‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le 18e siècleChapitre 48 sur 50 · TOME SECB-JTO. ^J · texte numérisé non relu

TOME SECB-JTO. ^J

4*0 Année 1780.

iVeût mieux réfutée que lui, si un autre que lui en eût été l'auteur. Ce n'étoit pas la seule erreur où se fût laisser aller le naturaliste. Il supposait les animaux produits par le concours ou la réunion d une grande quantité de molécules organiques vivantes. « Ces molécules sont, disoit-il» « page 264, indestructibles et toujours actives... quand ce elles ne se trouvent absorbées par aucun moule animal « de'jà subsistant; elles se réunissent pour les formes par* « ticulières; mais aujourd'hui qu'elles sont entièrement * absorbées par les moules des êtres existans, il ne peut «1 se former d'espèces nouvelles. » Il suppose même que ces molécules existoient dans le soleil , 6ans s'embarrasser si elles y pouvoient vivre. Ces idées extraordinaires , pour ne rien dire de plus, donnèrent quelques avantages aux adversaires de l'auteur. Ce volume des Epoques renferme bien d'autres assertions bizarres. Là on nous dit qu'il faut 14,000 ans pour former une Colline de glaise de 1000 toises de haut ; ce dont on se sert encore pour étayer le système général. Ici (page 356), on nous assure que le grain dont l'homme fait son pain , n'est point un don de la nature, mais le grand, l'utile fruil de ses recherches et de son intelligence , et on suppute combien il a fallu de temps pour arriver à cette découverte. Enfin , si l'on veut savoir quel est l'âge de notre globe , et combien il a encore a vivre, on apprendra que sa formation daté de 75,000 ans, durée gui n'est même pas encore assez, étendue pour les grands ouvrages de la nature, et que la nature vivante doit encore subsister 93,000 ans ( p. 96). Et Bufton s'étonne au même endroit qu'on ne se rendît pas à ses raisons , èt qu'on se laissât effrayer par ces calculs. Au mois de novembre 1779, faculté de théologie de Paris s'occupa de l'examen des Époques* On reconnut que fauteur éludoit les difficultés opposées à sa théorie, et toraiboît dans le même écueil qu'en 1751. Mais sur ce qu il demanda qu'on lui communiquât les observations faites sur son ouvrage , on se rendit à ses désirs , et après quelques explications qui furent jugées insuffisantes, il •4ônna sa déclaration du 18 mai 1780, où iJ disoit qu'il

Âmiêe 1780. 4i§

-avoit espère' concilier son sentiment avec la Genèse , qu'il retxmnoissoit volontiers s'être trompé dans ce jugement, et qu'il abandonnoit tout ce qui da»s son ouvrage paroissoit contraire an texte sacré. La faculté fit imprimer toutes ces pièces, et les envoya aux évêques et à tons les docteurs ; et Ton crut devoir s'abstenir encore de la censure. On voulut bien savoir gré à Buffon de conserver, a l'extérieur, des égards dont tànt d'autres s'affranchit soient , et de paraître abandonner des opinions qui n'étoient guère Raccord avec ce que la foi nous enseigne. Il n'a pas été compté parmi les ennemis de la religion ; mais on peut voir en lui un écrivain égaré par une imagination brillante, et séduit par un système trompeur. Ceux mêmes qui n'ajoutent pas foi au récit de la Genèse, ne croient pas davantage à la théorie du naturaliste. Chacun a voulu bâtir la sienne. Chacun a voulu substituer ses idées à l'histoire des Livres saints. Mais toutes ces cosmogonie* se sont évanouies successivement. Leurs auteurs se sont combattus les uns les autres, et en «aveuglant sur les défauts de leurs propres conceptions, ils ont été trèsclairvoyana sur le ridicule ou l'absurdité des systèmes de leurs devanciers : ce qui seul pourrait, ce semble, former déjà un préjugé légitime contre ces théories, qui, comme le disoit si bien Buffon même, produisent tout ce qu'on veut, et ne sont autre chose que des romans physiques et de vaines spéculations.

— Le 2 juin et jours suivans , émeute à Londres contre les catholiques. Nous avons vu que les adoucissemens de l'acte de 1778 avoient mécontenté des hommes accoutumés à regarder avec horreur ce qu'ils a p pèlent le monstre du papisme. Ils se représentèrent les dernières concession* comme un coup terrible porté h l'église protestante , et ils résolurent d'empêcher qu'on ne les étendît à l'Ecosse , comme il paraît que cétoit l'intention du gouvernement» La société formée à Edimbourg, pour la propagation de la foi chrétienne, publia, au mois d'octobre 1778, un. pamphlet où les catholiques étoient peints comme odieux

♦ à la société et indignes des faveurs du gouvernement. Le

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•synode de Glasgow se tint peu après. On y opina averf . violence contre les catholiques, et l'on y résolut de s'opposer à tout bill en faveur de ceux d'Ecosse. Le dimanche suivant, 18 octobre, il y eut un attroupement qui fondit sur les catholiques , dans le moment où ils étaient assembles dans une maison particulière pour l'office divin. On cassa les fenêtres, on pilla la maison, et le tumulte dura toute la nuit. Les résolutions du synode de Glasgow furent rendues publiques par la voie des journaux t et la société d'Edimbourg n'omit rieu pour exciter les esprits. Des lettres, des billets, des pamphlets, furent distribues dans les lieux publics , e* semés même dans les rues pour accroître les méconteqtemens et provoquer un éclat. Après quelques jours de mouvemens et de clameurs, le a février 1779* un attroupement brûla une chapelle et une maison bâties dernièrement par les catholiques d'Edimbourg. D'autres maisons de catholiques furent pillées, sans qu'on prît des mesures pour réprimer ces désordres. Les mêmes scènes eurent lieu à Glasgow, Je 9 dù même mois, et elles se renouvelèrent dans quelques autres vdles d'Ecosse. Ce n'étoit noint assez d'avoir échauffé les têtes dans ce royaume; on voulut obtenir le même succès en Angleterre. Vue, association protestante se forma dans Londres pour obvier «ux dangers imminens dont la réforme étoit menacée. Elle entra en correspondance avec la société d'Edimbourg, et prit les mêmes moyens pour réussir. 11 n'étoit question que de l'audace croissante, et des entreprises réitérées des catholiques 9 alors qu'on brûlolt leurs maisons. On éc ri voit de tous côtés en Angleterre pour exhorter les bons protestans à frire une ligue contre les accraissenteqs prodigieux du papisme. Le péril étoit si pressant, et les exhortations si vives, qu'en peu de temps ï association compta un assez grand nombre de membres. U phis fameux de tous, comme le plus ardent, fut George Gordon, troisième fils du duc de ce nom, homme d'un caractère hardi et fougueux, mécontent du ministère , borné d'ailleurs * %l d'au fanatisme extravagant. C'est le même qui se fit

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enfermer pour ses pamphlets , embrassa le judaïsme, et mourut à peu près fou à New gâte, en 1793. Son non» et ses exhortations servirent les vues de F association. II en fb.t déclaré président. On tenoU de fréquentes assemblées dans lesquelles on feîsoit les sortie» les plus vigou-J reuscs contre les catholiques. Là les discours les plus Violens, les motions les plus fongueuses étoient prea-> sèment ce qu'on applaudissait le plus. On se réunissoit dans des tavernes , dans des maisons de jeu , dans des marchés* , et bientôt le nombre des membres fut si grand qu'il fallut Rassembler en plein air. On rédigea une pétition au parlement, et le président déclara qu'il ne la présenterait point s'il n'étoit accompagné d'au moins vingt mille personnes. Il s'en trouva plus du double réuni, le a juin ,' dans une campagne anx portes dé la capitale. De là on se mit en marche pour l'abbaye de Westminster > sous la conduite de lord Gordon, On portait solennellement la pétition écrite sur une énorme bande de par-? chemin, et souscrite, dit-on, par 4°i°00 pétitionnaires. Arrivés devant la chambre des communes, ils 'firent une* décharge générale de'mousqueterie ; car ils s'étoient munis: de leurs armes pour plus de précaution. Ils forcèrent presque tous les membres lin parlement à crier avec eux: point de papisme , et ils firent promettre à plusieurs qu'ils voteraient pour la révocation de l'acte de 1778. D'autres furent insultés, et plusieurs pairs particulièrement furent traités avec brutalité. Il y en eut qui eurent peine à se soustraire an ressentiment de cette troupe emportée. Lord Gordon présenta la pétition. On vouloit que le parlement délibérât séance tenante. Mais pendant les débats; la feule' entreprit de se faire justice contre les catholiques. Deux chapelles furent pillées et détruites. L'une étoit celle de l'ambassadeur de Sardaigne. Le 4 juin, les attroupemens et les violences recommencèrent. On se portar Sur les chapelles et les maisons des catholiques à Moorflelds. Elles forent pillées , et tout ce qui s'y tronvott jeté a» feu. Trois maisons des catholiques furent tvaitées de même, La populace ne pwrloit que daterai*

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lier entièrement le papisme. Le 5, les attroupe mens de- Vinrent plus inquiéta ns encore. Les raécontens détruisirent d'autres chapelles et pillèrent d'autres maisons , entr 'autres celle de Georges Saville , qui avoit fait la motion au parlement pour l'abrogation de lacté de 1689. Le 6y après avoir conduit en triomphe leur digne chef, ils se réparèrent pour poursuivre leurs expéditions. Ils mirent le feu à la prison de Newgate, parce qu'on y avoit renfermé quelques-uns des leurs. Un parti se détacha contre les catholiques de la rue de Devonshire. La nuit du 6 au 7 fut affreuse. 11 n'était question que de destruction et de pillage. On mit le feu à plusieurs endroits à la Ibis. La maison d'un catholique , ailleurs une chapelle et trois maisons attenantes, d'autres maisons de particuliers de la môme communion, devinrent la proie des flammes. Les catholiques, objet de la fureur de la multitude, n'osoient se montrer dans les. rues. Mats , au milieu de la confusion générale, chacun commencent a craindre; et les protestans eux-mêmes pouvoient être victimes du désordre. On sentit enfin la nécessité de le réprimer. On fit venir quelques troupes. Georges Gordon fut mis à la tour. On an èta plusieurs des séditieux , parmi lesquels il s en. trouva qui étaient animés d'un esprit de vertige. Ils se regardoieut comme des martyrs. On. exécuta dix- neuf des plus coupables. Le reste fut condamné , mais obtint sa grâce. Soixante-douze maisons furent brûlées pendant ces jours de terreur. On découvrit , par l'interrogatoire de lord Gordon , et par ses papiers . quels étoient ses projets. Il se dis|>osoità partir pour l'Ecosse , afin de travailler , , conjointement avec la société d'Edimbourg , à s'y produire les mêmes résultats qu'il venoit d'obtenir à Londres. 11 entretenoit des correspondans chargés de seconder ses projets. Ce fut par leurs soins qu'il y eut des émeutes a Bristol et à Hull; on en arrêta les suites. Les factieux furent plus heureux à Bat h. La populace y détruisit une cli a pelle et plusieurs maisons de catholiques* Cest ainsi que, dans un siècle qui vante si fort sa tolérance, on donna un exemple si frappant d'intok-i^nce e$

Annie 1780. foZ

de fanatisme. C'est ainsi que , chez une nation éclairée , on vit ces fureurs de secte. Au surplus, il ne paroît pas que le clergé anglican ait beaucoup contribué à ces scènes terribles. Très-peu d'ecclésiastiques entrèrent dans l'association» On ne cite qu'un prédicateur, le docteur Fordyce, dont les sermons étoieut un véritable manifeste contre le papisme. Quand les tumultes furent appaisés, la chambre des communes crut qu'il falloit accorder quelque chose aux préventions de la multitude. Elle adopta un bill pour assurer Véglise établie, contre les accroissemens du papisme; mais la chambre des pairs rejeta cette loi. Elle s'assura que ces plaintes continuelles sur des accroissemens imaginaires , nëtoieht que des déclamations dictées par la passion et destituées de fondement» Rien ne prouve mieux l'aveuglement de l'esprit de parti qu'une assertion que nous avons , tue dans un pamphlet au sujet des mouvemens séditieux que nous venons de rapporter. L'auteur de ce pamphlet dit , et a lair de dire très-sérieusement , que ce furent les catholiques qui excitèrent les tumultes et les incendies. On ne sauroit réfuter une telle accusation. C'était sans doute une ruse bien perfide à ces catholiques de brûler leurs chapelles et leurs maisons, pour avoir le plaisir de crier contre les protestans. Des gens qui se cachoient nëtoient guère, disposés à diriger les mouvemens, de la populace. Dès avant la révolte, les catholiques avotent hautement annoncé leur détermination de ne faire, pour le moment, aucune demande , et de s'en tenir aux dernières conces- , s ions. Cette résolution avoit même été* publiée dans les journaux , mais n'avoit pu calmer l'effervescence des es<prits, qu'on s'étoit plu à aigrir et à exalter par tous les moyens possibles.

— Le 10 juillet , mémoires de rassemblée du clergé de France au roi sur les intérêts de la religion et de l'Église. Le retour des assemblées du clergé ramenoit toujours les mêmes observations et lés mêmes plaintes, et rassemblée de 1780 suivit fidèlement, à cet égard, les traces des assemblées précédentes. On commença par

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écarter du bureau chargé dos offaires de la religion , un prélat qui y avoit siégé jusqu'ici , mais dont on ayoit lieu de suspecter le zèle; et on mita sa place M. Dulau , archevêque d'Arles, prélat également pieux, instruit et vigilant , qui s'acquitta de ses fonctions d'une manière à. mériter les éloges de tous les amis de la religion. Le 21. juin, il fit un rapport sur les mauvais livres. Il se plaignit, de l'inutilité des réclamations des assemblées précédentes , de l'éclat affecte' des hommages rendus à Voltaire , et des souscriptions ouvertes publiquement pour des ouvrages qui respiroiept, la haine de l'autorité. IL s'éleva sur-tout contre le scandale qu avoit donné récemment un prêtre „ un ancien religieux ( Raynal ) , en mettant son nom à la tête d'un écrit semé des blasphèmes les plus révoltans. 1) dit que la sévérité même de quelques, réglemens su/ Jt librairie étoit peut-être une des raisons qui faisoient fermer les yeux sur les délits des auteurs ; que la déclaration da 16 avril 1757. en portant la peine de mort contre les aun teurs et distributeurs de mauvais livres, avoit manque Je but quelle sembloit vouloir atteindre; quo cette excessive rigueur arrêtait les juges, les mieux disposés, et qu'il étoit digne du clergé de France de solliciter contre ses ennemis, non des supplices, mais des mesures répressives qui conciliassent les intérêts de la religion avec les égards dus même aux coupables. Il fut charge de conférer à ce sujet avec le garde des sceaux. Quelques jours après, il fit des rapports sur les. entreprises des protestans, et sur la tenue des conciles provinciaux. Il demandoit pourquoi on refusoit au clergé ces réunions ancien ce s et canoniques, tandis qu'on favori soit de toutes parts l'établissement de sociétés dans tous les genres. L'Église devoit-clle donc s'attendre à être moins protégée que les sciences, que la littérature, que la franc-maçonnerie même, qui avoient leurs académies, leurs loges, leurs lieux et leurs jours de réunion bien connus? Déjà M. de.Pompignan , arche-: vêque de Vienne, avoit adressé, à cet égard ,.au prince, -des représentations pleines de sagesse. L'assemblée arrêta -tfcvsuivre 1 exemple de ce prélat. &e 20 juillet, cfle adopta.

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Irbia mémoires sur ces trois sujets différens. Dans ïe pre^ inier, elle exposoit au roi combien il étoit temps de mettre un ternie à l'assoupissement funeste oh Ion sembloit plongé sur les progrès de l'esprit d'irréligion. Encore quelque* années de silence, disoient lesévêques, et t ébranlement > devenu général, ne laissera plus apercevoir que des déi bris et des ruines ; paroles remarquables, et qui se sont si tristement vérifiées quelques années après. Elles ne firent alors aucune impression* On affectai t même de se moquer de ces terreurs. On minoit chaque jour quelqu'une des institutions religieuses. Descouvens, des corps entier disparoissoient par les soins dune commission formée,' disoit-on, pour épurer letat monastique, mais qui no; paroissoit occupée qu'à le détruire. Des extinctions réité* rées anéantissoient des ordres anciens. Ce fut la matière d'un rapport fait, le 17 août, par l'archevêque d'Arle3. « Sans parler, dit-il, de cette Société célèbre dont le sort; * a si justement excité les regrets honorables des assem-« « blées précédentes, nous avons vu tomber et disparaître « en moins de neuf ans neuf congrégations, les Gran- « mon tains , les Servîtes, les Cétestins. l'ancien ordre' « de Saint- Benoît , ceux du Saint-Esprit de Montpellier y « de Sainte-Brigitte, de Sainte-Croix de la Bretonnerie, « de Saint- Ruf; et de Saint-Antoine. L'ordre de la Merci u paraît ébranlé jusqu'en ses fondemens, et le même orage «1 gronde an, loinsur les autres conventualités. On répand « l'opprobre su» une profession sainte. L'insubordination u exerce au dedans ses ravages. La cognée est à la racine « de l'institut monastique, et va renverser cet arbre an— < a tique déjà frappé de stérilité dans plusieurs de ses bran» « ches. » L'assemblée du clergé s'occupa h plusieurs re** prises des ordres religieux et des atteintes qui leur a voient été portées, et elle signa particulièrement une réclamation générale contre la suppression de Tordre de Saint-Antoine, et contre l'union qu'on avoit foite de ses biens à l'ordre de Malte. L'assemblée donna aussi son attention à la nouvelle édition de Bossuet, dont étoit chargé dom Déforis, Bénédictin. Cet homme de parti chargeoit de notes injurieuse?

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«t maladroites les Œuvres de l'illustre évoque. Tl sembioit que ce fût une fatalité attachée aux manuscrits «le ce grand prélat , de tomber en des mains qui en abusassent. Après avoir appartenu long-temps à son neveu, révoque de Troyes, ils avoient passé aux Blancs-Manteaux , maison de Bénédictins , de Paris , fort cou nue par sou attachement à un parti tenace. C'est de là que partoit la nouvelle édition. Dom Déibris , qui s'en étott chargé, après l'abbé Lcqueux , en iàisoit un dépôt de ses optnions exagérées. L'assemblée du clergé , justement jalouse de f honneur d'un évêque dont les écrits sont le plus beau domaine de l'église gallicane, improuva de la manière la plus expresse le travail de l'éditeur , et pressa le garde des sceaux <le lui renouveler l'ordre qu'on lui avott déjà intimé de ne faire imprimer que le texte de Bossnet , dégagé de tout commentaire. Le 7 octobre , l'archevêque d'Arles fit un rapport sur les ouvrages pour et contre la religion. Jl remarqua avec douleur que presque toutes les productions modernes étoient empreintes du venin de l'incrédulité, et qu'elle se glissoit dans les écrits 1rs plus étrangers à ces sortes de matières. Il parla avec éloge des efforts de quelques ecclésiastiques qui avoient entrepris des travaux honorables à la religion, et il cita entrautres l'abbé Bergier , l'abbé Guénée , et ses excellentes Lettres de quelques Juifs portugais à Voltaire; l'abbé Godescurdet ses Vies des Saints , ouvrage plein de critique et en même temps de piété ; l'abbé de la Blandinière, continuateur des Conférences d'Angers, etc. L'as* semblée accorda des en cou rage métis a plusieurs d'entreux, et se sépara , le 1 1 octobre , après avoir fait de nouvelles et plus instantes représentations sur la multitude des mauvais livres, et sur l'impunité de ceux qui les dbtribuoient.

Le a5 avril , jugement et règlement de l'empereur Joseph H, sur les matières ecclésiastiques. Marie-Thérèse venoit de mourir, le 29 novembre précédent. Dernier rejeton de la maison d'Autriche, elle en avoit soutenu la gloire par sa politique et par ses armes , et avoit fuit élire empereur le duc François de Lorraine , son époux. Leurs en fans formèrent une nouvelle maison d'Autriche, entée sur la précédente. Marie- Thérèse perdit l'empereur François l«r le 18 août i^65 ; Joseph, son fils aîné, avoit déjà été élu roi des Romains. Ce prince ardent et singulier avoit été élevé , dit-on , dans des sentimens peu favorables à l'Église et au saint Siège. Plein de projets vastes et d'idées extraordinaires , il eut à peine été appelé à partager le fardeau du gouvernement, qu'il lit l'essai de ses systèmes. Du vivant même de Marie-Thérèse, princesse prudente et religieuse, il donna le signal des innovations. On avoit changé en beaucoup d'endroits les professeurs de théologie, pour en substituer d'autres qui eussent des idées toutes contraires. On étoit allé jusqu'à ôter aux évêques la direction de leurs séminaires et le choix des théologieus qui y dévoient enseigner. Mais ce ne fut là que le prélude des changement qu'opéra Joseph, quand il fut seul maître. A peine Marie-Thérèse eût-elle fermé les yeux , qu'il donna l'essor à son caractère inquiet. On eût dit que cette g mu de princesse, en emportant dans le tombeau le nom d'une famille illustre . avoit aussi emporté la sagesse et la modération dans les conseils. Ou vit se succéder avec rapidité les lois les plus étranges sur les matières qui dépendent le moins de l'autorité civile. On frappa d'abord lfcs religieux ; on leur défendit dobpir à leurs supérieurs étrangers; on supprima beaucoup de couvens; on s'empara de leurs revenus; on défendit de recevoir des novices. On favorisa les protesj^na. Le clergé eut ordre de donner un cadastre de

fies revenus. H ne fut plus permis de recourir à Rome pour les dispenses de mariage. Le placet impérial fut prescrit pour toutes les bulles , brefs ou rescrits venant de Rome. Les évéques eurent défense de conférer de quelques temps les ordres. Enfin c'étoit une suite non interrompue de réglemens , qui ebangeoient tous les usages et renversoient la discipline. L attention du réformateur s'étendoit sur les plus petits objets. H suppriment des confréries. abolSssoit les processions, retranchoit des. fêtes , prescrivoit l'ordre des offices , régloit les ecrémo-» nies, le nombre dés messes, In manière dont dévoient se dire les salut? , et jusqu'à la quantité de cierges qu'on devoit allumer eut offices* Ce sont ces ordonnances minutieuses qui le faisoient appeler par Frédéric, mon /rente sacristain. Il ne laissoit plus rien à farireaUT évéVfues < prenoit Inirs revenus, fes exclnoit des états de leor province, et détruisoit leurs sièges. Le jugement que ce prince prononça, le ^5 avrft de cette année , mérite detnj cité. La cour avoit desfcrrué, en- 17*8 , les supérieurs du séminaire" de Briinn , et avoit nommé à leur place de3 hommes de son choix. Il y eut des plaintes contre ces derniers. On les accusa de suivre les mêmes principes que les appel an s , de répandre leurs livres , ef de cher-* cher à introduire en Allemagne les sujets de querelles et de dissentions qui avoient si fort agité* d'autres pays. CÊ foit le même plan auquel Ricci travaflloit en Toscane. Plusieurs évrqucs dénoncèrent les nouveaux professeurs. Joseph s'empare de Taffeire, et prononce le jugenrrent le plus étrange. Il déclare les trois accusés absous \ destitue leur accusateur de sa placé d'archidiacre d'OIrautr; or» donne h. Parchevèque de cette vilte et à févéque de Briinn de prendre des conseillers phis sage*; bfthne fortement deux ecclésiastiques qui avoient oW soutenir la constitu* tion Unigertitus ; intèrdif dé- ht chaire , pour toujours et partout , les prédicateurs qnr s éf oient expliqués contre les accusés ; déclare que les balles Unfgenitus et Jn Coma Domini , n'ayant jamais été reçues et ne pouvant Fêtre,

seront otées de tous les livres lrrorg»o^e*:«il«lie* salve**-

Jmée rj5r. 4*9

Woieot; arrête qail sera fait une sévère réprimande au cardinal Migazzi , archevêque de Vienne; que sa conduite 'sera examinée ; que la surintendance de son séminaire ~spra donne? à un des accusas, et que tous les évéques rendront compte de l'état de leurs séminaires* D'ailleurs la forme de ce jugement répondoit au fond. En parlant du cardinal Migazzi, prélat respectable et zélé, ou employoit les expressions les plus aigres et les moins convenables dans la bouche d'un souverain. Le 4 mat, un nouveau décret ordonna un silence absolu sur la consti- . tutioD Unigenitus , et défendit de la recevoir, et de pro- noncer même les noms de jansénisme et de mçlinisme. Mais si Ton défendoit de recevoir cette bulle, on devoit défendre aussi de déclamer contre elle, de. répandre les livres en faveur de l'appel, comme fd isolent les théologiens de la cour. Le 5 mai, no troisième décret, envoyé au cardinal Migazzi, l'appcloit perturbateur, persécuteur, brouillon , ennemi des principes , et il a voit ordre de rendre compte de l'administration de son séminaire, tant au spirituel qu'au temporel. Il s'éleva peu après une autre alFaire oh Joseph mit la même vivacité. Un curé fut accusé et convaincu, devant l'archevêque d'Olmutz , d'innover dans les offices , et même dans le sacrifice de la roesse, de ne prôner que les livres des appelans et des ennemis du saint Siège, de ne pas recevoir la bulle Unigenitus y enfin d'enseigner une doctrine suspecte. En conséquence il fut condamné par l'archevêque , assisté de son consistoire , a se retirer dons un couvent pour y passer quelque temps en retraite. Cette sentence n'avoit précédé que de quelques jours, le décret de l'empereur, dont nous venons de parler. Le cu ré en appela au priuçc, juge bien compétent en pareil cas. Celui-ci rendit, le 17 novembre, un jugement portant que le curé étoit coupable pour ses innovations , et que l'archevêque ne le renverrait à sa paroisse que lorsqu'il le croirait convenable. Mais en même temps il blâmoit le prélat , ordoonoit qu'il fut réprimandé . d'avoir suivi des conseils weyles et si passionnés , et condamnoit lc3 accusateurs

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du coré à tni payer une pension de ^00 florins, jusqu'à ee qu'il fut réintégré dans sa place. Étrange cont radie- ' tionî Ces décrets et ces jugemens excitèrent le zèle de plusieurs évêques. Le cardinal Migazzi fît plusieurs fois des représentations qui furent très-mal accueillies. Le cardinal de Franckenbcrg , archevêque de Malines , profita d'un voyage de l'empereur aux Pays-Bas, pour lai remettre un mémoire sur quelques-unes de ses innovations; et sur la libre circulation des livres des incrédules. Car il est remarquable que ces hommes, qui prétendoient réformer l'Église , laissoient en attendant attaquer la religion. Ils trahissoient ainsi leur secret, en favorisant les efforts de la philosophie, et en protégeant les ouvrages 011 l'Église , ses dogmes et ses ministres étoient combattus ou tournés en ridicule, dans le temps même, qu a les entendre, ils ne travailloientque pour rendre h l'Église tont son lustre et à ses dogmes toute leur pureté. L'université de Lou vain fit des remontrances sur feYIhV pour les protestans, et sur les entraves mises à renseignement. L'archevwque de Trêves représenta les inconvénient du décret du 4 mai* Sept évêques de Hongrie dressèrent un mémoire sur le même sujet, et le cardinal Bathiani, primat de ce royaume, archevêque de Strigonie, remontra que les édits excédoient le pouvoir de l'autorité civile. Il observoit que la bulle Unigenitns étoit un jugement de l'Eglise universelle, et ciloit, à cet égard, les actes du concile de Rome, en , l'Encyclique de Benoît XIV, en 1706, et les actes du clergé de France, en 1765. On voit par toutes ces démarches combien est fausse l'allégation des auteurs de Y Art de vérifier les date* , qui prétendent que le décret de l'empereur ne souffrit aucune opposition. Le nonce du Pape à Vienne seconda les efforts des évêquès d'Allemagrte. Enfin , Pie VI écrivit différentes fois à Joseph pour essayer de le ramener à des dispositions plus modérées. Mais voyant qu'il ne gagnoit rien, il prit une résolution inatteudue. H espéra qu'une entrevue avec Joseph aurait peut-être phis ne succès, et que ses observations et ses prières pouf-

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voient faire quelque impression sur ce caractère singulier. Il lut écrivit, le i5 décembre, pour lui annoncer son dessein de faire ie voyage de Vienne. Cette nouvelle ne fléchit point l'empereur ; il répondit au saint Père que sonparti étoit irrévocablement pris, et qu'il ne reveooit jamais sur les mesures qu'il avoit une fois adoptées. Pie VI n'en perse ve'ra pas moins dans son projet.

« — Le 16 juin, censure de la fuculté de the'ologie de Paris contre ['Histoire philosophique et politique des établissement des Européens dans Us deux Indes y par Raynal. Cet ouvrage, déjà publié en 1770, avoit été augmenté successivement, et avoit été imprimé, en dernier lieu , avec des additions considérables , qui le ren-' doient Je plus en plus digne de flétrissure. C étoit, avec le Système de la nature , les productions les plus hardies qu'eut enfantées la philosophie. Raynal y avoit mit son nom ; ce que ses amis même regardoient comme une indiscrétion et une folie d'autant plus ridicule que l'ouvrage, disoient- ils , étoit moins à lui que jamais. On nommoit ses coopéra teurs , on y retrou voit leur style» Lui-même les avoit exrités à plus de hardiesse. Qui ne sait, dit Grimm (i), que près d'un tiers de l'Histoire pJùlosopluque appartient à Diderot? Il y travailla pendant deux ans , et nous lui en avons vu composer une bonne partie sous nos yeux. Lui-même étoit souvent efliuyé de la hardiesse avec latjuelle il f ai soit parler son ami. Mais Raynal l'encourageoit. D'autres personnes contribuèrent encore à cet ouvrage, Dcleyre fut oe~ cupé, dit-on, à en rassembler les matériaux. Le fermiergénéral Paulze, les comtes d'Aranda et de Souza comniquèrent des Mémoires. Le baron d'Holbach et Pechméja y insérèrent des tirades entières* Ce n étoit pas le moyen que l'ouvrage fut bon. Les gens de goût s'accordent à y reprendre beaucoup de déclamations, de morceaux pa-

(i) Correspondance littéraire , philosophique et critique , III»* partie, tome IV , nage 85.

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rasites, de digressions, de redites, de l'emphase, dû charlatanisme. Tel est , à travers beaucoup d'éloges ; le jugement de Grimm lui-même , qui peint Raynal comme • une tête ardente et tourmentée d'un vain désir de célé-

brité, et qui, au total, se moque un peu de lui. On pourrait être encore plus sévère envers Fauteur de ÏHis~ toire philosophique , sans être fort injuste. Il y déclare la gaerre à la révélation , à la morale , à l'autorité civile. Il disoit que le Dieu des Juifs n'étoit qu'ua Dieu local, nomme ceux des autres nations. 11 ne pârloit de Jésus* Christ .qu'avec le ton de l'irrévérence. Il prétendoit que rétablissement du christianisme n'avoitétéque reflet d'une mauvaise logique. Il faisoit des martyrs autant de fanatiques, des miracles autant d'illusions, des prophéties autant de mensonges, des mystères autant de fruits de l'ignorance. 11 ne vouloit d'autre autorité que celle de l'état , d'autres Livres sacrés que ceux qu'il reconnoît corn* me tels, d'autre droit divin que le bien de la république » d'autres canons <jue les édits des princes et les arrêts des tribunaux. Ses écarts sur la morale n'étoieut pas moins* répréhensibles. Il y représentoit la morale chrétienne comme favorable à ces mêmes crimes qu elle condamne çt qu elle apprend à détester ; les vœux de religion comme contraires à la nature ; les couvens comme une in** yen t ion barbare; les préceptes évangéliques comme étouff int les penchans les plus doux , tandis qu'ils ne font que les régler, en proscrire les abus, et en arrêter les excès , qui seraient aussi préjudiciables à la société qu'à la religion. Mais ce qui étoit étrange, c'était la morale que cet écrivain passionné substitnoit a celle qu'il qualifiott d inhumaine. Il ne donnoit à la sienne d'autre motif que la conservation de l'individu ; ne reconnôissoit aucun devoir pour l'homme isolé ; varioit la morale suivant les climats ; ue défendoit l'adultère que lorsque les couventions ont établi le mariage et la propriété des femmes; le légitimoit, ainsi que le vol , quand ils étoient faits avec adresse ; excusoit des désordres honteux ; ne vovoit dans hi juireté des mœurs qu'une afigùrc d'opinion, et procla-

moif

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»oït arec emphase ces deux principes : 7& e' sir de jouir ; liberté de jouir. Tel étoit le code de ce nouveau et bienfaisant législateur. La pudeur n'étoit rien à ses yeuif et son cynisme étaloit les maximes les plus corrompues et les peintures les plus dangereuses. Parloit-il du gouvernement et de l'autorité souveraine ? {1 n'y voyoit que l'effet dè la force, de la fourberie, de la superstition, qu'un principe d'abjection et de bassesse. Il se plaignoit qu'on autorisât le despotisme paternel, qui produit le respect extérieur et une haine impuissante et secrète contre les pères» Hel vtftius avoit aussi mis en avant autrefois cette haine contre les pères, qui n'est heureusement qu'une calomnie contre le genre humain. Raynal esoit offrir aux peuples des remèdes contre la tyrannie. Il s'écrioit : Puissent les vrais lumières Jaire rentrer dans leurs droits des êtres qui n'ont besoin que de le* sentir pour les reprendre! Sages de la terre, philosophes de toutes les nations > c'est à vous seuls à faire sles lois en les indiquant à vos concitoyens» Ayez le courage d'éclairer vos frères.,».* Faites rougir ces milliers d'hommes soudoyés , qui sont prêts à exterminer leurs concitoyens aux, ordres de leur maître» Soulevez > dans leurs ornes, la nature et l "humanité contre ce renversement des lois sociales»»»» Révélez-leur les mystères qui tiennent l'univers à la chaîne et dans les ténl* ères , et que , , V 'apercevant combien on se joue de leur crédulité, les peuples ^ éclairés tous à la fois, vengent enfin la gloire de l'espèce humaine (1). Et ces provocations audacieuses étoient fréquemment répétées dans l'ouvrage. Dans- le même volume , page 1 20 , on demandoife si beaucoup de tyrans avaient péri sur les échafauds , si les places étoient teintes de leur sang... Ailleurs on disoit que la liberté naîtroit du sein de ï oppression, et. que le jour du réveil, n'étoit pas loin (a). Telles

1) Histoire phUosophique.... In-jjo , tome I«r, page &

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