‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le 18e siècleChapitre 5 sur 50 · ITALIE · texte numérisé non relu

ITALIE

1! convient de commencer ce tableau par l'église de de Kome , cette mère de toutes les autres. Elle jonissoit alors d'une paix profonde. Une heureuse harmonie régnoit entre ie sainte Siège et les autres puissances. Un accommodement, conclu il y a peu d'années, avoit rétabli la bonne intelligence et le concert entre la cour de Rome et la France. Les anciens sujets de plaintes étaient oublies. On ne songeoit plus à reprocher ù cette cour une ambition qu'elle ne manifestait pas , ni à faire un crime au Pape actuel des torts de quelques-uns de srs prédécesseurs dans des temps recules. On avoit U bonne foi de sentir qu'il eut été injuste de montrer de la défiance et de l'aigreur contre un gouvernement qui» ne témoignoit que le désir de la paix. Depuis un long temps le saint Siège était rempli par des pontifes mode'rés , incapable* de mesures violentes , et bien éloignes de vouloir troubler les états. Le soin du spirituel les oceupoit principalement. Loin d'élever des prétentions ambitieuses, ils faisoient souvent des sacrifices au désir de la concorde. Leurs rapports avec les autres cours n'avoient pour but que le bien de l'Église , que les progrès de la religion , que l'intérêt de ses ministres. Ils se faisoient estimer, dans Rome, par l'exemple de leurs vertus, et au dehors, par un ïcle plein de sagesse et par une sollicitude active, mais prudente pour le troupeau confié à leurs soins.

Clément XI venoit d'être élevé sur le trône pontifical, lié à Urbiu, en 1649» d'une ftolWe ancienne de cjï du-

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ché, Jean-François Albani avait montré de bonne ligure

des dispositions pour la piété'. Il entra, en 1677, dans la prèlature, c'est-à-dire, dans ce corj>s d'ecclésiastique particulièrement attachés au saint Siège, et parmi lesquels on a coutume de choisir ceux qui doivent remplir les différentes places de la cour de Rome. Le nouveau prélat fut chargé de plusieurs gouvernement où il se conduisit avec équité et sagesse. Il devint ensuite secrétaire des brefs, place qui le conduisit au cardinalat. Alexandre VIII lui donna le chapeau en 1690. Innocent XII suivit plus dune fois ses conseils dans les affaires. Le cardinal Albani étoit instruit et appliqué. Ou louoit sa charité pour les pauvres, et son zèle pour la conversion des personnes engagées dans l'erreur. Cependant il n étoit pas encore prêtre. Son humilité l'avait tenu jusque-là éloigné du sacerdoce. Il le reçut enfin en 1 700. Innocent XII étant mort peu après , le conclave s ouvrit suivant l'usage. 11 étoit composé de cinquante-huit cardinaux , et dura quarante-cinq jours. Le cardinal Albani fut élu le 23 novembre 1700. On eût peine à vaincre sa résistance. Il sentoit tout le poids des fonctions qu'on lui imposoit. Il résista pendant trois jours , et ne se rendit que ?ur l'avis de graves théologiens qu'il avoit consultés. Il fut sacré évéque, le 3o novembre , par le cardinal de Bouillon , et couronné le $ du mois suivant.

Clément XI, c'est le nom qu'avoit pris le nouveau Pape , s'appliqua sur-le-champ au gouvernement de l'Église , et ses premières paroles furent des paroles de paix* 11 écrivit à tous les princes pour les détourner de la guerre dont on étoit alors menacé au sujet de la succession d'Espagne. Il exhorta particulièrement à la modération l'empereur Léopold , qui manifestait déjà l'envie de soutenir, par les armes, les prétentions de sa famille. Le Pape s etoit empressé de recounoître Philippe V, Attaché à la France par inclination , il avoit été sensible â un procédé généreux de Louis XIV , à l'occasion d une émeute qui a étoit élevée Pendant le dernier conclave, çt

hUroductiwi» 4$ dans laquelle l'ambassadeur de France , le prinee de Monaco , avoit été insulte. Ce îniuistre avoit suivie-champ quitté Rome. U setoit rappel qu'autrefois, dans une circonstance à peu près semblable, son maître avoit exigé la réparation la plus éclatante. Mais Louis XJV uëtoit plus ce prince altier qui soutenoit ses droits avec hauteur. Mûri par l'âge et par l'expérience, il reçut favorablement les excuses du sacré collège , et ordonna au prince de Monaco de retourner à Rome. Le Pape, de son côté, promit de rechercher les coupables, et il ne fut plus question «de cette auaire, qui, vingt ans plutôt, auroit été un nouveau sujet d*e discussion entre les deux •ours.

Nous voyons Clément XI, dès la première année de son élection, porter ses regards sur les différentes parties de la chrétienté. U presse un souverain d'Italie de donner l'exemple d'une vie plus régulière. Il fait partir cinq missionnaires peur la Perse, et les recommande au roi de ce pays. Il envoie deux missionnaires en Nubie. Il engage Louis XIV à protéger les Arméniens et autres catholiques opprimés par les Turcs. Il reçoit dans la communion du saint Siège plusieurs prélats de l'église grecque , l'évêque russe Szumlanski, l'archevêque de Tripoli , l'évêque de Beryte. H exhorte les évêques de Pologne à songer, dans la diète prochaine, aux intérêts de la religion. Il fait de nouvelle* tentatives auprès des souverains , pour les porter à la paix • leur envoie , à cet effet , des nonces extraordinaires ; et leur adresse des représentations paternelles, dont l'esprit •de discorde et 1 ambition empêchèrent malheureusement les effets.

Le sacré collège étoit composé, au i«r janvier 1-701, de soixante-cinq cardinaux , dont cinq de l'ordre des évéques, quarante-huit de l'ordre des prêtres, et douze de telui des diacres. Le doyen de tous étoit le cardinal de la Tour-d'Auvergne de Bouillon, Français, qui, dans ce temps même, tomba dans la disgrâce de Louis XIV. Depuis il fut privé du revenu de ses bénéûces, et eut tous ses biens confisqués. U se retira à Rome, ou u*

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mourut en 171 5. Parmi les autres cardinaux, on en distinguent plusieurs parleurs qualités personnelles, leur mérite , leurs connoissances et leurs vertus. Nous ne les nommerons pas tous ; mais nous ne passerons pas sous silence le cardinal Orsini, depuis Pape , qui joignoit l'humilité d'un religieux au zèle d'un évéque. Le cardinal Nerli , Florentin , étoit savant et lié avec les savans de ce temps-la. Le cardinal Marcscotti distribuoit ses revenus dans le sein des pauvres. Le cardinal Barbadigo» évêque de Montefiascone, étoit le digne parent du saint évêque de Padoue, mort en odeur de* sainteté en 1697. Il étoit pieux et zélé, et remplissoit ses devoirs avec ardeur. Le cardinal Petrucci étoit un prélat édifiant et même austère. 11 avoit été accusé de quiétisme , et ses ouvrages a voient été proscrits. Il passa le reste de ses • fours dans la pénitence et dans la retraite. Le cardinal Colloredo, grand-pénitencier, étoit en relation de lettres avec Mahillon. Le cardinal Negroni s'éttit retiré des affaires , et venoit même d'abandonner les fonctions de Xé+ piscopat pour se livrer h l'étude et aux exercices de piété. Nous parlerons plus bas du cardinal Cantelmi. Le car-* dinal dcl Verme , évéqne de Ferrare , se rendoit recommandable par son zèle et sa charité* Le cardinal Fer* rari , Dominicain , avoit conservé les habitudes pieuses et modestes du plus fervent religieux. Le cardinal Sacripante étoit le père des pauvres. Le cardinal Noris passoit pour la lumière du sacré collège. Né à Vérone, et religieux de l'ordre des Augustins, il avoit enseigné long-temps la théologie, et s et oit fait un nom par son savoir dans cette partie. Il n'étoit pas moins versé dans les antiquités ecclésiastiques et profanes. Son Histoire du pé laconisme fut déférée plusieurs fois au saint Siège i et n'y fut point condamnée. Le cardinal Noris fut un des hommes les plus érudits et les plus laborieux de son temps.

Rome avoit pris , sous une suite de Pontifes réguliers , l'habitude de mœurs dignes de la capitale du monde chrétien. Le pontificat d'Innocent XI surtout, Pape pieux

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et même austère, avoit contribué à -y., mettre en honneur une bonne discipline. De la capitale, cet exemple avoit passé dans les différentes provinces d'Italie. Des séminaires avoient été institués pour perfectionner l'éducation et les études ecclésiastiques* Des évéques édifians avoient mis leur diocèse sur un pied respectable. .Le cardinal Orsini, que nous nommions tout à l'heure, avoit porté successivement son zèle.à Manfredonia et à Cesène, Devenu archevêque de Bénévent , sa vertu parut encore plus sur un plus grand théâtre. Les monUroens dont il enrichit cette ville, sont les moindres des bienfaits qu'tf y répandit. Des prédications fréquentes , des instructions paternelles, de nombreux réglemens, des synodes annuels et l'exemple d'une piété profonde, opérèrent les plus grands biens dans le .diocèse. Le cardinal Orsini , attaché à son troupeau , refusa l'archevêché de Naples, où Innocent XII vouloit l'avoir pour successeur. Ce fut le cardinal Can— tel mi qui fut nommé à ce siège. Il fit en sorte que son diocèse n'eût point à regretter le choix qu'on avoit fait de lui. Il visitoit son troupeau avec soin , instruisoit les peuples, réformoit les abus, et paroissoit s'être proposé pour modèle l'illustre saint Charles- Borromée. Le cardinal Barbadigo ne venoit que de mourir à Padouc. Sa haute piété , son application aux bonnes œuvres , sa vie toute sainte et toute épiscopale lavoient rendu l'admis ration de son diocèse, et lui méritèrent depuis les honneurs de la béatification. Denis Déifiai , patrjarche d'Aquilée, réprimoit les abus et soulageoit les pauvres. Marcef Cavalieri , évêque de Gravina , réunissoit la piété, le zèle et la charité. Simon Veglini , évêque de Trebico , puis de Trivarico, est cité comme un excellent pasteur. ïYançois Verdc , ancien évêque de Vico di Sorento , qui s'étoit démis de son siège pour ne s'occuper que de son salut, étoit un canonistc estimé. Daniel Scoppa, évêque de JNole, religieux édifiant et prélat vertueux, étoit le père des pauvres. Sa vie et sa mort furent également saintes- Marc Bettaglini , évêque de Nocera , puis «Je Césène , trar vailloit sur l'histoire ecclésiastique, instruisoit ses curé*

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