TOME SKCOHD. a
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sagerjue du cété ridicule , s en moquer avec cette grâce *t ces rapprocliemens singuliers qui caractérisent ses plaisanteries. Cependant , au milieu de ce concert générai d'applaudissemens et de ce» projets de porter de nouveau* coups à la religion , le vieillard commençoit a sentir les approches du tombeau. Il eut un crachement de sang au commencement de mars. On fit venir an abbé Gauthier , chapelain des Incurables , qui passoit apparemment pour être facile et commode, et Voltaire signa, le * mars , un écrit où il déclaroit s être confessé à cet ecclésiastique , et vouloir mourir dans la religion catholique , ajoutant que Jil avoit scandalisé l Église , il endemandoU pardon à Dieu et à elie. Cette mince réparation de tant de scandales , en étoit presque un nouveau dans la bouche d'un homme qui s'étoit si souvent joué de la religion , et qui avolt profené ce qu ellea de plus auguste. . Aussi , dit le marquis de Condorcet , dans sa Vie de Voltaire y cette nouvelle scandalisa un peu plus les hommes éclairés quelle n édifia les dévots. On se passa donc de recourir a un prêtre dans une rechute qu'eut le vieillard à la fin d'avril. Le curé de Saint-Sulpice se présenta chez lui et ne fut point admis. Il lui écrivit et ne reçut que des réponses évasives. Le malade étoit entouré d'amis nui faisoient la garde autour de lui , et qui empéchoient <ju'ou ne l'approchât. Il mourut dans leurs bras , avec la constance et l'intrépidité d'un philosophe, disent les uns ; et selon les autres, dans les agitations du desespoir. On a prétendu que, bourrelé de remords, tremblant à rapproche de l'éternité, l'ennemi du christianisme avoit passé ses derniers roomens dans d'effrayantes convulsions. On n cité les témoignages du maréchal de Richelieu et du médecin Tronchin , qui sortirent de la chambre du malade épouvantés de ses fureurs. Lorsqu'il eut rendu le dernier soupir , ses amis voulurent obtenir pour son corps un service et la sépulture ecclésiastique. On les demanda au curé de Saint- Sulpicc, qui les refusa. Les amis du mort jetèrent les hauts cris. Ils ne parloient N q[ue d'intenter procès au curé. Us trouvoieot plaisant
ie forcer lé clergé à rendre les derniers devoirs de la religion aux restes duo homme qui avoit consacré une grande partie de sa vie à couvrir la religion et le clergé de haine et de mépris. D'Alembert vouloit qu on s'adressât au parlement. On réclama chez les Cordeliers le service qui s'y faisoit ordinairement pour les académiciens, mais Ton fut refusé. Alors on usa de ruse. L'abbé Mignbt, neveu du défunt, et conseiller au parlement de Paris , étoit abbé de Scellières en Champagne. Il y conduisit le corps de son oncle , en annonçant qu'il se proposât de le mener ensuite à Femey. On l'enterra cependant dans le caveau de l'abbaye , la défense étant arrivée trop tard, et il y resta jusqu'au moment 00, pour insulter à la religion , on le transporta en pompe à Paris. Cependant toute la littérature philosophique prit le deuil; la poésie chanta les talens de Voltaire, et les académies prononcèrent son éloge. Parmi les discours faits à cette occasion, on remarqua surtout ceux de Frédéric, roi de Prusse, et de La Harpe. Celui-ci est beaucoup plus modéré qu» l'autre. Le monarque ne craignit pas , dans un discours d'appareil, de répéter, contre les prêtres, les épithètes douces et polies qu'il leur donnoit depuis long-temps dans sa correspondance secrète. En 1779, sur les instances de d'Alembert, il fit célébrer, dans l'église catholique de Berlin, un service pour son ami. D AIembert vouloit même qu'il lui érigeât un monument dans l'église ; mais Frédéric s'y refusa. Nous ne chercherons point, en finissant cet article, à tracer un jugement sur la vie et les écrits de Voltaire. On les connoît suffisamment d'après ce que nous en avons dit. 11 ne nous reste qu'à déplorer l'usage que fit de ses talens un homme qui, parvenu par ses écrits au comble de la gloire littéraire , eût pu rendre la fin de sa carrière si honorable et si utile, et qui sembla, au contraire, prendre plaisir à la dégrader par des excès condamnables aux yeux même des plus in-
duTérens (1).
(1) Noift reyieudroos encore sur VoHajre, <Un» ls lifie ckn*
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Le « juîo et le .8 oCb~, «cre de<k„, cvêque. schismatiques en Hollande. Cette église, quelque peu nombreuse qu'elle fut , se perpetuoit dans ce pays , par le soin de ses partisans à ne pas se laisser manquer d'evéques. Va n Stiphout et Byevelt étant morts à peu près dans le même temps , on se hâta de leur donner des successeurs , dans la crainte que ce schisme précieux ne s'éteignît trop tôt. Broekman et Nelleman furent choisis pour remplir les sièges vacans, et sacrés par leur archet ▼êque. Pie VI s éleva par- trois brefc contre cette elee* tkm et cette consécration, , et déclara excommuniés l'électeur et les élus.
— Le a juillet, mort de Jean-Jacques Rousseau. Les dernières années de cet homme extraordinaire offrent ua spectacle triste et humiliant. On le voit en proie aux plus sombres vapeurs, s appliquer à se tourmenter luimême par les soupçons les plus déraisonnables , se créer autour de lui des montres, découvrir partout des pièges et des complots, et accuser de noirceur et de perfidie des indifFérens et même des amis. Rien clans ce genre ne donne une preuve plus forte des travers de son imagination , que sa lettre du 26 février 1770, à M. de Saint-Germain. Il y fait un portrait affreux du duc de Choiseul, qui ria, selon lui, entrepris la conquête de la Corse que pour lui jouer un tour. Il y maltraite tousses anciens amis, Diderot, d'Àlembert, Grimai , Tronchin , la société du baron d'Holbach , Hume, M— de Luxembourg, M"™ de Boufflers, sa protectrice la plus ardente, et qui lui avoit procuré les bontés du prince de Conti, etc. Cette lettre est pleine d exagération. Plusieurs autres lettres prouvent également les terreurs t\ les chimères dont l'auteur étoit agité. Il raconte luimême , dans ses Confessions y plusieurs faits, fort extraor-»
nologicjue des écrivains, au tome IV de ces Mémoires , année 1778, et nous j présenterons des faits et des réflexions qui compléteront ce que nous avions à dire sur cet auteur et sur ses oùyft-ages.
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di h aires. Cette pierre jetée contre un arbre, et qui le tranquillisa sur son salut , parce qu'il avoit touché l'arbre ; cette esp<ice de délire qui le prit à la lecture du prix proposé par l'Académie de Dijon; ces noirs soupçons qu'il conçut pendant l'impression de son Émile, et qui le mirent hors de lui ; ses terreurs, en plusieurs autres occasions , ont donné lieu de penser qu'il souffrait d'étranges variations ; et il paraît en effet constant qu'il étoit sujet à des accès de folie. C'est sur quoi un de ses amis at donné des détails curieux. Corances , Genevois fixé à Paris, et mort depuis quelques années seulement, publia en 1798, dans le Journal de farii (i), se fit ensuite imprimer à part , ce qu'il sa voit Sur la vie et la mort de Rouaseau. Son témoignage a d'autant plus de poids qu'il avoit eu des relations très-fréquentes avec son compatriote pendant les dernières années dë la vie de celui-ci , et qu'il professe pour sa mémoire en respect et on attachement inviolables. 11 dit donc que Rousseau étoit attaqué de folie. // m'a réalisé , dit Corances, l'existence possible de Don Quichotte , avec lequel je Jui trouve une grande conformité. Chez tous deux se trouve une corde sensible. Cette corde en vibration amène chez l'Un les idées de fa chevalerie errante , et toutes les extravagances qu'elle traîne après elle. Chez Cou* tre i cette corde résonnoit ennemis y conspirations , coalition générale , vaste plan pour le perdre. Les symptômes de sa maladie alloient toujours croissant , dit Corances, ef il n'y avoit rien qui ne pût être matière à soupçons. U en cite deux ou trois exemptes qui sont en. effet d'un fou. Rousseau ne payoit les petits pois <juà un prix fort modéré; Il voyoit là un effet de la profondeur des machinations de ses ennemis. On lui parloit des ap-
plandissemens qu'avoit reçus le Devin du village. H rougit de colère, « Ne se lasseront-ils jamais , dit-il , de
(1) Journal de Paris , an VI , numéros a5i , »56 , a58 , 359, v*6q et *6i. Voyez aussi l'écrit iotitaté ; ïfc /. J. Rousseau*, ëm $5 pages U> 8». C'eiUo Tecucil des articles du Jcrornat
a me persécuter? On voit, c'est Conmccz qui rcprentl. u ici, que non seulement les soupçons se multiplient; « mais on doit remarquer aussi que les raisonnemens sur «t lesquels ils sont appuyés , prennent un caractère vente table de folie. C'est ce qui roe reste à prouver. De- « puis long-temps je m'apercevois d'un changement frappe pant dans son physique. Je le voyois souvent dans un « état de convulsion qui rendoit son visage roeconnoU- « sable , et sur-tout l'expression de sa figure réellement « effrayante. Dans cet état , ses régartls sembloient émit brasser la totalité de l'espace, et ses yeux paroissoient « voir tout à la fois* mais dans le fait ils ne voyoient « rien. Il se tournoit sur sa chaise, et passoit le bras «t par-dessus le dossier. Ce bras ainsi suspendu avoit un « mouvement accéléré , comme celui du balancier d'une «i pendule, et je fis cette remarque plus de qoatre ans « avant sa mort , de façon que j'ai eu tout le temps de « l'observer. Lorsque je lui voyois prendre cette posture « à mon arrivée, j'avois le cœur ulcéré, et je niatten- « dois aux propos les plus extravagans. Jamais je n'aî « cHé trompé dans mon attente. C'est dans une de ces « situations affligeantes qu'il me parla de ta mort de v Louis XV, anecdote que Dussaubc vient de publier « dans sa Correspondance. Voyant ses longs soupirs et m toutes les apparences de regrets les pins amers , je loi
* témoignai mon étonnement. D'après vos principes con- .« nus en morale * lui dis- je , il me semble que sous tous « les rapports, soit comme père de famille , soit comme « roi , Louis XV ne devrait pas vous intéressera ce point. « Ses moeurs et sa coupable insouciance n'ont produit «t que du mal. Vous n'apercevez pas, me dit-il, les con- « séquences de cette mort à mon égard particulier. Pour « tous , la mort de ce prince est peut-être un bien. Mais « observez qu'il étoit généralement haï* Sans le mériter « comme lui , j'ai le même sort. La haine universelle se « partageoit entre nous deux. Je reste seul , je vais donc
• seul en supporter le poids. » A ce trait inconcevable 4e déraiàftp , Cerancez m ajoute un autre. « lfn joiir
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« qu*il arrivoit ches Rousseau, celui-ci prend d'abord « l'attitude dont 011 vient de parler , et lui dit très-sérieuu sèment que le Tasse a prédit ses malheurs, et qu'il y «1 a dans son poème une strophe qui n*a rapport qu'à «1 cela, et qui est clairement une prophétie. Comme il a a vécu long-temps dans cet état, dit notre auteur, il a a été assez généralement reconnu qn'il étoit devenu « fou... 11 est certain qu'il avoit en naissant le germe de « cette affreuse maladie , qui , comme toutes les autres , « a eu ses périodes , son commencement , son milieu et « sa fin. » Ici l'auteur cite nn trait de folie d'un ceux sin-germaio de Rousseau , de même nom que lui , et qui lui ressenibloit extrêmement. Tous deux croy oient à des ennemis qui voulaient les perdre , et tous deux ne voyoient dans les autres que des complices ou des agens» « 11 n'est plus douteux , ajoute Corancez , que tous deux u charioient dans leur sang le même principe de mala- « die. Jean-Jacques avoit eu , en Angleterre, long-temps « avant que je le connusse, une attaque du même genre « et de la même force. Cest de sa propre bouche que « je tieos le mit; il est dateurs d'autant plus précieux, « que c'est la seule fois que je l'ai vu avoir quelque soup-
« nom de folie. U nous conta donc qu'il avoit fui de « l'Angleterre plutôt qu'il ne l'avoit quittée. U se mil u dans la tête que M. de.Choiseul le faisoit chercher* « Sa peur fut telle qu'il partit sans argent , et sans voum loir embarrasser sa marche d'effets ou de paquets qui « ne fussent pas de première nécessité. Il brûla dans « cette occasion une nouvelle édition de YÉ/nile, II « payoit avec un morceau de cuillère ou de fourchette « d'argent qu'il cassoit ou qu'il faisoit casser dans les an- « berges. U arrive au port ; les vents étoier.t contraires. « U ne voit dans cet événement si ordinaire qu'un com- « plot et des ordres supérieurs pour retarder le départ. « Quoiqu'il ne parlât pas la langue, il se met cependant « sur une élévation, et harangue le peuple qui ne corns prenoit pas un mol de son discours. Que mes lecteurs
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« ne perdent -pas de vue que c'est dé Rousseau que je « tiens ces détails. Il ajouta qu'il ne pouvoit se diasimum 1er que cétoit une attaque de folie. » Ces détails sont tristes et humilians. 11 devint donc fou , cet esprit si élevé, cet écrivain si éloquent, ce législateur si profond, cet homme qui cxaltoit si fort les prérogatives de sa raisou ; et la Providence permit que celui qui s enorgueillissoit de ses lumières, et qui asservissoit la foi aux bornes de sou intelligence , perdît , dans des accès de noire vapeur, cette faculté dont il avoit axa géré les droits. U n'est donc pas étonnant que toujours livré aux plus sombres pensées , agité de terreurs , il ait terminé , de la manière h plus tragique, une vie passée dans les angoisses. Ce n etoit pas la première fois qu'il formoit le projet de mettre fin à ses tourmens. On voit , par plusieurs lettres qu'il écrivoit en 1763, qu'il eut alors envie de recourir à ce moyen qu'il avoit tour à tour justifié et condamné dans ses écrits. 11 écrivoit à Dodos, le 1" août de cette an née- là : « Ma situation physique a tellement empiré « et s'est tellement déterminée , que mes douleurs , sans « relâche et sans ressource, me mettent absolument dans « le cas de l'exception marquée par mylord Edouard en « écrivant a Saint-Preux. Usque adeone mari miserum « est ? J'ignore encore quel parti je prendrai. Si j'en u prends un , ce sera le plus tard qu'il me sera possible , « et ce sera sans impatience et sans désespoir, comme « sans scrupule et sans crainte. Si mes fautes m'effraient, <t mon cœur me rassure. Je partirons avec défiance si je a connoissois un homme meilleur que moi... Adieu , mon a cher philosophe , quoi qu'il arrive , voici probablement « la dernière fois que je vous écrirai.... Losque vous « apprendrez que mon sort sera décidé » U dit à
yeu près la même chose dans une lettre de même date au ministre Moulton : « Je suis dans le cas de l exoep-
■■i ii 1 1 11
fi) Œuvres complète* de J. J Rousseau ( édition de Merde? *tBrisard); Pari», i,»; teste X*Uv%
Année 1778, 4°9 «c tLon, ou jamafe homme an monde n'y fut ; », et dans une lettre au sieur Martinet : « Adieu» monsieur, je a pars pour la patrie des ames justes (1). » Il est assez clair qu'il soogeoit en ce moment à se débarrasser du fardeau de la vie. Toutefois il ne le fit point alors. Mais aussi on ne peut douter qu'il n'ait exécuté ce projet plus tard. C'est ce que Corances établit par une réunion de circonstances et de réflexions qu'il regarde comme démonr stratives. Rousseau vepoit d'être attiré à Ermenonville par M. Girardin. U paroit que par suite de son caractère et de ses soupçons, il s'ennuya bientôt de ce séjour, 11 voulut le quitter, mais contrarié par sa femme, soliir cité par M. Girardin, U vit dans ce concert général uu complot, et grossissant dans son imagination ses sujets de mécontentement k il prit , dans l'excès de ses frayeurs* le seul parti qu'il jugeât le pouvoir soustraire aux menées de ses ennemis. 11 avoit écrit , peu avant de mourir, des lettres qui montrent combien il étoit agité d'inquiétudes. A. la vérité, M. Girardin ne convient point que la morl de Rousseau ait été volontaire , mais il avoue une blessuVe au front. On raconte que Mm« Girardin s'étant présentée a. la porte de Rousseau , celui-ci lui dit : Que vene> , vqêss faire ici ? Votre sensibilité doit- elle être à l'épreuve d'une scène pareille , et de la catastrophe qui doit la terminer* Tout me porte à croire, dit Corancez, que Rousseau s est débarrassé lui-même d'une vie qui lui étoit devenue insupportable. Le comte de Barruel-Beauyert, dans sa Fie de Jean-Jacques , publiée en 1789, croit aussi que Rousseau s'est donné la mort. C'est • l'opinionde Mm* de Staël , dans ses Lettres sur les . ouvrages et le caractère de Jean- Jacques , publiées en 17 89; de Marmontel , dans ses Mémoires ; de G ri mm , dans sa Correspondance ; et le témoignage de tous ces écrivains a d'autant plus de poids qu'ils ne sont pas suspects de partie-»
• (1) Ces deux lettres se trouvent dans le même yolume , apresr
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lité contre Rousseau. Que dire après cela des enthousiastes qui nous ont peint avec une affectation si ridicule , et la tranquillité des derniers momens de Rousseau, et le calme de son a me, et ces belles paroles par lesquelles il dit adieu à l'univers ? On a peine à concevoir comment un homme mécontent de tout le genre humain a pu trouver tant d'admirateurs , « comment il a pu persuader qu'il étoit vertueux en racontant comment il ne letoit pas, comment il a pu conquérir l'estime , et se faire rendre une espèce de culte en faisant connoître les moindres détails d'une vie qui n'a rien de grand , qui n'offre, aucune action élevée, et qui, au contraire, est remplie de détails ignobles et de feintes impardonnables (i). » Cependant , à peine tut-il mort qu'on 6t son apothéose. On lui érigea des monuinens charges d'inscriptions fastueuses. On lui éleva un tombeau. On alla en pèlerinage à Ermenonville, où reposoit sa cendre, et à Montmorency, où il avoit compose' ses principaux ouvrages, et pendant plusieurs années, il fut de mode de faire ce voyage philosophique (a).
— Le Ier novembre, rétractation de M. de Hontheim. On se rappelé que ce prélat avoit donné, en 1763, sous le nom de Febronius , un ouvrage où il prétendoit réformer l'Église à sa manière , lui tracer un nouveau plan de gouvernement, et la bouleverser, sous prétexte de la refondre. Son livre , publié dans an moment où des
(1) De la littérature Jhançoàe pendant le XKlll* siècle (ptr M. de Barante ) , page 189.
(a) La réputation de Voltaire et de Rousseau , te nombre et la nature de leurs ouvrages, le rôle qu'ils ont joué, les disciples qu'ils ont faits , l'influence qu'ils ont eue sur leur siècle , nous ont forces de nous étendre particulièrement sur ces deux écrivains. Nous reviendrons encore sur Rousseau , dans la Liste chronologique , au tome IV de nos Mémoires , et nous achèverons de faire connoître cet homme extraordinaire , dont la conduite , les opinions et rinllttcnce peuvent être rangés parmi les pUejwiacji^ *c ce àèclo.
Année £1*
idées dWWion agitaient les esprits, fit une fortune, prodigieuse en Allemagne. Les protestans s'applaudirent d'y trouver leurs principes consacrés. Les ennemis de la religion se félicitèrent de wir l'auteur seconder leurs projets, en attaquant l'Église et ses décisions, en taxant les Papes de tyranoie, en traitant d'abus les usages les plus anciens et les règles les plus accréditées, et en portant sur une foule d objets une critique amère et tranchante. De faux catholiques virent avec joie un homme élevé en dignité dans l'Église, s unir à eux pour saper l'autorité] légitime, qu'il eut dû défendre. De là , L'engouement pour le Febronius. Ses assertions devinrent à la mode. Des universités même adoptèrent son langage et accueillirent son système. Déjà, depuis plusieurs années, Vienne sa remplissait de théologiens réformateurs qui prenoient la peine de refaire renseignement de l'Église. M« de Houtheim acheva leur ouvrage, et il se fit dans les esprits une espèce de révolution. Les premiers pasteurs s'étotent cependant élevés contre l'erreur. Noos avons vu les éveques d'Allemagne proscrire le livre naissant. Il avoit été* flétri par Clément XIII, en 1764^ et prohibé de nouveau es 1766, et même, en 4771 et en 1773, et par conséquent sous Clément XIV; ce que quelques-uns regardèrent comme une sorte de scandale. L'assemblée du clergé de France de 177$, consultée sur le Febranius , avoit répondu que cet ouvrage, peu connu parmi nous, passoit pour êlrefort inexact , pour favoriser les opinions nonvelles , et pour s'écarter de la doctrine et du langage dont
I église gallicane avoit tant de fois fait profession , sur la primauté. des Papes et l'autorité de l'Eglise romaine. Dans le. même temps l'abbé Bergier, dans une lettre imprimée à un éyêque d'Allemagne, montra les contradictions et les écarts du livre. A ces attaques réitérées, le princearchevêque de Trêves joignit ses représentations et ses instances, et M. deilontheim sei rendit enfin. Le !«* noyembre 1778, il donna sa rétraction en dix-sept articles.
II y avouoit d'être tombé dans l'erreur , et prioit le Pape *»Wtt fc«4.à soa.Wîoefttir. JU «œnnoissoit que les clef*
4i* jénnée
de l'Église onfr eV données à an seul, et en même temps à l'unit^ ; que |a primauté du Pape est une primauté de juridiction et doit être perpétuelle; que l'Église a droit de déterminer le sens et de jttger la doctrine des propositions ; qu'on doit une entière -obéissance a la constitution Unigctutus ; que s'il seleve quelque doute sur l'état de l'Église- , il faut avoir recours au Papa; que le concile de Trente a été libre » et -a sagement fait de reserver au Pape certaines dispenses ; qu'il faut regarder comme illégitimes les évêques non reconnus par lui ; qu'on a eu raison de lui réserver la canonisation des saints, et l'appel de toutes les causes ecclésiastiques; que pour la foi, les sacremens et la discipline, la .puissance ecclésiastique prononce de plein droit les autres articles étoient moins importons, mais étoient dictes par le même esprit. Cette rétractation fut en\ oyée à Pie V I , qui , dans un consistoire du )5 décembre, annonça aux cardinaux cette démarche de M. de Honthciin, et en témoigna sa joie. Il écrivit aussi à ce prélat pour l'en féliciter. Le 3 février,» levêque suffragunt donna une Lettre pastorale pour annoncer et con limier sa rétractation. 11 y renonçoit pour toujours à ce' qu'il avott annoncé dans son Febronm» 9 s'engageoit à le combattre, et notifiait lui- même un ordre de 1 électeur, qui défendait de lire ou de retenir son livre. Quelques-uns ayant prétendu que ces démarches n'avaient pas été entièrement libres > M. de flontheim publia, le *«vrîl 1780, une déclaration qu'il transmit au phnc^- archevêque : il y aasuroit qné sa rétractation avoit été sincère, et qu'il se proposoit de la confirmer dans un ouvrage auquel ii travailloit. 11 fit paroîtré* en* effet, l'aunce suivante, son Commentaire 1 sur sa rétractation* là. la développe en trente-huit propositions, qu'il confirme de nouveau quant au fond, mais à quelq nés- unes desquelles il donne des interprétations et des modifications, que plusieurs ont jugées contraires à l'acte du, tF novembre 1778. H y a en effet, oWcé Commentaire, bien des endroits où l'on remarque Embarras et les dé± .tours d'un écrit am qui ne veut fos abandonnar tou*-à-j
Annie 1^779. ïçi%
fait ses premières assertions , qui retient d'une main ce qu'il cède de Vautre, et qui énerve par des restrictions partielles les aveux mêmes qu'il fait, et les principes aux^ quels il semble revenir. On y trouve cependant aussi des propositions qui peuvent recevoir un sens très-favorable. Quoi qu'il en soit de sa sincérité dans ce derniéf écrit , il fit insérer à la fin les actes du consistoire du a5 décembre 1778, le bref que hii avoit adressé le Pape, le Mandement qu'il avoit donné lui-même, et un extrait d'un livre publié à Rome , ou l'on vouloit prouver que «a rétractation étoit sincère.
Le 28 juin, M. Siestrzencewic», évêque de Mallo et vicaire apostolique en Russie, permet aux Jésuites de ce pays de recevoir des novices. Ge fait peut paroître extraordinaire après le bref du 21 juillet 1773. Voici quelle en fut l'occasion. Lorsque le bref d'extinction de la Société parut , une partie de la Pologne venott de passer sous la domination de la Russie. Le bref n'y fut point publié. Les Jésuites qui s'y trouvoient en profitèrent pour laisser les choses dans le même état. Ils s'abstinrent pourtant de recevoir des novices , et n'en admirent en effet qu'après la permission que leur accorda , en 1779 , l'évêque diocésain. On assure qu'il y étoit autorisé par des pouvoirs que Pie VI lui avoit donné fannée précédente. Quoi qu'il en soit , les ennemis de la Société s'alarmèrent de voir qu'elle eût conservé un asile dans un coin de l'Europe , et tremblant dé là voir déjil revenir dans les pays d'où on i'avoit chassée, ils se plaignirent vivement au Pape de l'inexécution du bref dé son prédécesseur. Ces plaintes , appuyées d'intercessions puissantes et réitérées, obligèrent le souverain Pontife i marquer à ses nonces que 4e prélat russe avoit excédé «es pouvoirs. Le nonce à VarsOvie eut même ordre d'écrire cet évêque. Mais ces démarche*, auxquelles Pie VI ne
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s'étoit pr*té, diton, qu'avec répugnance, uV-urent Jias l'effet que les ennemis de la Société en avoient attendu. L'impératrice de Russie témoigna l'intention de conserver le petit nombre de Jésuites qui étoient dans ses états. Elle fit représenter an Pape que les supprimer , ce seroit priver ses sujets catholiques des secours qu'ils recevoient de ces religieux, sur-tout pour l'éducation , secours a autant plus nécessaires qu'il eût été difficile de les remplacer dans* un pays 011 l'instruction étoit peu répandue. Les Jésuites furent donc conservés. Bien plus, sur un ordre de l'impératrice, et sur l'autorisation du même évêque de Mallo, ils s'assemblèrent en congrégation générale au collège de Polocz, et élurent, le 17 octobre 178a, le P. Cxeraiewicx ponrleur vicaire-général. Ce religieux mourut en 1785, et eut des successeurs. A cette époque , les Jésu ites avoient six maisons peuplées de cent soixante-douse individus. M. Siestrteocewicz est le même qui, en 1783 , fut nommé par le Pape archevêque de Mohilow. L'impératrice avoit demandé qu'il y eût siège métropolitain dans cette ville. Pie VI envoya pour cet effet à Saint-Pétersbourg le nonce Archetti, qui fit la promotion de M. Siestrzencewicx et lui donna un coadjuteur. L'impératrice mit , par un édit* son sceau à ces dine'rens actes.
Le 7 janvier, lettre circulaire du grand-duc de Toscane aux évêques de ce pays. L'archiduc Léopold , frère de Joseph II , et grand-duc de Toscane, coinmencoit à. se mêler du gouvernement ecclésiastique. On assure que par inclination ce prince eût été étranger à ces détails , mais que, dominé par un frère qui avoit à cœur de propager ses principes d'administration , il suivoit avec docilité ses erremens. Il obéissoit à l'influence de la cour de Vienne , et prenoit aveuglément les conseils de Scipion Ricci, qui fut fait cette année même évêque de Pistoie et Frato. La Toscane paisible ne s'étoit point ressentie
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«les troubles religieux qui avoieot agite' divers états. Ricci, entreprenant, tracassier, et se sentant appuyé* , se mit en tête d'introduire en Italie les opinions auxquelles la France avôit dû cent ans de disputes. On voyoit , par ses conseils , paraître de fréquentes et prolixes circulaires où le prince , entrant dans les plus petits détails , envoyoit aux «Vêques des catéchismes, leur indiquent les livres qu'ils dévoient mettre entre les mains des fidèles, aboliasoit les confréries, diminuoit les processions, régloit le culte divin et les cérémonies , et n'omettoit rien de ce qui pouvoit en affaiblir la pompe et la majesté. Ricci , de son côté , après avoir provoqué ces réformes , en faisoit l'essai dans son di ocèse. 11 rcmplissoit les places d'hommes asservis à ses idées, qu'il appeloit de toutes parts. Il faisoit établir des académies ecclésiastiques , où l'on enseignoit la théologie nouvelle. Il donnoit des écrits contre la dévotion au sacré cœur de Jésus , contre les indulgences ; et renversant la doctrine commune sur cette faveur de l'Église , il la réduisoit à n être que la relaxation de la pénitence canonique imposée autrefois pour les péchés. Il changeoit les rits, réformoit la discipline, bouleversoit renseignement ; et sans s'embarrasser des plaintes des peuples , dépou illoit le culte de son éclat, l'Église de ses droits, et la religion du respect des fidèles , le to)*t sous prétexte de rétablir les usages de l'antiquité. Fidèle imitateur de la conduite des appelans de France , il les proposoit pour modèles. Sous sa plume, Soanen n'étoit plus quun saint évêque ; Quesnel , un savant et pieux martyr de la vérité ; l'abbé Racine , Mesengui , Gourlin , des lumières de l'Église* Il faisoit traduire en italien leurs ouvrages en faveur de l'appel et contre les Papes. On établit k Pistoieune imprimerie, uniquement destinée à cet usage, et qui mit au jour plusieurs volumes remplis de brochures oubliées, de pamphlets satiriques, et des plus mauvaises productions d'un parti qui en avoit tant enfanté. Les éditeurs de ce recueil avertissoient en tête qu'ils se proposoient de dévoiler les injustes prétentions de cette J} atylone spirituelle , quia bouleversé et dénaturé toute
4t& Annie 1789.
ï économie de la Jàérarchie ecclésiastique $ de Id c4m~ m union des saints et de Vindépendance des princes* Luther eût probablement avoué un pareil langage. Mais quel esprit de discorde portoit donc Ricci à introduire en Italie des disputes que l'on n'y connoissoit pas , à ressusciter des écrits qui ne pouvoient plus avoir d'intérêt que pour la malignité, et à troubler par ses innovations une église tranquille» dans sa croyance? Espéroit-il attacher1 davantage les peuples ù la religion , en les détachant du saint Siège ? Ignoroitvil les orages et les maux qo'avoie nt attires dans l'église de France les maximes qu'il préeboit^ et ne pou voit-il pas craindre les mêmes malheurs pour son pays? Il ntsoit tenir chez lui des conférences oh l'-on sélevoit contre là constitution Unigenitus y où l'on préoonisoit l'appel, oh l'on plaidoit la cause des schématiques de Hollande. En vain Pie VI écrivit à cet évéque pour essayer de le ramener. Ricci répondoit par d'autres innovations, et suscitait des sujets de querelles entre les deux cours. 11 fallut toute la modération du Pape pour éviter une brou illeric avec le grand-duc, dirigé par de tf mauvais conseils.
- — Le 18 mai, nouvelle déclaration de Bu (Ton sur son ouvrage : on se rappelé qu'en 1751 , cet auteur avoit remis a la faculté de théologie des explications oh il abandonnent son système , et modifioit quelques propositions qui avoient paru répréhensibles. Cette démarche de sa part avoit empêché la censure de son livre. Mai* cette soumission fut-elle sincère? L'illustre naturaliste renooça-t-il réellement à son hypothèse? On est fondé à en douter. En 1775, il publia ses Epoques de la naùire , dans le neuvième volume du Supplément de sort Histoire naturelle. Ces Époques sont , comme il l'explique lui-même , les points de l'histoire de la terre , conformément à sa théorie : il s'étonne qu'on nait pas saisi les rapports et l ensemble de ce grand système ( page 75). Néanmoins , ajout e-t-ii, y a-t-il un sujet plus élevé, plus digne a" exercer la force du génie. On m a critiqué **n* m* entendre. Que puis-je répondra? sinon que. tout
par/à
Année 1750. \ifj
parle a des yeux attentifs , tout est indice pour ceux qui savent iw'/'; mais que rien n'est sensible , rien n'est clair pour le vulgaire > et même pour ce vulgaire savant qu 'aveugle le préjugé. Tout ce volume est donc consacré ar défendre ce système chéri , ou plutôt un second système. Car il y a des différences assez important!» entre la nouvelle théorie et l'ancienne. L auteur, une fois prévenu de celte théorie, l'applique à tout, et plu» les raisonnemens et les observations a cette hypothèse <}bnt il étbit plein. Il cherche même à y Elire accorder lé récit de la Genèse , et par une explication telle quelle, il prétend concilier ce que Moïse dit de la création avec son système, fl s'afflige de ce qu'on abuse du nom de Dieu. Il observe que l'écrivain sacré ne parldit que pour V homme vulgaire. Il ne veut que concilier la nature avec ta théologie j sans se rappeler ce qu il a voit dit (tome I«r de l'Histoire naturelle, page 20,5) qu'il faut se bùrnerà sâvoir du déluge (on peut dire la même chose de la création) ce que les Livres sacres nous en apprennent , avoue'* en même temps qu'il ne nous est pas permis d'en savoir davantage > et sur-tout ne pas mêler u/ie mauvaise physique avec la pureté' du livre saint. On peut voir sur le système de Buffbn , Y Analyse et réfutation des Époques , par Roy ou ; Y Examen impartial des Époques de la nature , par Feller; les Lettres à un Américain sur f Histoire naturelle , par Le Large de Lignac ) le Journal de l'abbé Grosier , etc. Au surplus, cette théorie est absolument abandonnée. L'auteur eut de son vivant le chagrin de la voir rejetée généralement. On ne lui a pas été plus favorable après sa mort. Les progrès de la physique, les découvertes de la chimie moderne , les travau* des plus célèbres géologues et minéralogistes , ont renversé toutes ces suppositions arbitraires, fruit d'une imagination féconde , qui , Interprétant le passé d'après de vaines spéculations , y voit tout ce qu'il lui plaît de voir. Les savans de nos jours regardent le système de Éunon, comme une de ces idées, dont un homme habile d'ailleurs se préoccupe parce qu'il l'a enfantée, mais que personne