‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le 18e siècleChapitre 28 sur 50 · TOME PREMIER · texte numérisé non relu

TOME PREMIER

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et des progrès d'une société de libre-penseurs , qui , sous prétexte d'attaquer la superstition et le papisme > ébranloient réellement les fondemens de la religion. Collins étoit digne de figurer dans cette société. On peut se plaindre avec raison , dit Leland , de son peu d'équité 'et de bonne foi dans tout le cours de ce livre. Il y Suppose perpétuellement que les amis de la révélatio» sont opposés à une liberté de penser raisonnable. On ne peut douter qu'il n'ait eu l'intention d'avilir le christianisme, quoiqu'il affecta quelquefois d'en parler avec respect. D'après lui , tout le mal qui a été fait par des chrétiens, tourne en preuve contre le christianisme , et tout ce qui a été un sujet de dispute , doit être regardé comme douteux. En dernière analyse, l'ouvrage se réduit à ces deux propositions : on ne doit rien recevoir sans examen , et l'examen ne nousap prend rien de certain. Les Livres saints sont sans autorité ; ils ont été altérés. Les anciens pères de l'Eglise n'étoient que des imposteurs. Les prophètes étaient des libre-penseurs» Il y a dans ce Discours bien d'autres paradoxes que l'auteur avance en courant. Il faut rendre justice au clergé anglican ; il se souleva contre la témérité de Collins. L'imprimeur fut mandé par le magistrat, et nomma l'auteur, qui se retira en Hollande, où il étoit déjà lié avec Jean Le Clerc , et autres littérateurs et théologiens de ce temps- là. Cependant il fut réfuté dans sa patrie par plusieurs écrivains. Hoadly et Bentley exposèrent au grand jour ses méprises , son ignor rance et l'infidélité de ses citations. Whiston lui-même , quoique très- peu orthodoxe sur beaucoup de points, se mit aussi sur les rangs pour défendre cette même révélation qu'il avoit plus d'une fois ébranlée. Dans des réflexions qui furent réimprimées plusieurs fois, il reprocha à Collins de tracer à tout propos un portrait odieux du clergé et des prêtres chrétiens en général , d'y attaquer le christianisme avec uue mauvaise foi visible , d'attecter du mépris pour la nation juive et pour la législation de Moïse, ainsi que pour le grand principe de l'immortalité /je lame, et de chercher sans cesse à rendre nosXivres

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saints suspects, ridicules ou incertains. Collins, ainsi confondu par des hommes qu'il cspéroit peut-être ne pas eompter au nombre de ses adversaires, imagina de faire imprimer sous ses yeux, à la Haye, une traduction française de son Discours sur la liberté de penser. Cette édition , faite en 1714 » e*t probablement celle qu'on avôit en vue dans le décret de Rome, qui la dépend. Elle n'étoit pas entièrement conforme à l'original anglais, quoiqu'elle fut annoncée pour telle. Col Uns avoit fait, tant dans le teite que dans les notes, beaucoup de changement relatifs aux bévues et aux infidélités signalées par Bentley ; mais il se garda bien de reconnoître ses torts j et il laissa passer l'édition de Hollande comme une traduction fidèle. De La Chapelle, ministre protestant à La Haye, fit imprimer, en 1738, l'ouvrage de Bentley, sous le titre de Friponnerie laïque {les prétendus esprits-* Jbrts d'Angleterre , par opposition à la Friponnerie ecclésiastique , titre d'un pamphlet de Collins contre le clergé anglican. Après le mauvais succès du Discours sur la liberté de penser } Collins resta muet pendant plusieurs années/ Il ne rentra dans la lice qu'en 1 724 » par son Discours sur les fondement et les raisons de la religion chrétienne. 11 y suppose que le Sauveur et les apôtres ont établi exclusivement toutes les preuves du christianisme sur les prophéties de l'Ancien Testament. Après quoi il travaille à mire voir que les prophéties de l'Ancien Testament , citées dans le Nouveau , ne sont que des types et des allégories, et par conséquent qu'elles ne prouvent rien; d'où il résulte que le christianisme n'a plus aucune base solide. Les deux Chandler, Buliock, Sykes, et plusieurs autres, répondirent à Collins. Thomas Sherlock publia six Discours sur l'usage et les fins de la prophétie , dans lesquels il trace la suite des prophéties dans les diflérens âges , leur enchaînement et leur accomplissement successif. Il parut, en tout, trentecinq écrits contre le livre de Collins. Mais loin d'être effrayé d'un si grand nombre d'adversaires, il donna, en 1727 , ÏEtamendb système des prophéties Mrales,

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où ii renouvelle les mêmes objections , sans faire tioo aux raisons qu'on lui avoit opposées. 11 y fcle sur, tout ses efforts contre l'antiquité et 1 autorité* des livres de Daniel; ce qui occasionna une réplique de Chandler. On voit combien Collins avoit à cœur de propager ses sentimens sur la religion. Les amis et les ennemis du christianisme se sont accordes à l'en regarder comme un des plus zélés détracteurs. Ses écrits n'ont pas été inutiles aux modernes incrédules

— Le 2 et le 1 5 mai , assemblées du conseil de ré* gence sur les affaires de l'Église (i). Je remarque les conseils tenus ees deux jours, paroe qu'ils pensèrent avoir des résultats funestes. Le régent étoit mécontent du Pape, et voici à quelle occasion. En 1716, on avoit nommé à des évêchés plusieurs ecclésiastiques dont la doctrine et les liaisons étaient suspectes : c étoit une suite de l'influence du cardinal de Noailles dans la présentation aux bénéfices. Le Pape , alarmé de pareils choix, avoit refusé de donner des bulles h MM. de Cas-» tries, de Tourouvre, d'Entraigues , de Lorraine et Bossuet : il ne vouloit point concourir à une nomination qu'il prévoyoit devoir être la source de nouveaux troubles. Le régent» de son côté, réclamoit la stricte exf-» du concordat. De là, une altercation entre les cours : elle dura jusqu'en mai 17 18. Dans les pre-» jours de ce mois le cardinal de la Trémoille, ministre du roi auprès du saint Siège, prit sur lui d'assurer le Pape de la soumission qu'auroient pour le saint Siège les ecclésiastiques nommés; un deux, l'abbé de Lorraine , avoit écrit au cardinal pour le promettre. A près cette démarche, le Pape ne fit aucune difficulté d'accorder toutes les bulles. 11 y avoit alors en France une douzaine de sièges vacans. On ignoroit encore à Paris la conclusion de cette affaire, lorsque, dans un conseil de

(i) Journal de l'abW Dorsaane , m«i 1718.

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végenee , tenu te 2 mai , il lut question du refus des bulles. On ouvrit à ce sujet des avis assez vifs. Cinq com* missatres furent nommes pour examiner les motifs du refus du Papet les moyens de le faire cesser, et , s'il y persistent , les voies que l'on pourroit prendre pour gouverner l'église de France, et pourvoir au sacre des évoques. On voit qu'on alloit assez vite. Ces commissaires furent les maréchaux d'Huxelles et de Villeroi, les ducs d'Antin et de Saint-Simon , et le marquis de Torcy. On avoit exclu tout exprès les évêques et les magistrats* L'établissement d'une pareille commission faisoit craindre quelque détermination violente : on étoit alarmé sur-tout d'y voir le due de Saint-Simon, frondeur de l'ancien gouvernement, chaud partisan de l'appel , et qui eût vok- /«, dit Dorsanne même , faire appeler toute la nation (i). On put deviner quel seroit son avis , quand on vit quels théologiens il consulta : ce fut cet abbé Chevalier, ce né* gociateur si modère; Boursier, un des oracles du parti; Le Gros , chanoine de Reims , excommunié par son évê-» que, et autres opposans. On fit revenir de Hollande, exprès pour lui , Petit pied , qui s'y étoit retiré auprès de Quesnel, en i^oS. Les conseils de pareilles gens feisoient trembler, et Ion sait qu'en effet, ils composèrent à cette époque, de concert avec d'autres appelans, un Mémoire où ils présentoient les moyens de se passer du Pape, et donnoient an régent des avis pour secouer le joug de la cour de Rome. Ils vouloient introduire en France le systéme qu'ils réalisèrent peu après en Hollande. Le conseil de régence, du i5 mai, fut très-orageux. Le duc de Saint-Simon, fort des conseils des docteurs, étoit pour* une rupture éclatante. Quelques membres opinèrent dans son sens. U s'agissoit de faire appeler tous les parlements , les universités : heureusement ces propositions violentes' ne prévalurent pas. Le prince de Conti , le doc du Maine, M. de Chavigny, ancien évêque de Troyes, le maréchal

(1) Journal de l'abbc Dorsaxmo , juin- et septembre i;t8.

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de Villeroi, le garde»des-sceaux furent ceux qui comîiettireot avec plus de force les projets présentes. Le régent parut même eflrayé des dangers du parti qu'on avoit voula lui faire prendre, et résista à toutes les sollicitations. Il dut s'en féliciter , quand il apprit le jour même que le Pape ayoit accordé les bulles. Ce qui se jiassa en cette occasion , auroit du apprendre au duc d'Orléans à apprécier les intentions de quelques-uns de ceux qui l'approckoient. Mais son caractère facile le disposoit trop à suivre leurs impulsions. 11 fit pourtant h cette e'poque lin acte d'autorité'. Il étoit mécontent du parlement de Paris , qui cherchott à jouer un rôle , et à rentrer , peuà peu, dans la connoissapee des affaires du gouvernement, que Louis XIV lui avoit interdite. Il fit donc tenir au jeune roi un Ht de justice, où il fut défendu aux magistrats de s'immiscer dans ces sortes d'objets. Le parlement réclama , et ne se rendit point.

— Le 28 août , Clément XI donne les lettres Pasto— ralis officii* La licence des appelans , leur déchaînement contre le saint Siège, les erreurs qu'ils enseignotent# firent juger au Pape qu'il ne pou voit plus être témoin xnuet de tant d'excès. Il crut qu'il seroit censé les tolérer , s'il ne les réprimoit de toute l'autorité dont il étoit revêtu. Il donna donc une bulle adressée à tous les fidè-* les, et commençant par ces mots : Pastoralis officii. Après y avoir rendu compte dé ses efforts et de sa condescendance pour ramener les opiniâtres , et de l'opposition qu'a voient rencontrée ses vues pacifiques , il avertissoit de ne plus regarder ceux qui ne se sou met t oient pas à la constitution , comme de véritables en fans de l'Eglise, mais comme des désobéissans , des contumaces et des refractaires. Puisqu'ils se sont éloignés de nous et de l'Eglise romaine > disoit-il , sinon par des paroles expresses , au moins certainement par des faits et par des marques multipliées d'obstination et d'endurcissement, Us doivent être tenus pour séparés de notre charité et de celle de C Église romaine , et il ne doit point y avoir dorénavant de communion entr'eux et nou*.

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Ce langage révolta ceux qu'il regardoit. Le 17 «eptemtembre, le cardinal de Noailles signa un appel des lettres Pastoraiis officii* Ses collègues appelans suivirent son exemple. On vit encore se renouveler les scènes de l'année précédente. Le chapitre de la cathédrale de Paris , -plusieurs, cures , des communautés entières, Ja Soi bonne sur-tout, appelèrent à la suite des évéques. Le parlement de Paris reçut le procureur- général appelant comme d'abus de la bulle. Plusieurs autres parlemens de province firent de même , et h Âix un avocat-général se signala par un réquisitoire, où il appliquoit, sans façon , au Pape ces paroles : Quand vous croyez pouvoir séparer tout le monde de votre communion , c'est vous qui vous séparez de la communion de tout le monde! comme si tout le monde étoit appelant. Les eVeques ne jugèrent pas de même que ce magistrat. Sans citer les lettres Pastoraiis s ils donnèrent en grand nombre des Mandemens, où ils ordonnoient de se soumettre à la bulle Unigcnitus , « comme à un jugement « dogmatique de l'Église universelle , dont tout appel étoit « nul, frivole, illusoire, téméraire, scandaleux, injurieux « au saint Siège et au corps épiscopal , contraire à l'auto— * rité de l'Église , schismatique , et tendant à renouveler « et à fomenter des erreurs condamnées. » Quarante-huit évoques français s'expliquèrent en ce sens, et quelques autres ne donnèrent pas , à la vérité , des Mandemens , mais se contentèrent de manifester leurs dispositions par leur conduite. Les tribunaux se montrèrent encore en cette occasion. Plusieurs de ces Mandemens contre l'appel furent supprimes. En vain le régent écrivit , le aS octobre, deux circulaires, l'une aux évéques, l'autre aux parlemens. Il recommandoit clans celle-ci de soutenir les premiers pasteurs contre les membres révoltés de leur clergé. Mais déjà se manifestoient , dans quelques tribunaux supérieurs, ces dispositions hostiles contre les évéques, cet esprit d'envahissement sur leur autorité, et cette faveur marquée pour les opposans, dont nous ne £rpuvcrons que trop de preuves. Ce n étoit pourtant plu»

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une chose douteuse , que tous les évéques , dans les différentes porties de la catholicité , regardoient la constitution Unsgenitus comme -une décision de l'Eglise universelle, et l'appel comme un acte illégitime et nul. Avant qne la constitution eût paru , Quesnel avoit dit dans sa Tradition de l'Église romaine, que le êUence des autres églises > quand il n'y auroit rien de plus , doit tenir lieu d'un consentement général j lequel joint au jugement du saint Siège y forme une décision qu'il n'est pas permis de ne pas suivre. Il avoit dit ailleurs : On assure que la bulle a été reçue partout. Mais qu'ils en donnent des preuves ; et pour leur épargner une partie de la peiné , on les dispense du soin d'en faire venir les attestations d'Asie et d Amérique. Pourvu qu'ils nous en donnent de toutes' le? églises d'Europe , on les tiendra quitte du reste. Tel étoit le défi de Quesnel. Il fut bientôt accepté. On pria les évéques étrangers d'expliquer hautement leurs sentiraens par rapport à la bulle. Aussitôt les 'prélats' des plus grands sièges envoyèrent des témoignages de leur adhésion à ce jugement, «t de leur éloignement pour l'appel. En Italie, le patriarche de Venise, et les archevêques de Bologne, de Gènes, de Milan, de Ravenoe, de Florence, de Pise, de Sienne, de Naples, de Bénévent , de Palermc , de Messine et de Cagliari attestèrent que la constitution étoit reçue partout dans leurs métropoles et chez leurs suffragans* En Allemagne, les trois archevêques-électeurs, l'archevêque de Saltzbourg et celui de Prague, les évéques de Basle, de Liège , dliildeshrim , de Ratisbonne, de Spire, de Wurtzbourg , de Paderbora, d'Osnabruck et de Munster assurèrent qu'elle étoit connue et observée dans leurs diocèses. . Le cardinal de Sate , archevêque de Strigonie et primat de Hongrie, manda que dans ce royaume il n'y avoit pas de réfractaires. En Pologne , les archevêques de Gnesne et de Léopol , et les évéques do Cracovie , de Poscn et de Lucko , adhéraient à ce jugement. Les archevêques de Raguse, de Zara et de Snalatro, en Dalraatic , certifièrent qu'eux et leurs «uflragans le îcvéroient. En Espagne,, les inquisiteurs,

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les archevêques de Saragosse, de Burgos -, de Grenade, de Tolède et de Séville, et les évêques d'Avila, de Ségovie , de Sigucnza , de Taracona et de Bada joe , s empressèrent de montrer la conformité de leurs sentiraens avec ceux de tant d'évêques, et les efforts de Ravechet auprès des prélats et des universités de ce royaume, pour Jes engager à appeler, ne servirent qu'à prouver combien l'église d'Espagne étoit éloignée de prendre part à un pareil acte, et n'attirèrent au docteur que de justes re— proches. Le cardinal d'Àcunha , grand inquisiteur de Portugal, et le patriarche occidental de Lisbonne, ren-* dirent compte des dispositions des évêques de ce pays. Elles Soient les mêmes qu'en Espagne. Les évêques de Sion et de Lausanne s'exprimèrent contre l'appel dans les termes les plus forts. En Piémont, le vicaire-général du Saint-Office, levéque de Mondovî, «* différons particuliers apprirent qu'on n'y avoit pas d'autre manière de penser. Lévéque de Genève accepta la bulle dans son synode. Trois éveqnes qui exerçoient les fonctions de vicaire apostolique en Angleterre , envoyèrent leurs assurances d'adhésion. Les évêques des Pays-Bas n'avoient pas attendu pour se déclarer qu'on le leur demandât. Placés dans des contrées où étoit née la nouvelle doctrine, et où elle avoit aussi ses partisans , ils avaient aussi à Intter contre l erreur. Dès 17 14» les évêques de Namur, de Gand, de Ruremonde, d'Anvers et de Tournai, et les grands-vicaires de Malines, de Bruges et d'Ypres , dont les sièges étoient vacant, avoient donné des Mandémens pour faire publier et recevoir la constitution* Le 17 octobre 1718, M. d'Alsace de Bossu, devenu archevêque de Malines, publia une lettre pastorale, où il déclaroit ne point reconnoître les opposans pour des vrais en fans de l'Eglise, mais pour des rebelles, avec qui il ne vouloit pins conserver aucun lien. Le ?3 novembre suivant, le même prélat, cinq autres évêques, et le ficaireapostolique de Bois-le-Duc , écrivirent au Pape pour l'assurer de leur soumission. Les facultés de théologie de Douai, de Louvain et de Cologne, les universités de

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Pont-à-Mousson et de Conimbre, donnèrent sur ce point les déclarations les plus précises. Cette nuée de témoignages ne laissoit, ce semble, aux opposans d'autre parti que celui de l'obéissance. Sur quel prétexte étayer encore leur indocilité*? Mais, vaincus par l'autorité* comme par le raisonnement, ils eurent recours h des subtilités frivoles. Ils disputèrent sur les motifs de 1 acceptation des évéques , conime si ces motife, quels qu'ils fussent, pou voient être de quelque considération pour atténuer l'autorité des premiers pasteurs , et comme si un pareil subterfuge n'aljoit pas jusqu'à renverser les décisions même des conciles généraux. Quelques-uris des appelant et oient pourtant effrayés de leur solitude. On trouve, à ce sujet , dans le Journal déjà cité de l'abbé Dorsanoe v des aveux assez naïfs. 11 se plaint du peu de fruit qu'avoient fait les appels de plusieurs évéques (i). « M. de « Boulogne , dit-il , avoit presque tout son diocèse contre m lui. M. de Montpellier avoit soulevé les siens des le m commencement. M. de Verdun n'étoit ni aimé ni es- « timé chez lui. MM. de Metz et d'Arras avoient un « clergé qui regardoit l'appel au futur concile comme une « hérésie, et s'ils eussent appelé , ils auroient pu voir une ¥ grande partie de leurs diocèses se séparer d'eux. M. de « Mirepoix , quoiqu'ancien dans son siège , quoiqu instruit,

* n'avoit pu y provoquer un seul appel. M. de Pamiers m était contredit par tout son diocèse. M. de Châlons t rouit voit d'assez bonnes dispositions ; mais un procès qu'il avoit m entrepris , avoit soulevé toute la ville contre lui. Plusque « tout cela , aucun évéque étranger ne présentoit la main

• aux appelans. » Plus bas on lit encore (2) : « Bien « loin de voir croître le nombre des appelans , on le m voyoit diminuer. MM. de Condom et d'Agen dési- 9 raient avec empressement la fin des contestations. « MM. deTréguier et d'Arras souffraient de voir leurs

(1) Journal de Tabbe Dorsanne, octobre 1719. {7) Ibidem jitin 173©

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« diocèses presque entièrement opposés no parti qu'ils « avoient pris. MM. de Mirepoix et de Pamicrs n avoient it pas un seul appelant. » On voit , par ces aveux d'un des plus chauds opposaos , que le parti de 1 appel n ëtoit pas aussi fort qu on vouloit bien le faire croire quelquefois. Les clameurs pouvoient bien lui donner l'apparence d'une multitude ; mais en comptant les rangs , on s'apercevoit qu'il n'y avoit là qu'une poignée. Dans les temps de troubles, les factieux semblent former le plus grand nombre , parce qu'ils se mettent en avant , et qu'ils excitent beaucoup de bruit , tandis que les gens sages et paisibles se tiennent à l'écart et se taisent.

— Le Ier octobre , Albert Romero , Jésuite , et douze Indiens sont massacrés par les Zamucos, peuplade de l'Amérique méridionale , qu'ils s'efforçpient d'attirer à la religion chrétienne. Dans le même temps , plusieurs autres missionnaires furent victimes de leur zèle à évangéliser les différentes tribus indiennes qui habitent le Paraguai. Le P. Barthelemi de Blende, Jésuite flamand, fut mis à mort par les Payaguas. Le P. Joseph de Arce , qui avoit prêché long-temps la foi chez les Chiquites, assuya le même traitement. Biaise de Sylva et Joseph Maco , de la même Société, périrent aussi avec trente néophites indiens. C'est Tiinsi que ces hommes courageux scelloient leur prédication de leur sftng , et répondoient par des travaux assidus, par un zèle infatigable , et enfin par le martyre aux vains reproches de leurs détracteur

Le 6 juillet , le régent fait biffer plusieurs conclusions de la faculté de théologie. Ce corps ne gardoit plus de mesures. Au commencement de cette année il avoit donné de nouvelles preuves de l'esprit qui dirigeoit ses démarches. La faculté appelante de Caen avoit envoyé à celle de Paris son acte d'appel , dans lequel elle disoit nettement que l'opinion de l'infaillibilité du Pape est eripnée. On n'avoit pas encore été jusque-là en Franœ, et.

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l» plus ardcus antagonistes de l infaillibilité s étoient contentés de la combattre , sans donner à ce sentiment une qualification qui alloit à rendre hérétiques les trois quarts du monde catholique. Néanmoins la faculté de Paris applaudit à la décision des docteurs de Caen , et rendit , le 19 janvier , un décret portant qu'il est erroné de soutenir le Pape infaillible. Le docteur Tamponnet, ayant formé opposition , fut déclare' exclu et déchu du doctorat. Peu après , la faculté reçut dans son sein , et rétablit dans tous ses droits Petitpied , ce signataire obstiné du Cas de conscience, réfugié en Hollande depuis 1705, et qui n'étoit revenu en France que pour donner, dans un village auprès de Paris, l'exemple d'innovations scandaleuses dans les cérémonies ecclésiastiques et même dans la célébration» de la messe. Le régent crut peut-être arrêter les écarts de la faculté par la déclaration du 5 juin , qui presemoit de nouveau le silence, et qu'il lui envoya avec un ordre de suivre les anciens statuts sur la signature du formulaire , que Ton n'exigeoit plus. Mais Tordre ne fut pas pins observé que la déclaration. On soutint des thèses contre la bulle et en fa vêtir de l'appel. Le i«r juillet , on confirma le rétablissement de Petitpied, malgré l'exil dont le gouvernement venoit de punir les incartades de ce docteur. Ce nouveau trait parut au régent un mépris affecté de son autorité. U ordonna au doyen , syndic et. greffier, de se rendre chez le garde- des-sceanx avec le registre des délibérations,. et là on raya, en. leur présence , les conclusions sur l'infaillibilité du Pape , sur le docteur Tamponnet et sur Petitpied. On leur recommanda d'être plus circonspects à l'avenir , et on inscrivit sur leurs registres la déclaration du 5 juin, et la lettre qu'ils avoient refusé de recevoir. Le parlement de Paria ne montroit pas plus de modération vers le même temps. 11 condamna au feu des lettres de M. de Maitky, archevêque de Reims , et de M. Lan guet , évêque de Soissons; • éclat auquel on n'étoit pas encore accoutumé , et qui fut blâme des plus sages. Quelle flétrissure seroit réservée aux Jibelics, si on t rai toit ainsi les écrits des évoques ?•

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Le i3 mars, corps de doctrine approuvé à Paris par trente évêques , et accommodement conclu en conséYpience. H y*avort déjà plusieurs mois qu'une nouvelle négociation se suivoit à Paris , et les conférences sur ce sujet «voient commencé dès l'année précédente. Le peu de succès qu'avoient eu jusque-là ces sortes de moyens, an rot t dû peut-être détourner d y recourir encore ; mais le régent se Qattoit toujours de ramener la poix par cette voie. U paroît qu'un des premiers auteurs du nouveau projet étoit le P. de la Tour, général de I Oratoire, que son âge, sa place, et la considération dont il jouissoit auprès de plusieurs évoques, rendoient plus propre à réussir. 11 fit entrer dans ses vues M. Dreuillet, éveque de Bayonne, qui avoit du crédit sur l'esprit de M. de Noailles , et le célèbre Massillon , nommé récemment évoque de Clermont. Le régent favorisa leurs démarches, et en prit même ensuite le succès fort à cœur. 11 se tint tout l'hiver des conférences à Paris entre les évoques, et enfin on convint d'un corps de doctrine où l'on sexpliquoit sur' les points contestes : c'étoit une sorte d'interprétation de la bulle. Les évoques qui ovoient déjà accepté la constitution , approuvèrent cet écrit par une lettre qui y fut jointe, et reconnurent qu'il étoit conforme aux principes de l'Instruction pastorale de rassemblée de 1714. Dans l'acte d'acceptation on eondamnoit les Réflexions morales et les cent une propositions , avec les mêmes qualifications que la bulle : on eondamnoit aussi les livres et libelles faits contre elle. Le cardinal de Noail± les et l'évetyie de Bayonne, quoiqu'ils ne la signassent point , étoient cependant de l'accommodement. Mais le premier prétendoit avoir ses raisons pour ne pas se déclarer encore. II consentit seulement à envoyer, le i4 mars, au régent , son acte d'acceptation de la bulle, et d'approbation du corps de doctrine , mus à condition qu'après

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lavoir montré aux évéques , on le lui renverroit ; et Von eut la complaisance de consentir à cette marche oblique. Toute la conduite de ce prélat , en cette occasion , paraît assez diffiede à expliquer. D'un côté , U semblerait qu'il fut las du rôle qu'on lui avoit fait jouer jusqu'alors. La crainte du schisme , dit Dor&anne, un grand fonds de piété y l'intérêt de son diocèse, gui souff'roit extrêmement de ces divisions } lui MMoient -peut-être dessillé les yeux (i). Quelques-uns même de ceux qui l'entouraient, commençaient à être effrayes des suites de leurs conseils , et la première effervescence du délire était passée. Mais d'un autre côté, d'autres motifs le retenaient encore* Les démarches qu'il avoit déjà faites contre la constitution , la honte de revenir sur ses pas , les engagemens qu'il •voit contractés , 1 exagération d'une partie de son clergé, exagération qu'il avoit fomeutée lui-même, tels étaient ses principaux liens. 11 écrivit à ses curés une circulaire, où il leur disoit qu'en prenant le parti d'accepter la bulle, il avoit mis la vérité à couvert par de bonnes explications. On répandit en son nom deux autres écrits qui n'auroient pas prouvé une envie bien franche de rétablir la paix , et qui étaient si peu modérés que le parlement de Paris les supprima. Quoi qu'il en soit des dispositions Secrètes du cardinal, la vue d'un acte d'acceptation signé de lui , fit croire aux évéques qu'il était disposé a se rendre ; et on se prêta à tout ce qu'd voulut. 11 avoit déV siré que le corps de doctrine fût approuvé par le plus grand nombre d'évéques qu'il seroit possible; ce fut pour le satisfaire que le régent dépêcha dans les provinces quelques ecclésiastiques chargés de porter aux évêques , résidans dans leurs diocèses , les actes et de les eu gager a y apposer leurs signatures. Ces abbés remplirent leur commission avec une excessive diligence:* à peine don noient-ils aux prélats, chez lesquels ils passoient , le temps de lire avec quelque réflexion les écrits

, (i) JouxnJi juin 1720, tome II, page 6, ûv4*.

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qfr*on leur présentoit. Cependant le désir de la paix , les— péraoce de l'avantage de l'Église , l'exemple de leurs collègues réunis à Paris,, et les instances qu'on leurfàtsoit, en déterminèrent un assez grand nombre , et il s'en trouva soixante-sept qui donnèrent leur approbation au corps de doctrine. Quelques-uns refusèrent leur signature, mis par des motifs divers» Ceux-ci , au nombre de cinq ou six, craignirent de donner atteinte à l'autorité de la bulle, et à l'acceptation qu'ils en avoit faite en 1714 ; et cinq évêques nommés dans le temps même, ne firent, dans leur acceptation de la bulle , aucune mention deg explications de 1720. Ceux-là , au contraire , ne vouloient pas d une acceptation quelle qu'elle fut , et trouvoieot l acté dressé à Paris trop favorable à une constitution qu'ils étoient convenus de peindre des plus noires couleurs; A leur tvte étoient les évêques «le Montpellier et de Boulogne, qui, se trouvant à Paris au moment de la conclusion , se donnèrent beaucoup de mouvemens pour la traverser. Ils sollicitèrent vivement le cardinal de Noailles de refuser son adhésion ; et ce fut par leurs instances que Févêque d'Auxerre, qui avoit paru disposé à souscrire , partit de Paris sans l'avoir fait. Us entraînèrent encore plusieurs de leurs collègues, et il y eut en tout douze évoques qui refusèrent , par ce même motif, de prendre part à l'accommodement. Tous les autres prélats qui avoient paru peu favorables à la bulle, et entr autres quatre ou cinq appelans , signèrent le corps de doctrine et l'acceptation. Cette défection vivement déplorée par le parti, rechauffa le zèle de ceux qui étoient restes fidèles à la cause. Des gens aflides couraient dans Paris et chez les curés du diocèse , pour faire signer des p rotes— * tations contre raccommodement. Les cabales et les intri-* gues recommencèrent, et le cardinal de Noailles ne fit rien pour les empêcher.

— Le 4 août, déclaration du roi pour autoriser le corps de doctrine et raccommodement. Cette déclaration avoit éié dressée par M. d'Aguesseau , magistrat d'une grande réputation, et qui, devenu ctomceiujr depuis U

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mort de Louis XIV , montra un zèle louable pour fa paix de l'Église, et n'omit rien pour foire réussir l'accommc-dément. La déclaration défendoit de parler contre la bulle, contre l'instruction de rassemblée de 1714, et contre le corps de doctrine. Elle çondamnoit aussi les appels* Le 18 août, elle fut envoyée au parlement de Paris, qui venoit d'être transféré à Pontoise, pour des raisons qui ne sont pas de notre sujet. Au lien d'enregistrer, cette cour fit des difficultés, et s'occupa à recevoir des requêtes que lui présentoient , contre la déclaration , les quatre premiers évêques appelans, l'université de. Paris , la Sorboone et quelques curés. Le régent fut d'autant plus mécontent de cette conduite, que tous les autres mens enregistraient sans difficulté et sani Le 7 septembre , il retira sa déclaration, s-en offensa , et l'on voit dans Dorsanne , quels mens il se donna pour en faire repentir le prince. Cet écrivain nous apprend , et son témoignage paraît irrécusable sur ce point (1), que les magistrats se liguèrent avec le cardinal de N cailles, qui promit de ne donner ion Mandement d'acceptation qu'après l'enregistrement au parlement. Celui-ci , de son côté , promit sans doute de ne pas souffrir que le cardinal fût inquiété. L'abbé Mengoy , conseiller , vif et accrédité dans son corps, fut l'agent de cette union, que quelques-uns appeleroient une cabale > et dont on peut voir les détails dans le Journal cité. Le régeut , qui n'en avoit aucune connoissance , donna, le tS septembre, des lettres-patentes qui évoquoient au grandcoosed toutes les contestations nées et à naître sur la bulle. Le 18 , la déclaration fut portée à ce tribunal , où elle essuya encore des difficultés. Le a3 , le régent s y rendit, accompagné des princes et des pairs, et l'enregistrement pur et simple passa. Cette opération terminée, on pressa le cardinal de Noailles de donner son Mandement

d'acceptation.

(i) Journal , septembre 17a© ? tome H , page 19.

Armée 1740. *8g

*1 nr*c cotation . Mais fidèle aux engagemens qu'il vehoit de contracter avec les magistrats , il «'en voulut rien faire que la déclara fiera n eût été enregistrée par eux. On l'exhorta vainement à terminer enfin tant de disputes. Ni lé bien de l'Église, ni cet amour pour la paix dont il se prétendent animé , ni les instances pressantes et les sollicitations réitérées de M. d'Aguesseau , ni même celles que le régent voulut bien lui faire, ne purent l'engager h «éder. Plus curieux de remplir des engagemens repréhensibles que de réparer ses écarts, il sembloit devenir plus difficile à mesure qu'on le recherchoit davantage. Enfin, les fauteurs même de sa résistance s'employèrent à la faire cesser. Les magistrats , relégués depuis longtemps à Poo toise, s'enifuyoient dans cet exil , et soupiraient après leur retour à Paris. Ils sollicitèrent donc le cardinal de céder, même poor leurs intérêts ; et Menguy, qui avait formé l'union du mois de septembre ,*fut le premier à 'Conseiller à l'archevêque de la rompre. Après âeui mois de résistance , le prélat se rendit enGn, et le 16 novembre , il porta au régent quelques exemplaires de sou Mandement d'acceptation, qu'il publia peu de jours après , et qu'il envoya ù ses curés et à tous les évéques. Le 4 décembre , le parlement séant à Pontoise , enregistra purement et simplement la déclaration du 4 août, et fut rappelé à Paris. Les évéques adhérens a M. de ]N cailles , et qui n'avoient pas encore donné leurs Mandemens d'acceptation, les firent paraître successivement. Mais en même temps les appels , quoique condamnés par la déclaration, se renouvelèrent. Les évéques de Sénés, de Montpellier , de Boulogne et de Mirepoix , les mêmes qui •voient donné le signal en 17179 commencèrent aussi en 1720. Boursier composa leur acte d'appel < Leur exemple fut suivi. On publia des listes d'appel , épie l'on colporta de tous cotes pour engager a s'y faire inscrire. Les préjugés et les sollicitations du parti en séduisirent plusieurs,. Les mouvemens que l'on se donnoit, et l'éclat que faisoient ces intrigues , attirèrent l'attention du gouvernement. Un arrêt du conseil supprima les Maude-

TOMZ WW£*, If}»

igo Année 17*0.

mens des quatre éveques pour le renouvellement d'appel* Le parlement de Paris supprima aussi une liste de réappelans , et un écrit pour exhorter à la souscrire. On fit subir des interrogatoires à plusieurs de ceux qui étoient sur cette liste, et les plus ardens furent exiles» On sévit contre la faculté de théologie, toujours dirigée par les factieux. Un ordre du roi y fit rentrer les doc* teurs qu'elle n'avoit exclus, que parce qu'ils n ét oient pas favorables aux nouveautés, et d autres ordres exclurent neuf à dix docteurs des plus turbulens, et dans ce nombre Boursier, qui jouissoit d'un grand crédit parmi eux* et que l'on regardoit comme lame de toutes leurs démarches. Le syndic fut déposé, et le docteur Romigny chargé d'en remplir provisoirement les fonctions. La faculté réclama contre ces actes d'autorité, qu elle avoit provoqués par tant de démarches condamnables ; elle chercha à intéresser le parlement dans sa cause , mais elle fut obligée d'obéir.

— Le 26 août, concile desévéques grecs-unis f à Zamoski , en Pologne. La religion grecque s'étoit long-temps conservée en Pologne, et, quand au xvne siècle plusieurs éveques de cette communion se réunirent au saint Siège, il fut convenu qu'ils garderaient leurs rites et leurs usages , et on ne les astreignit qu a reconnoître les conciles généraux , la processiou du Saint-Esprit , la primauté du Pape , et les autres points de foi qui séparent lesschismatiques grecs de l'Église romaine. Mais dans un si grand changement il y avoit bien des choses de discipline qu'il folloit régler. Léon Risxka , archevêque de Kiow et d'Halitz , désira d être autorisé particulièrement par le saint Siège à convoquer en concile les éveques grecs qui dépendoient de sa métropole , et Clément XI ne put qu'approuver un si louable dessein. 11 chargea Jérôme Grimaldi, archevêque d'Edesse, et son nonce en Pologne, de présider au concile, et engagea les évéques à se rendre à l'invitation du métropolitain. Ce prélat indiqua donc le concile a Léopol , pour le 26 août de cette année ; mais la peste s étant manifestée dans cette ville, il désigna celle

êc Zamoéki , dans la province appelle Ru ssie-R 011 ge. Le concile s'y ouvrit en effet au jour indiqué, dans 1 église de Sainte-Marie et Saint-Nioolas , appartenant aux Grecsunis. Il s'y trouva , outre l'archevêque d'Édesse , président , et le métropolitain de Kiow , sept évéques grecs , huit archimandrites ou abbés , qui ont une grande autorité dans cette église , et plus de cent vingt ecclésiastiques séculiers et réguliers de la même communion. Car la religion grecque est la plus suivie dans la partie orientale de la Pologne , et il n'y avoit pas long-temps que la plus grande partie de la noblesse et du clergé s'étoit unie au saint Siège. La première session se passa avec les cérémonies accoutumées. Les membres signèrent tous une profession de foi très-détaillée, et dirigée sur* tout contre les erreurs des schismatiques. Ils y reconnurent en tr'a litres l'écuménicité du concile de Trente, et se soumirent à ses décrets , ainsi qu'à ceux des autres conciles généraux tenus dans l'Église latine. La seconde session eut lieu le i" septembre. On y lut plusieurs constitutions des Papes, et entr autres la constitution Unigenùus. La troisième et dernière session 'se tint, le 17 septembre, et on y adopta les . décrets qui avoient été rédigés dans des conférences particulières. Le premier roule sur la foi. On y condamne.spécialement les erreurs d'un nommé Philippe , qui avoit , à ce qu'il paroi t . plusieurs partisans dans ces contrées , et enseignoit qu'on ne devoit plus recourir aux sacremens , et que le temps de l'antechrist étoit arrivé. On cita onze propositions extraites de sa doctrine , et le concile les réprouva. Dans le décret sur la messe , il est statué que les Grecs continueront de la célébrer avec du pain fermenté , et que chacun suivra exactement son rit* Sur plusieurs autres points, on permet de suivre indifféremment les usages de l'une ou l'autre Église. Il est ordonné que les seuls religieux soient élevés à l'épiscopat, a moins d'une dispense spéciale. C'est qu'ils étoient plus généralement instruits, étant tirés de l'ordre de saint Basile, très-répandu dans ces contrées, et qui a beaucoup de monastères où l'on pou voit plus facilement donner Téu

ac)* Àhnée 172^.

ducation ecclésiastique. Le métropolitain venoît pourtant de fonder nn séminaire à "Wladimir-, siège qu'il occupoit aussi, et il y avoit encore un collège à Léopol. Les autres décrets traitent de la prédication, des fêtes, de l'administration. des sacremens, des religieuses.... On ar-* rêta de réunir en un seultttrps les différentes congrégations de l'ordre de saint Basile , qui n'auroient plus qu'un abbé, dont l'inspection sétendroit sur tous les monastères , afin qu'il put réprimer les abus avec plus de facilité. On ré^ gloit en outre plusieurs points de discipline. Ces décrets sont fort étendus, et le concile ordonna qu'ils fussent traduits en langue vulgaire, pour que tous pussent en tonnoître les réglemens, et y puiser l'instruction et les conseils nécessaires. Les actes sont signes du nonce Grimaldi , archevêque d'Edesse , comme président de Léori Kiszka, archevêque de Kiow et d'Halitz (1), évéque de Wladimir et de Brzesk , métropolitain de tontes les Rus* sies ; de sept autres évéques, et de huit abbés de difïerens monastères. On trouve aussi h la fin les signatures de cent vingt-sept ecclésiastiques séculiers et réguliers des différons diocèses que nous venons de nommer , et en outre de ceux de Novogorod et de Minsko ; par où Ion voit que ce concile étoit fort nombreux. Benoît XIII en approuva et confirma les décrets, le 19 juillet 1724*

— Le i**" novembre, procession solennelle à Marseille. Une peste affreuse désoloit cette grande ville. Un bâtiment venant des échelles du Levant , et arrivé à l'île d'If, le i5 mai précédent , répandit en France ce fléau redoutable. Le mal se manifesta dans les premiers jours de juillet , et fit en peu de temps de rapides progrès. Presque toute la Provence en fut atteinte. Âix et Avignon en ressentirent les effets. Mcnde même n'en fut pas exempte. Mais ce fut à Marseille que la contagion se déploya avec plus de fureur. Elle étoit encore accrue par

(1) Cm éyêchés sont unit et sont toujours possédés par le*

jhpiée 1720» ag3

les chaleurs de l'été*, qui sont plus ardentes à cette époque dans cette ville. Bientôt la mortalité fit les plus grands ravages. Le nombre des pestiférés augmentoit tous les jours. La maladie ne duroit pas plus de vingtquatre heures. Dans cette situation désespérante, ou la pitié étoit étouffée par la peur , et où chacun trembloit pour soi , la ville fut heureuse de renfermer de ces hommes intrépides et charitables, que le danger n'effrayoit pas ou qui Savoie nt le braver. Tandis que plusieurs se h ât oient de quitter un sol empesté, et de chercher un abri à la campagne, d autres se dévouoient pour le salut de leurs concitoyens. Les échevtns de la ville ne négligèrent rien de ce qui étoit de leur devoir , et travaillèrent sans relâche , soit à construire des hôpitaux , soit à procurer des vivres, soit, ce qui étoit le plus urgent et le plus pénible à la fois , à enterrer cette foule de morts qui jonchoit les places et les rues , et dont lés cadavres ex— h al oient une corruption qui aggravoit le mal. Ce fut là le plus difficile de leurs soins, et ils le remplirent avec un courage héroïque. Plusieurs médecins et chirurgiens s'oublièrent aussi eux-mêmes, pour ne songer qu'aux devoirs de leur état. Le clergé sur- tout se montra digne de son auguste ministère. Les prêtres des' paroisses, les religieux rivalisèrent de zèle et de dévouement. Assidus dans les maisons des malades et dans les hôpitaux , ils port oient à tous les secours de la religion et des consolations nécessaires au milieu de cette désolation générale. Us couroient de lits en lits, assiégeant, sans effroi, ces asiles assiégés par la contagion (1). L'évêque de Marseille, M. de Belzunce, les soutenoit par son exemple. Loin d'écouter des conseils timides, il étoit resté au milieu de

(1) Dans l'Histoire de la régence du duc d'Orléans , parlfarmontel, on donne une relation détaillée de la peste de Marseille. Mai» qui croiroit qu'en dépit de tous les mémoires et de toutes les relations du temps , on n'y dit pas un mot du zèle et du dévoue* ment des ecclésiastiques de cette grande ville? Çctto omission affectée ne paroit guère excusable. Cette relation renferme aussi des traits non moins déplaces.

*>p4 Aimée 17:$©.

son troupeau , et remplissoit les fonctions de père et de pasteur, visitant les malades, secourant les pauvres, et montrant tout le courage qu'inspire une héroïque charité. Il ne périt point, mais plus de a5o prêtres et religieux, furent victimes de leur zèle , et la contagion enleva en tout environ 5o,ooo a m es. Elle continua de se répandre avec la même fureur pendant le mois d'août et de septembre. Elle diminua ensuite graduellement , et ne cessa enfin qu'au mois de juin de Tannée suivante. Elle éfcoit encore dans sa plus grande force , lorsque , le 7 septembre, les échevins firent, au nom de la ville, et entre les mains de l'évéque, le vœu solennel de doter un hôpital pour les orphelines. Le ier novembre, jour où l'Église célèbre la fête de tous les saints , M. de Belzunce fit une procession solennelle pour toucher la colère de Dieu. Il marcha la corde au cou , les pieds nus et tenant la croix dans ses mains, et célébra les saints mystères sur un autel dressé en plein air. La , après avoir exhorté son peuple h fléchir le ciel par ses prières , il consacra la ville an Cœur de Jésus , et depuis les échevins s eugagèrent , par une délibération, à entendre tous les ans la messe le jour du Sacré-Cœur, à y offrir un flambeau orné de l'ecusson de la ville , et à se trouver le soir à une procession générale en actions de grâces de la cessation du fléau : cérémonie qui fut long-temps ponctuellement observée, et qui, après avoir été interrompue par la révolution, vient d'être rétablie. On a aussi , dans ces derniers temps , élevé un monument eu l'honneur de ceux qui avoient , en cette rencontre , servi la ville avec un noble dévouemeot. On y nomme entr autres le pieux évoque , le père Milley , Jésuite , qui mourut en soignant les pestiférés , et d'autres imitateurs de son zèle. On y fait aussi mention des setxrnrs du Pape, qui , sur la nouvelle de la contagion , ordonna des prières dans Rome pour la dclivratice des Marseillois, et leur envoya gratuitement 35o charges de blé pour être distribuées aux pauvres.

— Le 3i décembre, M. de Mezza-Barba, légat du Pape pour les missions orientales , a sa première audience

Année ijOô. 29S

dé l'empereur de la Chine. Le peu de succès- de la mission da cardinal de Tournon , détermina le Pape à tenter encore un effort. Il se décida à envoyer un légat en Chiae, et choisit pour cette commission importante M. de Mezza- Barba, auquel il donna le titre de patriarche d'Antiocbe. Ce prélat, parti de Lisbonne le 5 mars 1720^ aborda à Macao le 26 septembre suivant. 11 y releva des censures plusieurs Jésuites , dont le cardinal de Tournon avoit eu a se plaindre , et 1 evêque de Macao , qui en avoit usé si mal envers cet infortuné légat. M. de Mezza-Barba se contenta de leur faire prêter le serment prescrit par la bulle Ex MA di&j qu'il étoit chargé de faire observer par les missionnaires, Le 7 octobre, il s embarqua pour Canton , d'où il se rendit à la cour. U essuya , chemin faisant , des désagrémens qui ne firent pas bien augurer du succès de son voyage. U eut beaucoup de peine à obtenir une audience de l'empereur. Elle lui fut enfin accordée pour le 3i décembre. Il présenta au prince le bref du Pape, et lui demanda pour les chrétiens de ses états la permission de suivre le christianisme dans toute sa pureté , et d'observer ce qui avoit été prescrit à Rome aur les cérémonies contestées.. L'empereur prévenu , dit-on , par les partisans de ces usages, fit, plusieurs observations au légat , et lui témoigna son étonnement de ce que le Pape prononçoit sur les affaires de son empire. M. de Mezza-Barba répondit que le saint Père ne pré ton doit point s'immiscer dans le gouvernement des Chinois , mais qu'en qualité de chef des chrétiens, il avoit le droit de décider ce qui pouvoit leur être permis ou non par la religion. Le légat eut encore plusieurs audiences, et il se flattoit de quelque succès , quand l'empereur parut disposé à chasser tous les chrétiens. Le patriarche lui adressa une supplique pour l'appajser, et ne réussit point. On lui fit essuyer bien des dégoûts, et on arrêta plusieurs missionnaires sous ses yeux. Dans cet te extrémité , on lui conseilla de prier l'empereur de le laisser retourner en Europe , pour informer le Pape des faits , en promettant 4e ne rien innover, et de ne £ù):e aucun acte de juridic-

298 Année 1720.

tiog. Cette proposition appaisa un peu le prince, qui, ' le i« mars 1721 , donna une audience au légat pour 1« dernière fois , et lui remit des présens pour lui , pour le roi de Portugal et pour le Pape. M, de ^Iezza-Barba retourna dqpc à Macao , où il fut obligé* de séjourner plus de six moisr II employa ce temps à Beûoi-cer de ramener au parti de l'obéissance ceux qui n a voient pas encore déféré à la constitution Ex ilU die , et 'H en gagna en effet quelques-uns. Ces détails sont tirés de la relation que donna de cette ambassade un religieux Servite qui accompagnoit le légat. Il y inculpe fortement les Jésuites, et leur prête même des propos e% des actions peu croyables. Il prétend que ce furent eux qui indisposèrent Kang-Hi contre le légat , et qui empé» obèrent le succès de sa mission. Quoiqu'il en soit, le patriarche donna, le 4 novembre 1731, peu de jours avant de quitter Macao, un Mandement adressé au* missionnaires, pour les exhorter a observer les décisions du saint Siège , et a ne pas quitter , sous divers prétextes , les fonctions auxquelles ils s'étoient consacrés. Mais en même temps il modifioit la bulle Ex illâ die, par huit permissions qui concernoient les honneurs envers Confiions et les ancêtres, et leurs tablettes. M. de Mezza-Barba retourna ensuite directement en Europe, emportant avec lui le corps du cardinal de Tournon pour lui faire rendre les honneurs funèbres à Rome, Son Mandement n appaisa point |es troubles , et devint le sujet de nouvelles discussions, qui ne furent terminées que plusieurs années après. Cette mission auroit eu pourtant besoin plus que jamais d'union et de concorde. Le a© décembre 1722 , mourut Kang-Hi , empereur de la Chine. Il a voit presque toujours montré des dispositions favorables pour le christianisme. Ami des sciences et desarts, il avoit accueilli à sa cour les Jésuites qu'on avoit envoyés d'Europe en qualité de mathématiciens , d'astronomes ou d'artistes, et la protection qu'il leur accordoit avoit été plus d'une Ibis utile à la religion. Ils avoient obtenu dcs<dits favorables , «voient bâti une église à Pékin ,

Armée 17*0, 397 dans l'enceinte même du palais impérial, et en avoient élçvé beaucoup d autres dans différentes provinces. . Le christianisme se proiessoit publiquement. Les évêques et les autres missionnaires étaient connus comme tels. Un grand nombre de païens se con vertissoit , et la foi fàisoit tous les jours de nouvelles conquêtes. Ces heureux progrès furent d'abord arrêtes par l'édit de 1706, qui oiv donnoit à tous les missionnaires de se rendre à la cour pour obtenir la permission de demeurer en Chine, à condition de ne rien enseigner contre la doctrine de Con fu ci us et les usages de l'empire. Quarante-sept missionnaires, presque tous Jésuites ^s'étoient , comme on sait, soumis à cette loi. Les autres ne croyant pas pouvoir le faire , s'étoient tenus plus caches, mais n avoient pas cessé de rester dans leurs provinces, en prenant quelques précautions , et d'y cultiver leurs troupeaux. Leur séjour en Chine choquoit encore les ennemis du christianisme , et la faveur de l'empereur n'avoit mit, pour ainsi dire, qu'accroître la haine de» païens contre la foi et ceux qui la préchoient. En 1711 , un mandarin présenta à Kang- Hiune requête pour faire proscrire la religion chrétienne. Cette tentative ne réussit point alors. Ce ne fut qu'en 1717, que sdr une nouvelle requête d'un mandarin , il fut rendu par les tribunaux de l'empire des sentences extrêmement défavorables aux missionnaires. La rigueur en fut un peu modérée par l'empereur, qui se contenta d'une défense générale d'embrasser notre religiou. Ses sentimens connus ne permettoient guère aux gouverneurs des provinces de faire éclater leurs dispositions, et d'avoir recours aux vexations et à la violence. Mais on put prévoir dès-lors que les choses ebangeroient de lace sous un autre prince; et, en effet, Yong-Tchiug, quatrième fils de Kang-Hi , ne fut pas plutôt sur le trône , qu'il laissa voir des sentimens bien différons de ceux de son père. Les mandarins, qui depuis long-temps vo voient avec chagrin les progrès du christianisme , sentirent qu'ils seroient nPpuyes , et commencèrent à sévir. Ce fut dans la province dc'Fo-Kieu que l'orage éclata. On lit des perqui-

398 Année 1721.

sitions contre les chrétiens , on démolit les églises , les missionnaires furent obligés de se tenir soigneusement cachés. A la fin de 1713, deux requêtes furent adressées à l'empereur pour lui demander la destruction du christianisme. Elles furent appuyées par le tribunal des rits, et le 11 janvier 1724, Yong-Tching les approuva, et ordonna que tous les Européens fussent conduits à la cour ou a Macao. Les Jésuites qui iésidoient à Pékin en qualité de savans , s'efforcèrent en vain de détourner ce coup. On s'empara presque par-tout des églises ,qui furent détruites ou employées à des usages profanes. On arrêta plusieurs missionnaires que Ton eonduisoit à Canton. Mais les vexations tombèrent particulièrement sur une branche de la famille impériale , composée presque en entier de chrétiens. L'empereur irrité de voir des princes de son sang professer un culte qu'il vouloit proscrire, les envoya en exil, les dépouilla de leurs dignités, et leur fit essuyer toute sorte de mauvais traite mens. Enfin on les mit dans des cachots , où la plupart périrent , sans qu'aucun de ceux qui s'étoient convertis , dans cette famille extrêmement nombreuse, eût cherché à conserver la vie par une honteuse défection. Nous verrons, sous 1732 , les suites de cette persécution.

Le 19 mars, Clément XI meurt dans sa soixantedouzième année , et dans la vingt-unième de son pontificat. On a vu combien les temps» de son gouvernement avoient été orageux. Sa mémoire a été outragée par plusieurs écrivains , dont il faut espérer que les invectives n'auront pas servi ù fixer le jugement de la postérité sur ce Pape. Clément XI étoit extrêmement pieux. Il célébroit chaque jour les saints mystères, jnenott une vie simple et laborieuse , et distribuent d'abondantes aumônes. Il laissa dans Rome des fondations pieuses et des établis- £cmcn3 de charité. . Continuellement . occupé des intérêts

Armée 17311. 399

4c l'Église , il en *essentoit vivement les avantages et les pertes , et on a de lui un grand nombre de brefs et de lettres qui attestent son zèle et sa sollicitude. Il vint au secours des chrétiens d Orient , Maltraités par les Turcs. Le primat d'Arménie avoit été envoyé auxgalèrcs de Constantinople. L'archevêque de Philippes avoit pensé périr dans les tourmeus. Le patriarche de Syrie avoit été battu de verges et jeté dans up cachot. L archevêque deBéroe', son compagnon d'infortune, étoit mort d'épuisement dans sa prison. Le Pape fut sensiblement touché de ces tristes nouvelles. Il employa la médiation des priuces catholiques en faveur de ces prélats et des autres Grecs unis à l'Kglise romaine. 11 leur lit passer des secours d'argent, et envoya à Constantinople un visiteur apostolique chargé d'y ranimer le courage des fidèles. 11 fit rebâtir ù Andriuoplc une église pour les catholiques. U obtint du roi de Perse plus de liberté pour les chrétiens de ses états. 11 contribua à l'érection d'un séminaire dans le midi de la Russie. On le voit perpétuellement occupé à écrire aux princes, soit pour les porter à la paix , soit pour les engager à protéger l'Église. La guerre de la succession d'Espagne fut pour lui uue source de chagrins. 11 vit ses états ravages par les troupes impériales, et s'eflbrea en vain de concilier les prétentions des conteedans. 11 reçut le fils de Jacques II , roi d'Augleterre , et voulut que ce prince f à qui sa foi avoit coûté un trône , trouvât du moins dans Rome un asile honorable. £11 1713, il confirma dans sa dignité le patriarche grec d Alexandrie , qui vehoit de se réuuir au saint Siège, et lui accorda le pailium. Ce fut , sans contredit , un des Pa,pes les plus recora mandates des temps modernes. Il joignit l'instruction au zèle, la modération à la fermeté, la aogesse à la picic , les vertus d'un Pontife' aux qualités d uo souverain. Il mourut dans les senti mens ùc résignation et de piété qu'il avoit toujours montres dura»** sa vie. 11 fit soixanteneuf cardinaux en quinze promotions. N" pouvant les nommer tous, nous ne citerons qu- ceux v n sv* distinguèrent spécialement : le cardinal «Budoèto, patriarche

3oo , » Année 172t.

de Venue, qui remplissent avec assiduité les devoirs de sa place ; le cardinal Corsini , depuis Pape sous le nom de Clément XII; le cardinal Gualterio, qui fut envoyé* en France, en 1700, comme nonce, s'y fit estimer pour ses belles qualités, et é*toit lié avec tous les sa vans de son. temps ; le cardinal de Sase-Zeits , des ducs de ce nom , archevêque de Strigonie ; le cardinal Fabroni , qui jouissbit de la confiance du Pape ; le cardinal Conti , depuis Pape sous le nom d'Innocent Xlll ; le cardinal de Tournon , le même qui avoit été légat en Chine , et qui avoit essuyé tant de traverses dans sa mission ; le cardinal Gozzadini , dont on loue les qualités aimables ; le cardinal Annibal Aibani » neveu du Pape , qui fut l'éditeur des Œuvres de son oncle; le cardinal Corradini, savant dans les antiquités ecclésiastiques et profanes , et auteur de plusieurs ouvrages ; le cardinal Xommasi , en qui la piété passoit encore la science ; le cardinal Casini , dont les sermons sont estimés en Italie ; les cardinaux de Roban , de Polignac , de Bissy , de Gesvres et de Mailly , tous Français ( le Pape nomma ce dernier de son propre mouvement , et sans aucune présentation ) ; le cardinal Caraccioli , évéque d'A versa , saint prélat dont on a pu* blié la vie; le cardinal Nuzzi \ savant , et en relation avec tous les savans de cette époque; le cardinal Belluga, que nous avons déjà eu occasion de nommer, prélat pieux , charitable , zélé , savant , qui a laissé beaucoup d'écrits 6ur des matières de théologie et de discipline ; 'le cardinal de Bossu , archevêque de Malines , qui régit long-temps ce grand diocèse et s*y fit estimer; enfin, pour nous borner dans cette liste, le cardinal Cienfuegos , Espaguol , confesseur de l'empereur Charles VI, et depuis archevêque de Montréal , en Sicile, théologien et auteur de divers ouvrages. Ces' choix font honneur au discernement de Clément XI. On lui a quelquefois reproché la promotion d'Alberoni ; mais on sait assez que les Papes n'influent pas sur le choix des sujets que les . couronnes leur présentent , et qu'ils ne sont pas trop libres de refuser ceux mêmes qui leur plaisent le moins*

Attnèe 3ot

Alberotoi, tout-puissant h Madrid , avoit trop de moyens de presser sa nomination , et étoit assez ambitieux pour ne les pas négliger. Le Pape céda aux vives instances de Philippe V, que le ministre faisoit agir. Toutefois il rcfosa dan» le même temps d accorder à Alberoni des bulles pour l'archevêché de Se'ville , auquel celui-ci s étoit fait nommer.

— Le 8 mai , le cardinal Conti est élu Pape , et prend le nom d'Innocent XIII. Michel-Ange de Conti , des ducs de Poli, issu d'une famille ancienne à Rome, naquit en i655 , et courut la carrière des nonciatures. Il fut fait cardinal, en 1706, à la place de M. Philippncci, prélat , qui avoit refusé le chapeau par humilité. II fut successivement évëque d'Osimo et de Viterbe. Le conclave où il fut élu , étoit composé de cinquante-six cardinaux # et ne dura pas très-long- temps. Le nouveau Pape étoit le huitième de sa famille. II s'occupa sur-le-champ des contestations qui dtvisotent l'église, de France, et n'eut pas la consolation d'en voir la fin. Le 1^ mars de l'année suivante, il adressa deux brefs au roi et au régent, li y disoit que son prédécesseur avoit blâmé l'accommodement de 1720, et n avoit pas cru qu'il y eût d'autre voie de conciliation qu'une obéissance, non équivoque et feinte , mais franche et sincère. Il se plaignoit qu'on n'eût pu déterminer les opposans à révoquer leur appel, s'expliquoit avec force contre une lettre qui lui avoit été* écrite par quelques-uns d'eux , et dont nous allons parler , et disoit que confier des brebis à de tels pasteurs , c'étoit les perdre plutôt que de leur donner des gardiens. Enfin , pour répondre aux allégations du parti, il déclarent que la constitution Unigenitus ne condamne que des erreurs, et n'attaque ni les senti mens des Pères, ni les" opinions des écoles. Le régent fit imprimer ces brefs an Louvre. Un nouveau scandale venoit d'éclater dans l'épiscopat. Les opposans ayant conçu quelques espérancesdu changement de souverain Pontife, sept de leurs prélats écrivirent à Innocent XIU. Leur lettre, composée pnr Boursier, étoit dijpe d'un te) écrivain. Clément XI

3oa Année , 172t.

et la constitution y Soient traitas de la manière la plus outrageante. L'Église romaine, étoit-il dit en parlant de la bulle, Qoudroit-cllc approuver un jugement si irregulier que Rome païenne n'eut pu le souffrir? Telle étoit la modération de ces prélats. Leur lettre ne parvint à Rome que plus de si* moi* après sa date. Ils l'a voient fait passer par la voie de Vienne , espérant trouver quelque appui dans crtte cour. Ils y avoient en effet des intelligences parmi quelques subalternes. Mais leur lettre parut sans doute trop violente , et la protection qu'ils sollicitoient leur fut refusée. On pense bien qu'Innocent XHI ne fut pas tenté de répondre à leur missive. Elle fut condamnée pamn décret du Saint-Office. En France, il fut question de nétrir la lettre au parlement Cetoit lavis du premier président, du procureur- général, de l'abbé Mrnguy même, qui trou voient cet écrit déshonorant pour l'éplseopat. Mais l'appel avoit trop de protecteurs parmi les magistrats. Le conseil du roi fut moins indulgent. Un arrêt du 19 avril proscrivit la lettre comme téméraire, séditieuse, et injurieuse au sacerdoce, et à l'impire. Les sept évêques répliquèrent. Boursier composa pour eut nne lettre et drs remontrances, qtii furent condamnées par un second arrêt.

— Le 9 mai, ordre de Georges Ier, roi d'Angleterre, aux magistrats, pour rechercher et punir des assemblées de blasphémateurs. L'incrédulité* se propageoit en Angleterre, et corameneoit à compter h Londres, sur-tout, des partisans que favorisoit la dépravation d'une grande capitale. On y avoit été, comme à Paris, en proie au délire d'uno cupidité aveugle. Un émule de Law , le - chevalier Blunt , avoit donné naissance à un système absurde et ruineux, qui avoit séduit une foule crédule. La nation parut aussi livrée a un esprit de vertige. Tontes les professions, tous les emplois étoient négligés. Un agiotage scandaleux avoit remplacé* les travaux ordinaires. Pendant l'enivrement que produisit cette illusion, le luxe, le vice çt la débauche furent poussés jusqu'à l'extravagance. Les nouveaux riches, éblouis de leur opulence

Année 1731. 3o3

éphémère, doonoieot dans les excès d'un faite ridicule, et affectaient du mépris pour la religion et les mœurs. Il se répandit même qu'il sétoit formé une société de jeunes libertin» qui s'engageoient par des sennens affreux. Ils avoient , dit-on , donné à leur association le nom du feu d'enfer , comme pour se moquer des terreurs de la religion , et Ja débauche et l'impiété se prétoient chez eux un mutuel support. Les gens de bien réclamèrent avec force contre un tel scandale. Un membre de la chambre des pairs se plaignit de l'accroissement de l'athéisme et de l'immoralité, et sollicita un bill pour réprimer l'un et l'autre. Quelques lords secondèrent sa demande ; mais la majorité représenta le projet de btll comme une espèce d'inquisition et comme une entrave à la liberté de penser, et il n'en fallut pas davantage pour rejeter toute mesure contre le mal. La liberté de penser n'avoit déjà que trop de protecteurs dans la chambre haute. On tourna la chose en plaisanterie. On mit la légèreté et les saillies à la place de la gravité, qui devoit présider à cette discussion. On prétendit que les terreurs des amis de la religion étoient exagérées, que la société dont on se platgnoit n-'existoit pas, ou du moins qu'il falloit l'abandonner au mépris public. Quelques historiens ont , en effet , regardé l'existence de cette association comme douteuse. Il se peut que les ténèbres dont elle s'enveloppoit , aient contribué à obscurcir ce fait. Quoi qu'il en soit, les progrès de l'incrédulité en Angleterre pouvoient être équivoques. Tant d écrits contre la religion les avoient accélérés. C'est à cette époque que Collins , Toland , Tin-» dal déployoient leur zèle contre le christianisme. D'autres noms moins fameux étoient entrés dans cette controverse. Nous avons déjà parlé d'Asgill et de Coward. Jean Trenchard a voit publié , sous le nom de Diogènes , des Lettres sur divers points de religion. Ces Lettres, pleines dune critique hardie, lui avoient mérité de justes reproches qu'il parut dédaigner. Il sétoit associé, pour la composition de ses ouvrages , avec Thomas Gordon , Ecos.sois, qui attaqua la religion d'une manière plus directe

3o4 jinfiée fjat.

dans des écrits qn> le bon gout ne parott pas avoir dicté* Le Cordial pour tes esprits bas , les Piliers de la si*percherie sacerdotale et de 1'orthodùxie ébranlés , sont les titres de quelques-unes de ses productions; il les tronvoit sans doute ingénieux et piquans * on plutôt il avoit cru devoir prendre ce ton pour se mettre a la portée des dernières classes de la société, CVtoitnn moyen de rendre l'irréligion populaire. Gétoit ainsi qu'elle hâtoit ses progrès assez lents jusque-là, mais qui dès-lors prirent un essor rapide, comme otl le voit par les m onu mens du temps. Plusieurs Anglais l'ont remarqué. Addisson , ce * littérateur si estimé , déplore , dans ses écrits , les ravages de l'irréligion et de l'immoralité. Leibnitz , qui avoit fait le voyage d'Angleterre, disoit que la religion naturelle s'y aftoibliasoit extrêmement, et Clarke, dans sa réponse , n'osoit contredire ce fait. « Il est vrai , disoit-il , « et c'est une cliose déplorable , qu'il y a en Angleterre « des personnes qui nient la religion même naturelle , «r et qui la corrompent extrêmement. Mais après le dé* « règlement des mœurS, on doit attribuer cela principe paiement à la fausse philosophie des matérialistes. » Leland remarque que les attaques contre le christianisme se suecédoient sans interruption , et que les ennemis de la révélation mont roi eut pour la. détruire un zble aussi étrange qu'infatigable. C'est par cette réflexion qu'il ouvre son article sol* Tindal , un des déistes les plus fameux de cette époque, qui avoit donné, en 1706, les Droits de V église chrétienne défendus contre les papistes , ohf sous prétexte d'attaquer les catholiques, il sapoit toute» constitution ecclésiastique, toute discipline, tout ministère , toute autorité. l>e clergé anglican fut alarmé dé ce livre. Les Droits et la défense qu'en avoit faite Tin* dal , furent condamnés au feu le o.k mars 1*7 10. L année Suivante , la chambre basse de la convocation , dont Atterbury étoit l'orateur , ayant tracé un tableau de la religion et des progrès de l'incrédulité, Tindal fit paroi— tre un pamphlet contre cet écrit. Il y pousse l'ignorance, ou plutôt fcr mauvaise foi , jusqu'à soutenir que la

nécessité

Annie 172t. ,3o5

nécessité des actions humaines est le seul fondement de toute religion. Lorsque l'évêque anglican de Londres, Edmond Gibson , adressa à ses diocésains une première Lettre pastorale contre les productions irréligieuses qui avoient paru depuis plusieurs années , Tindal , dans une Adresse dérisoire aux habitans de Londres et de Westminster, s'efforça de rendre l'évêque ridicule. Depuis il répondit par une seconde Adresse dans le même genre, à une seconde Lettre de Gibson. Mais son plus fameux ouvrage est celui qui a -pour titre : Le Christianisme aussi ancien que la création , ou l'Evangile , nouvelle publication de la loi de nature* 11 y renouvelle le Système qu'avoit autrefois adopté lord Herbert de Cher* bury. Il y prétend qu'il n'y a pas eu de révélation intérieure distincte de la loi de nature ; que la raison suffit pour nous diriger , et que la loi naturelle est claire, parfaite et appropriée à nos besoins; Cependant il est obligé d'avouer , en plusieurs endroits , les de règle mens et les erreurs monstrueuses où sont tombés les hommes sur les principes même fondamentaux de la loi naturelle. Il établit d'ailleurs que l'intérêt personnel doit être la règle de nos actions, et il avance d'autres maximes qui ne sont pas moins pernicieuses en morale* Un tel livre fit beaucoup d'éclat, et excita le zèle de plusieurs docteurs* Le célèbre Waterland , qui s'était .déjà signalé par ses écrits contre l'onanisme, donna à cette occasion son Écriture vengée. Jackson, Stebbing, Balguy, Foster4 réfutèrent tour à tour plusieurs parties du système de Tindal. Conybeare , depuis évêque de Bristol , composa , à l'instigation de l'évêque de Londres, sa Défensé de la teligion révélée, que le savant "Warburton regardoit tomme un des livres les plus forts en raisonnerriens. Leland entra aussi dans cette controverse , dont Tindal ne vit pas la fin. Diderot, dans son Essai sur le mérite et la vertu , où il essaie de justifier Shaftesbury, dit qu'il est injuste de le confondre avec les Asgill , les* Tindal, les Toi and , gens aussi décriés dans leur église, en qualité de chrétiens, quekdans la répubti- 70*8 rauiiEA» ?o.

3o6 Année .17*2.

que des lettres , en qualité' d'auteurs , mauvais prote* tans- 9

et misérables écrivains*

Le i3 août , avis des censeurs nommés pour examiner l'édition des Conciles du père llardouin. Le père Hardouin, Jésuite, avoit été chargé par le clergé de France de faire cette édition, qui fut imprimée uu Louvre, en 1 7 1 5 , en douze volumes in-folio. Comme a cette époque les Jésuites étoient assez mal vus par un parti dominant, et qu'où chcTchoit à leur faire expier le crédit dont ils avoient joui sous le règne précédent, on s'éleva contre l'édition du père Hurdouin, comme rédigée dans des principes contraires à nos libertés. Sur ces plaintes, le parlement de Paris nomma , le 20 décembre 1 7 1 5 , six théologiens et avocats pour examiner l'édition. Ces examinateurs étoient Wttasse, Dupin, Ànquetil, Léger, Lemerre et Bertin. Leur choix pouvoit faire prévoir que le Jésuite ne seroit pas ménagé. En effet , un avis du i3 août 1722, représenta son travail comme défectueux, et méritant les reproches les plus graves. Les censeurs insistoient beaucoup sur quelques omissions , et sur les maximes contraires à nos libertés. Us s'y plaignoient eutr autres que le père Hardouin pariât des appels du Pape au concile comme étant défendus. Nous avons examiné cet avis (1), et il nous a paru qu'd y avoit beaucoup de chicanes , et que l'esprit de parti s'y montrait trop» On peut remarquer de plus que tiois des six commissaires étant morts, l'avis lut donné par les trois autres seulement, et que, parmi ces trois, il n'y avoit qu'un théologien, Léger. Or, étoit-ce à des avocats, étrangers à ces connoissances , qu'il appartenoit de prononcer sur une foule de questions et de faits qu'ils n'a voient pas étudies ? Quoi qu'il en soit , cet avis

(1) En tète est un avertissement rédigé par l'abbé Cadry. C'est 4Ue «»cz (£ucl part uaxU opposât pri* à l'avis*

Année 17^. 307

donna lieu à un arrêt du parlement , rendu le 7 septembre suivant, qui supprimoit l'épître dédicatoire où il étoit parlé de la constitution Unigenitas et des réfractaires. Quant à l'édition, attendu la difficulté de la réformer, on ordonnoit d'y insérer au moins les arrêts et l'avis. Le père Hardouin se plaignit de cet arrêt , et demanda à n'être point tenu d'y déférer. Le roi chargea le cardinal de Rohan de faire examiner ses plaintes, et le cardinal nomma l'abbé de Targny , l'abbé Vivant et quelques autres, qui, en convenant que le Jésuite s étoit égaré sur quelques points, le justifioient sur d'autres , et montraient l'injustice et les chicanes des censeurs. D'après leur rapport, il fut rendu au conseil d'état, le 21 avril 1735, un arrêt portant que le parlement avoit arrêté sans titre la, distribution d'un livre que le feu roi avoit fait imprimer h son imprimerie; que le père Hardouin avoit, à la vérité, omis dans sa collection des pièces intéressantes; qu'il y étoit peu favorable à nos libertés; mais que, si f ouvrage a mérité d'être réformé > la censure qui en a été faite par des examinateurs prévenus d'opinions contraires à l'autorité du saint Siège, la plus légitime et la moins contestée , ne mérité pas moins d'être réfor** mée ; qu'il sera donc seulement ajouté à l'ouvrage un supplément renfermant les pièces omises, et des notes , et que l'imprimeur ne sera pas tenu d'insérer les arrêts et l'avis des censeurs. L'abbé de Targny rédigea en même temps des additions à faire pour chaque volume. Voyez a ce sujet un carton de la Bibliothèque du rçi, qui e$t cote' B. 1684. A.

Le 27 avril, sept prêtres hollandais nomment, de leur autorité, un archevêque d'Utrecht. Depuis la mort de Codde, en 1710, il n'y avoit point d'évéque en Hollande. Les vicaires apostoliques que l'on y avoit envoyés, avoient été forcés , par diverses intrigues, d'abandonner la mission.

3o& ^fttnée 172 S.

te gouvernement spirituel de cas provinces uroît été confié par le Pape à ses nonces de Cologne et de Bruxelles; mais les partisans de Codde et de Quesnel n a voient jamais voulu se soumettre à leur juridiction, et ne reconnoissoieilt que > les grands-vicaires nommés par Codde 011 par le chapitre

d'Utrecht. Celui-ci prétendoit avoir droit de gouverner pendant la vacance du siège. 11 nomrnoit des pasteurs , donnoit des dimissoires, èt exercoit toutes les autres fonctions de l'administration ecclésiastique. La cour de Rome jugeoit au contraire que le chapitre d'Utrecht ayant cl4 «teint depuis le changement de religion eu Hollande; et ayant cessé d'exister pendant long-temps, les prêtres que prenoient le titre de chanoines d'Utrecht, mais qui ne résidoient point eu celte ville, et qui étoient attachés à différentes paroisses de ce pays, ne pou voient être considères comme formant le chapitre cathédral et l'église métropolitaine. Comment sept prêtres, suivis à peine d'une soixantaine d'autres, pouvotent-its représenter le reste du clergé de Hollande, infiniment plus nombreux, et qui restoit soumis à l'autorité du saint Siège? Cependant ces chanoines , enhardis par des suggestions étrangères, prétendirent que cet oit par usurpation que les Papes les avoient. gouvernes jusque-là. ils refusèrent les vicaires qu'on avoit envoyés chea eux , et voulurent avoir des archevêques en titre. Le siège d'Utrecht étoit aboli depuis plus de cent ans. Ils entreprirent de le faire revivre, et de se donner un archevêque à leur gré. Ce projet leur fut, à ce qu'd paroît, suggéré par les réfugiés français qu'ils avoieut chez eux , et qui leur procurèrent les moyens de le mettre h exécution. Ce fut , dit-on, un diacre français, nommé Boullenois, fort attaché au parti , et venu en Hollande en 1716, qui commença l'oeuvre. 11 fat touché de voir la triste situation où étoient réduits en ce pays les opposans, qui étoient abandonnes de ta plupart des ecclésiastiques séculiers et réguliers > /vus attachés au nonce 9 et qui form oient un troupeau; pauvre , foihle et digne de pitié. Le zèle de ce janséniste séchaufla en leur faveur. Il revint en France dam l'ia-

Année 172!$. 3o§

tention de ne rien négliger pour leur procurer du secoure. Il y travailla avec ardeur, et peignit vivement les maint de ces victimes du despotisme de la cour de Rome. Plu* sieurs- docteurs de Sorbonne, tous oppelans , donnèrent une consultation où ils établissoient qu'une église ne perd point ses droits par une longue viduité ; que l'usage Je la cour de Rome, d'envoyer des vicaires apostoliques, étoit une usurpation ; .et que les prêtres de Hollande pou-* voient rentrer dans l'exercice de leurs droits, contre lesquels rien ne pou voit prescrire. La 'faculté de droit de Paris, aussi appelante, donna une décision pareille. Van Kspeu et quatre docteurs de Louvairi répondirent de même* Boullenois ne borna pas là ses bons offices. Par ses instan* ces et celles de ses amis, des évéVpjes français consentirent à ordonner prêtres de jeunes Hollandais , sur les dimis* soires du chapitre d'Utreckt , et sans exiger la signature du formulaire. Boullenois en amena lui-même en France; et les évéquesr de Bayeux et de Bfots , et sur-tout celui de Senez , en ordonnèrent plusieurs. Ce fut apparemment pour reconnortre ces services , que les chanoines d'Ltrecht et leurs adhérens se joignirent, le g mai 17 19, à l'appel des évéques opposa us de France. Sur ces entrefaites, il leur arriva un évêque qui leur parut envoyé par la Providence pour sacrer celui qu'ils vouloient se donner. , ^Dominique Varlet , prêtre des Missions étrangères de Paris, venoit d'être fait , en 1718, coadjutcur de l'évêque de Babvlone. Il avoit passé par ta Hollande pour se rendre en Perse, et avoit donoé la confirmation à Amsterdam , sur les pouvoirs du chapitre de Harlem. Cette conduite et ses liaisons lui attirèrent une suspense, qui lui fut signifiée en Perse, le i5 mars 1720, par l'évêque dis pahan. 11 fut donc obligé de revenir à Amsterdam; et là, loin .v de -chercher à faire lever ses censures, il s'attacha de plus en plus au parti du chapitre, exerça ses fonctions malgré la suspense , et résolut de se fixer en Hollande pour y être plus utile aux opposans de ce pays Le i5 février 172^ iT appela de la bulle Unigcnitus > et des censures portéescontre lot. U étoit reçu parmi les siens qu'après cette for-

3ro jlrmée 1723.

malité 011 pouvoit braver toutes les décisions de Rome et toutes les peines de l'Église. Cest ce que fit Varlet , qui, déclaré plusieurs fois excommunié et schismatique, alla toujours en avant. On se disposa à profiter de son séjour en Hollande. Apres avoir écrit au Pape pour la < forme, le chapitre dUtrecht , ou-, si l'on vent , les prêtres qui prétendoient former ce chapitre, réunis au nombre de sept , élurent pour archevêque Corneille Sterohoven , l'un deux, qui exerçoit depuis long-temps les fonctions de grand- vicaire. Ils annoncèrent cette élection au Pape, en le priant de la confirmer, lis n'en recurent aucune réponse; et le collège des cardinaux , le saint Siège vacant, chargea, le 8 avril 1724, rinternoncé de Bruxelles de recommander aux évéques voisins de ne point prêter les mains h la consécration de Steenhoven , attendu que l'élection de ce feux évêque avoit été faite sans aucun droit. Les prélats des provinces voisines refusèrent, en effet + leur ministère; Varletfot moins difficile. Suspens, interdit et excommunié , il n'en parut que plus propre à c# qu'on désiroit de lui. Le i5 octobre 1724 1 il sacra Steenhoven à Amsterdam , n'étant assisté que de deux chanoines ; ce qui est contraire à la discipline observée dans l'Eglise, et ce qui n'est permis qu'avec des dispenses qui ne furent point demandées. Le 3o novembre suivant , Steenhoven et son clergé interjetèrent appel , au concile général, de ce qu'ils appeloient les vexations de la cour de Borne. Benoît XIII ayant, par un bref du 21 février* 1725, déclaré l'élection nulle et l'élu suspens de toutes fonctions , celui-ci en appela encore le 3o mars. Il survécut peu à ce nouvel acte de schisme , et mourut le % avril. Les catholiques hollandais , qui n'avoient pas voulu le reconnoître , désiroient profiter de cet événement pour obtenir d'avoir chez eux, comme par le passé, des vicaires apostoliques nommés par les Papes : ils en sollicitèrent* la permission des états. Il sembloit qu'on pouvoit d'autant moins la leur refuser , qu'ils étoient en bien plus grand nombre que les autres. Mais ceux-ci se donnèrent taot de mouvcmeus auprès des états, qu?ils em-

Année 5iî'

péchèrent qne cette demande ne fftt accordée. Il se hâtèrent aussi de remplir la place de Steeohaven , comme od le verra sous 1725.

— Le 1 1 octobre , le P. BucchareHi , missionnaire Jésuite, a la tête tranchée au Tong-King. Le Tong-Ring est, comme on sait, un royaume placé entre la Chine et la Gochinchine. La foi y avoit été préchée dès 16275 et à travers une alternative de persécutions et de paix , elle n'avoit pas laissé de (aire de grands progrès. On y\ comptoit, dit-on, jusqu'à 200,000 chrétiens, conduits par diûerens ecclésiastiques et religieux, lorsqùen 1696, et ensuite en 171 2, deux édits arrêtèrent un peu ces progrès , et obligèrent les missionnaires à se cacher, ou; même à sortir du pays. En 172 1 , la persécution recom-, mença avec plus de force. On poursuivit les prêtres; Deux Jésuites, les PP. Messari et Buccharelli furent arrêtés. Le premier mourut dans sa prison. Le second eut la tête tranchée , le 11 octobre , avec neuf Tong- Kinois chrétiens , qui lui servoient de catéchistes. Plus de cent cinquante autres fidèles furent condamnés à une espèce d'esclavage. Cependant il paroît que le reste des chrétiens n'en fut point ébranlé, et qu'ils conservèrentla foi au milieu des dangers et des mauvais traitemens.

— Le 25 décembre , mort du due d'Orléans , régent de France» Nous avons déjà parlé du caractère de ce* prince et des vices de son administration. Il fit à sa nation des plaies profondes. Il donna l'exemple d'une immoralité scandaleuse. U énerva l'autorité par de grandes fautes. Son gouvernement forme une époque aussi funeste que bien caractérisée dans l'histoire de France auxvnr» siècle. Il eut recours, pour réparer les finances «le l'état, à un système destructeur dont le succès eût été un crime , et dont la chute fut une calamité. Des calculs honteux, une- soif effrénée de for, la ruine d'un grand nombre de familles , l'élévation subite de fripons adroits, tels furent les effets sinistres d'un système immoral et insensé. Au milieu des manœuvres d'un agiotage inconnu jusqu'alors > on- apprit à mettre l'argent

$\a Année 173S.

oû-dcssus de tout, et à s embarrasser peu des moyens pou* en acquérir. La licence des mœurs lut la suite de cet oubli des principes. Les sociétés familières du régent af— fichoient un ton qui ne pou voit qu'aggraver le mal. Là, on se permettoit tous les excès , on en faisoit trophée. Tout , jusqu'au nom de roués que prenoit les affide» du prince , servoit à montrer la turpitude de leur vie. XJn historien du régent, qui est souvent son panégyriste, n'a pu s'empêcher de dire que ses vices avoient insulté l'honnêteté publique , et soulevé les gens de bien. Mais tandis que Les gens de bien s'affligeoient de ces scandales, les gens foibles ou corrompus, enhardis par cet exemple, ne dissirouloieut plus leurs penchans les plus honteux* La contagion se ré pan doit de proche en proche. La ville, imitatrice de la cour, en prenoit le langage et l'esprit , et les provinces accoutumées à recevoir la loi de la capitale , étoient moins révoltées d une manière de vivre qui devoit leur être nouvelle. La liberté de penser croissoit avec la corruption. Le régent n'avoit pas une incrédulité décidée ; mais la facilité de son caractère , et les désordres de sa conduite favorisoient l'irréligion (1). Ses roués se piquoient de ne rien vespecter, Le petit nombre d'iucrédu les qui pou voit exister alors,, et qui, jusque-là , timide et réservé dans ses doutes , craignoit de les laisser paroître,'et de s'afficher par des sentimens que repoussoit l'opinion générale , ce petit nombre mit moins de précaution dans sa conduite et dans ses discours. Il se forma, non pas encore un parti irréligieux, mais des coteries ou la religion étoit peu ménagée. Les

(1) Le duc de Saint-Simon , quoiqu'un» et confident du régent, n'en fait pas un portrait flatteur. Le prince aunoit , dit-il , «I brouiller ensemble les gens par des faux ràpports. Ce fut une de ses principales occupations lorsqu'il fut régent, mais qui, étant découverte, le rendit o.tieux. Il étoit incapable de suàe dans rien , avait une sorte d'insensibilité poiw tout , se /luttait de savoir tromper tout le monde , se définit aussi de tout le monde.... On ne connoit que trop la licence de ses soupers , des ordures, des impiétés, des enivremens.

jinnée 1723* 3i3 pamphlets, les libelles se multiplièrent. Le recueil des pièces licencieuses ou satiriques publiées à celte époque est très-considérable. Les écrits de Bayle furent recherchés avec plus de curiosité. Deux hommes sur-tout contribuèrent encore à étendre et à fortifier cette disposition de quelques esprits. Nous voulons parler de Montesquieu et de Voltaire. Le premier publia en 17*1 , les Lettres persannes, roman où paroissent, dit un écrivain impartial, cette témérité W examen j ce penchant au paradoxe, ce libertinage d'opinion , si l'on peut parler ainsi , qui attestent à la fois la vivacité et l'imprudence de l'esprit. Un ton satirique, des détails licencieux , des ' plaisanteries qui n'étoient qu en apparence dirigées contre la religion musulmane , des attaques plus directes encore contre les dogmes du christianisme, tel est le fond de cet ouvrage. La peinture des mœurs orientales , réelles ou • supposées, n'est, dit d'Alembert , que le moindre objet de ces Lettres. Elle n'y sert , pour ainsi dire, que de prétexte à une satire fiiie de nos mœurs , et à des matières importantes que l'auteur approfondit en paroissant glisser sur elles. On pourvoit s'étonner après cela d'entendre d'Alembert dire que Montesquieu n attaque que des abus. K attaquoit-il que des abus , celui qui dit que le Pape esC une vieille idole qu'on encense parhabitude ( Lettre xxix ) ; que lorsqu'il arrive quelque malheur à un Européen , i4 n'a dl autre ressource que la lecture d'un philosophe qu'on appelé Séné que , et que .les Asiatiques plus sensés prennent des breuvages Capables de rendre l'homme gai (Lettre xxxiii ) ; que lorsque Dieu mit Adam, dans le paradis terrestre , à condition de ne point manger d'un certain fruit , il lui fit tut précepte absurde pour un être qui connoitroit les déterminations futures des ames ( Lettre xrx ) ; qu'il ua point remarqué chez lem chrétiens cette persuasion vive de la religion, qui se trouve parmi les Musulmans; que le Pane est r/n magicien qui fait croire que trois ne sont qu'un, que du pain n'est pas du pain, etc.? Lan n:i manq i<? rarement, lorsqu'il eu trouve l'occasion , de tourner ep ri-

3i4 Ânnée i7À ,

dieu le les mystères , les préceptes et les pratiques de ta

religion de son pays. Un tel livre , par les attraits qu'il offrait a la malignité et à la licence, ne pouvoit que produire des effets funestes sur des lecteurs frivoles; et un grave magistrat eut la gloire de chercher à faire rire aux dépens de ce qu'il y a voit de plus respecté dans sa nation. Il faut l'avouer, Montesquieu dans ce roman: n'est point l'écrivain supérieur qui se plaît à rendre hom-t mage au christianisme. Je sais qu'on l'excuse en disant que les Lettres personnes sont un ouvrage de jeunesse, et que l'auteur revint à des senti mens et à un langage plus convenables à son âge, à sa profession et à ses lumières. Mais l'impression étoit faite. Dans un temps de licence les Lettres personnes eurent de la vogue. Une cour licencieuse dévora un livre analogue à ses goûts. Les détracteurs de l'ancien gouvernement sourirent à ta satire du règne de Louis XIV. On parcourut avec avidité des plaisanteries sur la religion, sur ses ministres, sur les disputes ihéologiques. Ou en vint à traiter lé-, gèrement les choses les plus sérieuses et sérieusement les choses les plus frivoles. — Un autre écrivain s'étevoit alors qui devoit avoir la plus grande influence sur son siècle. Arouct , plus connu sous le nom de Voltaire , comi»ençoit à cette époque à se faire connoître , et son nom reviendra souvent dans nos Mémoires. Ses premiers écrit* furent quelques contes libres qu'on a insérés dans ta collection de ses Œuvres. On y a fait entrer également quelques lettres , moitié prose, moitié vers, écrites à des hommes de plaisir. Il y en a une qui mérite d'être re— . marquée , en ce qu'elle offre le premier exemple de ces plaisanteries irréligieuses par lesquelles Voltaire se signala si fort depuis. C'est l'Épitre xi , du tome XIII , adressée à Mm« de G., et qui est, disent les éditeurs, de 1716 ou de 1717* Dans cette Épître, il demande si un esprit éclaire' pourra jamais croire la chimérique histoire d'un double Testament. Il dit à cette dame , qui venoit dç se consacrer à la dévotion , que le plaisir est le seul but des étrps raisonnables, et que la superstition est mère de ht

Année 1724» 3iS tristesse. Toute cette Épître , qui est en vers , est dans ce sens. On connoît les deux vers d'OEdipc contre les prêtres, -vers qui, suivant l'expression de Condorcet , Jurent le premier cri d'une guècre que la mort même de Voltaire n'a pu éteindre, En6n , Voltaire composa encore sous la régence l' Épître à Uranie , intitulée aussi Le pour et le contre. Cette petite pièce fut faite pour Mm« de Ru pel monde, et contient les objections des incrédules contre le christianisme et contre les Livres saints. L'auteur y dit formellement : Je ne suis pas chrétien , et il s'y borne à la religion naturelle. À la vérité, cet écrit ne fut imprimé que plus tard; mais Voltaire n'en faisoit pas beaucoup de mystère, et le laissoit circuler manuscrit. Chaque trait de sa conversation , dit M. LacreteUe, indiquoit un désir impétueux de braver et d'insulter les croyances religieuses. Peut-être se fortifia-ft.il dans ses dispositions à l'incrédulité par ses relations •avec lord Bolingbroke , alors retiré en France, et qu'il vit dans sa terre de la Source , près Orléans. Cet Anglais , très-décidé dans ses préjuges irréligieux, plein d'ailleurs d'esprit, de vivacité et même d'éloquence , étoifrun apôtre dangereux pour un jeune homme, qui, avec les mêmes taiens, avoît beaucoup de penchant pour les mêmes erreurs , et que les applaudissemens de ses amis eucourageoint dans sa liberté de penser. Nous le verrons quelques années plus tard s'enhardir après ces premiers essais , et faire successivement de grand progrès , tant dans la liberté de ses opinions, que dans leur manifestation et l'ardeur de les répandre.

Le 7 mars , mort d'Innocent XIII , après un pontificat de moins de trois ans. Il avoit donné, en 1723 , la bulle Apostolici mmisterii, dans laquelle il statuoit sur beaucoup d'objets relatifs à la discipline des églises d'Espagne, et prescrivoit l'observation plus exacte de plusieurs décrets du concile de Trente. Le règne de ce Pape fui

3i6 Année 1734.

très-court» II 'sut cependant l'immortaliser y cKt le comte d'Albon ; rfe grandes vertus et la science du gouverne.-* ment avoient fait d'Innocent XIII un grand prince. Ainié de tous les grands } ils donnèrent h sa mort les marques des regrets les plus vifs. Le peuple exprima sa douleur par des larmes (i). De La Lande lui rend le même témoignage dans son Voyage d'Italie. Innocent XIII , dit-il, est le meilleur souverain dont on parle aujourd'hui. Les Romains ont été Bien des années à ne cesser d'en/aire l'éloge et de regretter le peu de durée de son pontificat..*.. L'abondance étoit géné-> raie, la police exacte , les grands et le peuple également vontens (a). Ce Pape se 6t rendre Gommachio par l'empereur , qui y joignit deux millions de florins pour dédommager ia cour de Rome, privée de cette possession depuis plus de quinze ans. Innocent XIII étoit à sa mort daus sa jomt année. Il ne fit que trois cardinaux 4 Le premier fut Bernard-Marie Conti , son frère , Bénédictin du Mont-Cassin et évéque de. Terracine< Les deux autres furent Alexandre Albani , neveu du dernier Pape, à la famille duquel Innocent XIII rendit ainsi, suivant l'usage, le chapeau qu'il en avoit reçu, et Guillaume Dubois, Français, conseiller d'état et archevêque de Cambrai. On a beaucoup reproché ce dernier choix à Iunoccnt XIII; mais le blâme en doit .moins retomber sur ce Pape , que sur la cour de France qui avoit présenté Dubois pour le chapeau ,à sa nomination. Dubois étoit sûrement moins connu à Rome qu'à Paris, et si tout ce qu'on rapporte de lui étoit vrai , la honte d'un tel choix seroit un -des* plus grands torts du régent , qui laissoit son ministre solliciter en son nom une faveur dont il eût été si peu digne. Si la cour de Rome eût refusé d'accéder h cette présentation , peut-être en seroit-il résulté une querelle entre les

(1) Discours sur f Italie, tome II, pgc 334.

W t&*8*-*n- Italie, lonc V, page ^io.

jfnnée 1724*

deux puissances, Car les couronnes se sont toujours mon* trees très-jalouses de maintenir la possession où elles sont, de présenter pour Le chapeau les sujets qu'il leur plaît i sans permettre au Pape de les refuser. Il y plusieurs exemples de brouilleries qui n'otit pas eu d'autre origine. Quant a ce qu'on raconte du pacte fâit avec Innocent XIII, de la promesse de l'élever à la papauté, h condition qu'il crée roi t Dubois cardinal, des menaces qu'il essuya, c'est* là une de ces fables bonnes pour les anti-chnmbres et dignes des pamphlets qui la débitèrent dans l'origine. La cour de Frauce n avoit pas besoin de recourir à des moyens si bas pour réussir dans ce qu'elle déstroit , et I abbé Dubois avoit assez d'ascendant .sur le régent pour aller fran-* chemeot et directement à son but. Si les manèges qu'on lui prête ne compromettoient que lui, on aurait moin» d'empressement à les démentir; mais quand on ea rend complices des personnages émi riens par leurs places et res* pectaWcs par leurs qualités personnelles, «lors c est un oe\ oir pour t historien ue réclamer contre ces imputations calomnieuses et ces anecdotes apocryphes dont on farcit de misérables libelles , et qui peuvent tromper la postérité. Voyez sur le cardinal Dubois , un article inséré dans les Mélanges de philosophie. , d'histoire > de morale et de littérature f imprimé*) chez Le Clere, à Faris, tome VIII, page 176 (1810).

— Le j/i mai , déclaration du \o\ , au sujet des protestons* La mort de Louis. XIV avoit paru aux protestant une occasion favorable pour recouvrer ce qu'il leur avoit tait perdre. Il y eut à Ja fin de juin 1 7 1 6 , quelques mouvcmens du coté de Monta u ban. On les calma, et on lit grâce à tous ceux qui avôient été arrêtés. Mais peu après ks attnxipeiaens recommencèrent en plusieurs endroits, et notamment aux environs de Clérac. On fut obligé d y envoyer des troupes, et de mettre en prison quelques agitateurs. Duclos, dans ses Mémoires f parle d'assemfflées tenues en Poitou , en Languedoc et en Guyenne. Il dit que l'inquiétude du gouvernement augmenta encore par la découverte d'un grand amas de fusils et de baïon-

3i8 Année vi734*

nettes près d'un lieu où les protcstans setoient assembles (i). Le parlement de Bordeaux en condamna quelques-uns aux galères ou au bannissement ; mais tout étant rentré dans Tordre, le régent fit grâce à la plupart. Le même historien dit que ce prince (ut sur le point d'anmnV ler les édits de Louis XIV , et de rappeler les protestans , mais qu'il en fut détourné par la plu port des membres du conseil ; et Duclos paraît être du même avis. Il n approuvons pas qu'on remît les protestans sur le même pied qu'auparavant. Il craignoit l'effet d'une pareille mesure, qui exalterait les espérances des religionnaires et échaufferait leurs esprits. Le régent, qui étoit opposé par caractère aux actes de rigueur , laissa pendant toute son administration les protestans fort tranquilles, et non. seulement les édits sévères de i685 ne forent pas exécutés , mais une tolérance assez étendue en prit la place. Les protestans s'assemblèrent sans obstacle. Leurs ministres visitoient leurs troupeaux , répandoient des écrits*, levoient des sommes , et délivraient des actes de baptême et de mariage comme par le passé. Toutes ces démarches se firent avec d'autant plus d'éclat, qu'on avoit été comprimé plus long temps. Il y eut en quelques endroits des désordres. Des prêtres catholiques furent insultes. Des irrévérences publiques furent commises. Le gouvernement crut nécessaire de réprimer cette licence. Il renouvela donc, en 1724* Ie6 édits antérieurs, et en prescrivit de nouveau l'exécution. Un historien récent dit ique cet édit étoit absurde , impolitique et cruel. Même en couvenant avec lui sur le fond, on pourrait trouver ces qualifications un peu dures. L'esprit qui dicta la lot nouvelle , ne paraît pas avoir été un esprit de persécution. On se proposa bien moins de renouveler la sévérité des anciens réglemens, que d'arrêter l'essor du zèle des protestons; et ce qui le prouve, c'est que ledit de 17*4

(1) Mémoires secrets sur Us rrgnes de Louis XIF et de Louit. &y , pur Duclos, t<fnc page a;i.

se fut pas observé. Oo n'y tint point la main. Les par* lemens et les inteodans étoient également éloignés des mesures de rigueur , et le ministère n'avoit voulu qu inspirer plus de réserve aux non-catholiques. Nous n'examinons point ici s'il avoit pris le meilleur moyen pour cela. Chacun sur cette question peut avoir des avis difierens. On la considérait du temps de Louis XIV sous un autre jour qu'on ne le fait aujourd'hui.. Les personnages les plus éclairés de ce temps-là n a voient pas de la tolérance une idée aussi étendue que celle qui a prévalu 4e puis. Nous avons , sur la révocation de l'édit de Nantes, un Mémoire du Dauphin, père de Louis XV. Ce prince , élevé .par Fénélon , dont on connott l'esprit de sagesse et de modération , ne bl^moit cependant pas son. aïeul de la mesure qu'il avoit prise. Il la justifie au con— traire. Il insiste sur l'opposition que les protestans ont toujours montrée pour la tranquillité et l'obéissance. Il les représente comme faisant un parti dans l'état , et ayant des intérêts et des voeux duTérens de ceux du reste de la nation. Il prétend qu'à la révocation il n'y eut point, à beaucoup près , les abus , les désordres et les injustices dont quelques écrivains ont présenté des tableaux fort exagérés. Ce Mémoire est curieux , et sera lu avec intérêt par ceux même qui ne pensent pas comme le prince sur le fond de la question (1). D'autres écrits peu connus, ejt rédigés dans le même sens, auraient du moins le mérite de montrer ce qu'on peut dire en faveur d'une cause généralement abandonnée aujourd'hui. Voyez entrautres une lettre de M. de Chabanne , evéque d'Agen , au contrôleur-général des finances, datée du mai i?5i ; le Discours à lire au conseil du roi (par l'abbé Bonnaud), 1787 ; X Apologie de Louis XIV et de son conseil , sur la révocation de fedit de Nantes ( par Caveirac ) ; Le* véritables auteurs de la révolution de France, 1797» Ces ouvrages ne sont pas* tous également solides, et les

(1) Ou le Iroate à U fi* de la f « Dçuiphin, par Proyar^

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preuves qui y sont énoncées ne sont pas également coït-5 cluantes. Néanmoins on y trouve des faits curieux et des raisons qui ont quelque force; Quant à ki conduite des protestans postérieurement à la déclaration de 1724 ♦ elle paroît avoir été pendant plusieurs années tranquille et modérée. Mais bientôt la paix dont on les laissoit jouir» leur donna l'espérance d'obtenir plus encore. Ils établirent de nouveau des écoles ctdes consistoires , distribuèrent des livres et des catéchismes , indiquèrent des assemblées ,* et reprirent peu h peu l'exercice de leur culte. Ils firent plus ; ils tinrent au mois d'août 1744 un synode national. Des députes de toutes les provinces se rendirent près Sommières, sur les confins du diocèse d'Usés. L'assemblée du clergé de 1745 dénonça cette infraction aux ordon-* nances , et Se plaignit des entreprises des religion naires. Mais ils continuèrent à jouir de la plus grande liberté. L'esprit général du ministère leur -étoit favorable , et ils profitèrent de cette disposition pour tenir leurs assemblées . pour relever quelques temples, et pour se remettre h peu près sur le même pied qu'avant les édits de Louis XIV. La Beau m elle dans ses Lettres rend témoignage à la' liberté étendue qu'on leur avoit accordée. 11 parle d'as-' semblées de vingt mille ames qui setenoient en Dauphiné, en Poitou , en Vivarais , on Béarn , de soixante temples érigés dans la seule province de Saintonge, et d'un séminaire de pi éJicans qui avoient leurs cures , leurs fonctions, leurs appoin tenions , " leurs consistoires , leurs sy~' nodes, leur juridiction ecclésiastique.

— Le 29 mai , le cardinal Orsioi est élu Pape. Pierre- François Orsini , ou , comme nous disons en France , des Ursins, né à Rome en 1649, dune des plus

distinguées de cette capitale, renonça de bonne heure au monde pour entrer chez les Dominicains. Sa retraite fit du bruit. Le duc de Bracciano, son père, en porta ses plaintes au Pape , qui voulut examiner par lui»roerae la vocation du jeune religieux, et qui, l'ayant trouvé ferme dans le parti qu'il avoit pris, obtint de sa famille qu'on ne contrariât point ses inclinations. Le jeune

Orsini

Àmée 174. 3ai

Ors.nt fit ses études tlieologktu**, et aofu* ta réputation d'un excellent religiecix. 11 fat ndtnmé cardinal cti 167a. En Tain prétexta-t-il sa jeunesse et abri incapacité. Il eut fcrdre de Clément X d'accepter cette dignité. Il n'en continua pas moins d'observer la rcglede saint Dominique, et partagea son temps 'entre l'étude et la prière. En 1675 % il fut fait archevêque de Manfredonia', ou son Ëèle et sa charité produisirent de grands biens. Transféré* à Césène , par Innocent XI, il» ne négligea rien pcïur bien régler ce nouveau diocèse , et il y travailloit avec atdctir, quand le même Pape , voulant l'élever sur un plus grand théâtre > le fit* archevêque de Benevent , en i685. Lesmonuraens dont il enriohit cette ville , sont les moindres preuves de son zèle pastoral. Des prédications fréquentes , des synodes annuels, des visites assidues, dë nombreux régtemens, d'abondantes aumônes , et sur-tout l'exemple d'une vie consacrée à la piété, signalèrent son administration. Il refusa l'archevêché de N a pies , où Innocent XII vouloit l'avoir potfr successeur. Au commencement dû conclave' de» 17*4, nfe paroissoit pas devoir être élu ; mais ayant fait , dit-on, des» représentations pathétiques anx cardinaux sur les divisions du conclave, le cardinal OHvieri l'indiqua à ses collègues partages sur d'autres choix, et leur persuada d'élire un prélat o^i joignoit à une grande naissance une réputation méritée de ipiété et dé vertu. - Le nouveau Pape étort âgé de 76 ans. 11 prit le nom de Benoit' XIÎI. Son exaltation parut avoir l'approbation générale, et les appelans français furent iei premiers à y applaudir. Le cardinal de Noailles écrivit au nouveau Pape pour l'en féliciter. Benoît XIII, dans sa réponse, le'prcssoit de rendre la paix à l'Église. Cette lettre en attira une autre du cardinal , qui mandoit, lé i*roctôbre, au saint Père, qu'il acceptoit la constitution de la même manière, dans le même sens et dans le même esprit quie sa Sainteté. On comraençoit à mieux augurer de ses dispositions ,'etle Pape lui montroit beaucoup de' bienveillance. Lesopposans se flattoient quelqueiWsqne Benoît XHTnt ktrr étoit pas contraire* On le sa*-1

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