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il n'est pas mérité, se joignoit le sentiment delà reco»noissance. Presque toute la génération d'alors avoit été* éjevée par eux , et les Jésuites possédoient mieux que d'autres le talent de se faire aimer de leurs élèves. Parmi leurs juges mêmes, à l'exception de plusieurs ennemis déclarés, ils comptoient bien des gens forcés de les estimer et de leur rendre justice intérieurement ; et si cette grande cause eût été plaidée avec tout l'appareil et l'importance qu'elle méritoit, avant de nous condamner, auroient pu dire les Jésuites à leurs juges , nous nous en rapportons au jugement que vous avez porte' de nous à cet âge , dont la candeur et féquité naturelle valent bien les lumières que vous avez acquises depuis. Avonsnous jamais tenté dans nos écoles , dans nos discours , au tribunal de la pénitence , de vous inculquer aucune de ces maximes abominables qu'on nous reproche ? Nous les avez-vous entendu débiter dans les conversations ? Les avez-vous lues dans les livres que nous vous mettions entre les mains? Avez- vous découvert dans notre conduite domestique quelque chose qui en approchât ? Est-ce sur des ouvrages ensevelis dans la poussière des bibliothèques , est-ce sur des morts que vous avez à prononcer, ou sur notre doctrine avouée et subsistante , sur notre doctrine pratique , sur nous naguère vos maîtres > et remplissant encore les collèges 9 les chaiyvs 9 les confessionnaux , sous l 1 approbation des deux autorités > avec les récompenses du souverain et l'éloge des évéques? Les magistrats élevés à Louis- le-Grand , se* disoient tout cela à eux-mêmes ; mais une fois assis sur les fleurs de lis, ils se laissoient entraîner par les têtes chaudes qui mcuoient la compagnie. Quelques-uns donnèrent un asile à leurs anciens maîtres, et crurent par là réparer leur foiblesse. Au milieu de tant d'amertumes dont on abreuvoit les Jésuites , la première douceur qu'ils goûtèrent, s'ils furent sensibles au pkisir de la vengeance, ce fut d'entendre les cris des provinces , où Ton se plaignott que depuis leur expulsion les collèges étoient abandonnés, ou livrés à des maîtres
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indignes d'occuper leurs places. * C'est là, en effet, un déplus grands maux qu'ait produits leur chute. L'éducation tomba avec eux ; et cette plaie, qui subsiste encore excite depuis soixante-quatre ans les plaintes et les regrets des amis de la jeunesse , et provoque leur indignation contre ceux qui, en faisant ce tort irréparable aux géoérations naissantes, ont si mal servi la religion et l'empire.
— Le 20 août, censurede la Sorbonne , contre le livre intitulé : Emile ou de t Éducation. Ce livre venoit de paraître, et excitoit un grand éclat. L'auteur étoit J. J. Rousseau, qui venoit de publier coup sur coup trois ouvrages différens , la Nouvelle Hé loi se , le Contrat social et Y Emile. 11 les avoit composés, comme il le dit lui-même, étant dans un état d'effervescence qui dur* près de six ans , vivant dans un monde idéal, dans le pays des chimères , et dans de continuelles extases. La Nouvelle Héldise n'es! que trop connue , et offre un exemple des fréquentes contradictions où tombe son auteur. Il, avoue que ce roman peut perdre les jeunes personnes qui le liront, et il le publie. Il y est a la fois, et peintre passionné du vice, et dissertateur pédantesque de morale. C'est qu'il ne concevoit pas, a dit un litté- . rateur moderne, la vertu comme le commun des hommes. Il ne la/aisoit pas consister dans le sentiment et la pratique de ses devoirs j lui-même ne les avoit fa" mais sentis que comme une chaîne. Il la plaçoit dans des élans libres et passionnés , route peu sûre, et dont il a lui-même montré le danger. En effet, nul n'a* professé la vertu avec plus de chaleur et d'enthousiasme , et cependant sa vie fut remplie d'erreurs et de fautes. On n'est pas vertueux , précisément parce qu'on monte son imagination , et qu'on s'enflamme dans un livre pour tout ce qui porte un caractère de noblesse et de grandeur. On est vertueux parce qu'on se conforme aux règles prescrites (i). Rousseau ne se piquoit pas d'être conséquent. 11 regarde comme perdues les jeunes
(i) M. <li? forante, dans l'ouvrage déjà rite : De ta Littéror turf française pendant le X,Vlll* siècle. Puri* , 1809, .
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personnes qui liront son ouvrage , et il n'en conseille pasr moins , et très-sérieusement , la lecture. Il prononce anathêunc contre ceux qui le goûtent , et anathême contre ceux qui ne le goûteront pas. 11 prétend que son livre ne doit corrompre personne, parce qu'il faut être déjà corrompu pour le lire, et î) croit s'excuser en disant qu'il auroit voulu vivre dans un siècle où son devoir eut e'te de jetter ces lettres au Jeu ; comme s'il étoit permis de nourrir la corruption des gens corrompus, et* de flatter le vice, parce qu'on vit dans un siècle qui savoure le vice. Dans le Contrat social, Rousseau chercha les principes du gouvernement et des lois dans la nature de l'homme et de la société'. 11 supposa un contrat primitif entre tous les membres de l'état, et établit en principe la souveraineté du peuple, dogme funeste qui a depuis donné lieu à tant de faux raisonnemens, à tant d'entreprises audacieuses , et même à tant d'attentats. Son Contrat social renferme plusieurs attaques directes et indirectes contre la religion chrétienne ; mais tandis que l'auteur taxe d'intolérance et de cruauté une religion qui prescrit des dogmes à croire, lui-même donnant à l'homme ce qu'il refuse à Dieu , veut que le souverain fixe des articles de foi, bannisse quiconque ne les croit pas, et punisse de mort celui qui , après avoir reconnu ces dogmes , se conduit comme ne les croyant pas ; l égislation bien étrange dans la bouche d'un philosophe, et d'un, homme qui avoit abandonné la religion de sa patrie, et qui, après lavoir reprise, ne se faisoit aucun scrupule de n'en point adopter les articles qui repu gn oient à ses idées. U Emile n'est pas moins rempli de contradictions. Rousseau sembla vouloir élever un enfant, non pour la société, mais contre la société. Il lui apprit à ne suivre de règles que celles qu'il s'imposoit à lui-même , et dont il pou v oit ensuite se départir sans que rien l'y retînt. 11 le constitua en hostilité avec ses semblables , de ma-, nierc à le révolter contre toutes les institutions sociales. C'est-à-dire qu'il imagina un plan d'éducation inutile \yo\xv les uns, et dangereux pour les autres. A travers,
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quelques idées raisonnables , et quelques conseils sages, il sema dans son livre des opinions extraordinaires, des avis impraticables, des maximes pernicieuses, des doutes, des objections, des sophismes. Il mettoit en problème Jat création du monde , son éternité, l'unité de Dieu, et d'autres vérités essentielles et reconnues. Épris de la loi naturelle, il disoit que le seul spectacle de la nature en disoit assez à notre conscience. Exagérant les privilèges de la raison, il trouvoit que lui commander de se soumettre > cétoit outrager son auteur. Il contestait , et le récit des Livres saints , et les prophéties des deux Testamens , et les miracles sur lesquels s'appuie la vérité du» christianisme. Il suivoit un plan d'éducation si bizarre; qu'il ne vouloit pas qu'on fît rien apprendre aux enfans , pas même leurs prières , qu'il laissoit ignorer à son élèvtf jusqu à lage de quinze ans s'il avoit une ame , et qu'il serabloit craindre de le lui apprendre, même à dix-huit ans. Ainsi , donnant tout au corps et aux soins physi-' ques, il affectait de négliger la plus importante partie* de nous-mêmes, laissoit vivre le jeune homme plusieurs années dans un oubli profond de ses devoirs , l'accou* tumoit a ne rien croire , et ne lui parloit ensuite de re-' ligion que pour le porter à n'en admettre aucune. Là il reconnoissoit un Dieu unique , une suprême intelligence , de qui nous tenons tout , l'être et la pensée : ici il ne concevoit plus la création , et jugeoit peu important de savoir s'il y a un ou deux principes des choses. 11 regardait comme inexcusable de l'homme, même seul et séparé de ses semblables , qui ne kroit point dans le livre de la nature , et n'y apprendroit point' à connoitre et aimer Dieu; et ailleurs il trouvoit impossible que le même homme pût s'élever jusqu'à la connoissance du vrai Dieu. Là , il admettoit un être suprême > rémunérateur des bons et des méchans , et il voyoit dans celui qui combat cette créance, te pertur^ bateur de l'ordre , et l'ennemi de la société qui mérité d'être puni; ici le sort des méchans lui importoit peu , et il croy oit inutile d'imaginer un enfer dans une autre
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Il ne priait point Dieu . parce qu'il na^oit nr/i fci lai demander; et il von loi t qu'on fit ses prières avec recueillement et attention , en .songeant qu'on s'adresse à filtre suprême. Il défendoit de troubler des aines paisibles , et d'alarmer la foi des simples par des difficultés qui les inquiètent sans les éclairer ; et tout son livre étoit rempli de traits contre la révélation. Il condamnoit ceux qui troublent tordre public, et qui portent les autres à désobéir aux lois du culte ; et son livre n 'étoit qu'une infraction perpétuelle de ces lois. Il admiroit et les caractères de la divinité de l'Évangile, et la sainteté de la vie et de la morale du Fils de Dieu ; et un instant après, l'Évangile lui paroissoit plein de choses qu'un homme raisonnable ne saurait admettre» Ce qu'il yavoit sur-tout de plus remarquable dans Y h! mile, cétoit la profession de foi du vicaire Savoyard, morceau où l'auteur s'étoit attaché h mettre le plus de cette chaleur de style, et de cette rapidité d'idées qui entraînent et qui séduisent. Il y peignit un prêtre catholique , du moins il lui donnoit ce nom , qui en remplissoit toutes les fouet ions sans y croire , disoit la messe en refusant d'admettre aucun mystère, et se reeueilloit en prononcent des mots, qui selon lui, étoient vides de sens. Il mit daus la bouche de ce personnage feint toutes ses objections contre la révélation , et il voulut nous faire admirer comme le meilleur catholique qui eût jamais existé, comme un homme digne de toute notre vénération, comme yn modèle de vertu sans hypocrisie, un prêtre qui récitoit des prières dont il se moquoit , et célébroit tout haut des mystères qu'il réprouvoit tout bas ; ce qui , sans doute, «t le caractère le plus marqué de l'hypocrisie. Toutefois tfllc étoit la magie du style, et la verve et le feu que Rousseau avoit déployés dans cet épisode , que beaucoup de lecteurs se tirent illusion, et furent séduits par de brillans sophismes. L'enivrement fut complet, et l'admiration pour Rousseau devint une affaire de mode. Il est très-certain que l'Emile fut imprimé par la protection , et presque sous les yeux du directeur de la librairie
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d* ce temps-là. Ce magistrat favorisoit singulièrement Rousseau, ainsi que celui-ci l'apprend dans ses Mémoires. J'avois toujours éprouvé de sa part , dit-il , les facilités les plus obligeantes quant à la censure , et je savois qu'en plus d'une occasion il avoit fort mal mené' ceux gui ecrivoient contre moi (1). On voit, dans le même endroit, qu% le directeur- général de la librairie J'aisoit venir sous son couvert les épreuves de la Nouvelle lié* loi se , que Ton imprimoit alors à Amsterdam, et qu'il en faisoit Êiire une autre édition en France au profit de Rousseau. On voit qu'il sollicita Rousseau de faire imprimer son Emile en France, en lui promettant que l'ouvrage passe roi t. En effet, il se fit en même temps deux éditions de ÏÉ utile , lune en Hollande, l'autre à Paris , par la protection de M. de Malcsherbes, Ce magistrat écrivit à Rousseau une longue lettre, toute de sa main , pour lui prouver que la confession de foi dit vicaire Savoyard étoit une pièce faite pour avoir partout l'approbation du genre humain. C'étoit lui qui dirigeoit en quelque sorte l'impression. 11 écrivoit très-souvent à l'auteur à ce sujet , et il ialla voir exprès pour le tranquilliser. Tout cela est constaté par les Confessions et par les lettres de Rousseau. C'étoit, il faut l'avouer, une singulière occupation pour le directeur-général de la librairie , que cette ardente sollicitude , et ces soins assidus pour un ouvrage de la nature de XÊmile. Ce livre parut. La protection secrète des agens de l'autorité n empêcha point qu'on n'y découvrît tout ce qui y étoit, et plus il étoit exalté par les uns, plus il excita l'étonnement et les plaintes des autres. La hardiesse de l'épisode du vicaire Savoyard frappa sur-tout les lecteurs les plus judicieux, et plus ce morceau étoit attrayant sous le rapport du style , plus il leur parut dangereux* On n ctoit pas encore accoutumé à voir la philosophie prendre ce ton , combattre ouvertement la révélation , et lever l'étendard comme
(i) Co/tfissiom , U* partie â édition, de Pari» , 1788 , tome XXIII.
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un ennemi déclaré. Tout ce qui tenoit encore aux prin3 cipes religieux sonna donc 1 alarme. Le 7 juin , XEmile fut dénonce' à la Sorbonue, et on en lut quelques passages qui paroissoient mériter une censure publique. Le 9, un arrêt du parlement de Paris condamna le livre au ieu , et décréta l'auteur de prise de corps. Le 20 août , M. de Beau mont, archevêque de Paris , donna un Mandement pour proscrire te même ouvrage , dont il fit sentir , avec étendue , et les principes erronnés et les conséquences dangereuses. Le même jour, la Sorbonne qui avoit arrêté d'examiner {Emile , adopta une censure qui fut depuis publiée. Elle y réduisoit les écarts de l'auteur À sept chefs principaux ; i° de Dieu et de la loi naturelle ; a° de la possibilité et de la nécessité d'une révélation ; 3° des caractères de la révélation ; t\° des moyens de eonnoître 4a révélation; 5° des miracles et des prophéties* 6" de la doctrine révélée ; 70 de l'intolérantisme , tel que le professe la vraie religion. Sur ces sept articles, la Sorbonne avoit choisi cinquante-sept passages , dont elle exposoit en détail les erreurs. Elle terminoit par des observations sur le système d'éducation proposé , et sur Je système île fauteur relativement à la souveraineté du peuple. Cette censure est longue et motivée, et si elle n'a pas autant d'attraits que XEmile t elle offre du moins des principes plus sûrs. Au surplus, il ne faudroit peut-être, pour réfuter ceux «le Rousseau , d'autres secours que luimême. Son Étnilc . quoique semé d'erreurs , renferme de temps en temps des morceaux où la vérité de la pensée se trouve jointe à la beauté de l'expression. Qui ne connoît l'éloquent passage où Jean- Jacques célèbre la doctrine , la vie et la mort du Fils de Dieu ? Nous n'osons citer ici ce qui est dans la mémoire de tout le monde. Mais nous ne pouvons nous refuser au plaisir de mettre sous les yeux du lecteur, l'extrait suivant qui n'est ni moins juste ni moins brillant. 11 est tiré de la profession de foi du vicaire Savoyard : « Mon fds, tenez votre aroe en état de désirer toujours qu'il y ait un Dieu , et vous «'eu douterei jamais Fuyez ceux qui , sous prétexte
d'expliqué* la nature, sèment dans les cœurs des hommes de désolantes doctrines, et dont le scepticisme apparent est cent fois plus aïfirujatif et plus dogmatique que le tort décidé de leurs adversaires. Sous le hautain prétexte queux seuls sont éclaires, vrais, de bonne foi , ils non S soumettent impérieusement à leurs décisions tranchantes, et prétendent nous donner pour les vrais principes des choses, les inintelligibles systèmes qu'ils ont bâtis dans leur* imagination. Du reste, renversant, détruisant, fonlant aux pieds tout ce que les hommes respectent, ils ôtent aux affligés la dernière consolation de leur misère, aur puissans et aux riches le seul frein de- leurs passions; ils arrachent du fond des cœurs les remords du crime,4 l'espoir de la vertu , et se vantent encore d être les bienfaiteurs du genre humain. » Il est impossible de tirer plus à bout portant sur les philosophes de ce temps-là: Ce qui suit n'est pas moins énergique et moins vrai : it Un des sophismes les plus familiers au parti philosophique, est d'opposer un peuple supposé de bons philosophes* à un peuple de mauvais chrétiens.... L'irréligion, et en général l'esprit raisonneur et philosophique attache à la vie , efféminé et avilit les ames, concentre toutes les passions dans la bassesse de l'intérêt particulier , dans l'abjection du moi humain , et sape ainsi à petit bruit K-jf vrais fondemens de toute société... Comme que tout aille , peu importe au prétendu sage, pourvu qu'il reste en" repos dans son cabinet... L'indifférence philosophique ressemble à la tranquillité de l'état sous le despotisme, c'est la tranquillité de la mort. Elle est plus destructive'* que la guerre même. Ainsi le fanatisme , quoique plus funeste dans ses effets immédiats , que ce qu'on appelé aujourd'hui l'esprit philosophique , lest beaucoup moins dans ses conséquences. D'ailleurs il est aisé d'étaler de belles maximes dans les livres. Mais la question est de savoir si elles tiennent bien a la doctrine , si elles en découlent nécessairement , et c'est ce qui n'a point paru elair jusqu'ici. Reste h savoir encore si la philosophie a son aise, et s^r Iç trône, commanderoit bien à ia glo-
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riole, a l'intérêt, à l'ambition, aux petites passions de l'homme, et si elle pratiquèrent cette humanité si douce qu'elle nous vante la plume à la main. Par les principes , la philosophie ne peut faire aucun bien que la religion ne fasse encore mieux , et la religion en fait beaucoup que la philosophie ne sanroit taire. » Ici est un passage oïi l'auteur parle du bien que le christianisme a fait au monde, aux gouveroem^ns. à la civilisation , et il termioe ainsi : « Philosophe , tes lois morales sont fort bel les , mais montre m'en de grâce^ la sanction, n Toutes ces réflexions sont autant de réponses que Rousseau fournit contre lui-meine. Nul écrivaiu n'a mieux fourni les moyens
de le battre avec ses propres armes. Nous ne ferons que pommer les divers écrivains qui entreprirent de réfuter ÏÉmile. Labbé Pérau, le père Criflct , l'abbé Y von, dom Cajot , Puget de Saint-Pierre, et quelques anonymes, publièrent des critiquesqui furent et ou fiées par la renommée du colosse. Le Déisme réfuté, de Ilergier, est plus connu. IÀ Anti-Emile , par le père (depuis cardinal) Gcrdil , unit la modération à la solidité. C'est peul-étre la meilleure réfutation de Rousseau. Enfin celui-ci compta aussi pour adversaire , un de ses anciens amis, Jacob Vernés, ministre protestant , et il se montra très-sensible aux reproches que lui adressa ce pasteur.
. — Le 3 septembre, bref de Clément XIII en faveur des Jésuites. Il étoit impossible que le chef de l'Eglisa vît d'un œil indifférent tant d'atteintes portées à la religion. Le saint Siège étoit alors rempli par un Pape, que sa haute piété et son amour pour le bien ont rendu extrêmement recommandable. Clément XI II regardoit la Société comme un des ordres religieux les plus utiles. Il étoit persuadé que sa ruine ne pouvoit qu'être très-préjudiciable à la religion , et que c étoit pour cela même qu'on la soiiicitoit avec plus d'ardeur. II ne pouvoit s'empêcher de voir dans la conduite des adversaires des îésuites, tous les caractères de la passion, de la vengeance et de la haine. De là les efforts qu'il ut pour empêcher la Réussite de leurs projets. Renioutrauces paternelles, ex-
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limitations, raisons, prières, il tenlu tout. Il avoit déjà «^crit h ce sujet à J.ouis XV, aux evêques de France, à rassemblée du clergé. Dans son bref du ?. septembre, adressé aux cardinaux français, il leur apprend que ne pouvant supporter plus long-temps une injure aussi fâcheuse pour i'Kglisc catholique, il a , le jour même, dans un consistoire secret , en présence des cardinaux, déclaré vains et nuls, par un décret solennel , les arrêts des parlemens. Sans doute ce jugement n'clfraya pas beaucoup les ennemis de la Société, ils avoient appris a peu respec— ter tout ce qui émanoit du saint Siège, et à ue plusse laisser conduire que par leurs intérêts ou leurs préjugés.
— Le 18 novembre, Lettre de Jcan-Jacpics Rousseau h l'archevêque de Paris. L'éclat de Y É mile avoit forcé Rousseau de prendre la fuite. Décrété de prise de corps pfir le parlement, il fut averti par ses omis, et se* protecteurs lui procurèrent les moyens de s'évader. Il comptoit d'abord retourner dans sa patrie; mais le 18 juin , Genève condamna son livre et ie décréta lui-même. Il s'arrêta quelque temps à Yverdun, puis se retira à Moticr-Travers, dans la principauté de Ncuchutel, sous la protection du roi de Prusse. Ce fut de cet asile qu'il écrivit à l'archevêque de Paris une lettre dont le tilre seul étoit piquant ; il étoit ainsi conçu : Jean- Jacques Rousseau, citoyen de Genève , à Christophe de Beau* mont, archevêque de Paris. L'auteur s'y proposoit de *e justifier lui-même , et de défendre son livre ; mais il paraît que lui-même n'étoit pas très-content de son apologie. 11 écrivoit de Motier, le 6 mars 1763 : J'ai eu f imprudence de lire le Mandement que M. l'archevêque de Paris a donne' contre mon livre, la Jbihlesse d'y répondre , et l'étourderie d'envoyer aussitôt ma réponse à Rey (son imprimeur). Revenu à moi , j'ai voulu la retirer. Il n étoit plus temps. L'impression en étoit commencée , et il n'y a plus de remède h ma sottise faite. Je vous adresse deux exemplaires de ce misérable écrit (1). Dans une lettre du 26 février précédent, -- ■ 1 — a
(1) Dxu» letUUon dç *c* OEuvrcs cilec, tome XX\l.
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il avoit dit que X écrit étoit froid et plat ; ce que bcaoconp de gens regarderaient , sans doute, comme un b/aer phême d'une autre plume que de la sienne. Dans une lettre du même temps, il déclare qu'il a toujours aimé rt respecté AT. l'archevêque de Paris, Et dans la lettre même au prélat % il l'appelé un homme verturttjc , qui a lame aussi noble que sa naissance , un illustre archevêque. Du reste, il se défend quelquefois avec aigreur, comme lorsque sur la fin de sa lettre il calomnie les mœurs du clergé* de Paris , ou avec un orgeuil démesuré, comme lorsqu'il dit : Oui , je ne crains point de le dire ; s il ejcisioit en Europe un seul gouvernement vraiment éclairé, il eut rendu des honneurs publics à l'auteur tTÉmile, il lui eût élevé des statues. On s'est récrie avec raison contre cet orgueilleux hommage que l'auteur se rendoit à lui-même, et Voltaire entrautres .-y lui a pas épargné le ridicule. Mais la honte en retombe autant sur les contemporains de Jean-Jacques que sur Jean-Jacques même. Il n'étoit pas étonnant qu'il fut enivré de l'encens qu'on lui offrait de toutes parts. Il étoit devenu l*idole de son siècle. On l'accahloit d'éloges, on le coosultoit comme un oracle, on s'arracboit son livre, son nom étoit daus toutes les bouches. Comment cet engouement ne lui auroit-il pas fait oublier les règles de la modestie?
— Le ao, novembre, condamnation d'Annet à ra cour du banc du roi y à Londres. Pierre Annet est du petit nombre des déistes anglais qui ont essuyé, dans ce siècle, quelque châtiment pour leurs écrits irréligieux. Il entreprit de répondre à l'ouvrage qu'avoit donné l'évéque Sherlock en faveur de la vérité de la résurrection de Jésus* Christ. Il publia donc (car, quoique l'ouvrage parut anonyme, on présume que ce fut loi qui en fut auteur); il publia , dis- je : La Résurrection de Jésus- Christ considérée , par un philosophe moral. Il prit ainsi le même titre que s'étoit donné, peu auparavant , le docteitT Morgan. Cetoit en 17 {4 , époque où nous avons vu que parurent successivement plusieurs livres contre la révélation.
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Aanet ne montra ni moins d'ardeur ni moins de zèle que plusieurs des partisans de la même cause. Il examine toutes les circonstances du récit de la résurrection du Sauveur, tel qu'il se trouve dans les Évangelistes , et prétend f découvrir plusieurs preuves de fausseté'. Il traite les historiens sacrés avec beaucoup de licence, confond tout, change le sens des passages, soutient qu'il y a contradiction quand il arrive à l'un des évangelistes de raconter le même fait avec plus ou moins de circonstances que l'autre, et établit ainsi des règles de critique absolument neuves, et qui tendroient à ébranler les faits les mieux constatés de l'histoire profane. Annet paroît même douter de la vérité de la mort de Jésus-Christ ; en quoi il se montre plus incrédule que les juifs même et les païens, <jui n'ont jamais nié ce fâit. La même année qu'il donna son livre, le docteur Samuel Chandler publia un excellent traité sur le même sujet. Un auteur anonyme travailla aussi à établir les preuves de la résurrection du Sauveur, et répondit aux objections d'Annet contre les miracles en général. Mais aucun ne réfuta cet auteur avec plus de succès que Gilbert West, écuyer, qui se fit connoître, en ^47, par des Obseivations sur l'histoire et des preuves de la résurrection de Jésus • Chris U Elles sont fort estimées. Nous ferons ici mention d'un autre écrit qui parut la même année , et qui éloit aussi d'un, laïque, ami de Gilbert West. Sir George Lyttelton, depuis lord Lyttelton, avoit été dans sa jeunesse enclin à l'irréligion* Mais ramené par les entretiens de M. West, ainsi que par des études plus approfondies, il lit paroître un petit traité intitulé t Observations sur ta conversion et tC apostolat de saint Paul. Son dessein est de montrer que le seul fait de la conversion et de l'apostolat de saint Paul prouve suflisainmeut que le christianisme est une révélation divine; genre de preuve qui, ne portant que sur un fait, est à la portée d'un plus grand nombre d'esprits. Mais revenons à Pierre Anuet, dont pourtant nous ne nous sommes pas fort éloignés. 11 paioît qu'il ne fut point ctouué des réponses faites à son livre. U
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continua d'employer sa plume à propager l'incrédulité. Un de ses ouvrages porte le titre de Free enquirer , ou Libre discuteur. Un autre est intitulé : La Résurrection considérée de nouveau ; et un troisième : Les défenseurs de la résurrection confondus dans toutes ieurs prétentions, La hardiesse de ces pamphlets, et sur-tout du premier , excita l'attention du ministère public. On en cita quelques passages où l'histoire sacrée étoit traiter avec le plus d'irrévérence. L auteur, traduit à la cour du banc du roi , fut condamné à rester en prison à Newgate pendant un mois, h être exposé deux fois au pilon, à être enfermé ensuite un an à Bride well , et à payer une amende de six sous huit deniers. Annet subit en efTet l'ignominie île. l'exposition, le i3 décembre 1762. Ce traitement parut , à ses partisans , une persécution horrible, et on regarda An net comme un martyr. Ce scroit acheter à bon compte un si glorieux titre.
Le 1 3 septembre . assemblée du clergé janséniste à Utrecht. Les uppeluns désiroient depuis long-temps de donner du relief à leur parti par la tenue d'un concile, et d'eu imposer, par ce nom respectable, aux simples et aux crédules. Des divisions survenues parmi eux , leur parurent exiger la convocation des princijiaux de leur clergé. Un nommé Lecierc, sous- diacre du diocèse de Rouen, d'abord couvulsionniste et visionnaire, puis enfermé pour ses folies, setoit réfugié en Hollande, tsik de tous ces fanatiques. Il éloit appelant , et ce fut le commencement de ses égare mens. Bientôt il alla pins larà. Il publia, en 1733, un acte de révocation de la signature du formulaire, non seulement pour ce qu'on appelé U fait , mais même quant au droit , prétendant que les cinq propositions de Janséuius ne contenoient que la doctrine très- saine de la grâce efficace par elle-même, et de la prédestination gratuite. On dit que ç'avoit été
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autrefois le sentiment de Pascal dans ses dernières années, et bien des écrits prouvent que si tous les appelans ne tiennent pas tout haut le même langage, beaucoup ne s'en éloignent pas dans le fond. Leclerc , une fois retiré en Hollande, et respirant l'air d'indépendance de ce pays, y devint plus hardi encore. 11 se mit à crier contre les abus , et comme Luther , il passa des abus à ce qu'il y a de plus essentiel dans la religion. 11 donna, en 17^7, le Renversement de la religion par les bulles contre Bàîus 9 Jansénius et QuesneL Enfin il renversa tout lui-même, l'autorité de l'Eglise dispersée, celle de la tradition, la primauté du Pape, la supériorité des évêques sur les prêtres. Il s'éleva contre la profession de foi de Pie IV , et soutint que l'église grecque n'étoit ni hérétique ni schismatique. D'ailleurs, parfait imitateur des intrigues de son parti , il écrivoit de tous côtés , répandoit des libelles, et troubloit la petite église d'Utrecht. Il avoit gagné un évêque schismatique grec de l'île de Candie, qui se trou voit alors à Amsterdam, et qui adhéra aux écrits de ce réformateur. Ce fut, dit-on, pour s'opposer à ses progrès , qu'on résolut de s'assembler en manière de concile. Les appelans de France secondèrent ce dessein. C'étoient eux qni soute noient l'église schismatique de Hollande par leurs conseils et sur-tout par leur argent. Ils se réunirent pour faire face aux frais du concile, et y envoyèrent des théologiens pour aider les pères de leurs lumières. D'autres se rendirent d'eux-mêmes à Utrecht pour être spectateurs des opérations de cette assemblée, dont on espéroit beaucoup d'avantages pour la cause commune. L'archevêque Meindarts la convoqua par une circulaire du 10 août. Dans des temps plus favorables , dit un écrivain du parti , on eût cite' juridiquement Leclerc pour répondre sur sa doctrine, et s'il eût persiste dans ses hérésies, on Tauroit anathémalisé. Le i3 septembre , le concile s'ouvrit dans la chapelle de l'église de Sainte- Gertrude à Utrecht. On copia le cérémonial observé ordinairement daus ces respectables assemblées. Meiodarts présidait.
Année 1763'.
Van Stiphout et Byevclt , quil avoit fait évoques île Haarkm et de Dcventer, siégeoient avec lui. Il y avoit aussi dix-sept chanoines et cures hollandais , auxquels, pour faire nombre, on accorda voix délibérative à légal des éveques. On ^approuva et adopta les cinq articles présentes (1) , en iGG3 , à M. de Cboiseul par quelques théologiens janse'nistes , et adresses à Alexandre VU ; les articles theologiques présentes à Innocent XI , en 1677 , par l'université de Louvain ; et les douze articles envoyés, en 1725, à Benoît XlH , par le cardinal de Noailles, quoique les uns ni les autres n'eussent jamais été autorises. Mais on étoitbien aise de faire revivre ce que l'on regardât comme favorable aux préjugés du parti. On rendit ensuite douze décrets contre les erreurs de Leclerc , contre les Jésuites liardouin t Berruyer et Pichon , et contre h morale relâchée des casuites modernes. Le concile déclara indignes de participer aux sacreuicns ceux qui sou tientir oient la doctrine qu'il avoit condamnée. Le reste des décrets regarde des matières de discipline et de sacreiucns. La dernière session se tint le 20 septembre. Le lendemain, Les décrets furent lus publiquement , approuvés et oonirmés par tous les pères , qui les signèrent tous en se servant également , éveques et prêtres , de cette formule réservée jusque* la aux premiers pasteurs : e£o«*»« judicatis siibscripsi. Le sieur Leclerc ne parut pas fort touché des décrets portes contre lui. 11 avoit été invité à venir au concile, et avoit réjeté cette invitation avec hauteur et mépris. Van Stiphout. qui se disoit son évéque , attendit plusieurs mois qu il vînt à résipiscence. Le 17 septembre 1764 , il le cita dans les formes à coraparoître devant lui. Mais Leclerc ne réjiondit à cette citation et à deux autres qu'on lui fit successivement , que par un écrit où il protestoit contre les injustices, les irrégularités et les défauts de formes du concile , récusait l'évêque
et
. (1) Voyez rintrodttcUuu r tome W de ces Mémoires , page 1G8.
Àmèc 1783,
io* tous lesautres membres , dénonçoit ce cbncileà l'Église assemblée canoniquement en concile général , et ajoutait qu'il faisoit cette déclaration , tant en son nom qu'en celui de son évêque grec et de quelques autres. Ce novateur montrait ainsi dans quelle école il avoit été élevé. Toutes les raisons qu'il alléguoit contre rassemblée d'Utrecht , on les avoit données avant lui contre le concile d'Embrun , et tout ce qu'on lui objectait pour le convaincre , les catholiques l'a voient opposé dans le temps aux défenseurs de Soanen. Ainsi, ce parti se condamnoit lui-même. On le vit foire, en 1764, contre Leclerc, tout ce qu'il avoit reproché à l'Eglise d'avoir fait en 1727. Après plusieurs formalités et monitions , Van Stiphout rendit , le icr mars 1765, une ordonnance par laquelle il déclaroit Pierre Leclerc , sous-diacre y suspens et interdit de toute? les fonctions ecclésiastiques * et indigne de la participation des sacremens, et sur- tout de l'Eucharistie , qu'il ordonnoit de lui refuser même à l'article de la mort* Meindarts confirma cette ordonnance , contre laquelle Leclerc réclama. Il continua, malgré le concile, à enseigner sa mauvaise ^doctrine. Un autre appelant , moine réfugié en Hollande", s'éleva aussi contre l'assemblée d'Utrecht. Les actes de cette assemblée sont signés de trois évéques et de seize prêtres. Il y assista en outre plusieurs Français, d'Etemare, de Bellegarde, Duhamel, Rivière , plus connu sous le nom de Pelvert , Clément , etc» • — Le 28 octobre , Instruction pastorale de /M. de I! eau mont , archevêque de Paris. Elle rouloit sùr les atteintes portées à l'autorité de l'Eglise par les jugemens des tribunaux séculiers dans l'anaire des Jésuites. Ce prélat y établissoit que le jugement porté contre ces religieux manquoit de vérité et de fondement sur quatre chefs, savoir, sur leur institut, sur leurs vœux, sur leur doctrine et sur leurs fonctions. Il repoussoit les calomnies lancées contr'eux, et exarainoit quelques-uns des passages des Extraits des assertions» On verra Vannée suivante l'orage que cet écrit fit naître contre JiU de Beaumont. On lai fit un crime d'avoir revendiqué