‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 2)Chapitre 10 sur 21 · ANMit: IT'JJ · texte numérisé non relu

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le 17 septembre, était rendue la fameuse lois des suspects, dont le but évident était de placer par toute la France sous la main des tyrans fous ceux qu'il leur plairait de condamner à la moit, à remprisonncment, ou à la confiscation (1). A peu de distance de là, le 5 octobre, une autre loi, non moins grave dans ses conséquences, fut rendue à la suite d'un rappoit présenté par Saint-Just, au nom du coniité du salut public: elledécrélait : « 1" que » le gouvernement provisoire de la France serait réwolu- » tionnaijc jusquà la paix ; 2° que le conseil exécutif, )) les ministres, les généraux, les corps constitués étaient » placés sous la surveillance du comité du salut public.

(1) Loi du 17 sc])teinl)re, sur 1rs suspects:

a I. Iinmédlntement aprt-s la i)iil>licati<)n du présent décret, tous les gens » suspects, qui se trouvent dans le territoire de la république, et (|ui sont » encore en liberté, seront niis eu iliU d'arrestation.

» II. Sont déclarés suspects : 1" ceux qui, soit jiar leur conduite, soit » par leurs relations, soit par leurs propos ou par leurs t'crils, se sont 1» montrés partisans de la Ijrannie, du fédéralisme, et ennemis de la li- » berté ; ... 3" ceux à qui il a été refusé des certificats de civisme;.... 6" Ceux » des ci-devant nobles, ensemble les maris, femmes, pères, mères, fils ou n filles, frères ou sœurs, ou aj^enls d'émigrés, qui n'o/U pas couslamnienl » manifesté leur attacliement h la rùi'olution, etc.

» m. Les comités de sur^'eillance établis, soit par les arrêtes des rcpré- » sentants du peuple envoyés près les armées et dans les départements, soit » en vertu des décrets particuliers de la Convention nationale, sont chargés » de dresser, chacun dans son arrondissement, la liste des gens suspects, » de décerner contre eux des mandats d'arrêt, et de faire apposer les scellés » sur leurs papiers. Les commandants de la force publique, à qui seront « remis ces mandats, seront tenus de les mettre à exécution sur-^e— » champ....

» V. [.es individus arrêtés comme susj)ccts sont d'abord conduits dans » les maisons d'arrêt du lieu de leur détention : dans la Imilaiiie, ils sc- » ront transférés dans les bâtiments nation;in\ que les administrations du

département seront tenues de faire préparer à cet effet....

» VII. Les détenus pourront faire transporter dans ces bâtiments les » meubles qui leur seront d'une absolue nécessité; ils y resteront gardés » jusqu'à la paix.

» VIII. Les frais de garde seront à la charge des détenus, et seront ré- » partis entie eux également.

» IX. Les comités de surveillance enverront sans délai au comité de su- » reté générale de la Convention, l'état des personnes qu'ils auront fait 8 arrêter , avec les motifs de leur arrestation , et les papiers qu'ils auront » saisis sur elles.... »

» c|ui en rcndr;iit compte à la Convenlion » En vain

la (iOninuine de Paris, (jni avait uiarehé avec les Jacobins, vit-elle avec jalonsie et in(|iiiéiutl<; cette puissance lormidable s élever vis-à-vis d'elle et au-dessus d'elle. Nous parlerons plus bas de^ moyens InAimcs qu'elle employa, surtout dans le cours de novembre, pour s'attribuer la direction de la révolution, et pour renverser Kobespieire: celui-ci devint de plus en plus le cbef redouté du comité du sailli piihlic. D.ins cette lutte des partis, nous ne relèverons (pie les circonstances cpil se rapportent aux intérêts de la reli,;>ion (l).Jj

— Le 5 octobre. Adoi-tion du cale«drier uéplblicaijn. Un des incidents de cette é()ocpie d impiété et de crimes, qui montrent d'une manière plus IVappanle h quel point le parti triomphant voulait bouleverser toutes les anciennes institutions, c'estladopilon du nouveau calendrier, qui fut décrété en princi|)e le 5 octobre, et q<ii fut complété un peu plus tard. On contiaît assez celte conception élranj^t! et misérable que Ton voulut substituer à ui; usage suivi chez tous les peuples de 1 Kurope. Rommé et Fabre d Kf^lantine y euienl la principale part. Ils lirent commencer Tannée à l'équinoxe d'automne, époque où, l'année précédente, on avait proclamé la république, et que l'on désirait illustrer pour cette raison. Lrs jours, les mois, les années chanf^èrent de nom. La nouvelle ère devait datei- du 22 septcndjre 1792, et remplacer celle (pi'avaient adoptée tous leschrétiens. Douze mois pai faiiemenl égaux furent partagés en trois décades de dix jours chacune, dont le dernier devait être consacré au repos. Par là disparaissait le dimanche; et telle était l'intention prolondémcMit impie des auteurs du décret. Ils voulaient faire oublier les jours consacrés par la religion; et l'on a vu, pendant plusieurs années, l'observation de ce calendrier bizarre occuper sérieusement un gouvernement, qui plus ridicule encore qu'opiniâtre dans sa manie aniich rétien ne,

(I) ro^cz, plus bas, au 5 décembre 1793.

ne pouvait souffrir qjie le peujile fèiàt encore les dimanches et les solennités de l'Ej^iise, et négligeât les décadis. Aux noms véuéics des saints, dont la mémoire est attachée aux ditrérenls jours de Tannée, on avait substitué la nomenclainre des plantes, des animaux, des insirumenls araioiies (l). Des cérémonies absurdes devaient remplacer les solennités chrétiennes: invention qui, du reste, n'eut aucune espèce de succès. En vain essaya-t on d'attirer la foule par des sj)ectacles et des nouveautés : les fêles républicaines, tristes et froides, ne purent jamais prendre racine : c'était vraiment dommage ; on avait institué, par exemple, les sans-culot ides : c'était ainsi qu'on désignait les cinq derniers jours conipléitie/itaires, (jui terminaient la nouvelle année, composée de douze n)ois de irenie jours chacun : les sans-ciilntides dexHUTil être co-nsacrés à honorer les vertus, le génie, le travail, V opinion, les récompenses, bizarres divinités, bien dignes, eu effet, d attirer les hommages, de ceux qui avaient voulu éc-iger \ii sans -culot isnie en vertu.

Le calendrier révolutionnaire fut suivi jusqu'au 1" janvier 1806, dans les actes olliciels : longleujps auparavant il avait universellement cessé dans l'usage ordinaire.

— Le 9 octobre. Puise de Lyon. [[En même temps que l'impiété révolutionnaire insultait à ce qui avait été l'objet delà vénération de Jant de siècles, une coalition formidable s'était formée au dehors, et avait même d'abord obtenu des succès, qtii n'eurent c|u'une durée éphémère: a l'intérieur, une résistance énergique s'était déclarée dans

(1) [[On a ()iiel(|uefois supposé que «c ii'é(iiii f(Uf posh-rieurenient qu'on avait laliailic la noiucndatiirc dis p!;intis et dfs animaux au laltndrinr rcpnlilitain. CVst 'a Cr>nvention i-lle-in<Miie qui l'a afloplie d'après le rapport de i-al)re d'Kgiantiiie. a Les prêtres, di-aitle rapporleur,.ava:eni assigne » à Lhi(|ue jour <ie l'année la eoniineiuoralion il'iin pret<'ndu saint. Ce ea- » tilogue était le répertoire du meusingr et du charlatanisme. Nous avons » pensé «(ue la nation, après avoir cliassc celte foule de canonisés de son » calendiier, devait y retrouver eu place les digues oltjets, sinon de son » ciitle. du moins lie sa ci.llnrr ; les utiles pniducdons de la terre, les ani- » maux domestiques, bien plus précieux sans doute, aux yeux de la nation « que.,.. » le resto est si odii iix ([uc nous n»* pouvons achever, jj

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un fjrand noiubtc do provinces, surloiil dans l'ouest cl le midi de la France- niais le défanl d'enseuible devait rendre ses elTorls inipiiissanis contre nn pouvoir qui s éiait t'orleinent centralisé, ei qui ne r<cnlail devant l'emploi d'aucun moyen. Nous n'avons pas à suivre ces événements : nous n'y louchons que parce que sons plusii urs points de vue ils sont liés avec les l'aiis (pii intéressent la )eli;;ion : c'est ce qui nous obli;';<Ma à parler de la guerre de Vendée, dont nous présenierons un précis abrégé sous la date du lô décembre. La résistance et le désasire de Lyon sont d'une nature semblable, et ne paraissent pas pouvoir être cntièreutent passées sous silence.]]

Une ville, aussi reli?ïicnse et amie de l'oidie, n avait pu supporter le joug ties Jacobins; révoltée d aboi d par le massacre des prèlies, qui avait eu lieu le 1) septembre, à l'imitation des terribles journées de Paris, elle avait vu avec indignation une suite de mesures tyranniques décrétées par le parti dominant ; la peispeclive d'un nouveau massacre des prisons, annoncé d'avance, et préparé par le iéroce Cbàlier, avait déterminé les liabitants à prendre les armes le 29 mai; et après un combat brillant livré dans l'intérieur de la ville, ils avaient écrasé les .lacobins. Presqueau même moment (le M mai)ceux ci triompbaient à Paris, du parti de la Gironde; dès lors la Convention, dont ils étaient les m;ntrcs, ne regarda plus Lyon que comme une ville ennemie (l). Après avoir rormelleinent rejeté la constitution républicaine, les liabitants se préj)arèrent avec courage à soutenir la lutte, lutte d'autant plus terrible qu'ils n'avaient aucun secours à attendre, ni des puissances coalisées, ni des départements, dont nu grand nombre avaient a|)plaudi à leur résistance (2). Après

(1) [[Cliàlicr, le piovor,;»t«'nr des injissacrcs, ayant l'téjiisp p^i' '•■ tril)unal criminel de Lyon, el exeeulé le IS juilld, la Convenlifin ilcerela (|ue, mmr réliabiliter sa nicinoire, son corps serait inlinnic .lu P.mlli.on; il en lut ensuite retire pnm eue jele à la voirie avec tes reste» <lc Marat.]] [f'oycz plu* haut, paj^c l'iO, la note (■^).j

(2) [[« Lyon recul, de quarante-deux départements, des députés qui vc-

des eff;ir(s héroïques, ils succombèrent, écrasés par les forces que Ton dirif^^ea de fous colés contre eux. Le 9 octobre, le général de Precy essaya de percer les rangs ennemis avec les braves défenseurs de la ville 5 et il ne put gagner la frontière de la Suisse qu'avec un bien petit nombre. La ville une fois prise fut en proie aux plus terribles vengeances. Barrère fit décréter qu'elle serait démolie, et ce décret insensé reçut en effet un commencement d'exécution. Ce n'était pas assez de s'acharner suides pierres^ on sévit avec fureur, non-seulement contre ceux qui élaient soupçonnés d'avoir pris part à linsurrection, mais encore conire une foule de gens contre lesquels il n'exislait aucun indice, et qu'on arrêtait au hasard. Les formes des jugements élaient trop lentes-, on proscrivait en masse; on tirait le canon sur des files de malheureux, on les mitraillait, et des soldats placés à droite et à gauche élaient chargés d'achever ceux que le canon ou la mitraille n'avaient que blessés. En même temps on décerna une fête à la mémoire de l'alroce Chàlier, le principal auteur de tant de calamités. Cette fête funèbre, présidée par Collol-d'Herbois et Fouché, fut mêlée de profanations monstrueuses. La procession était formée par un âne couvert d'une chappe et coiffé d'une mitre, qui portait sur son dos d'autres symboles religieux et à la queue duquel on avait suspendu un évangile. Tout autour, des misérables portaient des vases sacrés, et l'on y fit boire l'àne. L'évangile fut jeté dans les flammes, et les discours les plus impies furen: prononcés. Nous ne rapportons ces faits qu'avec horreur, mais il est impossible de passer sous silence des profuiations, qui caractérisent une époque de fureur et de démence (l).

Le clergé ne devait pas être épargné dans cette réaction

D naient la déclarer le centre tle leur fédération; mais ils n'amenaient avec « eux aucune espèce de secours. «]] (Lacrelelle, Histoire fie France an dix—huilicmc aiècle, lonie XI, pa^c 5)8.)

(1) roycz YHisione du siège de Lyon, 1797, 2 volumes in-S"*. L'auteuL est l'abbc A. Guillon le mêuxe qui a donné depuis les Martyrs de la Foi^

ANNÉE 1793. 2s I

sanglante. Collol-d'IIerbois et ruuclu- avaient élahli ù Lyon cl à Feins, denx commissions cliargées de jngcr et de proscrire. Dans lenrsproclamaiions, ils annonçaient rtxlirpaliofi ônfdnatisnie. Les deux commissions jn.o^caient sommairement les prè(res; on Icnr demandait de prèier le serment de libelle et dcgalitê, et de livrer leurs Ici 1res de prêtrise; sur leur relus on les envoyait à la mort. Il y eut, dit rauleur des iMurtyrs de la Foi, cent vingt prcires exécutes ainsi dans l'espace de (piatre niois, de|)uis le mois de novembre jusqu'au commencement d'avril 1794(1),

— Le 16 octobre. JMokt de l\ kei>e de France, Marie- Aktoijnette. Mort de Madame Elisabeth : fin malhei recse de Louis XVIL [[Dans l'bisioire de la révolution française, la cbule du trône est tellement liée avec les outrages de la religion, cpiil est impossible de ne pas rappeler au moins sonnnairemenl les malbeurs de la famille royale : c'est par ce moiil que nous allons ici grouper Ics^ principaux faits qui la concernent, quoique la reine seule ait été immolée le H) octobre.]]

On ne peut qu'adorer les vues profondes de la Providence, lorsqu'on considère le sort d'une princesse, née au sein des grandeurs, placée ensuite sur le plus beau ironc du monde, de là précipitée dans un abîme d'bumiliaiions et de douleurs, et terminant sa vie sur l'échafaud. Marie-Antoinette, née à Vienne, le 2 novembre 1755, mariée au Dauphin en 1773, et devenue reine en 1774, avait été de bonne heure en butte à la calomnie. Le parti qui préparait la révolution, et qui voulait avilir la royauté, s'at-

(1) L'écrivain, dotil nous suivons le récit, en nomme un peu moins «lans ses listes : nous n'y avons trouve (|iie les noms d'environ (|u;itre-vir.jjt-(jniiue ecclésiastiques; mais il se peut que ljeaucuu|) d'autres noms aient échappé à ses recherches. l'armi les ecclésiastiques immides était l'alilté de Castillon. grand-vicaire du diocèse, qui pendant son si-juur dans la prison prépara plusieurs Lyonnais à la mort. Il l'ut coiidauint- à mort le 15 deceud>re |793, comme prêtre réfractaire, et la plupart des autres jugements n»- spécilienl pas d'.'Ulrcs crimes. Les autres prêtres coud. minés étaient des chanoines, des curés, des vicaires, des religieux, des directeurs «le religieuses, soit du diocèse de I^yon, soit des pays environnants. L'un d'eu.x, l'ahhe P»ey, était septuagénaire et paralyli(iue, et il fallut le porter à l'echataud.

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