‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le 18e siècleChapitre 36 sur 50 · fi · texte numérisé non relu

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Xe *3 avril, décret de Ratification d'Alexandre Sauli.

— Le 3 novembre, Benoît XIV donne lu bulle Dci mise ration e pour maintenir la validité des mariages. H s'étoit introduit dans quelques pays des abus à ce sujet , et des yiges «assoient des mariages - sans avoir constaté ia légitimité de cette mesure par des informations suffisantes. Le pape s'élève avec force contre cet abus, et rappelé aux juges les paroles mêmes dn Fils de Dieu , qui ne veut pas que l'homme sépare ce que Dieu a uni. Il ordonne de nommer dans chaque diocèse un défenseur des mariages, qui veillera au maintien de leur indissolubilité , et assistera aux procédures sur ce sujet. On trouve , dans le bnllaire de Benoît XIV , quelques autres décisions sur la même matière, qui mériteroient d'être remarquées. Nous ne citerons que celles du 16 novembre 174? e* du 9 février i"49-> parce qu'elles ont rapport à une question qui fut vivement débattue dans ce temps- là. Dans la bulle du 16 novembre, ce Pape déclare qu'il est libre à un juif converti de contracter un autre mariage, suivant ce que dit saint Paul au septième chapitre de la première Epître aux Corinthiens. Il règle ensuite la manière dont le converti doit proeéder en cette occasion , et veut cro'il interpelle sa femme d'imiter son exemple. Dans le bref du 9 février 1749» adressé au cardinal ducd'Yorck, il traite à peu près le même sujet, mais avec plus d'étendue. Il ordonne de remarier un juif qui alloit se convertir, et qui avoit épousé une hérétique prête à faire aussi son abjuiation* Il y discute la question avec soin , répond aux objections, et s'appuie sur l'usage général de l'Eglise, qui , depuis plusieurs siècles , regarde l'empêchement de la différence des cultes comme dirimant. Cette décision n'empêcha pas qn'on ne jugeât tout le contraire en France quelques années après. L'affaire fit

du bruit. Un juif, nommé Borach-Levi, fut abandonné »

9Î Année 1742.'

par sa femme , parce qu'il s'étoit fait chrétien. Il ]a somma de revenir , et sur son refus , présenta requête à i'ofiïcial de Soissons pour être autorisé a se remarier. Il s'adre»— soit mal. Les théologiens de M. de Fitz-James, évêque de Soissons , n etoieut pas favorable à sa demande ; elle fut rejetée. Il en appela au parlement de Paris, qui, se faisant juge de cette question théologique , rendit , le 2 janvier 17^8, un arrêt faisant défense à Borach-Levi de se marier du vivant de sa femme qui l'avoit quitté. II parut dans le temps plusieurs ouvrages en faveur de cet arrêt , entr'autres une traduction des deux livres de saint ' Augustin à Pollcntius sur les mariages adultérins. On tâchoit d'y réfuter Graticn , Innocent III , et le commun des théologiens fondés sur le passage de saint Panl. Cet ouvrage fut mit à l'index à Rome. Il paroît que, sur une question aussi délicate, 1 officiai de Soissons et le parlement de Paris auroient agi plus sagement en se conformant au jugement d'un Pape, qui joignoit à son autorité , comme souverain Pontife , des connoissances approfondies sur le droit canonique et la théologie.

Le 18 avril, Benoît XIV promulgue la canonisation

de la îicnheureuse Elisabeth d'Arragon. Cette princesse, née en 1271 , de Pierre , roi d'Arragon , avoit été mariée à Denis, roi de Portugal, dont elle eut Alphonse, successeur de Denis. Elle mourut , le 4 juillet 1 336 , après une vie toute consacrée à la bienfaisance et à la piété. Ses vertus et les miracles opérés par son intersession la firent canoniser pnr Urbain VIII, en 1626; mais il ne publia point son jugement, la mort l'en ayant empêché. Benoît XIV y suppléa. Le 18 juin suivant , il approuva le culte piibiic de Jeanne de Valois, fille de Louis XI, roi de France, et femme de Louis XII, morte à Bourges, le f\ février i5o5, après avoir foude l'ordre de f Annonciade.

Àrmèe 1742. rp

— Le 11 juillet, Benoît XIV donne la bulle Ex quo sin^idari sur les rits usités en Chine. Nous avons vu plusieurs Papes occupés successivement de cette affaire. Le 19 mars 1715, Clément XI avoit publié la bulle Ex illti die , qui prescrivoit l'entière exécution du décret de 1704, rejetoit tous les prétextes et les subterfuges dont on s'étoit servi pour l'infirmer , et ordonnoit pour tous les missionnaires une formule de serment par laquelle ils promettoient d'observer exactement tout ce qui étoit réglé par cette constitution. Il ne paroît pas néanmoins que cette décision solennelle ait ramené tous les opposaDS. La mission de M. de Mezza-Barba , en 1721 , qui avoit pour objet de pacifier les différends, ne produisit point non plus ce résultat. Nous avons dit que ce légat avoit donné un Mandement pour recommander de nouveau l'observation de /a bu lie Ex illâ die. Mais en même temps ilpermettoit, avec certaines restrictions, quelques-unes des pratiques qui faisoient le sujet de la dispute. Ces tempéra mens n'avoient point ramené la paix , et le saint Siège ne jugea pis à propos de les coulirmer. Cependant une nouvelle décision devenoit d'autant plus néeessaire , que Je Mandement du légat- autorisoit plusieurs à répandre que la constitution de 171 5 étoit révoquée. Les disputes s'étaient renouvelées avec assez de vivacité. D'un côté le père François Saraceni, évêque de Lorima , et vicaire apostolique duChen-si et du Cham-si , défendit expressément . par une lettre pastorale, d'user des permissions accordées par le légat ; tandis que le père François de la Purification, nouvellement fait évêque de Pékin, ordonna de suivre ces mêmes permissions , par ses lettres pastorales des 6 juillet et i3 décembre 1733. Ces décisions contradictoires augmentèrent les troubles. Le 16 septembre ^35 . Clément XII cassa 1rs lettres pastorales de l'évêque d Pékin , et Benoît XIV termina la controverse par sa bulle Ex quo singulari. Il y appeloit toute ïaflairc depuis son origine , à dater des premières décisions delà congrégation de la Propagande, en i6;{5. Il rapportoit en entier le décret de 17 10, qui confirnioit le

q6 Année

Mandement du cardinal de Tournon ; la constitution de Clément XI, du 19 mars 1715 \ le Mandement du patriarche d'Antiochc, avec les huit permissions qui y étaient accordées, et le bref de Clément XII, contre les deux lettres pastorales de l'évéque de Pékin. Il faisoit ensuite mention des nouvelles informations ordonnées par ce Pontife, qui avoit fait interroger uu grand nombre de missionnaires et plusieurs jeuues Chinois venus a Rome. 11 rendoit compte des mesures qu'il avoit prises lui-même sur cet objet depuis son avènement au poutiticat. Enfin, il annulloit les permissions données par le légat , confirment la bulle Ex illâ die , prescrivoit une formule de serment à prêter par tous les missionnaires , leur ordonnoit à tous , sous les j>eines les plus graves , de se conformer aux décisions du saint Siège , et les y exhortait eu même temps par les motifs les plus pressans. Toutes ces précautions annonçoient assez l'importance que mettait le souverain Pontife à ramener tous les missionnaires à une discipline uniforme. 11 réussit , sans doute , pour le plus grand nombre ; cependant il paroit que l'observation de ce jugement solennel souffrit encore quelques difficultés, et que plusieurs missionnaires conservoient des prétentions contraires. Voyez la lettre de M» Fouquet , e'véque d' Ele'ithe'ropolis , au P. de Godille , du 3o mars i~36.

— Le 28 juillet , décret porté à Rome contre plusieurs ouvrages philosophiques. Ces ouvrages étoient i° les Lettres sur la religion essentielle à l'homme , distinguée de ce qui n'en est que l'accessoire ; 2° les Lettres cabalistiques , les Lettres chinoises et les Lettres juives. Le premier de ces, ouvrages était de Marie Huber, Genevoise et prostestante , morte a Lyon, le i3 juin i^53, k l'âge de 5g ans , et connue par d autres ouvrages qui ont presque tons mérité dêtre censurés. Dans les Lettres sur la reMgion essentielle à l'homme , elle se bornoit au pur déisme, et ne voyoit dans toutes les religions différentes qu'un accessoire dont on pouvoit se passer. C'est le même système qui a été réebauffé depuis,

Année 17 tf]

puis , et présénté sous des formes plus séduisantes. L'ouyrage de Mu« Huber né toit peut-être pas très-propre à tui donner beaucoup de crédit. Il est long et diffus. Elle donna dans la suite un Recueil de pièces pour servir de supplément à ses Lettres. Le supplément est encore moins connu que le premier ouvrage, et Ton y perd très- peu. On a aussi du même auteur le Système det anciens et des modernes sur Yétat des ames séparées des corps , avec une suite du même ouvrage. L un et l'autre ont été censurés. — Les Lettres cabalistiques , les Lettres chinoises et les Lettres juives , qui sont aussi l'objet du décret du 28 juillet, étaient du marquis oTAr— gens, écrivain qui a joué un rôle dans les annales de la philosophie. Il débuta par les Lettres juives. C'est une correspondance supposée entre un juif voyageant en Europe et ses amis. L'auteur sembloit y avoir pris pour modèles les Lettres personnes et t Espion turc, et il

aussi à la satire de nos mœurs des tirades sur matières qu'il eût dû respecter. Fécond en inventées à plaisir, il avoit toujours au besoin, pour appuyer ses assertions, des historiettes, les unes ridicules, les autres licencieuses, destinées à tourner en ridicule le» prêtres et tout ce qui tient à la religion. Il seroit impossible de suivre l'auteur dans tous les écarts où l'entraîne son imagination impétueuse , et de donner l'analyse de ces Lettres où il effleure les objets , ne cherche qu'à divertir, sème les facéties, et n'appuie ses déclamation» sur rien de solide. Son ouvrage, dédié à Don Quichotte, à Sancho-Pança et autres personnes de cette espèce , est digne de ces modèles par les folies et les bizarreries qui y abondent. Du reste nous devons remarquer, pour remplir toute justice, que l'auteur ne se donne pas pour athée. On peut, dit-U (tome I«, page 322, édition de 1754 en 8 volumes in- 12), ranger les gens qui nient la divinité dans deux différentes classes. La première est composée d'un nombre de philosophes qui se sont égaré»

dans leurs raisonnemnns Ils ont cru qu'ils éto'ent

tn droit de nier l'existence d'un Dieu , parce quils ri*

9S Annie i^4ft*

pouvoieht sonder son immense profondeur * ëomrrte sé notre ignorance des opérations d'un être étoit une raisoré pour nier son existence. Nous voyons tous les jours des effets et des productions dans la nature dont nous ne connoissons pas les causes..,,,. La seconde classe des athées est la plus nombreuse. Elle contient um ramas de libertins et d'esprits forts , dont la débauche 0 au lieu de l étude et de la méditation, décide de la croyance. Il en est peu qui, au milieu de leurs égarement, n'aient malgré eux des retours vers la vérité. Il faut ) pour éviter les remords , qu'ils se résolvent à ne point faire usage de leurs yeux. Dès qu'ils les ouvrent , tout leur annonce la gloire du Tout- Puissant.... La crainte , les remords , les troubles où les jette leur incertitude t vengent sans cesse la divinité outragée: dans leurs â&urs. Ainsi parloit dans un moment de sagesse celui qui jette le ridicule le plus injuste et le plut amer sur l'S choses religieuses. Ses Lettres cabalistiques et ses Lettres chinoises sont dans le même gout que \c$ Lettres juives. C'est la même intempérance d'rmagînation . le même mauvais gout, la même prolixité*. On a encore du marquis d'Argens la Philosophie du bon sens. C'étoit un écrivain très- fécond , mais en ipii le jugement ne brilioil pas autant que la mémoire. Il fut lié de bonue hrure avec Voltaire, qui le lonoit démesurément dans1 les lettres qu'il lui écritoif. Vous avez } disoit-il, prit de Bayle et le style de Montaigne. Dans plusieurs autres endroits, il le caresse par des coin pli mens où il entroit prolwblement plus de politique que de sincérité. Car il piroît, par d'autres lettres, qu'il goûfoif peu te style et les productions indigestes* du jeune provençal. Ce petit drôle-lù est lib/v , éci i voit-il. C'est déjà quelque chose. Mai" malheureusement cette bonne qualité, quand elle est seule , devient un furieux vice. Ce vice domine dans V'S écrits du marquis d'Argens, qui sont de plus en plus tombés H.u:s l'oubli, et qui n'ont plus aujourd'hui de left' UVi • sor' ordinaire d* ccui qui . comme d'Aigens, necrivent que pour vivre, tt songent plus aux petites

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passions du nîômént qu a la postérité; Cet auteur passa les trente dernières années de sa vie à la cour du roi de Prusse , et il étoit de la société intime de ce prince. La même manière de voir, sur des objets importans, fit naître et entretenir leur liaison. Cependant d'Argens, à la lin , revint à la religion qu'il avoît long-tamps méconnue

Le 28 décembre , décret de Philippe V , roi d'Espagne , sur les missions du Paraguay. * Nous avons parlé de céê étahlissemens formés par les Jésuites, du zèle qu'ils y montrèrent, des contradictions qu'on leur fit essuyer ? et des hommes généreux qui périrent au milieu de leurs travaux. Ce zèle et ces travaux n'èmpêchèrent pas qu'on lie peignît cette entreprise sous dès couleurs défavorables. Quelques ennemis de la Société l'accusèrent d'ambition ou de cupidité. En vain les hommes équitables et droifs rendirent justice à ses intentions et à sa conduite. On a une lettre écrite , le 20 mars 1721 , au roi d'Espagne, par D. Faxardo , év&pie de Buenos- Ayres. Ce prélat , qui venoit de foire une visite générale des réductions, disculpe des Jésuites des plaintes que l'on formoit contre eux. Son successeur , don Joseph Peralta , Dominicain , ne leur fut pus moins favorable , et écrivoit h la Cour en ce sens; Â leur témoignage s'en joignit un autre. Philippe V, à qui ort a voit porté des plaintes, envoya un commissaire sur les lieux pour examiner ce qui en étoit, «t ce fut sur son rapport, après avoir pris toutes les informations, et S'être assuré de l'état des choses, qu'il donna, le 28 décembre 17^ » Wn lort g décret par lequel il staiuoit sur les accusations dirigées contre les Jésuites.1 Il y détailtoit , et les reproches faits à ces religieux , et leurs défenses, et finissoît par ordonner que tout restât à leur égard sur le même pied qu'auparavant , et que le» Jésuites fussent maintenus dans la possession de régir ce* ItabUssejnenS qa'ils avoient créés. Ou peiït dire que c$

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décret étoît plus en faveur des Indiens que de la Société- II y avoit alors trente réductions peuplées d'environ trente mille Indieus sujets ou tribut , sans compter ceux qui en étaient exempts. Les Jésuites y entretenoient la paix, (ordre et la piété, et Ton sentit le prix de leurs travaux, quand sous un autre règne des ordres bien différens vinrent porter le trouble dans ces heureuses colonies, et préparèrent la destruction de ce gouvernement partriarcal et de ces établissemens précieux , élevés à la voix de la religion , et maintenus par son esprit et ses maximes. Ce décret de Philippe V ne précéda que de quelques années la mort de ce prince, qui finit ses jours, le 3 juillet dans s* 63' année. Il étoit l'élève de Fénélon , et montra tonte sa vie U piété qu'un si excellent maître lui avoit inspirée. Mais il tomba , dans ses dernières années, dans un état de mélancolie fâcheuse pour son repos et pour ses affaires. Ce prince étoit juste , réglé dans Ses mœurs, et ami du bien. Il s étoit démis de la couronne,» en 1724, en faveur de son fils, don Louis Ier, auquel il adressa , en cette occasion , des conseils pleins de sagesse et de pieté. Il ne jouit pas long-temps de la- retraite qu'il avoit choisie. La mort de ce fils , qui arriva la même année , le força de remonter sur le trône , ses autres en fans étant en bas âge. 11 avoit épousé en secondes noces l'héritière des Farnèse, et procura aux deux aînés qu'il avoit eus d'elle , le royaume de Naples et le duc) é de l'arme* H eut pour successeur, en 1746 « Ferdinand VI , fils de sa première femme, qui mourut, en 1759, sans laisser de postérité. Alors la couronne* d'Espagne passa à don Carlos, second fils de Philippe V / et roi de Naples depuis 1735, qui laissa ce dernier roy«< aume à son fils Ferdinand.

Le 12 septembre, bulle Omnium sollicitudînum / contre les rits malabares. La mission de l'Inde , comme'

Année 17 44*

4*tlle de la Chine , avoit eu ses épreuves et ses traverses , et la paix y avoit été aussi troublée par des disputes sur >des rits particuliers. Le cardinal de Tour non les avoit proscrits par son Mandement du 23 juin 1704, dont lions avons parlé en son lieu , et qui essuya beaucoup de contradictions. L'archevêque de Goa et l'évéquedc San-Thomé résistèrent à ce décret. Le consul supérieur de Pondichéry le déclara abusif, et les Jésuites n'y eurent point d'égard. Il fallut que le saint Siège confirmât , à plusieurs reprises, le Maudement du légat. De longues altercations eurent lieu à Poiulichéry , entre les Jésuites et les Capucins. Chaque parti obtint des attestations de docteurs indiens, qui certifiaient, les uns que les rits controversés étoient purement civils , les autres qu'ils étotent religieux. M. de Visdelou , évéqiic de Claudiopolis, qui résida long-temps à Pondichéry, se déclara contre les rits, quoiqu'il fat Jésuite ; et fut chargé, en conséquence, de diverses commissions par (a Propagande. Ses diilérends avec ses anciens confrères ont été racontés fort longuement , et peut-être aussi fort peu exactement , dans une source suspecte, les Mémoires du père Sorbe rf. "Le 11 décembre 1727, Benoît XIII, dans un bref aux cVêques et missionnaires de la presqu île de l'Inde , confirma les décrets de ses prédécesseurs, et notamment celui du cardinal de Tournon. Un nouveau bref de Clément XII, du 24 août 1734 1 aux missionnaires du Maduré, de Mayssouretdu Carnate, en ordonna l'exécution , eu y ajoutant seulement quelques modifications £ur certains articles ; et un autre bref du même Pontife, du 1 3 ruai 1739, renfermoit une formule de serment par laquelle les missionnaires permettoient d'exécuter le décret de 1 7 34 . On prétend que ces diverses mesures ne firent pas cesser les désobéissances, et ce fut pour détruire tous les prétextes que Benoît XIV, qui déjà, n'étant que simple promoteur de la foi , avoit pressé avec beaucoup de zèle l'exécution des décrets apostoliques, donna la bulle Omnium sollicituclinum , dans laquelle , ^omrae dans celle sur les rits chinois, il rappeloit tout

îf>a Jimée

cç qui s'étoit passé à cet égard. Il y satisfatsott à toui- Jes doutes , expliquent et confirraoit les modifications accordées par CJément XII , et n'omettoit rien" de ce qui pou voit mettre fin aux différends relativement aux rit* roalabares, Cependant il resta toujours un levain de discorde entre les Jésuites et les autres missionnaires. Ceux-ci reprochoient aux premiers de ne pas observer franchement la bulle. Cette désunion persista jusqu'après la dissolution de la Société. Alors la mission du Malabar fut confiée à lavéque de Tabraca , et aux missionnaires du séminaire de Paris. On consulta encore à cette épuquo le saint Siège sur les rits. La réponse fut qu'on pou voit permettre, au moins pour le présent, ce qui sembleront tolérablc, et ce que l'on avoit accoutumé de pratiquer.

— Le i5 septembre, martyre du père Castaaarez, Jésuite espagnol et missionnaire au Paraguay. 11 fut mis à mort par un cacique qui l'avoit invité h venir dans son pays pour l'instruire de la religion chrétienne. On le cjte comme un des plus courageux prédicateurs de la foi dans ces contrées. 11 avoit cinquante-sept ans. Un pieux Espagnol , nommé François Atoca , qui avoit voulu l'accompagner, périt avec lui,

Le 12 janvier (1) , deux missionnaires souffrent la morfc au Tong^King. La persécution excitée dans ce royaume , et dont il a été parlé précédemment , n'étoit pas encore appaisée. Deux Dominicains, les PP. Gil de Fédéric et Matthieu- Alphonse Léziniana , furent arrêtés et eurent la téte tranchée. Ce ne fut que quelques années après que le calme se rétablit , et que le roi de ce pays manifesta, peu a peu des seniimens plus modérés et plus favorables au christianisme.

(0 Ou le ?3 janvier 1744, «urrajit une autre reUtio*

Année to3

— Le 22 mai , décret donné à Rome, contre le livre intitulé : La Fable des abeU/ts. Cet ouvrage, écrit originairement en anglais , et publié dès i^t^ étoit véritablement une fable» L'auteur, Bernard de Mandeville, médecin établi à Londres, supposoit une ruche où tous les vices dom inoient ; mais ces vices tournoient au bien général et à la prospérité publique. On voulut les extirper , mais la vertu n'amena à la suite que la tristesse et la misère. Ainsi c'est l'apologie du vice que Mande- -ville présente dans son roman. Il excuse tous les désordres. 11 regarde comme un sot celui qui prêche la morale et la vertu , et croit que la société ne sauroit prospérer •ans le secours des grands vices. Un système aussi destructif du bon ordre et de la religion parut alisurde et monstrueux , et Maude ville se défendit assez mal , en disant que sa fable n'étoit qu'un jeu dYsprit. Ses éditeurs assurent aussi que , dans son intention , elle n'est qu'une ironie, dont le but e*t de tourner le v ce en ridicule; explication qui n'est ni naturelle ni plausible. Aussi, quoique Mandeville eût e ssayé , dans une seconde édition , faite en 1723 , de donner un tours moins favorable à son système , les gens de bien en saisirent aisément les conséquences pernicieuses. Les grands-jurés de Middlesex dénoncèrent son livre à la cour du banc du roi t à Londres, avec plusieurs autres productions qui avoient paru en Angleterre. On le traduisit en français, en 1740, et c'est sette traduction qui fut notée à Rome, où l'on vit les graves mconvéniens d'une théorie qui lai soit d 1 vice et de la vertu une affaire de mode et d'usage* Ma uleville , d'ailleurs , ne sapoit pas seulement la morale 1 il anéantissoit la religion, ne déconvroit dans les vrais chrétiens qu'enthousiasme et fanatisme , tournoit en ridicule la constance des martyrs, et donnoit les idées les plus fausses de la morale évangélique. Nous ne parlons pas des erreurs sur la société et ses fonde tu eus. L'époque qui vit paraître son livre en France, est celle où l'esprit d'irréligion s'agitoit en tout sens pour pénétrer et s'enra- <iner dans ce pays. Il cherchoit à obtenir chez nous les

io4 Année 1745.

juémcs succès qu'il avoit déjà eus en Angleterre , oh il .a voit gagné de nombreux partisans. Il comptoit dans cette fie d'ardens propagateurs. Plusieurs écrivains lui prêt oient le secours de leur plume. Aux Shaftesbury , aux Toland, «ux Gollins , aux Woolston , aux Tindal , aux Mandeville ^ a voient succédé Chubb , Morgan , Dodwelt , Middieton t Boiingbroke , Annet, et d autres encore qui se couvrirent du voile de l'anonyme. Dans le eourt espace de quelques années, ds multiplièrent leurs attaques avec un zèle extrême. Chubb , d'abord arien , puis déiste, se signala sous ces deux rapports. Avançant à grands pas dans son scep-* ticisme , il combattit successivement la révélation , l'inspiration des Livres saints , l'éternité des peines , et publia depuis 1730 plusieurs écrits, dont le plus hardi est Y Adieu à ses lecteurs , où il jette même des nuages sur Ja vérité d'une vie future, et travestit la doctrine de Jésus-Christ. Ses amis conviennent qu'il avoit plus d'imagination que de connoissances réelles. Des études tardives ne lui a voient donné que des notions superficielles , et on l'accu soit d'écrire pour avoir du pain , et d'accumuler ies paradoxes afin de piquer la curiosité et de faire mieux Tendre ses livres. Morgan , médecin , se rendit fameux par son Philosophe moral, publié à Londres en 1737. Il y rejetoit tout-à-fait l'ancien Testament , traitoit fort mal les apôtres , et se permettoit même de mal parler de Jésus-Christ. Il nous appeloit des Juifs chrétiens, qui 11 a voient qu'une foi /Us torique et une religion mécanique et politique, Hallet et Leland le réfutèrent ; mais il ne continua pas moins d'écrire avec confiance et hauteur. Dodwell , fils du théologien , donna lieu h une nouvelle controverse, par son Christianisme non fonde' en prett'ves , qui vit le jour en 174^. Avec les dehors du zèle, il tendoit néanmoins à faire croire que la foi chrétienne n'avoit point de fondement dansMa raison , et n efoit appuyée que sur un enthousiasme aveugle. 11 se moquoit de ceux qui vouloient ailier la raison et la foi , ne voûtait pas qu'on cherchât à rien prouver , et déprécioit les Livres saint*. Son livre f écrit avec art et malice 4 ft{

Ànne.e i*]4$' *o5

beaucoup de bruit , et fut loué par ses adhérons ; mais la religion trouva dans le clergé anglican d estimables apologistes. Middleton peut être rangé dans la clasa- des déistes. Son sentiment sur les miracles mêmes de la primitive Église, qu'il regardoit comme des fables , son mépris pour les pères et les docteurs, ses erreurs sur Jes prophéties , sa hardiesse à ne voir qu'une alle'gorie dans le récit de Moïse sur la chute du premier homme, «es écrits contre Waterland et Sherlock , l'ont fait regarder par plusieurs de ses confrères mêmes, comme un déserteur de la cause du clergé et comme un ennemi secret de la religion , et par les modernes comme un de «es chrétiens rationnels, si communs en Angleterre, et qui sapent , par des retranchemens successifs , l'économie de la révélation. Nous pourrions joindre à cet écrivain l'auteur du Déisme établi et vengé , qui parut en 1746 * et où l'on trouve les mêmes objections que dans les écrits, de Chubb. Nous parlerons plus tard de Bolingbroke et d'Annet. Nous avons rassemble' ici ces écrivains, qui à J époque où nous sommes arrivés, parurent réunir le plus d'efforts contre le christianisme , et qui publièrent coup sur coup, des ouvrages pour propager l'incrédu-» iité. L'Angleterre a, sur ce point, le triste honneur d'avoir devancé la France. Elle offrit, presque pendant la première moitié du siècle , le même spectacle que la France va nous présenter dans la dernière moitié. L'irréligion s'étoit déjà accréditée chez la première, tandis que dans la seconde elle osoit à peine paraître, et la mort des principaux déistes anglais avoit précédé les efforts de ceux qui chez nous suivirent les mêmes erremens. Ces remarques autorisent donc à regarder l'incrédulité comme née spécialement en Angletere , d'où elle fut transportée sur le continent, par Voltaire et d'autres littérateurs, qui naturalisèrent chez nous les productions anglaises* Qu'on ne soit donc plus étonné des nombreux écrits que nous allons voir se succéder en France en faveur de la philosophie naissante. Elle s'apprêtoit , à l'époque où f pus sommes arrivés , à y faire les conquêtes par lesqael-

io6 Année 174?»

les elle s'étoit un peu plutôt signalée clic* nos voisin*, et elle joignoit pour cet effet, aux armes de ses défenseurs actuels, celles de ses anciens partisans, double luoyeu de succès qui ne lui a que trop réussi.

— Le 6 juillet , rapport fait a rassemblée du clergé sur le livre des Pouvoirs légitimes du premier et du\ second ordre du clergé. L'auteur de ce livre étoit le même Travers qui avoit déjà donné , sur ce sujet , un ouvrage que nous avons vu flétri , en n35 , par deux archevêques et par la Sorbonne. Sa dernière production l'emportoit encore sur la première en erreurs. Il y établissait entre les prêtres et les évêques une parfaite égalité, et alloit jusqu'à associer les premiers à toutes les fonctions de iepiscopat , sans même excepter l'ordination. 11 renversoit toute la hiérarchie , attaquait ouvertement le concile de Trente sur la nécessité de l'approbation des confesseurs, et déclamoit avec emportement contre les évêques et leur autorité la plus légitime. M. de Rastignac, archevêque de Tou/s , alors président de l'assemblée du clergé , déféra ce livre à cette assemblée , et en exposa les principes dangereux. Son rapport imprimé fut rendu public et envoyé à tous les évêques. Au mois de décembre suivaut, le syndic de la faculté de théologie de Paris , lui dénonça aussi les Pou-> voirs légitimes. Ou nomma des députés pour l'examiner; on en tira des propositions, et on tint à ce sujet plusieurs séances; mais cette affaire traîna en longueur, et ne fut point terminée. La faculté de Nantes fut plus heureuse, et donna, le 19 avril 1746 , une censure détaillée en onze articles. Chaque article renferme un ccr-r tain nombre de propositions , à chacune desquelles sont appliquées m les quaiiiications qui lui conviennent. Les propositions censurées sont au nombre de quatre-vingtdix-neuf, et il y en a vingt-sept notées comme hérétiques.

— Le 1 5 septembre, le prince Charles-Edouard Stuart, fils de Jacques 111 , se fait proclamer roi à Perth , puis 4 Edimbourg flous avtns vu plus haut que le pré*

Année mf\S. 107

Pendant s'ctoit retiré dans l'Etat de l'Église, où les Pape» a voient pourvu généreusement a ses besoins ( 1 J . Il y épousa une princesse Sobieski , dont il eut deux fils, Charles-- Édouarîl et Henri- Benoît. Celui-ci, titré duc d'Yorck , embrassa depuis l'état ecclésiastique, et fut revêtu de la pourpre sous Benoît XIV. L'aîné se signala, eu 1743 * par un effort courageux pour le maintien de ses droits. Regardant la guerre qui existoit entre l'Angleterre et la France comme une circonstance favorable à «a cause, il s'embarqua à Nantes , le 12 juin , et arrive en Écobse, ou il se voit bientôt à la tête d'une petite armée. LesStuarts avoient toujours des partisans dans ce pays , ancien doma ne de leurs ancêtres. Les montagnard» accouren' se ranger autour du Mis de leurs rois. Le prince Charles se fait reconnoître régent des trois royaumes. Le gouvernement anglais met sa tête à prix, et promet 3o,ooo livrss à quiconque le livrera. Le jeune prince se montra plus généreux. Il défendit, par un manifeste, d'attenter à la vie de George II ou des personnes de sa famille. Il falloit soutenir ce laugage par quelque victoire. Charles en remporta une le 1 octobre, pénétra en Angleterre, et y répandit la terreur parmi les amis du gouvernement. On prit des mesures contre les catholiques. 11 ne paroît pas cependant qu'ils se fussent déclarés en grand nombre, et quoiqu'il soit permis de croire qu'ils faisoient des vœux pour un prince de leur communion, on ne voit point qu'ils aient beaucoup grossi ses drapeaux. L'historien Sinolett remarque qu'à peine deux cents Anglais se joignirent à lui. et encore il ne dit pas pas si ce foible renfort étoit composé de catholiques ou de jacobites- protestans. Quoi qu'il en soit, l'an unosi té nationale se renouvela. Le cri ordinaire , point

(1) Si nous faisons ici mention de cet événement , c'est moins pour eut rer dans dts détails politique* qui sont étrangers à notre plan, qu'afin d'avoir occasion do présent* r des faits qui se lient avec c»i même événement , et qui rentrent dans l'objet de ce)

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de papisme , se fît entendre. Plusieurs prêtres furentarrêtes. Le clergé protestant montra un zèle fort vif, et profita Je ce prétexte pour recommencer ses clameurs contre l'Église romaine. Anglicans et non-conformistes rivalisèrent de dévouement. Les prédicateurs tonnèrent en chaire contre les catholiques. Herring, archevêque dTorck , le savant Warburton 9 depuis évéque de Glocester , et une foule d'autres , se signalèrent en cette occasion. Les presbytériens montrèrent peut-être plus d'ardeur encore , eux qui avoieot établi à Londres , peu d'années auparavant, un cours de sermons pour réprimer ce qu'ils appeloient les progrès du papisme. Tant d'efforts ne furent pas perdus. Le prince Charles ne gagna que peu de partisans en Angleterre, n'y eut que des succès éphémères, fut rejeté en Ecosse, et totalement défait à Culloden, le 37 avril 17 46. Il erra long-temps dans les bois et les montagnes , toujours poursuivi , mais protégé par la fidélité des montagnards, dont aucun ne se laissa tenter par l'appât de la récompense promise à celui qui livrerait le prince. Après avoir couru pendant cinq mois les plus grands dangers , il réussit h s'embarquer pour la France, ou il aborda heureusement. Ce fut la dernière tentative des Stuarts pour recouvrer le patrimoine de leurs ancêtres. Les tristes suites qu'eut cette expédition pour l'Écosse , contribuèrent à y éteindre le parti jacobite. Le gouvernement anglais déploya une grande sévérité dans ce pays. Plusieurs lords, et un grand nombre d'officiers qui avoient pris les armes en faveur du prétendant, furent misa mort. On fusilla beaucoup de montaguards , on dévastateur pays, on y mit des garnisons. Les vexa* tions , les recherches , les emprisonnemens signalèrent l'entrée des vainqueurs. Les catholiques sur-tout furent en proie aux plus grandes rigueurs. On abattit leurs églises ; on détruisit un séminaire qu'ils avoient établi à Scalan; on chercha avec ardeur les missionnaires. Les uns furent obligés de se cacher; les autres furent pris. M. Colin Campbell mourut des suites des mauvais Irëiteojeos qu'il avtnt reçus. Lts PP. Gtidon et Camc-

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rem, Jésuites, finirent leurs jours en prison. Hnît autres, après avoir langui long-temps dans les cachots, furent bannis à perpétuité. On envoyoit des soldats pour chercher les prêtres, et on a&suroit des récompenses à ceux qui en découvraient. Au milieu de cette terreur générale , M. Hugues Mac donald , évêque de Dia , et vicaire apostolique pour le pays des montagnes (1), passa en Franco. Il étoit spécialement désigné aux soldats , et il resta plusieurs années en exil, avant de pouvoir retourner près de son troupeau.' M. Jacques Gordon , évêque de Nico polis , et vicaire apostolique du midi de 1 Ecosse, mourut au milieu de ces traverses. M. Alexandre Smith,, évêque de Misioople, son coadjuteur et son successeur f se tenoit caché a Edimbourg. Il fat plus d'une fois dénoncé et poursuivi. Cet état de choses dura même, sans aucun prétexte, lorsque tous les ressentimens dévoient être eflàces ; et les mémoires que nous avons consultés déplorent les rigueurs que l'on exerçoit sur les catholiques , et particulièrement sur le clergé. En 1751 , ou prit deux* prêtres, MM. Grant et Gordon. Ce dernier fut banni. M. Robert Maitland fut proscrit par un jugement solennel. On décernoit des récompenses à qui trou voit un prêtre. Lévêque de Dia étant retourné dans son vicariat, y fut poursuivi et se retira a Edimbourg , où il fut dénoncé et mis en prison en i^55. On donna huit cents écus h celui qui l'avoit pris. Tel étoit encore à cette ' époque l'état de troubles de cette mission. Les catholi-

(1) En 1726, on avoit divise l'Ecosse en deux vicariats apostoliques. Il n'y en avoit eu qu'un jusque-là, qui avoit été rempli d'abord par M. A'icoNon , évêque de Pcristacliiura. On lui donna pour coadjuteur, en 1706, Jacques Gordon, qui fut sacré à Rom - en qualité d'évéque de IVicopolis. 11 se rendit secrètement en Ecosse , et succéda . en 1719 , à M. Nicolson, qui mourut cette aHnée. Ce fut sous lui qu'on divisa l'Ecosse en deux vicariats , l'un de la plaine , l'autre des montagnes. L'cvcque de Nicopolis retint le premier de ces district*. Il avoit pour coadjuteur, Jean Wallace , évêque de Cvrrha , qui fut mis en prison , c& t}09f avec d'autres csiholiqucs, et qui raaivrut en i?34*

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ques dEcoàse intercédoicnt en vain pour oLtenir «4*êtr*éi plus tranquilles. Ils fai soient agir les vicaires apostoliques en Angleterre , et les ambassadeurs des puissances catholiques à Londres. Ils n'obtinrent justice que lentement et imparfaitement. La rigueur dont on usoit envers eux ëtoit d'autant plus étonnante , qu'on su i voit un tout autre système h l'égard des catholiques en Angleterre 'même. Ceux-ci obtenoient de jour en jour plus de liberté, et le gouvernement s'accoutumoit de plus en plus envers eu* à une tolérance plus marquée. Ceux d'Irlande même élorent .▼us de moins mauvais œil. Lorsqu'il étoit question d'un projet de descente que les Français dévoient effectuer en 1759 , les catholiques de Dublin signèrent , le 1er dé'* cerabre, une adresse au lord lieutenant pour l'assurer qu'ils étoient disposes à repousser l'invasion. La révolte de quelques paysans du Munster, vers 1763 , ne pot être regardée comme une révolte des catholiques. Ceux-ci envoyèrent, au contraire , à iord Hallifox, alors gouverneur , des assurances de leur fidélité. L'évêque de Wa^terford donna au ministère des renseignemens sur la conduite des mécontens, et l'évêque d'Ossory exhorta ♦son tronpeau h l'ordre et à la soumission. Celte conduite devoit dissiper insensiblement les ombrages des protestons. Les Stuarls perdoient de jour en jour leurs partisans. Le prince Charles , après sa malheureuse expédition de 1 • »Ma rejoindre son père à Rom*. Cest Ih que cette famille s'éteignit dans un exil, honorable du moins aux yeux de la religion. Jacques III, plus connu sous le nom de prétendant nu de chevalier de Saint-Georges, mourut le 1^ janvier 1766, dans sa soixante-dix-huttième année. C'est celui sur la naissance duquel quelques Anglais emportés, et eut rau très Burnet, ont débité des1 contes regardés aujourd'hui comme absurdes. Son fils, titré prince de Galles, le même qne nous venons de voir lutter avec courage contre la mauvaise fortune, mourut a Rome, le i3 janvier 1788, sans laisser d'en fans de son mariage avec Louise de Stolberg. Le cardinal d'Yorck . son frère, n'est mort qu'eu 1807. C étoit Iç dernier dos Stuarls

Année

Le *f) juin , canonisation de* bienheureux Fidèle def Sigmaringen, Camille de Lelli , Pierre Rcgalada , Joseph de Léonissa et Catherine Ricci. Fidèle Rojo , në h Sigmaringen, au diocèse de Constance en Souabc, entra* dans Tordre des Capucins, et fut envoyé comme missionnaire chez les Grisons , et dans la partie limitrophe de l'Allemagne. Il y prêcha la foi avec Un zèle et un succès qui lui méritèrent la haine des hérétiques. Ils l'attirèrent chez eux , sous prétexte de vouloir l'entendre. Il y alla, quoiqu'on l'eût averti de se défier d'eux , ne voulant point manquer à ce qu'il croyoit de son ministère; et il fut massacré dans un bourg de cette contrée, le 2.4 avril 1622. Camille de Lelli , né en i55o, donna d'abord dans le désordre ; mais Dieu lui ayant fait la grâce de se convertir , il se consacra au service des malades , et fondaen Italie l'ordre des Clercs- réguliers , servant les infirmes. 11 mourut à Rome, le i4 juillet i6i4« Pierre Regalada, né en Espagne, en i3«)o, fit ses vœux chez les* Frcres-nimeurs , et y introduisit In réforme. Il est le fondateur de ceux de l'Observance régulière : il mourut le 3o mars ï 4^6. Joseph de Léonissa, né dans cette ville, au royaume de Naples, en if>56, entra chez les Capucins, et moûrut saintement h Rieti en 1612. Catherine Ricci , née à Florence , en 1 5*2 , se fit religieuse à Prato , eut le don des miracles, et mourut le u février 1589. La canonisation de ces bienheureux se fit avec la plua grande pompe, au milieu d'un concours immense, et Benoît XIV prononça lui-même une homélie en leur honneur.

— Le 7 juillet , arrêt du parlement de Paris condamnant au feu ï Histoire naturelle de l'ame et les Pensées philosophiques . Nous sommes parvenus à l'époque où les efforts de la philosophie se multiplient, et off la religion reçoit successivement de vives atteinte», 0

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se fermoît Insensiblement un parti d'incrédules. Jusque-)?!. U France en avoit peu vus. Bayle étoit presque le seul que Ton put ranger dans cette classe. Mais ses écrit» a voient essuyé de nombreuses réfutations , et les protestons avoient disputé aux catholiques l'honneur de défendre le christianisme contre les objections du professeur de Rotterdam. On avoit vu paroître plusieurs ouvrages contre Spinosa et les sociniens. Le cardinal de Polignac avoit confondu les rêveries de Lucrèce avec autant de force que de goût. L'abbé Houtcville avoit établi la vérité du christianisme par les faits. Divers auteurs avoient démontré, l'un l'authenticité des Livres saints, J autre Ja divinité des prophéties , celui-ci la venue du Fils de Dieu , celui-là un autre point de notre croyance. La logique , la critique et l'érudition avoient été appelées au éecours de la foi tlans des productions solides. Ce n'étoit donc pas faute de lumières qu'on remettoit de nouveau eu question des vérités qui avoient été portées jusqna l'évidence. Des hommes qui eussent cherché de bonne • foi h éclaircir leurs doutes, auroient trouvé aisément des preuves capables de les satisfaire. Mais on commençoit à se lasser d'une croyance qui blessoit encore moins par la hauteur de ses dogmes des esprits prévenus , qu'elle ne révoltoit par la sévérité de sa morale des cœurs corrompus. On courrait après de nouveaux systèmes pouf étayer de nouvelles mœurs. On regardoit l'autorité comme un joug, et la Coi comme une entrave. On affectoit dans la manière de penser une indépendance que l'on regardoit comme la preuve d'une grande force d'esprit. Tant d'écrits contre l'Église et ses décisions, tant de satires, d'intrigues e t de disputes , avoient jeté des nuage» dans l'esprit de plusieurs , avoient ébranlé les foibles et enhardi les mal-intentionnés. Des querelles, malheureusement trop vives et trop longues, avoient servi de prétexte à la dérision. Il se manifestoit dans 1rs esprits une tendance à 1 irréligion , et l'assemblée du clergé de T743 avoit confié, à cet égard, ses alarmes au roi. Il se /cpunduit des écrits dont le but n'étoit pas équivoque*

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$ous en avons déjà indiqué quelques-uns qui furent notés à Rome , et I ou a pu remarquer que c'étoit du Siège apostolique et de la chaire de celui qui est chargé (Je la •sollicitude de toutes les églises, quctoieut partis les premiers traits contre l'irréligion. Cette année, deux nouveaux écrits portèrent encore plus loin la hardiesse et la licence. C'étoient Y Histoire naturelle de rame et le» Pensées philosophiques. Le premier, qui a été imprimé aussi sous le titre de Traité de Pâme, étoit de La Mettrie, médecin , qui y soutenoit le matérialisme le plus déclaré* 11 finisse it ainsi : Vame dépend essentiellement des organes du corps. Ergo participent lethi quoque convenir esse. On voit que l'auteur ne cherchoit pas à déguisée la grossièreté de sa doctrine. L'arrêt du parlement lui fit prendre la fuite. Il se retira d'abord en Hollande, ou son livre fut aussi brûlé, puis en Prusse, ou il se fixa. 11 donna depuis, à Berlin, une édition complète de ses <euvres irréligieuses. Elle a été condamnée par un décret îàe Clément "XIV , du icr mars 1770. La Mettrie mit en tête un discours préliminaire, ou il commence par dire, que la philosophie est contraire à la morale et à /ce religion. Il y avance sans détour que Vame est matérielle , que la religion et la morale sont l'ouvrage {le la? politique , que les remords sont des préjugés de l'éducation , que V intérêt de la société décide du bien et die mal moral, etc. Les diflerens écrits qui composent ce recueil répondent à un début si sensé. Dans le System* d'Épicure , on lit que tout s'est fait tout seul, et que la matière , a force de s'agiter, est parvenue à Jhïre des yeux. L'homme machine, l'homme plante, sont pleins d'absurdités de cette nature. La Mettrie écrivoit très-sérieusement, que les hommes av oient , dans l'orisine , poussé comme des champignons 3 et que la terre) n'en produit plus , par la même raison , quune vieille» poule ne pond plus d'œufs. C'étoit, suivant Voltaire ^ un fou qui n'écrivoit que dans Vivresse. Le même écrivain parle de ce fou , dans sa Correspondance > avec, beaucoup de mépris. 11 l'avoit beaucoup vu à Berlin,

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