TOME SEC05D
84 Année i^Zu
»ie, et dont elle meurt quelque temps aptes. Ailleurs, un sourd et muet, que l'on assuroit avoir recouvré déjà l'usage de l'ouïe et commencer à parler assez joliment , est amené devant M. de Vintimille, est interrogé, ne peut répondre à aucune des questions qu'on lui fait , et confond sans réplique , par son silence , ceux qui avoient vante' ce miracle comme incontestable. Dans une autre relation , c'est un orfèvre qui raconte que pendant un mois il est aile' tous les jours à Saint-Médard , qu'il y a éprouvé plus de deux cents convulsions accompagnées de beaucoup de joie et de dévotion, sans parler d* quantité d'émotions violentes que lui occasionnaient les reliques et la tombe du diacre ; et qui ajoute gravement qua la fin de tous ces sauts il a été guéri, mais que, pour l'empêcher d'oublier le bienfait, Dieu lui a laissé un doigt parai/tique. Ces miracles étaient souvent mêlés de convulsions, ef ne s opéraient même, dit-on , que par ce moyen. Mais une olxservation commune à presque tous, c'est qu'ils arrivoient à des personnes pauvres et de la dernière elasse. Des savoyards , des gens à qui leur travail ne suflisoit pas pour vivre, des mendians, trouvoient fort commode de n'avoir , pour se" tirer d'indigence, qu'à supposer qu'ils étoient guéris d'une incommodité qu'ils n'avoient jamais eue, ou qu'à dissimuler qu'ils en souffroient encore. On les accueil loi t , on pourvoyoit à leurs besoins. Les douceurs d'un tel état n étaient pas trop achetées à leurs yeux par leur complaisance à dire ce qu'on désiroit. Quelquefois , car on profitait de tout, quand on trouvoit quelqu'un qui commençoit à se rétablir, p.r les moyens naturels, d'une maladie ou de tout autre accident , on l tngageoit à cacher son rétablissement , et à prolonger son mal aux yeux du public, jusqu'à ce que, la guérison terminée, on en fit honneur à quelque pèlerinage à Sainl-Médard , ou bien à l'attouchement de reliques du sieur Taris. D'autres fois, on employoit encore eu même temps l'invocation du nouveau saint et les remèdes de l'art, et quand ceux-ci avoient opéré ; on ça étoit qui Uç poux n'eu pas parler dans lu
relation , et pour n attribuer le retour de la santé* qu a la protection du diacre. Plusieurs médecins certifièrent avoir ainsi traité et guéri des gens, qui prétendoient ensuite devoir leur salut à des moyens surnaturels. C'est par tous ces artifices , employés à propos par des gens adroits , qu'on obtint tant de prodige*. Les temps apostoliques n'en avoient pas autant vu , qu'il s'en opéra à Paris dans Je court espace de quelques années. H y en eu,t bien aussi dans les provinces , mais en petit nombre. Les moyens n'y étoient pas aussi puissans qu'à Paris. Les Jansénistes mêmes do Hollande s'efforcèrent de s'illustrer par quelque événement éclatant ; et une fille d'Amsterdam fut guéris en I misant le bas du rocket de Barchman , archevêque dUtrecht, qui fit dresser procès-verbal de cette merveille opérée par son intercession. Pour finir ici tout ce qui regarde cette matière, et n'avoir plus à revenir sur un sujet qui prouve tant d'imposture d'une part et tant de crédulité de l'autre, nous citerons un ou deux de ce» miracles ; car il faut bien donner un échantillon du savoir- * faire de ces thaumaturges. Il faut bien s'arrêter un instant sur un genre de folie , qui , semblable à une maladie épidémique , tourmenta tant de têtes. On sait avec quelle fureur on courait à Saint- Médard. Examinons un de ce» prodiges qu'où y divinisoit; et choisissons le plus fameux p celui, qui les surpasse tous, qui les prouve tous, et qu'un aveuglement terrible peut seul contester, si on en croit les partisans de l'abbé Paris. C'est la punition exercée sur une femme à Saint-Médard. Voici le fait. La veuve Deiorme va sur le tombeau le 4 août 1731. Elle avoit éprouve la nuit précédente quelque incommodité» Elle arrive au cimetière ayant fort chaud , se laisse con— duire sur la tombe, s'y couche et y est saisie de paralysie. Un pareil accident arrivé sur le tombeau , n'étoit pas très- propre à en accréditer la vertu. Comment détourner ce coup ? Quelqu'un imagine de dire que cette femme est venue là pour se moquer du diacre , et que Dieu l'en, a punie sur-le-champ. Cette explication étoit trop favorable pour n'être pas saisie par la feule d'enthousiaste
36 jinnée 178t.
qui remplissoit le cimetière. On la répète. Chacun f ajoute des circonstances. La malheureuse , sécrie-t-on , l'impie qui insulte à Dieu dans la personne de ses saints f Mille voix publient que la paralysie est une punition divine. A cette assertion il ne manquoit que des preuves. On en eut bientôt du contraire. La femme, conduite à l'Hôtcl-Dieu , avoue à un prêtre en entrant , qu'avant daller à Saint-Médard , elle avoit eu des pressentiment de paralysie. Elle déclare la même chose à deux autres ecclésiastiques de la maison , et le répète à deux chanoines, assurant qu'elle netoit point allée au tombeau par dérision. Cependant le parti ne vouloit point renoncer à la gloire de son saint , ni au roman qu'on venoit de forger. On entoure cette femme. Son lit est assiégé de gens, qui, à force de sollicitations, de Ipromesses et de présens , parviennent à lui faire changer de langage. Entraînée par ces suggestions, la veuve Delorme dément bcs premières dépositions ou plutôt on les dément en son ' nom. Son confesseur, parlant pour elle, déclare que sa paralysie est une punition de Dieu pour l'esprit de moquerie qui Ta conduite au tombeau. Il signe cette relation r qu'il avoit dressée. La veuve ne signe point. Le concours continuoit à son lit. On se relevoit pour l'empêcher de rétracter ce qu'elle venoit de dire. Ce fut pour la soustraire à des i m port unités aussi nuisibles à son rétablissement qu'à la vérité, qu'on la transporta dans une maison religieuse , où on lui laissa le temps de se rétablir, et ou, rendue à elle-même , elle déclara , le a8 avril 1732, à un grand-vicaire de Paris, qu'elle n'étoit point allée au tombeau par dérision ; que la nuit d'avant elle s'étoit trouvée incommodée ; qu'une personne, qu'elle nommoit, lui avoit' recommande de tenir la chose secrète ; qu'une autre lui dictoit ses réponses h l'Hôtel-Dieu , et que la déclaration de son confesseur netoit ni vraie , ni faite à sa réquisition. Cette punition divine , ce coup terrible d'une main puissante et intéressée à venger l'honneur de ses saints , n'est donc qu'un accident trèsnaturel , travesti en miracle par l'imposture. Mais il est., »
Jmiée ifit. 37
il faut l'avouer , parmi ces prodiges une punition plu* réelle que celle-ci. Le fait mérite d'être raconté. Le 10 mars 1737, un vitrier travaillant dans l'église Saint- Medard , à des réparations de son état , et excité par la vue , les prières et les gestes de quelques dévots au sieur Pâris , qui invoquoient près de là leur patron , se permit des propos contre le diacre et sa vertu. On les entendit, et on lui annonça que le saint pourroit le faire repentir de sa témérité. Les auteurs de la prophétie se mirent en devoir de l'accomplir. Dès le soir même, une main invisible, dit la relation, jeta pendant plusieurs heures dans les vitres de l'indiscret ouvrier, des pierres, des morceaux de tuiles , etc. On cherchoit , ajoute-t-elle * on rcgardoit de tous cotés, on ne pouvoit deviner doii partoit le coup. Le bruit de cette merveille attiroit tel curieux. Les Jansénistes aceouroient pour s'instruire religieusement du fait 9 et s'en édifier (i) ; ce sont les termes du récit. 11 y avoit un grand rassemblement devant la porte , beaucoup de tumulte , de cohue. Cependant les pierres voloient toujours , et bientôt toutes les vitres du malheureux s'en allèrent en éclats. On applaudissoit de plus en plus. Au milieu de cette foule et de ce brouhaha , il eût été difficile de discerner d où partoient les coups. Tout étoit fini , quand la police s'en mêla. On n'arrêta qu'une petite GUe, qui fut trouvée, dit-on, innocente, et il passa pour indubitable qu'il ne s'étoit jamais opéré de miracle aussi éclatant que celui-là , et que le bénin M. Paris, devenu vindicatif cette fois, étoit revenu au monde pour casser des vitres. Tels sont pourtant les prodiges qui firent courir des habit an s de la capitale. On auroit peine à le croire aujourd'hui, si d'autres exemples n'avoient montré à quel point une multitude légère et amie des nouveautés peut se laisser entraîner par des hommes intéressés à propager l'erreur, et combien sa frivolité même la rend susceptible des im* pressions les plus vives. On ne ré voit que miracles à
(1) fouvêlles 9cclésia$tûjue$ , feuille «ta n ani t?37*
<3i Annie 1731.
•ette époque, et le sieur Pâris ne fut pas le seul qui. mut la réputation d'en faire. MM. S «a non , Quesnci M Housse, Desangins, et autres champions de la morae cause ^ eurent aussi la gloire d'être thaumaturges. Mais aucun n'égala la vogue du diacre. Différens écrivains ambitionnèrent l'honneur de composer son histoire. Leurs ouvrages furent, il est vrai , condamnes à Rome et en France ; mais de pareilles flétrissures neflrayoient plus ces gens-là. Us soutinrent leurs miracles par des écrits nombreux, marqués tous au coin de l'enthousiasme et du fanatisme, et qui ne furent pas laissés sans réponses. Plusieurs theo- Jogiens montrèrent Le ridicule et la fausseté de ces prodiges. M. Languet, archevêque de Sens, les combattit en détail , en montra l'incohérence , et y opposa les vrais principes qui renversoient tout cet échafaudage de mer- Yeilleux. M. de Vintimille , qui avoit cru ne pas devoir répondre d'abord aux requêtes de quelques-uns de ses curés, pour laisser évanouir les premières fumées de l'esprit de vertige, fit examiner, en 17 35 , les procès-verbaux qu'on lui avoit envoyés. Le promoteur de i'oifieiaJifé en discuta l'autorité, et se convainquit que les cinq guérisons alléguées dans la première requête deseurés , étoienl ou fausses ou naturelles. Son rapport , extrêmement bien fait, et dirigé par une critique sage, fut suivi d'une ordonnance de M. de Vintimille , en date du 8 novembre 1735. Le prélat y anéantissoit les cinq prodiges» passoit ensuite à quelques autres qu'il convainquoit également de faux, s élevoit contre l'ignominie des convulsions, et- Unissoit par déclarer les procès-verbaux et les miracles destitues de preuves et indignes de créance , par défendre de publier ces miracles et autres attribués au sieur Paris, et par condamner une proposition impie par laquelle on avoit cherché à étayer ces impostures. Nous ne devons* pis dissimuler, en unissant cet article , que" deux évêque* *e déclarèrent pour les miracles de Saint-Médard. Ce âbrent MM. Colbert et de Caylus. Leurs écrits, condamnés à Rome, supprimés au conseil du prince, furent «score réfiitip par guehjucft-uAs de leurs collègues, et
jfnnée ifîî* 5<)
notamment par M. Languct , et par dora la Taste , Bénédictin, depuis évêqne de Bethléem.
— Le 26 août . Mandement impérial au sujet des protestans de» Salzbourg. Les montagnes de cet archevêché «ervoient d'asile a des Hussites et des Vaudois, à qui la difficulté des chemins donnoit plus de moyens de pratiquer leur religion sans être découverts. Ils tenoient beaucoup à leur croyance et à leurs livres. Avant la guerre de trente ans , on en avoit contraint plusieurs de quitter le pays. En 1684, Maximilien Gandolf, archevêque de Salzbourg. voulut user du droit que lui laissoit le traité de Wcstphalic, d'cxpnlscr de son état ceux qui ne professaient pas une des trois religions autorisées dans l'empire. Ir contraignit, en conséquence, plusieurs des non-catholiques, dont nous avons parlé, à sortir de son territoire. Léopold de Firmian , un de ses successeurs, eut encore plus à cœnr d'établir l'uniformité dans sa principauté. Il fit enlever, aux descendans des Vaudois, les livres qui les cntrctcnoicnt dans Terreur, envoya des missionnaires pour les prêcher, et employa, aoit comme prince, soit comme archevêque, tous les moyens pour venir à bout de son dessein. Henckc, dans son Histoire des églises chrétiennes , publiée en i8or, avoue qu'il se trouva parmi les religionnaires des têtes ardentes qui se portèrent à des excès. Us regardèrent comme une tyrannie les procédés de l'archevêque , et curent recours à des voies de fait. Le soulèvement se jiropogea. €c fut pour en prévenir ou en arrêter les suites, que l'empereur Charles VI, publia l'ordonnance du 26 août, par laquelle il défendoit aux protestans de se faire justice eux-mêmes , et leur prescrivoit d'exposer paisiblement leurs griefs. Mais le mal étoit fait, et l'impulsion donnée. H fallut envoyer des troupes pour contenir Jes mécontens. L'empereur lit passer quelques régi mens dans ce pays. On arrêta beaucoup de gens prévenus d'avoir pris les armes et excité le trouble. Enfin , le 3i octobre % M. de Firmian crut que l'intérêt de son état exigeoit un sacri- £ce. Il bannit ces religionnaires. B y en eut , dit-on ,
4o Année 1781.
environ vingt aille qui s'expatrièrent. Leur sort intéressa vivement tout le parti protestant. Les princes réclamèrent en leur faveur , et leur accordèrent des asiles. La Prusse, sur-tout , reçut un grand nombre de ces émigrans. Les écrivains qui nous ont transmis ces détails v et qui sont presque tous protestons , peignent très-vivement les rigueurs dont on usa envers les Salzhourgeois , et accusent fortement l'archevêque d'intolérance et de tyrannie. Cependant, même d après leurs récits, il paroît que tous les torts ne sont pas de son côté , et que ses sujets oublièrent bien vite leurs devoirs envers le souverain, et eurent recours à la force. Il y eut, de leur part, beaucoup d excès et de désordres qui provoquèrent la mesure définitive que prit l'archevêque. Nous ne discuterons point l'équité de cette mesure. Nous nous contenterons de dire qu'elle excita de grandes plaintes en Allemagne, et que les protestans de ce pays en ont fait long-temps le sujet de leurs reproches les plus vifs, et de leurs récriminations les plus a mères.
— Le 7 septembre , arrêt du parlement de Paris. Il avoit été rendu en cette cour, le 28 avril* précédent 9 un arrêt contre l'évêque d'Orléans, en faveur dune femme à qui il avoit été fait un refus de sacremens. Le roi avoit cassé l'arrêt , en ce qu'il y étoit fait injonction à l'évêque en matière spirituelle et de sacremens. Le parlement présenta des remontrances, auxquelles le roi répondit qu'il persistoit à ne pas changer l'arrêt de son conseil. Le 17 août, itératives remontrances. Le prince défendit toute délibération ; ces ordres ne furent pas respectés. L'abbé Pucellc et quelques autres les traitaient de mesures vexatoires et arbitraires. Ils présentèrent de troisièmes remontrances. Le roi, après avoir donné les motifs de son arrêté , marqua de nouveau qu'il vouloit être obéi. Les magistrats répliquèrent par un arrêté, oit ils rappeloient l'indépendance des rois, comme si on l'eût contestée, tandis que les évêques avoient manifesté leur sentiment 9 sur ce point important, quatre fois,
Jnnée ifia. 4*
différentes en moins de quinze ans (i). Les autres articles de l'arrête* rouloient sur l'exercice de l'autorité de l'Eglise, et ne tendoient qu'à la restreindre. Le roi en fut encore choqué sous un autre rapport. Le lendemain, il cassa l'arrêté , le révoqua , le mit au néant , et le déclara nul et de de nul effet. U voulut même que la minute en fut rayée , et le présent arrêt transcrit à la marge. Il reprochoit au parlement d'avoir pris le style des lois, d'avoir répété inutilement, dans le premier article, ce qui n'étoit point contesté, et d'avoir voulu établir des règles sur des objets dont il s'étoit réservé la connoissance , et cela après avoir entendu , de sa bouche même, la veille, ses iutentions. Ainsi setablissoit une lutte qui annonçoit des orages. Feu de jours après l'arrêté, on supprima , au parlement , un décret et un bref donnés récemment à Rome contre une Vie du diacre Paris, contre les miracles prétendus, et contre un Mandement de M. Colbert : tant cette cour avoit à coeur de soutenir ses protégés.
— Le i« octobre, décret de béatification de Catherine de Ricci •
le 27 janvier, ordonnance du roi pour fermer la porte du petit cimetière de Saint-Médard. Il y avoit plus do six mois que ce cimetière étoit un théâtre où se jouoient les stènes les plus extravagantes. Cétoient les convulsions, espèce de maladie frénétique, ou plutôt d'imposture honteuse, dont il étoit donné au sieur Paris de tourmenter ceux qui lui étoient dévoués. On n'avoit pas encore vu de saints , qui , au Ifen de guérir ceux qui les invoquoient , Uur envoyassent des secousses vio-
(1) Voyez l' Instruction pastorale de l'assemblée de 17 14 , le Corps de doctrine de 1720 , la Censure du livre de le Courrayer , eu 17^17 , et le Jugement sur la Çoiwultatiea des cinquante avocat», en 1723.
. 4* Année 1782»
lentes, délire, et tous les attributs de la fureur. Cette gloire étoit réservée au. patron des appelans. On attribue l'origine des convulsions au fagurisme , manie qui , depuis plusieurs années, étoit devenue fort commune dans le parti. C'était un système dont l'auteur paroît avoir été l'abbé d'Etcmare , appelant fameur, qui croyoit avoir reçu Je dou d'intelligence des saintes Écritures. 11 voyoit partout, dans l'ancien Testament, une figure de ce qui se passoit , interprétait les prophètes h sa mode , et trouvoit, à force de commentaires et de rêveries , que l'acceptation de îa bulle étoit l'apostasie prédite, et que les Juifs allaient se con\crtir pour réparer les pertes de l'Église. 11 sut inspirer à ses disciples ces idées , qui , germant dans des têtes ardentes et échauffées par ses prédications, enfanteront les écrits les plus bizarres. 11 ne fut plus question, parmi eur, que d'interprétations arbitraires et de prédictions merveilleuses. On ne rencontrait plus que des enthousiastes qui déploraient la situation de l'Eglise, et ne parloient que de changemens. Élie alloit venir et rétablirait tout. On fixoit le temps de son arrivée, on se mettait en route pour aller à sa rencontre ; car il ne pouvoit tarder. La guerre, que la bête , suivant l'Apocalypse, avoit reçu le pouvoir de faire aux saints, avoit évidemment commencé a la déclaration du 1 4 mars 1730; elle devoit indubitablement finir au mois de septembre 1733. Telles étaient les rêveries dont se bercoient ces visionnaires , et qu'ils ont consignées dans de nombreux éerits. 11 parut, dans le temps, un ouvrage composé par un appelant, ou les écarts des figurislcs étaient mis au jour (ij. L'auteur leur reproche de tomber dans la doctrine des calvinistes sur l'inamissibilité de la justice, de renverser la perpétuité et la visibilité de l'Église, de
croire l'apostasie à peu près consommée Aussi t s'ils
appelent au concile, dit -il, ce n'est, à proprement parler , que pour la forme ; car ils ne croient pas qu'un concile , dans l'état présent oh est l'Eglise , put
ii) Question* **r l'irîgine et les propres des $fiiwuUiêas.
Année 1732. 4$
remédier aux maux quelle éprouve* Ces maux nf auront d'autre terme que le retour des Juifs, Jusque-là , il faut qu'ils croissent , et qu'ils arrivent à la mesure qui doit consommer la réprobation des Gentils. Ou -voit par là ce qu etoit l'appel dans l'opinion de ces genslà. Ils nappeloient que pour la fo nue ; ils se seioient moqués également d'un jugement qu'ils avoieut l'air de réclamer avec tant d'instance. Telles étoient les idées dont se repaissoient ces hommes exaltés. Leur inépris pour l'autorité les avoit disposés à toutes les illusions de l'esprit de mensonge , et le désordre de leur imagination s'accommodoit fort bien du délire des convulsions et des extravagances de ces scènes. Ce fut vers le mois de juillet et d'août i ^3 1 , qne ces farces ridicules commencèrent à Saint-Médard. L'archevêque de Paris venoit, après une information juridique , de déclarer faux h; mijacle d'Anne le Franc. Les chefs du parti , assemblés à ce sujet, furent, dit-on (i), d'avis qu'il falloit détruire reflet du Mandement par quelque coup d'éclat , et jugèrent que rien ne seroit plus efficace qu'un miracle. On le demanda donc hardiment à Dieu. Un nommé liescherand se fit porteur de l'appel qu'on interjetoit du Alandement , et se présenta sur le tombeau du diacre, ne doutant pas que son infirmité (ilétoit boiteux) ne .disparût à la fin de la ncuvaiue ; mais il s'en passa deux , et sa jambe ne se redressoit point. Alors les convulsions le prirent ; des mou ve mens vîolens, des sauts, des élancemeos, des agitations furieuses, tel étoit le caractère de - ces sortes de scènes. U fut décidé qu'elles équivaloient au miracle attendu. Pendant que Bescherand doonoit ce divertissement à la foule des curieux , des scribes décri- Toient exactement toutes les variantes de ses convulsions, et ees descriptions s'en voy oient dans les provinces. Cependant Je boiteux restoit toujours tel. Ce n'est pas qu'il ne s'opérât dans sa jambe des changemens notables ; il y eut telle séance ou il lut constaté, qu'à force de sau-
(i) Jourml dek convulsion* , Ear M*» *U1 , atoutte flujuet
44 Année
ter, elle avoît allongé d'une ligne , prodige dont on eut soin d'instruire le public dans de pompeuses relations. Ce convulsionnai re se donna long-temps en spectacle, sans s'en trouver mieux. Tous les jours il venoit se mettre sur le tombeau, et là, représentant TKglise (car on ne craignoit pas de lui appliquer ces mots : Personam gerit Ecclcsiœ), il se déshabilloit, et recommen— çoit ses sauts et ses gambades. Les louanges qu'on donnoit à ce ridicule fou , l'accueil et les caresses qu'il recevoit , firent naître à d'autres le désir d'avoir des convulsions. Ils en eurent ; la folie gagna , et la tombe devint un théâtre, où accou rotent des malades et des gens en santé qui briguoient l'avantage d'être convulsionnaires. On voyoit des hommes , ne gardant de leurs habits que ce qu'ils ne pou voient absolument ôter , s'agiter comme des furieux. On voyoit des femmes éprouver les secousses les plus violentes, tantôt assises sur les genoux des hommes, tantôt debout entre leurs bras. On n'osoit les laisser à elles-mêmes » il falloit les tenir ; elles se seraient tuées, disoit-on , tant l'esprit de Dieu qui les agi toit avoit besoin d'être réglé par la main des hommes. On en voyoit d'autres se toucher sur la tombe , et se secouer avec tant de violence , qu'il falloit être a leurs cotes pour prévenir des inconvéniens , qu'il n'étoit cependant pas possible d'empêcher tout-à-fait. Enfin , près de cent convulsionnaires, de tout âge et de tout sexe , couraient, crioient, hurloient et faisoient mille extravagances. Voilà le spectacle dévot qui attirait la foule. Des curieux , des imbéciles, des visionnaires s'y rendoient de tous côtés. La presse étoit si grande , qu'on pouvoit à peine approcher du cimetière. Les lieux circonvoisins et oient remplis ; on passoit là une journée entière à ambitionner l'honneur de se trouver plus près du tombeau. Ce concours, et le tumulte auquel il donnoit lien, fixèrent enfin l'attention du gouvernement. On n'ignorait pas quels discours s'y tenoient , quels projets s'y formoient. Ou ferma donc la porte du cimetière , et on mit des gardes à lcntour. 11 est iatrojabU cogsbie» cette mesure
Annie 173 a. \5
excita de plaintes et de clameurs. Un roi de la terre vouloir imposer silence au Dieu tout-puissant , s écrie à cette occasion un libelliste du parti (1). Plusieurs voul oient continuer a pénétrer au tombeau ; on fut obligé de les écarter , et on ne vil plus de convulsiounaires en public. L'on ne fut pas cependant totalement privé de ce spectacle intéressant ; les représentations se firent dans les maisons particulières , et sur ce nouveau théâtre les convulsions n'eurent pas moins de vogue.
— Le 27 avril, Mandement de M. de Vintimillc pour condamner les Nouvelles ecclésiastiques* Cétoit le titre très-impropre d'un journal qui paroissoit depuis quatre à cinq ans. 11 s'en débitoit régulièrement une feuille toutes les semaines. Ce n'étoit d'abord que de simples extraits faits à Ja main , qui contenoient les événement les plus intéressas» pour le parti, avec des réflexions analogues. On se les arrachoit , et le mystère leur donsoit un nouveau prix. En 1729, un prêtre, nommé Pontaine de la Roche, se chargea de l'entreprise, et mit eette gazette sur le pied où elle parut pendant soixante ans. 11 s étoit condamné lui-même à la plus grande retraite, etavoit, dit- on , établi ses presses dans un bateau de la Seine. C'est de là qu'il lancoit ses traits sur tout ce qui n'étoit pas favorable à la cause. On au roi t peine à croire jusqu'où alloit sa hardiesse. Sophismes, injures» artifices, calomnies, tout lui étoit bon, pourvu qu'il servît son parti. En parcourant ses feuilles mensongères , on se sent souvent ému de pitié pour ceux que tant d'inepties et d'impostures pou voient séduire. Parle- 1- il de la faculté de théologie de Paris ? c'est toujours la faculté carcassienne. M. de Vintimille , il Y appelé l'avocat du diable» 11 triomphe parce que dans Joannes-Josephus Languet , il a trouvé , par un bizarre arrangement de lettres, oh Pelagius Senonas veniU A ses yeux, M. do Fénélon n'étoit qu'un auteur sans conséquence , à qui il étoit permis de tout écrire , sans que personne se mit, — i ,
(i) Nouvelle* ecclésiastiques, i;3a.
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en devoir de lui répondre. Voilà comme il traite tous ses adversaires. Il réserve ses éloges pour des gens ignorés et dignes de l'être , pour les émissaires du parti , les colporteurs de libelles, les eon vulsionna i res , les prêtres qui oublioient leur élat pour se livrer à l'intrigue , les religieux déserteurs de leurs règles, les religieuses opiniâtres qui sortaient de leur couvent par piété, pour tous ceux enfin qui seconsacroient à une seete inquiète et turbulente (i). Tel étoit même l'emportement du fougueux nouvelliste, que les plus modérés d'entre les appelans le blamoient hautement. L'abbé Duguet, qui n'avoit lu encore que le commencement de ses diatribes, étoit choqué de voir cet écrivain, sans titre et sans autorité, juger de tout avec hardiesse, et soumettre à sa censure ariit-re, ou plutôt à sa satire effrénée, tout ce qu'il ▼ avoit de plus respectable. L'auteur des Nouvelles e'tanC inconnu , disoit-il (jt) , doit se mettre à la dernière place; et dès qu'il oublie qu'on ne sait ce qu'il est , ni quel droit il a de se donner une autorité' personnelle , il est permis à tout le monde de l'en faire ressouvenir. Petitpied ne traitoit pas le folliculaire avec moins de mépris, et en parloit comme d'un calomniateur, d'un furicur. et d'un rebelle (3). Ainsi pensaient les moins exaltés. Mais ce cerveau brûlé , ce menteur étoit utile à la cause ; on le souflroit, on le protégeoit même. On est étonné
(1) C'est \ri> celle c'poquc que parut un- déluge d'écrits satiriquv>; tMifimtrs i»;ir lVsj.rîl do prrti , entr'autres V.ilmanach du, diable, 1^38, iitt.i ibue à l'abbe' Qucsnel , neveu de rOratoricn j Compliment et requête des diocésains de Bethléem , à D. l*> Taste , par de jNetivilIe-Montador ; harangues des habitons de SarccUe* , par ji^iu; IJii:cc* et anecdotes intéressante* , par le même; 2 vol. in- 12, vie. Lu moindre défaut de ces pamphlets est n'être grossiers, sans esprit et sans sel. Il y en aroit d'autres d'un genre plus reprehensibic encore.
(2) Lettre de Duguet à un Oratorien, du 9 février i;33. (3) Lettre du 1735.
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comment il pujt continuer im pu nément , pendant tant d'an-*nées, une entreprise que les deux puissances étaient intéressées à proscrire. La gazetfe si m primo it , se pu bl toit et se distribuoit régulièrement toutes les semaines. Lien des gens y étaient abonnés. On en envoyait une grande quantité daos les provinces , et la distributiou s'en foi soit même avec tant de hardiesse, qu'on ne manquoit pas, lorsque quelqu'un étoit maltraité dans une feuille , de la lui faire parvenir. Comment ne découvrhVon pas la source d'où partoit le venin? Comment, dans une ville oîi lu police étoit si bien organisée, ne pou voit-on pas prendre sur le fuit ceux qui colportaient ce libelle? On n'arrêta qu'une fois, en 1731, une femme qui en portait plus de nuit cents exemplaires. Si l'on veut se faire une idée du fanatisme du gazetier, il faut voir la manière dont il .parle de cette femme. Placée à l'imprimerie des Nouvelles, dit-il (i), elle connoissoit le prix de ce travail , et V estimait ce qu'il valoit aux yetur de la foi. Cette femme n'avoit pas montré moins d'impudence , lorsque iuterrogée si elle savoit que le roi eut défendu de colportai* ce libelle, elle répondit qu'oui, mais que Dieu le lui avoit ordonné. Que ne devoit-on pas attendre de gens égarés à ce point ? Le parlement sentit ce qu'un pareil écrit avoit de dangereux , lorsque , le 9 février ir3i , il condamna las cinq premières feuilles de cette année à être lacérées et bridées par le bourreau. L'avocat- général , dans son réquisitoire , reprocha au gazetier « des faits ramassés au hasard , des imputa- « tions calomnieuses, des soupçons atroces, nulle circon- « spection , nulle mesure , nulle bienséance. » Ce magistrat l'avoit bien jugé. Les éveques ne furent pas les derniers à flétrir la gazette. Ceux de Laon , de Marseille , de Chartres la condamnèrent expressément. D'autres se contentèrent de l'indiquer comme une source empoisonnée. A Rome plusieurs feuilles furent bridées par la main du bourreau, A Paris, cette femme dont nous
\r) NouveUts ^cclés insinues , fçuiU« 4u 21 «wmbxe i;5a.
48 Année 1732.
venons de parler , et qui avoit été' arrêtée avec tin grand
nombre d'exemplaires, fut bannie pour cinq ans, et ses feuilles livrées aux flammes. Ce fut dans ces circonstances que M. de Vintimille donna son Mandement contre les Nouvelles, Qui atiroit cru qu'on pût s'élever contre une censure si légitime? Cependant vingt-deux curés de Paris refusèrent de la publier , et dans les paroisses où elle fut lue , les partisans de la gazette s'enfuirent de l'église pour ne pas participer à sa condamnation. Nulle démarche ne pouvoit être plus scandaleuse. Des hommes , des prêtres qui affichoient une morale sévère , et qui se disoient les apôtres de la charité, pouvoient-ils excuser et protéger d'impudentes satires? L'archevêque fit signifier de nouveau son Mandement aux curés , et leur enjoignit de le publier. Ils persistèrent dans leur refus, à l'exception d'un seul , et se pourvurent au parlement. Il n'étoit pas vraisemblable que ce tribunal pût approuver leur conduite, après ae qu'il avoit fait lui-même contre la gazette. C'est cependant à cette occasion que nous allons le voir montrer le plus de zèle et de chaleur.
— Le 3 mai, arrêt du conseil où le roi, renouvelant ceux précédemment rendus, défend de faire aucune poursuite devant ses cours au sujet des miracles du sieur î?âris, et autres matières y attenantes, s'en réserve la connoissance , et fait de nouvelles défenses aux imprimeurs et distributeurs de libelles. Le prince vouloit arrêter par là les écarts du parlement. Dès le 28 mars , le conseiller Paris, frère du diacre, avoit présenté requête à sa compagnie contre les deux Mandemens où M. de Vintituille défendoit d'invoquer ce nouveau saint. Ainsi il n'étoit plus permis à un évêque de s'élever contre un culte superstitieux , parce que celui auquel on le rendoit avoit un frère au parlement. C'étoicnt de telles requêtes qu'accueilioient les magistrats. Celle des curés (1) alloit tire admise , malgré l'arrêt du 3 mai, quand le roi , par
dé
(0 Voyci l'article premier
de nouveaux ordres', défendit au parlement de prendra connoissance des affaires relatives à la constitution. Le chancelier, le sage d'Aguesseau , en expliquant ces ordres, en déduisit les motifs , qui ne persuadèrent point Ceux à qui il partait . Le plus violent orage s'éleva au parement. Toutes les chambres étbient assemblées. Les empêcher de protéger les miracles et la gazette , c'étoit les toucher par l'endroit sensible. Il étoit notoire que plusieurs conseillers avoient fréquenté Saint-Médard et admiré les scènes qu'on y donnoit. Le culte du sieur Paris, les miracles, les convulsions mêmes trou voient parmi eux des partisans, et c'étaient précisément ceux-là qui dominoient dans la compagnie. Les enquêtes, peuplées dune jeunesse ardente, qui cherchoit h se faire un renom parla véhémence de ses opinions, sa résistance à l'autorité, et son dévouement aux préventions de son corps, les enquêtes étaient un foyer d'où* partoient les avis les plus exagérés. Le premier président , prévoyant les suites de ces mouvemeus , s'eflbrçoit de calmer ces têtes bouillantes. L'avis de l'abbé Pucelle et autres prévalut. Le roi ayant mandé de nouveau à Compiegne les députés du parlement, l.ur réitère ses ordres, et croit devoir punir les conseillers Pueelle et Titon , qui Soient le plus signalés par la vivacité de leurs discours. Le premier est exilé dans une abbaye , et le second conduit dans une prison d'état. Tous les magistrats prennent fait et cause pour leurs collègues, se retirent chea eux, et refusent de rendre la justice. C'étoit une tactique dont les avoeats leur avoient donné récemment l'exemple, et que l'on jugeoit propre à effrayer la cour et à exciter le peuple. Le 21 mai , ordre à chacun des magistrats de retourner au palais et de reprendre leurs fonctions Us s assemblent en effet , mais san3 vouloir exrrcer les devoirs de leurs charges. Le s5 mai, lettres patentes du roi pour leur ordonner de rendre la justice. Le parlement les enregistre, et sur-le-champ arrête que le Mandement de M. de Vintimiile, contre les Nouvelles , sera Ternis aux gens du roi pour Être examiné. On ne pouvoir
TOUS SfcCOK*. ^
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guère braver davantage l'autorité royale, te \% jom# le procureur-général est reçu appelant comme d'abus du Mandement , quoique les gens du roi eussent refusé de faire aucune réquisition h cet égard* Un pareil éclat, méritait un exemple. Le roi se contenta de faire arrêter quatre conseillers. Les députés du parlement lurent/ mandés à la cour, et on leur lut un arrêt du conseil % du 16 juin, par lequel le roi cassoit l'arrêt rendu contre ses ordres, et défendoit de rien proposer qui y fut contraire , à peine de privation décharges et de desobéissance. A cette nouvelle . plus de cent cinquante conseillers donnèrent leur démission. Dans toutes les enquêtes et les requêtes . il n'y eut que cinq membres qui ne prirent point ce parti. La grand'chambre n'y eut pas recours non plus, et voulu tcontinuer ses fonctions. Mais la même cabale, qui avoit fomenté les démarches des enquêtes, empêcha les non-démissionnaires de rendre la justice. La première fois que la grand'chambre s'ouvrit pour juger les affaires, des gens apostés et payés remplirent la salle de leurs clameurs et de huées séditieuses , et le tumulte neperm/t pas aux magistrats de continuer leurs travaux. C'était une véritable ligue contre l'autorité du prince. Les appelans, instigateurs bien connus de ces complots, prouvoient par là qu'ils n'étaient pas plus sujets paisibles du souverain , qu'en fans soumis de l'Église. Leur gaxetier, en rendant compte de ces faits sur lesquels il appuie avec complaisance , s'extasie perpétuellement sur la sagesse des délibérations du parlement, et sur l'équité de ses arrêts. Il était juste en effet qu'il louât un corps qui le défendoitsi bien. Cependant le roiayant marnle la grand'chambre à Compiègne , la félicita du parti qu elle avoit pris, et accorda quelques jours aux démissionnaires pour réfléchir sur leur démarche. Il s'ensuivit une négociation, en conséquence de laquelle les chambres démissionnaires convinrent de reprendre leurs démissions. Le roi consentit à les leur rendre, et le parlement fut rétabli» Trois mois après , les magistrats refusèrent d'obtempérer a une déclaration donnée, le 48 août , par le roi, pour
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tégler la discipline du parlement. Il* eMujrerent un exil «rai dura peu. Au mois de novembre , Us furent rappelés , et le prince retira sa loi.
— Le 21 août , trente missionnaires sont expulsés d* la Chine. Nous avons vu que Yong-Tching n'accordoit pas au christianisme la même protection que son père* On avoit arrêté dans les différentes provinces plusieurs prêtres qui u a voient pas la patente impériale, et ou les avoit transportes a Canton* Sans cesse on les menaçoit de les en chasser et de les bannir tout-a-fait de Chine, mais les démarches des Jésuites de Pékin a voient quelque temps suspendu cette mesure. Le 18 août, ces missionnaires eurent ordre de quitter Canton et de se retirer à Macao. Leurs réclamations et leurs prières furent inutiles. On les embarqua le ao, et ils partirent sur de prtites barques. Un deux succomba dans le trajet» Cinquante chrétiens, qui les avoient suivis à Mucaq, furent saisis , à leur arrivée , par les mandarins , et chargés de chaînes. On les fit revenir à Canton. Dvwze Rirent condamnés à la bastonnade , et les autres mis en prison* Le séjour des missionnaires à Macao donnoit encore de lombrage aux païens , qui craignoient que ces étrangers ne trouvassent moyen de s introduire de nouveau en Chine, Les mandarins envoyèrent donc des ordres pour les faire partir le plutôt possible pour l'Europe. Les Jésuite* mêmes, qui résidoient à Pékin comme sa vans, furent menacés d'être renvoyés. Dans quelques proyinces , les chrétiens étoient recherchés avec rigueur. Dans le Fo-kien on en condamna plusieurs à des amendes , & la prison, aux coups de fouet, au bannissement. Deux missionnaires furent arrêtes. Un lettré chrétien fut con~ damné au dernier supplice. La mort d'Yong-Tching , qui arriva le 7 octobre tn35, ne mit pas fin aux poursuites. Son fils Kien-Long, dont on espéroit plus de douceur, ordonna aussi, en 1736, des recherches contra les chrétiens. Beaucoup furent traduit! devant les tri— fcroaux et souffrirent la torture. La plupart soutinrent «ca épreuves avec courage; un très-peUt nombre e|i
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laissa effrayer par l'appareil des supplices. Les Jésuite* resUis à Pékin essayèrent île lléchir l'empereur. Ua d'eux, qui étoit peintre, proflta d'un moment où le nrince venoit regarder ses tableaux , pour lui présenter une requête. La réponse de Kicn-Loog , sans condamner les rigueurs exercées, Gt espérer au moins quelque adoucissement-,, et, en effet , les |K>ursuites se ralentirent peu à peu. Elles reprirent encore eu 17^7 , naais ne durèrent pas ; et il y eut un. intervalle de repos, dont les missionnaires profitèrent pour consolider leurs travaux, et faire de nouvelles conquêtes à la foi.
' Le n février, ordonnancé du rot, défendant, sons beion de prison , de tenir des assemblées publiques et privées de convulsionnaires , et d'y assister (1). L'ordonnance du 57 janvier de l'année précédente n'avoit fait qu'obliger les convulsionnaires à changer de théâtre. Ils sVtoieht -retirés dans des maisons de particuliers ; et dans ces asiles privés ils donnoient encore pins l essOr h leurs extravagances. Le nombre de ces saltimbanques se multiplia prodigieusement. Des gens, réduits à l'indigence et a la mendicité; adop'erent avidement un métier Jjnï1 lés '-ttspetooit d'inquiétudes et de travaux ; car il est remarquante que presque tous les convulsionnants étoîent aii pins1 ba's étage. Cét oient des femmes d une réputation étlspecte , des pauvres sans piété, des hommes sans intenrs, foulés"" personnes enfin qui ne pou voient que gagner à sé donner des convulsions Pi*s- lors elles devenoient l'ob-
' (1) Les détails que nous insérons ici, ont clé lires «Terrils pu- Blie* par des uppelam, el enlr'autres du Journal de M»« Mol 4 nièce «te l'abbe Duquel, et tics ouvrages de Petilpied , de FouiJloti , de I)vJi»u , dWsfeid j de Latour , de Uonnaire , d'Hmpiiît , clc. Oi/pcut mcuie, pour le plus soutint, se contenter de* aveux des défenseurs 'des convulsions; Mon-eron , de Genius. Poucet etaut.es ont donne à ce sûjet , dans leurs écrits, des détails qui ecà&lcrtëeul né pouvoir fwljr que d'au© nuin «nneaûe.
Année t*fïà. §3
jet de la vénération des dévots du parti. Les caresses*, les soins, les vootirs '<[? 'oute espèce leur étoient prodi-» gués. Avec un tel mélange, Y œuvre des convulsions , car c'est ainsi que Pappeloicnt ses admirateurs*, devint un*; école d^ démence et d'impiété. On y vit éclater le ridicule, la -fausseté, la cruauté, l'indécence, les blasphèmes, io U ridicule. Dos femmes, perchées sur la tête des hommes , dogmatisaient contre la bulle. D'autres, accroupies, se faisoient la harbe pour imiter l'abbé Paris. Les convulsions ne présentent, pour ainsi dire, qu'inepties et puérilités. a° La fausseté. Les exemples s'en rencontrent h chaque pas. Là , des convulsionna ires prétendoient avoir le discernement des reliques. Ils décidoient si une pierre venoit de Port- royal , si tel mon* Me a voit appartenu au diacre P;Vris ; et la manière dont ils- le discernoient , c'est quand îlsîétoit bridés par l'objet. •* Les plaisaus protecteurs que ces saints, qui bru loi en t leurs amisî A la fin, on fut pottMint obligé de renon^ Cerà c> genre de merveilleux, où l'on s'aperçut qlwe le faux éclatoit trop. Mais au moins le don de prophdtie sera t- d à l'abri de la critique ? Beaucoup de convulsion nai res s'en sont dits honorés. L-une annonça la con*. veision de l'abbé Duguet , et il mourut opposé' aux con* nuisions ; une autre , celle de M. Hérault, I ieu tenant de police, qui n'en devint pas plus Javorable au parti • une «titre prédit h un frère qu'il seroit pendu en place de Grève, peut-être savoit-clle qu'il l'avoit bien mérité, mais il mourut dans son lit ; une autre eut l'audace d'annon» cer qu'au moment même la maison oîi elle étoit ail oit trembler, et que le diacre Pans apparoîtroit àSaint-Mé«diird; une autre, qne la division entre la cour et le parlement, en 17^2, ne se termincroit pas sans efl'usron de sang , et que l'évoqué de Montpellier seroit à la t£te des victimes. Mais quand on vit que ces prédictions ot une foule d'antres ne s'accomplissoient pas , on se? retrancha h dire que Dieu loissoit pénétrer le faux dans l'ouvre pour mieux aveugler les endu/ris ; réponse très-commode et très- père mptoire. ^ La cruauté» On coonort h*
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secours violens et meurtriers que se faisoient ' donner les convulsionnai res. Celle-ci se faisoit tirer par les quatre membre». Celle-là se faisoit frapper du plat de la main sur le dos par deux hommes placés b côte d'elle , et qu'on relevoit lorsqu'ils croient fatigués ; et un appelant assure que cet exercice dura une fois plus de cinq heures. Un écrivain , partisan des convulsions, prétend qu'il j avoit dts filles qui ont eu, pendant des mois entiers, des convulsions qui exigèoient des trente à quarante mille coup de bûche sur le corps. Une d'elles recevoit quelquefois, dit-on , sur la tête jusqu'à cent coups d'un elienet de vingt-cinq livres pesant. On a publié des relations des journées de quelques-unes de ces filles, qui font frémir par le détail des cruautés qu'elles faisoient exercer sur elles-mêmes , le toujt , disoient-cllcs , pour se soulager* 4° De tels êtres dévoient peu respecter Jes lois de la décence. Aussi étoit-ellc violée avec audace dans leurs orgies , et les convulsions n'étaient, pour le plus grand nombre, que le voile de leurs turpitudes. Un auteur du £arti remarquoit que les demandes faites par les con- Vulsionnaires indiquaient une prédilection honteuse; que Jes secours fa vorisoient l'impureté, et que ce spectacle etoit également ignominieux pour ces filles et dangereux pour les assistans. Elles vouloient toujours, en effet, se iaire aider, dans leurs convulsions, par des hommes, qu'on appeloit frères servons , et leur demandoient les services les plus révoltans. Leurs convulsions, leurs propos , leurs habillemens , leurs gestes , tout outrageoit la décence , et plusieurs d'entr elles finirent par des infamies si horribles, qu'on fut obligé de les séquestrer. Mais tiroos le rideau sur ces détails. 5° Les blasphèmes. Une jœur dit un jour : Les sauvages adorent le soleil et Us adorent Dieu , car Dieu est le soleil. Une autre por^ toit l'impiété jusqu'à dire la messe ; et , ce qui est à peine croyable, des prêtres la lui servoient , et 'vouloient faire admirer la majesté avec laquelle cette filie commettait <e aaerflége. D'autres exigèoient qu'on se prosternât à leurs pieds et qu'on reçut leur bénédiction. Un convoi*
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AioBoaire fit mettre à genoux tous les spectateurs , et versant de l'eau sur la tête de chacun , il disoit : Dieu te baptise dans le Jeu et dans le sang, au nom du Père...» Un autre imposoit les mains en disant : Recevez le sceau du Saint-Esprit. Et de pareils traits é*toient admirés t Et Ton regardoit comme des oracles et des êtres inspires li «auteurs de tant d'extravagances et d'aboruiuations ! Des gens qui outrageoient le ciel avec tant d'impudence , pouvoient-ils respecter rien sur la terre ? On ne sera donc pas étonne' de leurs invectives et de leurs imprécations contre le Pape et les évêques. Cétoit chei eux un plan tout formé de les insulter, et Ton trouve à cet égard un passage remarquable dans des Réflexions sur V ordonnance du roi, du 17 février. Voici ce qu'on lit dans l'avertissement : On nous dira peut-être que nous ne gardons pas assez de ménagement. Nous n'avons point d'excuse à /fiirc sur ce reproche , et nous aurions tort de nous en excuser, en disant que nous sommes tombés dans cette prétendue faute par mégarde. Nous n'avons jamais rien fait avec plus de dessein. Nous avons considéré les évéques qui sont unis dans la persécution faite aux œuvres de Dieu ou ceux qui leur servent d'instrument , comme des gens sans conscience et vendus à l'iniquité, que nulles raisons ne peuvent toucher , et qui sont dans un tel état , que si quelque chose est capable de modérer ou d'arrêter leur violence , ce n* peut être que la craint» de l'infamie publique , que nous avons tâché et que nous tâcherons de plus en plus d'at-. tirer sur tous les auteurs d'une si insupportable tyrannie. Cest là sans doute parler franchement. On sait s'ils ont tenu parole. Mais ce qu'on ne sait peut-être pas encore assez , c'est que les convulsionnaires ne ménageoient pas plus le souverain que les pasteurs. On n'a pas craint d'imprimer , pour la plus grande édification publique, un recueil de leurs discours (t) ,où , parmi beau-*
(1) RecusUds Piscours de plwit tn ÇMPUh&nnÙm i Ûx»P>i»A
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coup de trait* impies et blasphématoires, on en trouve qui sont diriges contre le roi. // est juste 9 6 mon Dieu, dit l'une , que le règne de l'impie soit confondu. Roi y tremblez; c'est le Roi des rois qui s* arme contre
vous 4 liez hardiment annoncer à ce roi impie , que
les monstres qu'il nourrit et qui tourmentent mes enfins y se tourneront contre lui dans un grand Jour , et le tourmenteront cruellement... Moïse, vous n'y gagnerez rien ; le cœur de ce Pliaraon s'endurcira de plus en plus. Prince , dit un autre , on veut affermir ta couronne en eu soutenant les droits , et tu prends pour des perturbateurs du repos public ceux qui sont les plus zélés pour tes intérêts. J'ai entendu les cris de {innocent. Cesl pourquoi je me lèverai , dit le Seigneur , je visiterai tous les superbes.... O prince malàcureu.c, je te ferai descendre.... (suivent six lignes de points. On n'a pas osé transcrire ce que la convulsion nuire dit ici au rot, et on se contente d'ajouter qu'elle liait par ces mots) l'arrêt de mon jiute jugement contre toi. Un tel texte n'a pas besoin de commentaire. Quelles et oient donc les dispositions des scélérats qui débitaient ces horreurs, et des imbéciles qui les écouloicnt respectueusement ? Faut-il s'étonner si , au sortir des assemblées , quelques magistrats ouvroient des avis si violens ?
— Le 1*5 avril , arrêt du parlement de Paris. Le i3 février précédent , cette cour en avoit rendu un , par lequel , à l'occasion de quelques écrils qu'elle supprimoit , elle dé-i fcndoit d'infirmer nos libertés, comme si on les eût attaquées , et de s'élever contre l'appel au futur concile. Le i5 avril , nouvel acte d'hostilité. Un conseiller au parlement déféra aux chambres assemblées, car c'étoit dan* ces réunions que l'esprit de parti s'élcclrisoit et se donooit plus de carrière, un conseiller, disqc, déféra un refus de sacremens tait à un appelant par le curé de $aint-Médard de Paris. 11 y eut beaucoup de débats à ce sujet : les plus sagî s vouloient qu'on ue s'occupât point d une pareille alîaire, qui ailoit produire de nouveaux Uoubles, et qui d'ailleurs uutoit poiut, diseieut-
Année 5^
ils, «le la compétence du parlement. Ce fut lavis de tous lis présidera et de plusieurs conseille». Cependant ^ grâce aux déclamations des plus turbulens, le parquet eut ordre d'informer. On lui remit aussi deux écrits en faveur de la constitution; car tels étoient les écrits que l'on poursuivoit , tandis que Ton se taisoit sur une foule de libelles qui circuloient, et pi échoient la licence et l'insubordination. Le 25 avril, l'arrêt fut rendu ; il supprimoit les deux écrits, comme tendant à troubler l'ordre et la tranquillité en proposant la constitution Un/genitu* comme règle de foi ; défendoit de faire à l'occasion de cette constitution aucun acte tendant au schisme , et ordonnoit qu'il seroit informé contre le cure de Saint- >lédard et contre l'auteur des deux écrits. Le roi ne crut pas pouvoir laisser passer cette démarche , et le mai un arrêt du conseil déclara nul celui du parlement. Il portoit que cette compagnie avoit entrepris de décider des questions qui n'étoient pas de sa compétence , qu'elle e étoit retenu la connoissance d'une affaire particulière qui n'étoit pas de nature à être portée à son tribunal, et qu'elle avoit prononcé sur un livre déjà supprimé. Cet arrêt et ses motifs amenèrent des plaintes de la part du parlement : on y opina de la manière la plus vive, et l'on arrêta des remontrances, auxquelles le roi répondit , le 18 mai , par la bouche du chancelier d'Agucsseau. La sagesse de la réponse ne persuada point les magistrats, qui, le lendemain, prirent un arrêté où il étoit dit , « qu'en toute occasion la compagnie rrpréscntrroit nu roi les conséquences de son arrêt du i*' mai, et combien il étoit important pour l'intérêt du roi et le maintien de la tranquillité , qu'on oc pût révoquer en doute la compétence du parlement, ùJ'eiTet d'empêcher qu'on ne donnât à la bulle le caractère de règle de fui, <pi'elle n'a reçu par aucune décision de l'Eglise, et qu'elle ne peut avoir par sa nature, et au surplus que la compagnie1 persistoit dans ses arrêtés. >» C'est ainsi que le parlement alloit toujours en avant. Quel titre avoient des laïques pour trauçbei:. ces questions, pour ddeider qu'un jugement
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ecclésiastique avoit ou n'avoit pas tel caractère? lVétoit-cé pas à la puissance qui avoit prononcé ce jugement, à déclarer quelle étoit sa nature ? La cour ferma les y eus *sjir ce nouvel écart.
Le 10 juin , arrêt du parlement de Paris condamnant* *au feu les Lettres philosophiques de Voltaire. Nous* avons parlé, sous 1723, de cet homme célèbre et de ses premières productions , ou plutôt de ses premiers essais* «Son OEdîpe , Y E pitre à (Ira nie , et quelques pièces de Vers moins connues encore, c étoit là à quoi se bomoicnt -alors ses ouvrages , qui , s'Us n annonçoient pas un- ami de la religion , u indiquoient paS du moins ce que I auteur devint par la suite. Une querelle qu'il eut, en 1725, avec un grand seigneur, contribua peut-être à faire naître en lui un esprit de mécontentement et d'aigreur contre son pays. Cruellement irrite par un homme <i'un grand nom, il le provoqua en duel, et tilt forcé, parle crédit de son adversaire , de se cacher. Il se retirai en Angleterre, en 1726, emportant avec lui une amer? turae et un ressentiment profonds. Dans cette disposition, il se passiouna pour le gouvernement, les lois et les usages de cette uation étrangère. La liberté qui y régnoit , sur toute sorte de matières , flattoit son esprit , et les progrès qu'y avoit déjà faits le déisme fortifièrent son penchant vers l'indifférence religieuse, il revit à Londres lord Bolingbrokc, de retour dans sa patrie, et c'éloit même à ce seigneur qu'il foisoit adresser ses Lettres. Il put voir aussi Golliiis, Tindal , Woolston, Morgan, Chubb, et les autres écrivains anglais qui travaillent vers cette époque à saper avec plus ou moins de hardiesse les foudemens du christianisme. L'Angleterre étoit, alors peuplée de libres-penseurs ; et on peut croire que les écrits des uns et les conversations des autres ne servi*-eut pas peu à Aoojrriv des ^entimens Analogues dfti&t
Annie \*ft>k $9
un homme encore jeune, et qui avoit déjà montré son penchant pour une extrême indépendance d'opinions. Ce fut en Angleterre qu'il composa la Henriade , poème dont un de ses historiens a regardé la publication comme l'heureuse époque de la liberté de penser , et le service le plus important rendu h la philosophie. Cet écrivain assure même que jusque-là la France étoit dévote et bêtement fanatique ( 1 ) ; expressions aussi conformes à la vérité qu'au bon goût , et manifestement bien appliquâmes au siècle de Louis XIV , où chacun sait qu'il n'y eut que des imbéciles. Voltaire eut soin d'ailleurs d'inculquer dans plus d'un endroit de son poème les maximes qu'il s'étoit faites sur la religion , et s'il y a d'un côté d'assez beaux vers en l'honneur du christianisme, il y en a aussi d'autres où ses préceptes et ses dogmes •ont méconuus. Ne parlons point , si l'on veut , de ces sorties fréquentes contre les papes, le cleigé et les moines, de cette affectation de confondre toujours le fanatisme avec la religion, comme s'il n'y avoit pas plus dune sorte de fanatisme, de cette autre affectation de donner l'avantage aux protestons sur les catholiques , quoique le sujet du poème dût être le triomphe de la religion catholique. Que dire de la malice de ces deux vers :
Helas ! an Dieu si bon , qui de l'homme est le maître , En eût été servi s'il avoit voulu l'être.
©ù tout en ayant l'air d'admirer la bonté de Dieu , le poète lui reproche de n'avoir pas fait ce qu'il falloit pour que l'homme le servit? Plus loin il met dans la bouche de saint Louis des maximes directement contraires au dogme de l'éternité des peines. Le morceau est trop long pour être rapporté ici. U est du reste assez connu. Au surplus, les admirateurs exclusifs de Voltaire , comme ceux qui sont moins enthousiastes de sa gloire , ont regardé la Henriade tomme un monument de son zèle naissant pour le sys-
(i) Vk de VoUake (par le marquis de ViUeUe); LjuU»*
6o Jwtce T^lf.
tômc de l'indifféYcnce religieuse. Condorcnt tappc!e 1c * Poème de la raison , et on sait que dans son langage )a raison est l'oppose* de la religion. Le même écrivain dit que, depuis son voyage en Angleterre, Voltaire se sentit appelé' a détruire /es préjuges de toute espèce dont son pays était l'esclave. Il sentit , ajoute rhistor'u?nf la possibilité d'y réussir par un mélange heureux d'audace tt de' souplesse , en sachant tantôt céder aux temps , tantôt en profiter on les /aire naître , en se servant tour à tour, avec adressée, du raisonnement, de la plaisanterie > du charme des vers ou des effets du théâtre , en rendant enfin la raison assez simple pour devenir populaire > assez aimable pour ne pa* effrayer là frivolité , assez 'jiiquante pour être h la mode. Ce grand projet enflamma Vaine de Voltaire, échauffa son courage. Il jura d'y consacrer sa vie , et il a tenu parole» La tragédie de Brutusjut le premier fruit de son voyage en Angleterre (i;. C'est ainsi (pu* le panégyriste de Voltaire nous ré\Me ses projets, ses moyens et son but. Voltaire lui-même' n'en f.iisoit pr.s plus de mystère. Il rapporte, dans sa Correspondance , qu'Un jour M. Hérault, lieutenant de police de Paris, lui ayant dit qu'il o\ oit beau faire, qu'il ne dclruiroit pas la religion eh retienne. il repartit sur-le-champ : c'est ce que nous verrons. Il travailla d« ne avec ardeur à remplir sou serment et à tenir sa parole. Dans Brutits y et dans la Mort de César qui suivit de près , il déploya cette exaltation de l'esprit républicain et ces idcYs exagérées de libelle', qui , depuis, ont dérangé tant de fêtes, provoque' tant de folie-, et autorisé tant de crimes. La beauté de b versifeation n'empêche pas d'être révoltée du fanatisme de ces Romains si fort exaltée, et je ne suis pas surpris que le gouvernement se soit refuse* alors à permettre l'impression de véritables manifestes contre la monarchie. Voltaire eut dans le même temps une autre occasion de
(1) y te de Voltaire (par Condoret t } j lenc J.^\ de lVdition de les OEavres^ puge
Ànnçe .1734. Oi*
faire la guerre aux .préjugés qu il sétott senti appelé à détruire. Une comédienne, Mll° Le Couvreur, mourut. On n fusa de f enterrer en terre sainte. Ce n çtoit point là une chose uouvelle, Les comédiens netoient point accoutumés ù demander les prières de l'Église , et il étoit ass.'z simple qu elle n'accordât point ses suffrages à des per^ounes qui , notoirement exclues de son sciu , n'avoient rien lait pour y rentrer» Mais Voltaire arrivoit d Angleterre, 011 d'autres u&agcs avoicut prévalu. 11 avoit vu une comédienne honorée d'un tombeau dans 1 église ds Westminster. D'antres auroicut jugé qu'il étoit ridicule d'accorder le même honneur et aux grands hommes qui avoîent hien servi l'état , et à une femme qui u avoit brillé que sur les tréteaux. Mais lui ne trouvoit rien d'excessif dans ces hommages. On ne pou voit en faire trop , à son gré, pour celle «fui avoit contribué au succès de ses tragédies. U a voit même des raisons plus fortes , comme il le dit dans ses Lettres, pour s'intéresser h la mémoire de cette actrice. Quoi qu'il en soit, il fit des vers sur sa mort. Mais au. lieu de se borner au cercle d'éloges usités en pa- Xei! cas. au lieu de célébrer le talent ou la beauté <!« M l,« Le Couvreur , il parla au contraire beaucoup plus dans sa pièce de l'ingratitude et de la supeistition de ses compatriotes. Il loua l'Angleterre, seul pays où l'on ose penser, lieureuse terre où l'on a chassé à la fois Uspréjugés et les tyrans. On trouva la leçon un peu forte, clïennemides préjugés et des tyrans fut obligé de s'atsen-, ter pour quelque temps. U profita desa retraite jwur faire imprimeries lettres philosophiques ou Lettres sur les An^ glais , qui sont maintenant fondues , sous difiéreus titres , dans le Dictionnaire philojtophique. Son objet apparent étoit de faire connoître en France l'état de la littérature des sciences et des mœurs chez nos voisins. Mais sou but réel étoit ce grand projet auquel il avoit juré de consacrer sa i'/e. Il vouloit transplanter chez nous cette liberté de penser qu'il avoit trouvée dans les écrits des déistes anglais. Ses Lettres, au nombre de viugt-ciuq, embrassent une grande variété de sujets. L'auteur y ef-
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fleure tout , la théologie t la métaphysique , l'histoire , Te littérature, le» sciences, les mœurs. Un style léger et en même temps un ton très-décidé, des plaisanteries, des ép'grammes pouvoient , dans cet ouvrage , séduire un lecteur frivole, mais non contenter un esprit qui cherche des raisonnemens et des preuves. La religion étoit «railleurs traitée dans ces Lettres avec la même légèreté que tout le reste. Il se moqnoit de notre clergé et de nos usages religieux , tandis qu'il louoit outre-mesure les quakers, ces sectaires enthousiastes et exagérés. A l'article de Locke, il triomphoit d'une erreur de ce philosophe, qui avoit dit que nous oe serons peut-être jamais capables de connoître si* un être purement matériel pense ou non , et il soutenoit , non plus comme une chose douteuse, mais comme un principe incontestable, qu'on peut attriboer la pensée à la matière. Il dit dans un endroit : Je suis corps , et je pente , je rien sais pas davantage, 11 veut mie plusieurs pères de l'Église aient cru Dieu , les anges et l'ame humaine corporels. Il regarde comme impossible de démontrer l'immortalité de l'ame. Il admire qu'un Anglais, comme homme libre , aille au ciel par le cAe— min qu'il lui plaît ;* tant il étoit peu instruit de l'état de la législation dans ce pays relativement aux catholiques, sujets alors aux vexations dont nous avons parlé, ou tant il étoit peu touché de l'oppression sous laquelle il» gemissoient. Mais c'est sur-tout dans la lettre xxv* qu'il se donne plus de carrière. Il y attaque les Pensées sur la religion, de Pascal; là, comme ailleurs, il n'oppose à des raisonnemens solides que des chicanes, des rai Ueries ou des sophismes. On fut choqué de la hardiesse avec laquelle, sous prétexte de n'attaquer que de mauvaises preuves, ilébranloit tour a tour les fon démens du christianisme. C'étoit moins à Pascal qu'il en vouloit qu'aux: miracles, aux prophéties, au fond même de la religion. Il n'y ^eut donc qu'un cri contre une liberté à laquelle on n 'étoit pas accoutumé, et M. Gilbert de Voisins fut l'organe du public, quand, dans son réquisitoire, il peignit cet ouvrage 00 aime extrêmement dangereux , làf par un scep*
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"iiclaroe affecté, ici, par une critique araerc, ailleurs, par des railleries déplacées. L'arrêt du parlement ordonna, d informer contre l'auteur, -qai se tint quelque temps mâché , et il y eut une lettre de cachet pour l'exiler & Auxonne. On voit par sa Correspondance combien il étoit irrité de ce qu'd appeloit une persécution , comme • il ne s'y étoit pas exposé lui-même. Pour détourner l'orage, il soutint hautement qu'il n'avoit eu aucune part à ces Lettres, et qu'il ne savoit ce que c'étoit; premier' exemple de ces dénégations hardies dont il se fit depuis» «ne malheureuse habitude. Quand il crut avoir paré le •oup , il publia cette Epitre à Uranie , dont nous avons parlé ailleurs, et qui n'avoit encore couru que manuscrite. U la fit imprimer sous le nom <Je l'abbé de Chaulieu, imputation bien peu digne d'un homme qui s'annooçoit comme l'ennemi mortel de l'hypocrisie, et à laquelle il eut recours beaucoup trop souvent pour son honneur. En 1 ^36 , il fit imprimer le Mondain , jeu d osprit contre lequel des philosophes austères se sont éle-> Tes, et qu'ils ont représenté avec raison comme déplacé dans la bouche d'un sage. Les personnes religieuses ne blâmèrent pas moins une morale aussi commode , et Voltaire fut encore obligé de se cacher. On voit qu'il met* toit en pratique le plan qu'il s'étoit fait, usant tantôt d'audace , tantôt de souplesse , et se faisant un jeu do «es alternatives calculées de hardiesse et de fuite , se plaignant toujours qu'on le persécutoit, et provoquant, par de nouveaux éclats, l'animadversion de l'autorité. Il s'étoit fixé à Cirey , auprès de la marquise du Châtelet , avec laquelle il contracta une liaison dont ses amis n'ont pas dissimulé la nature , quoique cette dame fût mariée. Voltaire passa plusieurs années auprès d'elle, et cette retraite contribua à détourner de dessus lui l'attention. 11 y vécut fort tranquille, quoique criant à la persécution, et il n' au roi t tenu qua lui de cultiver en paix les lettres, s'il n'eût ambitionné que la gloire d'y exceller. Mais il avoit^ comme dit Condorcet, un serment à remplir, et il faU loit qu'il tînt parole. Aussi remplissoit-U fort bien ce
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devoir qtnl sVtoit imposé, en travaillant a <iû poème qu'il paroît avoir entrepris vers i^3o, et qu'il continua les années suivantes dans les intervalles que lui bissoient ses autres productions. Ou n attend pas de nous que nous caractérisions ce poème, ou la licenee s allie avec l'impiété, et où Tune sert à assaisonner l'autre. Il y a longtemps que cet ouvrage est jugé. S'il plaît à des lecfairs corrompus , il ne méritera pas sûrement les éloges . je ne dis pas des hommes religieux, mais de ceux qui font quelque cas de la morale et de la décence, des vrais sages, des philosophes dignes de ce nom; et l'on rougit, pour celui qui prétendait à tous ces titres, qu'il s'étoit oublié jusqu'au point de donner un tel scandale. Il semble que luwnème ait senti la tache qu'une telle production ponvoit Taire à sa gloire. Il s'ahstiut long-temps de la foire paraître en public. — La même année., 1734, <e parlement! sévit aussi contre un ouvrage plus hardi encore que celui de Voltaire. Il éloit intitulé les Princesses Malabares ou le célibat pfulosopliique. L'auteur ét-iit, dit-on, ua nommé Pierre de Longue. 11 s'annonçott pour éïre entièrement incrédule. La raison , dit-il , ma détourné Jusqu'à présent de tous les liens avec quelque religion que ce soit. Il dit encore : le parti des déistes ne périra pas. Jé me flatte qu'il fera notre consolation dans la vicille. se. On se dégoûtera des religions. Enfin il vtt plus loin, pige 48 : Si la raison en a»oit la force , elle étranglerait toutes les religions de sa propre main,.. Uentrrprine n'est pas encore possible ; les projets que nous en méditons , de long-temps ne sortiront de ma bibtiàthrqite. Ce M. de Longue étoit , comme on voit , assez déterminé. 11 n etoit pas plus favorable à l'autorité du prince , et erpendant , dans Sa préface, il vante les Réflexions et les Apologies du p. Quesnel , les Hexaples , le Témoignage delà Vérité, comme des ouvrage* dignes de la ferveur des a pâtres , et suscités par Dieu pour le maintien de la sainte doctrine : d'où il suit que ce déiste tend h -s bras aux opposans. Il s'eflbreoit aussi d'eu imposer , en protestant qu'il éloit ué dans la religion
chrétienne,,
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Retienne, et que tout son crjmç étoit de maltraiter un corps puissant. L'ouvrage est d'ailleurs ennuyeux , sans esprit et saos sel.
— Le i« septembre, la faculté* de théologie de Paris censure les Lettres sur la justice chrétienne. C'étoit un ouvrage où , après uvoir déclamé contre la bulle', ca* <jétoit toujours par là que ces sortes de libelles commençaient , ou s'efforçoit de porter le pécheur , comme le chrétien vertueux, u s'éloigner de la confession sacramentelle» Eu cela l'auteur avoit ses vues. 11 vouloit détourner jses partisans de s'adresser aux prêtres soumis aux lois de l'Église Pour y parvenir , il avançoit que la justice chrétienne se sullit à elle-même pour sa conservation , et qu'elle rend le justç tellement inébranlable dans le bien, qu'il peut se soutenir sans Les appuis extérieurs et les signes sensibles dont le Fils de Dieu a pourvu son Église. Il décidoit qu'il faut reconnoître dans l'homme justifié une espèce d'impeccabilité morale. Il insinuoit qu'on peut quelquefois commettre un péché, même en, matière grave et avec un consentement plein et entier f Sans cepeudaut perdre la justice* Il engageoit expressément à donner de préférence sa confiance aux pretree qui n'a voient plus de pouvoir d'absoudre , et faisoit entendre aux pécheurs qu'd valoit mieux pour eux passes plusieurs années sans recourir à la confession , que de •adresser à des prêtres approuvés et soumis. Telle étoit la doctrine de ces Lettres. Le docteur Roniigny, syndio de la faculté, les dénonça à son corps, qui, après un long examen, donna une censure détaillée de vingt eino; propositions extraites du livre. M* Languet adopta ce jugement l'année suivante, et condamna le livre et les propositions avec les mêmes qualifications que la faculté. M. de Xencin 1 avoit aussi proscrit. En 1735, la faculté donna une nouvelle preuve de son zèle pour la foi , en censurant le 1 5 septembre , une Consultation sur la juridiction et l'approbation nécessaires pour confesser^ L'auteur de cet écrit, appelant, ainsi que le précédent, étoit un nommé Travers* Le bût de3on ouvrage étoit