‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le 18e siècleChapitre 32 sur 50 · DE L'IMPRIMERIE DE FELIX DE PACHTERÎ · texte numérisé non relu

DE L'IMPRIMERIE DE FELIX DE PACHTERÎ

il 1 1 i II

LE DIX-HUITIÈME SIÈCLE

Le 4 niai, Lettre de trente -un évoques au roi en! faveur du concile d'Embrun. Nous avons dit plus haut qu'on avoit publié beaucoup d'écrits pour rendre ce concile odieux ou ridicule. La plus fameuse de ces productions , fut une Consultation , signée, le 3o octobre 1717, par cinquante avocats de Paris. Le nombre et la réputation de ces juriconsultes, sembloient donner du poids à ce Mémoire, où l'évéque de Sénez étoit présenté comme parfaitement innocent. On y disait que son acte de récusation devoit arrêter tout court le concile : ce qui De laisse pas d'être commode pour les novateurs. Des jurisconsultes dévoient , moins que tout autre , soutenir que la récusation d'un accusé empêche ses juges naturels de procéder contre lui. On y répétoit, contre M. de Tencin , de vaines allégations , que M. Soanen n'avoit pu prouver. L'histoire de la paix de Clément IX y étoit 4é6guree. Le formulaire , la constitution t raççeptetion qui

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en avoit été faite, le pouvoir des évcques , 1 autorité de leurs jugeraens , toutes ces matières étoient traitées avec légèreté et décidées avec hardiesse. On auroit pu demander de quel droit les avocats jugeoient dans une affaire purement ecclésiastique, et jugeoient un concile. Quel rang eccu noient- ils donc dans l'Eglise pour s'immiscer dans son gouvernement, et s'y ériger en arbitres? Mais ces jurisconsultes n étoient point arrêtés par ces objections ; et c'est à cette époque que commença cette lutte de quelques légistes téméraires contre l'autorité de l'Eglise. Nous les verrons se signaler en plusieurs rencontres , et professer la plus vive opposition aux lois ecclésiastiques. Leur plume étoit toujours prête h servir le parti , soit qu'il fallût défendre des réfractaires , soutenir de faux miracles, ou même canoniser les convulsions (1). Pour en revenir à la Consultation des cinquante, le roi, informé de l'éclat que faisoit cet écrit, que l'on répandoit avec profusion, et que l'on prônoit avec enthousiasme , chargea le cardinal de Rohan d'assembler chez lui lesévéques qui te trouvoient à Paris , afin d'examiner le Mémoire et d'en dire leur avis. Ces prélats se réunirent donc, et après un moi* de conférences , ils dressèrent une Lettre au roi , dans laquelle ils exposoient ce qu'il falloit penser de la nouvelle production. Ils s'exprimoient avec modération sur le compte des signataires du Mémoire, et ne paroissoient pas leur imputer tous les excès de la Consultation* qu'ils supposoient être l'ouvrage de quelques théologiens égarés. Mais ils montroient en détail que cette pièce donnoit de l'Église l'idée la plus fausse; quelle anéantissoit l'autorité du corps des pasteurs et la force de leurs jumens ; quelle représentoit le concile général comme nécessaire et indispensable, mais emptché par la seule politique des papes; qu'elle traitoit les censures, dites/*

(1) Il est inutile de dire qu'en racontant les écarts de quelque* particuliers , nous ne prétendons pas les faire retomber sur tout le corps , i jui a toujours compté dans sou sein des homme» au*4 distingués par leur lagcsse que p«r leurs Ukuo.

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globo , de sources de disputes , de jugemens de ténèbres % de joug honteux ; qu'elle traçoit le portrait le plus affreux de la bulle Unigcnitus; qu elle autorisât J'appel condamne même par le souverain; enfin qu'elle étoit pleine de mé-^ prises et de faussetés sur le formulaire, sur la paix de Clément IX, sur la bulle Vineam , et notamment sur le, concile d'Embrun, dont elle insultoit les membres avec une partialité révoltante. L'esprit de critique > disoient les prélats en finissant, devient l'esprit dominant. Combien de personnes s'érigent en juges de ce qu'elles n'entendent pas ? Il y a un parti ouvertement révolté contre ï Eglise* Il s*accrédite chaque jour , il acquiert de nouveaux sectateurs ; il reçoit avec avidité, il répand avec profusion , il vante aveo excès les libelles sans nombre, qui se font pour [autoriser y et il ne néglige rien pour appuyer ses erreurs et sa désobéissance. Cette Lettre étoit signée de trois cardinaux , de cinq archevêques, de dix-huit évêques et.de cinq ecclésiastiques nommés à des évêchés. Le témoignage d une assemblée aussi nombreuse devenoit d'autant plus nécessaire dans cette circonstance , qu'une antre autorité que celle des avocats venoit de faire un dernier effort contre le concile d'Embrun, Le 16 mars, on avoit remis au ministre , pour être présentée au roi, une lettre datée du 28 octobre 1727 , et toute en faveur de M. Soanen. Boursier, le mobile de toutes les démarches du parti, étoit encore l'auteur de cet écrit, qu'il avoit eu le crédit de faire signer par douze évêques. Le cardinal de Noailles, toujours foible et entouré des mêmes pièges, avoit laissé mettre son nom en tête. Les autres étoient des opposans, intéressés h défendre la cause de M. deSéncz. Le roi leur renvoya la Lettre, et leur fit écrire qu'il l'improuvoit et la regard oit comme séditieuse , et qu'il s'étonnoit qu'ils fissent plus de cas dea plaintes d'un seul évêque accusé , que du jugement de quatorze ou quinze qui l'avoient condamné , et cela sans avoir les actes du concile ni examiné les procédures. La lettre avoit été dressée, en effet, avant la publication îles actes d'Embrun , et sur le vu seulement d une cir-

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tenlaire que M. Soanen avoit envoyée à ses collègues îm~ jnédiatcment après son jugement , et dans laquelle il fàisoit, comme de raison, des plaintes amères de ses juges. Ce n'est point ordinairement sur de pareilles pièces que Ion établit nn jugement bien équitable, et les douze, évoques s'étoient trop hâtés d'absoudre leur confrère. Le renvoi de leur Lettre les porta à en écrire une seconde, rédigée par Petitpied , mais à laquelle on fît peu d'attention. Cependaut le roi , pour déférer au vœu des trente- Tin éveques assemblés à Paris, donna, le 10 mai, une déclaration portant des peines contre les auteurs de libelles et écrits qui attaqueraient les bulles reçues dans le royaume , et s'écarterotent du respect dû aux papes et aux (éveques. Le 3 juillet suivant , il supprima la Consultation des cinquante. Benoît XIII venoit aussi de la flétrir par tin bref du 9 juin. Enfin , plus de vingt éveques donnèrent des Mandemens contre ce Mémoire ; ceux qui avoient assisté an concile d'Embrun , réfutèrent , dans une Lettr* du 4 avril , les plaintes avancées contre cette assemblée ; et en peu de temps, la Consultation , si vantée d'abord, lut oubliée, comme toutes ces productions éphémères, auxquelles de petites passions du moment peu veut seules donner une sorte de vogue.

— Le i4 mai, Benoît XIII permet de révérer Jean de Prado, comme bienheureux.

— Le 22 septembre , bulle de Benoît XIII , à l'occasion du corps de saint Augustin. Le i«r octobre i6o5, on avoit trouvé à Pavie, dans la confession de l'église Saint-Pierre , dite du Ciel dor, un tombeau que ses inscriptions firent croire contenir les restes de l'évêque d'flippone. On sait, en effet , par l'histoire, que le corps du saint docteur avoit été d'abord transféré en Sardaigne , sur la fin du cinquième siècle, par les éveques d'Afrique, exilés dans cette île , puis amené en Italie sousLuitprand , roi des Lombards. D'après ces notions et une vérification faite, François Pertusati, éveque de Pavie, déclara, le i(î juillet 1728, en présence du P. Tulgence Bellelli, que les restes trouvés dans le tombeau étaient ceux de

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inînt Augustin ; et ce fut pour confirmer et notifier et jugement , que Benoît XIII donna sa bulle. Juste Fontanini , archevêque d'Antyre , savant d\in mérite distin-* gué*, et auteur d'un très-grand nombre d'ouvrages sur des matières de critique et d érudition , a écrit pour prouver que le corps trouvé à Pavie étoit réellement celui du grand évêque d'Hippone.

— Le 11 octobre, le cardinal de Noailles donne son Mandement d'acceptation pure et simple de la bulle Uni" genilus. Il y avoit long-temps que l'âge et l'intérêt du prélat sollicitoient de lui cette démarche ; et il est à croira qu'il l'eût faite plutôt si Fon n'eût tout mis en œuvre pour l'en détourner. On voit, par le Journal de l'abbé Dorsanne, que, dès le mois de janvier 1727, le cardinal et son conseil étaient convenus d'un Mandement où il acceptoit la bulle , et révoquoit tout ce qu'il avoit fait contre. On intrigua beaucoup pour empêcher la publication de ce Mandement. On fit écrire au cardinal , par quekques-uns de ses curés , des lettres violentes contre la constitution ; et deux de ses confidens, Dorsanne et la Borde, profitèrent de sa foiblesse et de l'ascendant qu'ils avoient sur lui, pour reeuler de jour en jour cette démarche, lis obtinrent même de lui de nouvelles marques d'attachement aux intérêts de leurs amis. Le cardinal consentit à signer les lettres écrites au roi contre le concile d'Embrun , ainsi qu'une opposition remise au procureurgénéral contre l'enregistrement de tous édits en faveur de ce concile. Mais le jour du repentir arriva. Le 19 mai, le prélat rétracta l'opposition dont nous venons de parler, et fit signifier son désistement au procureur- général. Le 19 juillet , il écrivit au Pape pour lui annoncer qu'averti par son âge il se conformoit aux décisions du saint Siège , et acceptoit sincèrement la bulle. Enfin , le 1 1 octobre-, il franchit ce pas si difficile. Son Mandement portait qu'il acceptoit la constitution avec un respect et une soumission très-sincères, qu'il" condamnoit le livre des Réflexions morales avec les mêmes qualifications que le Pape , et qu'il n était pas permis d'avoir des sentinjejts

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contraires à ce qui a été défini par la bulle. En conséquence , il défendoit de lire ou garder , tant les Réflexions morales , que les autres ouvrages qui avoient paru pour les défendre, et fevoquoit, de cœur et d'esprit, son Instruction pastorale de 17 19, et tout ce qui avoit été publié sous son nom de contraire à la présente acceptation. Cette démarche, que tout porte à croire sincère , ré* jouit les vrais amis de l'Eglise , en même temps qu'elle porta le trouble dans les rangs opposés. Il leur paroissoit triste de se voir abandonnés par un prélat qu'ils avoient compté si long- temps au nombre de leurs protecteurs, lisse vengèrent en publiant des actes émanés, disoientils, du cardinal, et dans lesquels on lui faisoit assurer qu'il s'en tenoit à son appel. Mais M. de Noailles desavoua ces pièces apocryphes dans une circulaire aux évêxpies de France , et dans une lettre qu'il écrivit au Pape, en lui envoyant son Mandement. Le souverain Pontife , parfaitement certain de son changement, l'annonça en consistoire aux cardinaux , par un discours où il en mavquoit toute sa joie, et leur fit lire les pièces qui le prouvoient. Le cardinal de Noailles mourut l'année suivante, à lage de 78 ans ; évêque d'un caractère doux , pieux même , et doué de qualités estimables. Trop peu de discernement dans le choix de ceux a qui ilaccordoit sa conT fiance , et trop de facilité à se laisser prévenir, causèrent tous ses écarts. Sa résistance , dit un écrivain ,Jit beaucoup de niai à l'Eglise , et sa soumission vint trop tard

Îtour opérer un très-grand bien* On vit pourtant, dans c même temps , des ebangemens heureux. M. Desmarets , évoque de Saint-Malo, avoit déjà rétracté son appel. MM. Hébert, évêque d'Agcn , et Milon , évêque de Condom , s et oie Dt aussi soumis. MM. d'Arbocave et de Cauïnartin, évêques d'Acqs et de Blois, se réunirent à leurs collègues par des déclarations publiques. M, de la Châtre , évêque d'Agdc, dont on avoit voulu rendre les sentimens suspects, détruisit ces soupçons dans une Lettre pastorale du i3 octobre 1729. M. dcKésai, évêque d'Angoulêmc, signa, quoique plus Urd, une rétractation de

jirmêe 1729. § Son appel. Mais celui dont le retour fut le plus éclatant } lut M. de Tourouvre, évêque de Rodez, qui n'avoit pas appelé , mais que plusieurs démarches faisoient regarder comme favorable aux appelons. Il donna , le 25 septembre 1729 , une Lettre pastorale pour témoigner son regret de ces démarches, et se soumettre franchement à la bulle. II écrivit même à M. Soanen, pour le porter à suivre la même conduite. Ainsi il ne restoit plus guère, en 1729, de prélats fort attachés au parti v que i'évêque suspens de Sénez, et les évêques de Montpellier, d'Auxerre et de Troyes ; car les évêques de Metz , de Mâcon , de Tréguier , de Pamiers et de Castres , que l'on croyoit ne pas penser comme leurs collègues , 6'abstenoient de tout éclat et demeuraient dans le silence. Ce ne sera donc que sur trois ou quatre prélats , que roulera désormais la défense d'un parti réduit à n'opposer que ce petit nombre d'évêques 4U Pape suivi du corps épiscopal.

Le 19 mars (1) , Benoit XIII canonise le bienheureux Jean Népomucènc. Jean, dit Néporaucène, parce qui! étoit né a Ne'pomuçk , en Bohême , étoil un chanoine de Prague , célèbre par zon tèle contre les erreurs et les désordres. Il étoit confesseur de la reine , épouse de Wenceslas, roi de Bohême. Ce prince , soupçonneux et cruel, voulut lui arracher la confession de sa femme, le poursuivit long-temps dans cette intention , et , sur le refus persévérant du saint prêtre , le fit jeter dans la Moldaw , la veille de là fête de l'Assomption de Tannée i383. Ce martyr du sceau de la confession est très-révéré en Bohême.

— Le 22 juillet, arrêt du. parlement de Paris contre l'office et la fête dc<Grégoire VII. Cette affaire fit beau-

(1) L'Art de vérifier lu dates met celte bulïç aft tp nui. Cctt uûq errou*.

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«oup d'éclat , et bien des gens lui donnèrent une importance qui apparemment leur parut propre à ne pas faire aimer la cour de Rome. On sait que Grégoire VII est un de ceux qui ont poussé le plus loin les prétentions ultra montai nos. Ardent à défendre ce qu'il croyoit être des droits attachés à son siège , son zèle l'emporta au-delà des bornes. C'est un tort , sans doute ; mais devroit-il fermer les yeux sur d'autres qualités ? Ce Pape étoit^ vertueux , ennemi du vice, soigneux de l'honneur de l'Eglise, attentif à la purger des ministres qui la déshonorent. «Il s'appliqua , avec un courage infatigable , à réprimer les désordres de son temps , et à ranimer , parmi les ecclésiastiques, l'esprit de leur état. Ce furent ces vertus et ces services qui le firent mettre au rang des saints que l'Église révère. Un décret de la congrégation des Rites , du iS septembre 1728, fixa sa fête au 25 mai. On commença donc, en 1729, à en foire l'office. Il s'en répandît quelques exemplaires à Paris; mais ils furent supprimés par ordre de la cour. La publication et la suppression n'avoient fait nul éclat , quand les appelans , ayant eu connoissance du nouvel office, en firent beaucoup de bruit. A les entendre, l'introduction de cette fête étoit un attentat de la cour de Rome. Elle n'avoit cherché par la qu'à établir ses prétentions. Tous les souverains dévoient se liguer pour réprimer cette entreprise. Tels étoient les vœux et les discours de ces ennemis de la paix. Tout retentissoit de leurs plaintes. Les magistrats, toujours effrayés de l'ombre même de la plus légère atteinte a nos libertés, rendirent des arrêts pour supprimer, dans le bréviaire, la feuille qui contenoit l'office de Grégoire VII, et défendre de célébrer sa fête. Le parlement de Paris donna l'exemple, et fut suivi de ceux de Rennes, de Metz , de Toulouse , et peut-être de quelques autres . encore. Il sembloit peu nécessaire que des évêques entrassent dans cette dispute. Cependant, dès le 24 juillet, M. deCaylus, évêque d'Auxerre, donna son Mandement contre l'office , et fut imité par les évêques de Montpellier, de Metz, de Troyes et de Castres. M. Colbert ne

Année 1729» 11 „ pas, à cette occasion, d'apostropher vivement les pipes. M. de DromesnQ, évêque de Verdun, fut le seul des prélats attaches à la constitution , qui crut devoir s'élever contre l'office ; mais du moins il le fit avec une modération dont les autres ne lui avoient pas donné l'exemple. Il n'y eut pas , jusqu'à Barchman , qui ne voulût se signaler à cette occasion. Benoît XIII trouva étonnant que des parlemens et quelques évêques défendissent de foire la fête d'un saint reconnu par l'Église. Il donna un bref pour annuller les arrêts des parlemens, et un autre contre les Mandemens de MM. d'Auxerre f de Montpellier et de Metz. Ces brefe furent supprimés au parlement de Paris. L'évêque d'Auxerre mit beaucoup de chaleur a cette affaire. Il se pourvut au parlement ; il «e fit donner une consultation d'un grand nombre d'avocats ; il écrivit au roi et à l'assemblée du clergé de l'année suivante , des lettres très- vives. Tout cet éclat étoit affecté. Personne en France ne s'étant déclaré publiquement pour l'adoption de la feuille proscrite, et aucun évêque ne l'ayant autorisée , elle n'eût lait aucun bruit si l'on n'eût trouvé cette conjoncture favorable pour échauffer les esprits et satisfaire ses ressentiraens.

— Le i3 août , décret de béatification de Vincent de Paul. Voyez sous 1737.

— Le 29 septembre , Ordonnance et Instruction pastorale de M. de Vintimille, pour l'acceptation de la bulle Unigenitus. M. de Vintimille, précédemment archevêque d'Aix , venoit de passer au siège de la capitale, à la place du cardinal de Noailles. U se trouvoit à la tête d'un diocèse , que la foiblesse et les préventions de son prédécesseur avoient rempli de prêtres livrés à l'esprit de discorde; et il eut besoin de patience pour supporter les affronts que recevoient tous les jours sous ses yeux l'autorité de l'Église et la sienne. Quelques particuliers et quelques corps revinrent à la soumission. Le chapitre de la ca*r thédrale adhéra au Mandement de M. de Noailles. Mais en revanche les autres réfractaires semblèrent redoubler d'audace. Vingt-huit curés de Paris écrivirent à M. dç

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Viotimillc «ne lettre, où ils se plaignoient indécemment desaconduitc, et lui exposoient les craintes qu'ils avoient, disoient-ils, à son sujet. L'archevêque dissimula cette injure et publia son Ordonnance. 11 y assuroit les fidèles, que la constitution , loin de donner atteinte h la pureté du dogme et de la morale, et de blesser nos libertés, condamnoit au contraire des erreurs capitales. Il montrait les triâtes suites de la résistance à cette loi de l'Église, la docilité anéantie dans les fidèles ; le vicaire de Jésus- Christ calomnié, l'autorité des éveques méconnue, tonte subordination détruite , et une foule d'écrits séditieux paraissant pour semer l'esprit de haine, de révolte et d'indépendance. Mais les exhortations .du prélat ne ramenèrent que très-peu de ces gens égarés , et qui vouloient l'être. On voit h la suite du Journal de Dorsanne des échantillons de la licence. On a affiché l'ordonnant ce , dit-il, mais le peuple n'a pu la souffrir. Elle a été , en quelques endroits , presqu aussitôt enlevée que placée y en d'autres déchirée et presque partout barbouillée d'encre ou de boue. Et un prêtre applaudit h ces excès! Il approuve une troupe ameutée pour jeter dans la bouc un mandement de son archevêque ! L'esprit d'opposition et la hardiesse des pamphlets étoient h leur comble , et présageoient les troubles que nous allons voir éclore.

— Le 8 novembre , conclusion delà faculté de théologie de Paris en faveur de la bulle. Il y avoit quatorze ans que ce corp donnoit l'exemple de l'insubordination et de l'amour des nouveautés. Un grand nombre de ses membres souhaitoit de sortir enfiu de cet état, et de rendre à leur compagnie la paix et l'estime des gens de bien. La présence des agitateurs rendoit ce retour difficile. Le roi le facilita , en envoyant à la faculté des ordres pour exclura des assemblées ceux qui a voient appelé depuis la déclaration de 1720, ou qui avoient signé le formulaire avec la distinction proscrite, ou qui avaient adhéré à la cause de M. Soancn. Cette élimination faite, le syndic assembla la faculté le 8 novembre. 11 représenta qu'il

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^toit temps enfin de prendre le parti de la soumission à l'Église, et il exhortâmes docteurs à nommer des députes chargés de terminer cette affaire. On en choisit douze, a la t£te desquels étoit le docteur Tournélyr non pas , dit la conclusion , pour examiner si la constitution a été reçue , car la faculté reconnaît lavoir acceptée, les 5 et 10 mars 1714» e* déclare quelle l'accepte encore actuellement , s'il en est besoin ; mais pour chercher les moyens de ramener ceux qui s'opposent à un décret , qui a force de loi dans toute l'Église. Quarante-huit docteurs exclus , auxquels d'autres se joignirent depuis, protestèrent et tentèrent même de se procurer un appui au parlement , qui n'admit pas leur requête. Le Ier décembre, quatre-vingt-quatorze voix contre treize ratifièrent la conclusion précédente. Le i5 , les députes firent leur rapport. Ils dirent qu'après avoir •examiné ce dont on> les. avoit chargés, ils s'étoient convaincus que la compagnie avoit libremeut et respectueusement accepté la constitution en 1 7 1 4 ; que ce qui avoit été fait depuis , pour tâche d'anéantir cette acceptation solennelle, méritoit d'être enseveli uans un profond silence ; que dans ces temps de trouble et de confusion , la doctrine ancienne de la faculté avoit été altérée ; qu'on setoit oublié jusqu'à établir de nouveaux dogmes qui détruisoient l'autorité de l'Église dispersée, anéantissoient celle du chef de l'Église et des premiers pasteurs , accordoient à de simples prêtres le droit de juger des matières de la foi , consacroient les démarches les plus irrégulières , et représentaient l'Eglise comme couverte de ténèbres , et presque entièrement éteinte. L'avis des commissaires fut donc que la faculté reconnût et ratifiât les décrets de 1714* qu'elle reçut de nouveau avec 'respect la constitution comme un juge* ment dogmatique de l'Église universelle , révoquât rappel et les actes contraires à cette décision , rejetât les* çpposans de son sein, et déclarât qu'elle ne recevroit plus que ceux qui auroieut donné des marques certainesde leur soumission à la bulle. Tout ce rapport fut

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adopté et forma la conclusion , qui fut encore confirmée au mois de janvier suivant. Ces actes de la faculté furent imprimes. Les docteurs qui se trouvoient dans les provinces y adhérèrent comme ceux qui étoient à Paris ; et il y en eut en tout sept cent sept , dont trente-neuf évéqucs , qui souscrivirent ces décrets. La faculté s'est toujours montrée depuis zélée à soutenir la réputation de sagesse et de doctrine dont elle a voit si souvent donné des preuves. L'éclipsé quelle avoit soufferte lui apprit à repousser soigneusement les nouveautés. Un© conduite si louable lui attira bien des injures. C'est alors qu'un conseiller aif parlement de Paris, que noua allons voir jouer un rôle fort actif, appela en pleine grand chambre la faculté , une misérable carcasse! Cette dénomination parut un trait de génie, et fut répétée depuis dans d'autres libelles. On sait que les vaincus aiment souvent à se venger de leurs défaites par des injures.

— Le 28 novembre , condamnation de Woolston , à la cour du banc du roi, h. Londres. Thomas Woolston, bachelier à l'université de Cambridge, avoit débuté, en 1 705 , par le livre intitulé : Ancienne apologie de la religion chrétienne, contre les Juifs et les Chrétiens renouvelée. Il y donna les premières ébauches d'un système qu'il poussa depuis jusqu'à l'extravagance. Lea progrès du déisme, en Angleterre, venoient, selon lui, de ce qu'on interprétoit mal l'Écriture, et de ce o^i'on expliquoit littéralement ce qui ne devoit être entendu qu au sens figuré. Moïse n'étpit qu'un personnage allégorique, et les miracles de l'Évangile n'étoient non plus que des allégories , de même que ceux du Pentateuque* Cette théorie irréligieuse et absurde n'empêcha point Woolston de publier presque en même temps un écrit pour prouver la nécessité de la mission de Jésus-Christ. Cependant sa manie de ne voir partout que des figures J occujioit et faisoit des progrès dans son imagination. Dans un Défi an clergé, il parloit des partisans du système littéral , avec un mépris w$ultaot. U les appelojjr

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les ministres de la lettre , les adorateurs de la béte , les ministres de Vantechrist. Collins veooit de faire paroître son Discours sur tes fonde mens de la religion chrétienne , dans lequel , sous prétexte d'établir le christianisme sur des bases solides, il vouloit, au contraire, prouver que cette croyance divine n'a voit aucune base 9 puisqu'elle n'étoit appuyée que sur les prophéties, et que les prophéties, à l'entendre , ne prouvoient rien. Woolston, ne mettant pas plus de franchise et de loyauté dans les procédés , prit , en apparence , le rôle de médiateur entre les deux partis , et publia le Modérateur entre un incrédule et un apostat , qui fut suivi de deur supplémens. Mais ce prétendu médiateur donne tout-àfait gain de cause à CoUins. Il applique aux miracles de Jésus-Christ le système de Collins sur les prophéties ; ne ■Voit dans ces miracles que des figures, et leur ôte, par conséquent , leur caractère de preuves. Il ne se contenta pas d'avoir énoncé cette doctrine anti-chrétienne ; il se proposa de l'établir d'une manière invariable dans sir discours, publiés depuis 1727 jusqu'en 1729, dont le but est de prouver que le récit des faits rapportés dans les Évangiles , doit être pris entièrement dans un sens mystique et allégorique , et qu'entendus dans le sens historique et littéral , ils sont faux , absurdes et imaginaires. Aucun incrédule n'avoit usé jusque là d'un langage aussi, outrageant que Woolston. Jamais on n'avoit parlé de Jésus-Christ avec une indécence si révoltante, ni de ses miracles avec une raillerie de si mauvais goût. Au milieu de ses plates et nombreuses bouffonneries, Woolston, déclare plusieurs fois, avec une ironie sanglante , qu'il n'a écrit que pour l'honneur de saint Jésus et pour la défense du christianisme. Il a épuisé particulièrement ses efforts contre le miracle de la résurrection du Sauveur , qu'il attaque de mille manières , sachant bien que ce mi~ racle est un des fondemens de la religion. Le clergé se hâta d'imposer silence à ce critique téméraire. L'université de Cambridge l'avoit déjà rayé de la liste de ses niembres , et l'avoit privé des émolumens de sa place au-

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collège Sidney. le procureur-général de la cour dite du* banc du roi, rendit plainte contre les six discours. Après une plaidoierie contradictoire , Woolston fut condamné h payer 25 liv. sterling d'amende pour chacun, de ses discours, et à rester en prison pendant un an, au Bout duquel temps ilpourroitêtre relâché, h condition d© fournir des cautions pour aooo livres. N'ayant pu payer cette somme, il mourut en prison. Un panégyriste de- Voltaire le loue d'avoir employé une partie de l'argent qu'il retira de la vente de sa Henri a de h délivrer "Woolston. Mais la Biographie britannique montre que ce fait est sans fondement* Au surplus on ne se borna point contre Woolston à des mesures de rigueur. De sa van s Anglais entrèrent dans la lice pour le réfuter. Gibson, Pearce , Smallbrook se distinguèrent dans cette lutte. Woolston se plaignit sur-tout de ce dernier , et le traita fort mal , dans une de ses apologies i où il sembloit avoir pris à tache de mériter de plus en plus les reproches qu'on avoit déjà fait à ses premiers ouvrages. Cest un torrent de mauvaises plaisanteries et d'invectives grossières contre le clergé. Il prend hautement le parti de» incrédules. Eux seuls ont des mœurs et de la bonne foi* On ne se mit point en peine de répondre à ces dernières diatribes. Seulement on s'occupa de discuter, avec beaucoup de soin , le fond de la question. Outre le* écrivains déjà cités, Stebbing, Stevenson et Ray entrèrent dans cette controverse. Le célèbre Lardner, qui se signala depuis par son £rand ouvrage de la Crédibilité de l'histoire de l'Évangile , donna une défense de ti*ois miracles particuliers de Jesus-Christ , celui de la fille de Jaïre , celui du fds de la veuve de Naïra et celui de Lazare; mais un adversaire non moins habile encore et plus illustre du téméraire détracteur de l'Évangile , fut le docteur Thomas Sherlock, un des membres les plus distingués de l'église anglicane pendant ce siècle. Il fit paroître, en 1729, l'ouvrage intitulé : I*es témoins de la résurrection de Jésus-Christ , examinés et jugés sut" iant le* règles du barreau , ouvrage qui eut le plu»

grand

grand succès en Angleterre, et qui fut fugé ausii pi* quant pour la forme que solide pour le fond. Lautcua. n'y nomme pas une seule fois Woolston; mais il instruit )a cause en elle-même , écoute les témoins , pose et résout les objections, et lait toutes les fonctions d'un rapporteur* habile et d'un juge intègre. Cet écrit, qui est as$e£ court, a été traduit en français.

Le io janvier, décret de béatification de Pierre Four* lier, curé de Mata incourt, en Lorraine, et instituteur de la réforme de la congrégation de Saint- Sauveur.

— Le ai lévrier, mort de Benoît XIII , à l'âge de quatre-vingt-un ans. Il avoit gouverné l'Église près de six ans. .Son zMe pour la réforme des abus, la bonté de son cœur, son amour pour la prière, ses aumônes, son exactitude à observer même sur le trône pontifical la rîgle qu'il avoit embrassée , doivent rendre sa mémoire précieuse a l'Eglise , et le (aire compter parmi les papes les plus vertueux et les plus édifians. On n'eut h lui reprocher qu'une excessive facilité, et des préventions aveugles pour un homme qui paroît avoir abusé de sa confiance. Comme il avoit été archevêque de Bénévent , il avoit amené de cette ville ù Rome et admis dans les charges plusieurs Béaéventins que les Romains voyoient d'un œil jaloux, et qui se rendirent en effet coupables dexactions. Le plus haï de tous, étoit le cardinal de Coscia , qui porta , sous le règne suivant, la peine de ses torts. Attaché depuis long-temps au cardinal Orsini , il le dominent entièrement , et il profita de l'élévation de son maître pour s'élever lui-même. Il fut accusé d'extorsions et d'abus de pouvoir, et' mis en jugement sous Clément XII. Benoît XIII fit vingt-neuf cardinaux en douze promotions. Les plus remarquables furent ce même Coscia que nous venons de nommer ; le cardinal de Fleury, ancien précepteur de Louis XV, et ministre

TOHE SECOKD.

%& Année 17Ô0.

d'état, prélat modeste, vertueux et désintéressé, i|uiî appelé dans un Age avancé à tenir les rênes du gouvernement, ne parut point au-dessous de sa place, se fit estimer par sa modération et sa sagesse, et rendit des services signalés a l'état et h l'Église; le cardinal Quirini , éveque de Brv>scia, aussi pieux que savant, auteur de diflerens ouvrages de critique et d'érudition , et non moins célèbre par ses qualités personnelles , que par les jnooumens don! il enrichit son diocèse, et par ses libéralités; il contribua aux frais de la construction d'une église pour les catholiques de Berlin , et étoit lié ave* tous les sa van s de son temps ; Laurent Cozza , théologien et auteur de plusieurs ouvrages de théologie ; Prosper Lambertini, qui fut depuis pape sous le nom de Benoit XIV , et que nous ferons connoître par fa suite, François - Antoine Fini, un des Bénéventins favorisée par Benoît XIII, et qui partagea la haine qu'on leur portoit : nous en parlerons sous le règne suivant ; Vincent-Louis Gotti, Dominicain, savant et laborieux, qui a laissé de grands ouvrages, soit contre les proteatans. soit pour prouver la vérité de la religion; Vincent Ferrero, Piémontois, éveque de Verceil, prélat simple et modeste, etc. La plupart de ces choix et quelques autres encore font honneur au discernement de Benoît XIII: mais l'Église lui auroit encore des obligations, quand il u'auroit admis dans le sacré collège qu'un homme du mérite du cardinal Lambertini * <lont le nom est également cher à la religion et aux lettres, Benoît XIII conclut avec le roi de Sardaigne un concorcl.it qui devint, sous le pontificat suivant, une matière d'accusation contre le cardinal Fini, négociateur du tnùté. Il eut le chagrin de voir le roi de Por'ugal rompre avec la cour de Rome, en 1728, parce qu'on lui refusoit un chapeau pour M. Biclii , ci-devant nonce à Lisbonne. La paix ne se rétablit entre les deux: cours que sons Clément XII.

— Le 24 mars, déclaration de Louis XV pour assurer ïtxécutiou des bulles contre le jansénisme. 11 paroissoit

Année t$3o. t§

de plu» en pins nécessaire de mettre un frein Ma licence d(* écrits. Elle étoit portée si loin, que le parlement de Paris mémcavoit paru quelque temps vouloir lu réprimer* En 1729, il avoit proscrit une Dénonciation contre les* Je suites y adressée aux plénipotentiaires du congrès de Soissons, et il s'étoit plaint de ce que les auteurs de cette lettre prenoient un nom de parti, et réclamoient l'appui des puissances étrangères. En 1730, il condamna au feu des Remontrances h l'archevêque de Paris , parties de la même source, comme prêchant la désobéissance aveo un emportement et un scandale intolérables. Peu après il fit subir la même peine à un écrit où l'on détournent les fidèles de tout confesseur acceptant. Mais ces flétrie- «ures nalloient point à la source du mal. La plupart des autres libelles étoient épargnés. En composer et en répandre, étoit à des yeux fascines une œuvre méritoire* On en eut un exemple dans le même temps. Un colporteur d'ouvrages prohibés , ayant été pris , fut mis au earcan ; mais tel étoit le respect pour les lois , qu'on voulut transformer oette flétrissure en une espèce de triomphe pour le coupable. On l'escorta avec honneur, en le combla publiquement d'éloges, et le journaliste du parti n'eut pas honte de l'appeler un captif de Jésus- Christ ii). Étrange abus de la religion ! M. de Vintixnille, effrayé d'un tel esprit d'égarement, s'en plaignit eu roi * et lui exposa toute l'étendue des maux de son diocèse. Le prince lui répondit lui-même qu'il étoit disposé à prêter son bras à l'Eglise. En effet , il donna peu après sa déclaration. Après s'être plaint de l'audace des déclamations et des artifices des réfractaires , il ordonnoit que tous les ecclésiastiques seraient astreints à signer le formulaire purement et simplement; que ceux qui le refuseraient perdraient leurs bénéfices ; que la constitution Unùgenitus y qui étoit déjà une loi de l'Église par l'acceptation qui en avoit été faite , serait aussi regardée

li) ffouveUca ecclésiastiques, 173a.

2* Aimée 173*.

comme une loi de l'état et respectée comme telle ; que le silence prescrit seroit toujours observé, sans néanmoins que, sous ce prétexte , on prétendît empêcher les évéques d'instruire leurs peuples sur l'obligation de se soumettre à la bulle. Il défendoit d'exiger des ecclésiastiques d'autre souscription que «elle du formulaire , sans pourtant que cette défense pût ôter aux évéques le droit de refuser les ordres ou les bénéfices à ceux qui auroient renouvelé* leur appel depuis 1720, ou écrit contre la bulle, ou tenu des discours injurieux à l'Église ou a l'épiscopat. La déclaration alloit ensuite au-devant des appels comme d'abus, et prescrivoit que, dans le cas ci-dessus, ils n auraient aucun effet suspensif, mais dévolutif seulement; que les causes de refus, dans ces cas, ne pourraient être regardées comme des moyens d'abus , et que s'il y avoit d'autres causes d'appel , les tribunaux ne prononçassent que sur celles-la , et renvoyassent pour les premières par- de* vant les juges ecclésiastiques. Le roi finissoit par renouveler les peines et défenses contre ceux qui attaqueraient les constitutions, soutiendraient les erreurs condamnées et insulteraient le pape et les évéques ; et il en joignoit aux paiiemens de tenir la main à l'exécution de ces mesures s et de prêter aux évéques le secours nécessaire pour faire observer leurs ordonnances. Telle étoit la déclaration que la piété du prince accordait à la religion des évéques * .pour nous servir des termes de M. Gilbert, dans une •autre circonstance. Mais comme on pou voit craindre quelque apposition h l'enregistrement, le roi alla, le 3 avril, tenir son 'il de justice au parlement. Le chancelier d'Aguesseau y fit l'éloge de la loi , cxjwsa les motifs qui l'avoieut dictée, et recueillit les voix. L'emvgist rement fait, le roi fit défense au parlement de délibérer sur cet objet, et se retira. Cette défense choqua les magistrats : ils s'en plaignirent. L'abbé Pucelle , sur-tout, se récria vivement h ce sujet, et fit arrêter des remontrances, auxquelles le prince répondit, par l'organe de M. d'Aguesseau , qu'il maintiendrait ee qu'il avoit fait, et que le parlement devoit s'occuper de rendre la justice et de donner l'exem-

Année 17^0. fei

pic de la soumission. Ce n'étoit point la le compte de quelques meneurs qui vouloient se signaler en faisant du bruit. A leur tête étoit l'abbé Pucelle , conseiller extrêmement vif et ardent dans son sèle pour la cause. D'autres conseillers étoient connus , non seulement par leur attachement au même parti , mais encore par leur respect pour le diacre Paris, pour les miracles et même pour les convulsions. L'Église avait peu de protection à attendre d'eux ; mais la déclaration du »4 mars étant émanée du souverain, il ne restoit , ce semble, à ces •fiiciers de justice qu'à la mettre à exécution. C'est pourtant ce qu'ils refusèrent constamment. Us rendirent cette année même plusieurs arrêts absolument opposés à lu déclaration, accueillirent plusieurs ecclésiastiques qui, aux termes de cette loi , dévoient être privés de leurs bénéfices, et les en maintinrent en possession.

— Le 13 juillet, le cardinal Corsini est élu pape. Lan* x^ent Corsini, né à Florence en i65a, d'une des premières familles de cette ville , avoit été fait cardinal par Clément XI, en 1706, et étoit devenu évéque de Fras- «ati en 17*5. Il se trou voit un des plus anciens cardinaux au conclave de 1730, qui étoit composé de cinquante-cinq cardinaux. Dès le commencement du conclave, il fut question de lui pour la papauté. Mais l'empereur •s'étant montré opposé à son élection , le cardinal Corradini fut mis sur les rangs. 11 étoit savant, et avoit une réputation égale à son mérite. Il ne lui manqua que quatre voix. Beaucoup d'Italiens et les Français persistèrent long-temps à le soutenir; mais le cardinal Ben— tivoglio a étant opposé à son élection au nom de l'Espagne, et les impériaux s'étant aussi déclarés contre lui, on l'abandonna enfin. Le 9 juillet, le cardinal Annibal Albani , camerlingue , qui avoit beaucoup d'influence dans le conclave, se retourna, ainsi que tout son parti, du côté du cardinal Corsini. On savoit que l'empereur avoit ebangé de sentiraens à son égard. Son élection fut donc résolue le 11 juillet; mais il étoit si peu pressé de se v?ir élevé au souverain pontificat , qu'il demanda qu'elle

3i Armée 173*.

fïit différée jusqu'au lendemain, jour de la fête de saint Jean Gualbert . que sa famille regarde comme son patron. Le conclave avoit duré quatre mois et sept jours» Le nouveau pontife prit le nom de Clément XII , en l'honneur de Clément XI, dont il étoit créature. Il eut à s'occuper sur-le-champ des plaintes générales contre les malversations commises sous le dernier règne. Le peuple demandoit justice à grands cris. Le cardinal Co»cia étoit sur-tout l'objet de sa fureur. JDéja il l'avoit éprouvée pendant le conclave. Aussitôt après la mort de Benoît XIII , son protecteur, il avoit été obligé de quitter son palais qui •voit été pillé , et de sortir même de Rome. Mais le sacré collège l'ayant invité à revenir pour assister au conclave, il rentra de nuit dans Rome. L'élection faite, il eut ordre du pape de rester au Vatican , et ensuite de se rendre à son palais, sur les portes duquel il fit mettre les armes de l'empereur jiour en imposer à la populace qui se roontroit toujours lort animée contre lui. Clément XII lui fit donner sa démission de l'archevêché de Bénévent , et lui défendit de sortir de l'État de l'Eglise. Sa démission fut pour le peuple de Bénévent le signal d'une joie effrénée. Le 3i mars 1731, le cardinal Coscia s'enfuit secrètement de Rome, et se retira dans le royaume de Naples. On avoit formé une congrégation de quatre cardinaux pour examiner sa conduite. Cette congrégation le déclara interdit , et séquestra ses biens. Le cardinal sollicita vainement la protection de l'empereur , qui refusa de s'intéresser à son affaire. Il fut donc obligé de se rendre à Rome, et y fut mis en jugement. Il fut interrogé, et on entendit des témoins. Après plus d'un an d'instruction, il y eut, le 9 mai 1 ^33 , une sentence qui le déclaroit excommunié, et qui le condamnoit à rester pendant dit ins prisonnier au château Saint-Ange, a restituer le» Sommes prises ou reçues contre l'équité, et en outre, p >ur les autres profits illicites qu'il avoit faits, ta somme de cent mille dueafs qui dévoient être employés en oeuvres pies. On le privoit de plus de sa voix dans le conclue futur. La nuit suivante, il fut conduit dans «*v

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prison où étoit déjà son frère, qu 'il avoît fait nommer •vêque de Targa , et qui partagea ses disgrâces. Néanmoins ]e cardinal Coscia entra au conclave de 174° » Clément XÏI •ayant ordonne*, par son testament, que sa voix lui fût rendue , et Benoît XIV , h son avènement au trône , le rétablit dans tous les droits de sa dignité. Peu estimé à Rome , il se retira à N a pies, où il mourut , le 8 février 1^55, après avoir payé cher sa courte faveur et l'abus qu'il en avoit fait. Le cardinal Fini, qui avoit partage •ette faveur, et qu'on accu soit aussi d'en avoir abusé, fut également recherché. On le blamoit sur-tout h Rome d'avoir coopéré au concordat passé entre Benoît XIII et Victor-Awédée, roi de Sardaigne. If y avoit long- temps qu'il existait des différens entre les deux cours sur la juridiction et l'immunité ecclésiastiques, et sur la collation des bénéfices en Piémont. Benoît XIII avoit consenti à un traite' où il abandonnoit quelques droits temporels, dont la perte avoit fait des mécontens à Rome ; mais il «voit cru devoir terminer enfin ces discussions , et donner des pasteurs aux églises du Piémont , dépourvues depuis long-temps d'évêques. Le cardinal Fini , qui avoit travaillé à ce traité, fut donc inquiété lorsqu'on rechercha tous les Bénéventins à l'avènement de Clément Xlf. On enleva de son palais son argent et ses papiers. M eut défense de paroi tre aux consistoires et aux cérémonies publiques , et il subit plusieurs interrogatoires. H parohl qu'il se justifia. Du moins, en 173a, le pape le reçut en grâce , et le rétablit dans tous les droits et privilégrs de sa dignité. Il annuJIa pourtant le concordat fait aveo Je roi de Sardaigne , tant pour lt s immunités que pour la nomination aux évêcbés qui étoit attribuée au prince. Les discussions furent définitivement terminées en 1738 , et le roi de Sardaigne obtint un chapeau de cardinal à sa nomination , comme* les autres monarques. Depuis il y eut un nouvel accommodement, en vertu duquel ce prince présentoit aux évêcbés de ses états et devoit ofFrir au saint Siège un calice d'or le jour de la fête de saint Pierre de chaque année, \Jbq autre affiùre occupa Cté-

2 4 Armée i^3o.

ment XII dans les commencemeus de son pontificat. Ce fut celle du prélat Bichi , précédemment nonce à Lisbonne. Cette cour avoit demandé pour lui un chapeau,, qu'on jugea à propos de lui refuser à Rome. Ou le rappela même de sa nonciature qui fut conférée à un autre. Mais le roi de Portugal refusa de recevoir son successeur, et ne voulut point laisser partir M. Bichi qu'on ne lui eût promis de le faire cardinal. Cette demande, et ce refus également insolites , ne reconci lièrent pas les esprits à Rome avec M. Bichi , qu'on jugea peut-être avoir con,tribué à cette démarche de la cour de Lisbonne. 11 fut formellement exclus du cardinalat de 1728. A eet te nouvelle le roi de Portugal , faisant d'une affaire particulière un sujet de brouilierie générale et de ruptqre formelle, défendit, le 5 juillet 1728, tout commerce avec la cour de Rome. L'élévation de Clément XII au pontificat facilita un accommodement. Le marquis Bichi frère du prélat, avoit épousé une nièce de ce pontife, qui montra le désir de terminer cette querelle à l'amiable. Il exigea qu'avant tout M. Bichi quittât Lisbonne, et il le déclara cardinal quelques mois après , en septembre 1 ^3 1 , moyennant quoi le roi de Portugal révoqua son décret de 1728. Ces trois affaires, celle du cardinal Coscia , celle du cardinai Fini et celle du cardinal Bichi remplirent les premières années du pontificat de Clément XII, et c'est pour cela que nous les avons réunis ici.

— Les 27 juillet et 7 septembre, consultation de quarante avocats en faveur d'ecclésiastiques appelons. Trois prêtres du diocèse d'Orléans, se trouvant dans le cas prévu par la déclaration du 24 mars , et ayant refusé de rétracter leur appel et de signer le formulaire, M. Fleuriau , leur évêque, les déclara rebelles aux constitutions apostoliques et aux loi3 de l'état , et nomma en conséquence d'autres ecclésiastiques à leur place. Ils cn^ppelèrent comme d'abus, et le parlement de Paris admit leur appel, leur permit d'intimer leur évêque, et cependant leur défendit d'exécuter ses ordonnances. C'étoit prendre précisément te contre- pied de la déclaration. Les trois ecclésiastiques

Année i^So. 2&

■tVlnnt rcmîs en posscssiou de leurs. bénéfices et en cxeroont les fonctions, on informa contre eux à l'ofneialité i et ils furent décrètes d'ajournement personnel. Autre appel comme d'abus, et autre arrêt du parlement or-» donnant l'apport de la procédure à son greffe. L'évêquo présenta requête au roi , se plaignit de l'infraction manifeste delà loi récemment rendue, et demanda que l'arrêt du parlement fut cassé. Quarante avocats se mirent sur les rangs pour défendre les trois ré tracta ires, et donnèrent une consultation remarquable par l'esprit qui y régnoit et par les suites qu'elle eut. C'étoit la première fois peut-être qu'on voyoit des hommes connus ne pas craindre de publier avec leurs noms un écrit où la puis«* sanec royale n'étoit pas plus ménagée que l'autorité ecclésiastique. Qu'ils taxassent les éveques de tyrannie * qu'ils soutinssent que sur l'appel comme d abus les arrêts de défense relèvent des censures, et qu'ds jasassent des principes qui otoient à l'Église toute sa juridiction , il n'y avoit presque plus de quoi s'en étonner. Mais leurs écarts relativement aux droits du prince n é t oient pas moin* dres. Ils enseignoient que les parlemens avoient reçu de tout le corps de la nation le droit de rendre la justice, qu'ils étoient les assesseurs du trône , et que personne n'étoit au-dessus de leurs arrêts. Ils égaloient h peu près la puissance de ces tribunaux à celle du monarque, et les appeloient le sénat de la nation , et le roi le chef de la nation. Enfin ils insinuoient que celui-ci ne peut traiter que d'égal à égal avec ses sujets. Ces idées républicaines, ce premier essor d'une doctrine peu connue jusque-là , excitèrent d'abord letonnemcnt , et il est bon de se rappeler que ces principes, dont nous avons éprouvé* les résultats , ont été professés dans le commencement par les champions d'un parti , qui préteudoit en même temps être le .plus zélé défenseur de la souveraineté des rois.. Le roi, averti parles murmures publics, rommenea par évoquer a lui la cause des trois prêtres. L'arrêt de son conseil leur défendoit d'exercer leui* fonctions sans la permission de leurtH êque> et do troubler ceux quiatviçA*

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4\é mis h leu* place , et il interdisent au parlement Ï3 •onnoissance de cette affaire. Peu après, le prince fit examiner la consultation dos quarante. On se convainquit que cet ouvrage tendoit à inspirer des idées d'indépendance , et sapoit également les principes du gouvernement ecclésiastique et les fondemens de la monarchie. Le roi le supprima dooe , comme injurieux h son autorité , séditieux, et tendant à troubler la tranquillité publique. Il interdit les signataires de leurs fonctions, s'ils ne se rétractoient dans un mois. Ceux-ci ayant demandé à interpréter ce qu'ils avoient dit , donnèrent en effet éo9 explications, qui ne laissèrent rien à désirer pour ce qui concernoit l'autorité royale. Mais loin d'y adoucir ce qu'ils avoient avancé sur la puissance ecclésiastique, ils ajoutèrent de nouvelles erreurs à celles qui leur avoient •té déjà justement reprochées. Aussi les évéques crurentils devoir user des moyens qui étoient en leurs mains, pour soutenir leurs droits. Nous verrons Tannée suivante les suites de cette affaire.

— Le 11 septembre, Lettre de l'assemblée du clergé au roi. 11 étoit difficile que des évoques vissent d'un œil indifférent les maux de l'Église. Le parlement de Paris avoit rendu, depuis la déclaration, dix arrêts consécutifs, toujours eu faveur desopposans, toujours contre les évéques qui s'autorisoient de la loi de l'Eglise et de celle du souverain. Un curé de Paris , interdit par son archevêque, exerçoit hardiment ses fonctions en vertu d'un arrêt. Un autre arrêt avoit supprime des thèses, et défendu d'enseigner aucune proposition contraire à l'ancienne doctrine , comme si c etoit à des laïques à juger quelle étoit l'atacicnnc ou la nouvelle doctrine. L'assemblée arrêta des remontrances au roi sur ces divers objets, et obtint entrautres la cassation de l'arrêt rendu en faveur du curé de Paris. Elle crut aussi devoir manifester son mécontentement contre deux prélats , qui embloient ne chercher qu'à souffler la discorde. L'évêque d Auxerre lui ayant écrit au sujet de la légende de (Sre^oirç VU , eile se jaontia djocpiée fie ses iroputatit»**

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•«talomnieuscs , tandis qu'il étoit lui-même dans une désobéissance ouverte à l'autorité de l'Église , et par là mémo réfractaire aux ordres du roi ; et comprenant que M. de Caylus ne lui avoit écrit que pour se donner la liberté d'invectiver contre la bulle, elle témoigna qu'elle bc Yoyoit pas sans indignation a quels excès il s'étoit porté •outre un jugement dogmatique de l'Eglise universelle , auquel tout éveque , comme tout fidèle , doit adhérer de cœur et d'esprit, et elle chargea son président de l'exhorter à la soumission. Elle fit plus à l'égard de l'évê- ^ue de Montpellier. Ce prélat publioit chaque jour de» écrits, oh la nouveauté des principes le disputoit à l'aigreur du style. Dernièrement il venoit d'adresser au roi une lettre remplie d'invectives contre le saint Siège, de calomnies contre ses collègues, et des maximes les pluf propres à exaspérer les esprits. L'assemblée, d'autant plus affligée, que cet écrit partoit d'un homme élevé à une plus haute dignité, se plaignit avec force d'un tel scandale ; et après avoir réfuté dans une lettre au roi les inculpations et les erreurs de M. Colbert , elle demanda instamment la permission, pour la province de Narbonne « de tenir son concile. Cette demande fut encore réitéré» quelques jours après par l'évoque de Nîmes, qui , haranguant le roi pour la clôture , lui exposa les causes et les remèdes des troubles , et lui peignit l'obligation qu'il j avoit pour un prince, dont le règne est fonde sur lit catholicité , et doit toujours se soutenir sur les mêmes principe*, de réprimer ces écarts. Son discours, et particulièrement cette dernière phrase (1), donnèrent lieu aux plaintes des magistrats. Mais le roi n'y eut aucua

(1) On voulut supposer que l'cveque tnsinuoit par là que le roi perdrait tes droits au troue en perdant la foi. Mais ce n'est la qu'une misérable cliicaue, quoiqu'elle ait été répétée en plusieurs écrits. Le prélat avoit voulu marquer seulement l'intérêt que le prince avoit a protéger la religion , et les rapports intime* qui doivent exister entre deux puissances qui se soutiennent et se protègent mutucltcjuf*at.*

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égard , et maintint sa déclaration du ?4 vars, malgré les efforts que Ton fit dans ce temps pour l'engager a la retirer.

Le 10 janvier, Ordonnance et Instruction pastorale de M. de Vintimillc, archevêque de Paris, contre la consultation des quarante avocats. Il setoit cru , disoit-il, d'autant plus obligé d'élever la voix , (pje cet écrit avoit paru dans son diocèse. Il s'attachoit à prouver, contre les avocats, cinq chefs principaux; i° que l'Église est une véritable puissance indépendante, pour ce qui la regarde, comme Ja puissance temporelle; i° que lesévêques ont le droit de faire des lois ; 3° que l'Eglise a une véritable juridiction qui n'est point bornée au for de la pénitence, mais qui s'étend au dehors, et qui lui donne droit de prononcer des censures; 4° qu'elle a un pouvoir coactif qui s'exerce par la menace ou l'imposition des peines spirituelles; 5° enfin que la distinction établie dans le Mémoire entre le fond et l'exercice du pouvoir des clefs, est fausse, inconnue à l'antiquité, inventée par les auteurs protestans , et ré|>éfée par Richer et Quesnel. M. de Vintimillc finissoit par condamner la consultation comme renfermant ou favorisant, sur les cinq chefs cités, plusieurs principes faux, pernicieux, destructifs de la puissance et de la hiérarchie ecclésiastique , erronés et même hérétiques. M. de Sanzai , évoque de Nantes, adopta, depuis, cette Instruction pastorale; et M. de Tcncin , archevêque d Embrun , en donna une autre contre cette même consultation. Il semble qu'il devoitêtre permis du moins aux évêques, accusés et injuriés dans tant d'écrits , de défendre leurs droits et de répondre a leurs adversaires. Le parlement n'en jugea pas ainsi. Cette cour, qui n'avoit point repoussé l'encens que lui offraient les avocats dans leur Mémoire, ne put souffrir qu'on flétrît cet ouvrage. Le 29 janvier, sur Ja dénonciation de l'abbé Puçelle , clic supprima le Mande*

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ment de M. tfeTencin; et, le même jour, ua autre Maodénient de cet archevêque contre un écrit de M. Colbert. Dans le même temps, une lettre de 1 ancien évêque d'Apt fut condamnée au feu , et un Mandement de l'évêquc de Laon déclaré abusif. M. de Vintimdle ne fut pas plus ménagé. Le 5 mars ,le procureur-général fut reçu appelant comme d'abus de son Ordonnance. Ainsi des laïques déclaroient qu'il yavoit abus dans une qualification d hérésie donnée par leur archsvêque , et le troupeau , ou du moins une très-petite partie du troupeau , prêt enduit ié former le pasteur dans une matière de foi. Les évéques se récrièrent contre cet oubli de tous les principes. Pour les calmer le roi rendit, le io mars, en son conseil , un arrêt qui ordonnoit un silence absolu sur cet article , jusqu'à ce qu'il eut pris des moyens pour terminer les disputes. Il défèndoit qu'on contestât à l'Église Je pouvoir qu'elle a reçu de Dieu seul , de décider les questions de doctrine sur la foi et les mœurs, de faire des canons de discipline pour la conduite des fidèles , d'établir et de destituer ses ministres, et de se faire obéir par les jugemenset les censures des premiers pasteurs. Il déclaroit vouloir que l'Église continuât de jouir paisiblement des droits et privilèges qui lui a voient été accordés par ses prédécesseurs, et qui joignent l'appareil extérieur et la crainte des peines temporelles à celle des peines spirituelles. II adressa aussi deux circulaires aux évêques. Dans la première, il recoanoissoit leur juridiction : dans la seconde , après leur avoir promis son appui, et les avoir exhortés même à faire rendre à la bulle Unigenitus la soumission entière et parfaite qui lui est due, non comme à une simple loi de police et de discipline , mais comme à un jugement dogmatique de l'Eglise universelle, il les engageoit à ne pas se servir , en parlant de cette décision , de la dénomination dérègle de fmiy dénomination qui ne paroissoit paà nécessaire et qui donnoit lieu à de nouvelles disputes ; mais à se contenter de celle de jugement dogmatique de V Eglise universelle f qui avoit été généralement adoptée. Cependant M. de Viotimilk , maltraité au parlement,

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a voit en recours au prince. On eut égard h ses réclatnarnations. Le 3o juillet, le roi évoqua l'affaire h lui, et permit à l'archevêque de faire publier son Ordonnance, Les avocats signataires de la consultation en furent choqués, et fermèrent leur cabinet. C'étoit un moyen pour intéresser le public dans leur querelle. Ils font entrer leurs confrères dans leur ligue, en leur représentant l'honneur du corps outragé. Les plus riches se cotisent pour gagner les autres : ceux qui ne veulent pas cesser d'exercer, sont exposés à mille avanies. Cette cabale eût peut-être mérité quelques exemples de sévérité. On en exila dix des plus ardens; mais ce châtiment n'ayant point ramené les autres , ou eut la bonté de négocier avec eux. Le 26 novembre, ils voulurent bien rentrer au palais; et, quelques jours après, un arrêt du conseil annonça qu'ils étoient éloignes de soutenir les faux principes cencurésparM. de Vintimille. Les dix exilés furent rappelés* et l'on apprit, par cet exemple, qu'une résistance persévérante pou voit triompher de l'autorité du prince.

— Le 1 5 juillet , Mandement de M. de Vintimille sur u» miracle attribué à l'intercession du diacre Paris. François de Paris , diacre du diocèse de Paris , mort le 1er mai 1727, avoit toujours vécu dans l'obscu rité , et même, à ce qu'on dit, dans les austérités de la péuitencc. On imagina d'en faire un saint , et un saint h miracles. C'eût été, en effet , un grand relief pour une cause a laquelle on savoit qu'il étoit extrêmement attaché. Au surplus, toute la vie de ce vénérable personnage n'est pas également édifiante. Resté diacre , par une pratique assez commune dans ce parti, il passa une fois jusqu'à deux ans sans communier, et même sans faire ses pAques. Cette omission d'un précepte formel étoit , chez les siens, la preuve d'une haute perfection qui n'a pas besoin d'observer lescoraman— démens de l'Église. On en trouve plusieurs autres exemples, dont le plus frappant est celui d'un P. de Gennes , ex-Oratorien , que l'historien de sa vie nous apprend avoir passé quinze ans sans communier. Pour en revenir au diacre , on l'enterra dans le petit cimetière de la paroisse Saint-MédaraV

Jnnêe 17$** 3f

»U sôn tombeau devint peu à peu le rendee-TOUt d'une foule crédule. Des gens séduits en attiraient d autres à leur séduction. L'appât de la nouveauté, laraour du merveilleux , l'exemple, des vues intéressées, peuplèrent ce cimetière dune multitude," qui, par ces dispositions, «ftoit portée à croire, sur les plus légères apparences, ce <jik>q vouloit lui persuader. On sentoit le besoin d'avoir des miracles. Le parti , terrassé par l'autorité, ne voyoit plus que les prodiges qui pussent étayer une cause désespérée. Un de ses écrivains avoit même avoué que l'autorité de la bulle étoit telle qu'il n'y avoit plus que les miracles pour la contrebalancer. Peut-être qu'en les supposant même réels , il serait encore permis de mettre en question à qui il faut croire, ou de l'autorité, ou des prodiges t quand ils sont en opposition. Sans doute on devrait préférer Je moyen sûr et infaillible, à un moyen souvent trompeur, et dont l'Écriture même nous avertit, en p'us d'un endroit, de nous défier : Quand un ange, dit TA put re, viendront vous annoncer une autre r/o*trine , ne le croyez pas. S'il ne faut point se laisser séduire par uu miracle aussi imposant que celui d'un ange qui descendrait du ciel pour enseigner une nouvelle doctrine, il n'y a donc d'autre voie sûre que l'autorité dus pasteurs. Au surplus, cette discussion n'est même pas nécessaire. Les miracles du cimetière Saint-Médard se sont p is de nature à soutenir l'examen ; et il falloit qu'un bandeau bien épais couvrît les yeux des partisans de ces misérables prodiges , pour leur en cacher le ridicule et la fausseté. Leur nombre seul les rend suspects. Plus de deux cents, opérés en peu d'années, tandis que depuis plusieurs siècles le ciel semble avare de ces faveurs extraordinaires ; ce serait un grand changement dans l'économie de la Providence. Un des premiers miracles allégués , est celui qu'on disoit s'être opéré sur une fille nommée le Franc. Rien de plus affreux que l'état 011 elle éloit réduite, si on en croit la relation. Oppression continuelle, eu fl ure générale, crachemens de sang, fièvre dévorante, anéantissement total, insanjjue , privation de

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la vue , tout cela disparut en un moment sur le tombeau du diacre Paris. Cent vingt témoins prêtèrent leur signature pour ccrtiGer ce fait. Qui n'eût cru qu'un miracle si bien attesté, étoit a l'abri de la critique? Cependant la vérité séclaircit bientôt. M. de Viutimille ordonna une enquête îi l'archevêché. On entendit quarante des témoins, entrautres la mère, le frère et la sœur d'Anne le Franc, ainsi que les chirurgiens qui l'avoient traitée. Leurs dépositions dispensèrent d'en chercher davantage. Elles prouvèrent i° que la relation publiée blessoitla vé-, rité, en assurant que la maladie de cette fille étoit sans remède, et que la guérisoo s'étoit faite subitement à Saint- Médard ; 2° que parmi les certificats imprimés, Jes tins avoient été surpris ou extorqués , les autres altérai ou falsifiés; que plusieurs n'attestaient même pas du tout le miracle, et que le reste étoit entièrement indigne de créance. Deux médecins et trois chirurgiens déclarèrent que la maladie n'étoit pas incurable. La famille le Franc désavoua le miracle et démentit les faits. Plusieurs témoins attestèrent avoir vu cette fille depuis sa guérison prétendue, et l'avoir toujours trouvée dans le même état. Enfin , un grand nombre rapportèrent les impottunites et les artifices dont on s'étoit servi pour surprendre leur signature ou altérer leur témoignage. En conséquence, M. de Vintimille, pour détromper ceux que la relation avoit pu séduire, déclara le miracle iaux et supposé, défendit d'en publier d'autres et de rendre un culte religieux au sieur Paris, et condamna un c«rit en faveur des prestiges de Saint-Médard. Mais lu voix du pasteur. j>ouvoit-elle se faire en tendre au milieu des clameurs «lune multitude mensongère ou crédule? On suggéra à la fille le Franc d'en appeler comme d'abus au parlement ; et quatre avocats appuyèrent sa requête d'une consultât ion* On fit plus. Pour confondre le Mandement d'une manière péremptoire, on mit en avant de nouveaux prodiges. Le i3 août, vingt- trois curés de Paris présentèrent à leur archevêque une requête pour l'engager à çcconnoitre cinq nouveaux miracles. Les procédures pour

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les constater avoient été commencées sons le cardinal de Noailles, et les prodiges étotent tellement avérés, selon ces curés , qu'il ne manquoit plus que le sceau de l'ordinaire pour les proposer h la vénération des fidèles. M. de Vintimille ne s'étant pas pressé de satisfaire à cette requête, on lui en présenta une seconde, le 4 octobre, avec les relations de treize autres miracles , dont les curés s'bflioient d'administrer les preuves. On voit que les prodiges se multiplioient sous leurs mains. Bientôt ils se succédèrent avec une rapidité incroyable. Chaque jour en voyoit de nouveaux , et la merveille du jour étoit effacée le lendemain par une merveille plus étonnante* On en don n oit de pompeuses relations , que l'on distribuons avec profusion dans Paris et dans les provinces. On les croirait toutes jetées dans le même moule. La plupart ne pou voient avoir été dressées par ceux auxquels on les attribuoit , gens pauvres presque tous, et qui, loin d'être en état de composer des descriptions soignées, ne savoient souvent ni lire ni écrire. Ce qu'il y a de curieux dans ces récits, c'est que ces malades, dans l'excès de leur dévotion , pensent moins sur la tombe aux besoins de leurs corps qu'a ceux de leurs ames. Ils parlent tout uniment de leurs ferventes prières , de leur piété , et témoignent ne désirer leur guérison que pour la plus grande gloire du bienheureux diacre et la confusion de ses détracteurs. L'un ne songe qu'aux maux del'Égl s'apitoie sur les ravages causes par la constitution, dé*efame contre le Pape et les éveques ; et des dispositions si c-Ij rétiennes lui obtiennent la santé qu'il ne demandoit pas. Un autre sollicite la guérison d'un parent , d'un ami ; et cet oubli de lui-même le mérite la sienne propre. Quelques-uns de ces miracles ont été démentis par ceux mêmes sur lesquels on avoitdit qu'ils sétoient opérés. Dans plusieurs de ces récits , on voit des signes évidens de fausseté. Là. c'est un malade réduit, si on veut l'en croire, à ne pouvoir plus marcher, et qui fait une lieu§ et demie à pied pour se rendre à Saint-Médard. Ici , c'est unefillo atteinte d'une maladie secrète dont elle se prétend gué-

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