TOME SECOSO* JX
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quesse fussent plaints de la circulation des mauvais li—' yres , et eussent prié le roi de prendre des mesures pour çn arrêter le cours. On se montra aussi très-choqué au parlement , que les évêques eussent écrit au Pape pour le consulter. C'étoit compromettre , disoit-on , la tranquillité' de I état ; comme s'il n'étoit pas naturel que des évêques s'adressassent au saint Siège datis une cause qui rintéressoit ainsi qu'eux, et comme s'il n'avoit pas été d'usage dans tous les temps , et dès les premiers siècles du christianisme, de recourir, dans les questions importantes, aux lumières et à l'autorité de celui qui est chargé de veiller sur toutes les églises. Le parlement fît au roi sur ces objets des représentations , auxquelles on n'eut point d'égard. Le prince fit partir la lettre des évêques pour le Pape, et l'accompagna d'une autre que lui-même écrivoit à Benoît XIV. On verra l'année suivante reflet de ces démarches.
Le 9 avril , arrêt du parlement de Paris contre quelques ouvrages. Le i3 décembre de l'année précédente* l'abbé Chauvelin avoit dénoncé à sa compagnie trois livres qu'il avoit jugés apparemment les plus dangereux. Après quelques traits contre les évêques, il en vint aux ouvrages qu'il vouloit déférer. 11 ne pou voit qu'être embarrassé du clioiv. Les années précédentes avaient été signalées par la publication d'une foule d'ouvrages irréligieux. On avoit mis au jour le Pyrrkonisme du sage, {Interprétation de la nature , le Telliamed , la Philosophie du bon sens y le Code de la nature, les OEuvres de La Mettrie, X Analyse de Bayle , et bien d'autres encore. Mais le conseiller dénonciateur ne s'arrêta que sur ce dernier ouvrage , quoique les autres ne fussent pas moins dangereux. Il seroit assez difficile d'assigner une raison valable de cette préfér. ne» : seulement on crut en deviner le motif. L' Analyse de Bayle étoit de l'abbé de Marsy, et L'abbé
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ie Marsy avoît été Jésuite. Il est vrai qu'il 11e letoit plus, et qu'il avoit été même , dit-on , renvoyé de la Société. Mais enfin ii sembla au conseiller que la honte, de l'ouvrage retomboit en quelque sorte sur le corps auquel avoit appartenu l'auteur. Au fond , l'Analyse de Bayle ne mérttoit que trop la proscription. C'étoit un projet aussi imprudent que bizarre d'ânalyser les impiétés et les indécences d'un écrivain qui avoit également blessé la religion, et les mœurs , et ce projet étoit doublement blâmable dans un ecclésiastique. On ne pouvoit donc qu'applaudir a la proscription d'un pareil ouvrage. Les deux autres livres déférés par le conseiller étoient X Histoire du peuple de Dieu et La Christiade. Ce dernier écrit étoit un poème emphatique et ridicule sur la vie de Jésus-Christ. L'auteur ( l'abbé De La Baume ) avoit fait de la vie du Fils de Dieu une histoire habillée à la manière des romans. Des fictions puériles et indécentes, des fables absurdes, des discours bizarres , des actions mêmes ridicules , tel étoit ce poème en prose. Ce livre sans goût , sans choix , sans intérêt, étoit mort en naissant; il étoit absurde et ennuyeux , et il n'avoit eu aucune espèce de débit. Étoit- i! bien nécessaire de le tirer de l'oubli où il étoit déjà tombé? Le troisième ouvrage déféré fut X Histoire du peuple de Dieu , du père Berruycr. L abbé Chauvelin s'arrêta particulièrement sur ce dernier, contre lequel il chercha à provoquer la- sévérité du parlement. D'après son avis, les trois écrits furent remis aux gens du roi , pour être examinés. Il se passa quelque temps avant qu'ils fissent leur rapport. Ce ne fut que le 9 avril 1766 que l'avocatgc'oéral Joly de Fleury , prononça son réquisitoire- sur cet objet. Il s'étendit avec quelques détails sur les vices des trois ouvrages. Il parla d'abord de X Analyse de Bayle, qui avoit été déjà justement appréciée en quelques écrits. Dès le commencement de 1755, et par conséquent avant la dénonciation , le Journal de Trévoux s'étoit récrie contre un projet qui mettoit les impiétés de Bayle à la portée de ton* les lecteurs, et qui les tiroit de son gros Dictionnaire pour les répandre 4an* un livre d'un formai
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recherches ni d'études poor découvrir le poison. Ils étaient revenus plusieurs fois sur l'ouvrage, et en avoient relevé les vices et les dangers. L'avocat- général s'exprima à cet
parler des défauts de Bay le lui-même : « Bay le, dit-il , trop connu par sa liberté de penser , se déclara , dans le
piétés, il répand comme furtivement ses erreurs dans les articles des manichéens , des pauliciens , des marcionites, des pyrrhoniens , etc. Les demi- sa vans, croyant y trouver des preuves invincibles contre la religion , méprisent ces hommes dociles et prudens qui font un usage légitime de leur ruison, et qui pensent avec justice, qu'une raison droite conduit à la foi, et qu'une foi pure perfectionne la raison. Représentez-vous un écrivain qui commence par déplorer la condition d'un historien qui veut écrire avec sincérité; l'histoire, selon lui, ne pouvant être qu'une 5(i tire : faux principe qu'il a intérêt d'avancer, dont il veut faire adopter les conséquences pour s'exprimer libre* ment selon ses vues particulières, et faire recevoir mille récits et mille faits scandaleux. S'il traite les vérités catholiques, il discute, il examine |ç pour et le contre en pyrrhooien; il suppose des objections poussées si loin, "a tant de reprises et avec une ardeur si marquée, qu'il répand dans l'esprit des obscurités capable* d'ébranler la foi. Ses réponses ménagées ne portent pas ce degré d'évidence et de force qu'il pou voit et devoitleur donner» S'il attaque les vérités capitales en tout genre , c'est par >cs erreurs que l'ignorance y a mêlées. Il feint qu'on le*
A mal dlfooclae*; H défigure les auteurs qu'il cite, il en déguise le seul ou leur ea prête un que jamais ils n'ont «u. Sophitmes , paradoxes, maximes liceucieuses , noires satires , la vérité couverte du voile le plus épais , l'erreur et l'incrédulité masquées , doutes semés , nuages élevés pour embarrasser la religion dans des probabilités contradictoires, anecdotes odieuses, réflexions ironiques, collections suspectes de tons les systèmes philosophiques, recueil de toutes les obscénités et de toutes les railleries formées dans tous les temps contre la religion et les mœurs ; voilà l'ébauche du Dictionnaire de Bayle. 11 xnéritoit sans doute de rentrer dans les ténèbres d'où il avoit fait sortir ta ut d'autres écrivains. Bayle avoit renfermé tant d'erreurs dans des volumes unincnsfs ; il les avoit répandues de tons côtés dans les différens articles qui les composent. L acquisition de ses œuvres étoit difficile , la lecture trop longue, l'usage peu commun. Les textes dont il abuse pour autoriser l'incrédulité étoient placés comme au hasard et sans ordre. La difficulté de les suivre , de les lier ensemble , pou voit être un obstacle aux progrès trop rapides de l'impiété. Un rédacteur pervers^ ennemi sans doute de tout bien , prête honteuse*» ment sa plume à l'iniquité. Il présente aujourd'hui tout «e venin comme dans line coupe. Il rapproche les textes sous des titres analogues. Il rassemble toutes les obscénités, ks histoires scandaleuses, les invectives «t les blasphèmes de fauteur. Ce qui n'étoit presque accessible à personne , devient h la portée de tout le monde. Quel scandale une semblable analyse n'offre-t-elle pas aux mœurs et a la religion ? » Après ces sages réflexions , le magistrat parloit ensuite de Y Histoire du peuple de Dieu y des deux parties de cet onvrage , et de ses défenses. Comme nous avons déjà remarqué les défauts du livre du P. Berruyer, nous ne suivrons point l'avocat-général dans le compte qu'il en rend , et où l'on pou voit s'attendre que le Jésuite «eroit peut-être jugé avec sévérité . Il traite cependant ce sujet avec quelque modération. Enfin , venant à La ehrtitedc, il se plaint vivement des fictions et des ûv-
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cidens fabuleux de cet ouvrage. * L'auteur, dît-il; se" livrant à toute la fougue de son imagination , travestit l'Évangile, prête à la divinité le langage que les poctes mettent dans la bouche de leurs dieux , insère dans le récit des actions de Jésus-Christ des épisodes indécentes, et copiées d'après celles des héros de Virgile. Écrivain luirdi et téméraire, loin de mesurer ses expressions sur le respect dû au sujet qu'il traite, il en admet qui ne sont propres qua scandaliser la foi et les mœurs des chrétiens. » Il reproche à l'auteur de donner au Fils de Dieu des troubles involontaires, désaffections humaines et wi-me des passions. Il lui reproche aussi d'insinuer l'iniaillihilité du Pape, Enfin , il dit que , dans cet ouvrage , la fictioa la plus indécente paroissoit répandre un ridicule sur tous les mjstères et toutes les vérités de la religion , favoriser le mépris injuste qu'ont tous les libertins, autoriser l'incrédulité et induire les simples en erreur. Sur ce léquisitoire, intervint l'arrêt qui condamnoit à- être lacérés et brûlés , par la main du bourreau , ï Analyse rai sonnée de Bayle , La Christiade ou le Paradis reconduis , et ï Histoire du peuple de Dieu , seconde partie ; supprimait la première , avec trois brochures faites pour sa défense , et ordonnoit que Berruyer seroit mandé pour être entendu en sa déclaration. L'arrêt fut exécuté le lendemain pour les trois premiers ouvrages. L Analyse de Bayle fut depuis condamnée par l'assemblée du clergé de i 760. Le 12 janvier 17^4» l'évêque d*Auxerre , deCaylus, avoit défendu de lire ou de retenir le livre de Berruyer et J*a Christiade , dont il dépeignoit vivement les défauts. M. de IVlontillet , archevêque d'Àuch , défendit aussi la seconde partie de ï Histoire du peuple de Dieu , par son Mandement du 12 février 1754. L'abbé de Marsy, fauteur de ï Analyse, fut envoyé pour quelque temps à la Bastille. Son ouvrage a été continué depuis par Robinet. Quant au P. Berruyer, comme il étoit alors malade, un conseiller se transporta chez les Jésuites, le 12 avril, et reeut sa déclaration. Le Jésuite assura qu'il étoit bien
cbigné de Youiou" çbrauler U fidélité et la fiouuutfiou duç
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mit souverains ; qu'il détestoit les fureurs de la ligue; qu'il se feroit ton jours gloire de montrer son attachement tau roi; qu'il étoil fâche d'apprendre qu'on élevât des soupçons sur sa soumission aux maximes du royaume en ce qui regarde l'autorité de l'Église; que si, contre son intention, on pouvoit induire des expressions répandues dans son livre quelques conséquences qui y fussent contraires, il les désavouoit formellement; enfin, que si# contre son intention, son ouvrage avoit paru défigurer la majesté de l'Écriture et s'éloigner des senti meus les plus communs , son c rreur ne pouvoit venir que de la foi blesse humaine, n'ayant jamais été occupé qu'à inspirer le goût de la piété et des Livres saints.
— Le 19 septembre, Mandement de M. de Beaumont , archevêque de Paris. Ce prélat étoit toujours en butte aux traits des magistrats, qui poursuivoient ses prêtres et les bannissoient , ou les obligeaient de se tenir cachés. Dernièrement ils l'avoient sommé de faire procéder à une élection de supérieure dans un couvent de religieuses, auxquelles il fa voit refusé pour prix de leur désobéissance , et ils avoient fini par présider eux- mêmes h cette élection , qui ne devoit se faire que par l'autorité de l'ordinaire. Les religieuses réfractai res, secondées par le parlement , se moquèrent des ordonnances et des censures de leur archevêque. On leur avoit appris que la crainte d'une excommunication injuste ne doit pas nous ernpécher de faire notre devoir. M. de Beaumont crut qu'il étoit temps enfin qu'il élevât la voix pour venger les droits de l'Eglise , si persévéramment combattus. Ne seroit-il donc pas enfin permis h ceux qu'on abreuvoit de tant d'outrages, de défendre leur cause, et de rejeter la honte de ces divisions sur ceux qui en étoient les véritables auteurs? C'est ce que fit le prélat par un Mandement et Instruction pastorale qu'il publia en chaire» à Conflans, le 19 septembre. Il y t rai toit de l'autorité de l'Église, de l'enseignement de la foi, de l'administration des sacremens, de la soumission à la bulle, et défendait de lire quelques écrits. Il étabiisaoir les droitsk
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des premiers pasteurs , prou voit leur indépendance , tarit pour l'enseignement de la Coi que pour l'administration des sacremens, et fondoit ces principes sur l'Écriture même, sur le langage uniforme de la tradition, et sur les ordonnances des souverains. 11 mont roi t que l'opinion contraire est récente > dictée par les besoins du parti, et rejetée par les plus fameux appclans, par Quesnel, par Colbert , par Van Espen même t dans ses premiers ouvrages. Il répondoit aux objections usées des novateurs. Il disoit avec Bossuet, à ceux qui vanteroient U piété' des appelans : Jls ne parlent que de bien vivre, comme si bien croire nen étoit pas le fondement, 11 relu toit ces ridicules accusations de schisme que formoient contre leurs pasteurs des brebis égarées, et rappcloit que ces accusations étoient aussi dans la bouche des ariens et des autres sectaires. 11 confondoit cette vaine distinction , récemment imagiuée par les tribunaux , entre l'administration intérieure et extérieure des sacrera ens , pour déguiser le vice de leurs usurpations : comme si l'administration d'un signe sensible pou voit être autre qu'extérieure* 11 térooignoit combien il ai moi t la paix, maïs une pais solide et véritable , lui qui vouloit la procurer à ses diocésains , là seulement où elle peut se trouver ; et combien la désiroient peu, au contraire, ceux qui, en ayant toujours le nom sur les lèvres , l'cmpêchoient par lent indocilité et leurs excès. 11 finissoit par défendre de lire les écrits tendant h envahir l'autorité de l'Église , et spécialement neuf arrêts ou extraits des registres du parle* ment, et par défendre aussi d'administrer , faire administrer ou recevoir les sacrement en vertu de sentences de juges séculiers. Le parlement étant en vacance lorsque le prélat lut lui-même son Instruction à Conflans, U chambre des vacations fit défense de la publier et de l'imprimer. Le Châtetet la fit brûler ensuite, le 4 novembre, et l'on vit des laïques livrer à la main du bourreau , et faire jeter aux flammes dans le lieu destiné au supplice des malfaiteurs, une Instruction où leur archevêque, uni de sentimens avec toute l'Église, avertissolv
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cbd peuple de ce qu'il devoit croire. M. de Beau mont fit sentir, dans un court Mandement, du n novembre, tout ce que ce procédé avoit d'inique. La Sorbonne avoit paru vouloir adhérer à son Instruction. Mais l'archevêque engagea lui-même les docteurs à s'abstenir d une démarché qu'il ne crOyoit pas nécessaire , et qui eût attiré sur eu* la vengeance de juges passionnés. Plusieurs évéques ne furent pas retenus par cette considération. Seize d entrVus adhérèrent à l'Instruction de M. de Beau mo ut , les uns par une lettre commune, qui ne fut point rendue publique, les autres par des Mandemens qu'ils firent imprimer ou qu'ils publièrent comme lui : ce qui attira un exil à ceux qui navoient pas encore éprouvé cette disgrâce. La cour étoit particulièrement mécontente de l'évoque d'Orléans, qui, n'ayant pu empêcher l'érection du monument scandaleux décerné à Cougniou , interdit l'église où il étoit placé , et ordonna au curé d'aller faire l'office dans une autre. Celui-ci obéit d'abord , et revint ensuite dans l'église interdite. M. de Montmorency lui enjoignit, sous peine d'excommunication , d'exécuter l'interdit et de comparaître devant lui. Le euré n'en tint aucnn compte, et continua sa désobéissance ouverte jusqu'au 28 novembre , qu'il fut exilé à Angers. Mais ce qui dut consoler ses partisans, c'est que son évéque le fut en même temps.
— Le 16 octobre , Benoît XIV donne le bref Ex o/wnibus , adressé aux membres de la dernière assemblé** du clergé. U paraît que s'il avoit différé à leur répondre,, c'est qu'il vouloit auparavant engager le roi à protéger l'Église, et à réprimer les envahissemens des tribunaux* Le souverain Pontife, après avoir témoigné la peine qu'il avoit ressentie des troubles de la France, rendoit hommage à la fermeté des évêques, qui, d'accord, disoit-il, sur les vrais principes , navoient été partagés que sur le choix des moyens à prendre pour les réduire en pratique* Venant ensuite au sujet de la lettre, il disoit que la constitution Unigenitus est d'une si grande autorité dans F Eglise , et qu'elle exige tant de respect et d'obéissance, qu'aucun fidèle ne peut se soustraire à Us
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soumission qui lui est due , ni lui être oppose en aucune? manière qu'au péril de son salut éternel. D'où il suit , ajoutoit-il, quon doit refuser le viatique aux réfraet aires t par la rî'gle générale qui défend d'admettre un. pécheur public et notoire à la sainte Eucharistie. H marquoit ensuite ceux qui dévoient être regardés comme pécheurs publics et jiotoires. Il avertissoit que la notoriété requise ne se trouvoit pas, quand le crime imputé n'étoit appuyé que sur des conjectures , d^s présomptions et des ouï-dire. Il traçoit sur ce sujet des règles que l'on ti ou vera dans le texte même du bref (1). 11 finissoit par prévenir que, pour ce qui concernoit les droits de lepiscopat sur l'administration des sacremens . il avoit cru plus expédient de s'adresser au roi pour l'engager h protéger les droits des évéques avec courage et magnanimité. Telle est la substance de ce bref, dont la modération ne satisfit cependant pas les gens exagérés. La manière dont Benoît XIV y parloit de la bulle, le respect et la soumission qu'il vouloit qu'on eût pour elle , le terme de réfractaires dont il se servoit, les refus de sacremens, qu'il presenvoit dans certains cas ; tout cela déplut aux ennemis de cette même constitution, et ils s'en expliquèrent hardiment dans plusieurs libelles. Le 14 novembre, te roi envoya le bref aux évéques, avec une circulaire 011 il leur recoovin an doit de n'en pas faire usage avant qu'il l'eût revêtu de lettres patentes. 11 songeoit dès-lors à prendre d'autres mesures, et à faire cesser les divisions par un règlement moins défavorable à l'Église et moins rigoureux pour ses ministres.
— Le 10 décembre, nouvelle déclaration da roi sur les affiûres de l'Église. Ce prince s'étoit toujours prêté avec répugnance aux mesures qu'on lui avoit fait prendre contre les évéques , et la vue de tant de troubles lui apprenoit assez qu'on ne lui avoit pas donné les conseils les plus salutaires. Les sollicitations du Pape , les plaintes du
(1) Bullaire de JUenoit XIV, année 17Ô*
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cierge» les instances mêmes de quelques personnes augustes, unies au roi par les liens les plusxhers, le déterminèrent à prendre d'autres arrangemens. La roideuo intraitable des magistrats, l'excès de leur zèle, la passion qui éclatoit dans toutes leurs démarches, ne pou voient que le confirmer dans ces dispositions. Us venoient récemment de supprimer le bref que le roi avoit fait passer aux évoques. Dans l'espace de peu de jours , ils députèrent sept ou huit fois au roi pour se plaindre de l'exil d'un curé, eux qui en bannissoient tant d'autres; pour détourner la déclaration qu'ils craignoient ; pour lui dénoncer les evêques, et sur- tout l'archevêque de Paris; pour lui dire enfin que les excès des évéques étoient portés à un degré si effrayant , qu'il n'y auoit que l'exercice le plus absolu de l'autorité royale qui pût prévenir les maux funestes , les dissentions civiles et les orages dont la France étoit menacée. Et qui étoient donc ceux qui tenoient ce langage amer? C'étoient ceux mêmes qui, depuis plus de trente ans, luttoient contre l'autorité, en faveur d'un parti rebelle à l'Église, maiutenoient oe que le prince avoit cassé, eassoient ce qu'il avoit maintenu , et , comptant pour heu la volonté du législateur, y substituoient malgré lui leurs caprices et leurs préventions. C'étoient ceux mêmes qui , tout récemment encore , avoient montré l'opposition la plus tenace à uue loi favorable au grand-conseil , s'étoient ligués à cet effet avec tous les autres parleraens de provinces, qu'ils avoient caresses , et avoient cherché à accroître leur autorité , en déclarant que tous ensemble ne for moient qu'un parlement unique, réparti en différentes classes , ou bien eu parlant si souvent d'un contrat primitif entre le prince et ses sujets. C étoit bien cette union, ce concert, cette haine contre le clergé , ces prétentions ambitieuses , ces usurpations continuelles, cette ligue contre l'autorité, qui préparaient à la France des dissentions et des orages. Les plaintes réitérées des magistrats n'arrêtèrent point le roi. Il donna, le 10 décembre, une déclarai «on où il parât qu on avoit tâché de tenir un milieu qu'on croyoit
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propre à ramener la paix. Le prince y ordonnent le respect et la soumissiou pour la bulle Umgenitus , sans qu'on pût cependant lui attribuer le nom , le caractère ou les effets de règle de foi. \\ déclarait que le silence prescrit par les déclarations précédentes ne devoit point préjudîcier au droit qu'ont les éveques d'enseigner leurs peuples, et leur recommandoit toutefois de ne point troubler la paix. 11 défendoit aux juges séculiers d'ordonner en aucune manière que les §ac remens fussent administrés. Il décidoit que les prêtres ne pourraient être poursuivis pour refus de sacremens faits à ceux contre qui il y aurait des jngeroens ou censures, ou qui auraient fe.t connoître d'eux-mêmes leur désobéissance; mais il défendoit les interrogations indiscrètes. Enfin , il vouloifc que tout ce qui s'étoit passé à l'occasion des derniers troubles, fût regardé comme non avenu , que toutes procédures et sentences à cet égard demeurassent sans effet , et que ceux contre qui elles auraient été faites, rentrassent aussitôt en leur état et fonctions. TeJfe étoit cette déclaration , où l'on voit qu'on avoit cherché des tempéraraens qui choquassent le moins possible les préjugés de la magistrature. Comme on craignoit cependant quelquesobstacles de la part des plus exaltés, le rai alla, le i3 décembre , tenir son lit de justice au parlement. 11 f portoit en même temps deux autres lois qui ne mécontentèrent pas moins cette compagnie. L'une suppriment deux chambres des requêtes. La seconde régloit la discipline des chambres , et eût empêché les magistrats de se réunir aussi aisément , d'interrompre à tout moment le cours de la justice, et de s'immiscer dans le gouvernement de l'état et de l'Église. De telles mesures parurent aux intéressés le bouleversement de Fétat. Ils se réunirent pour donner tous h la fois leurs démissions. Ils avoient éprouvé que ce moyen leur avoit réussi. Ils espérèrent par là forcer encore la cour à céder. Il n'y eut que la majorité de la grand'chambre qui ne suivit point ect exemple , et qui resta en place.
Le 5 janvier, Louis XV est assassiné*. La blessure n'avott été' que légère, et le roi guérit en peu de temps. L'auteur de cet attentat fut un homme de la lie du peuple , nommé Damiens. Né en Artois, en 17 15, il servit à Paris dans différentes maisons. II paraît, d'après son interrogatoire , qu'il avoit été domestique ches les Jésuites vingt ans auparavant ; circonstance que leurs ennemis firent valoir. Il avoit servi chez eux à deux différentes fois. H en fut chassé, la première , pour n'avoir pas voulu se soumettre à une punition , et la seconde probablement à cause de son mariage. 11 fit ensuite différentes conditions, et servit entr'autres successivement ches quatre conseillers au parlement. Il étoit chez un d eux dans le temps de la plus grande effervescence des affaires du parlement, et montrait en toute occasion beaucoup de chaleur pour les magistrats. Il étoit fort' assidu dans la grand'salle,qui étoit alors, comme on sait, un point de réunion pour un parti nombreux. On y venoit applaudir au parlement , encourager ses démarches. Dans ces* rassemblement tumultueux , on ménngeoit fort peu l'archevêque , et la licence des discours s'étendoit jusque sup le roi. Ce furent, on n'en saurait douter, les propos - violens qui retentissoient en ce lieu , qui agitèrent l'ima* gination bouillante de Damiens. On le voit par ses interrogatoires , dont nous allons rapporter quelques extraits. D'abord le jour de l'assassinat , après avoir été arrêté par les gardes, et introduit dans une salle où on le tenailla pour lui arracher le nom de ses complices, il dit que si on avoit fait couper la tête a trois ou quatre eV- . eues y cela ne seroit point arrive' (1) ; propos confirmé
(1) Pièces originales et procédures du procès fait à Damions ; , Paris, chez Simon, imprimetir da parlement; 1757, Umc I.j page i5i<
*go Année 1757.
par deux témoins ( 1 ) . Le 5 jauvier au soir , le coupable fut remis entre les mains du prévôt de l'hôtel du roi, qui lui fit subir plusieurs interrogatoires. Il parut par ses réponses qu'il servoit chez M. de Bèze de Lys, lorsque ce magistrat fut envoyé' par ordre du roi à Pierre-Encise. U déclara avoir entendu dire que tout le peuple de paris périt , et que , malgré toutes les représentations que le parlement fait > le roi n'a voulu entendre à aucune» W est-il pas vrai, dit-il au prévôt, que tout le royaume périt (a)? Dans son second interrogatoire, devant le même juge, le 7 janvier, il dit s'être trouvé dans des compagnies , tant à Arras qu'à Pans , sur-tout à la compagnie des prêtres qui étoient du parti du parlement , et que c'est la considération des mauvais traitemens qu'on a fait essuyer aux meilleurs prêtres , ainsi que le triste état où le peuple est réduit , qui font déterminé à l'action qu'il a commise (3). Le 9 janvier, il subit un troisième interrogatoire qui roula pri ne paiement sur une lettre qu'il avoit écrite la veille au rot. Il l'avoit dictée au sieur Belot , exempt des gardes , et l'avait signée. Il y .disoit au roi de prendre le parti de son peuple , de ne pas avoir tant de bonté pour 1rs ecclésiastique* , et d'ordonner qu'on donnât les sacrement à l'article de la mort, sans quoi sa vie nétoit point en sûreté. Il prélendoit que l'archevêque de Paris e'toit la cause de tout le trouble. A cette lettre étoit joint un papier signé aussi Damiens , et portant les noms snivans: Messieurs Chagrange y seconde; Baisse de Lisse; la Guyomie ; Clément ; Lambert ; le président de Rieux BonnainvilUers ; président du Massy et presque tous* SI faut qu'il remette son parlement et qu'il le soutienne 9 avec promesse de ne rien faire aux ci-dessus et compagnie*
(t) A la page 217 du premier volume , et à la page 280 4?
(a) Tome I , pages i33 et l34.
(3) Jbid. page 17a.
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Depuis, dans sa confrontation avec Belot, il déclara n'avoir point nommé ces magistrats comme complices , mais comme personnes de sa connoissance. Il nia per«* sevéramrnent avoir jamais eu aucun complice. Dans son sixième interrogatoire, il dit quil avoit été frappé des bruits de ce que le parlement avoit fait , des plaintes du peuple de Paris , et des provinces qui périssent; qu'il a entendu parler de cela depuis si long-temps à tout le monde , et publiquement dans les rues de Paris , que croyant rendre un grand service à l'état, cela l'a déterminé à ce malheureux coup qu'il à fait; que si S. M. ne soutient pas sa justice et son parlement, contre Vautorité des évêques qui tâchent d'être contraires au gouvernement , il va arriver de grands malheurs contre la famille royale (i) ; il ajouta quï/ n'a eu d autre objet , dans le malheureux coup qu'il a fait, que de contribuer au v peines et aux soins du parlement qui soutient la rt'ligion et l'état (aj. Il étoit impossible de s'expliquer d'une, manière plus précise. Ne voit-on pas dans toutes ces réponses , et sur-tout dans la dernière , un ennemi violent des évêques, et sur-tout de l'archevêque de Paris, un homme exalté par les propos audacieux qu'il a entendus dans la grand'salle? Au surplus, s'il pouvoit rester quelques doutes sur les motifs qui firent agir Damiens , ils vont être levés par la suite de l'interrogatoire. Jusque» là l'afFaire avoit été instruite à la prévôté de l'hôtel du roi , justice particulière à laquelle ressortissent les délits commis à la suite de, la cour. Peut-être le procès eût-il même été terminé à ce tribunal. On délibéra, dit-on 9 à ce sujft au conseil du roi. Plusieurs étoient d'avis d'assigner pour être ouïs les magistrats nommés par Damiens. Dt*s raisons politiques firent évanouir ce projet. Le i5 janvier, le roi donna des lettres patentes pour charger de l'instruction du procès la grand'chambre du
(i) Tome II, page a5.
{a) Ibid. page 26.
ïga Armée t^Sy.
parlement. Cétoit, depuis les démissions récentes, tduC ce qui restoit en place de ce corps. Le i8, ta interrogatoires de Damiem recommencèrent devant ce nouveau tribunal, et là, comme devant le premier juge, il dit qu'il avoit conçu son dessein depuis le temps des affaires de t archevêque et du parlement (i). 11 répète avoir* forme' son projet depuis l'exil du parlement (2). Il hait la Jaçon de penser des Jésuites , et s'il a vécu che* eux , c'est par politique et pour avoir du pain (3). Interrogé pourquoi il a dit, que si le parlement voulait le soutenir, il iroit avec quelques camarades prendre l'archevêque et l'amener dans les prisons (4) , il répondit qu'il ne s'en souvenoit pas , mais qu'il pour roit bien lavoir dit (S). Interrogé pourquoi il a parlé mal des ecclésiastiques, il répondit qu'il n avoit dit du mal que contre tes molinistes , et ceux qui refusent les sacre— mens (6;. Le 17 mars, dans un nonvel interrogatoire, il déclara avoir conçu son projet dans les temps oà U a passé des nuits dans les salles du palais à attendre là fin des délibérations qui s% y faisoient 9 et lorsqu'il a vu le peu d'égards que le roi avoit pour les représentations du parlement (7). Il devoit être dur aux magistrats qui interrogeoient Damiens, de l'entendre dire que c étoit dans les salles du palais qu'il avoit conçu son noir dessein. Il le leur répéta encore plusieurs fois. Le 26 mars , à son interrogatoire , sur la sellette devant tous les juges , il dit encore gue s'il n'étôit jamais entré dans
{1) Tome II , p. io5.
fr) Ibid. p. 116.
(3) Tome II , p. i37.
(4) Propos qui se trouve certifié par un témoin. Ibia\ p. t4ft
(5) Ibid. p. 14a.
(6) Ibid. p. 146.
(7) Tome III , p. iGS.
#9 salks du palais , c*la ne lui serait pas arrive ( i ) ; •t plus f>as, qu'il a formé son projet depuis les affaire* du parlement ; que s'U ri avoit jamais mis le pied au palais, cela ne lui seroit pas arrivé; que s'il n'avait jamais servi de conseillers au parlement , cela ne lui
seroit jamais venu dans la téie ; qu'il riauroit point entendu parler si souvent des refus des sacremens , ca <}ui lui a échauffé la tête ; que tout le monde étoit a* ses échauffé (2). Le 28 mars, jour de sou supplice, il parla encore dans le même sens. // avoit entendu dans les* va/les du palais des propos contre l'archevêque* Ont jr parloit tout haut . On y disoit que le roi risquait beaucoup de ne pas empêcher la mauvaise conduite de ïar- •hevéquc. Au premier coin, il déclara avoir entendu dire .que tuer le roi fer oU finir tout cela, et que c'étoifc un nommé Gauthier qui 1 avoit dit, et qui lui avoit aussi parle' contre l'archevêque. Au cinquième coin, il déclara encore avoir entendu dire dans le palais que * étoit une osuvre méritoire de tuer le roi ,* il se toit écrié au commencement de la question : ce coquin d'arc he*vêque ! On fit venir Gauthier. Il avoua qu'ayant entendu Pamiens parler des affaires du parlement, il avoit dit %u il parloit comme un bon citoyen* 11 nia le reste. Ce Gauthier avoit travaillé autrefois à des gazettes, et avoit *té deux mois à la Bastille en 1740. Voltaire dit, je ne sais sur quel fondement, dans son Histoire du parlement , que c'était un convulsionnaire. Il n'y eut contre lui qu'un, plus amplement informé et un an de prison. Quant à, Da miens, il fut exécuté le 28 mars. Il persista jusqu'à la fin à nier ^ju'il eût des complices. Son supplice fut long et terrible. On voulut effrayer par ses tortures ceux qui auraient pu être tentés d'imiter son exemple. S'il nous étoit permis de prononcer sur cette terrible affaire , après avoir lu las détails du procès, nous jugerions qu'il tient i>as en effet de complices. Mais en même temps il
<i) Tome III , p. 295.
(a) Ibkl. pp. 3io et 3u.
TQMX SECOND,
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est impossible de se dissimuler la liaison qui existe entr» son attentat et les troubles précédées. Nous lavons entendu , lui-n»enie, ' répéter qu'/7 n'eût Jamais commis son crime s'il n'eut mis le pied au palais. C'est donc là que s'est aiguise* le couteau qui frappa le monarque. Ce sont les discours séditieux qu'on y tenoit, qui ont enflammé l'imagination ardente du coupable. Les magistrats n'ont point su son noir dessein. Mais c'est chez eux qu'il l'a couvé; et s'ils ne sout point complices, peut-on les laver du reproche d'avoir préparé de loin cet attentat par leurs démarches imprudentes? Tel a donc été le résultat de ces troubles, de c^tte exaltation des têtes, de cette lutte contre l'autorité. A force de tenir de» propos indiscrels, des discours séditieux, il s'est trouvé un homme fougueux prêt ù aller plus loin qu'on ne vourloit. A force d'entendre déclamer contre le prince , il a voulu l'assassiner. Seroit-on recevable, après cela, à rejeter ce çrime sur les Jésuites? Toute la procédure réclame contre cette imputation. Damiens avoit été chez eux, mais vingt ans auparavant, et il déclare quï/ haie leur façon de penser. En vain ses juges lui demandentils à plusieurs reprises, si on ne lui a point inculqué la doctrine qu'on peut tuer les rois, si on ne lui a pas donné des livres pour le prouver. 11 n'a jamais entendu parler de rien de pareil. Il ne parle que du palais., C'est « en passant les nuits au palais qu'il a conçu son dessein. « S'il ne lut pas allé au palais , il n'en eût jamais eu l'idée» « Il n'a eu d'autre objet que de contribuer aux peines « et aux soins du parlement : il a été échauffe' par le* « propos qui se tt noient dans la grand'salle. *
— Le ier septembre, élection d'un évéque schématique à Deventer. Mcindarts suivoit avec ardeur son projet de consolider, autant qu'il étoit en lui, sa petite église. Il avoit déjà mis à Haurlem un évêque de st %on. Il voulut en créer un autre |*jur Deventer, siège établi en i jOo, , mais éteint peu après par le changement de rfiigion <|iii s'introduisit en Hollande. Il y nomma Barthclemi Byeyelt. Ce qu'il y eut de jmrticuhcr dans
Jttnée in&j. ftp
«fette Section , ces* que l'ancien diocèse de Beventer de-, mandolt si peu un éveque, et sur-tout un éveque de la main de Meindarts , qu'il ne voulut pas recevoir %evctt, et que ce prélat sans fonctions fut obligé de passer toute sa vie à desservir lu paroisse dont 41 étoit pasteur, sans? ^ pouvoir aller dans uo diocèse oii les catholiques refusoient de le reconnoître. C'étoit bien la peine de faire un évê— que pour des gens qui n'en vpuloient pas. Maison crovoit donne* par là du relief au parti. Benoit XIV déclara cette élection nulle ; ce qui n'empêcha pas Meindarts 4e sacrer *on protégé, et peu après ses deux évéques et lui écrivirent au Pape une longue lettre, où ils lui faisoient un portrait affreux des Jésuites, auxquels ils attribuoient comme de raison tous les maux de l'Église, et tous le* désordres du monde. t
— Le 5 septemhre , le parlement de Paris enregistre la déclaration du io décembre précédent. La grandchambre restée seule, comme nous l'avons vu, avoit plusieurs fois présenté des remontrances contre les loi» portées au lit de justice. Les parlemens de Rouen , de Bordeaux et de Rennes s'étoient aussi intéressés , quoique assez tard, en faveur de leurs collègues. Les amis de la magistrature s'étoient encore remués en cette occasion. Le roi accorda le retour du parlement. Il consentit à rendre les démissions , en déclarant qu'il v oui oit l'exécution de sa déclaration sur les affaires de l'Église* et sur le surplus qu'il interpréterait ses autres édite. Le parlement rentra en effet dans ses fonctions et enregistra la déclaration , pour être exécutée conformément aux lois ordonnances , usages et maximes dit royaume. On rappela d'exil ceux de ses membres qui y av oient été envoyés , parmi lesquels étoit encore l'abbé Gbauvelin . Dans le même temps , le roi fit cesser l'exil des évéques à qui les dénonciations du parlement a voient attiré cette peine. M. dCGuenet , évéque de Saint-Pons, fut le seul qui ne partagea pas, on ne sait pourquoi , les effets de cet acte de justice. Les évéques de Troyes et d'Orléans donnèrent leur démission. Le ministère s'etoit flatté que ces diverse^
tgU Année
mesures rameneroient ta poix. Mais le parlement n'cxé^ CUta de la déclaration que ce qu'il jugeoit favorable h ses idées y et s'en tint toujours dans la pratique a celle de 1754» Les affaires ecclésiastiques étaient alors confiées à M. de Jarente, évéque d'Orléans, prélat qui n'avoit pas le* mêmes vues que M. Boyer. Sous lui la faculté de théologie, que le parlement tenoit depuis plusieurs années sous le jou g , fut en butte à des trait emens rigoureux, privée de p'nfcreurs «le ses membres, et matée par des ordres sévères. L'archévAjne de Paris, dont l'inébranlable fermeté appeloit sur lui tonte l'an imad version de ses opiniâtres ennemis , éprouva aussi de nouvelles disgrâces. On s'étoit promis de ne pas le laisser tranquille sur sou siège. On vouloit qu'il levfit les monitions et défenses poiiées, en 1^50, contre les religieuses hospitalières de Saint- Marceau. Le prélat demandoit tju'au moins elles Tissent quelque satisfaction. Les rétablir sans aucune démarche' de leur part , c'étoit, disoit-il . faire céder les lois de l'Église aux^Ca priées et à l'opiniâtreté de ces fifles. Ces raisons furent peu goûtées, et le 4 janvier 1758, M. de Beanmont fut exilé dans le Périgord. Peu après on imagina ûn moyen pour accorder aux hospitalières ce qu'iUeur aroit refusé. Le cardinal de Tcncin , archevêque de Lyon , étant mort le 1 mars , on lui nomma sur-le-c hamp p >nr successeur M. de Montazet , éveque d'Aotun , à condition , dit-on , qu'il se prêterait avec docilité au* vues de la cour, et qu'il anhuHcroit , comme primat, les défenses portées contre les religieuses. Le prélat, qui n'avoit pourtant pas montré «les dispositions semblables précédemment , et qui avoit paru d'une manière honorable aux assemblées du clergé de i;5o et de 1755, acquiesça cependant à cet arrangement. Il rendit, le 8 avril, n'étant encore qu'évoque d'Autun, une ordonnance telle qu'on la Souhaitoit, cassa celle de M. de Beaumont. et permit aux hospitalières de procéder à leurô élections. Cette conduite ftit fortement blAmée de ses collègues Les assemblées provinciales, qui se tinrent peu après, vouloient toutes qu'on obligeât le nouveau primat
A rétracter son jugement. M. de Beaumont en particulier réclama contre cette atteinte portée à ses droits, coatre une ordonnance qui eocourageoit> désobéissance et légi*> gitimoit la révolte. Ses, mémoires furent peu écoutes, et la faveur delà tour, L'appui- du parlement et les appiaudissemens du parti; consolèrent.. M. de Mootazet du. blâme de ses collègues, et. le mirent à l'abri du désagrément de voir réformer ses ortfq^ajices. , . ; ,
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Le io février, déclaration des pasteurs de Genève su» un article de l'Encyclopédie. Le septième tpmeo'e VjSn- &$clopcdie venoit de parottre. Il fenjèrrnoit entr'aut res l'article Genève, rédigé par d'Alembert. L auteur , apriçs avoir blâmé les Genevois de ue point souiTrir chez eux de comédie , \ eno.t à l'article <le .la rel i^iou , et disoit que les ministres, dans cette ville , étaient bien éloignes <Je penser tous de même sur les articles qu'on regarde ailleurs comme les plus importons; que plusieurs ne crpjoient plus la divinité de JesusChrist; qu'ils avouaient les tor^sde Cal vin :% .que l'enfer ^ur paroisso.t une .injure faite, h VdiviniteV; enfin, que plusieurs n'avoieût .d'autre, , religion qu'un, soçiniaiusme parlait, restant tout ce, qu'on appelé mystères... >vZe respect pour Jvsus-Chr&t et pour les Ecruures , étodf.jl dit ,. est peut-être la seule phose qui distingue d'un pur de i s me le christianisme de . Genève^ , Cet , ar t icle , OÙ d ' Alembrrt a v oit mis tOUS SCS artifices ordinaires , renier moi t eucore d'autres traits dirigés, plutôt contre la religiou catholique et ses ministres', quç contre les protestans* Mais le maliu auteur setôit Mité, Réchapper à > censure, en prévenant qu'il étoit ■ lustorien ,et non controversiste, et que raconter nëtoit «approuver. L'article lit du bruit et excita des plaintes. Llé*fpasteurs de Genève prétendirent qu'on ne leur rendmt pas.justiçe, et qu on denaturoit leurs sentimens » HP* le* représeotaot omms des soemicus. Cependant il
pnèshW defa |k)ttr éoustant qifen beaucoup d'endroits îé •" ^ôtèstaittilnrie dégénérott *n uri socioianisme véritable*. Ce Jhitid cWngéfhrrft l annoncé' autrefois par Bossuet, se réalisoit1 depuis "long- temps. 'Mosheim avoue que des le commencement de ta réforme on y remarquoit cette pente ^pcrslesôpihïoni sociniennes. Cette pente étoit telle, que dès 'i6î6 4a cour électorale dé Sctxe s'étoit crue obligée de prendre des mesures contre h propagation dune erreur ei manifestement opposée à la doctrine chrétienne. En , un ministre de Stutfgard avoit été reconnu sociûien. Walchius indique plusieurs ouvrages dirigés contre le socinianisme -caché des protestans d'Alfort et desmenïionit< s défrise. "tfh grand nombre d'écrivains ont laissé voir leur penchant pour le même Système. Stoltz , dans une Vaduction et rrriesbnch , dans l'édition du texte 'grec, ont supprimé le célèbre passive de saint Jean sur les trois témoins, ce passage H décisif pour établir 11 cousu bstantialité. Nous avons vu quels ravages tes sentirions des unitaires avoièrit fuît en Angleterre. lis s'y étaient accrédités aussi bien qu'en Hollande, et yavoient Vx^ésseWht? soutenus. Wétstein , de BMe. fut accusé d'àvôtr taVdrisc* lè socihiartisme dafts sa nouvelle édition du nouveau testament grec, il se retira en Hollande. tJn écrivain récent à rassemblé une foulé de faits qui prouvent à1 quel point la racme opinion s'étoit propagée dans le sein du protestantisme, ét d'Alembert n 'avoit fait que répéter Un bruit public , eu annonçant que cette Opinion dortinoit^à GenëVé. Toutèroîs- les ministres de cette vilîe ne crûrent pouvoir dissimuler une teHe acciï— 6at ion. Lés pasteurs et professeurs de Féglisc et lacadéraie de Genève s assemblèrent , et rédfgereni une déclaration où ils cherehoient à se justifier. Cet écrit, doté du ie février 1^58 . portait en substance Qu'ils tenbient la doctrine renfermée dans l'Écriture , seule réglette leur foi; qu'ils regardoi'cnt le Symbolé des apôtres déàimte vm abrégé de la religion : que bnirs prédications aVitiohcoiciit ] œuvre de la rédemption fpàr Jésus-Christ-; Qu'ils s'efforçaient de préserver leur troupeau du poison iuuestc 4*
jtlmée 1758. i$g
f j'ncrôhiiité ; qu'ils précboient noo seulement la morale , niais aussi le dogme avec les promesses d'une félicité éternelle, et les menaces d une condamnation éternelle pour les impies et les impéoiteus ; qu'ils admettaient la rêvé- * la t ion comme un secours très-nécessaire ; qu'ils ne rejettoient point tout ce qu'on appelé mystères; qu'ils reconnoissoient Jésus-Christ comme Fils de Dieu , en qui a habité corporellement toute la plénitude de la divinité , etc. C'était là ce qu'il y avoit de plus précis dans cette pièce, qui ne parut pas répondre d'une manière bien pércmptoire aux accusations des encyclopédistes. On s'étonna que les ministres de Genève ne repoussassent pas avec plus de force le soupçon de socinianisme, qu]ils ne spcei liassent point les mystères qu'ils admettoient, et qu'ils ne dissent et suu l'enfer et sur Jésus-Christ , rien qui n'ait été souvent dans la bouche des sociniens. Leur déclaration est conçue en termes vagues et généraux qui ne firent que confirmer les bruits répandus sur leur compte. On se dit que des chrétiens bien fermes dans leur foi eussent fait une profession plus nette et plus positive ; qu'ils, eussent articulé plus franchement ce qu'ils croyoieut, et qu'ils se fussent servis de termes au-dessus de toute équivoque* Les ministres , et* déclarant qu'ils admettoient les menaces .d'une condamnation éternelle , ne disoient point du tout qu'ils croyoient que les peines de l'eufer seroient éternelles et n auraient point de fin , et le texte auquel ils se bornoient sur la divinité de Jésus-Christ, avoit été employé par les ariens eux- marnes , qui prétendoient L'expliquer dans leur système* On fit donc des commentaires sur leur déclaration , et on se persuada de plus.cn plus qu'ils n'étaient pas. fort éloignés des opinions qu'ils ne vouloient pas avouer.. On crut qu'il entroit plus de politique que de sincérité dans leur écrit, et on fut étonné qu'ils n'eussent pas cherché depuis à faire cesser des bruits qui prenoient de plus en plus de la consistance , et qu'attaqués dans leur foi, ils gardassent constamment un profond silence. Mais c'est ici que le mal avoit jeté chez eux de profondes racines j et Rousseau, leur compatriote , se moqua
am Ànnéè 1758.
très-bien de leur embarras , de leurs tergiversation», de l'obscurité de feurs réponses. On voit , par des lettres de sa correspondance, qtte plusieurs ministres de «son * temps trétoient pas très- fermes sur les* principes mêmes de la loi naturelle. C'est à peu près de l'époque ou nota sommes dans ces Mémoires , que Ton daté chex les protestans la naissance d'un système qui , sons le nom dfe nouvelle êxésjès'e , tend à saper les fondemens du christianisme. Ce système, qui a beaucoup de rapport avec celui desckre'tiens rationnèls d'Angleterre, tend à épure* la croyance, à secouer l'autorité , à tout remettre ea discussion. Les partisans de ce système prennent en Allemagne le titre de néologues y et se moquent des orthodoxes , c'est-à-dire, de ceux qui restent attachés an* dogmes de leur communion. Ils attaquent même les prin*cipes du christianisme , les mystères , l'éternité des peines; et ne voient dans nos Livres saints que des écrits plus ou moins constates, et des allégories plus ou moins ingénieuses. La Bibliothèque de Nicolat , commencée à Berlin, en 1766, est regardée comme un des ouvrages om on s'est le plus appliqué à déprécier h religion , à décrie» •les livres symboliques des protest ans, et â favoriser le socinianisme. Ge journal exerçoit en Allemagne , sur las opinions, une sorte de dictature, et a contribué à répandre l'incrédulité. L'exemple du prince qui régnott aloifc en Prusse, seeonduît cet esprit-. La littérature protestante prit une couleur déiste , et les plus sa vans parmi eux ne craignirent pas de contredire les principes de leur communion , et les bases de la révélation chrétienne par d«s» explications arbitraires. On peut voh", à ce sujet , un article sur l'état récent du protestantisme en Allemagne et dans le Nord, dans les Mélanges de philosophie t d'histoire, de morale et de littérature (chea le Cl ère, a Paris, février 1811), toroé X, page i43. Cet article renferme des recherches curieuses et présente des faits peu connus. îl est extrait d'un ouvrage fort bizarre daiÈleurs , F Histoires des sectes religieuses j Paris, iSio^ •a vol, ùv8°. •
Amtée 1788. eor
Le 3 mai, mort de Benoît XIV, à l'âge de quatre- *ingt-trois ans. Ce Pape a laisse une mémoire révérée» Sa douceur, sou affabilité, son amour pour les lettres, la protection qu'il accordoit aux sa vans , ses grandes connoissances, ses excellens ouvrages, ia sagesse de son gouvernement, l'esprit de paix et de modération qu'il montra pendant son pontiâcat , lui ont attiré les éio* ges des catholiques et des protestaos. Cependant au milieu de ce concert de louanges , la critique s'est fait entendre. Dans X Art de vérifier les dates , on reproche à ce Pape des préjugés ; ce qui ne signifie sans doute autre chose, sinon qu'il n'avoit pas les préjuges de fauteur. Bans le Nouveau Dictionnaire historique > on lui attribue un projet de corps de doctrine , où l'on, auroit, dit-on, établi la vérité et condamné l'erreur, sans toucher aux opinions de Bai us y de Jansénius et. de Quesnel. Mais un pareil projet n'a jamais été conçu par Benoît XIV. Il ne poUvoit tomber dans l'esprit d'un Pape, et d'un Pape, tel que celui-là , de condamner l'erreur , sans proscrire comme erroné ce qui depuis cent ans étoit regardé comme tel par toute l'Église. Aussi ne donne-t-on aucune preuve d'une pareille idée ; et tont ce qu'a fait Benoît XIV monrre sa parfaite conformité avec ses prédécesseurs sur les objets des contestations qui dé*chiroient l'Eglise. On se contentera de citer ici son décret du 20 novembre 1752, et son bref du 4 mars i*55. Dans le premier, il condamne un ouvrage ayant pour titre : Apologie des juge mens rendus par les tribunaux séculiers en France -contre le schisme ( 1 ) , ou l'on vouloit prouver l'injustice des refus de sacremens et la compétence des juges pour en connoître, et dont l'auteur se faisoit à la fois le champion et de l'opiniâtreté des appelans et des nouvelles prétentions de quelques par* lemens. Le Pape défend et condamne son livre , * comme « contenant des assertions fausses, téméraires, scanda-
(t) La première partie de cet ottTragc e'toit 4e l^bbc Ucj> 4} jft sccpadç de M^ujtroti
aoa Awsét 1738.
« /ruses , injurieuses aux Papes et auxévéques, contraint « à la juridiction ecclésiastique , renversant l'obéissance «t due sincèrement par tous a la constitution Unigenitus , « favorisant le schisme, se hisroa tiques et erronées, » C'est ainsi que ce pontife éclairé qualifioit ces déclamations si communes alors , dans lesquelles des portions indociles du troopeau s'eûorçoient d'avilir l'autorité qui avoit proficrit leurs erreurs , et d'éviter leur reproche d étre schématiques, en intentant cette absurde accusation à leurs pasteurs. Dans le bref du 4 mars 1 ~55 , adressé auxévêques de Pologne, il parle d'un autre ouvrage publie' sous ce titre : Principes sur l'essence , la distinction et les limites des deux puissances , et qui étoii du P. la Borde, Oratoricn, appelant. L'auteur, conformément à l'usage des siens , y dépritnoit extrêmement l'autorité qui les avoit condamnés, pour élever d'autant celle dont ils espéraient plus d'appui ; et on avoit traduit son livre eu polonais, pour propager sa doctrine dàns ce pays. « Cet « impudent écrivain , dit Benoit XIV dans son bref, nets cumule d'artificieux sophismes, emploie avec art i« « langage de la piété et de la religion , donne la tor- « ture h plusieurs passages de l'Écriture et des Pères, <c pour ressusciter un système mauvais, pernicieux, ré*» « prouvé depuis long-temps par le saint Siège 7 et cônes damné expressément comme hérétique. » Le Pape le proscrit de nouveau, et le qualifie de captieux, de faux, d'impie dt d'keniïque. On a la vie de Benoît XIV , par Carraccioli ; mais l'auteur, écrivain superficiel et peu sur, n'a point peint ce pontife, et donne ses propres idées ' pour celles du grand homme qu'il défigure. On cherche à reconnoitre Benoît XIV dans cet ouvrage ; on s'attend ù voir rappeler les productions de ce Pape; l'écrivain, Je souverain , le pontife fournissoient une ample matière a un historien judicieux ; mais au lieu de s'arrêter sur ces détails intéressant, sa vie ne nous offre que de pré** tendus bons mots, des anecdotes sans autorité, des réflexions vagues, rien enfin qui puisse satisfaire un lecteur éclairé , et qui réponde au mérite de celui que 1 aute\i£
jimrèe 1758. ïu>3
fevoit à peindre. Benoît XJV , daus un règne de plus de dix-huit ans , créa soixante-quatre cardinaux en sept promotions. La première promotion, du 9 septembre 1743, fut de vingt-quatre cardinaux , parmi lesquels étoit Jean-Théodore de Bavière , évéque de Liège et de Freiôingue, frère de 1 électeur de Bavière, et qui fut quelque "temps empereur sous le nom de Charles VII. Les autres ét oient tous des prélats de la conr de Rome , et qui y «iv oient exercé des charges ou avbieot rempli des nonciatures. Le prélat Pallavicini , qui», de voit' être de cette promotion, refusa constamment le chapeau. Le 10 avril 17479 dans une seconde promotion., dite des couronnes, le Pape fit onze cardinaux <, dout deux Français,, le cardinal de la Rochefoucauld et le cardinal de Rohan. H nomma aussi cardinal Jean-François Albani, petit-neveu de Clément XI , qui fut dans la suite, doyen du saoré collège, et qui fouit de ce titre pendant près de vingthuit ans. La même année, Benoit XIV donna le chapeau au prince Henri Stuart , duc d'Yorck , qui dévint depuis évéque de Frascatt, et qui y tint, en 1^63, un synode diocésain -, dont les actes ont été imprimés* En 1753, ce Pape fit.seixe cardinaux, et en 1736 , une nouvelle promotion des couronnes , dans laquelle il y eut trois cardinaux français, MM. de Tavannes, de Luyues et de Gesvrcs. Parmi les cardinaux étrangers, de la r création de Benoît XIV , nous ne nommerons que le . 'cardinal des Lances, grand-aumômVr du roi de Sardaigne, prélat distingué par sa piété, le cardinal Lucioi, .connu -par quelques écrits; le cardinal Crescenzi, qui t avoit de la piété; les cardinaux, Cavalchini , Lante et Ar- - cbinto, dont on louoit les talens: mais sur- tout le cardinal ^Fortuné Tarn bu ri ni, Bénédictin du Mont-Cassin, qui vécut toujours en religieux , et qui honorpit la pour- . pre par ses connoissances , son zèle , sa modestie et son . désintéressement. Il étoit neveu d uu générai dts Jésuites , et joignôit r instruction théoiogique à la piété.
-tle.6 juillet, le cardinal Rezzonico est élu Pape, çlprend le noux de Oément XUL Le conclave qui suivit
ao4 Aimée fj56*
la mort de Benoit XIV s'ouvrit le 9 mai, et finit le 6 juillet, li n'étoit compose que de quarante-quatre cardidaux. Le cardinal Àrchinto eut d'abord vingt-trois voix, et paroissoit désiré par les puissances , mais son parti déclina graduellement, et celui du cardinal Cavalchim prévalut daus la même proportion. Le 27 juin il eut ▼iogt-sept voix. Il alloit être élu lorsque la France lui fît donner 1 exclusion. On n'en doone d'autre raison , sinon qu'il étoit attaché aux Jésuites, et qu'il a voit voté pour la canonisation de Bellarniin. Cette démarche du romistère fiançais fit beaucoup de bruit, et ne fut pas généralement appiouvée. Ou pou voit écarter le cardinal Cavafcbini sans faire tant d éclat. Pour lui, il parut insensible à un traitement si dur et si peu mérité. Le cardinal Passionei eut dix-huit voix, quoique , dit ua érrivnin que nous allons nommer, quoique son humeur capricieuse le fit peu désirer. Plusieurs autres fureot mis successivement sur les rangs. Le cardinal Spinelli «voit des partisans; mais «attendant à être exclus par l'Espagne, il porta Je cardinal Rexzonico. Celui-ci eut dix huit voix le 5 juillet; et à l accession, il s'en trouva tout à coup trente et une en sa faveur. Ce choix d'un cardinal vénitien surprit dans un moment de rupture déclarée entre la cour de Rome et la république de Venise. La réputation du nouveau Pape expliquoit cette préférence. Charles Rezzonico, né à Venise en i6o3, «ardinai en 1737, et évéque de Padoue en i;43, étoit digne , par ses vertus , du liant rang où il venoit d'être élevé. Los écrivains les moins amis des Papes lui ont rendu ce témoignage. L'abbé Clément, qu'un certain parti avoit envoyé alors a Rome pour y influencer l'élection , et qui se donna en elfct beaucoup de mouvemeos pour y faire Un choix utile à sa couse, l'abbé Clément, peu louangeur en général , loue cependant Clément XIII. « A Padoue, dit-it, Rezzonico n'étoit appelé crue le saint. « C'étoit un homme exemplaire, qui,; avec l'immense « revenu de son diocèse et de son patrimoine, étoit tou- * jours réduit par $é au/nvaes à se trèum sans argent,
Jmnée 1758. ào$
f -donnant Jusqu'à son linge... Lorsqu'on ïuî Rt la pro- « position de le nommer, il témoigna la plus grande- « opposition , refusa pendant quelque temps et enfin se « rendit... Il n'avoit d'autre dépendance de la société «r que celle que lui inspiroit l'estime qu'il faisoit de la ré- <i gnlarité de leur conduite et de leur zèle pour les tonc-
* tions du ministère Ci). » Le même écrivain dit encore * i» Lorsqu'on lui fit la première ouverture de son exalta—
* tion, la surprise et le saisissement accablèrent aussitôt « le bon cardinal. Refus, opposition, fièvre, cris capa- « bles de déceler le plan qu'on se proposoit. On ne put « le calmer qu'en lui disant d'abord que ce n'étoît après
* tout qu'une proposition dont on pouvoit se désister; <t selon lui , l'Eglise étoit perdue si elle se trou voit con- «t fiée en des mains si peu capables de la gouverner. à "Et que diroit tout l'univers d'un pareil choix? Tout' « çe bruit pensa faire échouer l'entreprise. » Le nouveau Pape reçut ainsi dès le commencement des éloges unanimes. Le gazetier même, en parlant de la circulaire que Clément XIII adressa au* évéques pour leur faire part de son exaltation, disoit que ce bon Pape y parlote d# l'abondance d'un cœur vraiment pénétre', tes bons «toyens , dit le comte d'Alhon (Discours sur l'histoire, t. II, p. 235), ne peuvent f sans une tendre émotion, prononcer le nom de Clément XIII, C étoit vraiment le père du peuple ; il n'avoit rien de plus à cœur que de le rendrè heureux , il y travaillait avec zèle. Enfin , Laîande lui-même , dans son Voyage d'Italie , ajoute à ces éloges. Clément XIII, dit ce philosophe, a de* mœurs irréprochables , une piété édifiante , une douceup inaltérable, lies maux de l'Église ne lui arrachent que des larmes. J'ai admiré son zèle, sa vigilance, sa Modération en parlant de ceux mêmes qui méritent l# moins ses ménagemens. C'est ainsi que des hommes, qui n'étoient pas accusés de flatter les Papes , jugeoient
(1) Journal d'un Voyage, et Correspondances en Italie et e$ Espagne , par Clément. Paris , 1802 ; 3 folamcs.
no& Jtimée 175S.
Clément XIII. Il sera bon de se rappeler ces jugement , lorsque nous verrons ce pontife en butte à tant de contradictions.
— Le i« octobre , ouverture d'une assemblée extraordinaire du clergé de France. Elle a voit été convoquée par le roi pour donner des secours à l'état pendant une guerre malheureuse. Elle remplit les désirs du prince j mais les affaires de l'Eglise appeloient aussi son attention. Il avoit beaucoup été question » dans les assemblées de provinces, du jugement de M. de Montatet dans l'affaire des Hospitalières , et Ton croyoit que l'assemblée générale s'en occuperoit; le ministère fit en sorte que cet objet ne fût pas traité. Le i3 octobre, l'assemblée arrêta lea objets de ses remontrances. C'étoit le retour de l'archevêque de Paris et de l'évêque de Saint-Pons, le rappel des prêtres bannis, le rétablissement de la faculté dç théologie dans son ancien état, une interprétation des dernières dcclaiations dont on abusoit toujours, enfin les mauvais livres. 11 fut préscuté, sur ces différens objets des mémoires particuliers. L'assemblée exposoit sur-tout au roi les dangers dout on étoit menacé de la part de ces ouvrages impies et séducteurs , dont le nombre croissoit avec l'impunité. Elle demanda aussi l'exécution de la lettre encyclique de Benoît XIV , en date du 16 octobre 17J6.
— Le 22 novembre , Mandement de M. de Beau mont, archevêque de Paris , contre le livre intitulé De l'Esprit. Il y a long-temps qu'on a dit que ce livre auroit pu être intitulé, avec plus de raison , De la Matière, tant on y rapportait tout au matérialisme le plus grossier. L'auteur étoit IJelvétius, un des philosophes les plus connus de cette époque. L'envie de combattre la religion avoit pu seule lui inspirer un système 6i faux , si favorable à U perversité. Grimra, qui, dans sa Correspondance , représente llelvétius comme livré à un extrême dérèglement de mœurs , explique ainsi ce qui le porta à composer son livre : « L'amour de la réputation , dit-il. le surprit « inopinément au milieu de sa vie tumultueuse. Il s*
Année a#y
<\ fit, tour il tour géomètre, poète et métaphysicien. Se* « essais dans les deux premiers genres n'ayant pus é\é « heureux, il fit le livre De VEtprk > -qui ne lui pro- < t:ura pas la hauts considération dont il s'étoit flatte*. 11 « n'ovoit cherché qu'à s'écarter des routes battues. Il tomba « dans des paradoxes qui ne donnèrent pas aux philosophes t une idée merveilleuse de la justesse et de la profondeur « de son esprit (i). Il a débité, dit-il ailleurs , une morale « mauvaise et fausse en elle-même. La philosophie aura « de grands reproches à lui faire. » On peut partager les erreurs du livre d'Helvétius en quatre classes , de lame, delà morale, de la religion et du gouvernement. C'est la division que la faculté de théologie adopta depuis dans sa censure. Sur le premier chef, 1 auteur commencent par poser, dès les premières pages de son livre, le principe le plus absurde, « Nous avons en nous, disoit-il, « deux /acuités, ou, si j'ose le dire, deux puissances « passives, la sensibilité physique et la mémoire, qui sont « les causes productrices <le nos idées (2). » Tout se réduisoit , mëtne eu dernière analyse , a la sensibilité physique ; car la mémoire ri est , suivant l'auteur, qu'un© sensation continuée. Le reste répond à ce début. HeU vétius n'assignoit entre nous et les an imam d'autre différence qu'une certaine organisation extérieure ^3) , lu sensibilité physique nous étant commune avec eux. Il mettoii en doute si la faculté de sentir ne convenoit pas à tous les corps (4) , quoiqu'on ne l'eût encore reconnue que dans les animaux. Il regardoit les dogmes de la spiritualité et de l'immortalité de lame comme des u opi- « nions problématiques , que les anciens n'adoptoient past
(1) Correspondance littéraire , philosophique et critùjue , adresm sic à un souverain d' 'Allemagne , par Grimm. II a part, de 177* à 1783 , tome II.
(a) De l'Esprit , pages 1 et *J.
(3) IbicL pages a et 3.
Ibid. page 3u.
ttoft Amie 1780.
« qui avaient pris naissance à Rome du temps des pfcï
« miers empereurs, qui y avoient même produit des ef- « fets fâcheux. » Il nioit la liberté humaine, et compaioît notre détermination à l'action des deux poids d'une balance. On Toit qu'il étoit impossible de prêcher plus hautement le matérialisme; mais les excès de l'auteur sur la morale étoient plus graves encore, s'il est possible, ou plutôt étoient une conséquence de ceux dont nous venons» de parler. Helvétius prétendoit « que la morale étoit à « son enfance, que les fanatiques et les demi-politiques « s'opposoieut à son développement , et qu'il falloir faire « une morale comme une physique expérimentale, afin « que cette science vaine devînt utile à l'univers. » Se* Ion lui , « la douleur et le plaisir (1) sont les seuls mo- « têtus de l'uuivers moral, et 1 intérêt personnel (2) est « la seule base d'une morale utile ; la probité n'est que « l'habitude des actions utiles à la société, et la probité « d'un particulier n'est presque (3) d'aucune utilité an « public. » Il se moquoit de ces moralistes déclama teurs qui recommandent la modération des désirs. « Recom- « mander à un homme de ne pas être ambitieux, disoit-il, « c'est comme si un médecin disoit à son malade : Mon- « sieur n'ayez pas la fièvre (4)- » H soutenoit que « c'est u à l'imprudence et à la folie que le ciel attache la conte scrvation des empires (5; et la durée du monde, que « la prudence est le plus funeste des dons que le ciel * peut verser sur une nation , >. et que l'homme est l'esclave de la nécessité et du fatalisme. Il appelait a la tt pudeur une invention de l'amour et de la volupté raf- « finée. » Il fàisoit l'apologie de la corruption , répré-»
scutoit
- (1) Dr Esprii , page 366.
(a) /' id. pjge i3* , et en une foule cl' endroits.
(3) Jbid. page 81.
(4) Ibùl page J71.
(5) Jbid. page 593,
SÊhtoit Tes femmes vie
u blic (i), mues par une charité éclairée , et faisant un « meilleur usage de leurs richesses que la femme pieuse • » t* il avançoit que « le libertinage n'auroit rien de dan- « gereux (2) si les femmes étoient communes et les enfant c déclares enfans de l'état ; » que « ks liens de parenté « tendent à étouffer l'amour de la patrie ; que les suicide» « méritent presqaautant (3) le nom de sages que decou- « rageux, etc. « Exposer ces étranges maximes, c'est les réfuter. Sur les deux derniers chefs t ia religion et le gouvernement , Helvétius n'a voit pas osé parler si clairement que sur les deux premiers. Content d avoir posé des principes qui renversoient de fond en comble l'édifice de la religion , il se bornoit presque toujours sur cet article à des traits un peu couverts, à des allusions, à <Ies attaques indirectes. La différence de religion n'est, à son avis, qu'une différence d'opinion. « Un philosophe « s'élevant au-dessus de la terre, dit-il , peut briser tous « les liens des préjugés , examiner d'un œil tranquille la « contrariété des opinions des hommes , passer sans éton-
* nement du sérail à la Chartreuse {/{). » Et ailleurs : <i L'espoir ou la crainte des peines ou des plaisirs tem- « porels sont aussi efficaces que les peines et les plaisirs % éternels. 1» Et ailleurs : « Rien de plus sage au fonda- « teur de Tempère des incas que de s'annoncer d'abor4 « aux Péruviens comme le fils du soleil , et de leur per- « suader qu'il leur apportoit les lois que lui a voit dictées « le dieu son père. Ce mensonge étoit utile et ver-
* tueux. ». L'auteur ne veut point qu'on édifie la morale « sur la religion même vraie, mais sur des principes <* dont il soit moins facile d abuser, tel que Fintér£t pcr—
(1) De rEsprit, page ,68.
if:
Annie **58.
« Mvnuel. » Quant au gouvernement , il prétend que îe gouvernement monarchique réprime les élans (in génie, et force a taire de. grandes vérités. 11 parle «on vent de tyrannie, de despotisme, et ^oile sous des allusions ce qu'il n'ose dire ouvertement. Tel étoit ce livre hardi, où l'auteur n'avoit »pas craint de mettre son nom. Cette •seule circonstance indiquoit les progrès d'une école non- Telle, qui ne rougissoit plus de ses travers, et qui avotioit ses vues profondes. En établissant le matérialisme et le fatalisme, en anéantissant la morale, elle marchoit directement à son but. Aussi elle prôna le livre de l'Esprit , et mit tout son zèle à le répandre. Il eut à peine paru que tous ceux qui aimoient la religion en forent afllicés et indignés. On se récria contre un s\stême qui >ramenoit tout a la sensibilité physique , et qui ne ^voyant dans les vertus que l'intérêt 9 dessèche lame, et en flétrit les afTcctions les plus louables. On se plaignit que des opinions si monstrueuses fussent étalées avex: tant de hardiesse, que l'auteur eût osé les avouer, et qu'il se rut trouvé un censeur assez dupe ou assez complice pour les approuver. Sur les réclamations qui sëlevoient de toutes parts, un arrêt du conseil supprima l'ouvrage. Le 22 novembre, M. de Beau mont donna un Mandement pour le proscrire. Il en caractérisoit bien les vices , et s efforçait de prémunir les fidèles contre la séduction. Plusieurs éveques s'élevèrent aussi contre ce nouvel excès, et Clément XIII le condamna . par des lettres apostoliques du 3ï janvier 1 7 5<) , comme tendant à renverser /a religion chrétienne, et à étouffer même la loi et l'honnêteté naturelle. La faculté de théologie de Paris avoit an- 'té d'examiner le livre. Le 9 avril de Tannée suivante, elle en termina la censure, qui est assez étendue, et ou elle quai Gc convenablement les sopliismes et les impiétés d'ilelve'tms -, elle s'y plaint amèrement des attaques cootiuuelles de la philosophie, et remarque que c'est dans Iluhhes, Spin*»sa . d'Argens. La Mettric, etc. , que l'auteur du livre De V Esprit a pris une grande partie de ses erreurs. Cependant tant de coups portés à cette pivduc*
Année 1756.' oui
tîon pernicieuse , avoieot effrayé Helvétius. Àccoutoumé dans Paris à une vie commode, jouissant d'une grande fortune , il eut l'air d'abandonner son système , et donna dans le temps deux rétractations ; la première , fort longue , fort délayée et fort insuffisante ; la seconde , plus courte, plus précise, mais qui laissoit encore à désirer. Du reste, il ne changea pas de senti mens , et laissa à sa mort , en 1771 , un ouvrage imprimé sous ce litre, De l'Homme. Ce sont à peu près les mêmes principes que dans son pvemier ouvrage. Voltaire convenoit que ce nVtoit guère que du fatras (1) , et que si la hardiesse y pi'juoit quelquefois la curiosité , le livre étoit en général ennuyeux. 11 ne faisoit pas beaucoup plus de cas De l'Es» prit y qu'il regardoit comme très-médiocre. On peut reprocher à l'auteur , disoit-il , que l'ouvrage ne répond point au titre; que des chapitres sur le despotisme sont étrangers au sujet; qu'on prouve avec emphase quelquefois des vérités rebattues , et que ce qui est neuf n'est pas toujours vrai; que c'est outrager l'humanité de mettre sur la même ligne l'orgueil, l'ambition, l'avance et V amitié ; qu'il y a beaucoup de citations fausses , trop de contes puérils , un mélange de style poétique et boursoufflé avec le langage de la philosophie ; peu d'ordre , beaucoup de confusion , une affectation révoltante de louer de mauvais ouvrages 9 un air de décision plus révoltant encore , etc. etc. (2). La morale est trop blessée dans ce livre , écrivoit-il ailleurs (3), Il ne dissimule pas à Helvétius lui-même ce qu'il pensoit
(1) Correspondance avec d'AUmbert , lettre du 16 juin 1773, . tome LXIX (les OEuvres de Voltaire , in-8*, p. 193. Voltaire
•'exprime encore plu» fortement dans une lettre du icr septem* " bre i//3, à Saint-Lambert. II y dit que le livre posthume
d'flelvétlus lia pas te sens commun.
(a) Correspondance générale , tome LVI des Œuvres de Pot* taire, page n8 ; lettre du 7 février 1759, à Tliiriot.
(3) Ibid. tome LV1I, page 3a6j lettre du 3o jajmer 176^ \ DdiailaTiUe.
de r Esprit. Vojet la lettre du i3 août 1764, dam 1* Correspondance générale , où il lui reproche quelques propositions immorales , et le blâme «l'avoir pris pour
.guide l'auteur de la Fable des abeilles. Nous ne paroîtrons sans doute |ias trop sévères en adoptant ce jugement de Voltaire sur le livre d'Helvétius, jugement
-qui se confirme, ce semble, de plus en plus, depuis qu'on a vu les tristes résultats de ces doctrines qui ébranloiènt toute la morale sous prétexte de la refondre , et
-qui altéroit toutes les notions du devoir et de la vertu. Un écrivain récent, qui a analysé la philosophie d'Helvétius , reconnoît que la tête de cet écrivain nétoit pas assez forte pour fonder un système ; que le sien est grossier ; qu'il a dégradé la morale en la faisant dépendre du physique, et que sa doctrine peut avoir des suites
'très- ftr heu ses (1). Voyez l'article Helvétius , dans U Liste chronologique dès écrivains , au tome IV de ce* Mémoires , année 1772*
Te 6 Terrier , arrêt du parlement de Paris contre phi- -sieurs livres philosophiques. Depuis long-temps les magistrats ne sembloient occupés qu'à poursuivre des ecclésiastiques, qu'à flétrir par des sentences rigoureuses les •prêtres fidèles au cri de leur conscience, qu'à seconder les vues des incrédules, en mettant le trouble dans l'Église et en inquiétant ses défenseurs. On s'étonnoit que Je parlement ne vit pas les fruits du silence qu'il gardoit d'um *c té. et des rigueurs qu'il exerçoit de l'autre. Tous les ^jonrs de nouvelles vexations venoient arracher les prêtres a leurs fonctions. Des g<ns mal intentionnés ét oient fé- «unasà trouver des expédiens pour se débarrasser de leurs pasteurs. Une simple question faite à un malade, la dé-
fi! Z>* a Lit-, a ur. jiat cni e pendant te XVIII uècfe ♦ ^f*z M. 4e fiarante); Psrô; i£o$.
Jtotée ^Sj^ ai 3*
teancîc d'un billet de confession ou d'une conférence particulière, le refus de faire un service pour un appelant, et antres faits de même nature, étoient transformé* •u délits graves et punis du bannissement à perpétuité; tandis que le parti philosophique débitoit impunément" ses productions et gagnoit incessamment du terrain. Co ibt apparemment pour dissiper les soupçons de partialité que cette cooduite fat soit naître r que le parlement s'occupa enfin des ouvrages contre la religion. Le i3 janvier, Orner Joly de Fleury , avocat-général , en déféra huit choisis dans la foule de ceux dont on étoit inondé, et que chaque année voyoif éclore. Ces huit étoient le livre De l'Esprit , X Encyclopédie r le Pyrrhonisme du sage , W Philosophie du bons sens , la Religion naturelle , le» Lettres semi- philosophiques du clieralierau comte de.*.*, les Éi renne s des esprits-forts, et la Lettre au P. BerthieP* ûur le matérialisme. Ces écrits , tous de différons auteurs r annonçaient assez Je zèle avec lequel on travailloit à propager les idées nouvelles qu'on vouloit accréditer sur la religion. Nous avons déjà parlé du livre De l'Esprit et de ^Encyclopédie , et bientôt il sera encore question du fameux Dictionnaire. Le Pyrrhonisme du sage est attribué au protestant Beausobre . qui résidoit à Berlin , et qui paroît y avoir publié ce livre en 1754. La Philosophie du bon sens étoit du marquis d'Argens, auteur des Lettres juives y. chinoises et cabalistiques , et toujours, retiré en Prusse auprès de Frédéric il- La Religion naturelle , ou la Loi naturelle (car elle parut sous ce» deux titres ) , étoit % comme nous lavons vu , un petit poème de Voltaire, qui avoit voulu y montrer que la loi naturelle suflit sans le secours de la révélation , et qui s'y znoquoit entr autres de ce priucipe des catholiques , hors de l'Église point de salut* Cette pièce étoit pourtant encore fort éloignée du style et du ton que nous verrons prendre Voltaire bientôt. On dit que les Lettres semiphilosophiques avoient pour auteur Jean-Baptiste Pascal,, que nous ne connoissons point d'ailleurs. Les E trémies, esprits-forts n'étoient autre chose jqu'uae. seconde
4îï4 Année 1759.
édition des Pensées philosophiques de Diderot, avec quelques additions. Nous avions cru que la Lettre au P. Berthier sur le matérialisme éloit aussi de Diderot, et il est sûr qu on la lui attribua dans le temps ; mai» on veut aujourd'hui quelle soit d'un abbé Coyer, qui étoit lié avec les encyclopédistes, et qui a donné d'autres écrits assez frivoles. Dans la Lettre au P. Bertlùer , il tourne en ridicule ce que ce savant Jésuite avoit dit , dans le Journal de Trévoux , du matérialisme que l'on commencent à répandre dans certains livras. L 'avocat-général, en dénonçant ces huit ouvrages , s'appi santit sur le livre De r Esprit et sur ['Encyclopédie. Il cita plusieurs extraits de ces deux productions, et mit en évidence les principes pernicieux qui y étoient semés. Il lit remarquer l'adresse perfide avec laquelle les auteurs insinuoient plus ou moins ouvertement leur doctrine, et il ne dissimula pas que l'on ▼oyoit bien qu'il y avoit un projet conçu , une société formée pour soutenir le matérialisme, détruire la religion , inspirer l'indépendance et énerver la morale. D'après 6a demande, le parlement nomma des commissaires pour examiner les livres dénoncés, et provisoirement il fit défense de publier Y Encyclopédie eX V Esprit. Le 6 février, les commissaires ayant fait leur rapport, il intervint un arrêt pour condamner au feu tous les ouvrages précédens, à l'exception de {Encyclopédie. On arrêta d'informer contre les auteurs et distributeurs de ces livres, et on défendit de les réimprimer et de les vendre. On ne sévit point contre Helvétius , parce qu'il avoit remis une déclaration où il protest oit détester les erreurs dont son livre étoU rempli , et vouloir toujours faire profession des vérités* contraires ; ce qui ne l'empêcha pas de persister dans les mêmes senti mens. Le censeur de l'Esprit rétracta aussi son approbation et renonça à ses fonctions. Quant à ï Encyclopédie , le parlement ordonna que les sept volumes qui en avoient paru seroient plus amplement examinés, et il maintint la défense de les vendre. Il semble que ces volumes méritoient quelque chose de plus; et le portrait seul qu'en ayoit fait l'avocat-général , ainsi que
Année 17&J. 2i3
les passades qu'il en avoit cités , sursoient pou,r mettre «a compagve en état d'asseoir un jugement certain suree Dictionnaire, sans qu'il fût besoin de l'examen ultérieur qu on ordonnoit , et qui, aussi bien, n'eut pas lieu. On devott sur-tout tenir la main à ce que les défenses e Ion ktisoit de vendre les mauvais livres fussent observées. La police ne inanquoit pas de moyens pour cela, et une sage fermeté eût prévenu bien des maux (t). Un autre système avoit prévalu» On fermoit, au contraire, lis yeux sur la publication des livres les plus irréligieux, •ii accordoit a d'autres des permissions tacites , on les favortsoit sous main. L'intérêt du commerce l'exigeoit, disoit-on. Il falloit empêcher les presses étrangères de gagner sur nous , et il valoit mieux imprimer en Franee ce que nous eussions acheté du dehors. Comment un si mince calcul avoit-il pu séduire un magistrat grave et reilechi , un homme d'état, un- administrateur iuvesti de la confiance du prince, et chergé de veiller au maintien de son autorité9 Placé à la tête de la librairie de i~5o à i7ti8, le président de Malesherbes n'y suivit jms tout-a-fait les principes du chancelier dÀgursseau. line voulut voir qu'un intérêt mercantile là où la religion et la société étoient compromises . et Voltaire et Rousseau ont cm le louer en rapportant les services qu'il rendit à la philosophie. Un de ses panégyristes lui fait même un mérite d'avoir limité le zèle des censeurs , et avoir indique aux gens de lettres le moyen d'éluder les lois (2).
(î) Une déclaration du tG avril 1757 , portoit la peine de mort «entre les auteurs ou distributeur* d'écrits contraires à la religion. Cet excès de séventé fit que la loi ne fut point observée . et c'est ce que l'on vouloit. Aussi d'Alembert ecrivoit-il a Voltaire , à propos de cette déclaration : Avec quelque adoucistement tout ira bïrn , personne ne sera pendu , et la vérité sera dite. ( Correspondance , dans les Œuvres de Voltaire, tome LXVlfl , lettre d'avril 1757 , page 4C1 , 111-8°. ) Un gouvernement sage eut prévenu le mal en prenant un milieu entre une extrême rigueur et une mollesse excessive.
C*) M. Dclislc de Sales, dans récrit intitulé ; J&aUsherbesi
Annie 17%*
.C'est en effet sons son administration que parut I pf rfsgrand nombre des écrits irréligieux, et nous pouvons bien , sans nous montrer trop sévères envers un homme respectable à beaucoup d'égards , nous pouvons bien rappeler que son indulgence et sa facilité, à l'égard de tant de productions dont le but étoit manifeste, ont en des suites a mères qu'il a vues depuis , et qu'il a sans doute déplorées, mais qu'un peu plus de prévoyance eût calculées, et qu'un pen plus de fermeté eût prévenues.
— Le 3 septembre, bref de Clément XIII pour condamner ï Encyclopédie comme aussi pernicieuse pour l* religion que pour les mœurs. Après la première interruption de X Encyclopédie y en les éditeurs, à force de sollicitations, étoient parvenus à obtenir la permission de la eontinucr. Mais loin d'être corrigés par las premières contradictions qua voit éprouvées leur travail, ils n'avoient cherché , au contraire , qu'à abuser de l'indulgence qu'on avoit eue pour eux. C'étoit entr'eux à qui y raettroit ce qu'ils appeloient les vérités les plus fortes. Ils développoient leurs vues à mesure qu'ils avançoient dans leur entreprise. Là , ils attaquoient une preuve de l'existence de Dieu ;ici , ils atténuoient une autre. La liberté de l'homme , les notions du bien et du mal , la révélation , la morale , recevoient sous leur plume de fréquentes atteintes. Les articles Adorer , Aïus-Locutiut , Âme , Athée , Autorité, Christianisme, Conscience , Dimanche , Encyclopédie , Ethiopien , Fana" tisme etc. ne permettoient pas de douter du but oit on tendoit. Ce dernier sur- tout étoit lui-même un modèle de fanatisme. On y mettoit sur le compte de la religio* chrétienne tous les crimes commis dans le monde, et on y prenoit ouvertement la défense de ses ennemis. Étoit-on obligé, dans un article apparent, d'établir ua dogme de la foi? on renvoyoit ensuite à un autre article où ce dogme étoit combattu. Et ce qui prouve la hardiesse des éditeurs , c'est qu'ils ne craignirent pas d'annoncer expressément cette marche. « Toutes les fois, *î |»r exemple , disoit Diderot, article £ni?clopédkr
Année 17^9. stij
n qu'un préjuge? national mériterait du respect, il feu- « droit, à son article particulier, Fexposer respectueu- » sèment et avec tout son cortège de vraisemblance et de « séduction, mais renverser l'édifice de fange, dissiper u un vain amas de poussière , en renvoyant aux article» « où des principes solides servent de base aux vérités op- « posées. Cette manière de détromper les hommes opère « très- prompte ment sur les bons esprits. » D'Alembert dit à peu près la même chose à Voltaire, qui lui reprochoit de trop ménager les préjugés. « Sans doute, lui répond- * il , le 20 juillet 1757 , nous avons de mauvais articles 41 de théologie et de métaphysique; mais avec des cenv seurs théologiens et un privilège , je vous défie de les « faire meilleurs. Il y a d'autres articles moins au jour « où tout est réparé. Le temps fera distinguer ce que « nous avons pensé d'avec ce que nous avons dit (i). • U netoit pas fort difficile, en effet, de distinguer ce que pensoient les éditeurs. Au surplus, rien ne prouve mieux leurs intentions dans cet ouvrage, et les moyens qu'ils prenoient pour réussir, que la Correspondance de Voltaire* « Faites un corps, écrivoit-il à d'Aleinbert, «le 19 janvier 1757, ameutez- vous , et vous serez les « maîtres (2) ; « et le ^4 mai suivant : « Vous avez desarm ticles de théologie et de métaphysique qui me font 0 bien de la peine; mais vous rachetez ces petites ortho- « doxies par tant de beautés et de choses utiles , qu'en « général le livre sera un service rendu au genre hu- % main (3). » Et d'Aleinbert lui répondoit : « J'ai reçu les <j articles de votre prêtre de Lausanne ( cétoit Voltaire « lui-même ) ; nous demandons seulement permission k « votre hérétique de faire patte de velours dans les enci droits où il aura un peu trop montré la griffe. C'est
(1) Correspondance de Voltaire avec dAUmbert, dans les Œit' i>res du premier , tome LXVIU, page 53; édit. ùv8#.
(a) Même volume , page 35.
(3) Même yoL page
Année 1759.
« le cas de recaler pour mieux sauter (1). » Voltaire écri— voit la même année : « Je prie l'honnête homme qui « fera matière , de bien prouver que h* je ne sais quoi « qu'on nomme matière, peut aussi bien penser que le je ne « sais quoi qu'on appelé esprit (2). » Le 1 octobre i7<>4, il marquoit à soo ami : « J'ai vu avec horreur ce que vous « dites de Bayle ( article Dictionnaire ) : Heureux s'il avoit « pins respecté la religion et les mœurs.... Vous devez « faire pénitence toute votre vie de ces deux lignes ; « quelles soient mouillées de vos larmes (S). « Etd'Alerabert lui répond, le 10 : « Vous me faites une querelle « de Suisse au sujet du Dictionnaire de Boy le. Premiè-
« rement, je n'ai point dit : Heureux ma phrase
« est beaucoup plus modeste. Mais, d'ailleurs, qui ne « sait que dans le maudit pays où nous écrivons , ces u sortes de phrases sont style de notaire, et ne servent u que de passeport aux vérités qu'on veut établir ail— « leurs? Personne au monde n'y est trompé (4)- " Personne ne l'étoit en effet. Amis et ennemis ne pouvoient se méprendre sur le but de (ouvrage. Le 8 mars un arrêt du conseil du roi révoqua le privilège, fondé sur ce que les auteurs de ce Dictionnaire , « abusant de l'indulgence qu'on avoit eue pour eux en ne révoquant point le privilège après la publication des deux premiers volumes, en avoient donné cinq autres qui u'avoient pas causé moins de scandale ; et que l'avantage qu'on pouvoit retirer d'un livre de ce genre ne pou voit balancer le tort irréparable qui en résultait pour les mœurs et pour la religion. » Il eût été à souhaiter que tous les agens de l'autorité fussent bien convaincus de la vérité de ce jugement. Mais les encyclopédistes obtinrent une tolérance secrète plus dangereuse peut-être
(1) Même vol. page 61.
(a) Même vol. page 53
(3) Même vol. page 3i8.
(4) Correspondance (te foliaire avec dAlemhert, dans les 0K& Près èa premier, tome LXVIII, page 3a3, édit. in8«.
Annie 175g. 319
•jii* une publicité déclarée. En effet , par cette espèce de compromis qui élu doit les lois, l'autorité ne se croyoit plus responsable de ce qui ne port oit plus son sceau ; et la licence, dégagée de tout frein, acquéroit de plus le mérite do la clandestinité. Ce fut alors que X Encyclopédie devint de plus en plus hardie. Plusieurs coopérateurs se retirèrent, et entr'autres d'Alembert. Ami de son repos, il ne voulut se compromettre, même pour l'intérêt d'une cause a laquelle il étoit si affectionné. Diderot resta seul, et il avoue lui-même qu'il prit de tonte main pour achever l'ouvrage ; ce qui n'étoit p is un moyen de le faire bon. Sa fougue irréligieuse prit dès-lors un essor que lien n arrêtoit , et X Encyclopédie , comme il le dit lui-même, devint un goïijfrc où des espèces de chiffonniers jetèrent pêle-mêle une infinité de choses mal vues, mal digérées , bonnes , mauvaises , détestables , vraies y fausses , incertaines , et toujours incohérentes et disparates. Voilà l'éloge qu'en faisoit le naïf éditeur. Voltaire étoit du même avis. Cet édifice y éerivoit-il au comte d'Argent al, en parlant de X Encyclopédie , est bâti, moitié de marbre , moitié de boue. Je me flatte , écrivoit-il à Diderot, que vous ne soft/frirez plus des articles tels que celui de Femme , de Fat , ni tant de vaines déclamations, ni tant de puérilités et de lieux communs sans principes > sans définition , sans instruction. Le même marquoit h d'Alembert : Laissera i on subsister dans /'Encyclopédie des exclamations ridicules? Déshonore rti-l-on un livre utile par de pareilles pauvretés ? Laissera-t-on subsister cent articles qui ne sont que des déclamations insipides , et nétes-vous pas honteux de noir tant de Jange h côté de votre or pur (t) ? Enfin d'Alembert lui-même disoit , dans la réponse à cette lettre , le 22 février 1770 : L'Encyclopédie est un habit darlequin , où il y a quelques morceaux de bonne étoffe et trop de haillons (2). Telle étoit l'idée que les faiseurs
(1) Correspondance, tome LXIX , page ?6, (a) Même yolune , page 39.
220 Année t7?k).
de l'ouvrage en nvoirnt courue. Jl fut encore rmcw* apprécie par les araif «Je la religion. On publia . en i^58r les Préjugés légitimes contre F Encyclopédie , ou Essai de réfutation de ce Dictionnaire. L'auteur étoit Cbaumeix, qui donna successivement plusieurs volumes sur cet objet. Mais si ces efforts lui attirèrent les cneouragcmrns du chef de l'Eglise, les sectateurs d'un parti que déjà l'on n'attaquoit plus impunément , se liguèrent pour le faire repentir de son ardeur à les attaquer. On l'accabla de sarcasmes et d'injures, qui peut-être ne faisoient autre chose que prouver qu'il n'avoit pas mal combattu ses adversaires. C'étoit lui que d'Alembert (i) appeloit, dans «on style ironique, une manière de p^re de F Eglise. Channieix composa aussi une réfutation «lu livre de F Es* prit. L'ubljé Saas publia sept Lettres pour servir de supplément aux sept premiers volumes de /'Encyclopédie. Mnreau les tourna en ridicule dans ses Mémoires pour servir à l'histoire des Cacouacs ( nom que les philosophas aimoient à se donner}. L'abbé de Saint-Cyr dévoila les variations de leur doctrine et la turpitude de leur morale dans le Catéchisme des Cacouacs , publié en i^r>8. Les premiers pasteurs se signalèrent aussi dan* cette lutte. Le 21 novembre 1759, M.dcFumel, éveque de Lodève, donna contre la nouvelle philosophie une Instruction pastorale, qui cl oit étendue et raison née. il y proscrivoit dix-huit écrits, parmi lesquels étoient Je Dictionnaire du Buy le, les Lettres personnes , de l'Es" prit , un recueil de pièces fugitives de Voltaire, les Mœurs p X Encyclopédie , etc. Cette même année, M. de Pornpignan publia un second ouvrage sur ces matières. On avoit déjà de lui les Questions sur l'incrédulité. Il donna encore F Incrédulité convaincue par les prophéties , oh il faisoit voir l'accomplissement de ces oracles divins, et répondoit aux objections faites sur ce sujet ; et depuis, ce prélat , aussi zélé qu'instruit , fit paroître uue Instruc-
(1) Pan» ta brochure De la Destruction des Jésuite*.
Année 175^. *m
*£on pastoral* sur la prétendue philosophie des incrédiiiles modernes , et la Religion vengée de V incrédulité
par Cincrédulilé elle même. Plusieurs autres écrivains se inireut aussi sut les rangs pour réfuter, soit l'une, soit l'autre des productions philosophiques, et pour opposer une digue à un torrent qui menaçoit de tout détruire. Le 7 juin de l'année suivante, l'assemblée du cierge' fît de nouvelles et plus instantes remontrances sur les progrès de l'irréligion et sur la circulation des mauvais livres.
— Le 3 septembre , les Jésuites sont chassés du Portugal. C'est ici comme la première scène d'une grande tragédie; et l'on nous permettra de raconter, avec quelque détail* ce qui précéda et amena cette révolution étonnante, qui* dans l'espace de quelques années, fît tomber et proscrire une Société entourée jusqu'alors d'un assez grand éclat. Le roi de Portugal , Joseph Ier , qui gouvernoit le royaume depuis 1750, avoit donné toute sa confiance à un homme entreprenant. Carvalho, qui prit successivement les noms de comte d'Oyeras et de marquis de Pombal , jouit quelque temps d'une grande renommée. Exalté par deux partis * traité fort sévèrement par d'autres écrivains, il paraît avoir été bien apprécié par le comte d'Albon , qui , dans ses Discours (1), en même temps qu'il rend justice à quelques réformes heureuses de ce ministre, peint avee* chaleur son ambition , son orgueil , ses injustices et se* cruautés. Mais, sans nous arrêter h ce qui n'est pas do notre sujet, nous nous contenterons de rapporter ce que Pombal fit relativement à la religion. On le vit portée
• dans l'Église même ses vues réformatrices ; changer, dé** t ru ire, asservir les évêques à ses volontés; se déclare» l'ennemi du saint Siège ; protéger les auteurs et les écrite qui prêchoient les nouveautés; favoriser en Portugal un enseignement théologique tout différent de celui qu'on -«voit suivi avant lui , et ouvrir enfin la porte aux systc-
c il) Discours sur l'Histoire , article du Fehtagti.
ftn Année
mes et aux illusions des mauvaises doctrines, dans un pays jusque-là paisible et religieux. Il ne déploya cependant pas tout de suite les desseins qu'il avoit formés. Il parut n'en vouloir d'abord qu'aux Jésuites ; et là, comme en France, ces bommes utiles furent le premier objet des efforts des ennemis de la religion , et les premières victimes qu'ils entreprirent d'immoler. Pombal leur interdit d'abord l'entrée du palais. Il les attaqua dans deux écrits qu'il fit publier. Il sollicita et obtint de Benoît XIV, sous des prétextes dont la solidité n'a pas été prouvée, un bref pour la réforme des abus introduits dans la Société* Il fit interdire les Jésuites dans tout le Portugal. Son despotisme, qui faisoit ployer les grands devant ses volontés, ne méuageoit pas les évêques ; et ceux qui osèrent résister apprirent qu'on ne le faisoit pas impunément. Sur ces entrefaites, le roi de Portugal retournant dans sa voiture, le 3 septembre 1758, à onze heures du soir, k une de ses maisons de campagne, reçoit plusieurs coups d'armes à feu , dont aucun ne paroît avoir été dangereux. On a cru généralement en Portugal que le complot n'avoit pas le prince pour objet , et qu'on n'en vouloit qu'à ua de ses officiers que l'on croyoit seul dans sa voiture. Oa a prétenJu que Pombal n'a voit travesti cet événement ca conjuration contre le monarque, qn'afin d'avoir un prétexte pour donner carrière à ses violences. Ce ne fut que le 14 décembre, plus de deux mois après la blessure du roi, que les emprisonnernens commencèrent. Le procès fut informé avec célérité; et le 17, janvier suivant, sept personnes des plus qualifiées du Portugal et quatre de leurs domestiques, furent condamnés à mort. Les Jésuites, auxquels le ministre en vouloit principalement, avoieut été investis dans leurs maisons, et gardés à vue. Trois d'entr'enx, Malagrida , Alexandre et de Mathos, furent mis en prison. On envoya à tous les éveqnes, au nom du roi, un long manifeste contre la Société, et l'on y faisoit un long récit des crimes et des erreur* imputés à tous ses membres. Enfin, le 3 septembre 1759, ils furent chassés, par un édit, de tout le royaume j
Àtmie 17^ 2^5
déclarés traîtrf9 ét rebelles, et leurs biens confisqués» On les embarqua tous, au nombre d'environ six cents, sur des bâti mens chargés de les-conduire en Italie. Pombai ne garda que trois de ces religieux , qu'il aecasoit d'avoir été complices de l'assassinat. C'étaient les trois qu^ nous avons nommés. Le premier, Malagrida , avoit été condamné à mort , mais non exécuté. Ou n avoit pas encore osé enfreindre les privilèges des ecclésiastiques, et Clément Xlll avoit reFusé les autorisations demandées, ne croyant pas pouvoir concourir à une exécution qu'il regaidoit comme souverainement inique. Il en résulta line longue altercation entre les deux cours. Le roi,. toujours poussé par son ministre, renvoya de Lisbonne le nonce du Pape, et donna l'ordre à son ambassadeur à Rome de quitter cette ville. Cependant Pombal, qui ne vouloit pas laisser échapper sa victime, imagina de livrer Malagrida à l'inquisition comme faux prophète. L'inquisiteur généra) , don Joseph de Bragance, frère du roi, ayant refusé, dit-on, ainsi que les assesseurs de sou tribunal, de condamner le Jésuite, on créa un nouveau tribunal , présidé par le frère du ministre , et on instruisit le procès sur deux écrits attribués au prisonnier. Maisces écrits , s'ils ont véritablement existé , ne prouveroient que l'extravagance d'une tête affaiblie par le séjour de la prison. Quelques-uns ont même prétendu que les frag— xnens qu'on en a cités étaient de la façon d'un Capucin défroqué, nommé le P. Norbert , qui avoit déj;i fort nraltraité les Jésuites dans d'antres ouvrages, et qui, après «voir promené quelque temps, dans différentes contrées de l'Europe, son humeur inquiète et vagabonde, étoit venu, sous le nom de l'abbé Platel , offrir ses services à Pombal, et débitoit à Lisbonne, sons l'autorisation du ministre, force libelles contre la Société. Malagrida fut donc condamné au feu comme faux prophète, et bru lé à r*«ge de soixante quinze ans; et l'excès du ridicule et de l'absurdité fut joint à l'excès de t horreur , dit Voltaire, Platel eut grand soin d'envoyer à ses amis de Paris un détail très-circonstancié d'un spectacle si joyeux. U
Année 1768.
y donne de grands éloges à la sagesse et à la maturité du jugement ; et il se trouva , dit-on , en France un parlement qui condamna un écrit au feu , parce qu'on y partait mal des inquisiteurs qui avoicnt envoyé un Jésuite au supplice. Au surplus, cette affaire fit éclore une foule d'écrits où la Société étoit traitée avec un emportement à peine concevable. J'ai sous les yeux une relation de tout ce qui se passa alors en Portugal , relation où la sottise et la méchanceté vont de pair. On en jugera par ce trait 4|ui couronne l'ouvrage, L'auteur dit qu'on croit que si Malagrida n'avoua pas en mourant qu'il fbt coupable 9 et pwféra de mourir du supplice auquel il avoit été condamné par l'inquisition , c'est qu'il vouloit , par cet expédient , priver le roi de la satisfaction de le faire périr comme chef de la conspiration contre lui. On voit combien ce Malagrida étoit malicieux et rusé hes ennemis de la Société en France surent bien profiter de cet événement pour le faire servir à leurs vues. Déjà, depuis long-temps, ils ne négligeoient aucune occasion pour rendre les Jésuites odieux et ridicules, et plus d'un effort avoit été fait pour les renverser (i) ; mais les circonstances nes'étoient pas trouvées encore assez favorables.
X,e 10 mars, discours du marquis de Pompignan pour Sa réception h l'Académie française. Si nous taisons mention de ce discours , c'est principalement à cause des suites
qu'il
(1) L'historien panégyriste de M ùV Caylus raconte», dans U Vie de cet évèque appelant , qu'en i?53, un inconnu m* présenta cher lui pour lui présenter l'adoption d'un plan qui avoit pour but la destruction des Jésuites II s'upissoit de les dénoncer au ' parlement. U paroit que l'évèque trouva les mesures mu! prise*, et qu'il ne voulut point donner les mains a ce projet , qui nVtoit point eucorc à sa maturité. Vk de C^yius (par l'abbé Dcttey } , tome II.
eut , et parée qu'il fit éclater les propre» et la forcé d'un parti déjà puissant. Le Franc de Pdmpignan, frère de l'évêque du Poy, ItttérateU* ët magistrat d'an mérité distingué, vénoit d'être reçu à r Académie Française. Effrayé, comme* beaucoup dé personnes religieuses , de cè torrent de Bvres anti-chrétiens qui inondott la France; averti, par leur nombre et par leur hardiesse, de l'existence trop certaine d'un parti qui voulbit ébranler la foi dans tes cœurs, le nouvel académicien pensa que dans ce danger commun tout membre de là société étoit soldat. Il crut qu'il devoit plus a la religion qu'a un corps, quel qu'il (at, et il choisit pour sujet de son discours a l'Académie cette proposition, que le philosophe vertueux et chrétien mérite seul te nom de philosophe. t\ s'y expliqua Sans ménagement sur là fausse philosophie, sur ses sectateurs, sur leurs déclamations trompeuses, sur leurs projets hostiles. Ce discours excita contré lui le plus* Violent ôfage. On trouva mauvais1 qu'il se Rit explique avec cette franchise. C'était, disoit-on , manquer à- l'Académie , et blesser toutes les convenances. Des Hommes qui attaqooient la religion journellement , ne purent souffrir d'être attaqués à leur tour. Ils ne respectaient rien, et ils vouloient être respectes. Ils prêchoient la tolérance , ét il* montrèrent , en cette occasion , comme en quelques autrés , l'intolérance la plus ardente. Voltaire, en particulier, së chargea de la Vengeance. Il •e regardoit comme un des écrivains désignas par le magistrat. Il fit pleuvoir sur lui une grêle dé pamphlets , lés Quand, les Si, les Pour, les Que, lés Qui, les Quoi, les Car, les Ah! Chaque courrier de Genève apportait quelque nouvelle facétie, qué lob répandoit et que l'on prônoit partout, ti courut des relations , des lettres, des plaisanteries sous toutes les formés. On lit imprimer • avec des notes contre M. de Pompighah, là prière du déiste, qu'on lut éttribuoit, afin de le mettre V en contradiction avec lui-même. Toutes ces plaisanteries ne sont pas également ingénieuses ; mais elles n'en eurent pas moins d'effet aux yeux de la malignité et de l'as* Tous sxcojr^ • i5,
329 Année 176*.
prit de parti. Le marquis de Pompignan , immolé \ fit
risée publique, céda à l'orage, et se retira dans sa province. Ce triomphe annonçait assez la puissance de la secte qui avoit su séduiré son adversaire au silence , et Ion put présager ce qu elle pourroit un jour. Aussi c'est de cette époque que Ton date avec raison son influence plus marquée et sa puissance croissante. C'est à cette époque que son premier patron prit son essor avec plus de liberté. Jusque là son incrédulité avoit eu quelque mélange de timidité et d'indécision* Mais alors elle secoua le frein. Vivant dans la retraite , éloigné de la capitale , à portée de la frontière , en cas d'alarme , il est probable que cette position servit à redoubler la hardiesse d'un homme qui voyoit d'ailleurs ses contemporains ap- 1 plaudir à ses facéties et même à ses emportemens. Sa Correspondance prend, vers 1757, un caractère d'aigreur et de satire. C'est alors, ou du moins c'est peu après, qu'on le voit arborer les étendards d'un chef de parti. C'est alors qu'il commence à recourir à ces formules et à ces provocations qui annoncent une ligue et un complot. Le 6 décembre 1757, Voltaire écrivoit à d'Alembert s . « 11 ne faut que cinq ou six philosophes qui s'entendent « pour renverser le colosse (1) ; » et le n5 mars suivant : « Si vous vous étiez tenus unis, vous donneriez des lois. « Tous les cacouacs devraient composer une meute (a) ; » le ao juin 1760 : u Ah ï pauvres frères, les premier» fidèles se conduisoient mieux que vous. Patience, ne nous décourageons point. Dieu nous aidera si nous sommes unis et gais. » Hérault disoit un jour à un des frères : « Vous ne détruirez pas la religion chrétienne. » C'est ce que nous verrons 9 dit l'autre (3). Et trois jours après : « Je voudrois voir , après ce déluge de plaisanteries et de sarcasmes, quelque ouvrage sérieux, et qui pourtant
(1) Correspondance de f'oUaire et d'Alembert , dans la collection des Œuvres du premier, «Ut. de Kehj, t. JLXVIU , page 58. (a) Même vol. page 84.
(3) Mens YOi , . !
Jknée 176&. 4257 Wîit Ura, où les philosophes fussent pleinement justifié» et Tint.... (c'est la' première fois que IW trouve ce mot dans la Correspondance avec d'Alembert ) confondue* Je voudrois que les philosophes pussent former un corps) d initiés.... Je voudrais que vous écrasassiez, l'inf*.. C'est là le grand point (1). » Le 20 avril 17Ô1 «» Que les philosophes véritables fassent une confrérie comme les» franc-maçons, qu'ils s'assemblent, qu'ils se soutiennent, qu'ils soient fidèles à la confrérie, et alors je me fait brûler pour eus. Cette académie secrète vaudrait mieux que l'académie d'Athènes et toutes celles de Paris. Mai* chacun ne songe qu'à soi, et on oublie le premier de» devoirs, qui est d'anéantir l'inf..». Confondes l'inf... la plus que vous pourrez (a). » Le 28 septembre 1763 t « Jai toujours peur que vous ne soyez pas assez zélé. Vous enfouissez vos talens. Vous vous contentes de mépriser un monstre qu'il faut abhorrer et détruire. Que vous coûieroit-il de l'écraser en, quatre pages,. en ayant la modestie de lui laisser ignorer qu'il meurt de votre main ? Lances la flèche sans montrer la main. Faites-moi quelque jour ce petit plaisir. Consoles ma vieillesse (3). » Nous ne finitions point si nous voulions rapporter tous les passages ou le chef et le maître (d'Alembert lui donne souvent ces noms) exhorte ses disciples à poursuivre l'objet de sa haine. Il ne s'exprime pas avec moins de véhémence dans ses lettres à ses autres amis. Le 18 juillet 1760, il écrivoit à Thiriot : «'J'avoue qu'on ne peut pas attaquer l'inf... tous les huit jours avec des écrits raisonnes, mais on pept aller , per donios y semer le bon grain (4)*. * A DamilaviUe, en mai 1761 : « Coures tous sus à l'inf...
(1) Même vol. pages 119, tao et 131.
(a) Correspondance de Foliaire et d'Alembert, dans la collection des OEuvres du premier, édition de Kchl, tome LXVIII, page* itt et 164.
(3) Même vol. pages a54 et a55.
(4) Correspondance générale, toQV IVI des QEuvrtl de f#f» fUire , page
Jrwéé Î76Ô.
fcabilcméttt. Cec^im'intëncsse, c'est la pro^grrtîoH 4« la loi , de la vérit*, le» progrès de la. philosophie, et |^UÎMMM»t'd6 FM... (*).»' A Sûuribr«i octobreM76T r ë II faut' que tes freire* réuni* écttsent les coquins. J es> tiens teujour* ^ ^déSêmùt eït Cartluigo fi). * A D*mihwiUei, te 4 tfVrie* : * En-gag*» fewTrfe» ft^rt* Si «oVirsuivre l'iwlU. de vive vfcl* etf perecrit, sans lm donner «* moment <fe «lâcl^c f3). *■ A» oomt^dîArgwitel t le 16 du' même rîfois* * tant? que vOuspoorrer fc* plu*, i^e* *flbW ^ A *dvërtB»< le £ **{ ï7«3 : jr »feu *^***ftand*r« compte Wc ro* latent. Vous pcmvê* pta* è*e personne éct-iise* rarwu* 0), • A NttfiM, te * ma* «76* : *r«*o* fes frères a» combattre avec force et prudence pour la lionne cause <6). » Enfin- le vies» philosophe est saus cesse ecctlpé à ameuter son monde, à échauffer le» esterfts,- & provoquer des cirages.- Que aurons-nous de b fbtmù te qu'il avol* iflretfteV peur aligner la doctrine antique eti n»spêc<abte qu'il a voit prise en bame? fépiithete dirtfame applique^ à la religion ! On esVls? fureur, ou est te fhnatteeae, si ce n-est dans ces d<%em mations1 emportes* On les trouve répétëès à satWttfdanS te €or- WSpondàr«e, et assaisonnées (Vimpietéi m**dte* , de Sarènsmes grossiers et même d'obscénités boitantes. Bientôt il imagina wtte abrfviatio* : eV. Vty. 0**- ^uefWs il s'en servoU comme dtooé sififWMfe ; *mtôt i?cr\ tantôt Étrftof. C'est sor^tdut- 4epai« r^6e jusqu'en' 1766 qu*fl nsâ le plus fréquemment de ce cri fie a^érre , monumèrtti d'une' violence que r«|je sétnMeît accroître en toi. A» surplus*, tt'preifeH pou* hiitesevi , - , - 1 - — w
(1) Tome LVII, page irj.
(i) Même vof. page a6a.
(3f Même vol page 333". .i. ...
(4) Même vol. page 345.
(5) Tome LVHI , pag^ ug.
(C) Même toL page 35> ;
Jjtmée -176*
ex ]e»«ncoumgemeti8 qu'il adressent *vec ta»* 4e chaletr* aux autres.. Il publia, eu #7^0 , l'Es*** sur le* mœurs *jt l'esprit tdçs nation* depuis ÇJuirleunqfçne , .uuvrago eomwencé ,<Jcpuis i"4° > e* (lu^ Semble un manifeste contra le christianisme et «contre les chrétiens. Qu.jr rassemble* tout ce <qoi peut ieur jêtre défavorable. On tait 4e b*tn v on cogère >le mai , on conteste tant œ qui peut tournet a 1 honneur la religion. So«* la plaine dte-frate**» les^évangiles, h* martyrs, rétablissement idu chriatiani&me. tout oreod une couleur d'ituoosiure. Les Panes.
ll^t j*V flAr^fi Lt*% Âftll VPF^fcïlV* 1*1*1 Îffîft*tlX CAr\f !U9Ài aya/v pi«
et loue, au contraire , leur extrême douceur, $ik f eut, quelque persectition?.ce fut pour des raisons d&at. Dana le ebapitre sur le mahçBteJisme , l'auteur justifie -cette réunion, iln . reproche de nouveauté et d'intolécance. il dit formellement qu'elle devint indulgente et tolrnarito, tandis que naine sainte H douce religion , 4e sont ses parole*, -c*! devenue ^ par nos fumurs ,. la pins 4ntùle*> wnte de toutes et la plue barbare* Cétoti. là œ*p»oo ai>i>elait alors de ltmoartialité et une couleur i>lnlosL>i>hi» que. Pas 4c ebapitre au il n'y ait quelque trait accablalil^* tort if^^cir y ^ic^ ^^Iiii3^i) te sur &u£ct& l^^â plus sérieux, d'^otidjeu* rapprocjbemeps, une opposition presque constante avec les monurneps historiques, dans tout ce qui -touche à la religiou» vpijà le . caractère de YEss.aU Dans le poème sur le Désastre 4* Lisbonne, Voltaire parut prendre plaisir a calomnier la Providence et à désespère? U nature humaine, et J. J. Rousseau*, dans une 4e ses lettres, lui reproche, quoiqu avec poli- . tesse, ooe doctrine si peu faite ponr l'homme et si peu
même sens, et, considère' sous le rspport du goupil ne fait pas plus 4houneur à aau auteur. Le ton eu tmt souvent très-voisin de la grossièreté. L'Eccle'siaste et lè Cantique &s~ canÏÏquèr sôn\ des parodies indécente* de j|e«* tiyrcs de la JàHe* l& jieiatimd* la nmladia et
a3o Avatie 1760.
de ta mort du P. Berthier n'est qu'une fecétie destinée % couvrir de ridicule un homme dont on redoutoH les talens. Nous avons perlé de tous les pamphlets décoches contre M, de Pompignan. 'Plusieurs autres plaisanterie! 6e rapportent h la même époque : le Pauvre Diable , le Russe à Paris -, la Vanité, la Conversation de V abbé Qrizel et l'intendant des Menus , le Re serti de V empereur de la Chine , etc. Ces pièces détachées, dont l'intérêt et le sel ne portoient le plus souvent que sur un {ait de ce temps, tendoient toutes au même bot. Voltaire s'y pfoposoit d'accabler ses ennemis de ridicule, et de se justifier lui et ses amis. Il deroandoit à Tbtriot et Vd'Àlembert des détails contre les adversaires de la philosophie, des anecdotes sur Gauchat , Moreao , Chautmeix, Hayer, Trnblet et autres; et d'Alembert lui en envoya en effet. Ges écrits et ces moyens n'annonçoient-ils pas un parti , une secte, un complot? Nous ne croyons pas qu'il puisse rester, à cet égard, \é moindre doute à. qui aura suivi l'histoire de ce temps, et examiné les écrite de Voltaire et de son école. M. Lacreteile, dans son Histoire de France au xvtif siècle , a reconnu V existence de ce complot, et en parlant des écrivains philosophiques, ii dit : La diversité qui régnoit entre leurs talens , ne les rendoit que plus propres à produire k résultat auquel ils avoient tous l'intention secrète ou dé» clarée de concourir (i).
— Le 18 avril, arrêt du parlement de Paris concernant les congrégations et confréries. Cet arrêt étoit principalement dirigé contre les Jésuites, qui avoient chez» eux , comme on sait , des congrégations où l'on adraettoit ceux qui vouloient se lier edtr'eux par la communication des mêmes prières et des1 bonnes œuvres. Jusque la on ne s'étoit pas douté que ces réunions pussent être dangereuses. Il ne sy passoit rien de secret, rien qui ne tournât au profit de la religion; mais la haine Vêtant
. (1) Histoire de Franc* pend *>it le XPIII* siècle, tome U*
Jnttèe <a3i
eVeilléc contre les Jésuites, tout ce qui venoit d'eu* paroissoit à des gens soupçonneux fait pour donner l'alarme, et ce fut à cette époque qu'on porta les plus rudes coups à la Société. On sait qu'elle doit son origine à Ignace de Loyola, gentilhomme espagnol, qui vivoit au commencement du xvi# siècle. Ses vertus , sa piété et le culte que lui rend l'Église, ne l'ont point mis à l'abri des sarcasmes et des injures des ennemis de son ordre. 11 est certain pourtant que ce furent ses qualités émineotes , ainsi que le sèle et les travaux de ses associés , qui propagèrent eu peu de temps la Société naissante. Elle 6t de rapides progrès, et se distingua par les services qu'elle rendoit dans les missions et dans les collèges , et par de nombreux écrits pour la de'fensede la religion. Les protestons , accoutumés à voir leurs erreurs attaquées par les Jésuites, les regardèrent comme des adversaires redoutables qu'il fàlloit déprimer. De là les calomnies de leurs écrivains , calomnies copiées trop souvent par des auteurs soupçonnés de favoriser les nouveautés. Les plus déterminés jansénistes n'oseroient sans doute souscrire à toutes les injures de Scioppius, ni à toutes les diatribes de Pasquier. On rougit pour ce dernier , quand on le voit traiter S. Ignace decaffardy de Mânes , de démon incarne', 4e grand -âne , et tous les Jésuites de Juifs et de Judas. Saint François Xavier même, cet apôtre si célèbre et si télé de l'Inde , n'est pas à l'abri de ces grossièretés. Je ne pense pas que la réputation des Jésuites doive souffrir beaucoup des injures d'un homme si passionné. Encore m'abstiens-je , à dessein de rapporter ses expressions licencieuses. La Société s'établit de bonne heure en France , et si elle eu fut chassée en i5g4 9 sur des prétextes que saisit avidement la malignité , elle fut au moins conservée par les parletnens de Guienne et de Languedoc , et rappelée quelques années après par un prince dont la meV moire sera toujours chère aux Français. Elle se rendit fort utile daus l'exercice du ministère et dans l'éducation de la jeunesse, produisit une foule d'hommes célèbres ^u*s tous les genres , donna d'exceUens ouvrages , et ai
2$3 Jmée 176*.
de grands progrès dans les sciences et les lettres. La
partialité la plus outrée pou voit seule lui contester la gloire d'avoir contribué au retour des lumières et à la renaissance a]u goût. La théologie a été et de voit être particulièrement l'objet des études des Jésuites. Ils travaillèrent beaucoup dans ce vaste champ. Les épines dont il est hérisse en ont écarté quelques-uns de la Boute véritable, et, daps cette foule d'auteurs, il en est sans contredît qui se soot égarés. Qui pourrait en (aire un crime au corps entier, et le rendre responsable d'erreurs qu'il n'adopte pas? Quelle société éviterait la proserip^ tion , si pour la mériter il ne fallott que renfermer dans son sein des membres suspects ou des, théologiens inexacts? On a beaucoup crié contre le système de Molina, Jésuite espagnol, qui prétendit expliquer les opérations de la grâce; mais ce système, quel qu'il soit d'ailleurs, car nous n'en prenons pas la défense, n'a pas été condamné; et l'on ne peut, sans injustice, faire un crime à ses parti* sans de l'admettre, epeore moins en faire une hérésie» quand on sait fort bieu que c'est upe opipion peu pro-* bat>Je, si l'op veut, mais abandonnée par l'Église au» discussions de l'école. Que dire donc de ceux qui ont voulu faire du mot de moliniste un sobriquet injurieux, sinon qu'il étoit bien maladroit de reprocher aux Jésuites d'approuver un système non condamné, tandis que soi-; même op professoit une doctrine tant Je fois et si solen* iiellemcnt proscrite ? Ceux de ces religieux qui ont donné dans quelque erreur, pont point (ait de secte , et 00 peuf remarquer que la plupart de çeux (font qp cite les écarts, n'ét oient point de notre nation. Ainsi ce ne furent poio* les fautes de quelques particuliers qui donnèrent aux Jé«* Suites tant d'ennemis. Une dos principales sources de la haine qu'on leur porta, ce fut leur t^tie pour la religion* Ce xèle, manifesté d'une manière remarquable lors de L| naissance du jansénisme, produisit contr'eux le déehaîoe-f ment le plus violent. Les novateurs leur attribuèrent tous les coups qu'ils rece voient. C'étoit une ruse pous faire croire uue les condaujuaî ions portées contre la secia
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paisflao te Soient le fr^M'iiae.cahale , et pour « expliquée en conséquence avec plus de liberté sur des jugement, auxquels 011 était décidé à oe pas obéir. Si la Société ne fut pas des dernières a combattre l'erreur f elle ne fut pas, à beaucoup près, la seule, et il serait absurde de mettre sur son compte tout ce qu'a lait l'Église , pendant cent ans,, contre la doctrine de levcqne d'Y près et de ses sectateurs. Les amis de Jansénius eux-mêmes nous: ont appris que la Société avoit peu de crédit à Rome sous. Innocent X. Le docteur Hallier , qui ftit envoyé à Rome pour la condamnation, des cinq propositions, n'a jamais été accusé de favoriser les Jésuites, contre lesquels il a* écrit. Le clergé de France a proscrit le jansénisme, comme les excès 4e la morale relâchée dont les Jésuites étoient accusés j et les Papes n'ont pas montré moins de jsoin et de zèle à réprimer les écarts des membres de la Société, lorsqu'ils en ont trouvé en faute, qua poursuivie les erreurs de leurs adversaires. Si un parti puissant' attaqua donc avec tant d ardeur les écrivains de la Compagnie, c'était pour faire une diversion utile à ses «intérêts, et détourner de dessus lui-même l'attention des ' pasteurs* Çe sont ceux-là même qui ont voulu faire croire que |e jansénisme n'était qu'un fantôme, ce sont ceux-là, <Jis-je , qui se sont amuses à faire de la puissance prétendue des Jésuites un fantôme destiné à en imposer aux crédu-i les. Tels furent les motifs qui dirigèrent la plume de Pascal. On connott les Provinciales de cet habile écrivain ; elles ont fait une grande fortune , et n'ont pas peu contribué à jeter dans bien des esprits de la défaveur sur les Jésuites. En lisant ces Lettres , on ne s'inquiète guère ai les portraits qu'y trace l'auteur sont bien ressemblans , a il n'a point chargé ses couleurs , si les écrivains qu'il ■ veut immoler à la risée ont dit réellement ce qu'il leur fait dire. On ne songe pas que Pascal , suivant le témoignagne de ses amis mêmes, consultait souvent des mémoires peu sûrs, sur lesquels ils bâtissoit des raisonne*-, xneos ; qu'il n'était pas théologien , et qu'il se contredit ^ueiqueibis Itti-w&ae, ta leçjeur, que se* sarcasmes
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amusent , n'en examine pas la solidité. « Tout le Grre porte à faux , dit un historien qui a contribue* pour sa part à ia destruction des Jésuites. On y attribue adroitement à la Société les opinions extravagantes de quelques Jésuites espagnols et flamands. On les eût aussi bien déterrées chez les casuistes Dominicains et Franciscains* Mais c'étoit aux seuls Jésuites qu'on en voulott. On tâ— choit de prouver dans ces Lettres qu'ils avoient un dessein formé de corrompre les hommes (i) » : calomnie visible, que repoussoit victorieusement leur conduite. Après les Provinciales vint la Morale pratique , où Pont château et Arnauld entassèrent, en hnit volumes, les faussetés et les injures. Ce répertoire d'impostures, censuré par des docteurs de Sorbonne , condamné au feu par un arrêt du parlement de Paris, et proscrit à Rome, tomba de bonne heure dans le mépris qu'il méritoit. Mais les fables qu'on y avoit insérées ont été reproduites depuis en tant d'autres libelles, que le parti n'y a rie» perdu. Le gazetier fut un de ceux qui se chargèrent plus efficacement de les ressusciter. Le démon de la haine lui inspirait probablement toutes les injures dont il accabloit la Société et ses membres. Il mettoit tout à profit poup la couvrir de mépris. Les livres des PP. Pichon et Berruyer avoient fourni successivement un aliment à sa haine et un prétexte à ses diatribes (i) ; mais l'affaire
(1) u De bonne foi,. dit le même écrivain, est-ce par la satire ingénieuse de» Lettres provinciales , qu'on doit juger de la morale des Jésuite»? C'est assurément par le père Bourdaloue, par le père
, Cheminais, par leurs autres prédicateurs, par leurs missionnaires. Qu'on mette en parallèle les Lettres provinciales et les Sermons de Bourdalûue : on apprendra dans les premières l'art de la raillerie . celui de présenter de» choses indifférente» sous des face* criminelles, celui d'insulter avec éloquence; on apprendra avec Bourdaloue à être sévère arec soi-même et indulgent pour les autres. Je demande alors de quel cote est la vraie morale , et lequel de ces deux livres est utile aux hommes » Lettre de Voltaire au père Latour, le J Jevrlcr 174Ô, tome XLIXde ses OEavres, page 89.
(2) Le livre de Busemhaum fit , à la même époque , un grand c$ùt, et ue servit pas peu à exciter les esprits contre le« JesmUs.
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éb Portugal vînt propos lui donner la plus belle occasion ,d'exhajer tout le fiel dout il étoit rempli. U ne permettoit même pas de mettre en doute si Les accusés étoient coupables ou non. U louoit à outrance les mesures prises par le roi de Portugal , et exaitoit sur- tout le zèle religieux , la modération et la clémence de Pombal. L'expulsion des Jésuites étoit un trait de la plus haute sagesse, et tous les souverains étoient invités à suivre un si bel exemple* Ces éloges intéressés; valurent même, dit-on, à ce folliculaire une boîte d'or que le ministre -lui envoya. Cette riche récompeaic redoublant son zèle, il s'anima de plus en plus à déclamer contre des gens odieux , et à tâcher de procurer aux Jésuites de France le même sort que venoient d'essuyer leurs confrères de Portugal. Un incident peu important en lui-même seconda ses efforU ; Je P. La Valette, Jésuite, résidant à la Martinique, se mêloit de commerce, et avoif tiré une lettre de change sur le P. de Sac y , son confrère, demeurant à Paris. Les Lioncy, frères, et Gouffre, négocions de Marseille, étoient porteurs de cet eflèt. U fut protesté ; il y eut des négociations; l'affaire traîna et ne s'arrangea point* Après quelques délais, la contestation fut portée au parlement de Paris, où elle fut plaidée avec une extrême chaleur» Ce fut à cette occasion que les avocats des Lioncy commencèrent à se déchaîner contre les constitutions de la Société, et prétendirent y trouver le germe de tous les désordres. Ces constitutions navoient pourtant rien qui les distinguât beaucoup de celles des autres religieux; mais on ne vouioit que trouver des prétextes. Tout devient une arme pour des gens qui veulent le combat. Ces constitutions recommandoient avec force TobéUsance aux supérieurs , comme étant la basa de la perfection religieuse. On en conclut aussitôt que ce pré-
On sévit à Toulouse et à Paris contre cet ouvrage , dont la doctrine étoit « sur plusieurs points , fort répréhenaible et dangereuse , et dont la réimpression etoit doublement blâmable <Ws de telles eir- <3>ù£Ujbcçs, * . : ■ t
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cepte msuxneit adroitement qu'il falloir, faire y sans exeep"» Iîob, tout ce que les supérieurs commandei'oieot , lut-c* iiu-roe des crimes, des révoltes, des assassinats. CVst à peu piis de cette manière qu'on raisonna sur les autres points de la règle. De telles preuves parurent couvain** tantes ù des hommes déjà prévenus. À l'audience du parlement, les avocats de la Société furent souvent in terrons pas de murmures et de huées par les hommes modères qui remplirent la salle, tandis que les sarcasmes et Jes sophisme* des défenseurs des Lioncy, excitotent de nombreux applaudissemens. Le Pelletier de Saint- Fargeau parla ensuite pour le ministère public, et fut tout en faveur des Lioncy. L'héroïsme de son courage , dit le jndicietix gazetier , parois sort une merveille incroyable pour notre siècle. Quel courage héroïque il falloit avoir en efit't pour tomber sur des gens déjà en butte a tant de eoups! L'arrêt du parlement fut rendu le même pour (H mai 1361 ), aux acclamations réitérées, aux trépignemens de pied , et aux démonstrations de joie bruyantes et multipliées de ceux qui étaient venus la pour jouir de leur triomphe. Les Jésuites furent condamnés a acquitter les lettres de change, et à payer en outre 5o .000 livres de dommages et intérêts. Nous ne discuterons point l'équité de ce jnçement. Le père La Valette étoit coupable : mais ou ne peut croire que dans tout antre temps on Weùt pas rendu ht Société entière responsable de T imprudence ou dejs tlélits d'un particulier. Quoi qu'il en soit , cette affaire, h laquelle on n'eut donné dans tout autre temps qu'une attention médiocre, acquit dans ces conjonctures nne importante extraordinaire. Lors de l'affaire do Portugal, on peignait tous les Jésuites comme des régicides. Au procès îles Lioncy, on prétendit qu'ils étoient tous trafiquais. C'est ainsi que raisonne la haine. On ne voyoii juç jifeeJJcs (i) conjrg eu*, Leurs ennemis avaient aenti
(1) <JI en paroiwoit tous les jours de nouveaux. Toup las fory phé i du parti avoient réuni leurs etterta C lemcncet , Co«iilreUet
$ue ©Vtoit le moment 4e frapper & coups redoublés. A force d'érrire, de répéter les ancieûiies calomnies, d'eû inventer de nouvelles», d'esciter Jeurs partisans , de latrê jouer tous leurs ressorts * ils éurenl enfin le plaisir de renverser oe qui les eftusquoit* Peut-être cependant que malgré tous leurs efforts ils n'eussent pas réussi dans-leur projet* si une autre secte nëtoit venue à leur Mais les nouveaux philosophes* qui travaillaient si sa m meut à l'anéantisse ment de la religion, avou que l'extinction des ordres religieux étoit un des premiers moyens qu'ils dévoient mettre en usage. Il leur parut qu'il falloit d'abord sacrifier i*s Jésuites. On se ligua contr'eu* : l'association des deux partis en cette rencontre n'est pas douteuse* Z*èS pdHemehà , dit d'Alembert ( lettre à Voltaire, du 4 mai ) , croient servit fa fèlte giô/t y m air ils servent i* raison sans s1 'èh douter * ce sont des eœecuietsrs de la Ivaute justice pour la pki/à-' sophie dont ils prennent les ordres sans le savoir» Il s'exphquoit à peu près de même dans une brochure qu'if publia sur la destruction des Jésuites. 11 y oe cei événement aux encyclopédistes « et sous le duo auteur désintéressé, H annonce tontes les espérances que lui et les siens cîoncevoient de cette destruction. Tout favorisoitcleiWcurs a cette époque les vœux des deux partis réunis. On ftevott que trop éprouvé (a* fbiblessedu prince $ et les désastres d une guerre malheureuse, ainsi que d autres causes qui sont asset connues, a voient Contribué à avilir l'autorité et a. enhardir quelques têtes. Les dispo-
oublies aujourd'hui , avaient sans cesse la plume à la main pour dénigrer la Société entière. lia cherchèrent même , a ce qu'il paroi t , Hors de leur *rin des athlètes ponr les secoud.-r Diderot , dans une lettre Su pète Casiel, assure qo\>rt lui offrit de l'argent et des mémoire» pour m venger des lésukes ♦ m «s qu'il réfuta ru* ot l'autre. Rouleau t dans sa lettre à FurchevèqB*? de Paria , en 1763 , parle aussi de acnihlaUes propositions qui lui furent faites , et le répète encore d'ans Une autre lettre , en date du 28 mai 1764» ( Vityei TéâîMdh de* ses" OE ui>res [par Mercier cl feriiard] ; Paris > ppÂvViw XXXI , al* ûa, > -
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sitions du parlement n'étoient pas équivoques. Le mtmsÇ 1ère étoit peu fevorable à la religion; celai qui y occupoit la première place, ne montrait qu'indulgence pour la nouvelle philosophie. Il laissa attaquer impunément leftt Jésuites. On prétend même qu'il encouragea les parlement a porter les premiers coups, et que, sans paraître encore^ il mit en avant les plus ardens ; jusqu'à ce qu'à force d'in«* si nuat ions et <f intrigues , il eût poussé* 1e roi à sanctionner* pour ainsi dire, les excès de ses tribunaux.
Le 17 avril, l'abbé Chauvelin dénonce an parlement de Paris les constitutions de la Société. Ce fut là le premier acte public de l'hostilité contre les Jésuites. L'dbbé Chauvelin étoit un conseiller clerc au parlement, qui y joua un rôle fort actif dans les querelles avec la cour* Ardent, empresse de paraître, on n'eut donc pas de peine à le mettre en avant. Il dénonça les constitutions de /a Société, commue renfermant plusieurs àkoses contraire t au bon ordre , h la discipline de l'Église , et aujr matin* mes du royaume. Cette découverte d'un conseiller, qui apereevoit dans des règles connues depuis deux cents ans ce que personne n'y avoit encore vu, méritait d'être accueillie, et le fut sur-le-champ par les magistrats, quî ordonnèrent l'examen des constitutions. Dans les dispositions où l'on étoit , on y trouva tout ce qu'on voulaU Le 8 juillet, autre discours de l'abbé Chauvelin, pouiî dénoncer les opinions pernicieuses y tant dans le dogme que dans la morale } de plusieurs théologiens J e' s lûtes, anciens et modernes, d*où le judicieux magistrat concluoit que tel étoit f enseignement constant €t non interrompu de la Société. On ordonna encore des informations sur cette assertion. Cependant le roi avoit fait dire au parlement qu'il comptoit que l'on ne statuerait rien sans savoir ses intentions. Le 2 août , il rendit une déclaration, qui prescrivoit à chaque maison de Jésuite*
limée 176*. a3g
4e remettre au conseil les titres de son établissement, et au parlement de surseoir pendant un an à statuer sur le» instituts et constitutions de ces religieux. Mais quatre jours après, le procureur-général au parlement fut. reçu appelant comme d'abus de toutes les bulles ou brefs coti— ' cernant la Société* On condamna au feu vingt- quatre ouvrages de.Jivres jésuites, comme séditieux, destructifs de la morale chrétienne , et enseignant une doctrine meurtrière. On déclara que tel étoit l'enseignement constant et non interrompu de la Société, et que tous désaveux et rétractions à cet égard étoient inutiles ou .illusoires. EoGu on défendit à ces religieux de tenir des collèges, et au* sujets du roi d'y étudier ou de se faire Jésuite. Le roi ayant, par des lettres patentes du 29 août, suspendu l'exécution de ces différentes mesures , les magistrats stipulèrent dans l'enregistrement que cette suspension ne passeroit pas le i*r avril 176a. La foiblesse de |a coup augmentoit leur hardiesse. Le roi étoit sollicité en faveur < des Jésuites par la reine son épouse, par le Dauphin, ce prince d'un sens si droit et d une vertu si solide , par ses autres enfans , parles seigneurs vertueux, enfin par la connoissance qu'il avoit et de l'utilité de ces religieux et de la passion qui aniraoit leurs ennemis. Mais d'ua autre côté, un ministre fort en crédit, et une femme, alors puissante à la cour, et qui avoit , dit-on , des motifs personnels pour ne pas aimer les Jésuites , servoieot , par leurs insinuations auprès du prince, les vues des philosophes et les entreprises du parlement ; et au lieu qu'un gouvernement sage et ferme eût contenu les magistrats, on laissoit détruire des établissemens utiles, et sacrifier l'intérêt de la religion et de l'état à leurs animosités personnelles.
— Le 5 mai , jugement rendu par la Tournelle , à Paris, contre des coavulsionnaires arrêtés le vendredi-saint précédent. Les convulsions duraient encore. Cette folie monstrueuse, née dans un parti dont elle est l'opprobre, continuoit à exercer ses ravages. Les mon u mens du temps attestent qu'elle avoit survécu au ridicule dont on 1 avoit
justement couverte, et aux foibles efforts faits pou* U imprimer. Il se tenoit fréquemment des assemblées de convukiontaaires. On en voit ehes la marquise de Vieuxpou t, dame dévouée au parti , et qui même eût f je trois, depuis l'honneur de frire des miracles. Un frère -Ottia, chef dune bandé particulière, fut arrête*, lé 27 janvier ■ 741 » & Saint- Médard , et mis à Bicêtre. Il a voit des sectateurs qui se hâtèrent de faire connoltre deux apparitions du prophète Eue à ceconvulsionnaire* Une attire convulsionnalre, Oubrteile Moler , étoit en grande réputation d'habileté*. La brochure intitulée : Suffrages em faveur de Âf. de Mongéron , montre combien les eosw vulsions conservaient encore de crédit. Untbroehuite (§} contieiit des renseigneraeiis plôs positifs encore sur e« scènes déplorables, et sur le nombre d'insensés ou de dupes qui y jouoietrt un rôle» Oè y voit figurer des noms connus et des gens de la plus basse classe , des femmes , des avocats, le dirons-nous, des prêtres, des religieux, qui ne rougissoient pas de prêter leur ministère à ces représentations burlesques et scandaleuses. Il y avoH toujours à" la tête nhe espèce de directeur , 'qui préaidoit aux réunions , qui gutdoit les convulsionnafres' i qui régloit les secours à accorder , qui enfin exerçait sur ta troupe son ininience et son auioriic. î/tux nomnies principalement remplissoteHt ces fonctions h Pari9 , vers 1760^1*00 «toit un avocat, nommé de la Barre, fils Unique cftm greffier en chef du parlement de Rouen 5 Fautre étoit on P. Cottn , de l'Oratoire. Toiis deux tMvaiUdieut i /'envi l'un de l'autre, Il qui ferOit le pins dé tnerveilfes. et exciteroit le pins l'attention et la curiosité. Nous avons l'histoire de trois de leurs assemblées, rédigée par der témoins oculaires (2). Ces relations, qui- paroissent fort
exactes
(1) Les progrès du jansénisme, par frèr* Lacroix. Qiu'lom^ 1753. C'est une brochure ûv8» de 8.j page*.
(a) Dans la Corrrspondance de Grimm , I*» partie , tome IIT4 ft*s trois relations commencent à la page II , à la page i34»*e* à la page «46 de ce roluùae»
Année 1761. a/f*
exactes et fort circonstanciées, ont pour auteurs MM. de la Contamine et du Doyer deGastel ; le premier , membre de l'Académie des sciences , et le second , son «mi. Le premier raconte qu'il fut admis deux fois aux assemblées du P. Cottu, au mois d'octobre 1758, et le vendredisaint, i3 avril 1739. Ce jour- la il devoit y avoir nrt spectacle extraordinaire , qui excitait particulièrement l'admiration des amateurs. On devoit crucifier la sorov Françoise. C'était, en quelque sorte , uue représentation solennelle, par laquelle on chereboit à réveiller, de temps en temps, le zèle des dévpts. La mode n'en était pas entièrement nouvelle. Il y avoit eu des tentatives, a cet égard , en 1733 , et l'horreur de quelques personnes pour cette scène barbare , l'avait seule empêchée. Mais on était devenu moins difficile, et les crucifieraens avoient lieu fàe temps en temps. La sœur Françoise, dont nous avons parlé, a voit été crucifiée deux fois en 1758 , le vendredisaint et le jour de l'Exaltation de la sainte croix. Elle Je fut encore le vendredi-saint de l'année 1759, et c'est de cette opération que de la* Condaraine dressa un pro-» ces- verbal très-détaillé , que l'on nous à conservé. II rie fot introduit dans l'assemblée que par surprise. 11 trouva dans la salle le P. Cottu , le P. Guidi , de l'Oratoire, Un conseiller au parlement , un jeune avocat et quelque* dévotes du parti. La sœur Françoise fut crucifiée. Le P. Cottu lui cloua lui-même les pieds et les mains. L* sœur resta trois heures et demie sur la croix. Ou lui enfonça une lance dans la coté* Elle se fît présenter doute épées nues sur la poitrine. De la Condamine s'assura que cet endroit de son corps était garai et rembourre? de plusieurs objets, entr'autres d'une ceinture de cuir. Quand on décloua la sœur Françoise, elle parut souffrir beaucoup, et saigna , mais sans se plaindre. Cette doyenne des convulsion naires était apparemment endurcie au métier. Elle avoit fondé au Mans , deux ans auparavant, une petite colonie de convulsionnais Pendant qu'elfe était en croix , le P. Cottu voulut aussi y mettre nne jetine cnnvulsioanaire , nommée Manie* qui ne s'y prêtait qu'atoux si coud. 16.
$4* Annie i7<ft.
Tec répugnance. Elle avoit déjà été crucifiée, dit de là Condamine dans la relation citée , et elle s'en souvenait. On n enfonça pas tant les doux , et au bout de trois quarts d'heure , on fut obligé de la retirer; elle étoit expirante. Tel est le précis du long procès- verbal dressé par de la Condamine. Il y note minutieusement tout ce qui se passa en cette occasion. Le jour de la saint Jean de k même année , il assista encore, avec du Dover de Gastel f â une autre assemblée , qui se tint chez le même P.Cottu, et qui, avoit attiré beaucoup de spectateurs. 11 s'agissoit de voir la même Françoise, qui avoit annoncé que ce jour- Ta elle se feroit brûler sa robe sur son corps sans en être atteinte. Elle se fit d'abord donner tous les secourir vulgaires, les coups de poing, les baguettes, le biscuit. Elle se fit pointer avec des épées. Du Doyer croit qu'elle étoit rembourrée. 11 offrit ses services qui ne forent pas acceptes. Quant au miracle de la robe brûlée, il n'eut pas lieu. La sœur eut peur, et résista aux instances de Cotlu et de Guidi , qui lui représentèrent en vain quelle devoit obéir à la prophétie qu'elle-même avoit faite , et qui étoit incontestablement inspirée. On invoqua inutilement tous les saints du parti , Paris , Soanen , Moler. La timide sœur avoit peur d'être brûlée. La compagnie se retira sans avoir vu le prodige. La relation de cette séance est dressée par du Doyer de Gastel. Le même est auteur d'une autre relation d'une assemblée qui se tint le vendredi* Saint 1760. Âpres avoir été témoin des merveilles opérées chez le P. Cottu , il voulut voir celles de la Barre, avocat au parlement de Rouen. Il obtint d'assister au crucifiement qui devoit avoir lieu au jour indiqué. L'assemblée étoit nombreuse, et contenoit, outre quelques profanes , deux anciens Oratoriens s de Laures et Pinault, qui avoient joué eux-mêmes un rôle dans les convulsions, tin conseiller au Châtelet, et des frères et sœurs convoi sionnistes. Deux filles étoient en croix. Elles y restèrent une heure, et parurent souffrir beaucoup lorsqu'on leur arracha les doux. De Vauville , c étoit le nom de guerre de la Barre , présidoit à tout* Après le orucifiemcojt, il
fit 'entrer une antre sœur à la laquelle il donna les secourt» Il lui marcha sur le corps, et lui administra les coups de bûche , les soufflets , quand tout a coup entra un commissaire de police qui vint troubler la fête. Il paroît qu'on avoit fait dire à la Barre de ne pas tenir d'assemblée, et qu'il n'y avoit point eu d'égard. On l'emmena à la Bastille avec quatre sœurs convulsionnaires. Du Doyep Ait appelé pour leur être confronté. L'une d'elles, sœur Félicité, avoua qu'elle avoit été séduite, que les convulsions lui faisoient mal , mais que la Barre les lui avoit réglées à trois par semaine. Les autres persistèrent à soutenir que leur œuvre étoit divine, malgré les observations du témoin qui leur prouvoit qu'elles étoient four* bes ou dupes. L'interrogatoire eut lieu au G ha tel et. La Barre fut condamné à neuf ans de bannissement. Les quatre filles furent renfermées à l'Hôpital pour trois ans, et il fut. fait défense de tenir des assemblées de convulsionnaires. Elles continuèrent néanmoins dans l'ombre, et elles ont eu des sectateurs jusqu'à ces derniers temps. On a entendu parler des scènes arrivées dans le diocèse de Lyon. Un nommé Bonjour , curé de Fareins , près Trévoux , y étoit à la tête de quelques convulsionnaires. Il y opéra des prodiges en i^85 et les années suivantes. On imprima, en 1787 » la relation d'un crucifiement qu'il fit subir, le 12 octobre, dans son église même, et devant treize témoins , à une fille , avec laquelle il paroît avoi» eu des relations fort suspectes. Cet écrit fit arrêter Bonjour, qui fut conduit chez les Cordehere de Tanlay» 11 ne paroît pas qu'il soit resté dans cet exil. La révolution vint lui rendre les moyens de recommencer ses folies* En 1792, il proclama comme un prodige la naissance eVun enfant , que ses impies et insensés partisans appeloient Jïtie-Dieu* Cet enfant devoit commencer sa mission en 181 3 ; prédiction qui a eu le sort de tant d'autres. On l'honoroit par des pratiques dignes de son origine. Cet enfant fut arrêté, en 1806 , ainsi que Bonjour, leurs ras- «embleraens ténébreux ayant excité l'attention de la police» Nous ignorons ce qu'Us sont devenus depuis. Cette bracrç
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che do ronvulsioniiismc était , dit-on , d'une secte appelé*
le Pos nihilisme , qui existoit depuis l'origine des convulsions , et dont on trouve les principes dans un écrit du P. Pouchard, Oratorien , dans un journal de frère Augustin, et dans celui de la sœur la Croix, qui ne forme pas plus de trente et quelques volumes in-8°. Cette secte •e vantoit d'avoir ce privilège que les eûmes s'v coromettoient sans péché*. On dit qu'il y a sur ce sujet un recueil curieux , le Journal du frère Benjamin , autrement Philoche, Bénédictin, né à Château-du-Loir , où il se fixa, et où il créa un petit troupeau de convulsionna ires. La sœur Brigitte , religieuse de THôtel-Dieu de Paris , étoit aussi une convulsionnaire à secours. ' Elle étoit dirigée par le P. Pinel, Oratorien, auteur de V Horoscope des temps , ou des Conjectures sur l'avenir. Il passoit pour savant, et son écrit est, dit-on, curieux (i). Ou a des écrits en faveur des convulsions par le P. Michel , Dominicain , sorti de son cloître long-temps avant la révolulion , et auteur des Lettres en réponse au Traite' de la Boissière sur les miracles. C'étoit un ami du P. Lambert. On sait qu'il y eut, vers 1785, une dispute sur les convulsions entre l'abbé Regnault , curé de Vaux , et quelques admirateurs de X œuvre* Cet écrivain étoit appelant, et publia des Lettres contre les secours violent, en usage chez les convulsionnaires. Sa quatrième lettre v datée du 1 1 novembre 1 ^85 , et suivie de quelques autres écrits-, expose les égaremens des secouristes. Elle suffirait pour attester que ce délire régnoit encore à cette époque , quand le fait ne seroit pas certain jiar mille autres
(1) Voyez sur lui le livre intitulé : Notion de rcruvre des Convulsions et des secours , à l'occasion du crucifiement publie de Fareint (par le P. Crêpe, Jacobin; Lyon, 1788), un vol." âd-12 de 3o^ pages. J'ai sous les jeux cet ouvrage, où. on ex* pose les piophelies ridicules de Pinel et des deux Bonjour , leur hypocrite el leur fanatisme. On y nomme les soeurs Brigitte « Angélique et Tboraassou , leurs principales adeptes , et on y entre daiis des détails qui inspirent un profond mépris pour les promoteur* de celte <xuvre de ténèbres.
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endroits. Il paroît qu'un des principaux adversaires de Regnault étoit le père Lambert, un des plus féconds «Écrivains du parti , et l'oracle des appelons dans ces dernière temps. 11 est sur- tout fameux sur le sujet qui nous occupe par deux écrits, savoir : X Avertissement mux fidèles sur les signes gui annoncent que tout se dispose pour le retour d'Israël, 1 793 , et ['Exposition des prédictions et des promesses faites à V Eglise pour les derniers temps de la ge milité , 1806. Dans ce dernier ouvrage , ce religieux préconise les convulsions comme un signe céleste que Dieu a élevé au milieu de nous depuis soixante-dix ans, et il veut nous faire admirer , comme des prodiges divins , des farces dignes des bateleurs de la foire, et de dégoûtantes infamies. Il falloit sans doute être bien profondément aveugle pour vanter ainsi , après l'expérience de plus d'un demi-siècle , de si déplorables illusions j et je ne sais s'il est rien de si humiliant pour le parti qui les a vues naître dans son sein , que de les avoir depuis tant de temps nourries et favorisées. Que des imbé*» cilles s'y fussent laissé prendre , on le concevroit encore; mais que des hommes graves et sensés, ou .du moius qui passoient pour tels , que des gens instruits, des prêtres , des religieux aient applaudi, pendant soixante-dix ans, a ces folies ineptes et monstrueuses, qu'ils y aient vu le doigt de Dieu , qu'ils se soient plu h y assister et a les défendre , c'est l'opprobre de leur cause ; et ce prodigieux aveuglement ne peut s'expliquer, ce semble, que parles tristes suites de cet esprit de vertige et de cette extravagance d'opinions , caractère ordinaire de l'erreur. Au surplus, nous ne reviendrons plus sur ces détails honteux , et nous avons rassemblé ici exprès tout ce qui y a rapport dans les temps postérieurs , afin de n'avoir plus à présenter au lecteur ces preuves affligeantes d'un égarement opiniâtre.
— Le 14 juin, bref de Clément Xlll contre TExpo* sition de la doctrine chrétienne , de Mésengui. Ce livre, ou , sous le nom de la doctrine chrétienne, on n exposait souvent que les dogmes d'un parti # et où Fou renouve-
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loit des propositions condamnées , avoit déjà reçu une première atteinte, en 1757 , et ses partisans s'ëtoient fort récriés contre un traitement qu'ils regardoient comme un scandale , sur-tout venant de la part d'un Pape tel que Benoît XIV. Depuis, l'ouvrage ayant été traduit en italien, Clément XIII le fit examiner par des cardinaux et des théologiens , et condamna, le 14 juin, cette traduction. Méscngui avoit écrit à Rome pour détourner ce coup, dont on se consola en disant que la partialité avoit dicté ce jugement. On s'efforça même d empêcher ce bref d être reçu dans différens royaumes. C'étoit le temps où les perturba teurs de l'Église commencoient à se faire des partisans en Italie. Ils y accréditoient un enseignement extraordinaire et nouveau. La haine du saint Siège et le changement de toute la discipline ecclésiastique en formoient la base. C'étoit comme un écoulement de la doctiine des appclans français, qui entretenoient dès-lors des liaisons étroites avec les novateurs ditalie. Les uns et les autres ne parloient que d'abus, de réformes , crioient contre le despotisme du Pape et desévéques. et vouloient introduire dans l'Église un système plus à leur gré. Le royaume de Naples sur-tout se remplissoit de ces théologiens réformateurs , et des hommes adroits y profitaient de l'extrême jeunesse du monarque pour répandre leurs idées dans ce pays. Le ministre Tanucci s'y montrait peu favorable à la cour de Rome. Serrao y préchoit la doctrine des appel ans. 11 fît depuis, dans son livre De prœclaris Catechistis , l'éloge le plus complet de X Exposition de Mésengui. Il y débite même sur le bref qui Ja flétrissoit un conte tout-à-fàit effrayant. Il dit trèssérieusement que le cardinal Passionei ayant eu la foiblessé de signer la condamnation d'un livre Si précieux , tomba tout à coup dans une espèce de manie, et mourut quelques jours après. C'est sans doute un miracle dans te goût de ceux de Sàint-Médard. On assure d'ailleurs, que le cardinal Passionei étoit réellement opposé au bref; waisquele Pape lui envoya de Castel-Gandolfo l'ordre df signer ou de résigner la place de secrétaire des bre&*
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— - Le 16 juillet, décret de béatification du cardinal Grégoire Barbadigo, évéque de Padoue, né à Venise en i6a5, et mort à Padoue en 1697. ^ avoit été célèbre par sa piété , sa charité et son zèle. On trouve un abrégé de sa vie dans le Supplément au Dictionnaire des sciences ecclésiastiques y du P. Richard.
— Le 3o novembre , assemblée d'évoqués à Paris. Ils •«voient été convoqués par le roi , sur la demande des commissaires du conseil chargés de rendre compte des constitutions des Jésuites. On vouloit avoir leur avis sur les quatre points s ai vans : i° Quelle est l'utilité dont les Jésuites peuvent être en France, et quels sont les avantages ou les inconvéaie.ns des différentes fonctions qui leur 4ont confiées? i° Quelle est la manière dont ils se comportent , dans renseignement et dans la pratique , sur les opinions contraires à la sûreté de la personne des souverains , ,sur Ja doctrine des quatre articles de iC8? , et en général sur les opinions ultramoutaines? 3° Quelle est leur conduite sur la subordination due aux évêques, et n'entreprennent - ils point sur les droits et fonctions des pasteurs? 4° Quel tempérament pourroit-on apporter en France à 1 autorité du général des Jésuites, telle qu elle s'y exerce ? La première assemblée des évêques se tint, le 3o novembre , chez le cardinal de Luynes, archevêque de Sens et président. On lut les quatre articles projK>sés , et il fut nommé pour les examiner une commission composée de ce cardinal t de six archevêques et de six évêques. Ces commissaires s'assemblèrent assea fréquemment dans le courant de décembre. Vers le milieu de ce mois, ils invitèrent les au très évêques à se rendra t rua s eu quatre ensemble a leur bureau pour leur communiquer l'avis de la commission , et avoir le leur. Le 3o décembre , il y eut une assemblée générale , où se trouvèrent cinquante-un évêques. On y lut l'avis des commissaires, qui étoit entièrement favorable aux Jésuites , et qui répondott «ux quatre articles de manière à repousser les calomnies répandues contre la Société. Le cardinal de Choisenl, archevêque de Besançon. , premier opinant, ouvrît un avis
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différent. Cetoit de laisser - subsister les Jésuites, mais en les souiueltnnt aux ordinaires, et en faisant quelques autres changeai eus dans leur régime. Cette opinion fat adoptée par cinq évéques, dont un revint même depuis a l'avis de la majorité* Celle-ci se prononça de la manière la plus formelle en faveur de la Société. Quarante-cinq évéques la défendirent contre les reproches de ses ennemis t et représentèrent sa destruction comme un malheur pour leurs diocèses* M. de Fitz- James, évêque de Soissons , lut le seul qui s'éleva contre les Jésuites, qu'il prétendit être non seulement inutiles, mais dangereux. Les autres évêqnes remplirent mieux ce qu'ils dévoient h la religion et à la'vérité, et lenr avis imprimé, en même temps qu'il est un éclatant hommage en faveur de religieux a!ors en butte aux traits de deux partis , honore les prélats qui , au milieu de tant de préventions et de haines , surent ne point se laisser entraîner au torrent ni séduire par les clameurs, et rendirent à des hommes proscrits la justice qu'ils leur dévoient. Chaque opinion fut présentée au roi, celle des quarante-cinq, par une députation, et celle du cardinal de Choiseul et de ses quatre adhéreus, par ce cardinal lui-même. M. de Filz-James envoya la sienne dans une lettre particulière. Il y traitoit fort mal les Jésuites , auxquels il rendoit cependant un témoignage honorable. Quant à leurs mœurs , dit-il page 20, elûê sont pures. On leur rend volontiers la ju stice de reconnaître qu'Un y a peu^étre point d'ordre dans l'Église, dont les religieux soient plus réguliers et plus austères dans leurs mœurs. Cet aveu d'un ennemi pourrait répondre a plus d'un reproche. Il seroit moralement impossible que toute une société fut pure dans ses moeurs , et professât des principes corrompus»
Au mois de mars , édit du roi concernant les Jésuffes. *o les j laissoit subsister, en modifiant à plusieurs égarai
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leur* constitutions. Il paraît qu'on j avoit suivi a peu près lavis des cinq évéques. L'édit contenoit dix- huit articles qui assujettissoient les Jésuites aux lois du roy-
' au me, à l'autorité du roi et à la juridiction des ordinaires, régloient la manière dont le général exercerait son autorité en France , prescri voient différentes mesures pour le régi oie des maisons de la Société, et cassoient tout ce qui avoit été fait contre elle depuis le i«r août, précédent. L'article 17 annonçoit que toutes les maisons de la So—
# ciété avoient présenté au roi des déclarations de leurs» sentimens , qui seraient enregistrées dans les cours ; mais ces tempéramens ne pou voient plaire à des gens qui avoient juré la destruction absolue des Jésuites. Il se forma contre Tédit une hgue des parlemens. Il ne fut point enregistré , et peu après , le prince le retira , et lâcha ainsi la bride aux magistrats. Le i« avril, ils firent fermer tous les collèges des Jésuites. Ce fut alors aussi que fut rédigé et imprimé ce gros recueil des Assertions des écrivains de la Société. C'était un amas de propositions extraites f disoit-on, d'auteurs Jésuites, mais tronquées ou altérée» la plupart. Là on avoit falsifié un passage latin , ici la traduction française s'écartoit de l'original; ailleurs on faisoit parler les auteurs cent ans après leur mort. On faisoit prêcher le crime à des hommes vertueux, en don-nant Ja torture à quelques phrases de leurs ouvrages. Enfin cette compilation avoit été faite avec une précipitation, une négligence, une partialité, une mauvaise foi qui ne souffraient pas le moindre examen. C'est une grande indiscrétion , disoit en 1726, à l'occasion d'un semblable recueil , un avocat- général au parlement de Paris , de renouveler la mémoire d'opinions dignes* d'entre condamnées à un éternel oubli* Et en supposant toutes les propositions insérées dans les Extraits des Assertions également condamnables, il étoit dangereux de les rassembler, et d'en former, pour ainsi dire, un corps de doctrine , puisque cétoit présenter aux peuples* le tableau des égarcmens de l'esprit humain, sans leur donner les moyens de s'en préserver, et le poison dé
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l'erreur sans le secours de la vérité. Le conseiller Roussel
de ia Tour, l'abbé G ou jet et Mioard, furent, dit-on, les principaux rédacteurs de ce recueil. Le parlement se hâta de l'adopter. Il fit présenter les Assertions au roi , et les envoya même aux évoques de son ressort comme pour Jeur reprocher leur négligence, et pour leur ap>prendre que c'étoit désormais aux magistrats à prendre 1 initiative contre les erreurs et les fausses doctrines. De leur coté , les Jésuites ue laissèrent pas sans réponse les imputations dont on les cbargeoit , et publièrent ditférens écrits, soit |tour défendre leurs constitutions, soit pour justifier leurs écrivains, et réfuter tes Extraits des Assertions ((). 11 étoit asset naturel qu'ils cherchassent à laver leur ordre do l'opprobre dont on vouloit le couvrir. Mais on leur fit même un crime de ce procédé si simple et si louable. Tous les ouvrages en faveur des Jésuites furent condamnés au feu ; on informa avec sévérité contre ceux qu'on soupeonnoit de les composer et de les répandre , et daus un moment où les livres a nti- chrétiens et corrupteurs circuloient impunément, on prit des mesures rigoureuses pour empêcher des accuses de se justifier, et de repondre aux libelles qui pleuvoieut sur eut de toutes parts. Il étoit écrit que tout dans cette affaire de voit porter le caractère dè la passion et de lin justice. . — Les 16, 22 et a3 juin, remontrances de l'assemblée du clergé au roi. Elle s'éloit ouverte extraordinaircment à Paris, le i«r mai précédent. Les entreprises continuelles des tribuuaux, l'impiété toujours croissante, et les coups portés aux Jésuites, furent les principaux objets de ses délibérations et de ses plaintes. Les deux premiers articles firent la matière des premières remontrances qu'elle adressa au roi, le 16 juin, et dans lesquelles elle faisoit de nouvelles instances pour demander
(1) SU cûL été permit aux Jésuites , dit Grimrh , et opposer assertion Sur assertion, ils en auroient pu ramasser de fort étrange* dans te code des remontrances. Correspondante de Grimm, prç-
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«*oo ««H» enfin de. re-nède, * de, ™U* qni prenoient de jour en jour un caractère plus ei'rayant. Six jours après, elle écrivit au prince en faveur des Jésuites, « Sire , lui disoit-elle ( car 00 ne peut sera pécher de transcrire ici ce mémoire), en vous demandant aujourd'hui la conservation des Jésuites, nous vous présentons le vœu unanime de toutes les provinces ecclésiastiques de Totre royaume : elles ne peuvent envisager sans alarmes la destruction d'une Société de religieux recom manda bles par l'intégrité de leurs moeurs , l'austérité de leur discipline, l'étendue de leurs travaux et de leurs lumières, et par les services sans nombre qu'ils ont rendus à TÉ* glise et à l'état. Cette Société, sire, depuis la première époque de son établissement , n'a cessé d'éprouver de* contradictions : les ennemis de la foi l'ont toujours pereécaté, et dans Je sein-' même de l'Église, elle a trouvé des adversaires, aussi dangereux rivaux de ses succès et de ses talens , qu'attentifs à profiter de ses fautes les plus légères. Mais malgré des secousses violentes et réitérées, ébranlée quelquefois, jamais renversée , la Société des Jésuites jouissoit dans votre royaume d'un état , sinon tranquille, au moins honorable et florissant. Chargés du dépôt le plus précieux pour la nation dans l'éducation de la jeunesse; partageant, sous l'autorité des évcques , les fonctions les plus délicates du ministère ; honorés de la confiance des rois dans le plus redoutable des tribunaux; aimés, recherchés d'un grand nombre de vos sujets; estimés de ceux mêmes qui les craignoient, ils avoient obtenu une considération trop générale pour être équivoque ; et des lettres patentes émanées de votre autorité , des déclarations enregistrées sur les effets civils de leur» vœux, des arrêts des parlemens rendus «en conséquence de ces déclarations , des procédures multipliées où ils ont été admis comme parties, des donations , des unions Élites en leur faveur et revêtues des formes légales, la durée de leur existence, le nombre de leurs maisons, la multitude des profès, la publicité de leurs fonctions, leur $eare de vis entièrement consacré à l'utilité pubbque,;
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tout , jusqu'aux obstacles mêmes dont ils avoieot triomphé , leur ttononçoit un avenir heureux. Et qni au roi t pu prédire l'orage affreux qui les roenacoit ? Leurs constitutions déférées au parlement de Paris, sont un *ignal qui est bientôt suivi par les autres païlemens; et «la os nn délai si court, qu'à peine aurait il été suffisant pour l'instruction d'un procès particulier, sans entendre les Jésuites, sans admettre leurs plaintes et leurs requêtes, leurs constitutions sont déclarées impies, sacrilèges, attentatoires à la majesté divine et à l'autorité des deux puissances; et, sous le prétexte de qualifications aussi odieuses qu'imaginaires i leurs collèges sont fermés, leurs noviciats détruits, leurs-biens saisis , leurs vœux annuités : on les dépouille des avantages de leur vocation ; oo ne les rétablit pas dans ceux auxquels ils ont renoncé; on les prive des retraites qu'ils ont choisies; on ne Ira/ rend pas leur patrie : proscrits, humiliés, ni religieux, ni citoyens , sans état , sans biens , sans fonctions , on les réduit à une subsistance précaite, insuffisante et momentanée.... Une révolution si subite, et dont la rapidité étonne ceux mêmes qui en sont les auteurs, semblerait annoncer de la part des Jésuites de France quelque attentat énorme qui a dû exciter la vigilance des magistrats..... Mais nous cherchons en vain les causes qui ont pn armer la sévérité des lois : on ne reproche aux Jésuites aucun crime ; un magistrat célèbre dans cette amure convient mime qu'ils ne peuvent être accusés du fanatisme qu'il attribue à Tordre entier ; et pour avoir uu prétexte de les condamner, on est obligé de renouveler d'anciennes imputations contre leur doctrine et leurs constitutions. Mais si cette doctrine et ces constitutions sont aussi condamnables qu'on le suppose, comment se peut- il fr're qu'aucun Jésuite de votre royaume ne soit coupable îles excès qu'on prétend qu'elles autorisent? Quelle étrange contradiction que de proposer comme des sujets fidèle» et vertueux , les membres d une Société qu'on assure être Vouée par serment à toute sorte d'horreurs, et de supposer que. «es milliers «hommes puissent être attachés *■
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«les principes qui révoltent la nature et là religion , sans qu'aucune de leurs actions se ressente de la source empoisonnée qui doit les corrompre? Nous ne vous répéterons point, sire, tout ce que les évêques assemblés par vos ordres , au mois de décembre dernier, ont eu L'honneur d'exposer à V. M. au sujet des constitution* des Jésuites. Après les éloges qu'en ont faits le concile de Trente, rassemblée de 1 ? et plusieurs Pape* qui ont illustré lachairede saint Pierre par l'éclat de leurs lumières et de leurs vertus, comment a-t-on pta oser les traiter d'impies et de sacrilèges? La conduite de la Société pendant cent cinquante ans n'étoit-elle pas suffisante pour rassurer sur les craintes que pouvaient inspirer ses privilèges? et quand même il y auroit eu dans l'institut des Jésuites quelques défauts susceptibles de précaution, ces défauts pou voient-ils être une raison de les détruire? Si l'expression trop générale d'un devoir nécessaire; si des privilèges trop étendus , mais abolis par la renonciation, de ceux mêmes qui les ont obtenus ; si des dangers purement possibles suffisent pour détruire une Société qui réunissoit en sa faveur la possession de deux siècles et l'approbation des deux puissances, quel est, sire, l'ordre religieux dans vos états pui peut se flatter de ne pas éprouver le même sort? Il n'en est aucun dont les constitutions aient subi l'examen qu'on suppose aujourd'hui nécessaire. Quelle est la règle qui , dans tous ses articles , peut se promettre d'être entièrement supérieure à une critique saus bornes? Les privilèges de tous les religieux sont presque tous les mêmes ; et les Jésuites sont- ils ceux qui en ont le plus abusé? » Les évêques ex posoient ensuite au roi les inconvéniens de la nouvelle jurisprudence introduite par le parlement. Si les Jésuites dévoient être exclus, que ce fut au moins par l'autorité qui seule devoit être l'arbitre de leur sort. Ce n'étoit que par des lettres patentes crue les communautés potivoient être établies dans le royaume ; ce n'étort que par des lettres patentes qu'elles pouvoient en être exclues. « Mais quelle humiliation ne seroit-ce pas pour eux , si , sous prétexte de l'appel comme
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d'abus, de simples arrêt* des parlemens pou voient détruire des établissemens consacrés par une possession constante, des fondations, rnonumens respectables de la libéralité des rois, des maisons dévouées à l'instruction de la jeu— nesse, la ressource des familles françaises, et l'asile des étrangers qui y envoyoient avec empressement leurs enfans recevoir des leçons de sagesse et de vertu ! » L'assemblée représentait les avantages d'une éducation chrétienne , l'interruption qui avbit lieu dans les colle'ges , la' difficulté de remplacer les maîtres que l'on chassoit , les droits des évèques sur l'éducation, droits que le parlement leur refusoit pour se les attribuer à lui-même. Le lendemain du jour ou l'assemblée avoit écrit cette lettre an roi , elle fit des remontrances particulières sur les arrêts par lesquels plusieurs parlemens a voient entrepris d'annu lier les vœux des Jésuites. On avoit toujours cru jusque-là que le vœu étant une promesse religieuse farte à Dieu, sa nature, son objet; ses effets en fàisoîent usi engagement spirituel , sur la nullité ou validité duquel l'Église seule, devoit prononcer; mais c'étoient là des principes que les parlemens ne connoissoient plus. On avoit prétendu annuller les vœux : on avoit couvert de dénominations flétrissantes une règle approuvée par l'Église. Le parlement de Rouen, allant même plus loin que les autres, avoit qualifié le vœu des Jésuites de serment impie d'une règle impie. Quel renversement de toutes les notions ! Appeler impies des constitutions autorisées dans l'Eglise depuis deux cents ans, cetoit montrer bien peu de mesures. Accuser l'Église universelle d'un tel aveuglement , c'étoit être aveugle soi-même. L'assemblée du clergé se sépara, le 28 juin, avec la douleur de penser que l'acharnement des ennemis de la religion alkwt consommer une mesure qu'elle ne pou voit empêcher. Elle termina ses séances par une nouvelle protestation contre les entreprises des tribunaux séculiers.
— Le 6 août, arrêt définitif du parlement de Pari» contre les Jésu ites. On y prononçoit qu'ily avoit abus dans {'institut, qa'il étoit inadmissible par sa nature dans tout
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état policé, comme contraire au droit naturel, attentatoire h l'autorité spirituelle et temporelle, etc. , on déolaroit les vcrux et sermens non valablement émis , et les affiliations à ta Société abusives. On enjoîgnôit à tous'Je* Jésuites de sortir de leurs maisons. On leur défendoit de suivre l'institut et ses règles , d'en porter l'habit , de ▼ivre en commun, et d'éWt retenir des correspondances avec les membres de la Société. Enfin , on ordonnoit qu'aucun ne pourrait remplir de places sans prêter le serment annexé à l'arrêt. Ainsi fut consommé le«triomphé des ennemis de la Société. Ils étoient surpris eux-mêmes , et de la rapidité d'une telle destruction , et de l'ardeur des tribunaux. Le parlement de Paris ne'toit plus occupé que de cette affaire, et les causes des particuliers à juger l'intéressoient moins que la destruction d'un ordre odieui. Les arrêts sur cette matière se succédoient avec une rapidité incrojable. Ils se multiplioient tous les jours, et on remarqua que le 7 septembre de cette année, il y* en eut vingt-neuf, dont un entr'antres défendoit de laisser les Jésuites prêcher ou faire aucune fonction publique, s'ils n'avoient fait le serment prescrit. Ainsi les magistrats, qui avoient si fort crié contre quelques interdits, înterdisoient eux-mêmes en masse et sans aucune espèce d'autorité, et c'étoit deux qu'il felloit prendre des jk>uvoirs pour annoncer la parole de Dieu. L'exemple de la capitale avoit influé sur les provinces : le parlement de Rennes se signala le premier. Un avocat- général en cette cour, fameux sous plus d'un rapport dans l'histoire de ce temps-là , qui lutta long-temps contre l'autorité, qui servit avec zèle le parti philosophique, et qui est accusé d'avoir fomenté des troubles dans sa province , De La Chalotais contribua puissamment à exciter le zèle de sa .compagnie , et a faire proscrire les Jésuites en Bretagne. Le parlement de Rouen ne montra pas moins de chaleur 7 il donna aux vœux des Jésuites la qualification impie dont nous avons parlé. Il prescrivit un serment, où il fàtsoit abjurer le régime de la Société, détester et combattre sa J»oi aie , et il n'obéit qu'avec peine aux ordres réitérés du
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roi pour suspendre l'exécution de ce règlement» On ont dit que ce tribunal , ne pouvant ôter au parlement de Paris la gloire d'avoir porté les premiers coups , vouloit s'en dédommager en portant les choses plus loin encore, à Bordeaux, à Perpignan, à Metz , à .Aix. à Toulouse f à Pau, à Dijon et à Grenoble, ou n'alla pas tout- à -fait Si avant, et même le parti D« l'emporta qu'avec peine. Les parlemeusde province, moins imbus en général que celui de Paris des nouveaux principes, renfermoieol encore beaucoup de magistrats attaches à leurs devoirs, zélés pour la religion , qui ne voyoient qu'avec douleur cette conspiration contre les institutions les plus salut.ures , et qui ne cédèrent point aux efforts de tout genre qu'on fit pour les gagner. Dans plusieurs de ces cours, les ennemis des Jésuites ne remportèrent que de très-peu de voix, quelquefois de deux ou trois seulement. À Aixf le conflit fut des plus violens. MM. de Monclar et de Castillon , magistrats forts vife, et qui sétoient déjà fait eonnoître lors des troubles précédons , entraînèrent leur compagnie par l'ardeur de leur zèle; et telle étoit la modération de ce parti , que les conseillers courageux qui Set oient opposes à leurs projets d envahissement et de ruine , ne recueillirent , pour prix de leur zèle , que des arrêts llétrissans. Dans d'autres parlemens, on parut hésiter long-temps. A Toulouse sur-tout, il y eut de grands débats ; mais on avoit pris des moyens pour réussir. L'exemple, l'esprit de corps, les sollicitations de deux partis également ardens , les intrigues , toutes les ressources que savent employer les passions, furent mis en usage pour gagner la majorité. Les parlemens de Douai, de Besançon et d'Alsace furent les seuls qui ne se laissèreot point ébranler. Le conseil provincial d'Artois se déclars aussi pour les Jésuites, mais ne put soutenir ses arrêts* qui furent casses par le parlement de Paris. Nanci, encore sous la domination de Stanislas, laissa la Société tranquille. En revanche , on condamna à Brest un Jésuite a être pendu pour quelques indiscrétions , qui , en tout autre temps, n'auroieut pas paru mériter Tanimad version
de
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4c la justice; des suggestions étrangères avoient poussé les juges à cet acte de rigueur. A Paris , les jansénistes eurent la satisfaction de voir exécuter un Jésuite (t) , accusé du même crime, et cette scène couronnoit dignement toutes celles qui a voient précédé. « Au surplus, presque tous ceux qui avoient contribué à la destruction des Jésuites, ne tardèrent pas à s en repentir. Les créan-t ciers en furent les premières victimes. Exposés à un la* byrinthe de chicanes, ils mangèrent leurs principaux en frais, et maudirent cent fois plus les parlcmens que les Jésuites. Les magistrats n'eurent pas lieu non plus de s-'applaudir infiniment de leur victoire. La disgrâce qu'ils essuyèrent quelques années après, fut une première leçon qui leur apprit que l'abus de l'autorité en entraîne la ruine, et uue disgrâce plus complète encore dans la suite leur fit éprouver les mêmes rigueurs dont ils avoient accable des religieux iunocens. Quant aux jansénistes, si fiers d abord et si joyeux , ils s'aperçurent trop tard qu'ils ne tenoient leur consistance que de leurs ennemis, et les supposèrent de temps en temps ressuscites pour se donner le plaisir de combattre des fantômes et faire parler deux- mêmes. En général, la plus grande et la plus saine partie de la nation regretta les Jésuites. Au sentiment de la pitié qu'iuspire le malheur , sur-tout quand
(1) Ou plutôt l'abbé Ringuct , accuse de a'ètrc émancipé sur les parlcmens, dans la chaleur de la conversation. Il fut pendu le 3o décembre 1761. C'est à ce sujet que d'Âleinberi écrivoit il Voltaire, le v* janvier 1763 : Le parlement vient déjà de faire pcmlre un urètre pour quelques mauvais propos. Cela qffrumde ces messieurs , et l'appétit leur vient en mengeant. Et Voltaire luî répondoit , le 18 du même mois : Pour le prêtre qu'on a pendu pour avoir parlé , 1/ me semble qu'il a l'honneur d'être unique dans son genre. C'est , je crois , le premier , depuis la fondation de la monarahie , qu'on ie soit avisé d étrangler pour avoir dit son mot. Mais aussi on prétend qu'à souper chez les Malhurins , il s'était un peu tic lié sur l'abbé de Clwnveliné Cela rend le cas plus grave t et il est bon que ces messieurs apprennent aux gens à parler. ( Correspondance avec d'Alembert , tome L.XV11I de l'édition de* Œuvres de Foliaire , page afa.)