‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le 18e siècleChapitre 29 sur 50 · TOME PREMIER · texte numérisé non relu

TOME PREMIER

▼oit attaché a l'école de saint Thoutt , derrière laquelle ils aimoient à se retrancher. Il donna en »effet, le 6 novembre, un bref en faveur de la doctrine de cette école, et l'année suivante d publia une bulle tendante an même but. Mais en mé/ne temps il fit rendre* par le général des Dominicains, un. décret: pour exclure de cet ordre ceux qui ne voudraient pas se soumettre à la constitution de Clément XI. Le charme se rompoit peu/.a peu* Plusieurs corps , qui a voient été .entraînés par -un moment de vertige, revenoient sur. des démarches trop peu réfléchies. La maison et société de Sorbonne venoit de prendre une délibération pour recevoir, la butte de ini3, et obliger tous les candidats à le Caire. Les facultés de théologie de Reims, de Nantes et de Poitiers, prenoient la même résolution. M. Desmarets, évoque de Saint- Malo, qui avoit appelé en 1717, accepta purement et simplement, fit accepter ses prêtres en synode, et écrivit au Pape pour lui annoncer son entière soumission* Quelques particuliers suivirent ce bon exemple.

— Le 4 juin, Benoît XIII promulgue la canonisation de huit bienheureux. C'étoit Isidore, dit Agricola, André Corsini , Pkili ppe Beniti , François de Borgia , Lan* rent Justiniani, Jean de Capistran, Catherine* de Bologne et Félix de Cantalice. Ils avoient été canonisés, le premier par Grégoire XV, le second par Urbain VIII v le troisième et le quatrième par Clément X, les deux suivaos par Alexandre VIII , et les deux derniers par Clément XI en 1712. Différentes raisons avoient apparemment empêches ces Papes de publier le jugement qu'ils avoient rendu. Benoît XIII suppléa à ce qu'ils n'avoient pu faire. Voyez dans son Bullaire les détails qu'il donne sur les Vertus de chaque saint , sur les miracles dus à leur intercession, et sur les procédures suivies pour constater leur sainteté.

— Le 16 juillet , émeute à Thorn, et rixe entre les catholiques et les protestans. C'est ici un événement moins important en lui-même que par les suites qu'il eut. Il a «tenti long-temps dans toute l'Allemagne , et les proies*

Jnnée 1724. 3a3

tans du nord en ont fait le sujet le pins ordinaire de leurs reproches et de leurs plaintes. Il faut convenir que si 011 s'en tient h leurs relations, tons les torts sont du *ôté des catholiques , tandis que les luthériens n'ont montré que sagesse et modération. Cependant on peut conclure du récit même de ces derniers qu'ils étoient loin d'être irrépréhensibles. Nous allons présenter sur ce fait ce que nous trouvons de plus certain , soit dans les journaux du temps, soit dans les écrivains qui ont traité de l'histoire de la Pologne. Le 16 juillet étoit un jour de procession solennelle pour les catholiques de Thorn. Ils la fàisofent avec les ceiemomes accoutumées, lorsquune rixe s éleva entre les, étudians des Jésuites et de jeunes luthériens qui regardoient passer la procession. Chaque parti donna dans cette occasion le tort à son adversaire. Les luthé- . riens dominoient dans la ville. Le peuple et les magistrats prennent fuit et cause pour les jeunes gens de leur communion. On arrête quelques étudîans catholiques. Leur élargissement est réclamé avec instance par leurs camarades. La querelle devient générale. On se bat dans les rues. Le peuple s'échauffe. . Chaque parti prend les armes. Les étudians catholiques , moins nombreux, se réfugient dans le collège des Jésuites. Ils y sont poursuivis par la populace, qui force les portes , pille le collège et y commet de grands désordres. Toutes les relations -s'accordent sur ce point. Des images de saints et une statue de la sainte Vierge servirent principalement de jouet au peuple. Elles furent insultées, traînées ignominieusement dans la boue et mises en pièces. La garde n'arriva qu'après que les assaillans eurent eu tout le temps de satisfaire leur ressentiment. Les catholiques portèrent des plaintes à Varsovie, où l'affaire iut traitée fort sérieusement. On vit à la fois une insulte à la religion et à l'autorité, et on se persuada qu'il étoit nécessaire de réprimer avec vigueur la licence de> Jissidens. On envoya des troupes à Thorn, et le 16 r • -embre suivant , le tribunal du grand-chancelier de Pologne prononça une sentence terrible contre les coupables. On

3sfc4' Année 172$*

t*% au luthériens leur église de Sainte-Marie. On bannit deux de leurs ministres, et on statua que le corps de ville seroit composé de catholiques et de protestai». Ceux qui avoient pris part au soulèvement fanent condamnés* les uns à mort, les autres a des amendes étala prison. Le* magistrats sur-tout furent ' feattés avec nue extrême vigueur. Deux eurent la tête tranchée , deux autres fu-^ rent déclarés infâmes. Un tel châtiment porta la terreur dans lame des dissidens de Pologne. Les puissances protestantes du voisinage réclamèrent vainement en leur fa* veur. Le roi de Prusse, le roi de Suède, la ville de Daotzick firent des représentations qui ne furent pa» écoutées. . Le gouvernement polonais ne fit grâce qu'à) deux des condamnes. Il voulut même qu'une colonne élevée sur le Heu où s'étoit passé le désordre, rappelât sans cesse aux habitans de Thorn leur faute et la peine qui l'avoit suivie. On trouvera sans doute ces dispositions bien sévères, et nous le trouvons ainsi. Cependant I» nation polonaise parut partager sur ce point lavis du, tribunal. Les diètes qui suivirent virent cette affaire sous le même jour. .Les dissidens furent comprimes de plu» en plus. Déjà , par le traité de paix conclu à Varsovie le 3 septembre 1716, et -ratifié» le 3o janvier 1717* on.avoit stipulé un 4* article qui restreignons les privilèges de* grecs et des luthériens. Cet article reçut encore une nouvelle extension a la diète de convocation de 1733 , et' fc la diète de pacification de 17364

Le i5 avril, ouverture d'un concile a Rome, dans l'église de Saint-Jean de Latrao* Le Pape avait convo« qué ce concile quelques mois auparavant, et y avoit appelé les évêques dépendant- spécialement de la métropole de Rome , les archevêques sans suffragans < les évêques qui relèvent immédiatement du saint Siège , et les abbés qui , n'étant censés d'aucun diocèse , exercent dans les abbavtjs une juridiction qu^i-épigeopale. U fit tou?er-;

Armée 175^ 3a5

tare de rassemblée par un discours, ou il insista particulièrement sa r les motifs qui doivent porter Jes Papes et ies évéques a tenir fréquemment des synodes, et sur les avantages qui en résultent pour l'Église. Il se tint en tout sept sessions, les i5, 22 et 29 avril, et les 6, i3', 32 et in mal. La clôture eut lieu le 29. 'On fit plu*sieurs réglemens , dont les principaux concernent les de*voirs des évéques et des autres pasteurs, les instructions •h rétiennes , la résidence , les ordinations , la tenue des synodes , les bons exemples crue les pasteurs doivent à leurs peuples, la sanctification -des fêtes, et différentes antres matières de discipline ecclésiastique. Tous ces décrets attestent le xèle religieux du Pape , et ne renferment presque cfue les jnesures qu'il avoit prises lui-même dans les synodes qu'il tenoit fréquemment étant archevêque. A la t£te de ces décrets , le concile en mit deux principaux, dont' le premier ordonne aux évéques, bénéficier», prédicateurs et confesseurs, de faire la profession de foi de Pie IV. Le second est conçu en ces termes : « Comme pour maintenir et conserver dans son intrégrité et sa pureté la profession dé la foi catholique , il est très-nécessaire •pie tous les fidèles évitent avec le plus grand soin et détestent les erreurs qui , dans ces temps modernes , s'élèvent contre cette même foi , tous les évéques et pasteurs des âmes veilleront avec fa plus grande exactitude, comme parle passé , à ce que la constitution donnée par Clément Xf de sainte mémoire , constitution qui commence ainsi Unïgenitus , «t que nous reconnoissons comme une règle de notre foi , soit observée et exécutée par tous , de quelque grade et de quelque condition qu'ils soient , avec l'obéissance entière qui lui est due. S'ils apprennent donc que quelqu'un (soit qu'il soit de leur diocèse, ou de leur province, ou étranger) demeurant dans leur dio-. cèse , ne pense pas bien ou parle mal de cette constitution , qu'ils ne négligent pas de procéder et de sévir contre lui selon leur pouvoir et leur juridiction pastorale. Et lorsqu'ils croiront qu'il est besoin d'un remède plus efficace,, qu'ils dénoncent au Siège apostolique ces opiniâtres et

3 26 Jfnnée 1725.

ces rebelles à l'Église. Qu'ils aient même soin , de.rechercher exactement les livres faits contre cette constitution , ou qui soutiennent les fausses doctrines qu cite a condamnées , et qu'ils se les fassent remettre pour les déférer ensuite à nous et au saint Siège. » Ce décret si fort et si précis a donné lieu depuis h une chicane singulière, et que nous devons d'autant moins taire qu'on l'a répétée même dans des écrits récens. Ou a prétendu que le concile romain ne reconnut point la bulle comme rt'gle de Jbi i et que cette proposition incidente fut ajoutée aux actes après coup par M. Fini , archevêque de Damas et secrétaire. C'est doinmngt que les Ariens aient ignoré cette manière commode de se débarrasser des décrets d'un concile. Une pareille assertion devrait, pour être crue, être appuyée sur des preuves solides, et l'on ne cite au contraire que des ouï-dire ; on fait parler des gens morts qui ne peuvent plus donner le démenti. Mais comment supposer que les pères du concile n'eussent pas réclamé contre une altération si manifeste de leurs décrets? Comment Benoît XIII, dont les réfractai» es eux - mêmes ont loué la modération et la piété , auroit-il soufTêrt une pareille falsification ? Pourquoi le cardinal Fini , auquel on l'attribue, n'en au roi t- il pas été puni, du moins sous Clément XH, lorsqu'il fut arrêté et qu'on lui fît son procès ? Ses ennemis ne parlèrent point de cette imputation. L auraient- ils oubliée, si le fait eût été aussi vrai qu'on le prétend? Au reste on pourroit presque admettre cette supposition, toute étrange qu'elle est, sans que les appelons fussent fondés h en tirer avantage ; car ils n'attaquent que la partie du décret qui porte que la constitution Unigenitus est une règle de notre foi , et n'accusent point de faux le reste où il est parlé des erreurs -et des> fausses doctrines de ces opiniâtres et de ces rebelles, et où il est tant recommandé de faire rendre à la constitution l'obéissance entière qui lui est due. Ainsi.cn retranchant même la clause qui choque les opposons , il en resteroit encore assez pour faire voir combien !• Pape et le concile coudamnoicnt leurs erreurs et leur

Année 1735»

résistance. Bailleurs le parti n'avoit rien épargné pour ^ue les choses se passassent autrement dans ce concile. Il avoil députe' à Rome deux théologiens chargés d'aider les pères de leurs lumières. D'Éleraare et Jubé, connus toui les deux par d'importans services pour le soutien de cette •anse, firent exprès le voyage d'Italie, et s'efforcèrent d'inspirer leurs sentimens aux membres du concile. Mais on rendit peu de justice à leur mérite, et ils furent mime obligés de sortir de Rome. Noos avons dit que la clôture du concile se fit le 29 mai ; elle eut lieu avec les cérémonies d'usage. Les actes sont souscrits par le Pape et par trente-deux cardinaux, cinq archevêques, trente-huit évêques, trois abbés et deux secrétaires. Presque tous ces prélats étoient d'Italie, à la réserve de trois ou quatre cardinaux et de deux évéques. Outre ces quatre-vingt-un signataires , il y eut encore d'autres prélats qui assistèrent par procureurs, savoir : quatre cardinaux, vingt-six évéques, trois abbés et deux chapitres. Nous ne parlons point des officiers du concile, qui étoient en fort grand nombre. On y comptait quatre-vingt-deux théologiens ou canonistes , parmi lesquels étoit le prélat Lambert i ni , alors archevêque de Théodosie, et depuis Pape, sous lu nom de Benoît XIV.

— Le 10 août , Mandement de cardinal de Noailles sur un miracle opéré, dit-on, à la procession de la paroisse Sainte-Marguerite, à Paris, le 3i mat précédent. Cet événement fit dans le temps un grand éclat. Anne Charlier , femme du sieur La fosse , maître ébéniste à Paris , étoit affligée depuis près de vingt ans d'une perte de sang, qui, depuis sept ans sur- tout, étoit devenue si continuelle et si opiniâtre , que les tentatives qu'on avoit faites pour la guérir avoient été aussi inutiles que dangereuses. Depuis dix- huit mois son épuisement ne lui permettoit plus de marcher , même avec des béquilles, ni de soutenir la lumière , et les plus légers mouvemens la faisoient tomber en faiblesse. Son infirmité étoit de notoriété publique dans le faubourg Saint- Antoine , qu'elle kabitoit , et soixante témoins attestèrent aux informations

3a8 Année 1735.

ce que. nous "renons- de dire de son état. Quelques joui* avant la fête de- Saint-Sacrement, de Tan 172*, elle résolut de demander à Dieu sa guérison lorsque la prosession de sa paroisse passeroit devant sa porte. En effet elle sortit à ce moment , d'abord soutenue par deux personnes, puis seule, et suivit. le Saint-Sacremeut -jus-i qu'à l'église. En y entrant, elle sentit le sang s'arrêter, assista à la grand'messe, et revint chez elle, seule et sans appui , au grand étonnement de. tous ceux qui la connoissoient. L'étonnement du mart fut plus grand encore. Les parens, les voisins vinrent pour s'assurer de cette guérison extraordinaire. Deux protestans reconnurent le miracle comme certain. La dame Lafosse, se prêtant- à la curiosité publique , roarchoit devant ceux qui la venoient voir, et leur prou voit, par ses démarches et par tout son extérieur, le changement qui setoit opéré en elle. Son chirurgien s'assura de la vérité de sa guérison. Cet événement devint la matière de toutes les conversations. Tout le monde vouloit connoître M»« Lafosse. Des princes, des évéques, des seigneurs, des étrangers, des pro-. testans, la < visitèrent successivement. Elle refusa constamment tous les présens. Quoique peu riche, elle ne vouloit point qu'on pût lui reprocher d'avoir fait servir à sa fortune la laveur quelle croyoit avoir reçue du ciel. Le cardinal de Noailles ordonna une information , dont fut chargé l'abbé Dorsanne.. Cinq docteurs en médecine examinèrent la malade. On entendit des témoins , et on remplit les formalités usitées en pareil cas. Le 10 août, le cardinal publia un Mandement par lequel il déclaroit la guérison surnaturelle et miraculeuse , et ordonnoit une procession et un Te Dcum en actions de grâces. Le 16 décembre, la daine Lafosse fut présentée au roi , à la reine et au duc de Bourbon, alors premier ministre* Tels sont les faits que nous avons extraits tant du Mann dément que d'une relation qui y est jointe. Ces deux pièecs' sont très - détaillées. .Le cardinal envisage cette guérison nomme un témoignage solennel que Dieu avoil voulu rendre au dogme de la. présence réelle pour écki-

Jouée i^aS.* 3sg

Hep le» protestant , qui étaient en grand nombre dans le faubourg Saint-Antoine. Cette explication est plus plauf «îble que oelle.de quelques appelant , qui prétendoient que ee miracle étoit décisif eu leur faveur , parce que le clergé de Sainte* Marguerite étoit appelant. Ils s'en vantèrent dans plusieurs écrits, et cette jactance infirma, aux yeux <le plusieurs personnes , l'authenticité d'un prodige qui auroit sans doute trouvé plus de. créance sans les impostures notoires et les miracles ridicules que l'on multiplia si fort, quelques années après, au scandale de l'Église et a la bonté de ce même parti. »

— Le 3o septembre, Varlet sacre un second archevêque d'Utrecbt. Nous avons vu le schisme consommé en Hollande par la consécration de Steenboven ; mais sa mort prématurée ayant laissé sa place vaeante , on élut, le i5 mai, pour lui succéder, Corneille- Jean Barchman- Wuytiers, appelant, qui fut sacré par leveque 4e Ba«* bylone. Le Pape donna à cette occasion àeux brefs, le .premier pour déclarer l'élection nulle , et le second pour anathématiser et séparer de sa communion Barchman, ceux qui l'a voient élu et ses adhérons. Mais cette sen-r tence tomba sur des cœurs endurcis. Barchman y opr posa un acte d'appel signé de lui et de son chapitre,, et auquel souscrivirent peu après soixante - quatre autres prêtres. C'est tout ce qu'on put obtenir de signatures dans le pays. Une quarantaine de réfugiés français y joignirent les leurs ; car c'est à cette époque sur-tout que Je parti se renforça en Hollande d'ecclésiastiques errans, de religieux déserteurs ds leurs règles et de laïques pas» lionnes. Cette même année, vingt-six Chartreux s'y rendirent de Paris, pour éviter d'obéir à un décret de leur ordre, qui prescrirait de se soumettre à la constitution Unigcnitus. Excités sans doute par de pernicieux conseils, ils sortirent une nuit de leurs cellules, franchi-* rent les. murs de leur couvent avec les secours qu'on leur fournit du dehors , trouvèrent des habits et des chevaux tout prêts, et s'enfuirent déguisés. Des prêtres officieux et déguisés eux-mêmes guidaient leur» marche.

Qfie 9 Année 172*

Cétoient ce Jubé et ce Beultoiois , dont bous avons parlé.

On s'efforça même de pallier ce qu'une telle conduite avoit de choquant et de contraire à toutes les règles de leur état. Il para t des Apologies des Chartreux , et Ion voulut faire admirer la constance et la piété de ces moines édifians, qui sechappoient de leur couvent pour aller respirer l'air libre de la Hollande, ils eurent des imitateurs. Quinze religieux de l'abbaye d'Orval, au diocèse de Liège, s'enfuirent en habits d'officiers. Des martyrs d'une si belle cause méhtoient qu'on leur procurât on exil commode. Les jansénistes de France se cotisèrent en leur faveur, et leur achetèrent auprès d'Utrecht les maisons de Schoonaw et de Rhinwich , pour en faire le refuge de tous ceux que l'appât de la liberté entrain oit vers ce pays. L'église d'Utrecht devint un point de ralliement pour tous les ennemis du saint Siège ; et on mettok d'autant plus d'ardeur à la soutenir , qu'elle sembloit donner du relief à la cause par le nom d'un archevêque. On y envoya des contributions volontaires , des actes d'adhésion , et l'on serra davantage les noeuds de cette union , à mesure que l'on se détachoit plus volontiers du centre de l'unité. Le parti du chapitre d'Utrecht ne dissimuloit même plus ses sentimens. Interpelles par le gouvernement hollandais , ces prêtres répondirent sans façon qu'ils étoient jansénistes , comme» le marque Dor- Sanne, dans son Journal, tome II, page 4<3. U nom apprend, dans le même endroit, que ce parti travailla et réussit à empêcher les démarches que firent, auprès des états, les prêtres qui ne reconnoissoient pas le chapitre, pour obtenir qu'on leur permît «d'avoir un vicaire apostolique.

» — Le 27 octobre , Lettre et clôture de l'assemblée du clergé. Les cvêques voyoient avec beaucoup de douleur , depuis bien des années, les désordres de l'Église et le progrès des maux. Ils auroient désiré pouvoir se rénoir pour aviser en commun aux moyens d'y opposer une digue. Mais Je régent, loin de permettre ces réunions, n'avait pw même convoqué l'assemblée ordinaire du clergé

Armée t*}3% 33 1

rie 1720. li n'y en avoit point eu cette année là. Celle de 1723 n avoit pu suivre tous les mouvemens.de son zèle. Elle avoit seulement demandé avec instance, i° le rétablissement des. conciles provinciaux, comme lerejnède le plus efficace aux maux de l'Eglise; i° une déclaration qui assurât aux bulles Vincam et Umgenitus la qualité* de lois.de l'état , comme de l'Église; 3° une défense au parlement de recevoir les appels comme d'abus des réfractai res ; 4<» la cassation de quelques arrêts rendus dans ces derniers temps contre l'autorité de l'Église et des •veques. L'assemblé de 1726 réitéra les mêmes demandes. Cette assemblée fut très-orageuse, et se trouva divisée sur plusieurs points avec le ministère. Le premier étoit les immunités ecclésiastiques. Le clergé se plaignoit qu'elles fussent violées par uue déclaration du 5 juin précédent, qui assujettissoit ses biens, comme ceux de tout le royaume, à une imposition extraordinaire. De là des altercations entre rassemblée et M. le duc de Bourbon ,. alors ministre. Le second point étoit les affaires de l'Église. Les évoques n avoient pas cru qu'il leur fût permis de garder le silence sur cet article. La licence des appelans, l'insubordination de plusieurs ecclésiastiques, les outrages faits au caractère épiscopal, l'audace avec laquelle des gens en délire sembloient courir au schisme, les écarts de quelques tribunaux, et la protection qu'ils accord oient aux prêtres qui- aflichoieot la révolte, tous ces désordres réclamoient un remède. Déjà dans les assemblées des métropoles on s'étoit plaint de ces excès. La province de Narbonne sur-tout avoit senti plus que toute autre la nécessité d'un concile, et l'avoit demandé. Mais lorsqu'on voulut parler dans l'assemblée générale et decette affaire et des autres besoins de l'Église , on fut arrêté par des ordres supérieurs. Il fut fait cependant, le 2 octobre , par une commission chargée spécialement de la doctrine , un rapport sur MM. Colbert et de Lorraine f évéques de Montpellier et de Bayeux. On déduisit plusieurs griefs contre ces deux prélats , et rassemblée arrêta dé demander au roi la permission de tenir les conciles de

Année

Narbonne et de Rouen; EUe désiroit foire quelque chosé de plus , et pouvoir s'élever contre tant d'erreurs et d'écrits^ Mais elle soccupoit de condamner quelques libelles et de censurer quelques propositions , lorsqu'elle reçut ordre , le 27 octobre , de terminer ce jour-là ses séances. Cette nouvelle excita beaucoup de plaintes. Les évéques trou voient étrange qn'on leur fermât la bouche , tandis que l'impunité étmt assurée a leurs adversaires. Ils arrêtèrent d'écrire au roi pour lut foire leurs représentations. Dans^ette lettre ils reconnoissoient la constitution Unigenitus pour une loi irréfragable de l'Eglise et de l'état, et ils annonçaient qu'ils la feraient observer par leurs ecclésiastiques. L'assemblée se sépara ensuite, après une séance extrêmement longue, et avec la douleur de n'avoir pu apporter des remèdes proportionnés aux maux de l'Eglise. Sa lettre déplut à M. le duc, déjà choqué de n'avoir rien obtenu sur le cinquantième ; et le mécontentement de ce prince éclata de la manière la plus marquée* Il envoya le lendemain un secrétaire d'état, tpri se fit ouvrir d'autorité les archives du clergé, emporta l'original de la lettre , et ratura tout le procès-verbal de la séance du V). Cette voie de feit réjouit les ennemis de l'Église, qui eurent de plus le plaisir de voir le parlement s'élever contre la lettre de l'assemblée. Le ro jan* ' vier suivant, M. Gilbert de Voisins, avocat-général , e» demauda la suppression par un réquisitoire, oh il s'écarta des vrais principes sur l'autorité des évoques et sur celle de la constitution. Son plaidoyer eut des suites dont nous parlerons*

— - Le a8 octobre, concile d'Avignon. M. dcGonteri* archevêque de cette ville, l'avoit convoqué, à l'exemple et sur les ordres de Benoit XIII , qui auroit désir** que le concile qu'il venOit de tenir à Rome eût encouragé à ouvrir de pareilles assemblées dans toutes les métropoles. 11 y eut, à ce qu'il paroît , une conférence préliminaire des évéques de la province d'Avignon , dans le monastère de Saint-Martial de Gentiljno, et on y prépara, sans doute , les matières qui dévoient foire l'objet du concile-

Année 172^, 383

% s'ouvrit , au jour indiqué , dans 1'éghse ro&ropolitainé d'Avignon. Les décrets eu ont été publiés, et roulent sur les devoir* des pasteurs , sur l'observance des fêtes , sur 1 administration des sacremens, et sur des objets de discipline ecclésiastique. On y condamne quelques abus, çt l'on y prend des mesures pour les prévenir. Il y a , comme dans le concile romain, un chapitre particulier pour prescrire L'adhésion ù la bulle de Clément XI, contre le livre des Réflexions morales. Il y a aussi des ré— glemens pour maintenir la pureté de la foi, pour proscrire le* mauvais livres , et pour préserver les fidèles de la séduction des hétérodoxes. Les décrets sont rendus au nom de l'archevêque métropolitain , et sont signés en outre des trois éveques ses suffragans, les éveques de Carpentras , de Cavaîllon et de Vaison; 11 s'y trouva en outre vingt-trois prêtres et théologiens, presque tons Français; et comme les trois évéques étoient aussi Français, ce concile peut être regardé comme appartenant à l'église gallicane. La clôture s'en fit le itr novembre* Benoît XII i en approuva les actes par son bref du a5 lévrier 1728.

■ i ■ — Le 4 décembre , décret rendu h Rome contre XAdeisulémon , de Toland. Jean Xoland , Irlandais , est auteur lie plusieurs écrits ^pluS violens que dangereux contre la religion. Le premier, et le plus fameux, est le Chris-*lia nia me sans mystères publié sur la fin du siècle précédent, dont le but est de montrer qu'il n'y a rien dans ^Evangile qui soit au-dessus de la raison, et que sa doctrine bien entendue ne renferme point de mystères^ Ce livre excita un orage cdhtre Toland ; il quitta Londres et se retira à Dublin. Le parlement d'Irlande condamna son livre, et ordonna des poursuites contre lui. Il repassa donc en Angleterre, ou son Christianisme sans mystères avoit été dénoncé an grand-juge de Middlesex. La convocation du clergé de la province dé Cantorbéri 6'occupa aussi de cette , atfàire. Mats une dispute entre les. deux chambres, et un conflit de juridiction, sauvéjeni Totoui une censure qu'il ne méritoit quê trop*

334 Jlnnée 1735.

Il continua d'écrire impunément. En 1704 , il donna les Lettre* à Serena , où il ébranle les grandes vérités morales et la théologie naturelle. En 1709 parurent tAd&sidémon et les Origines judaïques. Ce sont deux dissertations , dont la première a pour but de rendre la superstition odieuse. Or, Toland , ainsi que les autres déistes, sous le mot <le superstition , entend toujours la religion. Il y prend aussi la défense de l'athéisme. Dans les O/igines judaïques y il attaque le Pentateuque, et a la prétention de faire voir que Moïse avoit à peu près les mémos idées que Spinosa sur la divinité. En 1718, parut une autre dissertation , intitulée Le Nazaréen, ou le Christianisme judaïque, païen et makome'tan. Toland y expliquoit le plan du christianisme par le système des Nazaréens , qui vouloient allier l'observance de la loi mosaïque avec celle de la loi de Jésus-Christ. Cet ouvrage , informe et diffus, rut suivi d'un antre sous ce titre : La destinée de Rome , oh il prophétisoit la chute de l'Église romaine. H étoit alors dans l'indigence, dit Dcstnaiseaux, et voilà ce qui lui fit perdre son temps sur ce sujet. Le Pantkeïslicon , ou formule pour une société socratique , est le. comble du délire. Ce livre, fondé sur les principes de Jordan Brun , est tout én laveur du panthéisme. La forme en est d'ailleurs aussi ridicule due le fond en est absurde. Ce sont des répons , des. leçons, des antiennes, des litanies, le tout en dérision de la liturgie des communions chrétiennes. La lecture. en est fastidieuse. Toland sentit apparemment lui-même combien il pretoit le flanc par cette composition indigeste et bizarre. Car il la fit imprimer secrètement, sans son nom , et à un petit nombre d'exemplaires. Dans le même temps, il adressoit h l'évéqne de Londres une profession de foi conforme à la doctrine des protestans , donnant ainsi, dans ce siècle, le premier exemple d'une conduite indigne de la franchise et de «la loyauté d'un honnête homme , et répréhensible aux yeux du monde môme. Le Tetradymus , ou les quatre dissertations , sont les derniers de ses écrits* Elles sont toutes dirigées centre 4ivan

Année, 335*

points de l'histoire et de la doctrine do la religion. Dans Tune, Toland établit qu'il faut avoir une double doctrine, lune publique et avouée, l'autre secrète; Tune pour le vulgaire, l'autre pour les initiés. Suivre dans la pratique. . une telle théorie, c'est hypocrisie; mais la professer, /s'est impudence. Toland a été imité sur l'un et l'autre point. Presque tous ses ouvrages 00 1 essuyé des réfuta*' lions , dont peut-être ils o'ét oient pas dignes ; mais qui >att estent au moins le zèle et les talens du clergé anglican. Synge , Brown , Beverley , Norris , Payne , écrivirent «outre le Christianisme sans mystères* Deux ministres., protestons en Hollande , la Faye et Beuoit , répondirent à Y A déi suit mon et aux Origines judaïques. Le savant Huet , évêque d'Avranches , prouva , contre cette dernière dissertation , que c'étoit une extravagance de prétendre que Moïse et Spinosa avoient en à peu près les jnéraes idées sur la divinité. Hure , Mangcy , Paterson, rendirent palpables les absurdités du Nazaréen. Lcland, dans son Examen des déistes anglais , daigne à peine consacrer quelques pages à Toland , qu'il regarde comme, an écrivain ignorant, comme un ci tateur infidèle, comme un homme sans équité et sans bonne foi. Fréret ne faisoit pas plus de cas de ce déiste. « Toland , dit-il , que u Tindéceuce avec laquelle il attaquoit la religion à rendu, u célèbre , n'avoit que de la hardiesse avec une médiocre u érudition, sans aucune justesse d'esprit et sans aucune « critique. » 11 ajoute que « tous ces* libres- penseurs f « du nombre desquels étoit Toland , ne sont, pour l'ory dinaire , ni meilleurs raisonneurs , ni même de meil-, « leure foi que les partisans de la crédulité superstitieuse, « et que les défenseurs des fausses légendes. » Voyez les Observations sur le mot Dunum , par Fréret » danfc les Mémoires dë l'Académie des belles-lettres.

Le i5 avril, arrél du parlement de Paris supprimant deux écrits en laveur des Chartreux réfugies en Hollande^

336 Année .1736.

et deux Lettres de M. Colbcrt , évcque de Montpellier, Le parlement avoit perdu l'habitude de sévir contre de semblables écrits , et cette démarche fur fit d'autant plus d'honneur, que l'on n'igooroit pas les dispositions de plusieurs de ses membres. L'arrêt du 10 janvier, et surtout le réquisitoire de l'avocat-général , avoient excité beaucoup de plaintes. On avoit réclamé contre quelques maximes de ce magistrat , et il avoit été présenté au roi un Mémoire pour les réfuter. Le prince eut égard à ces observations , et le parlement se montra disposé à âccorder quelque satisfaction. Ce n'étoit pas encore le temps où une funeste roideur empéehoit de revenir sur une démarche trop peu réfléchie. Le 1 5 avril , M. Gilbert déféra les quatre éorits indiqués. 11 commença par mettre en avant des principes diflerens de ceux qui lui ét oient échappes trois mois auparavant. Il reconnut le droit qu'ont les évéques de juger en matière de doctrine , et de s'assurer de la pureté des senti mens de ceux qu'ils appclent au ministère. En parlant des écrits de M. Col* bert , il dit que les gens du roi ne pouvaient passer sous silence ce qui portoit atteinte aux lois que la piété dm prince avoit accordées aux voeux des évéques , et dont le maintien , confié aux magistrats 3 intéressoit le repor de l'Eglise et celui de l'état. Dans la première Lettre pastorale, dit-il , on oublie ce que l'autorité royale *■ fait de plus solennel, soit au sujet du Formulaire établi pour bannir jusqu'aux soupçons de l'hérésié, et appuyé sur des bulles autorisées par des déclarations registrées en la cour, soit sur la constitution Unigenitus. À ce sujet l'avocat- général fit l'éloge de la déclaration du 4 âout 17 '26 , si religieuse dans ses expressions , si re-> marquable par les sages précautions qu'on y a prise* contre tout excès y et qui veut que la constitution sort observée dans tout le royaume aussi bien que les lettres patentes de 171/}. Ici cependant, ajoute-t-il , on s'élève contre la constitution , et il semble qu'on se fasse un devoir de la combattra. On applaudit, dans cette vue , jusqu'aux, écrits les plus outrés , qui sont moi**

une

Armée 1726. $3f

çne apologie du scandale qu'a cause la fuite de quel-, ques religieux , qu'une déclamation contre la constitution. Le magistrat ne s'élève pas» avec moins de force çontre les autres écrits , et l'arrêt fut conforme à ses conclusions. Quelques mois après , le parlement de Paris donna un nouvel exemple de sagesse en condamnant .an &U un ouvrage fanatique , intitule* : Parallèle de la doctrine des païens avec celle des Jésuites et de la> constitution Unigenitus. S'il eut suivi constamment cette marche , il eût prévenu bien des troubles»

— Le 7 août , Benoît XIII déclare bienheureuse Hyacinthe Marescotti , du tiers-ordre de saint Français.

-! — Le 2 1 août, Instruction de M. Soanen, évêque de Séuet. Ce prélat étoit un des quatre premiers appelans , et il avoit renouvelé son appel en 1 719 et en 1720. Il avoit donné les ordres sacres à des Hollandais réfractaires f et approuvé l'élection schismatique de Steenhoven et de Barchman. Cette année, il se signala par un écrit, dont ij paraît pourtant qu'il n'étoit pas l'auteur. On lui avoit donné , comme aux autres prélats appelans , un théologien chargé de le guider ; et l'Instruction est attribuée à un abbé Cadry. On y déclamoit contre les évéqùes, contre ceux qui se donnent pour maîtres en Israël , et qui égarent les autres. Clément XI et ses deux succès^ seurs y étoient peu ménagés : la conduite du roi y étoit peinte sous des couleurs odieuses : le formulaire étoit représenté comme un tyrannie; et révêque,en gémissant de lavoir signé , faisoit des vœux pour voir cesser ce qu'il appeloit une exaction* Il prenoit , comme de rai-^ son , la défense de M. Colbert , à qui il prodiguoit des éloges , que celui-ci rendait à son tour. Il finissoit par exhorter ses diocésains à persévérer , après sa mort , dans les sentimens qu'il leur avoit inspires , et à ne se laisser abattre ni par la multitude des ennemis de la vérité, ni par le petit nombre de ceux qui se déclarent pour elle* L'ouvrage entier étoit un plaidoyer pour les Réflexions morales et pour les appelans. Ceux-ci étoient les seu/s défenseurs de la vérité, tandis que le Pape et les éyf*

Page 1