TOME SECOVD
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religion chrétienne» Mais de ce qu'il étoit moins mauvais que ces dernières productions , il n'étoît pas pour cela exempt de blâme , et l'on y trouvoit à- peu-près les mêmes idées que dans le poème de Voltaire sur la Religion naturelle 9 ou dans la Profession dé foi du vicaire Savoyard de Rousseau , qui ne pouvoient sans doute .passer pour des modèles en fait d orthodoxie. Au reste , l'apologie de Marmoutel , quelque peu justificative quelle fut d'ailleurs , étoit du moins écrite avec honnêteté 'et modération (1). Ses amis furent moins réservés que lui. Voltaire prit sa défense avec une extrême chaleur, pour ne rien dire de plus. U accabla la faculté de ses sarcasmes. Il s'en prit sur-tout au syndic Riballier, doot il déBguroit le nom pour le rendre ridicule. Il tomba sur M. Coger, ^professeur de l'université , qui avoit donné on petit écrit contre le B élis aire , et travestit aussi ridiculement son nom. Dans son libelle, et dans une lettre imprimée à Marmontel , il n'épargne point les épithètes de coquin , de maraud, de cuistre de collège , de loup et autres dénominations obligeantes. Il prête au syndic un
* .discoure de ligueur et de forcené, et veut foire rougir la faculté de son tèle à combattre la philosophie. Dans le même temps il sollicitoit par lettres ses amis et ses protecteurs peur qu'on imposât silence aux docteurs. Les znouvemens qu'il se donna n'empêchèrent pas la censure ,
• 'et la Sorbonne sut se mettre au-dessus de ces contradictions. Son. jugement doctrinal contient, dans environ 200 pages , une discussion étendue des principes du Belis aire, M. de Beau m ont donna aussi , le ?4 fanv*er 1768 , son Mandement contre le même livre , après avoir essayé de porter l'auteur à reconnokre ses torts. Ce Mandement .
(1) Les Mémoire» postbuninc de Manmmtel feu ont fiât moins d'honneur. Il y raconte les détails de cette affaire arec toutes les petitesses de la vanité, se félicite d'avoir amusé la Sorbonne et Tarchcvcque , et rapporté avec complaisance les plus mauvaises plaisanteries de ses amis. * Mémoires ét un pire , pour servir à »t instruction de se* enfatu , tome 111, bvTC VIII.
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&»t en même temps une instruction solide. Le chapi* tre XV du roman y étoit bien discuté , ses contradictions relevées à propos, le venin qui s'y présente mis au grand jour. L'on y .trouvoit d'excellentes réflexions sur l'accroissement et les caractères de l'incrédulité, sur ses complots aussi pernicieux à la société et à la morale qua la religion , sur la nécessité delà révélation, sur lés égaremens des païens, et sur la dépravation universelle des hommes avant la venue du Messie. Quelques écrivains feignirent leurs observations à celles des docteurs et du prélat. » . • I . -:r
— Le 16 juillet, Clément XIII canonise six bienheureux, savoir : i° JérosaoÉmiliani, néà Venise en i48i; le soin des pauvres , des malades , des orphelins l'occupoit tout entier. U fonda pour eux divers établissémeas , et ce fut aussi pour eux qu'il institua l'ordre des Somasques, très-répandu en Italie. Il mourut, chef - aie cette congrégation , le 8 février i53g. a° Joseph, dit Calasaoetius. Né en Arragon,il vint a Rome; ou il fonda l'ordre des Clercs réguliers des écoles pies. Il se rendit illustre par ses hautes vertus et par des miracles , et mourut à Romè, te 25 août 1648 , étant âge de quatre-vingtdouse ans. 3° Le fcrère Séraphin dÀscoli , frère ches les Capucins ; à* y vécut dans la pratique de la perfection religieuse, Ot sut, dans une condition obscure, et vile même selon le monde , acquérir un trésor de mérites. Il passa en 1604 à une vie meilleure. 4° ^ean °^ Kenti, né en 1397, dans la ville de ce nom,. au diocèse de Cracovie en Pologne. Devenu prêtre et docteur en théologie, il remplit successivement avec le même zèle les places de curé et de professeur de théologie. Il les quitta pour visiter les saints lieux de Jérusalem, prêcha la foi ans mahométans , et vint passer les dernières années de sa vie a Rome. Son éminente sainteté lut attestée par des miracles. U mourut Je a4 décembre 1473 , et est particulièrement révéré en Pologne. 5° Joseph de Cupërttno, Çrère Mineur conventuel, célèbre daus son ordre 'par une charité sans bornes et un ardent amour pour Dieu; i)
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mourut Cfl odeur de sainteté à Oximo, le 18 septembre i663, étant Agé de soixante-un ans, 6» Jeanne Françoise Fréraiot de Chaulai. Cette sainte temme , née à Dijon , en 1373, du président Frémiot, fut mariée au baron de Chantai, dont eue eut six en fans. Après la mort de son mari , elle se mit sous la direction de saint François de Sales, et parvint à une hante perfection. Elle prit l'habit de religieuse en 1610, et fonda, de concert avec le saint évéque de Genève , Tordre de la Visitation , qu'elle gouverna long-temps avec beaucoup de soin et de succès. Elle mourut à Moulins, le i3 décembre 1641 , en visitent ses monastères, et après avoir laissé à ses filles des instructions salutaires dans ses écrits , et dans les exemples de sa vie des leçons plus persuasives encore.
— Le i3 octobre, deux évêques polonais sont enlevés par les Russes dans Varsovie même, et envoyés en Sibérie.' U y avoit long-temps que les Polonois, braves, mais divisés, ne pouvoient plus maintenir leur indépendance. La Russie avoit porté au trône, en 1733, l'électeur de Saxe. Ce prince servoit les vues de la cour qui l'avoit fait roi. Il souffrit que le synode russe envoyât un évêque de sa religion dans les provinces polonaises, dont les paysans étoient Russes d'origine, et qu'il y établît un nouveau siège épiscopol, dépendant seulement de la «aline, quoiqu'il y eût dans le pays d'anciens évoques grecs. Mais ceux-ci étoient unis au Pape. Les troupes russes s'accoutumèrent à séjourner en Pologne , et à la regarder comme leur proie. Catherine II, devenue impératrice en 1762, aggrava encore le sort des Polonais. Elle maintenoit parmi eux des divisions et s'y concilioit des partisans jïar la séduction de l'or ou de l'ambition , en même temps qu'elle effrayait par des menaces ou de mauvais traiteraens ceux qui lui étoient contraires. £We avoit reçu à sa cour le comte Ponialowski , et elle le fit roi de Pologne en 1764- Les protestons demandoient à parvenir à. toutes ks charges. « Ils aftectoient , dit Ruthières , « dans son Histoire de l anarchie de Pologne, de luire « cause commune avec les Grecs. Mais les nobles de cette
Année 1787. &i£> « communion étoient unis a l'Eglise romaine et admis à « toutes les dignités. Us n'avoient par conséquent point « de part à cette requête. Toutefois , ajoute Rulhières , « le nom de tolérance donné à tout ce que les dissidens « demandoient, rendit la plus grande partie de l'Europe « favorable à leur requête; on ne songeoit pas que non * seulement ils étoieot tolérés , mais qu'ils étoieot admit « au partage des riches starosties , a tous les droits civils « de la noblesse, à tous les emplois militaires, et qu'ils « demandoient non pos la tolérance, mais le partage « de la souveraineté. » Leurs demandes furent rejetées , malgré les mémoires présentes en leur faveur par dei puissances protestantes. La Russie intervint dans cette querelle, qui lui donnoit occasion de s'immiscer encore plus dans les affaires de la Pologne. Elle se déclara pour les dissidens. m Quoiqu'ils jouissent de la tolérance, et « qu'ils eussent plus de deux cents temples , dit encore « Rulhières , ils vouloient entrer en partage de la souve- « raiueté, et réclamoient l'appui de ces mêmes puissan- 41 ces, qui, en Livonie, en Prusse, et dans les provinces u cédées par la Pologne à la Russie, en 1686, a voient u fait cesser l'exercice de la religion catholique. » Et cet historien a d'autant plus de droit d'être cru sur cet article, qu'on ne l'a pas accusé d'être trop religieux, et qu'ailleurs il s'est montré partisan de la tolérance des protestons. Catherine demande donc cette tolérance pour les dissidens polonais, et elle la demande plutôt en souveraine qui ordonne qu'en alliée qui protège. Poniatowski lui étoit trop dévoué pour ne pas seconder ses vues. Les Polonais, indignés de sa complaisance , s'animent à la combattre. La diète de 1766 accorde pourtant quelques avantages aux dissidens, qui ne s'en contentent pas. Ils se réunissent, le 20 mars 1767 , sous la protection des Russes, qui n'omirent rien pour grossir leur nombre. Cependant la liste des signatures, quelque enflée qu elle fût, ne présentoit que cinq cent soixante- treize gentilhomme s» La Russie dirige des confédérations en leur laveur. Elle les protège a main armée. Son ambassadeur à Varsovie,
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le prince îlepoin, gouverne la Pologne comme un pays conquis. Plusieurs , las d'un tel esclavage , s'animent a le secouer. Des évêques se distinguent par leur zèle. Ca* jetan Soltick, évêque de Cracovie, Zaluski, évênue de Kiow, et Krasinski , évêqoe de Karninieck > se déclarent pour le maintien de la liberté' et de la religion nationale. Le nonce du Pape en Pologne, le prélat Durini , les seconde , et mit valoir l'intérêt de l'Église et celui de 4 . l'état, également compromis. Des Mandemens énergiques, des discours éloquens sont accueillis par le gros de là natioo. L'ambassadeur russe s irrite de cette résistance* Il fait menacer les évêques de son ressentiment. Us n'en persistent pas moins dans une conduite que leur sembloient autoriser leur caractère dévêque et leur qualité de sénateur. Le nonce du Pape ouvre la diète par un discours contre les prétentions des dissidens. Il remet un bref où le Pape recommandoit qu'on ne portât aucune atteinte à la religion. L'évêque de Cracovie parle dans le même sens. Celui de Kiow, si célèbre par ses connoissances , par ses recherches savantes, et par sa belle et nombrensa biMiotbcque, lut deux brefs, où Clément XIII pressoit le sénat et l'ordre équestre de ne consentir à aucune innovation. Cette opposition les mit en butte à la vengeance de Repnin. Les deux évêques sont arrêtés par ses ordres et transférés en Sibérie. L'évêque de Kaminieck échappa a ceux qui le cherchoient , et fut contraint de se cacher. U fut même question d'arrêter le nonce du Pape. Oa recula devant cette dernière violation du droit des gens. En vain toute la Pologne réclama contre un pareil traitement inflige a des évêques, à des sénateurs, à des nobles , à des hommes iunocens. De. ce jour data l'asservissement de celte nation. Le i3 octobre 1767 est une époque néfatte dans ses annales. La diète, subjuguée par la terreur , céda en frémissant. L'ambassadeur dicta les quatre articles suivans. i° La religion catholique sera déclarée dominante. Aucun prince ne pourra aspirer au trône s'il n'est catholique, s» On déclaroit légitimes les confédérations de Thorn et de StucJu On
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ordonnoit que la dénomination de dissidens, réservée auparavant au* réformés, seroit appliquée aux Grecs, que tous les dissidens auraient le libre exercice de leur? culte, qu'ils pourraient bâtir des églises , établir des écoles, tenir des consistoires, avoir des imprimeries, etc. Les mariages mixtes , même avec les catholiques, furent déclarés légitimes. On établit un tribunal mixte, composé de juges de différentes communions, pour décider les contestations entre catholiques et dissidens. Les gentilhomme* dissidens étoient admis à tout , même à 14 dignité de sénateur. Le troisième article portoit que l'exercice de la religion évangélique seroit libre dans la Prusse polonaise, et qu'on rendrait les emplois à ceux qu'on en avoit prives. Le quatrième concernent le palattnat de Culm , et défendoit au clergé catholique de se mêler en rien des affaires d'état. On ordonooit de restituer aux dissidens les églises dont on les avoit dépouillés en Cour-* lande , et on .défendoit aux catholiques d'y bâtir des égli-> ses ou chapelles sans la permission du duc. « Quelques « philosophes , dit ici l'historien de Pologne , déjà cité * u Jouèrent beaucoup ce traité , sans songer que le clergé « grec n'avoit jamais été , dans aucun état , élevé à de « pareilles prérogatives, et qu'à l'égard des ministres « des deux confessions évangéliques , cette communication « d'indépendance et de pouvoir étoit précisément cdo- « traire aux principes de ces informations....... Établie
« à main armée sa propre religion dans un pays voisin , « sous prétexte de la tolérance , donner part à ses prêu très et à sa noblesse dans une souveraineté étrangère, u contre l'esprit même de ces religions ^ le$ panégyristes «1 de Catherine pouvoieot , dans cette entreprise , louer , « s'ils levouloient, l'audace , le génie entreprenant, l'ha— m bile té à jeter le trouble chez les nations voisines , et à ra- « masser les matériaux de quelques incendies ; mais il ne &L> a loit pas louer l'amour de l'humanité , nila philosoplue , ni « la politique (1). » Ce qui choqua le plus les Polonais,
(1) Hutoirt dt Canarchiede Poh^nt , par Hullùèret , tome II , page 480.
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ee fut de voir ievêque de Mohilmv , russe, qu'ils regar* doieut comme un espiod , admis dans leurs délibérations. Le Pape écrivit ù l'archevêque de Gnesne, Podoski, et au* éréques, pour se plaindre d'un traité qu'ils n'aVoienf pu empêcher. Le nonce demanda une audience au roi, et l'exhorta à ne pas ratifier des délibérations dictées par la terreur. Un parti Se forma parmi les Polonais pour rendre à levr patrie sa Hbertéet son indépendance. Le acjfévrier 1768, une confédération a lien à Barr, en Podolie, Elle se grossit en peu de temps. La noblesse et le clergé sein pressent également d'y accéder. Le clergé donna quatre millions de florins. La noblesse s'arma. Catherine regarda ces démarches Comme une révolte. Elle ajouta de nouvelles troupes à celtes qui inondaient déjà la Pologne. Elle ordonna de ravager les terres des confédérés. Elle fit eutrer dans l'Ukraine les Zaporoves, espèces de brigands exerces ù toutes sortes de cruautés, qui mirent «ont à feu et à sang, brûlèrent trois villes, cinquante bourgs, plusieurs milliers Se maisons, et égorgèrent tout ce qui n étoit pas de la religion grecque. On prétend qu'il périt en tout deux cent mille âmes dans ces affreuses exécutions , où m le sexe ni l'âge n'étoient épargnes. Ces nouvelles remplirent toute la Pologne d'horreur et de deuil ; et c'est alors «jne Vollaire écrivit dans ses Mélanges historiques que l'armée russe enrichissoil le pays au lieu de le dêvus-* ter, et quelle n étoit là que pour protéger la tolérance. Ou ne pou voit insulter plus cruellement aux malheureuses victimes qui veuoient d'être sacrifiées à la politique. Mais Vortarre étoit flatté par Catherine. Elle lui ccrivoit régulièrement , elle admiroit sa philosophie , elle phitoso* phort avec lui, et daignoit presque lui demander dis leçons. Pon voit-il être insensible à tant de bontés, et ne devoft-ii pas prendre le parti d'une princesse si douce et si vertueuse ? Aussi il n'hésite pas, dans sa Comespati~ dance } à tant approuver en elle ; il appelé , sans façon , l'évéque de Craeovie un factieux et un rebelle > parce que ce prélat défendoit les intérêts de son pays contre tuiç puissance étrangère. Il ne tarit point en éloges surç
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fa grand™ r dame de l'impératrice, et fleurit quiconque ose résister à une princesse qui avoit des vues si pures et si bienfaisantes. Ces vues se manifestèrent bientôt de la manière la plus éclatante. Apres avoir fait la guerre aux Polonais, et anéanti la confédération de Barr, la Russie annonça son dessein de partager le royaume. La Prusse et l'Autriche donnent la main à cette usurpation. Quelques- uns ont cru que si Marie-Thérèse eût été seule, elle u'eût point consenti h une mesure si injuste, mais qu'ellrfut entraînée par l'ascendant que son fils avbit déjà pris dans ses conseils* Joseph II n'étoil ni assez sage en politique, ni assez scrupuleux en morale, pour refuser un agrandissement qui lui coûtait si peu. Quant à Frédéric II , il soorioit depuis long temps des divisions de là Pologne, et avoit déjà commencé à y agir en maître. Le partage fut donc résolu le 5 août 1772. Chacun prit ce qui étoit à sa convenance. La diète polonaise von lot ên vain s'opposer à l'usurpation. Levéque de Wilna; Massalski, réclama sans succès. La force et la terreur prévalurent. Le roi de Prusse voulut bien promettre dé conserver la religion catholique dans les pays dont il s'en»-* paroit. Les deux prélats , exiles en Sibérie, furent rendus a leurs diocèses, après cinq ans de captivité. L'évéque de Kamteieck, qui avoit été arrêté plus récemment, fut aussi mis en liberté. La Rnssie, satisfaite des avantages qu elle veuoit d'obtenir , parut mettre plus de modération dans ses procédés. Elle laissa la diète statuer sur les dissidens, et elle abandonna tout à coup ses protégés , pour lesquels elle avoit fait tant de bruit et affecté tant de zèle. On leur laissa le libre exercice de leur religion ; mais on leur ôta leurs autres prérogatives, et ou supprima le tribunal mixte. Il étoit assez clair que ce netoit pas pour eut que Catherine avoit tenu , depuis huit ans, la Pologne asservie.
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Le 3o janvier, bref de Clément XUI pour antialler quelques édite rendus à Parme. 11 avoit .été publié par le duc de Parme, en 1764, 1765 et 1767 , des lois qui assujettissoicnt les biens ecclésiastiques aux mêmes contributions que les autres, qui annulloient les rescrits de Borne non munis de l'approbation du souverain , qui défendoient de recourir à des tribunaux étrangers , cl qui établissoient encore , sur différentes matières ecclésiastiques , des réglemeos conformes au système qui commencoit à prévaloir, de resserrer de plus en plus l'autorité du saint Siège, et d'énerver la puissance ecclésiastique. Ces édits parurent à Clément XIU contraires à ses droits, soit comme souverain Pontife, spit comme seigneur suzerain de Parme ; car les Papes prétendent que ce duché ayant été détaché par concession des domaines du saint Siège, ils y ont conservé les droits de la suzeraineté. Quoi qu'il en soit de ces prétentions , que Ton trouverait peutêtre plus solides si elles et oient appuyées par une armée de cent mille hommes , le bref de Clément XIII parut choquer extrêmement les princes de la maison de Bourbon. Ils prirent fait et cause pour l'infant duc. Le parlement de Paris supprima le bref le a6 février. Les cours de Parme, de Madrid, de Lisbonne et de Naples le firent traiter de même par leurs tribunaux. En France on s'empara d'Avignon et du Comtat : Be ne vent fut oecupé par les troupes napolitaines. Le vrai motif de ces démarches hostiles n'étoit pas douteux ; on vouloit foire repentir le Pape de la protection qu'il accordoit aux Jésuites , et de spn refus d'acquiescer aux sollicitations qu'on lui avoit réitérées pour les détruire. Clément XIII , effrayé de ces dispositions , écrivit , le 29 juin 1768, à l'impératrice Marie-Thérèse pour l'engager à se rendra médiatrice entre lui et les souverains ; mais elle déclina cette commission. Peu après , désirant ar-.
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demmetit de rétablir la paix, le Pontife écrivit lui-même aux princes de la maison de Bourbon* Ces démarches n'eurent aucun succès. Le Pape avoit eu même la mortification , l'aimée précédente-, de recevoir. une lettre fort aigre du roi* de Portugal, en réponse a des ouvertures qu'il avoit faites auprès de ce prince pour essayer de renouer la concorde entre les deux cours.
— Le 1 1 avril , lettre de M. l'évéque de Genève à Voltaire. « On s'afflige, a dit urv écrivain impartial, •» que, se laissant entraîner au torrent d'un siècle dégra- « dé, Voltaire se soit plongé dans un cynisme qui formé « un contraste révoltant avec des cheveux blancs , sy m— 1: bole de sagesse et de pureté. Quel spectacle plus triste « qu'un vieillard insultant la divinité au moment où elle « va le rappeler , et repoussant le respect de la jeunesse « en partageant ses égaremens (1) ! » Au contraire, plus il avançoit en âge , plus sa passion dominante acquérait de force et prenoit d'amertume. Il semble que les glacés de la vieillesse aceroissoient son ardeur au lieu de l'éteindre. Il devenoit de plus en plus pressant dans les provocations qu'il adressoit à ses amis. Il fa. soit un plus fréquent usage dé cette formule haineuse qu'il avoit inventée pour exciter leur zèle. Il la réproduisoit sous toutes les formes, il en remplissoit ses lettres, il la cou soit presque au bout de chacune de ses phrases. Il ne pou voit plus souflrir la contradiction , et se montroit plus que jamais caustique, irritable et intolérant. Je deviens méchant sur là fin de ma vie , disoit-il daos une de ses lettres, en janvier 1 761 • « Puisque^ je ne puis , écrivoit-il à d'Alerabert , le 16 février suivant , au sujet d'un avocat-général qui avoit requis au parlement la proscription de plusieurs de ses ouvrages, « puisque je ne puis lui couper la main « dont il a écrit son infâme réquisitoire , je l'abandonne « à sa pédanterie, a son hypocrisie, a sa méchanceté de « singe, à toute la noirceur de son noir caractère. » Il
(1) De la Littérature française pendant lé XVIll* sihiU (par M. de Baiaitte).
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appelé se* ennemis des bêtes puantes , et cette gracieuse épithètc est répétée plusieurs fois dans sa Correspondance. H les y traite aussi de faquins , de cuistres 9 de polisions. 11 ne voit dans le célèbre chancelier iFAguesseaU qu'u/i plat janséniste et un pédant. Mais tout cela est peu de chose en comparaison des étranges accès ©h il tomboit quelquefois. Il écrivoit à Hclvétius, le 1 1 mai 1761 : « ' Est-ce que la proposition honnête et modeste n d'étrangler le dernier Jésuite avec les Ixiyaux du der- * » nier jansénisme, ne poorroit amener les choses à quel- « qne conciliation ( r ) ? » À Damilaville , le 26 janvier 176a : « C'est bien dommage que les philosophes ne
* soient encore ni assez nombreux , ni zélés , ni asc scz riches pour aller détruire, par le fer et par la « flamme, ce» ennemis dn genre humain, et la secte
* abominable qui a produit tant d'horreurs (a). An comte d Àrgental , le même jour : « Les Jésuites et les jan- « sénistes continuent à se déchirer à belles dents; il
* fàudroit tirer sur eux à balles pendant qu'ils se mor-
* dent (3). » Cette riante image rai plaît tant, qu'il la répète, quatre jours après, dans une lettre à Damila— ville : ■ Il faut écraser les Jésuites et les jansénistes pen-
* dant qu'ils se mordent ($) . » 11 mandoit également à Chabanon : m H ne se roi t pas mal qu'on envoyât chaque « Jésuite dans le fond de la mer avec un janséniste au s cou. » Il y a plaisir à entendre ces souhaits bénins dans la bouche d'un ami de l'humanité. Cest par la qu'une belle arae se fait connoitre, et c'est apparemment pu sujet de ces mouvemen» de colère que Voltaire écrivoit à H** du Deflunt, le i5 janvier 1761 : « Je suis si inso- « lent dans ma manière de penser^ j'ài quelquefois des « expressions si téméraires, je hais si fort les pedans,
(1) Correspondance générale , tome LVII , poge i
(2) Même volume, page 3a t.
(3) Même volume , page 3j3. ( j) Mcmc Yohune, page 3*1*7.
Année 176& 353
« fai tant d'horreur pour les hypocrites', je tue mets si « fort eu colère contre les fanatiques,. que je ne pourrais « jamais tenir à Paris plus de deux mots (1). » Dans un supplément aux lettres de Voltaire, publié en deux volumes, en 1808, ou trouve une lettre que lui écrivoit sa nièce, M™« Denis, le 10 firvrier 1754* Elle lui dit* entre autres choses : m Le chagrio vous a peut-être « tourné la tête; mais peut* il gagner le cœur? lavait rice vons poignarde. » ( Ces mots a voient été ensuite à demi effaces, et Mm« Denis avoit substitue cette phrase un peu plus doiuce : a L'amour de l'argent vous tour*
• mente. ) Ne me forces pas à vous haïr , vons /«tes le « dernier des hommes par le cœur. » Celte M«* Denis étoit un peu verte dans ses expressions. On a cité encore une lettre du président de Brosses , qui disoit à VoU taire des choses assez dures. « Sou venez- vous, mon* « sieur, des avis prudens que je vous ai ci-devant don» « nés en conversation , lorsqu'en me racontant les trait verses de votre vie , vous a joui a tes que vous étiez d'un « caractère naturellement insolent. Je vous ai donné « mon amitié , parce qu'il y a des jours où vous eu êtes « digne. Une marque que je ne l'ai pas retirée , c'est « l'avertissement que je vous donue encore de ne jamais
* écrire dans vos momens d'aliénation d'esprit, pour n'a* a voir pas à rougir , dans votre bon sens , de ce que vous « auriez fait dans votre délire. » Nous ne voulons toutefois forcer personne à juger Voltaire d'après les accès d'humeur de quelques-uns de ses correspondans , ou ses propres jnouveraens de colère. C'est d'après des faits qu'il faut l'apprécier. Malheureusement nous en avons d'assez certains à énoncer. 11 seutble que cet homme étrange ait pris plaisir h rassembler en lui seul das excès de plus d'un genre f et il alla si lois* f que ses meilleurs amis ne pu* rent s'empêcher de la blâmer. Nous voulons parier ici de ses communions scandaleuses. Nous en trouvons quatre marquées dans ses lettres et celles de ses- amis. La
(ï) Corrêspondanvr gênirat* , tome LVII . page ai.
334 Année 1768.
première fois fat en 1754* IL était alors k Coluaar, et il désiroit beaucoup obtenir la permission de venir à Paris. Collini, qui étoit alors son secrétaire , rapporte qu'on lui écrivit de la capitale , que sa conduite à Pâque serort épiée , et qu'il ferait bien de céder à la nécessité. Il ajoute que cette communion fut en pure perte pour ses aftaires temporelles et pour le but auquel «lie tendait. Voltaire auroit donc dû être détourné de recourir à un pareil moyen; toutefois nous le voyons .l'employer encore en 1761 , c'est-à-dire, dans le temps précisément où sa correspondance et ses écrits a voient une teinte plus marquée d'irréligion. C'est au milieu d'un torrent de sarcasmes et d'invectives, qu'il aunouce au comte d'Argental sa résolution de fane ses Pâques. Il lui écrit, le 16 février 1761 : < Si javois cent mille hommes, je sais bien ce « que je ferais ; mais comme je ne les ai pas, je commu- « nierai à Pâque , et vous roappelerez hypocrite tant « que vons voudrez. Oui , pardieu, je communierai avec
* M""> Denis et M11* Corneille , et si vous me fâchez , 41 je mettrai en runes croisées le .Tantum ergo (1). » C'est sur ce ton , si tristement plaisant , qu i! parlait d'une démarche dont il aurait dû rougir. 11 la renouvela encore en 1768. Pour cette fois, elle excita le zèle de l'autorité ecclésiastique. M. ttiurd, évéque de Genève, dans le diocèse duquel étoit situé Ferney , où Voltaire faisoit sa résidence, M. Biord ne crut pa» pouvoir laisser passer sous silence un tel scandale. Il eut pitié des égaremens d'un malheureux, vieillard; et voulant remplir envers lui l'office d'un pasteur et d'un père, il lui écrivit, le 11 avril 1768. Sa lettre, qu'on trouve dans Ja Correspondance générale (a), est fort bien mite, et digne en tout d'un évéque pieux et zélé. Le prélat lui disoit avoir appris qu'il a voit fait ses Pâques. Il sou- Laitoit beaucou p qu'une action aussi sainte ne fut pas un acte
• . « ■ ■ (1) Correspondance générale, tome LV1I, page 60.
.P) Correspondance générale ,> tome IX, page <53 et «uiv.
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qui temiroit sa gloire , qu'il y eut apporté tontes les dispositions requises, et que les incrédules ne (lussent plus se vanter de l'avoir h leur tête, I! auroit voulu qu'au Leu de prêcher dans I église «ir les vols, Voltaire eût annoncé son repentir par ses larmes, et eût desavoué les scandales qu'il avoit pu donner. M. Biord finissoit par des vœux pour qu averti par son âge et par ses réflexions, il mît sa gloire à travailler à son salut. Cette lettre, écrite d'un ton très- honnête , attira une réponse de Voltaire, qui fétoit un peu moins. D'abord, s'ecar^ tant d'nn usage reçu , il ne doonoit à l'évéqne que le titre de monsieur. Jean- Jacques a voit été plus' poli dans sa lettre a M. de Beaumont , que Voltaire avoit cependant trouvée impertinente. Par un autre oubli des usages , celuvci adressa sa lettre à M. téve^ue d'Annecy. H savott fort bien que les évéques de Genève avoient conservé leur titre, même lorsqu'ils furent chassés de leur ville principale et obligés de résider a Annecy. Il en etoit de ces évéques comme de ceux de BAle, de Constance et d 'Au gsbourg, qui, en perdant leurs villes capitales , n'aveiènt pas perdu leurs droits. Mais Voltaire avoit cru , sans doute , mortifier M. Biord , en supprimant sa véritable qualité. Sa lettre étoit d'ailleurs assez insignifiante. 11 se rènfèrmoit dans des généralités, s'anéantissoit devant Dieu , et prétendoit qu'il avoit dû parler dans l'église même contre les vols, qui sont une affaire de police dont les seigneurs sont juges; et l'on sait que Voltaire mêttoit beaucoup de prix a sa qualité de seigneur. L'éveque répliqua , et sans paraître s'être aperçu du manque d'égards du philosophe, il ne songea qu'à lui faire entendre des vérités utiles. Il l'avertit qu'une communion faite suivant les principes de la religion , exigeoit préalablement des réparations éclatantes, et que jusque-là on n'avoit pu l'absoudre. Il l'ravitoît encore à songer ù l'éternité. Ce langage chrétien et sérieux né fit pas beaucoup d'impression sur un homme endurci de longue main. U parla de tout autre chose dans sa réponse du 2q avril. Il prétendit que M. Biord s'était
336 jfnnéc < 1766.
laissé prévenir contre lui par Ain dire* Voisin et par l3û~> môoier du résident de France à Genève, et il lui envoya un certificat en sa faveur, qu'il avoit foit signer par le syndic du village et par deux ou trois at lie prélat voulut justifier les deuxeecli taire accusoit d'être ses délateurs ; et , profitant de cette occasion, il ajoutait, dans sa lettre du a mai : « Vous connoissez les ouvrages cru on vous attribue. Vous « savez ce qu'on pense de vous dans toutes les parties de « l'Europe ; vous n'ignorez pas que tous les incrédules de *. notre siècle se glorifient de vous avoir pour leur chef, « et davoir puisé dans vos écrits les .principes de leur « irréligion. C'est donc au monde entier et à vous-même « que vous devez vous en prendre de ce que l'on vous a impute. » Ici finit cette correspondance , où le prélat simple et modeste nous paroît, nous l'avouons, mis plus de sens et même d'esprit , que il avec tous ses talens et sa renommée. Celui-ci assure que M. Biord porta ses plaintes à la cour de France. Ce qui est certain , c'est que le comte de Saint-Florentin eut ordre décrire à Voltaire que le roi étoit tres-mecontentj qu'il eût prêché dans l'église le jour de Pâque. Mais ii ne manqua pas de trouver des paysans complaisaos qui lut signèrent un certificat pour sa \ustU lettres à ses amis, il traite lévéque d grossière. Il l'appelé un fanatique^ un énerguniène , un polisson. Il prétend que ce prélat étoit fils de son maçon ; ce qqi n'étoit pas vrai, et ce qui d'ailleurs n'eût rien lait a laflaire. Mais ce qui est le comble du délire , c'est le ton cynique dont il rend compte à d'Alembert de sa scandaleuse démarche du jour de P«Aique. il lui écrit* le ier mai 1768 : Que doivent faire les sages quand ils sont environnés d'insensés barbares? ily a des temps au il faut imiter leurs contorsions et parler leur tangage. Mutemua clypeos. Au reste, ce que foi fait nette année , je fat dé/à fait plusieurs fois; et, s'il plak à Dieu , fis le ferai encore* Ily a des, gens qui croit guent de manier des arsugntesy il y en,a d'autres qui
les
Annie
Wa évident <i). Mot» demandas patâàù 4e Vf^pelef ces jniages i go obi es et insoltantesi fl faut I ai^ouer, une telle hypocrisie fat blâmée, de ceux mêmes qui partageoient le plus les préjuges et le zèle de Voltaire. 'Grimf* convient , dans sa Correspondance > qu'elle a cause* assez de scandale à Paris. D'Àlembert , dans sa réponse à la lettre que nous venons de citer dit ** son mettre , qOoiqu'avec beaucoup de ménagement , qu'il ne sduroit approuver la co/nedi+ dm- 3 mni > et Voltaire fut obligé dë se-justrfeer auprès du comte d'Argental et du «tarte de là ToUraiHé. On aurotc ducroire que iïmprohation générale de ses ami* ajuoit fini quelque impression air son esprit ; mais ils
mirent konl« Hinnifidlan J\ dm ~mm m r n à - -i ■ « f i
curent ueau maniitsier îeui eioignement pour ce manège fevpocrite, assez étonnant dans un homme qui criort si fort contre l'hypocrisie. Ils ne corrigèrent pas ce vieillard opiniâtre, qui n'étoit plus retenu par aucun frein , et qui se plaisoit à braver tout, h? «ciel et l'opinion. Ce qu'il avait fait en 1768 , il le répéta , l'année suivante avec des circonstances nouvelles et aggravantes, s'il est possible* 11 eu.|* vers le temps de Pâque, quelques accès de fièvre, a> demaoda le viatique. Le cure* de Fêrney fit quelques difficultés. Jl voulut que le malade rétractât les ouvrages pernicieux qu'il avoH publias. Celui-ci, à quHës protêt tapote ne coûtoient rien, fit-, le 3i mars, pa^deyànt notaire, une déclaration dans laquelle il disott , que « le h nommé Nonotte , ci-devant soi-disant Jésuite , et le «V nommé Guyon» soi-disant abbé,' ayant fait contre lui « des libelles au*si insipides que calomnieux, dans les- * * quels ils accusent raessire de Voltaire d'avoir manqué
* de respect >.à la religion catholique , il doit' à la vérité, 4 à son hooneur et à la piété , de déclarer que jamais il
* 41 a cessé de respecter et de pratiquer la religion catho-
* lique professée dans le royaume ; qu'il pardonne à ses « calomniateurs ; que si jamais il lui étoit échappé quelm que indiscrétion préjudiciable à la religion de l'état , il n en demaudoit pardon à Dieu et à Tétât , et qu'il a v^cu
{1) Correspondance avec d Aie tré&t , Unûé fâTVÏ II , page 4,7/4 TO«E SECOND.
« et veut mourir dans l'observance de toute* les lois dû «c royaume, et dans la religion catholique, étroitement « noie à ces lois. » On lot apporta donc le viatique le lendemain matin; et là, trop- accoutumé à se fouerdé tout, il fit encore, par-devant notaire,- la déclaration suivante : « Ayant mon Dieu dans ma bouche, je déclare « que je pardonne sincèrement à ceux qui ont écrit au « roi des calomnies contre moi, et qni n'ont pas réussi « dans leurs mauvais desseins. * Et comme si ce netoit pas assez d'accumuler ainsi la dérision , la fausseté et l'outrage, il plaisante avec ses amis sur ce qu'il vient dé frire. IL écrit, le ,9 avril 1769; an comte tfÀrgeritu* : v On en rira tant qu'on voudra , ma* fat été obligé de «» faire ,. au dixième accès de 6èvre , ce qu'on fait dans « un diocèse ultratoontaitt. Il faut être poli, et ne te point refuser un dîner où l'on est prié , parce que la « chère est mauvaise? (i). 1» 1 Nous osons h peine transcrire ces indignes railleries. Il écrit dans le même sens au maréchal de Richelieu. Une lettre du 24 avril, h M"°« du . Deffant, renferme deux pages de plaisanteries su rie même sujet : &i pauvres diables se sont saintement parjuré» pour me rendre service. Oui , j'ai déclaré que je déjeunois à la manière de mon pays. Mais si vous élic* Turc s m'a-ton dit , vous déjeûneriéz donc à la façon des Turcs ? Oui, messieurs (a). Et sur ce qoapparem* tuent M, et M** d'Argental loi avoient témoigné qu'ils n'approu voient passa conduite , il leur répond, le 8 mai; Mes chers anges sont tous ébouriffes d'un déjeûner pardevant notaire $ mais.... on ne peut -donner une plus' grande marque de mépris pour ces facéties , que de let jouer soi-même (3). Nous nous arrêtons ici , et nous demandons, non pas précisément aux lecteurs pieux , mais à toutes les ames droites , honnêtes et inodérées ; où est
(1) a^yon^^^smf,, tome LU, nage W Même volume, page «3.
(3) Même volume, page 100.
\ Année 1963. $3^
Vjiy pocrisie , si ce n'est dans ces profanations monstrueux ses ? où est le fanatisme , si ce n'est dans ces violente invectiva Un homme si faux est- il recevabJe à parler de son amour pour la vérité? un homme si passlonné a-t-il le droit de se donner pour un apôtre de la raison T Ma sera-t-il pas permis de qualifier comme elles le méritent, et ces actions ùidignes, et ces apologies effrontées et devra- t-on appeler esprit de parti l'horreur qu'inspirent naturellement une conduite et un langage si opposés à la franchise , à la droiture et à la loyauté d'un honnête homme ?
— Le 7 septembre, ordonnance rendue à Venise concernant les religieux. L'amour des réformes se propageoit peu à peu. Le 10 octobre de l'année précédente, le grand conseil de Venise avoit défendu d'aliéner aucun fonds en faveur des corps ecclésiastiques. Le ao novembre suivant, un décret du sénat ordonna aux communautés régulières de suspendre jusqu'à nouvel ordre la réception des novices. Un pareil décret tendoit à éteindre en peu de temps l'état monastique. Il fut suivi d'une, longue or*donnance, par laquelle, entrautres articles, on sous*, traypit les réguliers à la juridiction de leurs supérieursgénéraux pour les soumettre à celle des ordinaires, on confirrooit la ,snspension des vœux pour les ordres de» anendiana, et Ton fixent l'âge de vingt-un ans pour les professions dans les autres corps. Il est >i croire que ceux qiù avoient suggéré ces mesures, vouloient miner successivement l'état monastique. La suspension des vœux des mendians retranchoit une branche considérable de religieux; et quant au changement de juridiction , il est remarquable que cette réforme , que nous verrons copiée dans la suite, par quelques princes , n'a pas tourné an profit de la discipline religieuse. Le Pape, alarmé des dispositions du sénat de Venise, lui écrivit pour se plaindre de ses ordonnances , et crut devoir en même temps avertir les évéques de la république de leur» devoirs en. cette occasion. Il ne peusoit pas qu'ils pussent se charger de l'exercice dune juridiction qu'U n'étoit^ au pouvoir
34* Amie 1768.
de l'autorité civile de leur conférer; il» résistèrent en effet d'abord aux ordres da sénat. M. Lombardi , évcque de Crema , fut celui .qui montra le plus de fermeté* ; mats à la fin ou fit croire qu'il avoit été gagné, et plusieurs Cvêques furent entraines par son exemple. Malgré les représentât ions, dn l^ape,-. le sénat maintint son ordonnance , et s'efforça même de la justifier dans une réponse au bref du saint Père. Clément XIII fit de nouvelles instances qui. n'eu reiMVpas plus de succès, et il mourut sans avoir vu Ja république revenir sur le* mesures quelle avoit adoptées..
. — Le 8 novembre, Mandement de M. deU' Annunziata, éveque uV Coïmbre, en Portugal , pour défendre la lecture de plusieurs mauvais livres. Qui auroit cru qu'une action si digne d'un évéque, put Jui attirer une disgrâce? Cependant ce Mandement fut jugé un délit epou van table. Les écrits que 1 évêque proscrivoit étoient précisément ceux qui commençoient à se répandre en Portugal sous «la protection de quelques agens du gouvernement. Pombal soldoit , dit^on , des écrivains pour -combattre tes droits dn saint Siège et l'autorité des évé- *pies. Antoine Pereira se signaloit dans ce genre, et indiquoit les moyens de se passer du Pape. On venoit d'établir récemment un tribunal pour la censure des Itères, afin de s'affranchir des règles suivies Jusque-là , et •de pouvoir propager impunément les principes nouveaux t]ué l'on avoit adoptes. Les écrits de Dupin, le Febro* nius que nous avons (ait •connoitre , circuloient sans obstacles; et à la faveur de cette liberté s'introduisoient des productions plus répréheusibles encore. Les livres des philosophes français franchîssoient une barrière que Jes anciens reglemens leur auraient fermée. Ce fut dans «es circonstances que 4'évéque de Coïmbre donna son Mandement pour proscrire ces deux sortes d'ouvrages. 11 paroît qu'on avoit déjà d'autres griefe contre lui : d. «avoit pas voulu se prêter aux nouveHes • réformes , ni donner les dispenses <jue le ministre ne vouloit plus qu'on
Âiinée 1769. 34 1
pour le perdre. On fit grand bruit de sa hardiesse àcondamner des livres irréprochables* 11 fut arrêté et conduit dans la prison d'état appelée la Junquera, ou le tri-* bunal de ïinconfidence fait le procès aux accusés dans le plus grand secret. On emprisonna aussi neuf religieux. Augustins accusés apparemment de penser comme levé-' que, qui étoft de cet ordre. Quatre théologiens, du choix; de Ppmbal, furent chargés d'examiner le Mandement. Ils firent leur rapport tel que le ministre le désirait; et représentèrent l'évêque comme un rebelle. Le ï3 décembre, le nouveau tribunal de censure déclara le Mandement faux y séditieux et infâme* Mais ce qui est remarqua— ble, c'est que le 9 décembre * et par conséquent quinze jours avant ce simulacre de jugement, le roi avoit ordonné au chapitre de Coïmbre d'élire un vicaire-général pour régir le diocèse , attendu , étoit-il dit dans la lettre, que révéque étant coupable du crinte de lèse-majesté , a encouru par le seul fait les peines attachées à ce crime, sans qu'il soit besoin, de sentence , et qu'il doit être réputé comme mort. Voilà quelle étoit l'administration douce et canonique du réformateur. Il indiquoit en même temps au chapitre le sujet qu'il devait nommer et qui le fut en elle t. On sent que le traitement ri goureux lait au prélat rendit Porabal plus maître encore de suivre ses projets.. 11 en coûtoit trop pour lui résis-* ter, et son caractère connu intimidoit ceux qui blâmoient ■ le plus ses innovations.
Le 2 février, Clément XIII meurt, après dix ans de pontificat. La religion, {a piété tendre, la charité, la bonté et In vie édifiante de ce Pape n'ont pas été révoquées en doute , même par ses détracteurs. Ils lui ont seulement reproché des vues étroites ; ce" qui ne prouve rien autre chose, sinon qu'il n avoit pas les leurs. La' contagion des principes philosophiques troubla la pai$(
de son gouvcmemeu*. H eut mérilé cependant de couler des jours paisibles. On lit clam \ Art de vérifier les date* (1), que Clément X.JJI avoit indiqué pour le 3 février 1769, an consistoire, oti il devoit annoncer ans cardinaux sa résolution de satisfaire aux instances de plusieurs princes contre les Jésuites , mais que la nuit qui précéda le jour marqué, il se trouva mal subitement, Qt eut un vomissement de sang qui le conduisoit au tombeau : sur quoi les auteurs de l'ouvrage cité ajoutent que le genre de sa mort et les conjonctures où elle arriva , donnèrent lieu à des bruits sinistres , et firent douter qu'elle fut naturelle. On voit sur qui ces écrivains veulent faire tomber les soupçons. Mais leur excessive partialité les aveugle en cette occasion. Il n'y a point de preuves de cette résolution qu'ils prêtent à Clément XIII. C'eût été un changement bien subit et bien étonnant dans up Pape qui avoit fait tant de démarches éclatantes en faveur de la Société, et quand on avance un fait aussi peu probable, on devroit au moins l'appuyer sur quelques fondemens. S'il étoit prouvé que la mort de Clément XIII ne fut pas naturelle, on n'en pourrait accuser sans contredit ceux qu'il protégea constamment , et en laveur desquels il donna une bulle si précise et des brefs fit nombreux. Ce crime supposé ne tomberait que sur des gens qui ne trouvant point dans ce Pape des dispositions favorables à leurs vues de destruction , avoient besoin d'un souverain pontife plus complaisant. Au surplus, nous sommes bien éloignés d'autoriser de pareils soupçons. Nous n'aimons point à supposer des crimes. Il s'en commet assez de certains, sans en imaginer d'invraisemblables ; et nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire de recourir à des accusations absurdes pour expliquer la mort d'un Pape âgé de 76 ans. La santé de
(i).t'/cmic/o£i> hîstnvifue des Pape», towe I, p. 3fo , troisième rjlilion. Celle Chronologie est an modèle de partialité et de mao« v vaine foi, par la manière dont on j parle c!e plusieurs Papes h et j&ir-lou! de cens, do dii-hailièmc siede.
Année 1769.
Clément XHt avoît toujours été mauvaise. Sa conitt- * - Ptiion est si sanguine , dit La Lande dons son Voyage d'Italie, et U à le sang si sujet à Id raréfaction , qu'on désespère depuis long- temps de le conserver. Son médecin le /ait saigner à tout moment , et il a peine en» core à éviter les aceidens. Le ro, août Jfây, il tomba presque mort, et ne revint que quand ott Veut saigné. Ce lut apparemment un de ces aceidens qui causa la mort inopinée de ce pontife. Il avoit fait cinquante- deux cardinaux en sept promotions* Les plus connus sont son neveu , le cardinal Charles Reztonioo; les cardinaux français de Berais , de Rocbechouart , de Choiseùf et de Rofcan; le savant Orsi, Dominicain, auteur tfune rîistoire ecclésiastique en vingt volumes, qu'il n* conduite que jusqu'en Fan 600; Nicolas AntonelH, prélat estimable et savant modeste, qui donna aussi quelques écrits'; Marc-Antoine Colon na , depuis cardinal- vicaire , en quf le xèle et la piété r dévoient l'éclat de la naissance et des dignités*
— Le 19 mai, le cardinal CaoganeHi est élu Pape* Le conclave qui suivit la mort de Clément XIII , s'ouvrit le rS février, et finit le 19 mai suivant. II étoit composé de quarante- sept cardinann , dont Seize de la> création de Benoît, XIV t et vingt-neuf de ceMe de dément XIII. Il fut assez orageux. Les Avisions qui ex-* istoient entre le saint Siège et plusieurs cours rendoient ïe choix d'un pontife aussi important que difficile. Deux partis principaux , celui qu on appeloit des Zelanti et celui des Couronnes:, portoient des sujets différens» Ce demie* faisoit valoir la nécessité de rétablir la concorde avec les puissances, et ses misons prévalurent. Le cardinal Cliigi, arrière-petit-neveu «F Alexandre VII, étoit porté par u» grand nombre y le cardinal Stoppani eut ausst beaucoup de voix , mais a la fin te cardinal Gangja» nelli fut élu. On dit que le cardinal de Bërnis, ayant cru voir en l«î des dispositions favorables aux vues de sa cour, favorisa cette élection de tous ses moyens, et ir paroît qu'en effet les couronne* de France et d'Espagne
eurent beaucoup départ à ce choix ; mais il Défaut ajouter* aucune foi à ce qu'on ajoute , que le nouveau Pape ne fut élu qu a condition de supprimer les Jésuites. Un tel pacte est dénué* de toute vraisemblance. Jean-Vincent-Antoine< ganetli, ne près Ri mini, eu 1705, entra chertés conventuels, 01.1723, sous le nom de frère Laurent , et fut créé cardinal par Clément XIII, daus la promotion du 24 septembre 1759. Cétoit, lors de «on exaltation, le seul religieux du sacré collège. Il montra sur-le-champ beaucoup d'cinp ressèment pour se réconcilier avec les couronnes. Il envoya un nonce en Portugal» I) remplit le chapeau à la nomination de cette cour, et le donna au frère du marquis de Pou» bal , qui étoit mort avant d'être, élevé ù, celte dignité- H se montra, de même dispose a satisfaire les autres puissances. H supprima la promulgation de la bulle In ccenâ Vominij et se relâcha sur les, difierens objets des contestations. Il nomma une congrégation pour les affaires des Jésuites-, contre lesquela les ministres de quelques cours mon t rotent toujours beau-, coup de vivacité. Peu après son élévation* il reçut une lettre de Marc Simon % partriarche des Nestoriens ou Chaldéens d'Arménie , qui a voit, abjuré le nestorianisme et s'éloit réuni au saint Siégé. Clément XIV , c'est le nom quavoit pris le nouveau Pape, en faisant part de cet événement' au sacré collège, annonça aussi que les évoques qui étoient sous la dépendance du patriarche chûldéen , se disposoieot , au nombre de sept , à suivre cet exemple et a se réunir à l'Église romaine, eux et envjpan dix mille femilles qui étoieut sous leur juridiction.
te i»r mars, décrets de Clément XIV pour condamner des livres irréligieux publiés en France* Un de ces décrets ê*toit contre X Àbre'çe' de ï Histoire ecclésiastique de ïleur^ , attribué h l'abbé de P rades ; un autre contre les. OËjdvres de ta Mairie ^ et lo troisième contre Voipùre,
Année 17.70* 345
On nommoit dans celui-ci sept brochures composées par cet apôtre infatigable de l'incrédnlité. Ces brochures Soient Les Colimaçons du R. P . Lescarbotier > les Con-> sei/s raisonnables à M. Berger yïÉpùre aux Romains , ï Homélie du pasteur Bourn 9 un Fragment d'une lettré, de lord Bolingbro$e , la Profession de foi des Théistes, et les Remontrances du corps des pasteurs du Gtt>audan . au pasteur Ras tan. D'autres décrets, du 3 décembre suivant et du 39 novembre 1771 , proscrivirent encore d'autres pamphlets du même auteur* On ne sait que trop combien il étoit actif, ardent ef fécond. Les ouvrages se succédoient sons. sa plume avec une rapidité à laquelle tout autre que lui n'eût pu suffire. U en rfeproduisoit saps cesse de nouveaux sous les formes qu'il jugeoit les plus piquantes, et sous les titres qui lui sembloient les plus propres à exciter la curiosité. UExameM important de Bolingbroke ; les Questions de Zapata ; la Défense de mon oncle; les Lettres sur Rabelais y> r Homme aux Quarante écus; le Dîner du comte de BoulainvillieKj la Canonisation de S. CucUfin ; les- Dialogues en{re A, , B-, C; les Instructions à frère Pd~ diculoso; les Lettres d'Amabed; le Cri des nations t les Adorateurs ou les louanges de Dieu; ie Discours d'Anne du Bourg à ses juges; le Tocsin des' rois f Tout en Dieu, Cqmnientaire sur Malebranche ; \e Discours de l'avocat Be/leguier ) Jl faut prendre un parti, ou le principe d'action; de l'Ame ; la Bible commentée par les aumôniers de S* Af. L. R., D* P» ; Un Chrétien contre six Juifs ; {Histoire dey l' établissement du christianisme ; les Dialogues d'Ephémères etc. , tels étoient les principaux écrits que Voltaire accumula , en peu d'années, contre la religion, La plupart sont des bouffonneries, ou; du moins entremêlés de bouffonneries, suivant là manière de l'auteur , qui cherchoit toujours à faite : rire., et gui n etoit pas très-sévère sur le choix des moyens. Ses plaisanteries dégénèrent fréquemment en mauvais goût, en farces, en grossièretés. On n'y reconnoit plus > ' iécrivain élégant que le soin de sa. gloire aoroit do^porlej:
&fô Année 1776.
à châtier son style. Il descend *à des détails ignobles , I* des Facéties triviale , à des personnalités odieuses , à des injures chonoantes Ainsi, dans nn pamphlet intitulé : Inoursion sur Sono t te , il appelé cet abbé un Irbelliste , un ignorant, un menteur } un pédant, un oison, un fût. Il I apostrophe dune manière ridicule : Dis-tu la messe, Nonotte? en bien, je ne te la servirai ■ pas. Tel est le ton grave et poli de l'académicien. Que dirons-nous de ses éternelles répétitions ? 11 ressasse sans cesse les niâmes faits sans en donner jamais de preuves. Lin premier écrit reparoît dans un autre» La même plaisanterie, le même reproche, la même ni légal ion , sont reproduits sous mille formes. Nulle méthode , nulle liaison , nul plan, nul sentiment de convenances. L'Examen important de mylord BoHngbrohe , entre autres, est duo style dont la violence passe L'imagination. Les éphitètes d'ablurde , de stupide , de cruelle , de barbare , d'extravagante , y sont prodiguées à la religion. La pudeur n'y est pas moins outragée par des détails du genre le plus obscène. L'auteur a toujours I air d'être en colère ; il trouve des abominations par-tout, et il en suppose pour avoir le plaisir de les combattre. 11 traduit l'Ecriture d'une manière dégoûtante , et pois il se récrie sur les sens qu'il* loi a plus de donner au texte. Il y a sur-tout des notes d'une nature révoltante. La Défense de mon onclè est dans le même genre d'indécences et de torluptnades. Le pamphlet intitnlé, De la paix, perpétuelle , n'est pas d'nn meilleur goût. Le Dialogue entre un Chrétien, un Samaritain et un Juif, se (ait remarquer par ît ton le plus insnlfaut. C'est là qu'on- lit : Il est évident que la religion chrétienne est un filet dans le* tfuel les frippon* ont enveloppé le* totx pendant plus siè dix* sept siècles, et tsn poignard dont lès fdnhtiques ont égorgé leurs fr+rcs pendant plus de quatorze....* Que tout homme juste travail!» donc , chacum selon son pouvoir , h écraser le fanatisme. Ce passage offre un commentaire très-elair de la fameuse formule Ecrl
ttaf. Pans la Profusion drft» des Théistes , il- m^ishv
Année 1770. . 347
Jseauconp sur ce que les théistes n'ont jamais fiiit de mal \ ce qui est aisé à croire pour le temps on ils h'ettstôtent pas. Dans le Discours de M9 Belléguièr , il veut prou-* ver que la philosophie est amie de Dieu et des rois, et Jl avance que les philosophes n'ont jamais fait de mal 9 n'ont jamais prêché que l'obéissance aux lois. Il oublioit que le Système de la Nature avoit déjà paru. Aucun philosophé, dit-il ailleurs, n'a empêche* de payer les impôts , n'a cause' de troubles , ne s'est mêlé dans les querelles. Il s'étoit trop hftté d'en féliciter la philosophie, qrti lui a donné depuis un terrible démenti. Nous ne finirions pas si nous voulions rapporter en détail les déclamations , les pasquinadés , les dérisions , les violences , les invectives qu'entasse ir^tout propos l'ennemi du christianisme. La haine s'y montré sous toutes les formes. L'amour de la vérité ne s'y laisse Voir nulle part. ' Où sait que dans la plupart de ces écrits it se cocha sous des noms empruntés, l'abbé Bazin, M. Chambon , l'abbé 4e lilladel, le sieur Tamponnet , Huet ; Dubut , etc. Jl né faut jamais rien donner sous son nom , disoitil; est-il nécessaire de graver son nom sur le poignard 4ont on la tue ( la religion ) ? Il blâmoit Helvétiu* de n'avoir pas pris les mêmes précautions que lui. Étoit-il acctïsé d'avoir composé quelque écrit contre la religion? il croyoit détourner l'attention et prouver X alibi, comme il le disoit lui-même, en lançant tout à coup dans le public un pamphlet d'un autre genre. H ne reeoroman— doit rien tant à ses amis que de ne le pas nommer. H écrivoit à d'Alérabert, le i«r mai 1768 : Les mystères de Mitra ne doivent jamais être divulgués.... Il riin* porte de quelle main la vérité vienne, pourvu qu'elle vienne. Cewt lui, dit-on, c'est son style, c'est sa manière ; ne le reconnoissez-vous pas ? Ah ! mes frères , quels discours funestes ! vous devriez, au contraire, crier dans les carrefours : Ce n'est pas lui? Il faut qu'il y ait cent mains invisibles qui percent le monstre f et qu'il t&mbe sou s mille coups redoublés (r). Il vonloit
l<) CoiYopQtulancc «\>cc dAUmbcrt, tome bXVflI , 'page 4;f
3^8 Année 1770.
et ne voulott pas être deviné. Cetoit un combat entre son amour propre et sa peur. Il avoit l'air de craindre la persécution et il la bravait. Il s'épuisoit en protestations dqnt personne n étoit dupe, pour détourner des soupçons qu'il n'étoit pas fâché de (aire naître. Il mettoit ses productions sur le .rompte d'écrivains morts. Fréret , 7?nmarsais , Boulanger et autres , ont bien fait de mourir , disoit-ii. Ce qui peut étonner, c'est qu'on ait souffert pendant vingt ans que l'auteur bien connu de tant de livres anti- chrétiens ait;, continué à exercer sa plume pune manière si outrageante pour la religion. Le gouvernement devait .être et étqit réellement au fait de tous les secrets de ce parti. Voltaire s'apercevoit.depuis longtemps qu'on ouvrait ses lettres. Un M. Marin , censeur, et secrétaire-général de la librairie, étoit son correspon- % darçt , et instruisent en même temps la police de tout ce qu'il ecri voit , ainsi que Voltaire s'en convainquit. Il en fut même effrayé dans le, premier moment. Ten tremble encore, écrivoit-il à dÀlerobert; mes lettres ont été vues par des personnes qui..,. Il dut se rassurer bientôt en voyant que quoiqu'on (ut instruit de tout ce qu'il fcisoit , on ne s'étoit jamais mis en devoir de lui imposer silence* Il a voit compté sur l'insouciance d'un ministère fcîble et endormi, et ne fut pas trompé dans son calcul. 11 savoit (brt bien qu'il a voit acquis une extrême influence sur son siècle. Protégé par M™ de Pompadour et par un ministre puissant, recherché de beaucoup de grands seigneurs, visité, dans sa retraite de. ïerney, par nu concours d'hommes, de toutes les conditions, applaudi au théâtre, célèbre par l'éclat de ses talens et par le mérite de plusieurs de ses productions &' il rempJissoit tout de sa renommée, et s'assaroit I impunité par tant de suffrages. Ce fut cette même année que , dans une réunion philosophique composée de dix-sept de ses plus zélés partisans , on arrêta de lui ériger une sta~. tue; ce qui étoit à la foi* un hommage qu'on lui ten-. doit, et f cqmme il le disoit lui-même, mis beau soufflet, donné ait Janatisme. . .
Année 17^. 549
. te 6 aaut Avertissement de rassenibleViur clergé aux fidèles du royaume, yur dangers de tincredulité. Déjà les évéques avoieut reclamé fréquemment contre les progrès d'irréligion'. Nous avons vu les assemblées du clergé témoigner au prince leurs alarmes, et s'efforcer d'exciter son zèle suriin objet si important pour la société. Plusieurs prélats avoiént cherché à prémunir leurs peuples contre la séduction par des instruction» solides. MM. de Beau mont, de Brancas, de Lùynes, de Furoel, de Termont , de Pressy, de Montmorrn , ef dfautres encore, avoient publié, en différehs temps, de* écrits pour prouver l'excellence et la divinité de ta religion, pour répondre aux difficultés de la philosophie, et affermir la Foi des chrétiens (t). M; de Pompignan Sur-tout avoit donné sur ce sujet plusieurs ouvrages , qui prouvoient à la fois ses talens et Son zèle. Mais que pou voient ces efforts .contre un parti secondé par la foi'* blesse du gouvernement , -par la protection de quelquesuns de ses agens, par le penchant à là nouveauté, par ha corruption des mœurs et par le désir de l'indépendance? L'assemblée du clergé de céïtc année crut donc devoir tout teuter pour opposer une digue à ce fléàu. Déjà le Pape venoit d'écrire au roi pour l'engager à prêter son appui aux évéques dans les délibérations qu'ils'
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(1) Nous avons déjà fait connu il iv plusieurs, de ces écrits. Noua n'en indiquerons ici qu'un. £etit nombre d'autres. L'i n - 1 rue t i r,n pastorale du cardinal de Luynes - archevêque de Sens , en date du 10 décembre i ~ 7 < > , mérite une mention particulière. Le prélat y caractérisent 4a doctrine' des incredulls', et y condatnnoit en particulier le Sjstin^t dm la Aatnre. Lés nombreux traites do M. de Pressy-, cvcqne de Boulogne-, le placent au rang des.plu$ zélés apologistes de Ja religion. Nous f n parlerons ù son article , dans la Liste chronologique t des écrivains, 17 . Plus tard, M. de Montaxet , 'évéque de Lyon , donna son instruction pastorale1 êu 1" février 17761 tur tes sources de l incrédulité et Us Jbn* démens delà religion. Enfin plus tard encore , le 1 5 avril 17 86 y M- de la Luzerne, épèque de Langres t publia son Instruction pastorale sur l'excellence de la religion , qui est justement regardée comme une des meilleures productions en ce genre*
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alJoient prendre* Ils présentèrent au prince , lè 6 nia! , un mémoire renfermant leurs représentations. Ils s'y plaignoient de l'inutilité des efforts des assemblées précédente*. Ils y peignoient le nombre des mauvais livres se grossissant de jour en jour, leur circulation impunie, les bibliothèques infectées, toutes les provinces, tontes les classes exposées à la séduction , et l'impiété glissant ses productions jusque dans les campagnes, pour y éteiu4re la foi et Caire haïr l'autorité. « Car, dUoit l'assemblée, l'impiété ne borne pas à l'Église sa haine et ses projets de destruction ; elle en veut tout à la ibis à Dieu et aux hommes 9 à l'empire et au sanctuaire, et eUe ne sera satisfaite que lorsqu'elle aura anéanti toute puissance divine et humaine. Si cette triste vérité pouvoit être ré-* voquée en doute, nous serions en état, sire, de vous en montrer la preuve dans un de ces ouvrages irréligieux nouvellement répandus parmi vos peuples,, et où, sous le nom spécieux de Système de la Nature, l'athéisme, tel que l'énonce ce terme pris dans toute sa rjgueur , est enseigné ù découvert avec une audace et un emportement dont il n'y a point d'exemple dans les siècles passés. L'auteur de cette, production, la plus criminelle peut-être que l'esprit humain ait encore osé enfanter, ne croit pas avoir assez lait de mal aux hommes eo leur enseignant qu'il n'y a ni liberté, -ni providence, ni être spirituel et immortel , ni vie à venir ; que tout 1 univers est l'ouvrage et le jouet de l'aveugle nécessité, et que la Divinité n'est qu'une chimère hideuse, absurde et snaliaisaute^ qui doit uniquement son origine au délire dune imagination troublée par la crainte, et dont la croyance est l'unique cause de toutes les erreurs et de tous les maux dont l'espèce humaine est affligée. Cet écrivain porte encore ses. regards sur les sociétés et sur les chefs qui les gouvernent. Il ne voit dans les sociétés qu'un vil assemblage d'hommes lâches et corrompus, prosternes devant des prêtres qui les trompent et des princes qui les oppriment. Il ne voit dans les chefe des nations que tje\ mechiAU» et des usurpateurs , qui los sacrifient à leurs
Annéé i<n*> 45 1.
représentant de Dieu » que pour exercer plus impunément sur elle» le despotisme le plus injuste et le plus odieux. Il ne voit dans l'accord du sacerdoce avec la puissance souveraine , qu'une ligue formée contre la vertu et contre le genre humain. Il apprend aux nations que les rois n'ont et ne peuvent avoir sur elles d'autre autorité' que celle qu'il leur plaît de couder; qu'elles sont en droit de la balancer, de la modérer, de la restreindre, de leur en demander compte, et même de les en dépouiller , si elles Je Jugent convenable à leurs intérêts. 11 les invite à user avec courage de ces prétendue droits , et il leur annonce e;u'il n'y aura pour elles de véritable bonheur, que lorsqu'elles auront nus des bornes au pouvoir de leurs prin-» ces, et; qu'elles les auront forcés à n'être que les représentans du peuple, et les exécuteurs de sa volonté. L'anarchie et l'indépendance sont donc le gouffre où l'impiété cherche à précipiter les nations. C'est pour remplir ce (unes te projet qu'elle s'attache depuis long-temps a briser par degrés tous les liens qui attachent l'homme à ses devoirs. Eu vain voudroit-elle se parer encore de» fcusscs apparences de la sagesse et de l'amour des lois ; son affreux secret vient de lui échapper , et la voilà convaincue d'être autant l'ennemie des peuples et des rois, que de Dieu même. Qui le croiroit cependant, sire? Un livre aussi impie et aussi séditieux* se vend impunément dans votre capitale et peut-être aux portes de vos palais. Bientôt il pénétrera jusqu'aux extrémités de votre empire, et y répandra dans les coeurs les germes de la désobéissance et de la rébellion. Et les lois se taisent ! et l'autorité tranquille ne songe pas à arracher des mains de vos sujets cet assemblage monstrueux de blasphèmes et de principes destructeurs de toute autorité! » L'assemblée exposoit ensuite les artifices des distributeurs de mauvais livres, et les manœuvres par lesquelles l'impiété , secondée de la cupidité, répandoit son poison. Elle demandoit pourquoi la police de la capitale , si habile et si puissante sur tant d'objets , ne sçxercoit pas sur un fléau si digne de son