‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le 18e siècleChapitre 31 sur 50 · Année tj · texte numérisé non relu

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qui les r«fusa. Il s'efforça aussi d'inspirer ses sentiment aux catholiques Anglais ; mais ces fidèles enfens de l'Église , d'autant plus fermer dans leur foi, qu'ils voient dans la multitude des sectes qui les environnent une preuve du danger que Ton court en s'éloignant du centre de ï unité , repoussèrent les insinuations du docteur, et ne se laissèrent pas séduire davantage , quelques années après , par les efforts que l'on fit pour les attirer au parti. DÉtemare et le Gros vinrent en Angleterre, en 1729 , pour y propager les mêmes principes qui avoient si bien fructifié en Hollande ; ils ne trouvèrent que des pasteurs et des fidèles , marchant avec simplicité dans la voie de la soumission. Pour en revenir à le Courrayer , il publia, en 1729, une Relation historique et apologétique de ses senti niens et de sa conduite,, avec des pièces justificatives. Il y trace un portrait affreux de tous ses adversaires, sans exception. Il fait uue sortie plus vive encore contre les Jésuites, qui, dit-il, mettaient le f ai aux quatre coins de la France pour faire passer en règle de foi la pièce du monde la plus contraire aux lois de V équité , aux règles de la morale , et à l'esprit de l'Évangile» Par où l'on voit que le Courrayer avoit porté en Angleterre le même esprit d'opposition contre la bulle. 11 se plaint qH on ait procède contre lui , comme contre le P. Quesnel. Il prétend avoir toujours supposé, dans son livre, le dogme de la présence réelle. Enfin il montra, dans toute cette Relation, l'amour- propre de l'auteur le plus irascible. En i;33, il alla à Oxford, assista à un acte publie à l'université, et y prononça un discours. En 1736, il publia une traduction de V Histoire du concile de Trente , de Fra-Paolo > avec des notes parfaitement assorties au génie de fauteur vénitien. Ces deux hommes se ressemblaient probablement sous plus «l'un rapport. Fra-Paolo, calviniste sous l'habit de moine, dit Bossuet, censeur éternel de toutes les opératious du concile de Trente , ardent ennemi des Papes , étoit digne de servir de modèle à un Génofévaiu appelait , déserteur de sa règle et même de sa. foi, et

plein de rappris pour les premiers pasteurs. La Biographie britannique nous apprend qu'à Londres, le Courra ver assistait à la messe ; mais que , lorsqu'il se trouvoit à la campagne, il ne faisoit aucune difficulté daller à l'office suivant le rit anglican , et qufil disoit qu'il voyoit avec plaisir les rits et les cérémonies de cette église. Il paroissoit quelquefois avec l'habit laïque , et même avec répee au coté. Car il ne convenoit pas qu'il fut plus attaché à son costume quà tout le reste. 11 mourut à Londres , dans un âge très-avancé , et fat enterré dans le cloître de Westminster, comme il avoit désiré. Un chapelain anglican fit k cérémonie. Par son testament , daté du 3 février 1774, le Courrayer dit qu'il meurt « membre « de l'Église catholique , mais sans approuver plusieurs <t opinions et superstitions qui ont été introduites dans « l'Eglise romaine , qu'on enseigne dans les écoles et dans « les se'minaires , et qu'on présente comme des articles de n foi, quoiqu'elles lui paraissent non seulement desti-- « tuées de preuves , mais encore tout-à-fait invraisem-» « blables. m 11 s'exprime d'une manière bien plus précise encore dans un écrit intitulé : Déclaration de mes derniers sentiment sur Us diffère ns dogmes de la religion. Il l'avoit composée , en 1767 , et la remit, dit-on , entre les mains de la princesse Amélie d'Angleterre , qui avoit beaucoup de bienveillance pour lui , et qui laissa cette pièce au docteur Bell , son chapelain , et ami de le Courrayer. Bell la fit imprimer en 1787 , et elle a été insei'ée en entier dans la Biographie britannique- d'Aikin, tome IV, pages 3 1 1 et suivantes. Dans cet écrit, le Cour- Tayer après avoir dit qu'il y a un Dieu , et qu'il n'y en a qu'un seul , ajoute que , « de toutes les manières d cx- « poser le dogme de la Trinité, il n'en connoît point de « plus contraire à la véritable doctrine du christianisme « que celle qui suppose dans la divinité l'existence de « trois natures ou substances distinctes, ou collatérales « ou subordonnées. Cest-là, dans son opinion, rétablir « le polythéisme. L'unité de Dieu est le fondement de a l'Évangile, el tout ce qui peut blesser cette vérité est

« dangereux,— Je crois donc, , dît le Courrayer , qu'il « n'y a qu'un Dieu , que son Esprit n'est point une su b- « stancc distincte Je lui , et que Jésus-Christ , auquel la « divinité était intimement unie, étoit son Fils en vertu u de cette union* C'est là toute la Trinité que je trouve jt dans l'Evangile ', et je ne puis concevoir que toute aum tre s'accoi*de avec l'Unité de Dieu.... L'incarnation n'a « rien de plus contraire à l'unité de Dieu que la Trinité, « 11 est remarquable que Jésus-Christ et les apôtres n'ont « jamais représenté ces mystères comme renfermant des « choses incompréhensibles...* Dieu a rempli Jésus-Christ « de sa sagesse, l'a investi de son pouvoir, lui a com- « muniqué son autorité , lui a donné son esprit , l'a uni « si intimement avec lui , que . Jesus-Christ pavoît sous « la forme de Dieu, qu'il est fait Seigneur et Christ, « Prince et Sauveur ; que toute la plénitude de la divi- « ntté réside corporel lement en lui. Ce n'est pas tant la « personne de Jésus-Christ que sa doctrine • qui est 1 objet « de l'Evangile. » Ici le Cou ira ver s'élève contre ceux qui ont ajoute à V Evangile , et qui ont inventé de nouveaux mystères. Il blâme le concile de Treute d'avoir prétendu distinguer les Livres canoniques de ceux qui ne le sont pas. Ce concile « n a voit pas de lumières pour « faire ce discernement , et il n'est pas nécessaire de croire « les Livres saints inspirés, pour ajouter foi à ce qu'ils « renferment. Les prophètes, au plus, ont eu cette in- « spiration ; mats les historiens rapportent simplement s ce qu'ils ont vu et entendu. L'Église n'est point in- « faillible. Le baptême des enfaos nest point nécessaire* « Cette coutume a donné lieu à l'idée du péché originel , « que la saine raison ne sa 11 roi t admettre» Croire que le « baptême peut nous sanctifier sans y apporter des dis- « positions, c'est être juif sous le nom de chrétien. » Le Courrayer combat également la présence réelle. Aiusi ses ennemis n'avoient pas si grand tort, d'avoir, dit qu'il n'y «royoitpas; et il en iraposoit quand, dans sa Relation, il proteste à cet égard de la pureté de sa foi. 1J n'est pas plus favorable à la transsubstantiatioa , à la çonjes-

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&ion , ù l'usage de la langue latine dans les prières. C'està-dire que le Courrayer, dans cet écrit , professe franchement le socinianisme. C'est là qu'il en étoit venu. D'appelant il devint anglican , et d'anglican socinien , ou plutôt il paraît qu'appelant il passa directement et immédiatement au socinianisme. Tel est le résultat triste, mais clair, de l'esprit quil avoit puisé dans l'école dont il éloit sorti. La défection de le Courrayer fait sentir la nécessité de s'attacher à l'autorité , et de réprimer la témérité dans l'examen et I ndocilité dans la conduite % qui ont toujours fait le caractère des novateurs.

— Le 20 septembre, sentence du concile d'Embrun contre M. Soanen , évéque de Sénés. On a vu les justes plaintes qu'avoit fait naître la conduite de ce prélat. ■M. de Tencin, archevêque d'Embrun, et son métropolitain , demanda au roi la permtsflbn de tenir son concile provincial : elle lui fut accordée , et il le convoqua pour le 16 août de cette année. Sitôt que la nouvelle en fut répandue, elle mit tout en mouvement dans le parti attaché à l'évéque; Boursier, qui en étoit lame, fit surle-champ , en faveur du prélat menacé , un Mémoire que vingt avocats de Paris eurent la complaisance de signer , comme si cette affaire pouvoit les regarder. On délibéra si M. Soanen devait aller au concile. Les uns vouloient <ju'il s'en abstînt ; mais d'autres jugèrent que ee seroit donner un air défavorable à sa cause, et lui-même fut d'avis de s'y rendre. L'ouverture du concile se fit au jour indiqué. Il étoit composé de l'archevêque d'Embrun, des évêques de Sénez, de Vence> de Glandève et de Grasse» ( celui de Digne n'ayant pu y aller à cause de la •maladie dont il mourut peu après ) , du député de ce pré- Jat , de l'abbé de Boscodon et de trente-trois prêtres , .tant séculiers que réguliers. Le 17 , on tint la première session ; le 18, les évêques firent tous, dans une congrégation générale, à l'exception de M. de Séne», le serment ordinaire de ne rien révéler au désavantage îles membres du concile. Le même jour, l'abbé d'Hugues , grand- vicaire et chanoine d'Embrun , dénonça , en qua-

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, lité de promoteur , l'Instruction donnée par M. Soanen , lé 28 août de Vannée précédente. Il requit que ce prélat eût h la désavouer. Celui-ci répondit au contraire qu'if la eeconnoissoit , que c'étoit lui qui l'a voit publiée , et qu'il en adoptait les maximes. Aussitôt il lut un acte qui lui avoit été envoyé de Paris par Boursier, et qu'il avoit fait recevoir par un notaire. 11 y protestait contre tout ce que le concile feroit contre lui , prétendant que cette assemblée était incompétente pour le juger. 11 fond oit principalement cette prétention sur son appel, comme ai un acte déclaré nul et schématique par le Pape et les évoques pouvoit mettre à l'abri ceux qui l'avoient souscrit. Une pareille maxime se roi t sans doute très-commode pour les novateurs, que l'on ne pourrait plus poursuivre, dos qu'ils se seroient avisés d'en appeler à un concile général , qu'ils savent bien ne pai se tenir aisément. Aussi le concile d'Embrun décida que l'acte de M. Soanen était de nul effet, et que c'étoit sans raison qu'on Ini disputait sa compétence. L'accusé prit une autre tournure : il récusa tous les évéques ses comprovinciaux , sous diflerens prétextes, accusa entrautres l'archevêque d* être fjmoniaque. M. de Tenéin l'ayant invité à fournir le» preuves de cette récrimination , ne put l'obtenir , et mit sons les yeux du concile les pièces d'un procès qu'il avoit eu précédemment pour un bénéfice, pièces qui prou voient la fausseté de l'imputation , et dont M. Soanen ne voulut pas entendre la lecture. Il sortit du concile pour n'y plus assister. Cette séance finit par l'admission des théologiens, qui furent présentés. On n'en excepta que deux, amenés par M. Soanen. Ils ne furent point reçus, parce qu'ils n'appartenoient point au diocèse de Sénez , que personne ne les connoissott , qu'ils varioient même sur leurs non»; et qu'ils refusèrent de montrer leurs lettres de prétrisé. C'étaient en effet deux diacres, que Boursier avoit lait partir en poste de Paris, pour soutenir l accusé contre la crainte des censures. On a sn depuis leurs noms; Us sappeloient Bourrey et Boullenojs.- U est a cFoire que «aas ta renfort le malheureux évéque aurait prévenu , par

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sa soumission , la sentence du concile» I) parut , diton , ébranlé plusieurs fois; mais la honte île reculer-, les applaudissemens du parti , et de pernicieux conseils l'endura cirent pour toujours. Outre les deux diacres qui ne le quittoient pas, d'autres émissaires ven oient de temps en temps l'encourager par dss éloges perfides. Boursier lui envoyoit de Paris des écrits tout dressés pour sa défense. On répandit une lettre adresse'e a cet évéque , et signée d environ cent vingt religieux et ecclésiastiques de diflerens- diocèses , qui s unissoient à lui et adhéraient h sa cause. C'étoit une espèce de bataillon , que Ton vouloit opposer au jugement du concile. Celui-ci continuoit ses opérations. Pour donner plus de solennité a ses décisions 4 il arrêta de convoquer les évêques des provinces voisines de Vienne, cTAix, d'Arles, de Lyon et de Besancon. Ou signifia cette convocation à, M. de Sénez . et on lui demanda s'il avoit quelque motif de récusation contre les prélats appelés i il n'en allégua aucun. En attendant l'arrivée de ces évêques , on s'occupa de diûerens décréta de discipline, et on reçut deux nouvelles protestation» de l'accusé , auprès duquel Al. de Tencin et les autres firent d'inutiles tentatives pour le ramener. Les pivJats convoqués arrivèrent successivement, et se trouvèrent réunis à Embrun, le 8 septembre, à l'exception de trois* qui s'excusèrent de leurs infirmités. On rendit compte à ceux qui étoient présens, de ce que le concile avoit fait jusque-là. Le ro et le 1 1 , on cita trois fois M. Soanen à comparaître pour répondre aux interrogations qui lui seroient faites. Il vint, en effet, le soir de ce dernier jour, et se présenta à la porte du concile avec -deux sergens, qu'il voulut faire entrer avec lui. Sa demande fut refusée comme insolite et déplacée. 11 entra donc seul \ en habit noir, prit place au bout du bureau, et lut un acte signé de lui^t de févêque de Montpellier. Boursier,

car c'étoit toujours lui qui rédi^eoit ces* sortes d'écrits (1) < , —

(1) fojez dans Morëri à son article. L'éditeur de ce Dtction» Hairt , lié «rec lej appelans , et très- nul ruit de ce qui le* regarde , fiait Boursier auleor de cet acte et de beaucoup d'autre* •

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y avoit répété toutes les objections de ses devanciers cou-»' tre le formulaire et les bulles. Après avoir lu cet écrit, féveque se retira sans vouloir répondre aux interrogations. Le lendemain , il fit encore signifier trois actes. 11 recusoit également ses cora provinciaux et les évéque* voisins. On résolut de passer outre , vu que tous ces detours tendoient manifestement à empêcher un jugement que le concile étoit en droit de porter. On fit à l'accusé les monitions canoniques sans aucun succès. Les exhortations amicales n'en eurent pas davantage. Enfin , le 20 septembre , après que le promoteur eut donné ses cort* clusions, et que levêque de Grasse eut fait son rapport, l'Instruction pastorale, du 38 aont 1716, fut condamnée <•. comme téméraire , scandaleuse, séditieuse, injuriense « à l'Église , aux éveques et à l'autorité royale , schisma- « tique , pleine d'erreurs et d'un esprit hérétique , et fb- « mentant des hérésies. « II* fut ordonné que M. Soanen demeureroit suspens de tout pouvoir et juridiction épiscopale , et de l'exercice des fonctions de l'ordre episcopal et sacerdotal. L'abbé de Saléon fit nommé grandvicaire et administrateur du diocèse de Sénex , et chargé d'y faire respecter les lois de l'Église. Cette sentence fut confirmée le lendemain par tous les éveques , qui approuvèrent aussi les décrets déjà portés, pour l'observation des constitutions apostoliques. Ces décrets , au nombre de cinq, rouloient sur l'autorité <de la bulle Unigenitus , sur le crime des opposans , sur la nullité de l'appel , sur l'in- •uffis m<e du silence respectueux , sur le soin de n'admette aux ordres , au ministère ou aux bénéfices que ceux qui se seroient soumis aux bulles : ils furent approuves des seize éveques. On signifia à M. Soanen son jugement. Le 26 septembre, le concile censura les deux ouvrages de le Courrayer, et deux jours après il tint sa cinquième et dernière cession. Telles furent les opérations de cette ^«semblée , si indignement calomniée par les partisans de l'appel. On lança des libelles, où M. Soanen étoit représenté comme un saint injustement persécuté, et ses juges èomme des hommes vendus à l'iniquité» M. de ïencin;

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snr-tout, fut abreuvé d'outrages, et éprouva que Ton n'attaque point impunément des gens, à qui toutes les armes sont bonnes pour perdre leurs adversaires. 11 trouva heureusement quelque consolation dans l'approbation du Pape , de ses collègues et du Rot même. Benoît XIII lui écrivit pour louer son zèle , et confirma , par un bref du 17 décembre, les décisions et les jugeraens du concile. Une assemblée de trente-un évéques en prit la défense contre les attaques des ennemis de l'ordre , et le roi écrivit à M. de Tencin pour approuver sa conduite, et lui permettre de taire publier les actes de son concile. De plus , il en appuya les décrets de son autorité. M. Soanen fut exilé à l'abbaye de la Chaise-Dieu , en Auvergne. 11 tenta quelque temps de lutter contre les deux autorités qui la voient frappé , et de soulever son cfïocèdt en sa faveur. ït opposa à M. de Saléon un ecclésiastique nommé La porte, qui, caché à Castellane , publioit des instructions , des lettres et même des monitoires contre le concile et contre l'administrateur : mais cette lutte scandaleuse dura peu. Les deux puissances se réunirent pour la faire cesser. Benoît XIII condamna les écrits de cet émissaire , qui fut excommunié à Castellane, et arrêté ensuite , comme il parcourait les provinces méridionales. Bientôt le calme revint dans le diocèse de Sénez. Le chapitre de la cathédrale révoqua? son appel. Les religieuses de la Visitation de Castellane 9 qui avoient fait retentir tout le royaume de leurs plaintes ou plutôt de celles qu'on leur dictoit , après avoir persévéré quelque temps dans leur résistance, se soumirent presque toutes , lorsqu'on les eut séparées et placées dans diiférentes communautés ; et trois administrateurs , nommes successivement pour conduire le diocèse de Sénez , achevèrent , par leur zèle et leurs exemples , d'y rétablir for-» dre et la subordination.

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