an nombre de trois , firent en effet une réponse datée de Saint-Pétersbourg , le r5 jnin 1718 , vieux style , ou 5 du même mois», suivant notre manière de compter. Ils n'abordent point dans cet écrit le fond delà question. Ils se contentent de montrer quelque désir de la réunion , et observent qu'ils ne peuvent rien faire sans consulter les évéques grecs, et principalement le* quatre patriarches d'Orient. 11 semble que cette réponse étoit dictée plutôt par leur déférence pour les intentions du prince , que par l'envie d'opérer la réunion. Elle fut envoyée au roi, qui en fit remettre une copie aux docteurs. Quelques années après, et vers inai , à; ce qu'on croit , il partit une autre réponse faite à Saint— Péters bourg , et signée des évéques de la Grande , Petite et Blanche Russie. Ils n'entraient point encore dans le fond de la question , et disoient seulement qu'ils ne pourvoient rien feine, n'ayant point de patriarche. C'est que le czar venoit d'abolir cette dignité , et avoit créé à la place un synode chargé de toutes les affaires de réglise de Russie, et composé d évéques et d'archimandrites. Mais ce n'étoit probablement là qu'un, prétexte. On présume que les évéques russes étoient peu disposés à la réunion. Un d'entr'eux qui lut depuis archevêque de No— vogorod et président du synode , la traversoit , dit-on , principalement. On a même cru qu'il étoit l'auteur d'un écrit publié à lena , en 17 19, sous le nom de Buddée, théologien protestant ; écrit ou Ton vouloit prouver que l'union des deux églises étoit impossible. Quoi qu'il en soit, l'affaire en resta la. Dieu ne permit pas qu!elio réussft par le canal de gens qui n'avoient pas très-bonne grâce à parler de paix et d'union. Le crar , occupe d'objets politiques, perdit ce projet de vue (1). D'ailleurs,

(1) Peut-être mêraa ne le voulut- il jamais bien sérieusement. Levesque , dans son Histoire de Rm$ic t rapporte que Pierre , k son retour dans ses états , loin de favoriser la réunion, voulut tourner le saint Siège en ridicule f créa pape un fou , ueuunè £»>

3^4 Annie 1717.

Jtvbrskj , archevêque de Resan , en qui il avott confianc^ pour les matières de religion, composa un ouvrage intitulé : Petra fideiy où il représentoit la réunion comme > impossible, en réfutant cependant plusieurs des assertions" de Biuldée contre l'église russe. On sait que Clément XI" avoit fait quelques tentatives pour cette réunion si désirée* Il voulok envoyer des missionnaires en Russie pour ramener au moins à l'unité les particuliers qui poorroient y être disposés ; mais il ne paroît pas que ce projet ait eu ' des suites. Les docteurs de Sorbonne , qui avoient toujours attendu une réponse détaillée à leur Mémoire de 1717, crurent trouver depuis une occasion favorable de renouer cette affaire. Jubé, curé d'Asnières, partoit pour la Russie en qualité d'aumônier et de précepteur des en— • ians de la Dolgorouki, née Gallitzin. Douze

docteurs , presque tous du nombre de ceux qtli avoient signe' le Mémoire de 17179 signèrent un autre acte, daté du1 ?4 juin 1728» C'étoient comme des lettres de créance : qu'ils adressèrent à Jubé, en le chargeant de négocier cette amure avec les évéques de Russie. Ils donnoient de nouvelles raisons pour la réunion. Ces nouvelles démarches ne furent pas plus heureuses que les précédentes. En vain Jubé, pour attirer la bénédiction de Dieu sur son apostolat, avoit renouvelé son appel à Pillau en Prusse. En vain, dans la relation manuscrite de son voyage, dit-il qu'il étoit nécessaire de rendre les Grecs appel ans. En vain a voit-il eu soin de prendre des pouvoirs fort amples de l'archevêque Barchman , qu'il jugeoit apparemment meilleurs que ceux de la cour de Rome, c'est-à-dire, qu'il s'adressoit à un sehismatiqne pour convertir d'autres schismatiques. Sa mission n'eût aucun succès. Arrivé en Russie, il trouva , dit-on , de grands secours dans le crédit des Dolgorouki, et dans laôection que lui témoignent l'ambassadeur d'Espagne.

tof* lui donna des cardinaux, le fit marcher en procession grotesquement habillé, et divertit ses sujets par cette mascarade aussi peu ingénieuse que peu decenje

Quelques évoques même se montraient bien intention-* nés ; mais l'archevêque de Novogorod, président du synode , et fort accrédité a la cour , étoit dans des dispositions toutes contraires. Tel étoit l'état des choses , lorsqu'il arriva une révolution qui fit évanouir tous ces pro-» jets* Le csar Pierre H étant mort, Anne lui succéda comme impératrice. Les IXïlgorouki furent disgrâciés* La protectrice de Jubé, après bien des mauvais traite-» mens, reprit la religion du pays. Les évéques sur lesquels on comptoit , furent exiles ou déposés , et Jubé lui-même fut obligé de prendre la fuite et de revenir en France. Tel fut le résultat de sa tentative. 11 est goûteux même quelle eût été aussi avantageuse à l'Église qu'on l'eût désiré, et sa relation, qui se plaint que la cour de Rome n'eût pas favorisé les efforts de Jubé, n'aurait pas dû le trouver étonnant. Il étoit nature} que le saint Siège prît peu de part aux démarches de gens qui étoient eu révolte contre lui , qui ,~avant de réus* sir , se proposoient déjà d'attirer les Eusses à leur parti ♦ de gens qui , loin de s'adresser au Tape pour des pouvoirs, n'en prenoient que d'un évéque schi&roatique 9 et qui commençoient leur mission par un appel proscrit. Les souverains Pontifes ont fait d'ailleurs plus d une fois, dans ce siècle même, des tentatives pour la réunion, des deux églises. Outre le projet de Clément XI , Benoît XIV , au commencement de son pontificat , écrivit à ce sujet à l'impératrice Elisabeth. Il en fut encore question sous Pie VI , et l'on a dit que le succès tint alors à peu de chose. Enfin , plus récemment encore, l'affaire 9 été. reprise sous Paul Ier. Ces différentes tentatives n'ont pas encore été couronnées du succès.

— Le 16 juillet, bill en Angleterre contre les cathc~« liques. Ce serait un tableau curieux qu'une nomenclature exacte de toutes les lois pénales portées successivement contre les catholiques anglais , depuis la réformation. Il n'est point de règne qui n'ait vu ajouter, à leur égard, de nouvelles rigueurs aux anciennes. Anne elle-même avoit cédé, sur ce point, à l'esprit général de sa nation. Au

266 ' Année 1717.

fond , les catholiques ne dévoient point" être odieux f et elle ne pouvoit qu'admirer leur attachement pour sa famille. Cependant il est peu d'années de son règne oîr il n'ait été pris quelques mesures contr'eux. En 1702, un bitl de haute trahison fut rendu contre le prétendant, et Ton prescrivit une formule d'abjuration. A la fin de la session de 1706, Stratford, évêque de Chester, âvoit fait, dans la chambre des pairs, de vives plaintes sur les progrès du papisme. C'étoît le refrain ordinaire quand on vouloit provoquer des actes de sévérité. Un bill fut porté avec des daubes qui rendoient l'acte dé 1699 plus rigoureux encore. La douzième année du règne d'Anne, il y eut encore de nouvelles plaintes, qui n'etoient pas plus fondées que les précédentes. Un nonvean bill déclara les catholiques incapables de présenter aux bénéfices, et leurs droits , a cet égard , furent transférés aux universités. Mais c'étoît en Irlande sur-tout que l'animosité des protestans se déployoit avec moins de retenue. En 1 703 , le parlement de ce pays rendit un acte qui ajoutoit de nouvelles dispositions aux actes antérieurs. On y restreignoit la permission do rester dans 1 île à un petit nombre de cures , que Ton assujettissoit a? de nombreuses formalités , dont l'omission suffisoit pour îes rendre coupables. On défendoit k tout autre prêtre de mettre le pied dans Itfe , et a qui que ce Ait de les recueillir et assister. On changeoit , pour les catholiques , toutes les lois existantes. On ad met toit parmi eux les cadets au droit de partage égal avec les aînés , à moins que ceux-ci ne les prévinssent en se faisant protestans. L'enfant né de parens catholiques , qui renonçoit a cette religion, étoit autorisé à sommer ses parens de déclarer, par serment, le capital de leur bien , et le chancelier lui en assignoit le tiers pour sa subsistance jusqu'à la mort de ses parens. Pareille faedité étoit accordée aux femmes de se séparer de leurs maris en embrassant la réforme* Les parens catholiques étoient exclus delà tutelle de leurs enfans mineurs , et l'on devoit leur donner des tutttirr protestans. Tout catholique étoit privé de la successioa

Année t^i*]* 267

d'un protestant , quelque droit qu'il pût y avoir (Tailleurs. Il ne pouvoit acquérir aucun bien-fonds , jouir d'aucune pension ou d'aucune rente viagère, exercer aucune fonction au barreau. Il loi étoit défendu de porter l'épée ou toute autre espèce d'armes, on d'avoir des chevaux au-dessus d'un vil prix. Tous ces articles ét oient accompagnés de circonstances aggravantes. Ainsi on intervertissoit toutes les lois naturelles et sociales, et l'on introduisoit dans les familles la désunion , la méfiance et la confusion. En 1710, l'Angleterre triomphoit de tous côtés. L'occasion parut favorable pour porter les derniers coups aux catholiques. On inventa lr serment d'abjuration, qui consistoit à jurer non seulement de maintenir la nouvelle forme de gouvernement, mais déplus, que les descendais de Jacques II n'ont aucun droit ni prétention légitime à la couronne. Cette dernière clause révolta même d'honnêtes protestans , qui ne pou voient se dissimuler que les enfans de Jacques n'eussent, dans le fond , de justes prétentions. Ils disoient qu'il falloit lais* ser ces prétentions s'évanouir par le laps de temps , et ne pas contredire un fait si notoire. Le serment n'en fut pas moins prescrit. Il devoit être prêté par le clergé catholique sous peine de bannissement, et par les laïques de la même communion , sous peine de grosses amendes , d'emprisonnement et de confiscation de leurs biens , après un refus opiniâtre. Il avoit déjà été défendu aux catholique» d'envoyer leurs enfans en pays étranger pour leur éducation* L'acte de 1710 leur ôta la liberté d'avoir des maîtres ou maîtresses d'école de leur religion. Toute contravention à ces articles étoît punie d'amendes et de confiscations. On encourageoit les délateurs par d'amples récompenses assignées sur les biens de l'accusé. On voulut même prévenir la modération des juges qui auroient été tentes d'adoucir la rigueur de ces dispositions. Le même acte infligeoit des amendes et la perte de leurs biens aux magistrats accusés d'avoir agi mollement à cet égard. Ce n étoit point encore assez au gré de l'esprit de parti» On dit que le parlement irlandais projeta, dressa

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même depuis deux actes de la dernière barbarie contre le* prêtres qui entreraient dans le royaume. Le premier le»; condamnoit à subir une opération atroce et infâme. Le second portoit la peine de mort pour k récidive (t). Et c'est an xviu* siècle, à une époque et chez une nation dont on vante la tolérance, qu'on a vu tant d'acharné». meDt et de tyrannie ! Ceux qui ont tant crié contre la révocation de fédit de Nantes, auraient bien dû s élever aussi contre un système de persécution et d'injustice si persévérant et si odieux. Ne blâmeroient-ils donc qu* les rigueurs exercées sur les protestons , et seraient-ils disposes à excuser les vexations lorsqu'elles n'ont que des catholiques pour objet? Peut-être dira-t-on que ceux-ci avoient donné lieu par leur conduite à cette extrême sévérité ? L'histoire dépose le contraire , et le trône d'Anne étoit trop bien affermi pour avoir rien a redouter de leur part. Le prétendant , son frère , ne devoit pas lui donner beaucoup d'ombrages. Ce prince ne pou voit attendre 4e secours de la France épuisée par une guerre malheureuse, 11 fit pourtant une tentative, en 1708, et parut cette année devant Edimbourg* mais il navoit avec lui aucune force, et il fut obligé de revenir en Frauce. Une proclamation de la reine le déclara coupable de haute trahison, et mit sa tête à prix. Bientôt la paix d'Utrecht* vint l'arracher de l'asile que Louis XIV lui avoit accordé* lis se retira dans l'état du duc de Lorraine , sous le titre de chevalier de Saint-Georges. 11 ne tint pas aux ennemis de sa maison et de sa religion que cet asile ne lui; fut encore fermé. On répandoit en Angleterre des craintes imaginaires sur son compte. On feignoit de redouter > ce prince fugitif et malheureux. Les whigs sur-tout, zélés partisans de la succession protestante , poursuivoient le

(1) Ce fait se trouve consigne dans l'article Irlande , au tome VI de la dernière édition du Dictionnaire de Morèri, de 1759. L'article est de l'abbé Henégan , Jrlandais, supérieur du collège des * Lombards, à Paris , qui ajoute que George l" refusa de sanction*' ner dç telles horreur*.

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Ils de Jacques II par des plaintes assidues. Ds demandaient qu'on obligeât lé duc de Lorraine à le renvoyer de ses états. Ils sollicitoient de la reine quelque nouvelle mesure contre un frère proscrit. Ils l'accusoient elle-même de favoriser les prétentions de ce prince. Leurs déclamations empoisonnèrent le3 derniers jours d'Anne. Elle mourut le 12 août 1714» L'électeur d'Hano ver fut aus* sitôt proclamé roi sans difficulté. 11 se livra aux whigs a qui il devoit la couronne. Or les whigs avoient les ca«* tholiques en horreur, d'abord comme catholiques, ensuite comme toris. Dans leur langage , jacobile et papiste devinrent des termes synonymes. La révolte d'Écosse vint leur fournir des prétextes pour satisfaire leur ressentiment. Il étoit naturel que le fils de Jacques II cherchât à profiter de la mort d'Anne pour faire valoir ses prétentions. Il répandit, en Angleterre, un manifeste «où il rappeloit ses droits , a l'exclusion d'un étranger. On savait qu'il y avoit des partisans assez nombreux , même parmi les protestans. On les appeloit jacobites , et ifs

-•voient des éveques qui n'avoient point prêté les sermens a Guillaume. Ils avoient encore plus d'éloignemeut pour Oeorgcsl*r, que personne ne connoissoit, qui étoit d'une religion différente, et dont les droits au trône n'étoient

Tien moins qu'évidens. L'Écosse sur-tout , plus attachée

1 au sang des Stuarts, ses anciens rois , avoit plus de peine a reconnoître un prince allemand. Les épiscopaux de ce pays, peu favorisés lors de la révolution de 1688, avoient persévéré dans le refus des sermens, et gardoient leur fidélité au fils de Jacques II. Des troupes se réunirent en sa faveur en 1715. Leur devise étoit : pour Jacques III et la religion protestant^. Ainsi les catholiques ne domi noient pas parmi eux5. Le 1 janvier 17 16, le prétendant arriva en Ecosse ; mais dès le mois suivant il fut obligé de se rembarquer. Son parti ne put tenir centre les forces du nouveau gouvernement , qui avoit pris les précautions les plus sévères pour sa sûreté. Les catholiques furent vivement recherchés ; Ils ne l'avoient point

/éneore été si toigneument depuis le règne d'iUi^abctfc.

(y Annie 1717.

On leur enleva leurs armes et leurs chevaux. Ou menaça de mettre en prison tous ceux qui ne pourroient trouver deux protestans pour leur servir de caution , et on y en. jait en effet un très* grand nombre. On avoit imaginé un moyen sûr pour découvrir ceux de cette religion qui auraient voulu déguiser leurs sentimens. C'était de leur faire jurer que la transsubstantiation étoit une erreur détestable. Ce moyen n'eut pourtant point lieu , apparem ment , dit le continuateur de Rapin-Thoyras , parce qu'il ressemblent trop à une persécution déclarée. En Ir-» lande tous les prêtres catholiques furent mis en prison , et Ion déclara que toutes les personnes de cette religion dévoient être regardées comme mal affectionnées pour le gouvernement , et qu'on les rendrait responsable* de tout ce que les protestans auraient à souffrir en cas d'invasion. On avoit espéré que George W , au commencement de son règne, chercherait à gagner l'affection de ses nouveaux, sujets par des actes de clémence envers iesjacobites tombes en son pouvoir. Il montra , au contraire, une rigueur inflexible. Six pairs furent condamnes à mort. Il y eu$ aussi beaucoup d'exécutions dans les conditions inférieures. Ces supplices ne firent qu'augmenter le nombre des méV contens. Pour faire cesser les murmures, le gouvernement sévit contre les catholiques. Le 26 juillet 17 17 , le roi sanctionna un bill qui les obligeoit à donner une déclaration circonstanciée de leurs biens. Un historien dit que cet acte est un des plus fâcheux qu'on ait portés contr eux. En 1 7 19 ou les désarma de nouveau en Irlande , et on rechercha avec rigueur les prêtres et les religieux. Le motif de cette nouvelle mesure étoit un armement de

FEspague en faveur du prétendant. Le cardinal Àlberoni, premier ministre de Philippe V, avoit formé le projet de remettre l'héritier des Stuarts sur le trône. Il le fit inviter de venir à Madrid , où on lui rendit les honneurs dus aux souverains. Mais la flotte qui devoit protéger cette expédition fut battue par les vents , et le peu de troupes qui s'étoit déclaré pour le prince ea Écosse , fut bientôt dispersé. Jacques Se retira en Italie^

Année ^717. 2,71 011 le Pape lui accorda un asile, et où u épousa la petite-GUc de Jean Sobieski , roi de Pologne. Depuis, son parti diminua sensiblement en Angleterre. Telles oient les préventions des protestans , qu'ils oublièrent plus vo^ lontiers un rai qui résidoit à Rome, et qui avoit trouvé un refuge dans les libéralités d un souverain Pontife. Eu 172a, on mit à la tour de Londres le due de Norfolk , le premier pair du royaume. Il paroît que son crime étoit d'être catholique et fort riche. Dans le même temps , on imposa sur les terres des catholiques une Use annuelle de cent mille livres sterling. Lord Carteret , vice-roi d'Irlande > recommanda au parlement de ce pays de pren~ dre des mesures sévères contre les progrès du papisme* Ces mots étaient l'éternel épouvantail de la populace efi même du ministère, qui prenoit quelquefois ce moyeu pour reconquérir l'opinion publique. Ainsi tout servoit de prétexte pour autoriser des rigueurs envers les par* ttsans d'une religion pour laquelle- on avoit conçu une haine aussi inexplicable que profonde. Il y eut pourtant y ▼ers le même temps, un projet en faveur des catholiques. L'auteur étoit le docteur Strickland , qui devint depuis évéque de Namur. U avoit part à la bienveillance de Georges I«*, et il se donna beau cou px de mouvemens pour foire passer un plan d'après lequel le gouvernement ae serait montré moins sévère envers les catholiques. Ceux-ci, de leur coté auraient prêté serment de fidélité au * roi Georges. Un vicaire apostolique , Jean Stonor, évéque de Thespie, donna les mains à ce projet. On assern*?' bla les catholiques , et Ton gagna le duc de Norfolk et plusieurs autres seigneurs ; mais le corps des catholiques désapprouva ces démarches , et les trais autres vicaires apostoliques s'y montrèrent opposés. On se défioit des promesses du ministère anglais, et même de Strickland. Nous avons vu des pièces originales où cet abbé étoit assez maltraité. Malgré ses soins et ceux de levêque de Thespie, le projet avorta.

— Le 5 octobre , déclaration du roi , prescrivant un silence absolu sur les objets des contestations. C étoit une

â7* *Jrmée 1717,

bien foible barrière , contre l'extrême fermentation des es* prits, qu'une loi de cette nature. Le i3 juillet précédent , le régent avoit envoyé aux évéques une circulaire où il leur assurait sa protection, marquoit son iuécon— ientement de l'insubordination de plusieurs ecclésiastiques , et exhortait les prélats à s'efforcer de maintenir la paix , jusqu'à ce qu'il eût pris des mesures avec le souverain Pontife : mais on ne vît aucun résultat de ses promisses Le cardinal de Noailles , à qui le Pape venoit d'adresser un bref plein de tendresse, répandit son acte d'appel quî , jusque-la , étoit demeuré secret. Son chapitre y adhéra. Quelques corps et quelques particulier renouvelèrent les scènes qu'on avoit déjà vues six mois auparavant. Le parlement supprima , à la vérité, quel* ques écrits des opposans , et. entre autres l'àcte d'appel du cardinal de Noailles ; mais il fit essuyer le même traitement à d'autres ouvrages auxquels on ne pouvohv re-* procher que de défendre la cause de l'Eglise^ : c et oit une suite de là déclaration. Le Pape s'en plaignit au régent. Il lui fit représenter qu'il étoit injuste de traiter sur le même pied , et de condamner également au silence , «eux qui défendoit une loi dé l'Église, et ceux qui s'élevoient contre cette loi avec tant d'aigreur et d'indécence. Mais le régent vouloit paraître tenir toujours la balance égale, et se flattoit que c'était le seul moyen de ramener la paix. On inventbit tous les jours de nouvelles voies de conciliation, qui n'étoient pas plus heureuses que les premières. De son côté, le Pape souffrait extrêmement de ces divisions. Il avoit tout tenté pour les Taire cesser ; il avoit écrit plusieurs fois au cardinal de Noailles; il avoit tâché de l'ébranler par la vue des maux qu'entraînoit son opposition. Il lui avoit offert de calmer ses scrupules en lui donnant , sur la bulle, les explications qu'il pouvoit souhaiter. Aucun de ces moyens ne réussit. Clément XI ne crut pas devoir ménager davantage des gens intraitables; et le 19 février 1718, il condamna les actes d'appel des quatre évéques , du cardinal, et des facultés de Paris, de Reims et de Nautes,

Année 1718. ^3

Le 7 février, décret porté à Rome contre le Discoufs sur la liberté de penser, de Collins. Antoine Collins * est un de ceux qui ont poussé le plus loin, en Angleterre, soi commencement du xvm« siècle, la liberté de penser. 11 avoit débuté, en 1907, par un Essai sur l usaçc de la raison dans les propositions dont V évidence ^r^^^ctui cl\*% t,t?fno€^ndf^£ JiiÂmcm% ^ ou il. se j)lâit <i i ik£d r ç £1*1 opposition la certitude que produit la révélation et l'évidence que fournit la raison. La même année, il «engagea dans Ja controverse , entre Dodwell et Glarke , sur l'immatérialité' et l'immortalité de lame , et combattit l'immortalité, naturelle de lame et sa spiritualité. 11 fut réfuté vigoureusement par Glarke, un des plus forts meta* physiciens de son temps , et dont la gloire seroit bien, plus pure si , dans le temps qu'il défendoit les grands principes de la loi naturelle et de la morale, il n'eût mis en compromis un des dogmes les plus importans du christianisme. Il étoit difficile que Collins eût des idées t>ien justes sur la liberté de l'homme , après en avoir montré d'aussi inexactes sur la natuse de Famé. Il fàisoit consister la liberté dans le simple volontaire , et n'en excluoit que la contrainte ou. la nécessité physique, se souciant peu que Ja nécessité morale qu'il admettoit parût une doctrine révoltante. Clarke soutint la thèse contraire avec cette dialectique lumineuse qui fait le caractère de ses écrits 5 .ce qui n'a pas empêché Voltaire de supposer qu!il n avoit été qu'un chicaneur dans cette dispute, quoiqu'ailicurs il reoonnoisse que ce docteur est le seul qui donne des idées bien nettes sur la liberté de l'homme. Collins , duns ses ouvrages précédens , n'avoit fait , pour ainsi dire , que préluder au plan d'attaque qu'il méditoit. Mais le Discours sur la liberté de penser annonça ouvertement des vues hostiles contre la révélation. Il fut composé, ainsi que l'indique son titre, à l'occasion de la naissance

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