‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le 18e siècleChapitre 37 sur 50 · TOME SECOSP · texte numérisé non relu

TOME SECOSP

ïx4 Année 1746;

où La Mettrîe mourut , laissant y dit encore VoItaiVeV Une mémoire exécrable. Le second ouvrage condamné au feu par le parlement , étoit les Pensées philosophiques 9 qui furent dans le temps attribuées à Voltaire, mais qui Côtoient de Diderot ; et ce fut par là qu'il commença à se signaler dans une carrière où il devoit bientôt fairèr les plus grands pas. Son Essai sur /entérite et la vertu , imité de Schaftcsbury , n'annonçoit pas des opinions aussi tranchantes. Il y répète plusieurs fois qu'il n'y a point de vertu sans religion , et y combat l'athéisme comme laissant la probité sans appui, et poussant indirectement à la dépravation. Il changea bien d'avis depuis. Ses Pensées n'ont de'jà plus la même couleur. 11 y en a de très-hardies. Elles n'annoncent pas cependaut des idées bien fixes , et l'on diruit que Diderot n'avoît pas encore pris son parti. Car s'il fait des objections contre le christianisme, il blâme ceux qui s'élèvent contre la religion dominante. Il de/este les athées fanfarons , parce qu'ils sont faux. II plaint les vrais , pour lesquels toute consolation lui semble morte; et il prie Dieu pour les sceptiques , ils manquent de lumières. Diderot est néanmoins sceptique dans cet écrit , tant il se piqùoit peu d'être conséquent. 11 dit formellement qu*w/i scepticisme gênerai est le premier pas vers la vérité t et quV/ servit à souhaiter qu'un doute universel se répandit sur la face de la terre , et que tous les peuples voulussent metti'e m question la vérité de leur religion. Diderot donna d<pm une Addition à ces Pensées. \1 Addition est bien autrement forte, et fut imprimée beaucoup plus lard. La Lettre sur les aveugles , qui est de 1749, attira à l'auteur quelques disgrâces. Il fut enfermé à Yincennes, ou il resta trois mois et demi. A voit-il lieu dt se plaindre beaucoup de ce traitement, après avoir reconnu que l'autorité étoit en droit de sévir contre quiconque portoit atteinte à la religion dominante? Dans sou interprétation de. la nature , en \~r-\ * il réfute un prétendu docteur lia n m an , sous prétexte des dangereuses conséquences êc son opinion 3 niais, dans le fait, il pousse cette opi*

Annie 17^. \\$

bton jusqu'oïl die pou voit aller. Sa physique y est quelquefois fort étrange , et ses principes très-bizarres. Diderot fat 110 des principaux rédacteurs de l'Encyclopédie , et il mit beaucoup de zèle à terminer cette grande entreprise, et sur-tout à y faire prévaloir ses idées irréligieuses. Son zèle , a cet égard , augmentoit avec l'âge , et il finit même par professer l'athéisme , tant dans ses écrits que dans ses conversations. 11 est , sous ce rapport , le chef dune école particulière, qui s'honoroit de marcher sous ses drapeaux, -et qui fa loué avec enthousiasme. Ardent, impétueux, -Diderot a eu plus de part que personne à la guerre faite au christianisme , et nous le retrouverons plus d'une £bys *Uns le récit des attaques portées à la religion.

Le 26 mai , M. Sanz , évêque de Mauricastre , et vi- ^Caire apostolique en Chine , est décapité. Une persécution •violente s étoit élevée dans cet empire, l'année précédente, contre les chrétiens. Elle commença par le Fo-Kien, •dont le vice- roi étoit fort prévenu contre le christianisme. 11 lit rechercher les missionnaires et les chrétiens avec une ardeur qu'on n'avait pas encore vue. Il s'empara , entr'autres, de M. Pierre-Martyr Sanz, éveque de Mauricastre , et de quatre religieux Dominicains , les PP. Royo, Alcober, Serran o et Diaz. On les mit en prison, et on les conduisit, chargés de chaînes, à la capitale de la province. Là , ils furent interrogés, mis à la question, tourmentés de toutes les manières, déclarés absous par un tribunal , mais condamnés par un autre sur les instances du vice- roi. Ces rigueurs s'étendirent bientôt à .plusieurs provinces. On prit des chrétiens, on démolit leurs églises , on brûla leurs livres, et la rigueur des tour* mens en fit apostasjer plusieurs. Mais la foi trouva aussi des athlètes courageux, qui persévérèrent à l'aspect des supplices. Un grand nombre de missionnaires furent dispersés, et la terreur obligea les uns à se retirer à Macao ,

<ïï(? Année 174^'

«t les autres a gagner des solitudes. Cependant, TeniperetfK ayant confirmé* la sentence portée contre les cinq missionnaires, M. de Mauncastre fut décapité. £0 mourant, il pria pour ses bourreaux et pour la conversion de la Chine. Le 28 octobre suivant, les quatre Dominicains subirent le même supplice dans leur prison, et un catéchiste chinois, pris avec eux, et nommé Ko-Hocitgin f fut étranglé. Ces exécutions n'arrêtèrent point les recherches. Plusieurs missionnaires furent pris et tradu:ts devant les tribunaux. Deux Jésuites, les PP. Tristan de A t ternis et Antoine Henriquex, le premier Italien , et Je second Portugais , furent tenns neuf mois en prison , et étrangles le 12 septembre 17^* Plusieurs Chinois souffrirent la question et les tortures, furent condamnés a l'exil , aux coups de bâtons, à la cangue, et confessèrent le nom de J&us-Christ devant les juges. Leur courage consola de la foi blesse de ceux que la craiute avoit portés à renoncer à leur foi. Mais la plupart de ces derniers, lorsque forage fut passé, témoignèrent leur douleur, et se soumirent h la pénitence qu'on leur imposa. Lecafme revint de nouveau , et les missionnaires reprirent peu a peu leurs pénibles fonctions. Il y avoit bien encore de temps en temps quelques momens d'alarmes , qui obligeoieot les chrétiens à de plus grandes précautions. Mais au milieu de ces alternatives d'inquiétudes et de repos, la foi continua de fleurir dans cet empire. IL y avoit des provinces où elle se professoit en toute liberté. Plusieurs mandarins la favorisoient , et quelques-uns étoient même chrétiens ; ce qui n'étonnera pas , quand on se rappelera qu'une branche presque entière de la famille impériale avoit embrassé le christianisme plusieurs années auparavant , et avoit été , pour cela même , exposée à une persécution , au milieu de laquelle sa fidélité ne se démentit point,

Jlxnée 1748- **7

Le 24 janvier, rétractation du P. Pichon, Jésuite, relativement à son livre de l' Esprit de Jésus-Chr'ut sur la fréquente communion. Ce livre avoit paru en 1 74^. L'auteur, frappé des inconvéniens de la doctrine nouvelle contre la communion fréquente ♦ et affligé de voir combien quelques-uns a voient à cœur d'éloigner les fidèles de la table sainte , voulut combattre cet excès , et donna dans un autre. On s'aperçut que les maximes de son ouvrage tendoient à permettre la communion aux pécheurs sans les précautions et les purifications nécessaires, et lavorisoicnt un relâchement dangereux. L auteur enseigne, i° que lorsque l'Apôtre dit : Probet au te m seip- <sum homo , c'est comme s'il disoit : Avant de communier tous les jours, à quoi il exhorte , examinez bien si *vous êtes exempt de péché mortel, et si vous l'êtes, communiez. Si vous ne l'êtes pas, purifiez -vous au plutôt , afin de ne pas manquer à la commua nion quotidienne, (Entret. 11 , page 213.) Il prétend, a° que la coutume de l'Église déclare que cette épreuve consiste uoiqui ment à être exempt de péché mortel, et qu'il ne* Tint pas davantage. 11 paroît que le P. Pichon avoit puisé cette maxime dans le livre de Molinos , sur la fréquente communion. 3° Ce Jésuite distingue deux sortes de sainteté, la sainteté commandée et la sainteté conseillée ou de bienséance. La première consiste dans l'exemption de péché mortel , et il n'y a que celle-là de nécessaire. L'autre est de subrogation , elle est bonne et louable. Mais c'est la communion même qui la donne. Telle est la clef deson système. 4° ^a fréquente communion est le meilleur moyen de conversiou et de sanctification. C'est la pénitence la plus salutaire , la plus facile pour les gens du monde. 5° Il dit, page 355, qu'il en est de l'Eucharistie comme du Baptême , qui agit sur les en/ans 9 et donne la grâce sans aucune autre disposition, 6° Il parle peu .^tnvenablement de la pénitence publique usitée autrefois

li ft Àtùîce 17(8.

dans l'Église , et l'appelé ( page 3^3 ) une ptniicnce deeéirmonie. 70 11 altère des passages pour s'en faire clés preuves. 8° Il imagine on allègue des histoires apocryphes pour en tirer des conséquences favorables à son système. Le livre étoit encore peu connu , quand M. Langue!, archevêque de Sens , donna, en juin i?{7 » ^es remarques où ilrelevoit les écarts et les faux principes du P. Piehon. Le Ier juillet suivant , M. de îîraneas , archevêque d'Aix , déclara dans un Mandement qu'il n'a pprou voit poiut le livre. Bientôt les ennemis de la Société, avertis des fautes de l'auteur, lurent et épluchèrent son ouvrage. M. de Caylus , le seul évêque appelant qu'il y eut alors dans le monde , condamna le livre , et n'épargna ni fauteur ni ses confrères. L'ancien évêque de Saint-Pnpoul (1), rompit son silence pour tomber sur uo Jésuite. MM. de Rastignac, archevêque de Tours; de Sou il lac , évêque de Lodève; de Bezotis , évêque de Carcassonne, et de Fitz-Jarnes, évêque de Soissons, s'élevèrent aussi avec chaleur, non seulement contre le livre, c'étoit une matière légitime de leur zèle, mais encore contre le P. Piclion, et même contre tous les Jésuites. On n'en sera pas étonné , quand on saura que les deux derniers de ces prélat» avoient confié le soin de rédiger les Mandemens qu'ils donnèrent alors, au P. la Borde, Oratorien, dont il a été plusieurs fois question (2). Quant à M. de Rastignac, on a lieu de croire que ses écrits contre le livre , car il en donna plusieurs, venoient aussi de la main d'un appelant nommé Gourlin. {Voyez la Liste chronologique, 1775). Les autres prélats qui condamnèrent l'ouvrage du

(1) ( Vloil Jeun-Charles Ai: Segur , le mtrac qui avoit donne» le aG fcv;RT 173;», un Mmuù< nient pour relrarter son acceptaliou de la Initie Unigenitus , et qui s'etoit eu même temps lierais uc son evéche. Cette démarche lui avoit été conseillée par M Colheil , eveque de Montpellier. Le Pape, pjusicur» évêque» ,1e roi, 'le parlement de Toulouse »' unirent pour ttetrir sou Mandeiacnt.\

(i) Voyez et 1716.

Année i j£S. i 1 §

J*. Pîchoa , y mirent plus de modération et d'équité. Il y eu «ut quinie , sans compter ceux que nous venon. de nommer, qui donnèrent des Mandemens sur ce sujet, et détournèrent leurs diocésains de U lecture du livre. Mais ils s'abstinrent de flétrir l'auteur. Cette retenue «toit d'autant plus convenable, que le P. Pichon n'a- Toit pas attendu ces censures pour revenir sur ses pas. Le a4 janvier, c est-à-dire, h une époque ou à peine cinq ou six évêques s etoient déclarés , il écrivit de Strasbourg, à M. de Beau mont , archevêque de Paris, une lettre où il témoignoit désavouer, rétracter et condamner son ouvrage. L'archevêque envoya cette lettre à ses collègues , mais elle ne désarma point l'envie. Des gens qui n'étoient point accoutumés à rétracter leurs erreurs, préteodoient que le P. Pichon ne s'étoit point coudamué de bonne foi. Ils continuèrent donc à. crier contre lui et contre la Société; car il étoit clair que, puisque le P. Pichon pensoit ainsi , tous les Jésuites pensoient de même. Ou Ht de ses sentimens uue hérésie affreuse , que l on désigna sous le nom harmonieux de Pichonisme , et le gazeticr se chargea d'en inspirer de l'horreur. Ce fut principalement a cette époque qu'il .s'appliqua de toutes ses forces à rendre les Jésuites odieux, et à préparer de loin leur destruction.

— Le 6 mai, arrêt du parlement de Paris, condamnant au feu le livre iutitulé : ies Mœurs. Cet ouvrage venoît de paraître et faisait du bruit. L'auteur étoit un avocat de Paris , nommé Toussaint , qui avoit commencé, dit-on, par des hymnes en l'honneur du diacre Paris. Ce premier enthousiasme le jeta ensuite dans un autre. Lié avec Diderot, il voulut suivre l'exemple que celui-ci venoit de lui douner. 11 se proposa de tracer un plan de inorale naturelle , indépendant de toute croyance religieuse et de tout culte extérieur. C'étoit le plan d'un déiste , et Toussaint se montre tel dans tout l'ouvrage. La révélation , les dogmes, les miracles y sont combattus. Tous les cultes y sont présentés comme indifférons, et les pratiques du ©hristiaahme y sont tournées ca ridicule.

I2Ô %Âmxèe tj$.

Enfin, ce livre n*est pas mÊmc moral (i). On y trouve fréquemment des tableaux indignes d'un ami des mœurs ; comme si l auteur eut voulu prouver, par son exemple, que la religion naturelle, dont il se faisoit le champion, ne suffit guère pour inspirer une morale saine. M. d'Ormesson, avocat- général, en déférant loovrage , le présenta comme respirant l'irréligion, l'immoralité et la satire; et l'arrêt le condamna comme contraire aux bonnes mœurs , Scandaleux et impie. On en fit dans le temps plusieurs Critiques. Toussaint ne parut pas d'abord s'embarrasser beaucoup des atteintes portées à son livre. Ce ne lut qu'en i~(r2 qu'il publia des Eclaircissement sur les Mœurs. Il s'y défend de l'accusation de déisme, et proteste de son aitachcmcnt pour la religion, dont il remplit, dit- il, notoirement les devoirs , et dans laquelle il élève ses en/ans, 11 prétend justifier son livre contre l'arrêt et contre les critiques. II abandonne quf Iques passages , demande grâce pour quelques plaisanteries, révoque en partie ce qui est ouvertement contraire à la foi , et explique ou adoucit plusieurs antres endroits. Il convient de ses torts par rapport aux détails licencieux. Il se plaint qu'on Ta mal entendu , qu'on la jugé précipitamment, se soumet à la décision de l'autorité, et présente ses Eclaircissement, qu ï/ donne librement et de lui-même comme un gage de sa bonne foi» Cependant ce dernier ouvrage renferme encore bien des choyas dignes de censure, et l'auteur y laisse subsister des erreurs graves. Aussi les incrédules comme les gens religieux l'ont regardé comme un déiste : les premiers l'appeloient , dit-on , dc'iste dévot. Il finit ses jours à Berlin , • où il s était retiré, et fut du petit nombre de ceux qui reconnurent à la mort combien ils s'étotent égarés. Il demanda pardon à ses enfans des exemples qu'il leur avoit donnés, et les conjura de rester attachés à une croyance et à une religion, qui seules poil voient les rendre heu-

(i) Ce nYst,<lit Grimm, dans «a Correspondance) qu'uB re« {piciltfcr lieu* communs qu'on Iroayc partout. pîrrtici

Année 1748* -M*

feux et eontens cTcux-mêmes. — Ce fut cefte même année 1748 que parut, pour la première fois, le Telliamed, pu Entretiens d'un philosophe indien avec un missionnaire français , sur la diminution de la mer, la formation de la terre , l'origine de l'homme , mis en ordre sur les mémoires de feu M. de Maillet, par J. A. G.... L'ouvrage est dédié a Cyrano de Bergerac , comme au plus disne protecteur de toutes les folies qu'il renferme. £ xtravaguer pour extrav agiter , est-il dit dans cette epitre, en peut extravague.r dans la mer comme dans le soleil et élans la lune. De Maillet convient que son système esi fabuleux , qu'il donne des rêveries , et qu'il est un imitateur de Cyrano. Tel est le langage qu'on lui fait tenir. Il est étonnant après cela qu'on ait voulu nous faire croire sérieusement ces fables et ces rêveries , et que, dans une longue préface , on ait épuisé tous les sophismes pour donner quelque vraisemblance à ces folies. L'éditeur auroit dû être plus conséquent; et puisqu'il prenoit Cyrano pour son patron, il eût dû, ce semble, ne présenter le nouveau système que sous des couleurs ridicules ou enjouées. Tout le livre, au contraiie , est d'un sérieux glaçant. On s'efforce d'y prouver que tout notre globe , jusqu'aux plus hautes montagnes , est sorti du sein des eaux, et qu'il est l'ouvrage de la mer, qui se retire successivement pour laisser de nouveaux terrains à découvert* L'auteur, qui avoit étudié l'histoire naturelle et la géologie, appuie son opinion de plusieurs faits, qui prouvent bien que la mer s'est retirée en quelques endroits, mais d'où l'on ne peut inférer une diminution générale, telle qu'il la suppose. Il avoit voyagé en homme prévenu, qui n'aperçoit qu'un coté des objets. Pour bien voir la nature, il faut ne point avoir de système. 7V/~ liamed croit qu'on pour roi t calculer depuis combien de siècles la terre a commencé à être habitable, et dans combien de siècles elle cessera de l'être par l'épuisement des mers. 11 prétend qu'il répugne à la raison d'assigner un commencement à la matière et au mouvement, qur celle* '<$ est- étemelle 5 Ç"* sokiJ , 4t*t laçfasiw ejt alimentée

jaa Année 1749.

par des mers de feu, s'éteindra lorsqu'il en aura été cou-» sumé; que la terre est entrée après la lune dans le tourbillon du soleil ; que notre globe , lorsqu'il aura été consumé parle feu, renaîtra de ses propres cendres, et passera à un autre état; que les oiseaux et les. quadrupèdes sent sortis du fond de la mer, et n'étoient dans l'origine que des poissons, ce que l'auteur prouve par des motifs non moins ridicules que la chose même; que l'homme entrautres est originaire de la mer, ce qui est évident, car au microscope sa peau est toute couverte de petites écailles comme celle d'une carpe ; que l'air est rempli des semences de tout ce qui peut avoir vie ; que ces semences originelles des créatures vivantes sont petites M délites , indivisibles , et par conséquent impérissables dans leur essence ( idée que nous verrons bientôt reproduite par un autre écrivain); que Mais c'est asses

parler de ces idées creuses* Ce que L'on remarque daus les six entretiens, et sur-tout daas le dernier, c'est un amas de contes et d'historiettes ramassés au hasard dans les récits de tous les voyageurs , et qu'on nous donne pour des faits incontestables; ce qui montre que ces Jiommes, qui eroiroient se déshonorer d'avoir la foi aux Écritures, prostituent leur créance à des fables ridicules, et qu'en refusant d'adopter des principes fondés sur les motifs les plus raisonnables, ils bâtissent des systèmes ridicules sur des fondemens absurdes et ruineux. Cette réflexion s'applique très-bien au Telliamed.

Le 22 juillet, un conseiller au parlement dénonce «ux chambres quelques refus de sacre tuens faits à des appclans, et entr autres celui que venoit d'épronver Charles Coffin. C'étoit un principal de collège, qui avoit du talent et du zele , mais que l'on regardoit comme fort attaché au parti. Le eiiré de la paroisse lui ayant demandé un billet de confession pour lui administrer Jes sajyremeus, et le jaalade aprajit persisté à uen vouloir pA

Jmiêe 17^. 12$

donner ^ il mourut sans les derniers secours de la religion» Cet événement fit du bruit : tous ceux qui étoient dans le même cas que Coffin jetèrent les hauts cris, et un magistrat se chargea de les appuyer au pailemetit. C'est ici le commencement de cette longue suite de plaintes et de dénonciations , dont les tribunaux retentirent contre les relus de sacremens faits aux appelans. Jusque-là ceux-ci avoient été obligés de souffrir cette peine de leu» opiniâtreté ; car ces refus nëtoient pas nouveaux. Les

> journaux du parti témoignent qu'il y en avoit eu dès 1721 et aux années suivantes. Le parlement s'en étoit plaint en i«;3 1 , et s'en étoit encore occupé en 17 33; mais dans lescommencemens , la plupart de ces refus n'avoient point fait d'éclat. Les appelans n'avoient pas encore appr s à arracher les sacremens par la force. Ils s'en tenoient encore h renseignement commun , et à celui même de leurs théologiens, qui ne refusent pas à l'Eglise le droit de priver de ses grâces ceux qu'elle en juge indignes. Ils n'avoient pas encore oublié ce qu avoit dit Quesnel , que

faire violence pour extorquer les sacremens , c'est assez pour s'en rendre indigne ; mais lorsqu'ils crurent que les parlemens seroient disposés à les soutenir , ils abandonnèrent la décision de Quesnel lui-même, et s'empressèrent de porter leurs plaintes aux tribunaux , comme si cette afFaire eût pu regarder des juges laïques. En 1745, le roi avoit cassé quelques sentences rendues sur cette matière par le présidial d Reims. 11 avoit réprimé de même quelques entreprises de ce genre faites à Bayeux A à Angers, à Tours, à Troyes. En 1731 , il avoit fait écrire par le chancelier d'Aguesseau au parlement de Ouienne, que cette cour auroit dit rejeter une requête où l'on demandoit à des juges séculiers d'enjoindre à un cure' d'administrer les sacremens à un malade , et que la grand' chambre auroit du sentir son incompétence en pareille matière. Le même M. d'Aguesseau , écrivant depuis à ce parlement, louoit les juges d'Acqs de s'être regardes comme incompùcns dans une cause semblable , puisque , djsoit-il ; c'est y sans difficulté, à l'évéqut quJU

1^4 ; Année t^Sû.

faut s'adresser , conim? au seul juge tompe'tenf. Tels sont, en effet, l<*s vrais principes que loti aime à retrouver sous la plume d'un magistrat aussi illustre et aussi instruit. Quelques juges montrèrent la même retenue. A Âmieus , un magistrat refusa cette anne'e même de connoître d'un refu3 de sacremens, et renvova les parties par-devant l'évêque. Ç'eût été aussi l'avis de plusieurs membres du parlement de Paris. Ils disoient que c'était le cas de laisser aux ministres de l'Eglise toute ^autorité qui leur appartient dans des choses qui , par . leur nature , ne peuvent être soumises au pouvoir des juges séculier*. Ce n'étoit pas là le compte de quelques esprits brouillons, qui sembloient se lasser de la tranquillité dont on jouissoit depuis quelques années. On vouloit empiéter de plus en plus sur l'autorité ecclésiastique, et favoriser un parti auquel on tenoit soi-même. De là les troubles que nous allons voir renaître. Dans l'occasion dont nous parlons , on finit par prescrire des informations sur les faits dénoncés; mais le roi ordonna de suspendre toute poursuite, et supprima des consultations douuées par des avocats sur les refus, comme renfermant des questions et des propositions dangereuses f et capables de troubler la tranquillité publique.

Le Ier août , dénonciation en Sorboune contre X Esprit des lois 9 de Montesquieu, Cet écrivain se toit déjà fait connoître, sous la régence, par une production assez, peu digne d'un magistrat, et que uous avons caractéri-. sée. Depuis il se livra à l'étude de la législation , voyagea, observa les mœurs, les coutumes et les lois de chaque pays, et ce fut le résultat de ses recherches qu'il consigna dans ï Esprit des lois , ouvrage que l'on pour roi t considérer sous quatre rapports, celui de la politique , de la littérature, de la morale et de la religion. £*U3 le rapport littéraire , ï Esprit des lois paroi troit ,

Année info. t%5

il faut l'avouer, au-dessous de sa réputation. On demande pourquoi tout y est décousu , pourquoi la distribution en est si bizarre, pourquoi cette multiplication de chapitres sans nécessité, pourquoi tel chapitre n'est souvent pas plus long que son titre, pourquoi tel autre ne contient qu'une épigramme ou un fait isolé, pourquoi cette affectation d'obscurité quand il falloit être clair. Sous le rapport politique, X Esprit des lois provoquerait un nouvel exanienv Cette distinction de pouvoirs imaginée par l'auteur est-elle appuyée sur un fondement bien solide? Suffit- il de son autorité pour faire croire qu'il y a ty*« rannic, là où la puissance législative, exécutive et judiciaire, se trouvent réunis sur une seule tête? La France étoit-elle glacée d'effroi; quand saint Louis jngeoit à Vincennes les différends de ses sujets? Est-il bien sûr* que dans une monarchie il est très-difficile que le peuple soit vertueux , et qu'on y trouvera rarement quelqu'un qui soit homme de bien; assertion répétée plusieurs fois et qu'on appuie sur ce principe : que pouP être homme de bien , il faut avoir intention de fétre; comme si cette intention ne pou voit se trouver dans lor sujets d'une monarchie? Que penser de cet autre principe, qui n'admet dans les monarchies d'autre mobile que l'honneur, qui réserve la vertu pour les républiques, et qui porte que la vertu dans une république est une chosetrès-simple , savoir l'amour de la république ? Comme de pareilles idées sont avancées sans preuves , il semble qu'il n'en faut pas non plus pour les détruire. Mais c'est sur-tout sur la religion et la morale qu'on peut faire à Montesquieu les plus graves reproches. Il avoit imaginé la distinction des climats, doctrine bizarre qui fait varier la morale suivant le degré de température, et qui asservit la religion même h la différence du thermomètre. Heureux climat, est-il dit en parlant de flnde, qui fait naître la candeur des mœurs et produit la douceur dé» lois ; et notez que cet heureux climat est celui où les préjugés ont établi l'inégalité la plus odieuse entre lés castes, et obligent les femmes à se tuer sur te bûcher

ttafï Année i^Zo.

leurs maris. Montesquieu prétend qu'on ne petit pas pïuik punir le suicide en Angleterre qu'on ne punit les effets* de la démence. Il ne voit dans la polygamie qu'une affaire de calcul. Sur l'article de la religion, on trouve à la fois dans Y Esprit des lois , et d'honorables témoignages, et des sarcasmes asscr forts. L'auteur rend plus d une fois hommage à la sainteté et à la nécessité de la religion. Ce seul passage : Chose admirable! la religion chrétienne, qui ne semble avoir d'objet que la félicité de Vautre vie , fait encore notre bonheur dans celle-ci; 4C seul passage , auquel on pourroit en joindre beaucoup d'autres , montre la haute idée que Montesquieu avoit du •christianisme. Pourquoi faut-il qu'il ait atténué la force de ces témoignages par des opinions singulières , hardies, outrées? il applique à la religion sa doctrine des climats t et fait, h cet égard, des rapprochemens imaginaires. Le christianisme, selon lui, n'est pas propre pour l'Asie, où il a néanmoins fleuri pendant plusieurs siècles, et où il a conservé encore de nombreux partisans. 11 n'approuve point le zèle des missionnaires qui vont prêcher la foi dans l'Orient. Le chapitre xxv du livre XXV finit par des réflexions dirigées contre ceux qui veulent faire changer de religion aux peuples, et ce qu'on y dit a un rapport manifeste avec la Chine. En général, les deux livres qui traitent des lois dans leurs rapports avec la religion , abondent en traits de malignité et de satire, plus ou moins déguisés. Il y a sur l'état religieux, sur le clergé, sur le mariage , sur l'usure , beaucoup d'assertions peu dignes d'un législateur équitable. Aussi, lorsque cet ouvrage parut, plusieurs écrivains crurent devoir en faire remarquer les défauts. Les journalistes de Trévoux furent les .premiers à en rendre compte. Leur critique étoit aussi juste pour le fond que modérée pour la forme. Ils combattirent entr'aufres ce principe, qu'il faut honorer la divinité et ne la venger jamais. Un autre adversaire se mit quelques mois aprè> sur les rangs. L'auteur des Nouvelles ecclésiastiques < onscr.tit à épargner un instant le Pape et les évêques. Dans deux ièuiUcs du mois d'octobre»

Jinneê t^Sb* 1^7

tn/fg, il donna up examen sévère de V Esprit des lois. Il cita plusieurs passages dont il releva les conséquences pernicieuses. Il accusa Montesquieu de prêcher le déisme, de méconnoître les avantages delà religion , et de l asservir à ses idées et à ses systèmes. 11 prétendit métue <pie le magistrat favorisoit le spinosisme. Mais ce qui donna sur-tout prise sur lui , c'est d'avoir dit que Y Es— prit des lois etoit une de ces productions irrJgulières qui ne se sont si fort multipliées que depuis l'arrivée de la bulle Unigeoitus. 11 falloit avoir bien envie de maltraiter «ette bulle pour lui attribuer ce qui ne pouvort avoir ni de près ni de loin aucun rapport avec elle. Aussi , Montesquieu nVut garde , dans sa Défense , d'omettre cette accusation ridicule. Il cita les passages on ii avoit parlé" convenablement de la religion ; mais ils ne lui donn oient pas Je droit de la contredire ailleurs. Sa réponse paroît foifcîe, insuffisante," et n'est pas modeste. L'auteur des Nouvelles prouva assez bien , ce semble , que Montesquieu avoit éludé ia plupart des difficultés, et répondu à d'autres pnr des plaisanteries qui n'ét oient pas toujours me— Siiréei. Au primâ mensis d'août 1750, la faculté de t'iéo» logie de Paris s occupa de plusieurs livres qui venoient de paroîfre, et principalement des deux traductions de Y Essai sur T homme , de Pope , par du Resnel et Silhouette , et de Y Esprit des lois. Elle nomma douze commissaires Jour les examiner; mais on négocia avec Montesquieu. On dît que la faculté dressa, le i«r août 175?., une censure qui n'a point été publiée. Montesquieu négligea même de répondre davantage h ses adversaires. La heaume Me, qui s'en chargea pour lui , donna, en 1761, une Suite de la Défense. C'est moins une apologie de Y Esprit des lois , qu'une satire et une diatribe. Les apôtres, les pères et le clergé y sont traités avec indécence et hauteur. Montesquieu n'eût pas avoué sans doute un tel avocat. Son livre a eu une grande réputation , que nous n'avons point intérêt d'atténuer. Des écrivains zélés ont éru cependant y voir la source de ces systèmes politiques et de ces idées nouvelles eu législation, qui ont depuis si

fort agit* tant de têtes ; et ils ont reproché à l'auteur d'avoir déprimé le gouvernement de son pa>s, et d'avoip provoqué des opinions et des changeaient dont les fruits ont été bien amers.

— Le 26 août, tous les missionnaires sont expulse» 4e la Coehinchitfe. La mission de ce royaume e'toit devenue très- florissante , et un grand nombre d'habitans y profrssoient la foi , lorsque l'exemple de la Chine et les suggestions d'un favori du roi vinrent troubler cette paix. Le prince donna successivement deux édits , dont l'un bannissoit tous les missionnaires et proscrivent le christianisme , et l'autre ordonnoit d'abattre les éçliaes, et eonnsquoit tout ce que possédoient les missionnaires. Ces édits furent exécutés avec rigueur. On rasa près de deux cents églises , on se saisit de tous les missionnaires , qu'on trouva aisément , parce que leurs noms et leurs demeures étoient fort connus. Parmi eux étoient deux évêques, qui gouvernoient cette mission. On les embarqua tous, et ils allèrent a Macao, Leur absence laissoit sans secours une foule de chrétiens ; et ils se passa plusieurs années avant qu'il leur fut possible de rentrer en Cochinchine» Quelques-uns y abordèrent enfin , mais ne jouirent pas de la même liberté qu'auparavant : en 1767, on en emprisonna plusieurs, et on condamna des chrétiens à différentes peines.

— Le 14 septembre, censure de l'assemblée du clergé de France contre le livre intitulé : Lettres. Ne repugmate vestro bono. Le premier soin de la philosophie naissante étoit de crier contre les biens du clergé , texte tant de fois rebattu par les déclamateurs. Le même esprit qui s'élevoit contre la religion, s'attachoit aussi à poursuivre les ministpes de l'Eglise, soit dans leurs pewonne», soit dans leurs biens , etexcitoit la cupidité en lui présentant les richesses du clergé comme une proie abondante et légitime. On avoit voulu assujettir ces biens à un édit portant création d'un vingtième , quoiqu'il eût été déclaré souvent que le clergé contribuant aux charges de l'état par les dons gratuits 9 ne seroit soumis à aucune imposition.

Année vt/Ski \i§

tfn édit avoit été rendu au mois d'août 1 749 , touchant les établissemens et acquisitions de gens de main-morte, et pour leur défendre toute acquisition ultérieure. Cette disposition a été beaucoup louée par plusieurs écrivains. Nous nous contenteroos d observer que tous les biens tombes en main-morte depuis deux siècles , n'fe voient été acquis que pour des hôpitaux et hôtels-Dieu , des séminaires de3 écoles de charité , et autres établisse mens non moins utiles a l'état qu'à l'Eglise, et que ces biens n'avoient procuré au clergé aucune richesse. Quoiqu'il en soit le nouvel édit avoit jeté l'alarme dans le clergé, qui* convoqué six fois depuis dix ans, avoit donné, dans cet intervalle , soixante millions. Ce fut dans ces circonstances que les commissaires du roi vinrent demander, le 17 août , à l'assemblée , le don gratuit ordinaire* Mais loin de se servir de cette expression consacrée par l'usage, ils insinuèrent plusieurs fois que c'étoit une dette qu'ils réclamoient. Leur discours parut au clergé une nouvelle confirmation des alarmes qu'il avoit conçues ; et ce qui acheva de les justifier, ce fut une déclaration donnée par le roi, le 17 août, laquelle levoit plusieurs millions sur le clergé , et obligeoit tous les bénéficie» à donner l'état de leurs revenus. L'assemblée arrêta des remontrances. Elle y disoit que les immunités ecclésiastiques étoient fondées sur les lois de l'état comme sur celles de l'Église • qu'elles étoient aussi anciennes que la monarchie; et que si une possession aussi constante étoit méconnue, nulle propriété, nul contrat ne seraient sacrés. « Les moindres nouveautés, ajoutoit-elle, introduites dans les maximes et les usages de la religion , l'exposent à de grands dangers. Des états voisins nous en fournissent des preuves trop funestes ; et s'il y a jamais eu un temps où ces exemples ont dû nous effrayer, c'est celui où nous vivons. Une affreuse philosophie se répand comme un venin mortel. Des écrits pleins de blasphèmes se multiplient tous les jours » En finissant, l'assemblée répétoit au roi que les alarmes du clergé sur ses droits avoient seules pu retarder son empressement à se rendre aux désirs du

TOM£ SECOND. o

,!3o Année 17 5b.

prince, et qu'elle demandait à recouvrer unë liberté* qài lui ëtoit nécessaire pour témoigner son tele. Ces remontrances furent peu écoutées, et rassemblée se sépara, le 20 septembre, sans avoir rien pu obtenir. Mais elle crut devoir opposer quelque acte public et solennel , et aux nouveautés qu'on cherchoit à introduire» et aux efforts de la philosophie. Déjà les assemblées du clergé de i?47 et de 174S s'étoient occupées de ce dernier objet. Dans celle de 1730, M. de Montaset , évoque d'Autun, l'un de ses membres, avoit combattu l'incrédulité dans un discours où il montroit qu'elle ëtoit vicieuse dans son origine et dans ses progrès. 11 en avoit assigné les causes et déploré les effets. L'assemblée avoit fait des représentations sur la licence et l'impunité avec lesquelles on répandoit dans Paris et dans les provinces des pamphlets irréligieux et des libelle» outrageons. Parmi ces écrits, il en étoit un sur-tout qu'on avoit distribué avec profusion dans toute la France , et auquel les circonstances a voient donné un moment de vogue. Il port oit simplement pour titre : Lettres , avec cette épigraphe : JVe repugnate vestro bono. On y avancoit que les ecclésiastiques étoient la partie la moins utile à la société; que Dieu même n'a pu accorder d'exemptions aux biens de Y Église ; que les dons faits aux églises sont les fruits d'une piété séduite et mal entendue, et que le patriotisme peut les revendiquer. On y disoit que c'est au peuple qu'appartient la propriété du pouvoir suprême, dogme que nous avons Vu ériger depuis en maxime fondamentale , et si bien réfuté par tant de crimes et de malheurs venus h sa suite. On y contredisoit sans cesse les Écritures; on y insu It oit h des saints que l'Eglise révère; on y représentoit le célibat des prêtres comme nuisible an\ états ; enfin l'ouvrage respiroit une philosophie toute païenne, propre a éteindre la foi et la piété. L'assemblée arrêta de l'examiner; et M. Lan guet , archevêque de Sens, en ayant fait son rapport , elle le condamna, le septembre, comme renfermant des propositions fausses , ieméraires, injurieuses à l'Église, erronées etim*

Mnnèe i^. tîjç

pies*. Cette censure fut signée des sei*e évoques et des vingt ecclésiastiques qui cojnpotoient l'assemblée (i), et on envoya dans tous les diocèses une lettre où l'on exposuit en détail les vices de l'ouvrage condamné. Les, progrès de la j hilosophie excitèrent dans le même temps le zèle de quelques évêques et autres,. M. de Braocas, archevêque d'Aix , opposa aux systèmes des déistes, dans un ftlandement du 28 octobre de cette année, les preuve» de la religion de Jésus -Christ. M. de Pompignan , évequa du Puy , donna ses Questions sur l'incrédulité , pu, il examine s'il y. a de véritables incrédules, quelle est jl'ori- ^ine de l'incrédulité, si les incrédules sont d:s?esprits* forts, si l'incrédulité est compatible avec la probité, et si elle est pernicieuse à l'état. Ces cinq questions sont traitées avec beaucoup de modération et de sagacité , et ce prélat y caractérise bien les ennemis de la religion. L abbé de Poutbriand publia un ouvrage sous ce titre : L'Incrédule détrompé et le chrétien affermi. L'abbé le François fit paroître les Preuves de la religion contre les spinosiste» et les déistes. Un autre écrivain releva les défauts des Lettres personnes. Le Journal de Trévoux et autres ouvrages périodiques descendoieot dans la lice, et combattirent les plus dangereuses dçs productions de la phi-* losophie. Ënûn si la religion essuya des attaques, elle eut aussi ses défenseurs, dont les travaux honorables eussent été cou non nés d'un plein succès , si leurs adversaire» o avoient pas été secondés par toutes les passions , et si toutes les circonstances n'a voient pas favorisé leurs projets» — Le 29 décembre , un conseiller dénonce au parleyment de Paris un nouveau refus de sacremens. Ou mande aussitôt le curé, auteur du refus. Interrogé sur les motifs, de sa conduite , il répond qu'il en a rendu compte à l'archevêque, et qu'il suivra ses ordres. Cette réponse réitérée irrite les magistrats , qui envoient le curé en prison. En même temps les gens du roi vont trouver M. de

(1) Quant aux contestations sur les immunités, elles fuient; terminées , l'année suivante , par un arrêt du conseil , qui ordon^ 'Boude surseoir à l'exécution Je la déclaration de

t3a Jnnêe t»$m*

Beaumont, pour Rengager à (aire administrer le malaôV. Le prélat répond qu'il a trouvé l'usage des billets de confession établi dans son diocèse , et qu'il ne peut s'en départir. Cependant la précipitation et l'air de vengeance avec lesquels on avoit agi envers le P. Bouettin , c'était le nom du curé, avoieo* chorpié également le prince et le public : il fut relâché. Plusieurs magistrats vouloieot qu'on se contentât d'informer le roi des faits ; ils obser-* Tbient qu'on étoit sur les confins des deux puissances f et qu'il étoit dangereux de les dépasser. Leur crainte, religieuse fut traitée de pusillanimité; et le 3i décémbre . le parlement prit un arrêté oh il qualifioit de scandale le refus des sacremens , et prétendoit que l'usage des billets de confession étoit de la plus dangereuse conséquence. Ces billets, si odieux aux jansénistes, n'étoient pourtant pas une pratique nouvelle ; elle étoit regardée comme indispensable, à Paris sur- tout, au milieu d'une immense population , et parmi tant de gens suspects ou totalement inconnus à leurs pasteurs. Elle est expressément établie dans les avis de saint Charles â un des conciles de Milan ; l'assemblée du clergé de i654 Tavoit adoptée . et avoit recommandé aux curés de s'y conformer* Le cardinal de Noailles mf*me en avoit ordonné de nou- Teau l'observation. Une autre raison rendoit cette pratique nécessaire : plusieurs appelans vouloient que tout prêtre , quoique sans pouvoirs et sans juridiction , eût le droit de confesser et d'absoudre partout. Cette doctrine avoit éré consignée dans des écrits. On prétendoit que des ecclésiastiques du parti , déguisés eu laïques , couroient de paroisse en paroisse, et de monastère en monastère , pour y distribuer à leurs adbérens des absolutions sacrilèges. Et l'on peut croire qu'ils ne s'en faisoient pas de scrupule; car le gazctier , au moment même qu'il taxe ces bru ts de fausseté, ajoute que ses partisans seront peut- être obligés d'en venir là. Pour revenir ou parlement , il fit informer le roi drs faits dénoncés. Le prince répondit qu'on devoit se reposer sur lui dn soim d'y pourvoir, et que les magistrats auroient dû montrer

Aimée 17?*; i33

plus de modération à l'égard du curé , dont il ne poutoit approuver l'emprisonnement. Le parlement arrêta «les remontrances où il neignoit les billets de confession des plus noires couleurs , et maltraitoit tous les ecclésiastiques en général, sur la fidélité desquels il jetoit des nuages. Mais dans la supposition d'un danger pour l'état de la part des confesseurs , les magistrats n auraient pas blâmé sans doute l'usage des billets de confession. Ils n'auroient pas trouvé mauvais que des évéques, instruits ^u'il se trou voit dans leurs diocèses des prêtres ennemis du gouvernement , et qui s'in géraient sans mission dans l'administration du sacrement de pénitence, eussent «herché à connoître les confesseurs auxquels s étaient ceux qui demandoient les sacremens. Pourquoi donc blâmer , lorsqu'il s agit du bien de l'Église , ce que J'on loueroit comme conforme au bien de l'état? Les remontrances du parlement n'eurent aucune suite.

Le 11 mars, déclaration de M. de Buffon sur plusieurs passages de son Histoire naturelle. Le premier volume de cet ouvrage avoit paru en 1749, et avoit excité l'attention de la Sorbonne comme celle du public. L'illustre auteur, en donnant sa Théorie de la terre , n'a voit pu se refuser au plaisir de bâtfr aussi une hypothèse, et d'expliquer à sa manière la formation de ce globe. H aerabloit pourtant que plus il étoit instruit, plus il devoit s'interdire un système dont personne n'étoit plus en état que lui de voir le foible. Il expose, dans son livre, les théories imaginées avant lui par Whiston, par Burnet, par Woodward et quelques autres, et il les réfute avec avantage. Toutes les fois, dit-il, tome I, page 260, qu'on se permettra d'interpréter dans des vues purement humaines le texte divin des Livres sacre's , et que Con voudra raisonner sur les volontés du Très-Haut et sur ^exécution de ses décrets , on tombera nécessairement **n* la ténèbres <t dans le chaos où est tombé l' m-

î34 * Année fjSx.

Ytur.de ce système. Le grand défaut de cette théorie , dit-il encore, page *85, c'est quelle ne s'applique point h létat présent de la terre ; c'est le passé qu'elle explique y et ce passé est si ancien et nous a laissé s£ peu de vestiges , qu'on en peut dire tout ce qu'on ro«dra 0 et qu'à proportion qu'un homme aura plus d'esprit y il en pourra dire des choses qui auront l'air plus Vraisemblable. Enfin M. de LufFon alloit même plus loin , page 24^, oh il s'exprime ainsi : /> choc ou l'approche d'une comète , r absence de la lune , la présence d'une nouvelle planète , etc. , sont des suppositions sur lesquelles il est aisé de donner carrière à son imagination. De pareilles causes produisent tout ce qu'on veut y et dun* seule de ces hypothèses on va tirer mille romans physiques que leurs auteurs appeleront théories de la terre. Comme historiens , nous nous refusons à res vaines spéculations. 11 e'loit impossible cie se faire son procès ù soi-même dune manière plus formelle. II étoit impossible de mieux caractériser d'avance le système que devoit énoncer plus bas fauteur lui-même ; et l'application est si naturelle et si palpable , qu'on est étonne qu'elle ait échappé à l'illustre naturaliste. Comment , après dos réflexions aussi judicieuses , a-t-il pu , dans le même volume, se laisser aller à ces suppositions , fruit de ïimagination , à ces romans physiques décorés du nom de théories de la terre, à ces vaines spéculations , comme il les appeloit si bien? Comment , après s'être moqué de ces comètes, auxquelles on fait faire tout ce qu'on veut, a-t-iJ pu dire, page 193 : Ne peut-on pas imaginer, avec quelque sôrte de vraisemblance y qu'une comète tombant sur U surface du soleil , aura déplacé cet astre , et qu'elle en aura séparé quelques petites parties , auxquelles elle 'aura communiqué un mouvement dimpulsion dans le même sens et par un même choc y en sorte que les pld' nètes auraient autrefois appartenu au corps du soleil, et qu'elles en auroient été détachées par une force impulsive commune à toutes y qu'elles conservent encore tfy'oitrd'hni? Et il passe cinquante rragos ' & confirmer

Cette supposition par des raisoo Démens , des faits , dos conjectures , et par tout ce qu'il juge propre a l'appuyer» IN ou s ne réfuterons point ce système. Il n'a pas fait fortune ; et depuis siîr-tout que la physique, la chimie et la minéralogie se sont perfection uées par les soins de plusieurs sa van s illustres, la Théorie de M. de Butfbn n'est regardée que comme un rêve ingénieux , et le roman de la nature. Ce n'est cependant pas la seule erreur ou toit tourbe cet écrivain. Il veut que ce soient les eaux des mers qui aient produit , par le flux et reflux , Jea montagnes et les vallées (page 181 ) ; que ce soient les courans de la mer qui aient creusé les vallons et «levé les collines ; que ce soient ces eaux qui , en transportant les terres, les aient disposées les unes sur les autres par lits horizontaux, et que ce soient les eaux du ciel qui détruisant peu à peu l'ouvrage de la mer, rabaissant continuellement la hauteur des montagnes, eomhlant les vallées , et ramenant tout au niveau , rendront un jour cette terre à la mer , qui s'en emparera successivement, en baissant à découvert de nouveaux tontinens entrecoupés de vallons et de montagnes, et tout semblables à ceux que nous habitons aujourd'hui. Un autre passage de son premier volume rouloit sur les vérités, et renfermoit, en métaphysique et en morale, quelques erreurs qui pou voient donner lieu à de fâcheuses conséquences. 11 disoit , par exemple , page 79 , que les vérités de la, morale sont en partie arbitraires , et qu'elles nont pour objet et pour fin que des convenances et des probabilités. Telles étoient en substance les assertions répandues dans le premier volume , qui attirèrent l'attention. Le quatrième volume, qui parut peu après, renfermoit aussi quelques propositions musses et hardies , connue celle-ci : que l'existence de notre corps est douteuse pour quiconque raisonne sans préjugé (page i55j, qu'après notre mort notre corps ne sera plus rien pour nous ( page i58) , etc. Au mois d'août 2750, f Histoire naturelle fut donc déférée à la Sorbonae, qui nomma des commissaires pour l'examiner. Ceux-ci

\3& Année i*]5t.

tirèrent des deux volumes que nous venons d'indiquer #: quatorze propositions qui rouloicnt, tant sur le système du célèbre naturaliste , que sur difleYens autres articles. La faculté* alloit statuer sur ces propositions , quand on sut que M. de Bufîbn étoit disposé- à prévenir la censure. On lui envoya les quatorze propositions extraites de son ouvrage par les commissaires, et le i a mars il leur répondit en les remerciant de l'avoir mis à portée de s expliquer d'une manière qui ne laissât aucun doute ni aucune incertitude sur la droiture de ses intentions; et que, s'ils le désiraient, il publierait ses explications dans un des volumes suivans de son ouvrage. Ces explications étaient contenues en dix articles, dans lesquels il disoii d'abord, par rapport à son système, qu'il navoit eu aucune intention de contredire le texte de l'Ecriture; qu'il eroyoit très-fcrmemtnt tout ce qui y est rapporté sur la création, soit pour l'ordre des temps, soit pou» les circonstances des faits , et qu'il abandonnoit ce qui , dans son livre, regnrdoit la formation de la terre, et en général tout ce qui pourrait être contraire à la narration de Moïse, n'ayant présenté son hypothèse snr la formation des planètes, que comme une pure supposition philosophique. Il expliquoit de même les autres points, et protestoit de sa soumission aux vérités révélées. Oa trouve sa déclaration consignée, comme il l'avoit promiSj en téte du septième volume de son Histoire naturelle. La faculté se contenta de cet acte, et il ne fut plus question de censure. Nous parlerons encore de M. de Buffbn et de son système, sous le 18 mai 1780.

— Le 6 juillet, Benoit XIV supprime le patriarcat tT Aquilée, et érige à sa place deux nouveaux sièges. Le patriarcat d'Aquilée étoit depuis long-temps le sujet de contestations vives entre les princes d'Autriche et ia république de Venise. Par une ancienne convention entre «es deux puissances , il avoit été réglé qu'elles jouiraient alternativement du droit de nommer le patriarche ; mais les Vénitiens avoient toujours eu soin d'éluder ce traité* Xes patriarches se donnojent successivement des coadju-

Année 175t. l37

tfenrs qui perpétuoient cette dignité dons leur Dation. La maison d'Autriche en avoit porté fréquemment ses plaintes ; et comme on n'y faisoit aucun droit , elle en vint au point de ne vouloir plus souffrir que les patriarches exerçassent aucune juridiction dans ses états. Cette résolution , qui laissoit les peuples sans pasteurs, met toit le trouble dans le gouvernement spirituel de ce pays. Benoît XIV crut avoir trouvé un tempérament agréable aux deux puissances, en érigeant un vicariat apostolique pour la partie autrichienne du patriarcat , ce qu'il fit le 39 novembre 1749 ; et le 17 juiu suivant, il nomma à cette place Charles de Attembs, chanoine de Baie, avec le titre d'évêque de Mennitc ; il devoit résider h Goritz. 11 paroît que là république de Venise se montra tres-choquée , de ces démarches du souverain Pontife : le sénat alla même, dit-on (i), jusqu'à rappeler son ambassadeur à Home, et renvoyer le nonce du saint Siège. Benoît XIV s'opposa à cet éclat qu'une déclaration sage et modérée qui le mettoit hors de cause, et laissoit le différend à vider entre l'impératrice et la république. Les rois de France et de Sardaignc employèrent leur médiation , et il fut conclu entre Marie-Tbérèsc et le séuat vénitien un arrangement où celui-ci consentoit à l'extinction du patriarcat d'Aquilée. Benoît XIV sempressa de saisir un moyen qui terminoit tout à coup tous les différends. Le t> juillet, il donna la bulle par laquelle il supprimoit le patriarcat , et érigeoit à sa place les deux archevêchés «TUdine et de Goritz, le premier pour le territoire vénitien, et le second pour les états d'Autriche. Il fut convenu seulement que le cardinal Del fini, patriarche actuel d'Aquilée, en conserveroit , sa vie durant, le titre et les prérogatives. Du reste, ni la bulle, ni l'allocution que Je Pape prononça en consistoire secret avant de la donner, ne font mention du consentement du cardinal Delfini à l'extinction de son siège ; et Benoît XIV , si sage et si

(x) Art <k vérifier in doits article Pcnùci.

î38 Armée 1*9*.

peu entreprenant d'ailleurs , ne se fonde dans sa bulle que* sur u la plénitude de sa puissance apostolique , en vertu « de laquelle il peut, lorsque des causes légitimes le « demandent, ériger, transférer, supprimer et éteindre « les églises patriarcales, archiépiscopales et épiscopales, % et diviser et séparer leurs diocèses , selon qu'il le juge « utile dans le Seigneur. »

— Le 1 7 août , censure de la faculté de théologie de Paris, contre l'Histoire du droit public ecclésiastique

français* Le i«* août 1750, on avoit déféré à la faculté plusieurs ouvrages ; mais les auteurs ayant détourné ia censure par des explications ou des rétractations, (attention de la faculté se porta sur le livre dont nous venons de parler, où Ton trouvoit plusieurs des erreurs de Richer et de Quesuel , mêlées avec d'autres. L'auteur s'y étoit attaché à rabaisser l'autorité ecclésiastique , conformément au système de plusieurs canoniales modernes. On en tira dix-neuf propositions, qui, après avoir été examinées dans plusieurs assemblées générales tenues à cet effet, furent condamnées chacune avec leur quaiificatioit propre. Quelques-uns attribuent l'ouvrage au marquis d'Argenson et d'autres à Burigoy ; il paraît qu'il étoit duo jurisconsulte nommé du Boulay.

— Le i3 novembre, béatification de Jeanne- Françoise Freraiot de Chantai, (y oyez 1767.)

— Le 18 novembre, thèse de l'abbé de P racles. Jean- Martin de Prades , du diocèse de Mont au ban , bachelier de Sorbonne , s'étoit lié , à ce qu'il paroît , avec les nouveaux philosophes. Il avoit fourni à, X Encyclopédie un article que Diderot couvrit de ses éloges. On croit que ce fut ce dernier qui suggéra an jeune de Prades d'insérer des propositions hardies dans une thèse qu'il devoit soutenir en Sorbonne, et quelques-uns ont même prétendu que la thèse avoit élé rédigée par Diderot. Quoi qu'il en soit de cette imputation , contre laquelle de Prades réclama vivement, celui-ci sou tiut , le 18 novembre, une thèse dont le venin n'avoit pas frappé d'abord . Elle étoit {brt longue f et inipn&ce en très -petits caractères* J*e

Jnnée 17$!. *3g

maître des études Vavoit signée sans l'avoir lue ; le prési-^ dent et le syndic l'avoient lue tous les deux, mais rapidement et sans rien remarquer ; et ce qui est plus étonnant , le premier , le jour même que de Prades soutint , parla pour ce bachelier, qui étoit resté court dans ses réponses, et défendit une des propositions attaquées. Ce ne fut que plusieurs jours après que quelques indices firent ouvrir les yeux. Le docteur le Rouge dénonça la thèse i il se croyoit d'autant plus obligé de manifester son iraprobation , que de Prades prétendoit avoir pris dans ses ouvrages plusieurs des propositions qui faisoient le plus de bruit. On se mit à examiner cet écrit qu'on avoit laissé passer imprudemment. Le i5 décembre, la faculté le déclara condamnable, et arrêta quon l'examineroit plus amplement , et qu'en attendant de Prades seroit suspendu de tout acte de licence. Deux jours après, les gras du roi déférèrent la thèse au parlement , et requirent que le syndic fôt mandé. Le 22, celui-ci leur remit une déclaration , oh il reconnoissoit s'être trompé. 11 paroît qu'il eut de la peine à se porter à cette démarche , et l'oit doit reconnoître qu'il y avoit dans la faculté plusieurs docteurs qui , sans approuver la thèse, ne la croyoient pas aussi condamnable que d'autres le pensoient. Ils convenoient bien que quelques propositions pouvoicut paroître équivoques, dangereuses et hardies, et qu'a les prendre séparément , elles eussent mérité d êtres censurées ; mais , selon eux , le reste de l'ouvrage montroit que l'auteur n avoit pas eu de mauvaises intentions, -et les propositions censurablcs étoient rectifiées par le contexte. La pins grande partie des docteurs ne jugeoient pas dç Prades aussi favorablement. La hardiesse de quelquesunes de ses expressions , ses liaisons avec les encyclopédistes, les louanges qu'ils lui donnoient , et lu joie maligne qu'ils avoient montrée de sa thèse , persuadèrent que cette pièce avoit été rédigée h dessein par un parti , qui avoit trouvé plaisant de faire prêcher Terreur en pleine Sorbonne. On se récria sur-tout contre" la témérité de ce passage : Totifes les gite'risons faites pat Jcsn^Chrirt i sVw le},*

i4o Année 17S1.

sépare des proplic lies t qui répandent sur elles quelçrati chose de divin , sont des miracles équivoques , parce que les gue'risons d' E sculape auraient , en quelques cas 9 les mêmes apparences. Le 3 janvier, les députés de la faculté terminèrent leur rapport, et proposèrent de censurer dix propositions. On délibéra : cent quarante-six docteurs furent entendus , et il se tint onze assemblées générales; la conclusion fut dressée le 27 janvier. Cent cinq voix furent pour la censure; lo reste opina dans ua autre sens, pour les raisons que nous avons dites. Il y eut quatre-vingt trois voix pour exclure de Prades de la licence , et il fut rayé. H avoit demandé à s'expliquer et promis de se soumettre ; mais on crut que les circonstances vouloient un exemple, et que cette thèse ét oit liée à un complot contre la religion. Plusieurs motifs pourvoient autoriser ce soupçon ; la publication successive de plusieurs livres où l'on préchoit le déisme, l'éclat que faisoit daus le même temps X Encyclopédie , donnaient lieu de craindre que l'abbé de Prades, qui n'etoit pas étranger à ce fameux dictionnaire , ne le fût pas non plus aux vues de ses auteurs. On regarda sa thèse comme le premier cri de guerre de la 6ccte : elle fut condamnée. Le 29 janvier 1752, M. de Beau mon t , archevêque de Paris, donna un Mandement pour la proscrire. Lesévcques d'Auxrrre et de Moutauhan suivirent cet exemple» Le 22 mars, Benoît XIV se joignit à ces prélats, et déclara la thèse impie et favorable au déisme et au maféralisme. De Prades s'enfuit en Hollande , et ensuite à Berlin. Les recommandations de d'Alembcrt l'y firent accueillir par Voltaire, d'Argens et les autres Français qui étoient alors h la cour de Frédéric. Il fut présenté par eux à ce prince, qui lui donna la place de son lecteur, vacante par la mort de La Mettrie. Ce fut apparemment là que de Prades composa son apologie. Il prétendoit justifier les propositions censurées, protestoit de la pureté de sa foi, écartoit,les conséquences que l'on vouloit tirer de son système, et se plaignoit qu'on l'eût jugé précipitamment, 4i se récripit surtout contre l'accusation d'un «ojnnlot

Annie 17 5b. \\i

qontre la religion. Si son apologie rfest pas convaincante, elle n'est pas du moins d'un incrédule, et de Prades ne l'étoit probablement pas (1). It peu* avoir été' ésraré par une métaphysique obscure ou par de pernicieux conseils , et avoir rendu sa foi suspecte par des démarches inexcusables ; mais il y û loin de la à la profession de l'incrédulité. L'apologie que le bachelier publia en pays étranger, prouve, a notre avis, que s'il se fit l'écho des sophistes, il étoit loin de penser en tout comme eux. 11 confirma cette idée peu après. Nommé par le roi de Prusse à un canonicat de Breslaw, il écrivit h l'évéquc de cette ville pour loi rendre compte de tes dispositions religieuses. Celui-ci eu instruisit le Pape , et, le 27 avril 1754, de Prades signa sa rétractation sur un modèle qui lui fut envoyé de Rome. Il souscrivoit au décret du 22 mars 1752, et détestoit les propositions proscrites par ce décret, demandant que le saint Père lui pardonnât en considération de son répentir. De Prades écrivit aussi à la faculté , qui , sur la demande de Benoît XIV , le rétablit dans ses droits. Il mourut en 1782. Son nom se trouve malheureusement Ké avec ceux des ennemis de la religion. L'éclat que fit sa thèse marque le commencement des assauts livrés au christianisme. C'est un des premiers anneaux de cette longue chaîne de combats dont nous verrons l'Église ébranlée, et qui auraient entraîné sa ruine , si elle n'a voit des promesse» contre lesquelles il n'est pas donné à ses ennemis de pr& valoir.

Le 7 février , en France , arrêt du conseil du roi suptw-imant les deux premiers volumes de X Encyclopédie , comme renfermant des maximes tendantes à détntirv lautorité royale , à établir l'esprit d'indépendance e*

t»)T» dernière partie de çèttc Apologie est de Diderot/

de révolte, et sous des termes obsurs et équivoques r .îk reld'er les fondement de l erreur } de la corruption des mœurs ♦ de lirrt'ligion et de V incrédulité. Cet ouvrage yenoit d'être entrepris , et excitoit alors l'attention générale. Il a voit été annoncé , avec quelque emphase , comme le trésor le plus complet connoissances humaines , comme un vaste dépçt où seroient rassemblées toutes le» découvertes des sciences , fous les principes de la littérature, tous les procédés des arts. Théologie, métaphysique, mathématiques. , sciences naturelles, belles-lettres, morale, médecine, arts libéraux et mécaniques , tout deyoit.se trouver*dans cette collection, à, laquelle étoitaj»* pcié à coopérer tout ce qqe la France comptait de savans a de littérateurs, d écrivains dans (,ous les genres.. A la tête de l'entreprise étaient surtout deux hommes , qui jouissoient d'une grande réputation , Diderot , dont nous avons déjà parlé , et d'Alembert , mathématicien habile , et un des membres 1rs. plu s laborieux de l'Académie des Sçîen* ces. Outre les articles qu'ils réJigèrent par eux-mêmes, et qui sont en assez grand nombre, ils revisoient ceur , qu'on leur fournissoit. D'Alembert préluda à la publication de l'ouvrage par un Discours préliminaire ou il traçoit l'enchaînement des sciences et les progrès de l'esprit humain. Ce discours, regardé par beaucoup de personnes comme un chef-d'œuvre , contribua encore à la renommée de \ Encyclopédie» La première partie , celle qui traite des sciences exactes, passe, en effet, pour le fruit des méditations d'un savant très-exercé dans cette partie. Mais l'autre partie, qui traite de la métaphysique, n'est ui aussi solide , ni aussi vraie. D'Alembert s'y empara des idées de Locke, et les poussa aux dernières conséquences. S'écartant des anciennes routes de la métaphysique , telle qu'elle avoit été l'objet des études des philosophes du siècle précédent , de Descartes, de Pascal, de Malebranche, de Leibnitz, d'Alembert la rabaisse, en assujettissant l'homme aux sensations , et eu ne le considérant que sous leur influence. Quoique cette sorte de métaphysique ait prévalu depuis, cependant de bons es*

prits se «ont éfforces d'ennoblir la science île l'ame. Pout en revenir à X Encyclopédie , cette vaste collection étoit prônée comme la plus belle conce ption tic l'esprit humain f comme un monument qui devoit immortaliser ce siècle. Elle alloit Atre le plus riche-ornement des bibliothèques ; elle suppléeroit seule a nue foule d'autres livres. Bien des gens furent dupes de ces promesses et de ces éloges. On voulut avoir uu ouvrage si précieux. Les bibliothèques des riches, et même de cent qui ne l'étoient pas, furent chargées de l'énorme recueil. Une cause particulière contribua sur-tout au succès de ï Encyclopédie, Elle devint une affaire du parti. Les hommes qui en avoient conçut le projet , étoient l'un et l'autre dardées sectateurs de cette philosophie nouvelle , dont l'existence et les vues devenoient, de plus en plus, manifestes et effrayantes. Diderot avoit déjà fait ses preuves, et ses articles dans le fameux Dictionnaire portent plus d'une fois l'empreinte (fu désordre de ses idées et de la fougue de son imagination. D'Alembert , avec les mêmes vues , avoit un tout autre caractère. Moins exalté, moins emporté que Diderot , il alloit à ses fins par des moyens moins hardis , mais non moins efficaces. Il ne heur toit pas de front, il attaquoit de biais. Tandis que d'autres bâtissoient des systèmes, injorioient les prêtres , et sappoient ouvertement la religion, lui, plus rusé, lançoit une épigramme à laquelle il joignoit de suite un léger correctif, laissoit échapper un trait contre la religion , mais se hâtoit aussitôt de se cacher sous quelque formule , et de se mettra à couvert par quelque explication , et donnoit, pour nous servir de son expression triviale, une croquignole à la superstition, sauf h lui faire ensuite une salutation profonde, bien sûr que le coup ne seroit pas perdu pour la malignité , et satisfait de pouvoir opposer quelques vaines démonstrations dont personne n'étoit dupe, à quiconque lui au mit reproche' ses phrases artificieuses. Uni avec Voltaire , il étoit le confident de ses pensées, et il le seoondoit avec zèle dans ses projets. Nous parlerons plus tard de leur Correspondance 9 monument curieux qui

i44 Année 175U.

fait si bien connoflre l'esprit dont ils étaient animés. Pour nous borner ici à X Encyclopédie y qui était le grand objet dont eux et leurs amis étaient alors occupes , ils songîrent bien moins à en faire uu dépôt utile pour le» sciences et les arts , qu'à en faire Un moyen de propager les idées nouvelles sur la religion. C'était , parmi les collaborateurs , à qui les insinuerôit avec plus d'art , à qui attaquerait plus adroitement les anciens principes. Dans les articles les plus en évidence, on sembloit encore respecter la religion ; mais on se dédommagent de cette contrainte dans des articles moins apparens , et on avoit soin d'y renvoyer le lecteur. Là on détrnisoit ce qu'on avoit été obligé de sonffrir ailleurs. Les premiers volumes étaient encore bien éloignes de la hardiesse des su i vans ; mais déjà l'intention des auteurs perçoit à chaque page. Mille traits, semés dans ces deux in-folio , avertissoient du but où on tendoit. Des réflexions malignes, des sarcasmes mal déguises, des sophisines , des objections sans réponse , des doutes sans solution , enfin tons les artifices et toutes les ruses de fart d'écrire , y étaient employés avec persévéra née. On en murmura. L'impression de ¥Encyc lopédie fut suspendue pendant dix- huit mois. D'Alemfeert , dans ses préfaces , se plaint amèrement des obstacles quéprouvoit un livre 31* utile, et des auteurs si bien intentionnés. Voltaire vouloit qu'ils se fissent prier pour recommencer leur travail. On sera obligé , ecrivoit-îl à d'Alcmbert , de venir vous demander à genoux de continuer* Il faut ameuter V opinion publique en votre fapeur. Il regardoit l'achèvement de cet ouvrage comme une affaire de la plus haute importance. Je mets , di- Soit il , toutes mes espérances dans l'Encyclopédie. Ses espérances ne furent point trompées. L'ouvrage s'acheva, et plus il eut de vogue , plus il répandit le poison qu'il receloit.

— Le 18 avril, arrêt de règlement du parlement de Paris sur les refus de sacremens. Le tt mars, les sacremen5 avoient été refusés , à Paris , à un prêtre appelant. 11 fit des sommations réitérées 5 car on commençait

Il ein-

Annie 1750» i45 R employé*, pour obtenir les sacrement , *ees voies chrétiennes et respectueuses qu'on avoit apparemment trouyees dans les canons. Le parlement est bientôt saisi de laiFaire. Il mande le curé refusant , le condamne à une aumône, et lui fait défense de récidiver. Il est ordonné, «n outre, à l'archevêque de Paris, de faire administrer le, malade dans les vingt-quatre heures. Le 28 mars, le roi £iit venir une députât ion du parlement, annonce qu'il a cassé les deux arrêts pre'cédens, et en témoigne son mécontentement. Le surlendemain, le prêtre malade étant mort sans avoir reçu les sacremens , le parlement décrète le curé de prise de corps, quoique les gens du roi eussent refusé de prendre des conclusions. Le roi an nu lie ce décret. Le i5 avril, les magistrats lui présentent des remontrances, que Ton eut soin de foire imprimer, et où ils prenoient plus ouvertement que jamais le parti des appelans. Le roi repondit aux remontrances, qu'il avoit pris des mesures relativement à trois curés dont on se plaignoit ; qu'il ne vouloit pas ôter au parlement toute connoissance des refus de sacremens, mais qu'il exigeoit qu'on lui en rendît oompte ; qu'il s'attendoit que le parlement, connoissant ses intentions, cesseroit toute procédure sur cette matière , et reprendrait ses fonctions ordinaires de rendre la justice. Voici comment il fut obéi» Le surlendemain même de cette réponse fut rendu ce fameux arrêt de règlement , qui défendait à tous ecclésiastiques de faire aucun acte tendant au schisme notamment de Jaire aucun refus public de sacremens , sous prétexte de défaut de billet de confession, pu de déclaration du nom du confesseur, ou d'acceptation de la bulle Ûnigenitus. C'est cet arrêt qui servi* depuis de fondement à toutes les entreprises des tribunaux. Il fut répandu avec profusion, et combla tout le parti de joie. On y joignit une estampe allégorique, où la magistrature, sons l'emblème de la justice, avoit cette devise fast ueuse : Custos unitatis , schismatis ul— trix. Elle étoit armée, et fouloit aux pieds une torche d'un autel sur lequel étoient ua calice et une 4

TOUR flïCOHB. je,

*4f Jfnnée 175*;

tonne. On rouloit indiquer apparemment quelle réunîsW aoit les deux pouvoirs. Cest^ ainsi que ces réfroctaires* anéantissoient l'autorité de l'Église, et transportoicnt à leurs patrons des titres et une puissance réservés aus premiers pasteurs. Le 19 avril, le roi rendit aussi, en son conseil , un arrêt en forme de règlement. Il y déclarait que la constitution Unigenitus est une loi de l'Eglise et de l'état , et nn jugement de l'Eglise universelle en matière de doctrine. Il y ordonnoit qu'avant de statuer sur le refus de sacremens, on lui en rendît compte , et dérogeoit à toutes dispositions contraires. Le roi envoya cet arrêt aux évoques et aux parlemens. Mais , dit à ce sujet le gazetier , ces dispositions ne donnoient aucune atteinte aux arrêts du parlement. Ainsi se nourissoit , dans le royaume, un parti qui formoit des vœux pour l'anéantissement de l'autqrité royale. Ainsi s'établissoit une lutte entre le prince et ses officiers de justice. Les affaires des particuliers languissoient ; la justice ne se rendoit plus. Tous les jours ils étoient assemblés pour recevoir des dénonciations contre des prêtres et des évoques, et pour protéger les appelans par des arrêts vigoureux. Ces arrêts cassés par le souverain , ils les confirxnoient de nouveau , et en ordonnoient l'exécution. Il se trou voit toujours à leurs assemblées grand nombre de spectateurs, dont l'office étoit d'indiquer à la compagnie* par des marques d'approbation ou de mépris, ce qu'elle «voit à faire, et qui do m inoient réellement le parlement par leurs clameurs bruyantes. On répandit [une gravure représentant cette cour avec des langues de feuquitoraboient sur chacun de ses membres , tandis que dans un coin l'archevêque de Paris étoit entouré de diables. Les libelles, les pamphlets, les caricatures se multiplioient de plus en plus, et devenoient un puissant moyen de succès pour les agitateurs.

— Le fi juin, lettic de vingt-un évêques au roi. Le 3o mai précédent , ce prince avoit établi une commission f mi- partie dévêques et de magistrats, pour examiner les

objets des contestations ; maiacette commission ne donnant

résultat de son travail , et le parlement devenant de

jour en jour plus entreprenant , plusieurs évêques crurent devoir prendre en main la cause de l'Église* Vingt-un prélats, qoi se trouvoient à Paris , souscrivirent une lettre au roi , sous le titre de représentations • Ils s'y plaignoient des magistrats , «le leurs entreprises continuelles, et surtout du dernier arrêt de règlement* Us n'avotent pu voir sans étonneraient et sans douleur qu'on défendît de refuser les sac remens pour raison de non-acceptation de la bulle, qu'on jugeât la soumission à cette loi de l'Église une chose indifférente au salut , qu'on statuât sur la suffisance ou l'insuffisance des dispositions aux sacremens, et qu'on usurpât enGn dans les matières spirituelles toute l'autorité. Ils supplioient le monarque de réprimer cet écart, et de protéger l'Église à l'imitation de ses ancêtres. Outre cette lettre , il y en eut une autre de la même date et signée des mêmes prélats • à l'exception de l'c ** chevêque de Sens. On y. prenoit sa défense contre un arrêt du 5 mai, où il étoit accusé de favoriser le schisme*

JDes magistrats, disoit la lettre, qui ne peuvent ap~ prendre, authentique ment que de nous ce qui constitue le . schisme, ont osé intenter contre leur pasteur une accusation si odieuse ; et ce qui montre à quel point la prévention les aveugle , c'est qu'ils traitent ce prélat de schismatique dans le temps même que par leur arrêt ils défendent de donner ce nom injurieux au moindre de vos sujets. Ces deux lettres furent présentées au roi, et envoyées à tous les autres évêques, parmi lesquels plus de quatre-vingts, dit-on, approuvèrent de si justes représentations. Quelques-uns réclamèrent aussi en particulier contre les atteintes portées à l'autorité spirituelle. ftL.de Beautnont composa, sur ce sujet, un Mandement

. qu'il ne publia point par déférence pour les désirs du roi. ftL Languet donna deux lettres où il montrait l'irrégularité des procédés du parlement. D'autres évêques traitèrent la même matière. Mais, aux yeux des tribunaux, c étoit un crime aux premiers pasteurs de défendre leurs àF»Xu Presque tous les écrite de ces prélats subirent ûcj

t{t Mnnie i753.

arrêts, motos flétrissans pour eus que pour leur* eus*» Vus*

Le 4 janvier , le parlement de Paris arrête des remontrastccs au roi. Cette cour s'étoit à peine reposée pendant les vacances de Tannée précédente ; la chambre des vacations et le châtelet avoient , pendant cet intervalle, suppléé à son zèle ; la rentrée, au mois de novembre, fut le signal de nouvelles hostilités. On se remit à s'occuper des refus de sacremens. Toutes les têtes du parlement étoient montées de manière à annoncer des orages. Dans cette conjoncture, un conseiller aux enquêtes dénonça aux chambres assemblées , car elles l'ét oient toujours , et la justice De se rendoit plus, dénonça 9 dis- je, le 12 décembre f]5i9 deux refus de sacremens laits à deux religieuses, à Paris, par le curé et les vicaires de Saint-Médard. Ils furent Inandés sur-le-champ. Le curé ne se trouva point : les ficaires subirent un interrogatoire, et il parut, par leurs réponses , que le refus avoit été fait de Tordre de l'archevêque. On lui envoya un secrétaire pour l'inviter à faire administrer la malade. 11 répondit qu' il n'était comptable qu'à Dieu du pouvoir qui lui avoit été confié, quï/ n'y avoit que le roi h qui il se feroit fou/ours un devoir de rendre compte de sa conduite, et que le curé de Saint-Médard suivrait les lumières de sa conscience et les ordres qu'il lui avoit donnés* Une seconde invitation attira la même réponse. Les magistrats se croient insultés, ils mettent l'archevêque en cause, lui ordonnent d'administrer la malade, sous peine de saisie de son temporel , et convoquent les pairs, au 18 décembre, pour -le juger. Le curé est décrété de prise de corps. Ces arrêts étoient du i3. Le 1 5, la malade n'ayant point été administrée, le parlement ordonne qu'elle le sera par les prêtres de Saint-Médard , et que le temporel de M. de Beau mont sera saisi. Le roi casse ces arrêts et défend la convocation des pairs. Le premier président ayant voulu

Ànneè 17*3. >49

lire aux chambre* les ordres du prince, on refuse de les entendre. Le 18, on arrête une députât ion au roi pour lui dire que la de'fense de convoquer les pairs intéressoit tellement les droits de ceux-ci , qu'il étoit nécessaire que le parlement en délibérât avec eux. Le premier président veut encore lire les ordres du roi , on déserte la salle. Le 19, on arrête que Ton ne peut entendre ces ordres, s>'iis ne sont munis du sceau du roi, et des marques anciennes et respectables de son autorité* Le roi répondit a la députation qu'on lui avoit envoyée, qu'il avoit évoqué à lui l'affaire qui servoît de motif à la convocation, et que la défense qu'il avoit feite ne blessoit en rien la dignité des pairs : ce qui n'empêcha pas le parlement de les convoquer derechef. Cette nouvelle convocation fut défendue comme la première. Dans le même temps la religieuse qui avoit donné lieu à ces débats, ayant été transférée dans un autre couvent par ordre du roi , nouvelles plaintes du parlement , où un membre observa que cette translation attaquait les restes de cette ancienne liberté' qu'on ri avoit pas encore, ôte'e aux Français. Le 4 janvier, il fut arrêté qu'on ferait des remontrances. On dressa quelques jours après les articles qui dévoient leur servir de base. Beaucoup de plaintes contre les évêques en faisoicnt le fond : en même temps les magistrats eembloient travailler à aggraver leurs torts. Ils décrétèrent l'évéque d'Orléans, et le condamnèrent à 6,000 livré» d'amende. Un curé fot banni à perpétuité. Le roi crut arrêter ces mesures en donnant, le 22 février, des lettres patentes , par lesquelles il ordonnott de surseoir jusqu'à nouvel ordre à toutes poursuites et procédures pour refus de sacremens. C'étoit là des ordres du roi, munis de son sceau, et des marques anciennes et respectables de :on autorité ; on n'y eut pas plus d'égard. Le parlement refusa d'enregistrer les lettres « et continua de délibérer sur le même sujet. Un des présidais ayarçt refusé de concourir à une désobéissance aussi marquée, fut assailli de reproches» Les plus foibles n'osoient lutter contre le toiv teut, et toute la compagnie étoit entraînée par quelque

tSo Annie \*fiZ.

nommes ardens. Au commencement d'avril , il* adoptent* les remontrances qu'ils étoient convenus de présenter an roi. C'était une pièce , aussi peu mesurée pour la forme que vicieuse pour le fond , où le Pape , les évêques , tout le elergtf, l'autorité de l'Église et les lois du souverain étoient également maltraites. Le roi ne voulut pas recevoir un écrit si peu digne de lui être offert , et ordonna qu'on lui remît seulement les articles dresses au mois de janvier. Le parlement insistoit pour qu'on reçut ses remontrances ; le prince, après avoir examiné les articles , répondit, le 4 niai, qu'il s'étoit déjà expliqué sur la plupart des objets qu'ils contenoient, qu'il y en avoit d'autres dont la discussion ne pouvoit que nuire a la tranquillité , qu'en conséquence il ne recevroit point les remontrances , et qu'il ordonnoit l'enregistrement des lettres patentes du aa février ; mais les magistrats ne s'étoient pas engagés si avant pour reculer. Le 5 mai f ils arrêtent que tout autre service cessant, les chambres demeureront assemblées jusqu'à ce que les remontrances aient été reçues. Ce même jour , lettres de jussion ordonnant l'enregistrement des lettres patentes, sous peine de désobéissance et d encourir F indignation du roi. Le parlement déclare qu'il ne peut obtempérer ; et sur-le-champ s'oceupe de différentes procédures pour refus de sacremens. Enfin , une lutte si longue, si opiniâtre, provoqua Je juste ressentiment du souverain , dont on meconnoissoit l'autorité. Le 9 mai , tous messieurs des enquêtes et des requêtes furent exilés en différentes villes. On fit un exemple sur quatre d entr'eux qu'on regardait comme les plus ardents , parmi lesquels étoit l'abbé Chau— Velin , qui se signala depuis contre les Jésuites. Ils furent Conduits dans les prisons d'état. On avoit ménagé la grand'charnbre 5 elle ne s'en montra que plus entreprenante , déclara persister dans tous les arrêts précédens , et recommençant à s'occuper uniquement de son objet favori, se mit à procéder contre des prêtres. Trois ou> quatre membres seulement ouvrirent un avis plus sage. Le châtiment suivit de près ce mépris affecta des ordr«S

Année 175S. i5* <tfu souverain. Il avoit d'autant plus lieu d'être mécontent , qu'au sortir de cette même séance une foule d'hommes de parti ou de gens apostés s'étoit trouvée aux portes du palais pour prodiguer des acclamations séditieuses à ces juges indociles. Le 11 mai, chaque membre de la grand'cbanibre reçut un ordre de se rendre à Pon toise où le roi la tranfc'roit. Le 17 , elle y persista de nouveau dans ses arrêtés, et continua de s'occuper des mêmes matières. Comme la justice n étoit plus rendue aux par-* ticullers, et que le parlement paroissoit avoir oublié entièrement ses devoirs et ses fonctions, le roi établit des chambres particulières pour rendre la justice. Mais les amis de la magistrature n'omirent rien pour discréditer ces tribunaux. Le parti tout entier se ligua contre eux. On répandit des libelles ; on composa des chansons ; on cria contre le despotisme , et tous les ennemis de l'autorité réunirent leurs efforts, pour jeter le ridicule et le mépris sur les nouveaux établissement. Les magistrats exiles étoient au contraire les vrais défenseurs du peuple , les appuis de l'état; et l'on exagéroit leurs droits dans la même proportion qu'on affaiblissent ceux du souverain* Les autres parlemens n'étoient pas généralement animes du même esprit. Mais on n'oublioit rien pour les amener à suivre la même marche que le parlement de la capitale; et l'esprit de corps, l'ambition, l'envie de mériter les applaudissement des factieux, les instances et les sollicitations réitérées d'une cabale puissante, entraînèrent enln quelques-uns de ces parlemens. Celui de Rouen lutta pendant six mois contre les ordres du souverain, et montra une ténacité qu'enhardissoit l'indécision de la cour. Celui d'Aix fit, comme celui de Paris, des réglemens pour fixer 1% discipline de l'Église , et ne tint aucun compte des défenses du roi. 11 y. avoit dans ce parlement des têtes non moins ardentes qu'à Paris. Les noms des Monclar et des C asti lion sont fameux dans l'histoire des troubles de ces temps-là. Le parlement de Toulouse ge montra plus tard.

~* Lç 11 janvier , concordat signé à Rome entre Bc^

t5* Jnfiée 17W.

noît XIV et Ferdinand VI , roi d'Espagne. H étoit d'otage dans ce royaume que le prince nommât aux archevêchés et évêchés ; qu'au royaume de Grenade et dans les Indes il nommât à toute sorte de bénéfices , et qu'à l'égard des autres bénéfices du reste de ses états, excepté ceux dont les fondateurs s'étoient réservé le patronage , les Papes y nommassent pendant huit mois de Tannée , et les évêques et chapitres pendant les quatre autres. Ils percevoient aussi les dépouilles des évêques décèdes et les revenus de leurs évêchés pendant la vacance. Par le nouveau traité, Benoit XIV renonça à cet usage , et céda au roi le droit de nommer pendant les huit mois aux bénéfices situes en Europe , ainsi que les dépouilles des évéques et les revenus des sièges vacans. Il étoit seulement spécifié que ces revenus seroient appliqués aux usages marqués par les canons. Le Pape ne se réservoit que la nomination de cinquante-deux bénéfices qu'il spécifioit en détail. S. S. s'engageoit aussi à n'accorder dorénavant à aucun évêque la permission de disposer par testament des biens provenans de l'évêché, même pour des œuvres pies; l'application de ces biens devant être fkite, une partie pour l'évêque successeur, une autre pour les besoins des églises de l'évêché, une troisième pour les pauvres du diocèse. Pour dédommager la cour de Rome des avantages qu'elle consentoit a perdre , le roi lui assuroit des tommes qui forent réglées d'un commun accord ; et attendu qu'une partie des dépouilles, auxquelles la courdé Rome renoncoit , étoit attribuée au nonce résidant à Madrid, le roi s'obligeoit à lui donner tous les ans 5o,oo6 livres. Telles furent les principales clauses de ce concordat , qui rut signé à Rome , le 1 1 janvier , par le cardinal Valenti dune part, et l'autre par D. Figueroa, auditeur de rote pour la couronne de Castiile. Ferdinand VI 1» ratifia le 3i du même mois, et le Pape le ?o février suivant. Le 9 juin de la même année , sa Sainteté en confirma les dispositions , suivant les formes ordinaires , par une bulle expresse. Elle termina ainsi quelques différends qui existaient entre les deux cours sur la nomination au»

Jnnée 1753. i53 hénéfices, et Benoît XIV montra, dans cette occasion comme dans plusieurs autres, sa modération, son amour pour la paix, et son peu d'attachement aux intérêts temporels du saint Sie'ge.

— Le 20 février, béatification de Joseph deCupertino. [Voyez au 16 juillet 1767.)

— Le 22 février, à Rome, décret contre une édition des Œuvres de Voltaire. Nous n'avons point parlé de cet écrivain , depuis l'éclat que firent les Lettres philosophiques , YÉpkre à Uranie et le Mondain, Cet intervalle est le temps de sa vie où il donna le moins de prise sur lui , et ou ses travaux furent moins répréhensibles. Il cultivoit la physique dans sa retraite de Cirey , et il se chargeoit de faire connoître à la France la philosophie de Newton. Il commencoit à travailler sur l'histoire ; et si son premier ouvrage en ce genre a été accusé d'être un peu romanesque , il est exempt du moins de défauts plus graves. Le théâtre et la poésie occupoient aussi les loisirs de Voltaire, qui donna successivement la Mort de César y les Discours en vers sur l'homme , Mahomet ou Je Fanatisme , et quelques autres producductions oit Ton a cru voir un but, mais qui paroisse nt innocentes si on les compare aux écrits postérieurs par lesquels l'auteur se signala. Cette époque de sa vie seroit donc à peu près «ans reproches du moins aussi graves , comme écrivain , s'il ne s'y étoit appliqué à mettre la dernière main à un poème scandaleux et trop connu. C'étoit sous les yeux d'une femme qu'il prenoit cet amusement, licencieux. Il en réeitoit des fragmens à ses amis ; il leur en envoyoit même , et se plaignoit ensuite d'eux quand quelque chose de ces fragmens perçoit dans le public. Il n'avoit pourtant guère le droit de compter sur leur prudence et leur réserve , en ayant si peu lui-même. Un de ceux qui demandaient avec le plus d'instance communication de cette production coupable, étoit Frédéric 9 alors prince royal de Prusse , qui professoit pour Voltaux une extrême admiration , et qui montrait déjà sur ta religion les scntjmens qu'il manifesta depuis avec éclat.

i54 Aimée 1753.

Leur correspondance donne lieu de croire que, dès cette époque, ilsavoient, lu a et l'autre, secoué tout joug à cet égard. Frédéric, après avoir reproche à Voltaire d avoir parlé de Jésus- Christ dans son Discours sur la> vertu , ajoute : // vaut mieux garder un silence profond sur les fables chrétiennes , canonisées par leur ancienneté et par la crédulité des gens absurdes et stupides (i). C'est la première fois que l'on trouve daus la Correspondance ces expressions insultantes et grossières, auxquelles on nétoit pas encore acc outumé. Voltaire écrivoit à Frédéric, la même année 1^33, qu'il étoit plus son sujet que celui du roi sous lequel il étoiê né ; ce qui nétoit pas trop d'un bon Français* Ce qui n en étoit guère non plus , c'est qu'il paroit , par plusieurs lettres, qu'il faisoit à peu près loiïice d'espion en France pour Frédéric, deveuu roi de Prusse. Il eugageoit ce prince à rendre la dignité impériale alternative eutre les catholiques et les protestans. 11 fut vivement sollicité , en 1740, de se rendre eu Prusse; mais il ne céda point alors aux désirs du prince. 11 souhaitoit passionnément entrer à l'Académie française , et il n'omit rien pour y réussir. Comme il craignoit que quelquesuns de ses écrits précédens ne fussent un obstacle , il répandit une lettre adressée à un académicien supposé, mais laquelle nétoit en effet que pour le public. 11 s'y déclaroit adorateur d'une religion dont la morale fait du genre humain une seigle famille > et dont la pratique est établie sur l'indulgence et les bienfaits. A cet éloge et à quelques autres du même genre, étoient jointes des cajoleries pour le précepteur du Dauphin, M. Uoyer , ancien évêque de Mirepoix , le même qu'il traite avec beaucoup de mépris daus sa Correspondance* \\ fut plus heureux quelques années plus tard , et la protection de Mu« de Chateauroux servit à lui faire ouvrir les portes de l'Académie. Pour achever d'aplanir les ob-

(1) Correspondance du roi de Prusse et de Pc-luurt , boiax LXIV de «ea 0£u\r e* ; page 3;â f «Ut. ÏA-ti*.

Jmée 1753. i55

staclcs, il publia une lettre écrite au P. la Tour, Jésuite, sous la date du 7 février 1746. H s'y eflbrçoit de dissiper l'idée qu'on avoit dû prendre de ses sentimens touchant la religion. Si jamais , disoit-il , on a imprimé sous mon nom une ligne qui puisse scanda- User seulement un sacristain de paroisse , je suis prêt cî la déchirer. Je déteste tout ce qui peut porter le moin— tire trouble dans la société* Ces protestations de parade curent leur effet. 11 fut admis dans l'Académie. Peu après il publia Zadig , au sujet duquel il écrivoit au comte d'Argental, le 10 octobre 17^ : ^e se rois très-fâché de passer pour l'auteur de Zadig , qu'on veut décrier par tes interprétations les plus odieuses , et qu'on ose accuser de contenir des dogmes téméraires contre notre sainte religion. Quelle apparence ! C'est sur ce ton d'ironie qu'il s'accoutumoit à .parler de la religion. U se plaigooit qu'on troublât son repos pour des bagatelles; mais il étoit lui-même le plus grand ennemi de son repos. L'activité de son esprit ne lui permet toit pas de rester tranquille, et il s' attirait des traverses par son penchant à parler librement sur toutes sortes de sujets. Il publia , en 1 749 • Its V oix du Sage et du Peuple , pamphlet très -court, où II sélcvoit contre le clergé à l'occasion des disputes sur les immunités, Comme il crai-» guoit que ce petit écrit ne l'exposât à quelques désagréjnens, il céda aux instances de Frédéric, qui le pressait toujours de venir près de loi. Il partit de Paris en 1750, et alla joindre, à Berlin , d'Argens , La Mcttrie et Toussaint. Frédéric lui lit l'accueil le plus flatteur. Le titre de chambellan , la croix du mérite et vingt mille livres de pension , ne furent , pour ainsi dire , que les moindres caresses que lui prodigua le monarque, lis soupoient, travailloient et philosophaient ensemble. Jamais , dit Voltaire dans ses Mémoires , on ne parla t dans aucun lieu du monde y avec tant de liberté de toutes les superstitions des hommes , et jamais elles ne furent traitées avec plus de plaisanterie et de mépris. Le poète corjrigeoit les vers du prince , qui lui permettait beaucoup

i5S Jnneé i75a.

de familiarité. Ce fut là que Voltaire composa le poème

de la Religion naturelle , qui parut d'abord sous ce titre # qui fut dédié sous ce titre à la duchesse de Saxe-Gotha^ et que Collini, ion tecréuire, assure avoir copié sous ce titre. Voltaire le désigne loi- même ainsi dans sa Correspondance ; et cependant , peu après , il jugea à propos de protester que cet ouvrage avoit toujours été intitule de la Loi naturelle. Ce rut aussi à Potsdam qu'il composa le Siècle de Louis XI P j ouvrage auquel on petit reprocher des jugemens hasardés, des anecdotes fort suspectes, et des exposes infidèles de controverses que Tauteur connoissoit mal. Tout ce qui regarde la religion m y est traité avec cette légèreté qui est devenue comme le cachet distinctif des productions de cet écrivain. Enfin f ce fut dans un des soupers de Frédéric , dit Collini f que Voltaire conçut le projet du Dictionnaire philosophique s qui ne fut exécuté que dans la suite. Ainsi la société dm ce prince achevoit de développer dans le poète français cette liberté d'opinions et cette ardeur de les répandre» qu'il porta si loin. Lui-même éc ri voit à M™ du Défiant 0 pendant son séjour en Prusse , qu'il dtnoit régulièrement avec deux ou trois impies. Quoi qu'il en soit, cette société dura peu. Le monarque et le courtisan se brou uV lèrent bientôt pour des sujets qu'il est assez peu imper* tant d'approfondir. Après beaucoup de tracasseries peu dignes de l'un et de l'autre, Voltaire s'échappa de Berlin comme d'une prison. Arrêté à Francfort , par ordre de roi , il y* subit le traitement le plus désagréable et Je plus mortifiant. Jamais il n'oublia cette injure, et, dans son ressentiment , il chercha même à intéresser l'empire eu sa querelle. Il erra quelque temps en Alsace et en Lorraine, jusqu'à ce qu'il se fixât aux Délices et ensuite a Ferney , deux habitations peu éloignées de Genève, dont la dernière devint sa résidence habituelle. C'est là qu'il composa tant d'écrits , dont nous aurons à parler chacun en son lieu.

— ^ Le 3o mai, bref Àpostolicum, donné par Be» Aoît XIV, relativement aux missions d'Angleterre, è

Jnnée 1758. t£f

l'autorité dés vicaires apostoliques et aux pouvoirs de» réguliers employés dans cette mission. Nous avons vu qu'en 1688, le saint Siège a voit établi en Angleterre quatre évêques, en qualité de vicaires apostoliques, pour gouverner les catholiques. En 1695, il décida que l'autorité' de ces évêques faisoit cesser celle du chapitre séculier et celle des religieux. Ceux-ci eurent peine à se Tendre au décret. Ils faisoient valoir les privilèges qu'ils •voient obtenu* des Papes en différens temps , et qui ne les astreignoieut qu'à prendre les pouvoirs de leurs supérieurs religieux. Les Bénédictins et les Jésuites étoîent qui mettoient plus de tèle à soutenir leurs prêtes* i. Ces derniers étoient fort nombreux en Angleterre et y rendoient beaucoup de services. Les Bénédictins anglais, restes d'une congrégation autrefois très- brillante, s'étoient voués exclusivement à l'office de mission* naires. Ils a voient à Paris une maison nombreuse , d'où ils envoyoient des sujets dans leur patrie; et l'un d'eux, Philippe- Michel EUis, avoit été compris dans la promotion déveques faite sous Jacques II , et avoit été établi Vicaire apostolique de l'ouest, sous le titre devéque d'Auréliopolis. On avoit cru sans doute ce choix propre à réconcilier les réguliers avec un ordre de choses qui leur ftisoit perdre quelques-unes de leurs prérogatives. Depuis, le saint Siège fut fidèle à cette mesure de prudence, et il eut toujours soin de prendre quelqu'un des vicaires) apostoliques parmi les religieux. Ainsi , après la démission de M. Ellis , Matthieu Pritchard, Franciscain et de Tordre des Récollets, fut fait vicaire apostolique de l'ouest , cous4 le titre cTévêque de Myra , et ce vicariat fut constamment affecté à des réguliers. En i^4* * Laurent York, Bénédictin, fut sacré évêque de Niba (1) et coadjuteuf de M. Pritchard; et en 1756, M. York eut à son tour pour coadjuteur le pieux et savant Walmesley , dont il

(1) Cet évêque fut fort iu quitté lors de la descente du prince Édouard en 174^- II fut obligé de se cacher, et erra, pcudaat^ «ix-huit mats ? ce tille ca ville.

ï5& Amie 1753.

sera parlé* dans la suite , et qui étoit aussi de la congrégation des Bénédictins anglais. Les religieux donnèrent même un autre vicaire apostolique pour le nord , dans la personne de Thomas Williams , évéque de Tiberiopolis, qui succéda à George Witham, en 1716, et qui Tnouruten 174°* H étoit de l'ordre de saint Dominique, et les réguliers firent beaucoup d'instances pour que son successeur fût pris dans leur sein ; ce qui ne leur fut point ac* cordé. Les trois vicariats, du nord, du milieu et du sud, furent remplis par des prêtres séculiers. À Londres, ÏL Giffard, évéque de Madanre, B. Petre, évéque de Pruse, et R. Challoner, évéque de Debra, gouvernèrent successivement les catholiques de ce district avec zèle et sagesse. Le dernier est célèbre par ses talens et ses écrits : nous en parlerons dans notre Liste chronologique* Le district du nord eut successivement pour vicaires apostoliques , après la mort de l'éveque de TiberiopoJis , £. Dieconson , évéque de Malla ; F. Petre, évéque d'Amorie, et G. Walton , évéque de Tracon , qui se firent estimer par leurs travaux. Enfin, dans le district du milieu, G. Witham , évéque de Marco polis , le même dont nous avons parlé ci-dessus , passa au district du nord, et laissa sa place, en 1718, à Jean T al bot Stonor , docteur de Sorbonne et évéque de Thespie. Ce dernier prélat t issu d'une famille honorable, avoitété élevé à Paris, et même désigné pour coadjuteur de Londres. Il étoit lié avec l'abbé Strickland , depuis évoque de Namur , et il le seconda dans le projet formé, en 1719, pour améliorer le sort des catholiques , projet qui n'eut point l'assentiment de ces derniers. Il (ut blâmé de ses collègues , et eut ordre de quitter Londres, ou il résidoit habituellement, ' et de se retirer dans son district. C'est ce prélat qui paroît avoir provoqué les décrets dont nous -avons à parler. Jft 'a voit envoyé, pour cet efiet, à Rome, un agent, l'abbé Christophe Stonor, chargé de représenter la nécessité d'astreindre les réguliers à prendre , comme les autres , les pouvoirs des vicaires apostoliques. Un premier bre£ de BenoîtXIV, du 2 septembre i;45 > ordonna donc aux

religieux de reconnoitre la juridiction de ces év&rnes ; il» réclamèrent. Les yicaires apostoliques même, parurent un instant divisés à cet égard. Les évoques de Thespie^ de Prose et de Malla publièrent le décret en 1 7^8 •> tandis que févêque de Myra, et son coadjuteur, iéveque de Niba, s'abstinrent de le publier, et réclamèrent contre ses dispositions. Il y eut plusieurs écrits, de part et d'autre. Les Bénédictins de la congrégation anglaise sur-tout firent valoir leurs services, et demandèrent le maintien de leurs privilèges -, mais le saint Siège crut devoir établir pour cette mission un gouvernement uniforme. Le 3o niai i753, un nouveau bref prescrivit la manière dont les religieux dévoient se conduire avec les vicaires apostoliques. Ce règlement est très-détâillé, et prévoit tous les eu jets de discussion. Il assujettit entièrement les réguliers aux éveques. !( fut publié successivement dans les quatre districts, et il est remarquable que le vicaire apostolique de Londres le communiqua à son clergé par une lettre pastorale imprimée, et signée de lui et de son coadjuteur , 1 éveque de Debra. C'étoit la première fois peut-être qu on voyoit des évéqncs catholiques ne pas craindre de se montrer, en Angleterre , avec cette liberté. M. York, évéque de Niba et vicaire apostolique dans l'ouest , se soumit au décret comme les autres. Les réguliers protestèrent également de leur obéissance , et la plupart des vicaires apostoliques les consolèrent en déclarant qu ils avoient lieu d'être satisfaits de leur conduite. Il ne paroît pas qu'U y ait eu depuis de contestations entre ces ordres religieux et les vicaires apostoliques. Nous trouvons pourtant encore une requête présentée au Pape, le i3 novembre 760 , par Placide Howard , président- général des Bénédictins anglais, pour demander quelque adoucissement eux derniers décrets ; mais le saint Siège persista dans les mesures de prudence qu'il avoit adoptées. 11 régularisa même de plus en plus l'autorité des vicaires apostoliques, en leur prescrivant, le 8 août 1755, de choisir chacun nn vicaire-général pour gouverner leur district après leur mort -, précaution qui fut rarement nécessaire , par le soi*

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qu'on avoît de donner à chaque vicaire un qui devenoit son successeur de droit.

— Le 3 décembre , assemblée de plusieurs évêques , à Conflans , contre le livre de Berruyer. Ce Jésuite avoit publie', en 1728, son Histoire du peuple de Dieu, Urée des Livres saints ; ouvrage asses profane, où il sembloit avoir pris à tâche de faire de la Bible une espèce de roman. Il v oui oit, disoit-il, rendre la lecture des divines Écritures plus agréable aux gens du monde Mais ne valoit-il pas mieux laisser ces oracles sacres dans leur noble et primitive simplicité, que de les dénaturer par les orne— mens du bel-esprit et les recherches de l'imagination ? Xe père Berruyer en avoit une brillante, et s'y laissa trop aller. On jugea même qu'il tavorisort quelques erreurs. Aussi la première partie de son ouvrage, la moins condamnable de toutes, fut censurée à Rome, én 1734 et en 1767. La seconde, qui ne parut qu'en 1753, exciU des plaintes plus vives encore. Ce fut à ce sujet que vingtdeux évêques s'assemblèrent a Conflans, dans la maison de l'archevêque de Paris. On y convint de prendre des mesures pour retirer le livre de Berruyer des mains des fidèles. Six éveques furent chargés de l'examiner. Dit jours après , les mêmes prélats s'assemblèrent à Conflans. On lut un Mandement que M. de Beau mont vouloit pu* blier sur ce livre , et qui fut approuvé d'une voix una- .nime. Ce Mandement étoit daté de ce même jour, i3 décembre, et défendoit de lire l'ouvrage. L'archevêque se plaignoit que l'auteur , après avoir promis une histoire tirée des seuls Livres saints, y mêlât fréquemment du sien sans en prévenir, exposât ainsi les fidèles à prendre la parole de Dieu pour la parole de l'homme, donnât un sens forcé aux paroles de l'Écriture, osât même ajonter â l'Évangile, pour le rendre susceptible d'interprétations singulières et dangereuses , et s'éloignât de la règle du concile de Trente sur le sens des paroles du texte sacré. Le père Berruyer se soumit à ce jugement. Peu auparavant, le provincial des Jésuites et les supérieurs de leurs trois maisons de Paris, a voient donné une décla-

Annie \*fîr&* i6tl

fytipn pour improuver le livre et en -désavouer îimpres- «ion. Les troubles qui suivirent empêchèrent les prélats de s'assembler de nouveau pour donner de concert un jugement doctrinal, comme ils se l'étoient proposé. Seulement quelques évêques condamnèrent le livre par d«s $Iandcmcns particuliers. Le parlement s'en occupa aussi, ainsi que nous le dirons sous 1756. La seconde partie de X Histoire du peuple de Dieu , qui renferme l'histoire du nouveau Testament , fut condamnée à Rome en 1^55, et par un décret plus solennel en 1758. Restent une t roi- Vicme partie > que les Jésuites avoient pris, dit-on, rengagement de supprimer, mais qui n'en vit pas moins le jour à Lyon en 1768. C'est celle que Clémcut XIII proscrivit par son décret du a décembre 1 758 , où il dit qu'elle ' * comblé la mesure du scandale. Cette partie , qui n'est qu'une paraphrase des É pitres des Apôtres, est en effet lu pJusréprélieiisiblc. Elle est rédigée d'après le Commentaire du père Hardouin , et est en conséquence semée d'erreurs, d'idées singulière» et de paradoxes. Le i«' août 4759, M. de Fit*- James , évêque deSoissons, donna cootro les deux Jésuites une Instruction pastorale en sept volumes seulement , ou il les accusoit des plus grands égare-» mens. L'auteur de cet écrit étoit i'abbé Gourlin , théologien appelant, qui avoit déjà prêté sa plume à monsieur de Rastignac, archevêque de Tours, et qui ne sera pas accusé d'avoir ménagé les Jésuites. L'assemblée du clergé <dc 1760 se joignit aux évêques qui s'étoient déclarés contre X Histoire du peuple de Dieu. Enfin , en 176a et en 1764, la Soi bonne publia sa censure contre les deux parties. Elle condamuoit quatre-vingt-quatorze propositions dans la première, et deux cent trente-une dans la seconde. Ua écrivain récent, en parlant de cette affaire, suppose ua parti qu'il appelé du nom peu sonore de parti hardouinoberruyéristc , et auquel il accorde beaucoup d'influence, 11 suppose. que ce parti, contenu d'abord par 1 autorité du père Tournemine, prit le dessus après sa mort et inonda le public d'apologies, de défenses, de satires et «V brochures. Il insinue q^ue ce parti étoit bien plie}

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