‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le 18e siècleChapitre 45 sur 50 · TOME itco.vu. 2 j · texte numérisé non relu

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3»o Jtinée f]î*.'

ce que son sujet paroissott demander. Il s'écârtoit à ieut propos pour insinuer les opinions irréligieuses.. Cependant cette édition étoit bien loin d'être aussi mauvaise que celle qu'il donna en 1780, et dont nous parlerons sbus le 16 juin 1781. Nous remettons à cette époque à faire connoître plus amplement Raynal et son livre. Le débordement des productions philosophiques continuoit Bvec plus de force que jamais. Le 18 avril précédent, M. de Barrai, évêque de Troyes, avoit condamné un livre irréligieux, qui venoit de paroître dans cette ville. L'assemblée du clergé de cette année avoit encore réclamé contre la circulation impunie de ces Bortes d'ouvrages, et avoit fait remarquer que cétoit à ce fléau qu'il ftlloit attribuer les idées nouvelles qu'on se formoit sur plus d'une matière, et l'effervescence alarmante qui s'é-toit manifestée lors des affaires du parlement. Le roi se contenta de témoigner au clergé sa satisfaction de ce qu'au milieu de la plus violente fermentation des esprits y il ctoU resté seul calme et immuable dans ses principes. Cette observation seule au roi t dû faire sentir la nécessité d'appliquer des remèdes au mal. Le nouveau tribunal de Paris livra aux flammes une brochure antichrétienne et séditieuse. Le conseil du roi en supprima quelques autres ; mais U auroit fallu autre chose que de semblables arrêts pour réprimer la licence. On sévoissoit contre «u livre et on en ménageoit l'auteur. On accordoit des permissions tacites à des ouvrages qu'on ri eût pas osé autoriser publiquement. Le plus souvent on ne prenoit aucune mesure pour arrêter le débit d'une production même proscrite , ou bien on n'en prenoit que pour la forme, TJh livre brûlé a la Crève, se vendoit publi- «piemont quinze jours après, ou bien encore un écrit, après *voir été probibéct confisqué , étoit ensuite répandu par des commis avides et infidèles. C'est ainsi que la connivence des ageus de l'autorité étendoit la plaie , au lieu de la guérir.

te 11 follet; Clément XIV donne le bref Dominas me Redemptor, portant suppression de la Compagnie de Jésus. Depuis plus de dix ans la cour de Rome étoit fortement sollicitée de prendre cette mesure. C'était le re^ fus d'y souscrire qui avoit indisposé les princes de la maison de Bourbon contre Clément XIH. Son successeur avoit à peine été en place <ju il avoit reçu à ce sujet les instances les plus pressantes. La cour d'Espagne sur* tout y met toit une chaleur extrême, et fitfseit agir tous les ressorts pour obtenir la suppression, H parofit que le Pape résista long-temps. Il sautovisoit de rattachement et de la protection que Marie-Thérèse acoordoit aux Jésuites. Mais on parvint aussi a obtenir le consentement de cette princesse pour la suppression , et alois le JPape céda, plutôt par une suite de sa complaisance pour les cours, que par conviction. Ce ne fut qu'après plus de quatre ans de pontificat, et en conséquence des sollicitations réitérées des ministres de plusieurs grandes puissances , qu'il prononça cette suppression si désirée. Son. Bref étoit adressé à tous les évéques catholiques. 11 y rappeloit les différens décrets portes par ses prédécesseurs pour abolir des ordres religieux. Venant ensuite aux Jé~ suites, et parlant des plaintes élevées contre eux, il fatsoit valoir principalement le bien de la paix , qu'il croyoit attachée à la destruction de ces religieux. Il lui parut sans doute que puisque quelques souverains s'étoient ligués contre la Société, le saint Siège s'eflorceroit vainer ment de la maintenir , ou qu'au moins elle ne pourront plus être aussi utile à l'Église, et cette considération l'emporta dans son esprit sur les autres raisons qui militoieqt en faveur d'un corps si précieux. Le i3 août, un second bref régla la manière dont le premier seroit mis à exécution ; mais tous les deux ne furent rendus publics que le x6 du même mois* Ce jour là de* commissaires nommés

3jï Annie 1778.

par le Pape se rendirent dans tontes les maisons des Jésuites à Rome, et leur notifièrent la suppression. Le général Ricci et ses assistans furent arrêtés, interroges, «t conduits d'abord dans un appartement du colline anglais, ensuite ad château Saint* Ange* Quelques autres de ces religieux furent aussi renfermés. Ces mesures rigoureuses n'empochèrent pas certaines gens de pre'tendré «pie Us partisans de la Société étaient venus à bout de surprendre en plusieurs choses la religion dit Pape ( i ) ; tant il est difficile de contenter les hommes les plus modères. Le bref d extinction fut publié et mis a exécution dans les diflèrens diocèses de la chrétienté. 11 n'y avoit rien à faire à ce sujet dans les états d'où les Jésuites «voient été précédemment bannis, et le bref du 21 juillet ne fut même pas publié en France. Ainsi fut dissoute une Société célèbre , qui subsistait depuis deux cent trente-* trois ans, à dater de la bulle de Pau) III. en i54<>, et «qui comptoit près de vingt mille religieux employés dans les collèges , dans l'exercice du ministère et dans les missions. On ne tarda pas à s'apercevoir du vide qu'ils laissèrent dans ces différentes parties, et la ruine de tant d établissemens utiles fat une plaie dont l'Église et l'état fee ressentirent également. . *

— Le 7 novembre, deux missionnaires sont décapités aru Tong-King. On a vu, en 1737, que quatre Jésuites «voient souffert la mort pour la foi dans ce royaume. Ce ne fut guère que douce ans après , que la persécution se ralentit peu à peu. Plusieurs missionnaires en profitèrent pour rentrer dans ce pays , où Ion comptoit un grand nombre de chrétiens. Ils y firent de nouvelles conquêtes, et restèrent assez tranquilles jusqu'en 1773, «ru on arrêta deux religieux Dominicains, nommés Hyatnnthc Castanéda et Vincent Liène, le premier Espagnol *t le second Tong-Kineis. Gomme ils ne voulurent px> «énoncer à leur foi , on les décapita dans leur prison.

(*} Noweluts ecctéstdsli^ùes , ûhn^e «£;3t *

Armée vyji> 3^3

Le 10 mai, mort de Louis XV, dans sa 65» armée, et après 58 ans de règne. Il étoit tombé malade le 2$ avril. Le 4 mai , il ordonna de hii-même à une femme fort connue de quitter la cour. Duos la nuit du 5 au 64 il se confessa à l'abbé Mondou. Lorsqu'on lui administra les sa 1 remens , le 7 mai , le cardinal de la Roche-Aymon # grand-aumônier, . dit tout haut aux assistans, que le roi i'afott charge de déclarer qu'il étoit très— fâché d'avoir donné du scandale : fotble réparation , il faut l'avouer , après tant de fautes et de mauvais exemples. On connoît déjà en partie Louis XV par ce que nous en avons dît* Il «voit des qualités estimables, mais on abus» de la foi blesse de son* caractère; des courtisans avides mirent tout en usage pour corrompre ses mœurs, et eurent 1* triste avantage d'y parvenir. Nous voudrions vainement, dissimuler dès faits trop connus ; le scandale de ses mœurs et les désordres de sa cour , firent au royaume des plaies; profondes. 11 laissa l'incrédulité faire les plus tristes pro-? grès, et au lieu qu'un gouvernement prévoyant et ferme eût appliqué au mal naissant des remèdes efficaces, il n'opposa aucune barrière aux attaques continuelles que l'on dirigeoit autant contre son trône que contre le sanctuaire. 11 enhardit le vice par son exemple, et rendit presque inutiles les grands exemples de vertu que présent oient à la cour une reine , un dauphin, et des princesses d'un mérite si rare et d'une piété si solide. Il n'est presque point d'époques de son règne qui ne rappelent daffligeans souvenirs. L'immoralité affichée sous la régence ; la licence d'un parti remuant , ses satires et ses intrigues, les illusions qu'il enfanta, et les scènes ridicules ou cruelles qu'il ne rougit point d'attribuer a la religion, qui les repoussoit; les ' entreprises réitérées d'un corps ambitieux, les contestations qu'il entretint, les troubles qu'il fomenta , et les atteintes marquées qu'il porta succesr sivcment à l'autorité, qu'il eût du défendre; le ujanaxqu*

Z'ji Jvnée î'774»

1 ui*mo roe contribuant à énerver son pouvoir par sa faiblesse £ des ministres, tantôt sans vigueur pour réprimer le mai , tantôt d'intelligence pour l'accroître; l'incrédulité naissant dans 1 ombre, faible et timide d'abord, ne montrant <|ue l'a moitié de ses vues, et ne publiant ses productions que de loin en loin et comme à la dérobée,, puis fortifiée par la corruption et enhardie par l'impunité, lançant son poison sans retenue , se glissant dans toutes les classes , étalant avec audace et ses blasphèmes et ses provocation* séditieuses , et menaçant de ses efforts redoublés l'autorité aveugle qui l'avoit laissé s'accroître; les ressorts du gouvernement brises, les lois sans force , les droits du prince et l'obéissance des sujets réduits en problèmes; des mœurs , des maximes et un langage tout nouveau* substitués à ceux qui avoient fiait jusque-là le repos de la société et la force de l'état ; la souvcrairibté des peuples proclamée ; enfin le trône et l'autel chancelant également sous les coups d'ennemis acharnés de l'un et de l'antre, tel est le tableau que présente la France pendant un intervalle de près de soixante ans, et qui annonçoit pour l'observateur attentif des révolutions et des orages. Déjà» en 1770, on avoit pu craindre la catastrophe. Uagitation avoit été extrême; les états- généraux avoient été demandés ; ceux: qui 6oilicitoient cette convocation n'en avoient pas tous , il faut le croire , -calculé les résultats. Elle fut refusée, et Louis XV laissa pour héritage à son successeur un germe fatal de troubles , de discorde et de destraction. Le jour même de la mort du roi, Louis - Auguste , précédemment duc de Berry , puis dauphin en 176$, succéda, sous le nom de Louis XVI, à son aïeul. Il étoit le troisième fils du vertueux dauphin , mort neuf ans auparavant, et étoit devenu, par la mort de ses deux aînés , l'héritier présomptif du trône. Il avoit vingt ans , lorsqu'il commença un règne <qui sera fameux dans l'histoire. La bonté, la droiture, des mœurs pures, l'amour pour ses peuples, le désir ardent d'eu être aimé et de faire le bien , for moi en t le caractère Au nouveau prince* U erut se rendre aux veaux 4e fa

Aimée 1774.

nation en rappelant les parlemeos, et tint, le 12 bre, un lit de justice pour leur établisse ment. Il y fit enregistrer différais édits qui opéraient qnelques changemeos dans la discipline du parlement , déclaraient nulles les procédures Eûtes autrefois par cette compagnie sur les contestations religieuses, et lui défendoient de les renouveler. Ou avoit voulu aussi prévenir les autres écarts des magistrats, leurs démissions combinées, leurs ligues avec les parleoiens de provinces, leur refus d'enregistrer et de rendre la justice , et autres abus de cette nature. ï)s protestèrent , firent des remontrances , et ne voulurent pas se rendre. Leur ingratitude ne fit que confirmer le jugement qu'on avoit déjà pu porter d'eux. On s'aperçut que leur résurrection , pour me servir de leur terme , les rendoit plus entreprenans , en accréditant parmi eux l'opinion que la cour en les rappelant n'avoit fait que céder à la nécessité , et que la monarchie ne pou voit subsister sans eux» . — Le 22 septembre, mort de Clément XIV. Ce Pape étoit alors dans sa soixante- neuvième année, et avoit tenu le saint Siège cinq ans et cinq mois. Un écrivain connu , Caraccioli, a donné sa Pie et ses Lettres , qui furent accueillies avec autant d'empressement que de crédulité par un parti liai té de voir ses propres idées mises sur le eompte d'un souverain pontife. Heureusement on sait que penser aujourd'hui de ces deux ouvrages. Il est bien avéré que les Lettres , publiées sous le nom de Clément XI V, ne sont pas de lui, et Ton y a relevé bien des traits qui décèlent l'imposture. Tout y trahit l'auteur véritable ; le même style , les mêmes idées , et les mêmes opinions que 1 on retrouve dans ses précédens écrits , des dates fausses, des invraisemblances palpables, des bévues même, un ton quelquefois peu ecclésiastique, et des maximes indignes d'un religieux, d'un cardinal, dSin Pape. Sommé de déposer les originaux , Caraccioli n'a jamais pu administrer cette preuve. Aussi ceux même que la conformité des sentimens avoit portés à prôner cette production t ont-ils été forcés depuis de convenir que les Lettres ne •ont pas de Gangaoelli, Les rédacteurs, de l'Art de vçip*

3^0 Âniiie 1774*

fier les dates avouent qu'on est fondé* h en révoquer en doute la sincérité. La supposition de ces Lettres une fois établie, rend plus que douteuse la véracité' de fauteur, dans la Fie qu'il nous a donnée de Clément XIV ;"et en eflet celui qui attribue à ce Pape des Lettres qu'il n'a point véritablement écrites, et qui affirme et soutient hardiment une iinpo3ture constante, a très-bien pu prêter a ce Pontife des discours et des actions auxquels il n'aura point eu de part. La Vie et les Lettres avancent les mêmes faits , et présentent souvent les mêmes idées. C'est pourtant 'dette Vie de Gangancllt , toute inexacte et toute partiale quelle est, qui a fourni depuis des matériaux et des do^» cumens à plusieurs de ceux qui ont eu a parler d& ce Pape. L'Art de vérifier les dates, le Nouveau Dictionnaire historique , n'ont fait qu'abréger Caraccioli dans ks louanges qu'il donne à son héros. Le pontife , le prince et l'homme de lettres , Ht- on dans l'Art de ve'rifierles dates , se Jirent également admirer dans la. personne de Clément XIV. Cet éloge nous paroi t tant soit peu exagéré. Qu'on l'appliquât à Benoît XIV, il serait impossible de ne pas y souscrire. Ce Pape célèbre gouverna l'Église avec sagesse, protégea les sciences avec éclat . et composa des ouvrages qui seront toujours cités avec estime , et lus avec fruit. On se demande au contraire quelles sont les productions du génie de Clément XI V, Il n'a laissé aucun ouvrage un peu important. Mais il a détruit les Jésuites. Voila, on ne sàuroit en disconvenir, îc motif secret de la réputation que certaines gens lui ont faite. Ils ont voulu faire croire par cette seule démarche qu'il partageoit toute? leurs opinions, et de la leurs éloges suspects et intéresses. 11 paroit , au contraire, que Clément XIV n'étoit pas contraire aux Jésuites; mais il Vit 1rs cours r.ttlioliqucs conjurées contr eux , et il ne crut pas devoir lutter plus long-temps pour les soutenir. Il avoit laissé ( rendre beaucoup d'ascendant dans Rome à quelques ministres étrangers , entr autres au ministre d'Espagne, qui joua un rôle fort actif dans la suppression. Cè fut lui qui fit agir auprès de Marîc-Théiësc, par le

Année 1774. ^77

moyen de lu reine de Naples, sa fille. Dans le9 derniers temps sur-tout du pontificat de Clément XIV , il étoit parvenu à avoir beaucoup de crédit et d'intlucnce dans les affaires. L'état de dépérissement ou tomba le Pape, lui donna enèore plus de moyens pour dominer. Cet état d'une maladie lente paroît avoir même influé sur le moral du Pontife. Caraccioli insinue que Clément XIV est mort de poison , et rappelé en plusieurs endroits qp noir soupçon. Un homme -déjà convaincu de fausse supposition n'est heureusement pas une autorité fort impor santé, çt on peut lui adjoindre l'auteur des Nouvelles ecclésiastiques } qui n'avoit garde de manquer une aussi riché matière pour alimenter ses feuilles. Ces bruits absurdes sont démentis par des témoignages formels. Le P. Marzoni , général des Conventuels , qui a voit assisté Clément XIV jusque dans ses derniers momens, et du suffrage duquel ou avoit voulu s'appuyer , certifia ,. sous le sceau du serment, par un acte du 27 juin i,^5>.que jamais ce pontife ne lui avoit fait entendre qu'il crût être empoisonné : ce qui fait tomber ces mots vagues, ces demt-confidences , ces soupçons qu'on tut pretoit. De plus, le docteur Salicctti , médecin du palais apostolique, qui avoit soigné le malade, avec son médecin ordinaire, rendit, dans une déclaration du 11 septembre 1774» un compte très-détaillé de la maladie qu'il attribuent à un Vice invétéré dans le sang, et à la mauvaise habitude de se procurer le jour comme la nuit des sueurs excessives, fl assurait aussi que l'ouverture n'a voit rien mon* tré qui ne pût provenir de causes naturelles. Une humeur âcre qui incommodoit fréquemment le Pape ? et qui se trouva supprimée tout à coup, paroît avoir été ù cause de sa mort. Clément XIV fit dix-sept cardinaux en douze promotions; entr'autres un frère du marquis de Pombol qui mourut à Lisbonne quelques jours avant d'être nommé ; Marins Marefoschi qui paroît avoir eu part h Ja confiance du Pontife ; Jean-Baptiste Retxooioo, neveu de Clément XIII, à la famille duquel Clément XIV rendit ainsi, suivant l'usage, le chapeau qu'il en avôit

3^8 A miée 17^5.

reçu; Chai les- An toi De de la Roche-Aymon, archevêque de Reims, graod-auiuômer de France, et ministre de la feuille, qui mourut en 1777 ; Léopold- Ernest de Fù> raian, évêque de Passa w, et Jean- Ange Braschi* que

pou* allons voit monter sur le siège de saiut Pierre.

Le i5 février, le cardinal Braschi est élu Pane, et prend le nom de Pie VI. Jean -Ange Braschi étoit né à Ccsène en 1717. Benoît XIV lui frava la route des honneurs, lui témoigna de la bienveillance, le regarda comme son élève , et après lavoir employé dans quelques affaires, lui donna un canon icat de Saint -Pierre , et le fit par la entrer dans la prétature» Clément Xlll le nomma auditeur du Camerlingue, et ensuite trésorier de la chambre apostolique. Le prélat Braschi remplit cette place importante depuis 1766 jusqu'en 1 773 , et y montra beaucoup de talcns. On le vit constamment applique', laborieux, indiffèrent aux plaisirs profanes, et méritant F estime générale par la régularité de sa conduite (1). Sa place devoit lui procurer le chapeau. Il le reçut en 1 773 , et exerça encore les fonctions de trésorier. Le conclave sVlant ouvert, le 5 octobre 1774» Ie cardinal Colonna-Patnphili pensa être élu dès les premiers jours. Mais on voulut attendre l'arrivée des cardinaux étrangers. Par leur réunion le conclave se trouva composé de quarante- sept membres. Le cardinal Braschi , quoiqu'un des moins âgés du sacré collège , et revêtu depuis si peu dé temps de la pourpre , étoit porté par ses collègues Giraud, Rczzomcb, Albant, et avoit dès-lors un grand nombre de voix. Vienne et Lisbonne s'opposèrent h sou exaltation , et il vit* avec indifférence le projet de

(1) Métmoires historiques et philosophiques de Fié VI et som ponti/icat , tome I«, page tao. Ces Mémoire» sont <jv j'an}^'

«ifeur Bourjjviua ».«orl à Drçsde , en 181;; ' f

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son «faction presque aussitôt détruit que formé. La cour d'Espagne fevorisoit le cardinal Palbvicini , qui finit par déclarer formellement qu'il refuseroit la thiare, et indiqua Brascbi comme le plus propre à tout «concilier. On revint donc à ce dernier» La cour de Vienne, mieux informée» se désista de son opposition , et le cardinal Giraod obtint \e consentement de la France. Dans le dernier scrutin , du i5 février, le cardinal Braschi réunit tous les suffrages, u Au moment (1) où son élection fut proclamée, il se jeta à genoux, et prononça une prière si touchante que tous les assistaos fondirent en larmes. Puis ^adressant aux cardinaux : Pères vénérables , leur dit-il , votre assemblée est terminée ; mais que son résultat est malheureux pour moi/.... Il fit distribuer de l'argent aut pauvres. 11 recueillit dans Rome une femme peu fortunée qui avoit eu soin de son enfance. Dans la première distribution qu'il fit des grâces ecclésiastiques, il préféra les prélats les plus honnêtes et les moins riches. A ces actes de bienfaisance il en joignit de fermeté... lise montra humain, accessible, laborieux, tempérant. £0 un mot son début concilia presque tous les suffrages. Il part ageoit tout son temps entre ses devoirs religieux, son cabinet . son muséum et la bibliothî-que du Vatican. » Ainsi s'expliquoit sur le nouveau Pape un homme qu'on n'accusera pas de le méuager, l'auteur des Mémoires historiques et philosophiques sur Pte VI 9 et son pontificat (2). La première affaire qui occupa Pie VI , fat

(1) Mémoires historiques et philosophiques de Pie VI, etc*f tome l*r , page 33 et suivantes.

(a) Cet écrivain affiche ses opinions des le commencement de «on ouvrage ; il a l'air de regarder avec beaucoup de piùé et do dédain cet échafaudage de puissance temporelle et spirituelle , ccà sanctuaire de la sufHtrstition » cette longue suite d'erreurs , ces long ahus de la crédulité lutmaine. ... : par où l'on voit que ce» Mémoires doivent être, en eflel , Irts-philosophiques. L'auleur paroit prendre plaisir a étaler ses senti meus à ce sujet. Les p'n5« fccs.ct leur* loacliowt U» cejcuwfeiw. de la rçligiou et la religigj

38o Jrmfie 1775.

celle dés Moites. U leur é*tott attache4. Il ne *e hâta ce- , pendant pas de mettre en liberté ceux d'entre eux qui avoteut été enfermés au château Saint- Ange. Ricci, leur dernier général , éfoit encore dans cette prison , lorsqu'il mourut, le 24 novembre 1775. Il laissa un Mémoire dans lequel il protestait, i° que la Compagnie de Jésus o'avoit •donné aucun lieu à sa suppression , et qu'il le déclarotV toi supérieur bien informé de la conduite de son corps ; 2° qu'en son part ien lier il ne croyoit pas avoir mérité l'emprisonnement et les duretés qui avuient suivi l'extinction de son ordre ; 3U qu'il pardonnott sincèrement à tous ceux qui lavoient tourmenté et affligé, d'abord par les affronts faits à ses confrères , et ensuite par les atteintes portées à sa propre réputation. Peu après, Pie VI fit sortir du château Saint-Ange les autres Jésuites. 11 étoit alors en relation avec le roi de Prusse , à l'occasion de

même sont l'objet de sa risée. S'il parle du jubile de 1775, il se flatte que ce sera le dernier, et après avoir raconté la catastrophe arrivée à Rome en 1798 , il finit un m saut que le Pape a disparu pour toujours , soit comme souverain , soit comme pontife , et que , sous ce double ixipport , il n'excitera les regîtts Je personne . Un tel ton est doublement déplacé daus un te! sujet. Mais l'auteur écrivoit en 1798 , à nue époque où le Pontife rrnoit d'être chané de Rome , où la république romaine étoit proclamée , où le saint Siège lui sembioit anéanti pour jamais , ou le Directoire franyoi» ivtcuoit Pic Vt captif , et jouissoil du plaisir de tourmenter eu sa personne un souverain , uu prêtre, le chet de l'Église catholique. Ces Mémoires ne portent que trop le cachet des circonstances. Cependant uous les citerons quelque fois. On y trouve des détails intére»saus, des aveux extrêmement curieux, des réflexions démenties par les faits, et le philosophe souvent en contradiction avec l'historien. On y lit, tome -page 12 , que Brtschi étoit placé dans le bas chœur des selanti, ce qui n'a pas phis de sel que de vérité, et page i3, qu'il éto* élevé de Benoit XI Y , et que c'étoit une heureuse prévention em faveur de su sagesse '.* deux assertions que l'on ue concilie guère aisément. Au même endroit , l'auteur n'e*t pas- plus exact que poli lorsqu'il dit que Bruschi avoit été décoré de la pourpre par Clément XI II , le dernier des Papes fanatiques. Braschi ne fat «cardinal qu'en 1773 , et -par conséquent suas Clément- XLV. A

Anitée 177$.. 3Ôï

lalSociclé* Frédéric vouloit en conserver ce qui se trou-» voit dans ses états. Il avoit un million et demi de sujets, catholiques. Il soubaitoit leur ménager les ressources d'une instruction sage et uniforme. Les Jésuites , disoiN il , ont fait leurs preuves quant a leur talent pour ïe'du- , cation. Ce n'est qu'en vivant en corps , qu'ils peuvent , remplir convenablement cette tâche. Il désira donc qu'ils vécussent ainsi , en se soumettant d'ailleurs aux lois ecclésiastiques que le Pape jugerait à propos de Jeur prescrire. : Son agent à Rome fut chargé d' exposer sa demande. , Pie VI, froissé entre ses propres inclinations, et les. sollicitations réitérées .de la cour d'Espagne, toujours ombrageuse et inquiète lorsqu'il sagissoit des Jésuites, vou-. lut que ceux-ci qui tassent en Prusse l'habit de. leur ordre*. Du reste, ils se soutinrent dans leurs communautés, etcontinuèrent à se rendre utiles et à répondre anx vues . »

Dieu ne plaise , dit le même écrivain , tome I«r , page 90 , que. nous veuillions peindre Pie VI sutis de trop odieuses couleurs. Ce servit une injustice , quand même il sentit encore en postes* sion de son rang è minent. Ce serait fine lâcheté après la catastrophe qui l'en a précipité. Et malgré cotte injnstioe ct cette lâcheté , il calomnie volontiers ce- Pontife détrône et banni , il» interprète défavorablement ses actions 1rs . plus louable», il ne vojt dans tout ce qu'il fait que vanité Si Pie VI élève des monumens, c'est vanité : fe'il protège les art-», c'est vanité • s'il montre en quelques occasions îb magnificence convenable à nn souverain, c'est encore vanité : s'il déploie dans les cérémonies ecclésiastiques de Ja pompe et de Ja dignité, s'il aime l'éclat do culte, s'il officie, avec majesté, s'il se fait rendre le» honneurs dm à son rang, c'est toujours vanité. Mais c'est sur-tout dans les différends de Pic VI avec les souverains , que son historien donne plus de preuves de cette mauvaise foi . el de celte persévérance a le déprimer. Il avoue , page a35 que te Paptt pom*oit paroitre un objet de pitié* et qne presque toits les souverains semblaient s'être donnés le mpt pour le tourmenter; et dans tout *on ouvrage il appelé le blâme sur ce Pape si digne de pitié , et il lui reproche de ne se Ire pas prêté au plaisir de ces primes et à leur concert pour le tourmenter. Ndm aurons occasion de% remarquer plus d'une fois ces contradiction! et ces procèdes antfi peu généreux que peu équitables.

Année 177SL de Frédéric, (fui, dit l'auteur des Mémoires déjjicîtfs; conçut dans cette occasion pour le Pape un tendre intérêt qu'il manifesta en plusieurs rencontres.

- — Le ai novembre, Avertissement de l assemblée du clergé de France sur les avantages de la religion et sur les effets pernicieux de V incrédulité* Cette assemblée ne lutta pas moins que les précédentes contre les progrès de In nouvelle philosophie. Dès ses, premières séances elle arrêta des mesures relatives a cet objet. Ce fut sur ses représentations que le roi supprima une brochure de Voltaire , intitulée : Diatribe à fauteur des Epliémérides , comme scandaleusa , calomnieuse, et coutraire' au respect dû à la religion et à ses ministres. On interdit l'imprimeur de sa profession , et on raya de la liste des censeurs celui qui a voit approuvé le livre. Quelques jours après, une sentence du Chûtelct condamna au feu la Philosophe de la nature , dont l'auteur , M. Delille de Sales, fort jeune alors , mettoit toujours la uature en opposition avec la révélation , et traitoit les questions les plus hautes avec légèreté. Une érudition mal digérée , des contes absurdes, des déclamations, un style emphatique, des plaisanteries , des contradictions , tel étoit en substance cet ouvrage, que Jean-Jacques Rousseau appelé exécrable, dans ses Dialogues. L'auteur fut banni , et le censeur qui avoit approuvé son livre fut condamné au blâme. Le 19 septembre , l'assemblée arrêta deux Mémoires au roi ; le premier, sous le titre de Remontrances , dépeignoit les succès cfïrayaus de l impiété rompant toutes les barrières et ourdissant ouvertement ses complots. « D'où vient , disoient les évéques, cette fermentation générale qui tend à dissoudre les liens de la société ? D'où vient cet examen Curieux et inquiet , que personne ne se refuse sur les opérations du gouvernement, sur ses droits, sur leurs limites? D'où viennent ces principes destructeurs de toute autorité, semés dans une multitude d'écrits, et que dans tous les états on se plaît h répéter et a entendre? Tous les désordres se tiennent et se suivent nécessairement. Les foado tnens des mœurs et de l'autorité doivent crouler avec ceox)e

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la religion. » Ces observations furent encore traitées de vaines alarmes. Le roi venoit d'admettre dans son conseil des hommes que la nouvelle philosophie se vantoit d'avoir pour amis et pour défenseurs. Voltaire écrivoit à ce sujet, le 8 août 1775, à Frédéric : Notre roi à> pris pour ses ministres des philosophes , à un seul près qui h le malheur détre dévot ( le maréchal du Muy). Voila le commencement d'une grande révolution. Les choix dont il se félicitoit le plus, étoient ceux de MM. Turgot et de Malesherbes : le premier économiste, homme à systèmes, à idées neuves, et qui montrait beaucoup d'ardeur pour les mettre à exécution ; le second , plus modéré , mais peu favorable à la religion* Ce choix ne fut que le prélude d'un autre qui eut liea un peu plus tard , et qui parut à la philosophie une victoire nouvelle. Un banquier genevois, protestant, fut mis à la tête des finances. On dépeignit au roi comme un préjugé digne des siècles superstitieux et barbares, l'usage qui faisoit rejeter le service d'un étranger et d'un non-catholique. Beaucoup d'hommes en place, de courtisans et de grands seigneurs accueilloient les nouvelles opinions, et en protégeoient les défenseurs. L'assemblée du clergé ne pouvant opposer au torrent que ses exhortations et ses remontrances , arrêta une Instruction oîi Von présenteroit aux peuples les avantages de la religion, et les effets pernicieux des systèmes qui lui sont contraires. M. de Pompignan , archevêque de Vienne , prélat déjà connu par plusieurs ouvrages sur cette matière , fut chargé d'en rédiger un sur le plan proposé. Son travail répondit aux vues de l'assemblée et fut adopté par elle. On y exposoit sept avantages que la roi procure aux hommes et que l'incrédulité leur ravit. i° Le repos de l'esprit humain dans la connaissance de la vérité ; *° le sentiment intérieur de la vertu ; 3° le frein du vice et le remords du crime ; 4° k rémission des péchés ; 5° la ■ consolation dans les maux ; 6° l'espérance de l'immortalife^ 70 l'ordre public dans la société civile. \J Avertis» sèment traçoit sur çhacun de ces points la doctrine conv

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solante dti christianisme et les effets funestes du système

contraire. « D'une part , des nuages épais sur la vérité', le dégoût de ia vertu, le vice sans frein , sans remords, les pèches sans expiation, les maux sans consolation, la perspective du néant substituée à celle de l'immortalité; les lois caduques dans Tordre politique, le germe de la révolte dans les sujets , les passions déchaînées dans les souverains. D'autre part, la religion assure ces mêmes avantages que font perdre les systèmes des impies. » L' Avertissement finissoit par des exhortations aux fidèles, à ceux qui s'étoient laissé séduire par la nouvelle doctrine, et enfin aux écrivains mêmes acharnes à renverser les institutions les plus salutaires.

— Le 4 décembre, l'assemblée, du clergé condamné plusieurs livres irréligieux. On en avoit déjà flétri en 1765 ; mais leur nombre s'étoit encore prodigieusement accru depuis, et l'assemblée ne pouvant presque Jes désigner tous , se contenta de proscrire en général tous ceux qui avoient été faits contre la religion, les mœurs et l'autorité , et d'en nommer spécialement quatorze , qu'elle jugea sans doute tes plus dangereux. C étaient Le Christianisme dévoilé , V Antiquité dévoilée par ses usages , le Sermon des cinquante , V Examen impartial attribué h Bolingbroke , La Contagion sacrée > Y Examen critique des anciens et des nouveaux apologistes de la religion , la Lettre de Trasibule à Leucippe > le Système de la nature, le Système social , les Questions sur l'Encyclopédie , De f Homme, Y Histoire critique de la vie dé Jésus-Christ, Le bon sens et Y Histoire philosophique et politique des établissemens des Européens dans les deux Indes > par Rayna) (i). L'assemblée les condamna

(1) Nous avons nomme successivement 1rs autours de la plupart de ces ouvrages. L' Antiquité dévoilée par ses usages , est/ dit-on , un ouvrage posthume de Boulanger . refait et publié par le -baron d'Holbach , que l'on retrouve toujours dam le tableau des attaques livrées, à cette époque, h la rHiçion. Il e?r

Annie 1775. 30$

damna comme enseignant V athéisme, la corruption des mœurs et la révolte* Cette censure fut signée des trentequatre évoques qui siegeoient à rassemblée, et envoyée à tous les autres prélats. On donna aussi des éloges et des encouragemeiis à plusieurs des écrivains qui avoient pris en main la défense de la religion , et entre autres à Bergier, Pey, Gérard, Guénée, Ou voisin, Martin et F loris. Le premier, sur-tout , étoit descendu plus d'une fois dans la lice , et avoit combattu avec succès les prin- •ipales productions de l'incrédulité. 11 avoit donné successivement le Déisme réfuté par lui-même , contre les sophisrnes et les objections de Fauteur d'Émile ; la Certitude des preuves du christianisme en réponse à ¥ Examen critique des apologistes de la religion; X Apologie de la religion chrétienne contre le Christianisme dévoilé; et F Examen du matérialisme ou réfutation du Système de la nature. Il termina ses travaux en ce genre par son grand T*raùé historique et dogmatique de la vraie religion 9 qui embrasse l'ensemble des faits et des preuves sur lesquels repose notre foi. Dans le même temps plusieurs autres ecclésiastiques signaloient leur cèle et leurs talens pour la même cause. Dès 1759, l'abbé Guyon avoit relevé, dans X Oracle des nouveaux philosophes > les infidélités de plus d'une espèce commises par Voltaire dans ceux de ses écrits publiés jusque-là. Trois ans après, Nonotte, dans ses Erreurs de Foliaire, avoit rempli la même tâche d'une manière plus étendue, et avoit montre* combien ce détracteur du christianisme s'étoit écarté de l'exactitude historique, tant dans son Essai sur l'histoire générale que dans son Siècle de Louis XIV , et dans

vraisemblable que le baron , en refaisant cet ouvrage , l'a altère ; et lui a donné une couleur plus marquée et plus conforme aux senUmcns de l'éditeur. On lui attribue encore , ou plutôt à lu coterie dont il étoit le chef , le Système social et le Bon sens. La Letitr de Thrasibule à Leucippe est de Fréret. C'est le seul ouvrage philosophique qu'il ait laiesé, et c'est faussement qu'on )ui en a attribué d'autres. .

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