TOME SECOND
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transféré à Viviers. Son livre, abandonné* en France au mépris qu'il méritoit , fut condamne au feu à Rome t comme 'préconisant un schisraatique et un hérétique, et lui attribuant de faux miracles. Mais l'auteur étoit en trop beau chemin pour s'arrêter. Il donna encore depuis deux autres volumes in-4° où, inépuisable dans son fanatisme , il traitoit des convulsions , prenoit la défense des secours meurtriers pratiqués parles cou vulsionn aires, et attribuoit toutes ces impostures à la puissance divine» Ces volumes, et sur-tout le dernier, devinrent un sujet de discorde dans le parti. Les uns voyant dans de Moneeron un écrivain manifestement inspiré , souscrivoient a toutes ses décisions. Les autres n'y apercevoient que l'excès de l'illusion et du fanatisme. Parmi ces derniers étoit M. de Gaylus , éveque d'Auxerre. 11 écrivit pour réfuter Je magistrat, mais on lui opposa les suffrages d une soixantaine d'appelans qui regardaient le livre de ce conseiller comme inspiré de Dieu , ou même écrit par Dieu (i); car on alloit jusque-là. De Mohgeron mourut à Valence, en 1754, après avoir, par ses extravagances, perdu, même aux yeux de la plupart des siens , la glofre de la démarche qu'il avoit faite en 1737.
Le 4 janvier , le parlement de Paris supprime la bulle de canonisation de saint Vincent de Paul. Rien ne prètoit moins a la suppression, rien n'étoil moins du ressort du parlement qu'une bulle de cette nature. Mais il y étoit question des erreurs du jansénisme et du zile
(1) Le P Lambert nous a conteste ce fait, dons son livre intitule : La Périt» et £ Innocence vengées... M»is col écrivain ai ro -ant vt aiii-T sYst trompe 1 sur ce point peu important , comme •ur K ;iucoup d'autret qui l'et oient davantage Voyez h brochure intitulée : Su^mgts en faveur des deux derniers tomes de M de Mto. goron, ,;$<). pages 26, 28, 36, etc. On y dit nettement que ce fou doit inspiré.
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de saint Vincent à les combattre. Il n'en fallut pas davantage pour exciter les plaintes. Des curés de Paris, les mêmes qui setoient déclarés pour les miracles du sieur Paris, réclamèrent contre la bulle à l'instigation, de Boursier, et dix avocats les appuyèrent d'une consultation oh ils assuroient que les défauts de ce jugement autorisoient 1rs cures à former opposition à renregistre— ment de toutes lettres patentes qu'on pourroit surprendre en faveur de cette bulle , ce qui nempécheroil pas que dans un temps plus opportun ils ne passassent à l'appel comme d'abus» Les curés formèrent donc leur opposition. Mais le roi ordonna que l'arrêt du parlement fût regardé comme nul en ce qui concernoit l'impression, et distribution de la bulle. Il réprima dans le même temps un autre écart des magistrats , qui venoient de défendre de citer comme écuméniques le concile de Florence et le cinquième de Latran : comme si c'étoit à des juges séculiers a décider de récuménicité des conciles. Le roi cassa leur arrêt ; ce qui ne les empêcba pas de déclarer qu'ils y persistoient.
— Le iS avril , bulle de Clément XII pour condamner et défendre la société et les réunions de francs-maçons. Elle commence par ces mots : In eminenti , et blâme spécialement le serment et le secret de ces associations. Cette condamnation et cette défense furent depuis renouvelées par Benoît XIV dans la bulle Pro~ vidas y du 18 mars i;5i. Ce grand Pape y remarquoit * particulièrement l'union mystérieuse de ci* sociétés secrètes , leur opposition aux lois , leur proscription par plusieurs princes , et l'idée qu'elles inspiraient généralement. Plusieurs états défendirent, vers la même époque, les sociétés de francs-maçons. Leur existence en France paraît dater de 1725. Ce fut, dit- on , vers ce temps que lord Dervent-Water et quelques autres Anglais établirent à Paris une loge que l'on regarde comme la première de la France. Ainsi, il est remarquable que l'origine des francs- maçons parmi nous coïncide à peu près avec l'époque de la régence, qui nous a amené tant d'autres
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'nouveauté; , et que celle-ci nous Tint aussi d'Angleterre, Précisément dans le temps ou l'incrédulité y étoit le plus active à semer ses maximes et à répandre son esprit. On assure qu'en peu de temps la nouvelle loge se trouva composée de cinq ou six cents fibres. Bientôt il s en établit d'autres. Lord Dervent- Water , et après lui lord d'Harnouester , eu furent grands-maîtres. En 1738, on donna cette dignité au duc d'Antin. Cette même année. Ces nouveaux établissemens excitèrent l'attention du gouvernement. On fit fermer une loge à la Râpée, et on arrêta même quelques maçons qui s'assembloient malgré les défenses. Ces contradictions ne diminuèrent poiut le lèlc des amis de la maçonne rie. En 1741, ils eurent l'adresse de prendre le comte de Clermont pour leur grandmaître, et on les laissa s'entourer de la protection d'un prince du sang. 11 paroît que ce fut alors que les loges commencèrent h se multiplier le plus. Le même esprit qui les avoit fait naître en Angleterre, les favorisoit en France. Il ne s'agit point ici d'examiner quel est le secret ultérieur et le but profond de la franc-maçonnerie. Quelques écrivains ont fait, à cet égard, des recherches étendues. M. l'abbé Barruel, entr'autres, a rassemblé un " grand nombre de détails , de renseignemens et de circonstances qui tendent à montrer dans la franc-maçonnerie un complot contre la religion , non qu'il croie que tous les maçons aient trempé dans ce complot, mais en ce que c'étoit la le but des derniers grades, et le secret que l'on ne découvroit à chacun qu'à raison de ses dispositions. Les indices qu'il donne à cet égard , les découvertes qu'il a faites, tout ce qu'il cite et tout ce qu'il en conclut , se rapportent à un même point, qui est de prouver que le secret véritable de l'ordre est le pur déisme. On a contesté quelques-unes de ses découvertes , de ses explications et des inductions qu'il en tire. Mais le fond de son livre paroît confirmé par un grand nombre de données, de • oY— s et de rapprocherions, et nous devenu dire quequanl même l'expose d< M. B rru » ne sir it pas aussi constant dans toulcs ses parties qu'il Je croit , il en
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resteroit toujours assez pour rendre ta franc-maçonnerie légitimement suspecte. Quand on songe qu'elle est née avec l'esprit d'irréligion , et qu elle a cru avec lui , qu elle ne s'est étendue qu'à mesure qu'il a fait des progrès , qu elle n'a jamais plû qu'aux hommes incrédules ou indifférons , et qu'elle a toujours été vue avec défaveur par les personnes fermement attachées à ia foi, alors on ne peut la regarder que comme une institution mauvaise par sa nature ou du moins dangereuse par ses effets. Cette défiance augmente quand on voit ce secret profond et l'importance qu'on y attache. Si on n'a voit qu'un but louable , pourquoi un si grand mystère , pourquoi ces sermens répréhensibles , par cela seul qu'ils ne sont pas nécessaires, quand ils ne scroient pas mauvais en euxmêmes? pourquoi cette affectation d'obscurité, pourquoi ce langage fastueux de lumières, de ténèbres , de profanes , etc.? pourquoi enfin ces épreuves multipliées et ces cérémonies bizarres qui semblent receler quelque chose qu'on a intérêt de voiler ? Na-t-on pas été fondé à voir dans les maçons des auxiliaires de la philosophie, des hommes qui , avec leurs idées de liberté et d'égalité , ont préludé à la révolution , et ont propagé le dégoût de l'autorité, et l'esprit d'indépendance et d'innovation ? Aussi tous les gens religieux ont constamment manifesté leur éloignement pour ces associations mystérieuses, que la saine politique ne réprouvoit pas moins que l'esprit du christianisme. Jamais un pieux catholique ne s'est affilié aux loges, et le jugement le plus modéré qu'on puisse porter sur la plupart de ceux qui les fréquentoient , c'est que les idées do liberté, les'repas, les épanchemens de la joie étoient un appât dont on se servoit pour leur inspirer, peu à peu, des sentimens et des principes qui n etoient favorables ni à l'esprit de la religion , ni à l'ordre de la société. Voilà pour les premiers grades. Quant aux grades plus avancés , il ne paroît pas douteux qu'on y avoit des vues plus décidées et des intentions plus profondes qui se manifestaient graduellement. 11 y a eu à cet égard , des révélations qui parassent incontestables.
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Le î r mai , conclusion de la faculté des arts de Paris*pour révoquer son appel. Depuis long-temps les membres les plus sages de ce corps songeoient à revenir sur une démarche, fruit d'un moment de délire. On prenoit déjà des moyens pour opérer ce retour , lorsque le syndic de la faculté, le sieur Gibert, appelant, se hâta de recourir au parlement. Mais un arrêt du conseil suspendit toute procédure. Le syndic présenta un Mémoire ; cent quatre-vingt-un membres de lu faculté en dressèrent un contraire. Cette grande majorité obtint à la compagnie la liberté de délibérer sur cette affaire. Le ai mars, elle élut pour recteur l'abbé de Rohan- Van tadour, depuis cardinal et évêque de Strasbourg. Le 11 mai , ce recteur de TUniversilé proposa dans une assemblée la révocation de l'appel. Le syndic s'y opposa ; mais chacune de* quatre nations qui composoieut la faculté, s'étant retirée à part, suivant l'usage, pour délibérer sur la proposition , elle fut adoptée dans toutes h la pluralité des voix. Le même jour les opposans s'étant réunis au nombre de soixante-dix-neuf, signèrent un acte de protestation contre ce qui venoit de se passer, et présentèrent au parlement une requête qui fut vivement appuyée par l'abbé Pucelle , et remise en effet au parquet. Le roi crut devoir venir au secours de la faculté; il supprima le Mémoire des opposans, défendit toute procédure a cet égard, et exclut les rélractaires du droit d'assister et de voter aux assemblées. Le 9.3 juin , la faculté confirma encore son décret du 11 mai , et arrêta qu'on ne pourroit être immatriculé, sans y avoir adhéré, ce qui a toujours été observé depuis. Le parlement eut la sagesse de ne pas se mêler de cette affaire.
— Le 2 juillet, Pierre-Jean Meindarts est élu, par les prêtres d'Utrccht , archevêque de cette ville. Van Der Croon venoit de mourir, le 9 juin , et il étoit instant de lui donner un successeur. On choisit Meindarts,
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pasteur a Leeuwaardc , qui fut sacré par l'intrépide Varlet , Je 1 H octobre. Clément XII et sou successeur s'élevèrent contre cette élection et cette consécration par des brefs semblables à ceux lancés contre les premiers archevêques d'Utrecht. Au reste, Varlet survécut peu à ce nouvel acte de schisme, il mourut à Rynwich , au milieu des siens, après avoir eu le triste honneur de fonder une église nouvelle, repoussée par le saint Siège et par le monde catholique. Sa mort fit craindre à ce foible troupeau de se voir tout à coup privé d'évêques. Meindarts imagina donc de rétablir de son autorité le siège épisco* p.-d de Haarlcm, éteint depuis cent cinquante ans. U y fut élire Jérôme de Bock , qu'il sacra. Benoît XIV condamna par deux brefs ces démarches schismatiques. Ce qu'il y eut de particulier dans cette affaire , c'est que les chauoines de Haarlem , sommes par Meindarts de se choisir un évêque , l'ayant refusé , celui- ci , sans se déconcerter , avoit fait l'élection lui-même , quoiqu'il n'eût aucun droit pour cela. Il appela des brefs de Benoît XIV, et trois ans après , de Bock étant mort , il sacra encore à sa place Van Stiphout, qui occupa loug-temps ce siège. Ainsi on perdit toute espérance de voir finir bientôt ce schisme déplorable ; et la suite nous montrera cette église s'afferïiûssant de plus en plus dans sa rupture.
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Le 6 février, mort de Clément XII, dans sa quatrevingt-huitième année , et dans la dixième année de son pontificat. Son grand âge et ses infirmités l'empêchèrent d'être aussi utile à la rebgion qu'on l'avoit espéré. U étott doué d'excellentes qualités. Les historiens ont loué ' sa douceur , ses manières nobles , sou esprit , et son amour pour le bien. Mais devenu goûteux et presque aveugle , il fut obligé de s'en rapporter à ses parens , et ses neveux eurcut beaucoup d'influence sous son règne. Il fit Vente-cinq cardinaux en quinze promotions. .Nous n'en
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citerons que quelques-uns : d'abord les cardinaux Cor-» sini et Guadagnî , neveux l'an et l'autre de ce Pontife ; les cardinaux Spinelli et Delci, depuis doyens dti sacré collège ; le cardinal Lipski , Polonais , évoque de Cracovie; Louis de Bourbon , infant d'Espagne, fils de Philippe V et d'Elisabeth Farncse, qui fat nomme', fort jeune encore, administrateur de 1 archevêché de Tolède et de celui de Séville (la cour de Rome résista longtemps à cette double infraction des lois canoniques envers un enfant , et n'y consentit qu après les pins vives instances , et en prenant du moins les précautions d'usage pour l'administration spirituelle des deux diocèses) , qui renonça, èo 1754, à l'état ecclésiastique , et remit son chapeau et ses bénéfices; les cardinaux français, delà Tour d'Auvergne et de Tencin ; le canjin.il Rezzonico , depuis Pape sous le nom de Clémeut XHI ; le cardinal Passionei , savant prélat , qui s'étoit distingué dans différentes nonciatures , qui protégeoit les sciences et les lettres , et qui eut part à la confiance de Benoît XIV ; et le cardinal Valentr-Gonzaga , qui fut aussi honoré de la confiance du même Pape, et fut nommé par lui secrétaire détat. Ces deux derniers passoient pour d'habiles ministres. Les cardinaux Delci , Goadagni , Sacripantc et M ose a se distingnoient par leur piété.
— Le 2 juillet , Mandement rendu par féveque d'Halicarnasse, eu Gochinchine. Elzear- François de la Baume des Âchards, évêque d'Halica masse , avoit été nommé par Clément XII, en 1737, visiteur apostolique en Cochinchine, et chargé d'y réformer quelques abus. 11 prit terre à Macao , avec plusieurs autres missionnaires , crt I738 , et ne débarqua en Cochinchine qu'au mois de mai tic l'année suivante. La reli giou chrétienne avoit prospéré dans ce royaume, et y fouissoît alors dune grande libeTte. Seulement il s'y étott élevé quelques divisions qui akéroteot là paix de cette mission , et pouvaient nuire . an progrès de 4a foi. Le prélat, après avoir fart ses présens au roi du pays , commença sa visite , et alla sur ie» lieux mêmes recounottre les abus, pacifier les diûv-
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rends , et régler tout ce qui pouvoit contribuer au bien des églises. Le 2 juillet, il rendit à Hué, ville où réside la cour , son décret en plusieurs articles , dont les uns roulotent sur des pratiques usitées dans le pays, et les autres sur un conflit de juridiction entre quelques missionnaires. Mais le peu de temps qu'il passa en Cochinchîne, et sur-tout le mauvais état de sa santé, l'empêchèrent de faire tout le bien qu'il avoit espéré. Il fut* malade tout le temps de sa visite, et mourut le 1 avril 1741. C'étoit un préht extrêmement pieux. Il avoit nommé pro-visiteur M. Favre, son secrétaire, qui ne resta que peu en Cochinchine, et qui a donné depuis la relation de son voyage. Elle n'est pas marquée au coin de l'impartialité, et l'auteur y maltraite beaucoup les Jésuites. Sans prétendre les excuser en tout , on peut croire que M. Favre s'est trop laissé aller h ses ressentimens. C 'est du moins ce qu'on en pensa à Rome , où son ouvrage a été condamné. En 1744* comme les différends subsistaient toujours en Cochinchine , Benoît XIV y envoya, en qualité d'ablégat, M. Costa, évêque de Gorice et vicaire apostolique au Tong-king , et le chargea de faire exécuter divers régleniens qu'il avoit faits pour le» c'glises de ce :pays.
— Le 17 août, le cardinal Lambertini est élu pape. La vacance du saint Siège fut longue. Le 17 février, vingt-six cardinaux étaient entrés au conclave ; mais on ne commença guère à s'occuper sérieusement de l'élection avant les premiers jours d'avril. Alors le conclave se trouva formé de cinquante-quatre cardinaux, dont quarante-six Italiens , trois Français . quatre Espagnols et un Allemand. Les suffrages furent d'abord très partagés ; il y avoit deux partis principaux. Les cardinaux créés par Clément XI , Innocent XIII et Benoît XIII formoient le premier , et le second était composé des cardinaux de la promotion de Clément XII, qu'on appeloit le nouveau oellége. Les cardinaux Aldovrandi, Ruftb , Bezzonico et Firrao furent successivement portés. Le premier sur- *t»t fut long-temps sur le point d'être élu. Jl eut jus-
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qu'à trente-trois voix, il ne lui en falloit que trente-quatre. Le cardinal Porzia , que sa science el sa réputation tùisoient désirer, fut mis aussi sur les rangs, et eut quelque temps beaucoup tic voix. Enfin les deux partis , également las des longueurs du conclave, se réunirent pour prendre un cardinal étranger à tous les deux. On balança entre Lambertini et Lcrcari. Le premier l'emporta ; il eut sur-le-champ toutes les voix. Il n'en avoit pas une la veille. Le cardiual Lambertini étoit né à Bologue, en 1675 , avoit passé à Rome par toutes les charges , et avoit entr autres rempli long-temps, avec distinction, celle de promoteur de la foi. Chargé dans cette place de tout ce qui concerne les béatifications et canonisations , et de tout le détail des procédures relatives à cet objet, il avoit acquis sur cette importante matière des connoissaoces trèsétendues , dont il s'est servi avec succès pour discuter et termiuer plusieurs des causes de cette nature pendantes a Borne ; connoissances qu'il a développées dans son grand ouvrage de la Canonisation des saints , où tout ce qui regarde cette partie est traité avec cette profondeur de vues qui montre un écrivain supérieur. Prosper Lambertini, d'abord archevêque de Théodosie in parti bus , puis évêque d'Ancône en 1726, devint cardinal en 1728, et archevêque de Bologne deux ans après. Son mérite l'avoit lié avec tous les hommes les plus instruits de son temps. Son élévation sur la chaire de saint Pierre le mit à portée de rendre ses talens plus utiles que jamais à l'Eglise . Extrêmement versé dans la connoissance du droit canon et de la théologie, il fut souvent consulté, et comme docteur célèbre, et comme souverain Pontife; et sous ces deux rapports , il donna des décisions sur plusieurs points de dogme et de discipline. Ces décisions sages et lumineuses ont été insérées dans son bullairc, et rendent ce recueil précieux pour ceux qui s'appliquent à l'étude des matières ecclésiastiques. Benoît XIV se distingua encore dans le gouvernement de l'Église par un grand esprit de paix et de modération. Il eut toujours 69 in de se concilier rattachement des souverains, et évita
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Soigneusement ce qui pou voit leur être désagréable. Cette condescendance, dont on eût peut-être abusé avec un autre, ne fut point sous lui préjudiciable à l'Église ; et l'estime qu'on avoit pour ses talens et sa vertu , se joignant au respect et aux égards dus à sa dignité , maintint entre lui et les princes l'union et la bonne intelligence nécessaires au repos de la religion et des empires.
— Le 30 octobre, mort de l'empereur Charles VI. Charles étoit 61s de * Léopold et d'Eléonore, princesse palatine. 11 naquit en i685 , et eut le titre d'archiduc après le couronnement de Joseph son frère. On I ni donna , en 1694 » pour premier gouverneur, Antoine Fleurian , prince de Lichtenstein , et pour précepteur , le père André Bauer, Jésuite, qui lui inspirèrent du zèle pour la religion , et du respect pour ses ministres. On ronnoît la longue guerre qui eut lieu entre Philippe V et l'archidnc, relativement à la succession au trôn*» a Espigue. Celui-ci étant devenu empereur, partit de Daicvloue, et se rendit en Allemagne. Il obtint les Pays-Bas par le traité de Rastadt. La guerre qu'il fit avec les Turcs fut marquée par de brillans succès , et terminée par ia paix glorieuse de Passarowitz , en 1718. La politique du cardinal Alberoni suscita dans te même temps . quelques différends entre la cour d'Espagne, dont il étoit premier ministre, et à la cour impériale. Mais ils se terminèrent par la cession de la Sicile à l'empereur. En 1721, ou craignit une division entre ce prince et le roi de Prusse. Tout le parti protestant avoit pris l'alarme au sujet de quelques torts qu'il prétendoit lui être faits. Il se plaignoit sur-tout que l'électeur palatin eût ordonné à ses sujets réformés doter la 8o« demande du Catéchisme d'Heidelberg , et qu'il les eut privés, le 4 septembre 1719, de l'église du Saint-Esprit à Heidelberg. Le roi de Prusse usa de représailles , et l'empereur crut qu'il n'y avoit d'autre moyen de ramener la paix que d'engager l'électeur à revenir sur les mesurrs qu'il avoit prises. Il paroît que le désir de faire adopter sa pragmatique sanction ne contribua pas peu à le porter à donner satisfaction
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aux protestans. îl n'avoit point de fils, et il souhaitait que sa fille, Marie-Thérèse, succédât à tousses étuis héréditaires. Ce fut le but de presque toutes ses négociations pendant le reste de son règne, et il parvint à faire recevoir la pragmatique dans tout L'empire. En 1736, la princesse dont nous venons de parler épousa le duc François de Lorraine, qui résidoit depuis longstemps à la cour impériale, et qui devint la tige de la nouvelle maison d Autriche- Lorraine. Ce duc renonça à la Lorraine en faveur de Stanislas, roi de Pologne* et «ut la Toscane en échange. Le règne de Charles \ I avoit été assez heureux jusqu'à sa second* guerre avec les Turcs en 1737. Ses troupes furent partout défaites, et il conclut, en 1739, une paix assez désavantageuse, par laquelle il abandonna Belgrade, Sabacz, la Servie, et ce qu'il possédoit en Valachie. Nous ne chercherons pas, avec Henri Spelman , à expliquer ce changement de fortune, et nous n'en assignerons pas la cause dans la mollesse que Charles mit à punir une profanation commise à Raab dans une procession du Saint-Sacrement. 11 est aussi aisé de nier que d'avancer de semblables explications, que la religion repousse plutôt quelle ne les autorise. Quoiqu'il en soit , Charles VI laissa la réputation d'un prince équitable et religieux. Les protestans se plaignoicnt qu'il donnât trop d'accès aux ecclésiastiques, et qu'il blessât les droits de leur communion, soit dans l'empire, soit dans les états héréditaires. Cependant Charles paroît avoir suivi un système de modération et de toléraoce à leur égard. Il étoit le seizième empereur de sa famille qui gouvernoit l'Allemagne depuis plus de trois cents ans. Sa fille, MarieThérèse , lui succéda dans tous les états de la maison d'Autriche. L'électeur Charles de Bavière fut élu empereur à Francfort eu , mais
il mourut le 20 janvier 1745» Cette même année , le \ f\ septembre , le duc François de Lorraine , époux de Marie- Thérèse, fut élu empereur. Il ne fut inconnu par les les autres puissances qu'en 1 7 {8 .
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