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quelques autres ouvrages avoués de lui, et combien il s'étoit attaché, avec une affectation et une mauvaise foi remarquables, à dénaturer les faits, et à rendre tout ce qui tient à la religion ridicule ou odieux. Nonotte donna depuis son Dictionnaire philosophique de la Religion. Gauchat s'étoit fait connoître par un ouvrage auquel il ne manquerait peut-être, pour devenir plus utile, que d'être resserré dans un cadre plus étroit. Le François avoit publié successivement les Preuves de la religion , la Défense de la religion , les Observations sur la Plulo sophie de i histoire 9 et Y Examen des faits qui servent de fondement à la religion. Dom Jamin se proposa t dans ses Pensées théologiques > de poser des principes qui confondissent à la fois les ennemis de la religion et de l'Église. Bullet se montra également instruit et judicieux dans ses Réponses critiques à plusieurs difficultés des incrédules sur les Livres saints , dans son Histoire de l'établissement du christianisme tirée des seuls auteurs païens , et dans l'Existence de Dieu démontrée par la nature. Il doit être regardé comme un des meilleurs apologistes de la religion. On a de l'abbé Dclamare la Foi justifiée de tout reproche de contradiction avec la raison, et de l'abbé Floris les Droits de la religion soutenus contre les maximes de la philosophie. L'abbé Paul i. m opposa la vérité a Terreur dans son Dictionnaire philosophico- théologique. Parmi plusieurs ouvrages du père Hayer, on distingua son traité De la spiritualité et de l'immortalité de l ame. Aymé mérite d'être cité pour ses Fondemens de la foi mis à la portée de tous les esprits. L'abbé Du voisin établit, dans deui ouvrages sépares, Y Autorité des livres de Moïse et de ceux du Nouveau Testament.. Feller donna son Catéchisme philosophique, et réfuta spécialement une brochure de Voltaire et les Epoques de Buffon. Pey publia le Philosoplte catéchiste. L'abbé Guénée unit le sel de la gaieté a la force des raisons dans ses Lettres de quelques juifs allemands et portugais à M. de Foliaire, production heu-, reu&e et justement célèbre , qui prouve dans l'auteur au-
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"tant de goût et de modération que de jugement et de 'solidité, et qui força ses adversaires eux-mêmes à l'estimer «t à le louer. L'abbé de Gourcy fit revivre les ancien» apologistes du christianisme. L'abbé Gérard montra , dan» une fiction fort connue, et les écarts d'un jeune homme entraîne' par ses passions et par des sociétés pernicieuses, et les preuves qui ramènent tôt ou tard h la religion on esprit droit et un coeur né vertueux. Régnier établit, dans un traité étendu , la Certitude des principes de la religion. M. l'abbé Barruel s'attacha principalement, dan» ses Lettres helviènnes, à rassembler les contradiction» des philosophes, à décrire leurs variations continuelles , à foire ressortir les absurdités de leurs systèmes, et à provoquer, tantôt le mépris pour leurs conceptions ridicules, tantôt l'indignation pour leurs exhortations séditieuses, leurs principes corrupteurs, et leurs déclamations anti-chrétiennes. C'étoicnt là autant de réclamations contre les efforts de l'incrédulité.
le i«r mai, Weishaupt jette à Ingolstadt les fonde* mens de ïilluminisme. Cet homme, devenu depuis si fameux en Allemagne, étoit un professeur en droit à Ingolstadt , en Bavière. Génie inquiet et turbulent , avide «le renom , mais sur-tout dominé par une antipathie déclarée contre le christianisme , et par un amour démesuré de l'indépendance , il conçut le projet d'une société secrète , et modelée à peu près sur celle des francs- maçons. Cette société que Weishaupt prétendoit être fort ancienne, il en dressa lui-même le code. Ceux qui y étoient admis, xnontoient successivement à différeus grades, suivant les dispositions que l'on remarquoit en eux, maison ne leur revéloit le vrai secret de l'ordre, que lorsqu'on s'étoit Assuré de leurs sentimens. Plusieurs restoient long-temps dans les grades inférieurs , en attendant qu'on les ametft peu a peu à secouer leurs préjugés , et Toû n imagi*
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neroit guère jusqu'où Weishaupt portoit fur ce point son adresse et ses moyens. H relevoit les avantages de son ordre , il en exaltoit les principes et les règles. Profondément dissimulé , il ne dévoiloit qu'une partie de ses secrets. Ses discours et ceux de ses affidés tendoient à éteindre par degrés dans la plupart de ceux qu'on recevoit dans Tordre, les idées de religion et de vertu , et celui qui n'y étoit d'abord entré que par curiosité et par amour de Ja nouveauté , finissoit par prendre l'esprit de ses maîtres, et par abjurer aussi toute croyance religieuse et toute indépendance sociale. "Weishaupt ne pouvoit guère lui-même prévoir ses succès, quand, le i«' mai 1776, il inscrivit son nom sur la liste, alors fort courte, des illuminés. Il s'y mit sous le nom de Spartacus, comme pour apprendre aux siens qu'ils dévoient secouer le joug de l'esclavage et ne plus reconnoître d'autorité. Deux de ses écoliers , qu'il avoit gagnés , furent les premiers de ses adeptes. Il leur donna aussi des noms de guérie, et en fit ses apôtres. Bientôt après un nommé Zwach se joignit à lui, et forma des loges illuminées a Munich. De là il s'en éleva dans différentes villes de Bavière. Les circonstances favorisorent extrêmement les vues de Weishaupt. Depuis quelques années l'esprit d'incrédulité s'étoit aussi propagé en Allemagne. Là , comme en France, des écrivains hardis s attachent à saper les principes religieux. Plusieurs sou verains allemands augmentoient la séduction en s'y livrant eux-mêmes. En Prusse, Frédéric professoit l'irréligion. Il accueilloit à sa cour les incrédules les plus renommés , protégeoit leurs productions, et favorisoit la circulation de leurs principes. À Vienne, Joseph H netoit pas inaccessible aux flatteries et aux sophismes des philosophes. On m'assure que l'empereur est des nôtres , écrivoit Voltaire, et Frédéric lui marquoit, en 1770, que ce prince aimoit ses ouvrages , qu'il les lisoit autant qu'il pouvoit, et qu'il n étoit rien moins que superstitieux. D'autres princes moins puissans suivoient les mêmes erremeos ; «t Ton sent ce que leurs exemples avoient dû produire
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de mauvais effets. Les sujets se laissent aisément aller à imiter les princes , qui leur tracent la route du mal. Weishaupt n'eut donc presque qu'à se montrer, pour attirer à lui des hommes déjà séduits. Bientôt il compta des adeptes dans presque toutes les parties de l'Allemagne. La jeunesse crédule, irréfléchie, aisée a séduire, donna dans les pièges du novateur; c'est à elle sur-tout que s'adressoient ses efforts. Sa plaoe de professeur lui en facilitoit les moyens. Il circonvenoit les jeunes gens par ses émissaires , les recevoit chez lui , et leur insinuoit, dans de fréquens entretiens, le poison de ses maximes. Un baron lianovrien, nommé Knigge, dont il avoit fait la conquête, le secondoit avec ardeur, et travaillent à pervertir le nord de l'Allemagne , tandis que Weishaupt se réservoit le midi. Knigge profita d'une circonstance qui lui parut propre à étendre l'association naissante. Une assemblée générale de francs- maçons se tenoit à Wilhemsbad , par Tes soins du prince Ferdinand de Brunswick, qui en étoit grand-maître. On s'y rendoit de toutes les parties de l'Europe. Knigge y alla , et trouvant, dans un pareil rassemblement, des hommes déjà dépouillés des préjugés religieux , il les gagna facilement à sa cause , et en fit des illuminés. Déjà l'ordre coroptoit dans son sein , non pas seulement de simples particuliers , des noms inconnus, mais des seigneurs titrés, et même, qui le croiroit ! des souverains. Sans doute que Weishaupt leur avoit caché son aversion pour toute es pète de dépendance. Sans doute qu'il leur avoit dissimule le serment qu'il faisoit , dit-on , prêter dans les derniers grades de détester les rois, et qu'il ne leur avoit manifesté" que ce qu'il pou voit leur révéler sans les blesser, savoir ses projets hostdes contre la religion , et 6on horreur pour les prêtres. On nomme en Allemagne cinq princes souverains qui embrassèrent ïilluminisrne , sans compter ceux que l'on ne connoissoit peut-être pas. Quelquesuns, à la vérité, ouvrirent dans la suite les yeux , et abandonnèrent la secte, mais sans en avoir découvert apparemment toutes les vues iniques et profondes; car ou
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ne voit pas qu'ils aient pris aucune mesure pour en arrêter les progrès. Ce que Ion ne peut déplorer assez, c'est que des ecclésiastiques aient pu s'enrôler dans une telle conjuration. Les archives de Tordre nomment des prêtres , des curés : il faut cependant avouer que Weisiiaupt se fit peu de partisans dans cette classe, et que si plusieurs furent d'abord dupes de ses artifices, Us le quittèrent pour la plupart lorsqu'ils eurent appris à le connoître, et qu'ils soupçonnèrent ou on vouloit les mener. De ce nombre fut, dit-on, un homme élevé à de hautes dignités dans l'église d'Allemagne. Les détails qui font le sujet de cet article, sont extraits des Mémoires sur U jacobinisme , de M. l'abbé Barruel. Il a rassemblé, à cet égard, un grand nombre de faits, et même de pièces et de documens, qui forment comme une masse de témoignages auxquels il paraît difficile de se refuser.
Le 14 février, mort de Joseph roi de Portugal, Ce fut l'époque de la disgrâce de Pombal. Ce ministre, qui sétoit emparé de toute la confiance du roi, se trouva heureux d'échapper à la punition dont il étoit menacé. Tous les ordres de l'état témoignèrent hautement leur joie d'être délivres du joug d'un homme qui me! toit ses caprices à la place des lois, les violences à la place de la justice , qui avoit fait couler le sang , et avoit pris des mesures funestes à la religion. Mais la reine respecta en lui la confiance dont son père l'a voit honoré, et quelques ministres voisins firent intercéder en sa faveur. Oit répara du moins plusieurs de ses injustices. Les prisons couvrirent, et rendirent à la liberté les victimes qu'elles receloient. Le roi avoit ordonné, avant de mourir, que Ion fît sortir de son cachot léveque de Coïrobre, si maltraité en 1768. Le nonce du Pape rentra dans tous les privilèges dont il avoit été dépouillé. Des étabîissemens fftligicux, que l'on avait proscrits, furent rétablis. hp
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sjége partriarcal de Lisbonne recouvra ses honneurs, son revenu , son chapitre. Les évéques sortirent de servitude. On accorda des pensions aux ex-Jésuites chassés. Cependant Pombal avoit mis en place des gens qui 7 restèrent, et qui, imbus des mêmes principes que lui, continuèrent à les répandre , et s'efforcèrent daffoiblir dans ce pays l'attachement au saint Siège et à la foi.
— Le 7 juin, déclaration du roi de France concernant les Jésuites. La Société éteinte. portoit toujours ombrage à ses ennemis. Ils crai g noient encore de la voir renaître de ses cendres , et cette crainte troubloit leur repos. Plu» sieurs ex- Jésuites étoieut rentrés en France depuis la disgrâce de la magistrature, et y avoient accepté difteren» emplois. Leur présence et la tranquillité dont ils jouis* soient , servoient de prétexte à des alarmes feintes ou réelles. Au mois de février précédent , un conseiller les dénonça au parlement de Paris, comme cherchant encore à se foire rétablir. Quelques autres magistrats mani festoient les mûmes craintes. Il fallut pour les rassurer un édit du mois de mai , où le roi disoit que la Société étant abolie partout, elle l'étoit sans retour, et que son rétablissement étoit désormais impossible. Il prescrivoit quelques mesures à l'égard de ses anciens membres. Le parlement, en enregistrant cet édit, le i3 mai, y ajouta quelques clauses , savoir : que les ex- Jésuites résideroient dans leurs diocèses, qu'ils n exerceroient dans les villes aucune fonction du ministère , et qu'ils feraient serment de maintenir les quatre articles du clergé de 168a. Mais le roi , par sa déclaration du 7 juin , ne confirma que cette dernière disposition et annuila les deux autres.
— Le 18 novembre, testament de M. Rouillé des Filletières. Nous ne citons ici ce testament que parce qu'il donna lieu à un procès singulier, et parce qu'il avoit rapport à une caisse d'une nature assez étrange , dont 11 confirma l'existence, et dont il révéla les ressources et les moyens. Cette caisse étoit connue depuis Ion g- temps sous le nom de boîte à Pcmtte , et l'on dit qu'elle fut ainsi appelée du nom de la gouvernante de Nicole , lequel
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laissa à celte fille les premiers fonds. Cependant, suivant une autre version , Nicole confia ces fonds à trois légataires ou plutôt à trois fideV commissaires, qui furent le
, père Fouquet , de l'Oratoire, l'abbé Couet et du Charmet. Nicole leur expliqua ses intentions dans deux Mémoires joints à son testament. 11 y disoit que ses biens dévoient être dépenses en œuvres de piété, et il recoinmandoit instamment de faire en sorte axiils ne passassent jamais à des parens > et qu'ils fussent transmis successivement et à perpétuité à des personnes sûres e.t désintéressées. Il y eut proccs entre les héritiers de Nicole et ses légataires, mais il fut terminé par une transaction en vertu de laquelle presque tout resta à ces derniers. Le père Fouquet , dépositaire du legs de Nicole, mourut en 1733, et transmit le legs à l'abbé d Eaubonne , chanoine de la métropole de Paris , et connu par son zèle pour la même cause. Ce fut sous sa gestion que les legs et les dons se multiplièrent. Depuis 1730, dit un Mémoire que nous ferons connoître, on voit une
Joule de personnes consacrer à Venvl leurs biens à la même œuvre* Le zèle de nos ancêtres pour les fonda» tions religieuses neloit ni plus vif ni plus généreux» Il seroit difficile de donner exactement l'historique de toutes ces profusions. On sait seulement que le legs de Nicole qui étoit de 4°*ooo livres, s'accrut de près de 1,100,000 livres, pour ne citer ici que les legs connus, et certainement il y en a eu beaucoup d'autres secrets. En 1728, l'abbé Dorsanne fit à labbé d'Eauoonne un legs de 164,000 livres. En 1737, legs de M. de Bagnols ; on ne dit point à quelle somme il se montoit ; mais il dût être considérable, si on en juge par le xèle que M. de Bagnols avoit de tout temps fait éclater pour le parti auquel il étoit attaché. Sa terre de Saint-Lyé, pres O néons, étoit le rendez-vous des gens qui avoient des raisons pour se cacher $ et M. de Ségur, ancien évêque de Saint- Papoul , y avoit habité quelque temps avec des ecclésiastiques, qui pour se mieux déguiser, y portoient, comme lui, l'habit laïque et mène l'épée. Vers .1741 7
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legs universel du sieur Dumanel, qui donna t5o,ooo livres. Il n'y eut pas jusqu'au bon Rollin qui ne grossit cette caisse d'une somme de mille écus. Cet homme si judicieux d'ailleurs avoit eu le malheur de voir l'œuvre de Dieu dans les convulsions. En 174* > legs universel de M11* Guitaut - Despoisses. En 1746, donation de uo,85o livres faite par la marquise de Vieuxpont, grande admiratrice des convulsions et des miracles. L'abbé d'Eau bonne étoit chargé d'employer tous ces legs pour le même objet et sans en rendre aucun compte. En 1754, le sieur Langlet fit son légataire l'abbé Besoigne , qui l'avoit déjà été, en 1 7-27 , du sieur Durieux. C'étoit doncencore une autre caisse. L'abbé Besoigne étoit aussi un' partisan de la même cause , et il ne le cédoit point h l'abbé d'Eaubonne en activité et en dévouement. En 1762, il institua pour ses légataires l'abbé de Majain ville et M. Delaunày, puis il substitua M. des Filletières à' M. Delaunay. De son côté Tabbé d'Eaubonne créa , en" 1764, le même des Filletières son légataire universel. Son legs étoit de 45o,ooo livres. Des Filletières , dépositaire de sommes si considérables , et réunissant à lut seul les deux grandes branches de la caisse commune , paroît avoir rais dans sa gestion la même loyauté et les mêmes soins que ses prédécesseurs. Il avuit deux régis-* très , comme on le voit par les pièces du procès , F un pour ses propres affaires, l'autre pour celles du parti dont il étoit le trésorier. Il écrivoit exactement la recette et ta dépense pour chaque année ; et les pièces imprimées , à l'occasion du procès , donnent cette recette et cette dépense pour plusieurs des années de sa gestion. Ainsi on trouve que de 1766 à 1771 ,1a recette avoit été de 174,000 . livres et la dépense de a3 1,000. La recette en 1774» avoit été de 19,000 livres et la dépense de 2 3, 000. Dans le détail des dépenses de cette année, il y a 1498 livres envoyées en Hollande, et différentes sommes données à des curés du diocèse d'Autun , et à des religieuses pour' le procès d'Auxerre. Il aurait été très-curieux de voir l'article des dépenses dans le temps des miracles de Saint-
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Médard , ou lors de la destruction des Jésuite». Mais les pièces imprimées n'en font aucune mention. Peut-être n'avoit-on aucun renseignement sur ces deux époques qui Soient antérieures à la gestion de M. des Filletières. Le 4 octobre 1778, ce trésorier mourut. Le 18 novembre précédent, il avoit fait son testament dans lequel il se recommandoit , comme de raison, au bienheureux diacre saint François de Paris , et iostituoit l'abbé de Majain- ▼ille son légataire universel. Il faisoit aussi un legs de 1 10,000 liv. au sieur Defeys, autant à Desprez deBoissy , auteur des Lettres sus les spectacles , et 64,000 livres à l'abbé Clémeut , le même qui joua depuis un rôle dans l'église constitutionnelle. Les héritiers du défunt , frustrés d'une succession sur laquelle ils comptoient , s'élevèrent contre les dispositions du testament. Cëtoit un fidéi-commis , disoient- ils, et tout le prou voit en effet. Ils citoieot même à cet égard des aveux des légataires, quoique ceux-ci eussent fait, à ce qu'il paroît, un serment contraire. Les héritiers ne négligèrent rien pour foire casser le testament. Ils alléguoieut qu'on ne devoit point tolérer ces dispositions exorbitantes ; que le parlement de Pans avoit cassé plusieurs fois des testamens de cette nature ; que le cas actuel étoit plus condamnable encore ; que cette association mystérieuse, ces fidéi-commis furtifs, ces prodigalités exclusives étoient pernicieuses pour la société et préjudiciables aux familles. Ils rapport oient le double registre de M. des Filletières, l'un sur lequel il écrivoit sa recette et sa dépense pour ses biens patrimoniaux , et l'autre qui marquoit ce qu'il avoit reçu et dépensé sur les fonds dont il étoit dépositaire. Le fidéi-commis étoit évident , et les juges ne pou voient le méconnoître. Celui des héritiers qui pnroît s'être donné le plus de mouvement dans cette affaire, fut le président Rolland. Ce magistrat avoit joué un rôle lors de la destruction des Jésuites, et croyoit , en conséquence , avoir assez bien mérité de la cause commune pour qu'on le dédommageât de ses peines. C'est ce qu'il expliqua , dans une lettre du 8 octoère 177$, à l'abbé de MajaipviUe, laquelle lettre est im-
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primée avec les pièces an procès. Il y dit , que le testament lui fait tort de deux cent raille livres ; que « J'af- « faire seule des Jésuites et des collèges lui coûtait « de son argent plus de 60,000 livres , et qu'en vérité « les travaux qu'il avoit faits , et sur- tout relativement au» <t Jésuites , qui n'a u rotent pas été éteints s'il n'eût con-, 4 sacré à cette œuvre son temps , sa santé et son argent , « ne dévoient pas lui attirer une exhérédation de son « oncle. » il répétait encore dans un autre endroit : «c L'affaire des Jésuites , qui me coûte de mon argent plus u de 60,000 livres, me coûte de plus la succession de « mon oncle. » Ce magistrat fit de plus un Mémoire en sa faveur* Ce Mémoire signé Contant, Dotwal et Fadeau, procureurs , et imprimé à Paris, en 1781, chez Simon , est le même dont nous avons parlé au commencement de cet article. Il est curieux, bien fait, sans déclamation , sans aigreur. On entrevoit même que le président Rolland ne disoit pas tout ce qu'il sa voit. Dépositaire de notes secrètes el> de pièces importantes, il lie révèle que ce qui est nécessaire au succès de sa cause , et il supprime bien des détails qui auraient pu blesser des gens auxquels il ne vouloit pas déplaire. On aperçoit sur-tout son embarras au sujet de l'abbé de Ma jain ville. Tout en lui témoignant quelques égards, il le montre sous un jour peu avantageux , et lui reproche ses tergiversations . L'abbé avoit nié le fidéi-commis , tandis que les autres légataires l'avoient reconnu du moins équivalemment. Ses ennemis l'accusoient de mensonge, ce qui n'étoit pas poli. Les héritiers de M. des Filletières consentaient que l'abbé de Majainville gardât les 4^0,000 livres qui provenoient du legs de l'abbé d'Eaubonne. Ils ne demandoient que le reste de la succession , qui se montait en tout à 750,000 livres. On devoit, disoient-ils , séparer ce que le défunt avoit en propre de ce qu'il avoit reçu. Il faut voir , dans le Mémoire même , les faits et les raisons sur lesquels ils s'appuyoient. Ce Mémoire a 62 pages , et est suivi de pièces justificatives , de la lettre Au nrôideat Rolland citée ci-dessus, du testament de
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M. des Filletières, et des états de recette et de dépense des fonds pendant plusieurs années. L'abbé de Majainville gagna son procès ; ce qu'il dut moins a la bonté de sa cause ou aux talens de son avocat , le célèbre Gerbier , qu'a la faveur que le jiarlement accordoit encore au parti dont il venoit d'être' institué le trésorier. On peut croire que les magistrats n'auroient pas toléré de semblables dispositions , s'il n'eût été question d'une caisse à laquelle plusieurs d'entre eux prenoient encore Intérêt. On s'est plaint, au surplus, que l'abbé de Majainville n'eût pas lait un aussi digne usage que ses prédécesseurs des fonds qui lui étoient confiés. Si on demande actuellement à quoi ser voient des biens détournés ainsi de leur destination naturelle, nous répondrons qu'ils étoient employés à soutenir la gazette du parti , a faire imprimer et à dis— tribuer pour rien des brochures contre le Pape et les évêques, à entretenir des moines et des religieuses échappes de leur cloître, à fournir aux frais des voyages des agens qu'on envoyoit en différais lieux , à se concilier des partisans. Nous avons vu que des Filletières envoya une seule année près de i5oo livres en Hollande. Nous avons vu que les Jésuites n'auroient pas été éteints si le président Rolland n'y eût consacre son temps , sa santé et son argent. Cette extinction lui a coûté à lui seul plus de 60,000 livres > et d'autres que lui y ont sans doute aussi contribué. Ces renseignemens pourroient donner la clef de beaucoup de mystères.
Le a5 mai , bill du parlement d'Angleterre en laveur des catholiques de ce pays. Que des lois vexatoires eussent été portées contre les catholiques dans des temps de trouble et de révolution , c'étoit un résultat malheureusement trop commun de l'esprit de parti. Mais que cette législation continuât d être en vigueur dans des époques de calme et d'union , e est ce qui étonnoit les esprits impar*
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tiaux. Depuis long-temps les ennemis les plus envenimés des catholiques avoient peine à trouver quelque sujet de plainte à former contre eux. Cependant les anciennes lois subsistaient toujours. Leur exécution de'pendoit du caprice des juges, et si la modération de quelques-uns modifioit dans certains lieux la rigueur des peines, dans d'autres, d anciens préjugés profitaient du prétexte de la loi pour inquiéter les catholiques. On avoit vu dans des occasions récentes combien ces préjugés étoient enracinés. Les Anglais s'étaient emparés du Canada pendant la guerre de 1756, et ce vaste pays leur avoit été ceclé par le traité de paix de 1763. Il étoit exclusivement peuplé de catholiques, et la politique comme le bon sens s'accordoient pour engager le gouvernement anglais à les protéger. 11 falloit essayer de leur faire oublier, par de bons traitemens, la domination de la France à laquelle ils tenoient par leur origine, leur langage et leurs habitudes. 11 falloit leur laisser la plus entière liberté dans l'exercice dune religion à laquelle ils étaient fort attachés. Le dernier éveque de Québec , M. de Pontbriand , étoit mort à Munt-Rcal, pendaut le siège, le g juin 1760, et n'avoit point encore eu de successeur. Les Anglais permirent qu'on lui en donnât un. On fit choix de M. Olivier de Briant, chanoine de Québec, qui avoit été envoyé en Angleterre après la conquête pour y plaider les intérêts des habitans. Il fut fait évêque vers 17G7, et il y a lieu de croire qu'il fut sacré par quelqu'un des vicaires apostoliques anglais. Ce fut un grand scandale pour les aélés protestans. Ils ne furent pas moins choques de ce qu'on permit aux catholiques de la Grenade d'aspirer aux charges. Cette île avoit aussi été cédée par la France, en 1763, et comme elle n'était peuplée que de catholiques , on ne pouvoit se dispenser de leur permettre d'y remplir les places. Cc|>cndant des concessions si raisonnables et si nécessaires effrayèrent les ennemis du catholicisme. On vit l'archidiacre Blackburne jeter à ce sujet les hauts cris , et reprocher à ses compatriotes leur mollesse et leur indifférence à l'égard du papisme et de ses
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progrès prodigieux / étemel épou vantail d'une prévention aveugle. Un acte du gouvernement augmenta encore les plaintes. Cet acte, rendu en 1774 1 portoit qu'il seroit établi un conseil législatif pour les affaires du Canada, et que les catholiques pourraient en être membres ; que les lois françaises seraient suivies pour les causes civiles et les lois anglaises pour les causes criminelles ; que le clergé catholique conserverait la dîme sur les habitans de k même communion, etc. Ces dispositions excitèrent l'alarme. La ville de Londres se hâta de présenter une adresse au roi pour le prier de ne point sanctionner un bill qui donnoit une existence légale à une église idolâtre et sanguinaire ; cetoieut les expressions de l'adresse. Maiy le ministère anglais crut devoir faire moins d'attention à ces clameurs de l'esprit de parti , qu'a la voix de la saine politique et de l'équité. Méprisant des murmures qui éclatèrent d'une manière si fâcheuse quelques années après, il accorda aux Canadiens ce qu'il jugea nécessaire pour les réconcilier avec leurs nouveaux maîtres. Les catholiques anglais virent dans ces concessions un présage de ce qu'ils pou voient espérer pour eux-mêmes. La partie la plus éclairée de la nation commençait à reconnoître que les mesures prises autrefois contre eux étoient aussi inutiles qu'injustes. Les personnes modérées blâraoient des rigueurs qui n'avoient plus d'objet. L'indifférence même pour la religion, cette grande maladie du siècle, contribuoit à diminuer les préventions contre les catholiques, et le banc des éveques anglicans ne paroissoit pas éloigné d amé* liorer leur sort. Le parti qui leur étoit contraire étoit formé de protestans zélés , de dis s en ter s ardens , de méthodistes outrés, qui conservoient encore la raideur et les idées exagérées des premiers réformateurs. Mais quand les dissenters eux-mêmes réclamoient une tolérance universelle, ils n'étoient guère recevantes à se montrer si intolérans pour les catholiques. Telles étoient les dispositions générales envers ces derniers, quand la guerre d'Amérique leur fournit l'occasion de montrer leurs sentimens politiques. Dans ua moment où Ton étoit alarmé
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<le la révolte des colonies américaines, un des juges du roi en Ecosse s adressa à Georges Hay , évéque de Daulie et vicaire apostolique en Ecosse , pour conooître la manière de penser de ceux de sa communion sur cet événement, et pour savoir si Ion pouvoît attendre deux de coopérer aux vues du gouvernement anglais. M. Hay manifesta, dans les termes les plus forts, son attachement pour la constitution existante, et les assurances de ce respectable prélat furent confirmées par la promptitude avec laquelle des catholiques se firent inscrire pour les levées qui se fàisoient alors en Ecosse. La lettre de M. Hay fut même communiquée au gouvernement. Dans le même temps à peu près , lorsque les flottes combinées de France et d'Espagne menaçoient l'Irlande, un religieux catholique , le père Arthur O'Leary , employé dans le ministère à Cork, publia une adresse à ses compatriotes pour les exhorter à rester fidèles à l'ordre établi. Ce fut dans ces circonstances que les catholiques rédigèrent une adresse au roi. Elle fut signée de deux cents d'entre eux, dont dix étoit pairs , et elle fut présentée au roi , le a mai 1778, au palais de Saint- James, par trois lords catholiques. Elle étoit , dit un protestant , modeste et respectueuse. Les signataires protestoient de leur attachement pour la maison régnante, et demandoient que les adoucissemens qu'ils avoient déjà obtenus fussent confirmés authentiquement. Ils dressèrent en même temps une pétition au parlement. Elle étoit longue et motivée. Elle eut son effet. Le i4 mai , sir Georges Saville fit une motion à la chambre des communes pour abroger les peines portées sous Guillaume III. La discussion s'entama à ce sujet. Plusieurs membres parlèrent dans le même sens que sir Georges. Ils firent sentir combien il étoit politique, dans un moment de danger, de se concilier, par un grand acte de justice, l'attachement dune portion considérable de la nation. Après un discours éloquent de lord Beauchamp , le bill passa sans la moindre opposition. Dans la chambre haute , le bill fut adopté sansaucune espèce de débat*. Depuis le roi y donna sa sanc-
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tion. Lacté portoit que les évêques , prêtres et Jésuites* ne seroient point poursuivis en vertu du statut de Guillaume III , que toutes ces personnes et autres chargées de l'instruction de la jeunesse ne seroient point sujettes à l'emprisonnement perpétuel porté par ce statut ; que les catholiques auraient le droit d'hériter, quoique le plus prochain héritier après eux fut protestant; qu'ils pourraient acheter des terres. Mais pour jouir de ces avantages, ils dévoient prêter tous les six mois un serment portant qu'ils seroient fidèles au roi Georges 111 et à ses successeurs; qu'ils le défendraient de tout leur pouvoir; qu'ils renooçoient à toute obéissance envers celui qui prenoit le titre de Charles III ; qu'ils détastoient comme anti-chrétiennes et impies cette proposition qu'on peut assassiner pour cause d'hérésie , et cette autre qu'il ne faut point tenir la foi aux hérétiques ; qu'ils rejetoient égale* ment l'opinion que les princes excommunies par un Pape ou par un concile peuvent être déposés ou tués ; qu'ils ne croyoient pas non plus que le Pape eût ni directement ni indirectement aucun pouvoir temporel sur l'Angleterre , et qu ils faisoient cette déclaration sans aucune réserve ou équivoque* Nous observerons, par rapporta cet acte , qu'on prétendit qu'il n'avoit passé au parlement que par ruse , et qu'on ne l'avoit présenté qu a la fia d'une session lorsque tous les membres étoient partis ou sur le point de partir. Mais l'événement prouva qu'on avoit sagement fait de ne pas donner aux gens passionnés le temps de dresser leurs batteries. M. Fox ayant , le io décembre suivant , ouvert la motion que les catholiques qui avoient prêté le serment fussent exempt de la double imposition sur les terres prescrite sous Georges I*r 9 sa proposition fut rejetée malgré ses eflbrts et ceux de M. Burke. Les protestans zélés avoient eu le temps d'échauffer les esprits, et déjà comme/icoient à retentir sourdement les clameurs qui éclatèrent avec tant de force deux ans après.
— Le 3o mai, mort de Voltaire, à Paris. Il y avoit vingt-huit ans que cet écrivain nétoit venu dans la
capitale*
Jimée 1778. 4*1 capital. I! désirait ardemment s'y montrer , y jouir de sa réputation, y voir ses nombreux amis. Il naveit osé y paroître sous Louis XV. 11 crut pouvoir le (aire impunément sous son successeur. Il arriva à Paris au mois de lévrier 1778. On se disposa à lui foire la réception la plus flatteuse, et comme on craignoit que les minisires ou le clergé ne cherchassent à traverser un voyage dont on se promeltoit beaucoup d'avantages, on voulut leur imploser silence en comblant d'honneurs et d'hommages le chef de la philosophie. Son séjour à Paria fut un triomphe continuel. On rassembloit la foule au bas de ses fenêtres. Ses amis lui feisoient un cortège assidu, et lui prodiguoient des éloges et des respects qui parurent un peu étudiés. De grands seigneurs ne dédaignoient pas de lui rendre visite. L'entretenir étoit une faveur. Les journaux ne retentissoient que de ses faits et gestes. L'Académie, toute peuplée de ses admirateurs, lui prodigua les distinctions les plus recherchées. De plus grands honneurs encore fattendoient au théâtre. U s'y rendit,, et assista a la représentation dune de ses pièces. Elle xi étoit pas bonne, et eût été siffle^e de tout autre. Ma& on l'applaudit avec enthousiasme, et son buste fat couronné sur le théâtre au bruit des acclamations universel* les. Cette scène avoit été préparée d'avance. On le reconduisit en triomphe chei lui , au cris de vive Voltaire m vive Mahomet , vive la Henriade. Ses historiens nous apprennent même que, dans leur enthousiasme , les amis de leur héros s'écrièrent publiquement qu'ils rendoient ces hommages, non pas seulement à l'auteur de ses poésies» les plus dignes d'éloges, de ses ouvrages avoués, mais à l'auteur d'un poème immoral , dont ils ne craignirent pas de prononcer hautement le nom , comme pour se rendre complices du crime de l'avoir fait. // s'occupoit cependant, dit le marquis de Condorcet, à revoir son Essai sur les mœurs et l esprit des nations , et à y porter de nouveaux coups au Janatisme*... Ses amis Vavoient 9>n se livrer à toute sa hainê contre les préjuges, / ex* haler avec éloquence , et bientôt après ne. plus les en»**