‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le 18e siècleChapitre 38 sur 50 · TOUS SEC09D · texte numérisé non relu

TOUS SEC09D

i(5a Ànnte tj5$.

aangcreut que le jansénisme. On soupçonne qu'il y quelque exagération , peuT-Êtrë hlêmë quelque vengeance dans ces plaintes cl ces soppositlons. On seroit fort embarrasse* de nommer les partisaos actuels d'une doctrine oubliée. Hardouin et Bcrruyer ont pu se tromper; ils ont pu même donner dans Terreur, sans avoir pour cela tm parti dont l'existence n'est rien moins que démontrée ; mais les ennemis des Jésuites avoient intérêt à augmente!* le mal et à outrer le scandale ; cela pouvait opérer une diversion heureuse. S'ils ne se fussent plaints que des défauts de l'ouvrage, on au roi t applaudi à leur zele; mais ils prirent occasion de cette affaire pour s'élever Contre toute la société avec une chaleur et une vivacité kftti ne permettoient pas de méconnaître le sentiment qui les animoit.

Le 1 septembre , déclaration du roi sur les affaires de ^Église. Depuis l'exil du parlement , les amis de cette •cour n'avoient pas cessé de travailler à son rétablissement* il y eut des négociations. Il sembloit que la première condition eût dû être la soumission des magistrats. Usé toi ont bien loin d'y titre disposés. Le roi , à qui les mesures de rigueur coûtaient toujours, consentit, an mois d'août, & rappeler les membres du parlement. 11 donna ensuite line déclaration devenue fameuse. Il disoit dans le préambule qu'après avoir puni son parlement de sa résistance et de son refus de rendre la justice , il avoit a la fin cru devoir écouter sa clémence , espérant que le parle* ment rempli roit ses vues par une soumission et une fidélité entières, il imposoit ensuite le silence, et enjoignoit aux parlctQcns de tenir la main à ce que d'aucune part il ne fût rien fait 'ou tenté de contraire au silence et à la paix* 11 annulloit aussi toutes les poursuites et procédures antérieures. l e parlement séfoit rassemblé le /f 'septembre. On y porta la déclaration, et, ce qu'on au*

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t$)t peine à croire, elfe y éprouva beaucoup de difficultés. Un bon nombre d opinans vouloit refuser l'enregistrement , et -le préambule leur paroissoit difficile à digérer* On ne conclut rien ce jour-là , et ce ne fut que le lendemain, que messieurs s'étant concertes, enregistrèrent la déclaration , sans néanmoins reconnotire les imputations conte* nues au préantbule\3 et en spécifiant qu'elle seroit exécutée (X>nfbrmément aux arrêts et réglemens de la cour. Leua disgrâce ne les avoit pas changés. Ils posoient pour fondémens de leur conduite des arrêts et réglemens casse> par le souverain. C'étaient eux véritablement qui remportoient la victoire , et le prince qui souffroit cette insulte faite à son autorité , devoit s'attendre a en éprouver d'autres de la part d'un corps qui se faisoit un titre de ses tn>urpations , qui profitoit de la foiblesse -du ministère pour s'accroître, et qui comptoit bien se venger «le sa disgrâce sur ses ennemis. On pou voit donc craindre de nouveaux troubles , et il s'en fallut beaucoup en effet que cette loi rétablît le calme. Tel a été dans tous les temps le sort de ces édits de silence, qui enveloppant •dans une proscription commune et la doctrine de l'Eglise 'et Terreur opposée , favorisent celle-ci par là même. Ces &iits si désirés ordinairement des sectaires , parce qu'ils leur donnent le temps de se fortifier , ne sont jamais observés avec une égale impartialité ; et on en fit l'épreuve au temps où nous sommes. La loi du 2 septembre fut surtout enfreinte par Ie3 éloges qu'en firent les jansénistes. Ils imprimoient de gros volumes pour prouver qu'il falloil se taire. Ils n'inondèrent peut-être jamais le public de plus d'écrits. Vingt libelles, tous plus mauvais les uns que les autres , violoient tous les jours la déclaration aveo audace et impunité. Il y a plus : ils prétendoient expressément qu'elle ne les regardoit pas ; et leurgazetier rapportant (1) une sentence d'un tribunal contre un écrit d'un des siens, que l'on suppriinoit comme contraire au silence prescrit, s'élève contre un pareil jugement, e%

{t) Feuille du a4 avril 1757.

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assure qu'il ne fera point d'honneur aux juges , attendu que}

si l'écrit en question rompok le silence , ce ne'toit rcalle ment que pour défendre la loi dtt silence. C'est ainsi que ce sophiste cherche a donner le change* Au reste, il étoit tout simple qu'il parlât ainsi, lui qui enfreignoit la déclaration avec tant d'audace, qui invectivoit régulièrement^ toutes les semaines contre la bulle et ses défenseurs, et qui ne cherchoit qu'à éterniser les querelles en nourrissant l'opiniâtreté de ses partisans. On remarqua dans cette occasion que les appelans avoient changé de langage. En 1721', le prince Eugène, gouverneur des Pays-Bas, ayant ordonne qu'on s'y tint dans Vindiflc~ rence par rapport à la constitution , Duguet observa (1) que cet ordre ressembloU beaucoup au type de Constant t et décida qu'il falloit parler et agir. En 1 » le même parti applaudit à la déclaration. Cependant cette contradiction apparente s'explique. Les appelans pen soient de même aux deux époques. Aux deux époques ils voûtaient bien une loi de si'ence, mais à condition de ne pas lobserver , tandis qu'on y astreindrait rigoureusement leurs adversaires. Leur conduite supposoit du moins cette .manière de voir , et il paraît que le parlement étoit de leur avis : car tandis qu'il ^toit à l'affût de tous les ouvrages en faveur -des droits de l'Eglise, tandis qu'il proscrivoit le moindre écrit qui en soutenoit les décisions « tandis qu'il ne manquoit pas de livrer aux flammes les Mande— mens des évêques , il laissoit débiter sous ses yeux tous les libelles enfantés par le parti ; il ne touchoit pas a cette scandaleuse gazette, que l'on distribuoit publiquement dans l?aris et dans les provinces. Tontes les rigueurs étoient pour les éveques et les prêtres qui aimoient mieux suivre leurs devoirs que les arrêts du parlement. On n entendit plus parler que de sommations , de sentences, d'amendes, de saisies, d'emprisonnemens , de bannissemens. Lee ennemis de la bulle goût oient ioutes les douccars de la

(1) Lettres de Duguet* des opposons de Flandre*, des S eO août i?ai.

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fîctoirc. Il sufflsoit qu'un deux en voulût k son pasteur, pour que celui-ci vil fondre sur lui les arrêts les pins foudroyans; et l'on eut plus d'un exemple de prêtres man ies pour porter les sacremens a des gens pleins de santé, et qui ne feignoient d'être malades , que pour satisfaire leur haine contre ces ecclésiastiques , et les faire emprisonner ou bannir. Sûrs de la protection des tribunaux, ils livraient, à l'envi , les choses saintes à la discrétion des séculiers, et triomphoient quand, à force de procédures et de terreur, ils avoient trouvé un prêtre qui , en vertu «l'un airtët , leur pportoit , escorté d'huissiers, les trésors mis à la disposition de l'Église.

— Le 16 octobre, dénonciation des ouvrages de Tord Bolingbroke par le grand jury de Westminster. Henri Saint'Jean, lord vicomte Bolingbrokc est célèbre comme ministre et comme écrivain. Il venoit de mourir, en ï^Si , laissant ses écritsà David Mallet , qu'il avoit chargé <le les publier. Cet éditeur ne se hata que trop de remplir ses désirs. Il fit paroître les ouvrages de Boli«gbroke en cinq volumes, dont le premier vit le jour en i^53 et les autres Tannée suivante. Ce recueil renferme plusieurs écrits, les Lettres sur l' étude de l'histoire, les Lettres à Pope sur la religion et la philosophie y le» Lettres h M. de Pouilly , qui , dit un écrivain célèbre , sont doublement précieuses comme étant fortes contre l'athéisme , et fui b! es contre la révélation , la Lettre à JVindham y les. Réflexions sur Vexil , etc. La dénonciation du grand jury de Westminster porta principalement sur les Lettres à Pope , comme tendant à la subversion de la religion , du gouvernement et de la morale. On craignit que les talens de l'auteur ne contribuassent a, propager sa mauvaise doctrine. Il est impossible en effet de refuser h Bolingbroke beaucoup d'habileté, d'imagina*tiôn , d'esprit et d'éloquence. // e'toit , dit Cote dans sa Vie de Walpolc, séduisant dans la conversation, JVcond en saillies , et trcs~instruit* Mais en même temps Une connoissoit ni morale ni principes , et loin de cacher s* dépravation j il en /ai soit trophée. On a dit de lui

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qu'il n'étoit ni déiste déterminé ni absolument incrédule», et que ses sentiraens se rapproeboient beaucoup de ceux de l'ancienne académie. Mais, en examinant ses écrits, on ne peut s'empêcher dy voir un homme qui se joue de la religion , et qui se fait un plaisir d'en arracher les. principes du cœur des antres. La publication de ses écrits posthutnes même doit lui être imputée, puisqu'il l'a recommandée. Il combat à la fois et les1 dogmes de la loi naturelle et ceux de la révélation. 11 nie que l'intention du Créateur, en formant l'homme, ait été de lui communiquer le bonheur, li reconnoît une providence générale, mais ne veut point qu'on l'étendc aux individus. 11 avoue l'antiquité et l'utilité de la doctrine de l'immortalité de lame et d'un état futur, et U la traite .ensuite de fiction puisée chez les Egyptiens. Il refuse ù l ame sa qualité de substance immatérielle et distincte du corps. Il avance que la modestie et la chasteté n'ont point de fondement dans la nature, et ne sont que des. inventions de la vanité. Les hommes, selon lui, n'a* voient nul besoin d une révélation surnaturelle et extraordinaire, et les argumens de Clurke, a cet égard, n'ont aucune valeur. L'histoire de Moïse , son récit de la création et de la chute de l'homme, sont également absurdes , et on ne peut lire ce qu'il a écrit , sans mépris pour le philosophe et sans horreur pour le théologien. C'est avec cette décence et cette mesure que Bolingbruke parle d'un si grand législateur. Il nest pas plus réservé dans son jugement sur la révélation chrétienne. Elle n'est qu'une publication nouvelle et plus obscure de la doctrine de Platon. Il y a deux évangiles contradictoires, celui de Jésus-Christ et celui de saint Paul. Nous devons taire les épithltes outrageantes qu'il donne à ce grand apôtre. 11 s'efforce de renverser l'autorité de l'Evangile, et prétend que la propagation du christianisme ne prouve rien, et que cette religion n'a contribué en rien à réformer le monde. La justice divine sur-tout le choque* et la doctrine chrétienne à cet égard est, à ses yeux, contraire à la notifl» que nous devons avoir d'un ê^re*

Jnnée i<jS^. i&]

■«buveraincment parfait. Tel est en résumé le système dç lord Boiingbroke , si on p?ut donner le nom de système aux aberrations d'un esprit qui n'a ni plan ni méthode, et qui laisse errer sa plume au gré de son imagination. Ou a peine à le suivre au milieu de ses longues digression* et de ses répétitions fastidieuses, tandis que lui se complaît dans ce désordre et s'applaudit d'avoir su ainsi éviter 1 ennui. La modestie n'étoit pas la vertu favorite de cet écrivain. Dans une lettre à Pope , il se met au-dessus des plus grands hommes. Jusqu'à lui, les philosophes et les théologiens avoient égaré le genre humain dans un labyrinthe d'hypothèses et de raison uemens. La religion» naturelle étoit corrompue. Pour lui, il ne prend que la vérité pour guide et il n'enseigne que le pur théisme. 11 blâme 1rs libres*penseurs qui troublent les consciencesen parlant peu respectueusement de ce qui ne s'accorde pas avec leur manière de voir , et il n'est pas plus réservé qu eux , puisqu'il assimile l'histoire du Pentateuque avec les romans dont Don Quichotte étoit si épris. Ses invectives contre l'ancien Testament et contre la législation juive ont un caractère d'aigreur et de violence qui indigne tout lecteur honnête. L'épi! hèle de fou revient souvent sous sa plume. Saint Paul , les anciens philosophes , les théologiens modernes , ceux qui ne sont pas de son avis , sont des fous. Clarke étoit un sophiste présomptueux, un impie qui prétendoit connoître Dieu, et qui dans le fait n'y croyoit pas plus qu'un athée. Il ne semble pas qu'un écrivain qui traite ses adversaires avec ce ton grossier, mérite beaucoup de ménagemens et inspire beaucoup de confiance. Plus Bolingbroke occupoit un rang élevé dans la société, plus il devoit s'imposer de mesure. Puisqu'il ne respecte ni lui ni- le public , il n'a pas droit à réclamer des égards dont il s'affranchit. Cependant ses adversaires n'abusèrent point de l'exemple qu'il leur donnoit. Lcland , qui publia % en i7$3, des Réflexions sur les lettres., sur l'élude et l'usage de l'histoire j Leland y traite l'auteur avec modération , en. même temps qu'il lç réfute aveç vigueur. Depuis, cet

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savant controvcrsistc consacra un volume presque entier de sa Revue des déistes , à un examen plus approfondi de la doctrine de lord Bolingbrokc. Il passa en revue tout ce qui compose la collection de ses œuvres posthumes, fit ressortir les contradictions fréquentes où étoit tombé l'auteur, et résolut ses objections avec beaucoup de sagacité'. Robert Clayton défendit l'histoire de l'ancien et du nouveau Testament , contre les accusations et les difficultés accumulées par ce lord. Mais le plus iltustre de ses adversaires est le docteur Warburton , évêque de Gloucester , qui dirigea plusieurs de ses ouvrages contre la philosophie de Bolingbrokc.

— Le 2 décembre, M. de Bcaumont, archevêque do Paris, est exilé a Conflans. Le parlement étoit à peine sorti des vacances, qui avoient commencé aussitôt après renregistrcineut de la déclaration , qu'il se mit a poursuivre et à décréter les prêtres. Un refus de sacremens venoit de se faire à Paris. Trois ecclésiastiques sont aussitôt décrétés de prise de corps. M. de Beaumont, invité à faire administrer la malade, répond que cette affaire étant de tnême nature que celle arrivée en i^52, il persiste dans, la réponse qu'il fit alors, que les prêtres inculpés ont agi suivant leurs lumières et suivant ses ordres , et qu'il n'y peut rieu changer. Le parlement dénonce l'archevêque au roi, et le prélat est exilé à Conflans. Ses ennemis ne l'y laissèrent pas tranquille. Au mois de janvier suivant^ ils l'inquiétèrent de nouveau pour un refus de sacretnens, et se plaignirent à lui de la fuite des prêtres de plu si en us paroisses de Paris. Cétoit s'en prendre à un autre dos troubles qu'ils causoient eux-mêmes. Si phi sieurs ecclésiastiques se cachoient ou prencient la fuite, on sa voit assez qu'il falloit l'attribuer aux arrêts mêmes du parlement , et à la crainte de ses poursuites et de ses rigueurs ; ot il étoit assez étrange que les ennemis de l'archevêque lui fissent un crime d'un désordre auquel il ne tenoit qu'à eux de remédier. Ce prélat fit remarquer cette inconséquence, dans sa réponse, et rappela en même temps l'incompétence du parlement sur les matières spirituelles»

jfanée ï 7?>4*

'dite réponse fut encore dénoncée an roî, qui différa pourtant de se rendre aux désirs des délateurs. Mais ils revinrent si souvent à la charge, que le i février 1755, M. de Beau mont fut exilé à Lagny. Le mois suivant, nouvelle dénonciation. L'archevêque avoit convoqué ses cqrcs chez lui , et leur avoit tracé les règles qu'ils dévoient suivre dans l'administration des malades. Le parlement mande les curés, et veut savoir le sujet et le résultat de Jeurs conférences avec le prélat. 11 en instruit le roi , et excite de nouveau sa sévérité contre M. de Beaumont. Le prince , à cette fois , ne put entrer dans 1rs vues de ces ennemis acharnes, et choqué de leur raideur et de leur inquisition, il leur répondit qu'il désapprouvoit la Jbrme aussi inusitée qu' irrégulière qu'avoit prise le parlement pour se faire rendre compte des conversations de V arcjievêque avec ses cures ; que le parlement devoit se rappeler l'esprit de modération , de paix et de prudence qu'il lui avoit recommandé ; et qu'il songeât que pour peu qu'il s'en éloignât , il ne iuivoit pas les i/i- Sentions qui avolent dicté la déclaration du 1 septembre» Les magistrats n'eurent point d'égard à cette réponse et suivirent leur plan. Ils dénoncèrent au roi l'évoque d'Or- * léans, qui fut exilé, et tourmentèrent son chapitre par des procédures dont nous parlerons sous i^Sj. M. Poncet, éveque de Troj'es, fut condamné à une amende, ses meubles confisqués, son temporel saisi; et il fallut que le roi réprimât les excès des juges subalternes, qui, pour imiter le parlement, avoient rendu contre lui sentences sur sentences. M. de Brancas, archevêque d'Aix, fut exilé sur la dénonciation du parlement de Provence. Cette même cour n'épargna pas M. de Bclziincu, évêque de Marseille. On supprima un de ses écrits au sujet d'une feuille des Nouvelles t où il étoit calomnié; mais on ne toucha point au libelle qui l'avoit forcé de rompre le silence. Le parlement condamna h être lacérée et brûlée par la main du bourreau une lettre écrite au roi par l'archevêque d'Anch et ses sufTragans , dans laquelle ils #e jrtaiçnoient de la dcelaration 9 et sur-tout de la manière.

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dont les tribunaux l'executoient. Le parlement de Toulouse lit subir le me, ne sort à des Réflexions de M. do. Guenet, évêque de Saint-Pons, et poursuivit M. de Villeneuve, évêqtic de Montpellier, cassa ses ordonnances, et menaça de saisir sou temporel. Les évêques de Vannes et de Nantes ne furent pas mieux traites. Le . premier vit plusieurs de ses prêtres et même ses grandsvicaires décrétas, condamnes à des amendes et banuis. Lui-même eut son temporel saisi , ainsi que l'évêque de Nantes, dont on vendit deux fois les meubles. Les premiers pasteurs n'étant pas méuagés, les ministres infe^ rieurs avoient tout à craindre. On les poursuivoit avec acharnement. On les aceabloit de dénonciations et de décrets, on les traînoit devant les tribunaux, on leur disait subir des interrogatoires humilians , on vouloit qu'ils reconnussent la compétence et l'équité des arrêts rendus contr eux. La prison, les amendes, la perte de leurs places, la fuite, l'exil, le bannissement h perpétuité, étoient la récompense de leur zèle, et ils étoient contraints dall&r mener une vie errante dans des terres étrangères. La philosophie sourioit sans doute à ce spectacle. Elle aimoit à voir les magistrats poursuivre avec acharnement les ministres d'une religion qu'elle vouloit détruire, faire perdre aux évêipies le respect des peuples par des dénonciations injurieuses et des procédures flétrissantes, avilir la foi dans la personne de ses défenseurs, et préparer par ces vexations et ces rigueurs , la voieaux cruautés qui altcudoicnt les prêtres quarante an* plus tard*

Le 18 mars, nouvel arrêt du parlement de Paris contre la bulle Unigenittts. 11 étoit arrivé Tannée précédente à Orléans un événement qui avoit fait un grand éclat. Un chanoine de cette ville, appelant «t réappelunt , étant tDjgbç malade, le chapitre de la Cathédrale voulut, ava*t

(hî l'administrer, s'assurer de se3 dispos! lions. On lui députa trois de ses confrères, qui l'exhortèrent à réparer le scandale qu'il avoit donne', et a se soumettre à l'Église. 11 leur répondit en qualifiant la bulle iïœuvrc du diable. M. de Montmorency, son évoque, alla le voir, et ne recueillit que des injures pour prix de ses efforts. En, conséquence le chapitre prit une délibération , portant que les sacremens seroient refusés au sieur Cougniou; ainsi se nommoit le chanoine. C'étoit au mois de septembre 1754* peu de temps après la déclaration. La chambre des vacations du parlement de Paris s'empare de l'affaire, et envoie arrêts sur arrêts pour forcer à administrer. Sur ces entrefaites, Cougniou meurt; mais cet événement ne mit pas fin aux discussions, quoique le chapitre d'Orléans eût déjà été condamné à douze mille livres d'amende. Ou continua de mander des chanoines, d'en décréter d'autres. Ce fut à cette occasion que l'évêque d'Orléans fut dénoncé et exilé. Le 18 mars, il devoit y avoir un rapport sur cette affaire. Tous les ennemis de la bulle étoieut accourus -au palais pour être témoins de leur triomphe. Ils eurent lieu d'être contons. On prononça qu'il y avoit abus dans les délibérations du chapitre; et pour ne pas négliger une occasion de prendre du terrain et de s'escrimer contre line bulle, objet de tant de haine, il fut dit, ^n'attendu ies faits résultant de la cause , on recevoit incidemment le procureur-général appelant comme d'abus de l'exécution de la bulle Unigenitus, notamment en ce qu'aucuns ecclésiastiques prétendaient lui attribuer le caractère eu les effets de règle de foi. On déclara qif/7 y avoit abus , et il fut enjoint à tous ecclésiastiques , de quelque dignité qu'ils fussent , de se renfermer , h l'égard de la bulle y dans le silence général , respectif et absolu, prescrit par la déclaration du 2 septembre. Si un tel arrêt combla tout le parti de joie , il ne sembla aux gens sages qu'un éclat aussi étrange qu'inutile contre une loi de l'Eglise, confirmée par un assentiment de quarante années, et reconnue plusieurs fo»s pir Louis X.IV et par Lçujj-XV. Le prince, malgré le» idées nouvelles qu'on.

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lui avoît inspirées, témoigna son mécontentement de cette levée de bouclier. Il rendit , le \ avril , en son conseil r un arrêt qui cassoit et nnnulloit celui du parlement, ert ce que l'on y disoit qu'il y avoit abus dans Vearécution de la bulle y et en ce que , sou a le prétexte de faire çbsen>er la déclaration , le parlement en avoit étendit et interprété les dispositions contre les vues et intention* du roi. Ce prononcé du roi excita les plaintes des magistrats. Ils auroieut voulu qu'il fût entré aveuglément dan* tous leurs préjugés. Mais comme ils n'étoient disposés à suivre la volonté du souverain que lorsqu'elle éloit d'accord avec la leur, ils continuèrent d'aller en avant sans s'embarrasser des obstacles, et de mettre de plus en plufr le désordre dans l'Église. Le 7 mai , ils enjoignirent à la àSorbonne d'être plus attentive à empêcher qu'il ne fût soutenu aucune thèse contraire aux maximes du royaume et an silence prescrit. La Sorbonne ayant refusé d'enregistrer cet arrêt, on manda les principaux membres, auxquels le premier président fit une réprimande, et on coucha l'arrêt sur leurs registres, en leur défendant dfc s assembler jusqu'à nouvel oidre. Ainsi, par une inconséquence remarquable, ces magistrats qui s'étoient plainfr avec tant de chaleur des enregistremens forcés et des défenses de délibérer sur tel objet et de s'assembler, et qui avoient peint ces mesures comme des actes arbitraires et despotiques, prenoientecs mêmes mesures conlre un corps qui, sur ces matières, ne pouvoit dépendre d'eux.

— Le mai, ouverture de l'assemblée du cierge* à Paris. On s'attenJoit qu'elle réclatneroit contre tant de vexations, et il y avoit eu déjà dans les assemblées des métropoles, des plaintes vives sur la déclaration et sur la conduite des tribunaux. Les réfracta ires auroieut voulu que la cour eût défendu aux évêques de s'occuper de ces matières , et un de leurs écrivains (1) regrette vivement qu'on n'eût pas pris ce parti. Ainsi , par un renversement

(») lettre» sur le p&hé imoginatrz.

Année ^SA 173

4] ordre bien étrange, oq eût vu en m&ne temps et les parleineus décider souverainement sur des objets purement spirituels, et la connoissauce de ces mêmes objets interdite aux c vêques , seuls corapéteus pour en connoître. Heureusement le désir des ennemis de l'Église ne fut pjs satisfait. L'assemblée du clergé commença h montrer les sentimens qui lan'unoient , en arrêtant de demander au roi le retour de M. de Beaumont , toujours exilé à Conflans. Elle députa aussi au prince, en faveur cïcs évêques de Montpellier et d'Orléans, dont les tribunaux «.assoient les ordonnances et troubloient les diocèses. Le 2C) juillet, l'archevêque d'Arles fit un rapport sur la situation de l'église de France et sur les entreprises des parlement. Un nouvel éclat attira bientôt toute l'attention de l'assemblée. Le 29 août , le parlement de Paris rendit, sur l'a flaire de Cougniou (1), un arrêt, dont toutes les dispositions étoient autant d'abus d'autorité. Le chapitre d'Orléans et plusieurs chanoines étoient condamnés à des amendes. Trois autres chanoines étoient bannis à perpétuité. Enfin le chapitre devoit fonder un service, et faire les frais d'un monument en l'honneur" de Cougniou. L'assemblée fit demander au roi la permission d'aller en corps se jeter à ses pieds. Mais le prince ne voulut recevoir qu'une députation ordinaire, qui lui présenta , le 8 septembre , un mémoire rédigé par M* de Monjazct, évêque d'Autun, et ou l'on s'élevoit avec^ force contre un arrêt qui portoit le sceau de la passion. Cette réclamation n'eut pas l'effet qu'on étoit en droit d'en attendre, et le marbre décerné à Cougniou fut depuis élevé dans une des églises d'Orléans. Le 5 octobre, l'assemblée présenta ses remontrances. Elle y réfutoit le* calomnies insérées dans diûérens actes des parlemcns, montroit les écarts de ces cours et leur incompétence* dans' les matières spirituelles , et supplioit le roi d'interpréter la déclaration de 1 754 » conformément à celle dq.

(i) Voyez l'article précédent^

1^4 Jnnêe 17^

1^30 ; de casser les arrêts contre la bulle ; de rendre aux éveques la liberté essentielle à leur ministère, et aux écoles de théologie la plénitude- d'enseignement qu'on n'eût pas dû leur ravir; de défendre aux juges séculiers toute injonction en matière de sacremens ; d'ordonner que les ordonnances des éveques seraient exécutées provisoirement nonobstant l'appel comme d'abus, et enfin d'au nu lier les arrêts et sentences rendus incompéteinment contre les ecclésiastiques dans les derniers troubles. Nous regrettons de ne pouvoir faire connoître ptus en détail ces remontrances, 011 la cause du clergé étoit plaidée avec une modération dont ses ennemis ne lui avoient pas donné tcxcmplc. L'attention de l'assemblée se tourna ensuite vers les cflbrts de l'irréligion, et vers cette nuée de mauvais livres destinés a la propager. Ce fut la matière d'un mémoire particulier, qu'elle présenta au roi. « Sire, lui disoit-ellc, il étoit de notre devoir de représenter h votre inijesté les entreprises faites sur l'autorité de l'Église. Mais ce ne sont pas les seules plaies de la religion. Des besoins encore plus pressans nous ramènent au pied du trône. Cette épaisse fumée , dont il est parlé dans les Livres saints, qui s'e'lève du puits de V abîme et obscurcit tair et le soleil , semble s'être répandue sur la face de votre royaume. La licence de penser et d'écrire est poriée aux derniers excès. De coupables auteurs ne respectent ni la pureté des mreurs , ni les droits inviolables de la puissance souveraine, ni les plus saintes vérités delà religion. Une morale , dont on auroit rougi dans les ténèbres du paganisme, rmveise les bornes du vice et de la vertu, érige en système philosophique la recherche dea plaisirs et l'amour Je la volupté. Ces prétendus philosophes, qui se font une gloire de mépriser les idées commîmes et de fouler aux pieds les bienséances, ne craignent pas même de souiller leur slyîe des expressions et des. images les plus indécentes. On raisonne avec une hardiesse sans exemple dans la monarchie française , sur l'origine et Ye\t u \cv de la souveraineté. On oublie cette doctrine salutaire qui reconftoît dan* h rovàuti latt-

Jimeê 175& i*j!ï

freinte ineffaçable de la majesté divine. On s'égare en dé raines spéculations pour découvrir un contrat primitif entre les peuples qui obéissent et les princes qui commandent, et l'usage de ce contrat chimérique est d aflbiblir les liens qui doivent les unir. Tel est le progrès inévitable de l'esprit de révolte et d'indépendance, fl commence par secouer le joug d'une autorité qui règne sur les consciences. Mais dès que ce premier pas est franchi , il n'est plus de tarières qui puissent l'arrêter. Les hommes, degoûles de la soumission, attirés pu* t'amorce flatteuse de la liberté, s'accoutument à regarder toute puissance qui les gouverne, ou comme un dépôt qu'ils peuvent reprendre, ou comme une usurpation contre laquelle ils ont droit de réclamer. Des hauteurs superbes s'éfcvent de toutes paris contre la science de Dieu. Les mj'stères qu'd â révélés, les lois qu'il a prescrites, ses promesses, ses menaces, fout est contesté, tout est en proie h la maligne et téméraire critique de nos esprits forts. Ils rejettent comme incroyables des dogmes qui surpassent leur foi Lié raison. Ils s'incriveut en faux contre les faits les mieux attestés, et contre les monumens les plus authentiques. Ils étendent même leur pyrrhonisme insensé jusqu'à des vérités connues par les lumières de la raison. Ils dépouillent la divinité de sa providence , de sa justice cl de sa bonté. Ils confondent l'homme avec la brute; et pour se ■délivrer des remords importuns, ils affectent de borner leurs craintes , leurs espérances, tout leur être même, u eette vie fragile et périssable. Les écrits qui contiennent "ces pernicieuses maximes , se reproduisent sans cesse sous nos yeux. Nous avons eu même la douleur de voir quelques-unes de ces maximes dans des livres imprimés sous le sceau de l'autorité publique. D'autres ouvrages, quoique d'une impression furtive et clandestine, ne se débitent pas avec moins de facilité. Des écrivains mercenaires font, aux dépens des mœurs , de l'état et dte Ja religion , un trafic honteux du plus noble de tous les talens. Des imprimeurs , aussi avides et aussi criminels, prêtent à ces écrivains le secours de leur art. Le poison ,

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préparé par les uns , est multiplié par le» nu très , et J*&

mains vénales qui le distribuent assurent le cours de la contagion. Des maux si funestes peuventils être compensés, dans un royaume chrétien, par l'intérêt du commerce ? Favorisera-t-on la séduction des ames innocentes»' l'extinction. de la Foi, l'introduction des principes les plus séditieux , pour empêcher le transport des espèces nationales dans les terres étrangères? C'est au contraire aux livivs nui s'y impriment , et dont on a lieu de craindre les effets, qu'U laut fermer avec soin l'entrée de ce royaume. » L'assemblée fiuissoit par demander au roi des règlement sévères sur cet objet , et par le prier d'y donner son attention et ses soins. Elle s'occupa aussi des maux de l'Église. Une commission de ses membres avoit été chargée de faire un travail sur l'autorité de la bulle Unigenàus, sur les refus de sacremens, et sur les droits de la puissance ecclésiastique. Elle avoit présenté le résultat de Son travail , qui consistoit en dix articles , dans lesquels elle avoit renfermé ce qu'elle avoit jugé de plus convenable-sur ces matières. Il y eut une partie de l'assemblée. h qui ces propositions ne parurent pas assez précises . et qui dressa huit autres arlicles. Des deux cotés on reeonnoissoit que la constitution Unigenitus est un jugement dogmatique et iri'éformablc de l'Église universelle, auquel tout fidèle doit une soumission sincère d'esprit et de coeur ; qu'il J avoit des cas où l'on pou voit refuser même publiquement les sacremens aux réfractaires ; que dans le doute on devoit consulter levêque; que la puissance ecclésiastique avoit seule le droit de déterminer les dispositions nécessaires pour participer aux sacremens, et de juger ceux à qui ils dévoient être accordés ou refusés ; et enfin que cétoit pécher que de recourir aux tribunaux séculiers, au mépris de l'autorité de l'Église, pour obtenir les sacremens, et de les accorder, au gré de ces tribunaux, à ceux qui en avoient été jugés indignes par leurs pasteurs. Mais quoique de part et d'autre on convînt de ces principes, on se divisoit ensuite sur leur application , leur étendue eu leurs conséquences. On peut voir dans les article»

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dressés , en quoi consistait cette disparité, qui occasionna beaucoup de conférences pour tâcher de réunir les prélats au même avis. Mais chacun persista dans son opinion. Les dix articles furent souscrits par dix-sept évêques et vingt-deux députés du second ordre. A leur tête «froit le cardinal de la Rochefoucault , devenu ministre de la feuille, depuis la mort de M. Boyer, ce qui fît donner à ses a/dhérens le nom de Jeuillans. Comme leurs articles paroissoient conçus quelquefois d'une manière équivoque, et qu'ils étoient réglés de concert avec la cbur, on les accusa d'avoir cherché des tempéra mens qui sécartoient des principes, et d'avoir plus songé à contenter le gouvernement, qu'à remplir les devoirs de leur Nous n'adoptons point ces imputations. Plude ce§ prélats jouissoient d'une estime méritée , et Ja conduite qu'ils tinrent en cette occasion , ne prouverait que le désir qu'ils avoient de terminer les troubles* Cependant nous nous garderons bien de blâmer ceux qui ne crurent pas devoir adopter les dix articles, et qui s'expliquèrent avec plus dé force sur le péché des ré f raclai res, sur la légitimité des refus, et sur l'injustice du recours aux juges séculiers. Les huit articles de ces derniers furent souscrits par seize évêques et dix députés f i)» Au surplus on convint de part et d'autre d'envoyer le» articles au Pape, et de s'en rapporter à sa décision. On arrêta aussi de nouvelles représentations au roi sur sa déclaration , sur les arrêts des parlemens, et sur l'exil et le bannissement de tant d'ecclésiastiques. Mais on n'obtint que des réponses évasives. Le 4 novembre, rassemblée se sépara après avoir écrit aux autres évêques une circulaire ou elle leur rendoit compte de ce qu'elle avoit dit relativement aux affaires de la religion. Cette circulaire fut (Jepuis dénoncée au parlement par le conseiller Chauvelin. U trouva même mauvais que les évê-%

(0 Neuf évêques , qui iKtojent pas lîe rassemblée , *«x huit articles.

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