‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 2)Chapitre 11 sur 21 · ANNiiK · texte numérisé non relu

ANNiiK

tacha à la didamer: on envenimait toutes ses aclions: on transformait en scandale les fails les pins simples; on exagérait son influence snr le roi ; on lui in>puiaii Ions les niallieiiis et ions les abus (l). La révolution ne fut pour elle qu'une suite de chagrins. Alarmée pour tout ce qui lui était cher, menacée plusieius fois par une populace égarée, elle ne perdit jamais courage. Elle n'éclrippa à la mort les 5 et 6 octobre 1789 que par le dévouenuMit de fidèles serviteurs. Avant et après le voyage de \are:ines, elle eut à soulFrir des insultes aux(|uelles elle n'opposa que dignité et patience. An 20 juin 1792, sa vie fut encore menacée. Le 10 août vint la plonger dans un abin^e de donleui"s. Captive, resserrée dans une étroite prison, privée de toute communication au dehors, puis séparée même du roi qn elle ne retrouva un instant que pour apprendre qu'il était condamné à mort, elle ne prévoyait |)0(ir les siens et pour elle (|u'nn épouvantable avenir. Le 3 juillet 1793, on lui enleva son fils, qu'elle ne revit plus, et qui, ainsi que nous allons le raconter, fut confié au cordonnier Simon. Le 2 aoûf, en vertu d'un décret de la Convention, elle fut séparée de sa fille et de Madame Elisabeth, et menée à la Conciergerie. Depuis elle ne revit plus personne de sa famille. Le :\ septembre, on vint lui faire subir un interrogatoire, et le 3 octobre elle fut mise en jugement. Le 8, Pache, Chaumetle et David allèrent interroger ses enfants au Temple: on contraignit le petit prince à déposer i\es horreurs contre sa mère. Le 12 octobre commença V& procès. La reine comjiarut devant le tribunal révolutionnaire : elle répondit avec dignité aux interrogatoires, et repoussa noblement d'indignes accusations. On lui signifia sa condamnation à mort le 1(3 octobre, à 4 lienns du jnaiin. Innnédiatement apiès, elle écrivit à Madame Elisabeth ci'Me lettre louchante où se peint le caractère à la

(1) Un év('-neincnt qwi fil lîeniiroii|) de Iiriiit, l'affaire (In collier f il 1783, toni-nit inieniiiple inatière aux Ciiloiniiintciirs et aux liliellistes. Cepeinlant il résiillii (l'un examen sévère <|iie ta feine n'avait pas même en dinis cette aftairc l'apparence d'un tort. ^Vojez Méritoires, tome V, page ^'20.)

ANNUK 1 :'.):{. 2S3

lois le plus noble ri le plus sensible. Enfin, eondnifc à réclKifaiid snr une ij^noMe cliarrclie, les niiiins liées derrière le dos, elle suhii la nioil avec une leriiielé de courage, qui ne se détneulit pas un niomenl (l).

(Ij 1.3 lettre (lo M;irio-Antnin<>tte à M idninc Elisahclli ne fiil pas remise ;i M)ii adresse, «'Ile n'sta dans les mains de ses ItinirreMtix ; cl elle l'iil niruiivée <n 1S14 fiiez le lonventinniiel (^oiii-lois ; on pe^it voir d mis I' /riii île lu /{.ligion, tome VII, pa^e 50, ee f|iii se rapporte à la découverle de ce inoniin'ent précieux, que nous insérerons ici loni entier.

« Le 16 oetohie, à (|natr<' lie;iies et demie du malin. (Vest à vous, ma » sreur, rjue j'eeiis pour la d-riiiiire l'ois; je viens d'être eondiimnce, non » pas à une moit honteuse, elle ne l'e.st que pour les tiiminels; nniis a aller » rejoindre votre IréiT. Cuiuine lui innocente, j'espère iiioiitier la même » fermele que lui dans ces <lerniers moments, .le suis calme eomiiie on l'est » (|iiand la conscience ne se reproche rien, .l'ai un prolund ritjiel d'ahan- » donner ni«'s pauvres enl'anls; vous savez que je n'existe (|ue pour eux et « vous, ma bonne et tendre sœur; vous qui avez pir votre amitié tout s:i- » erilié ]Kiur être avec nous. D.ins (nulle position je vous laisse ! j'ai appris « par le pliidoyer même du procès, (|iu' ma lille était séparée de vous. » Hélas! la pauvre enfant, je n'ose pas lui écrire; elle ne recevrait pas ma » lettre. Je ne sais pas même ai celli-ci vous parviendra. Recevez, pour eux » deux, ici, ma hencdiction ; j'espère <|u'iin jour, lorsipi'ils seront plus M grands, ils |)ouri'ont se réunir avec vous, et jouir en entier de vus t(Midres M soins.

» (^)irils pensent, tons deux, à ee que je n'ai ccss«; de leur inspirer : que » les principes et i'e\écution exacte de si-s devoirs sont la piemiere base » de la vie; que bur .ittivite et leur conlianee mutuelle en fera le boii- » lieur. Que ma Hlle sente (|ue, à l'aiçe (|n'elle a, el!e doit toujours aider » son IVere par b-s conseils que r.xpenencc (|u'elle auia de plu- (jne lui et' » son amitié jiourront lui inspirer; que mon lils, à son tour, rende a sa sœur » tous les S'iins, les services (|iie l'amitie peuvent inspirer; qu'ils sentent eii- » fin,, tous deux, que, dans <(ueb|ue position ou ils pourront se trouver, ilsne >) seront viainicnl heureux (|iie par leur union; (|u'ils prenneiU exenipb- de 0 nous; combien, dans nos mallieirs, notre amitié nous a doirie de coiisot- » lation! et, dans le bonheur, on jouit doublement i|uaiiii on peut le p.artager 1) avec un ami; et ou en trouver de plus tendre, de plus cher (|ne dans sa » pnipre l'amille? Que mon (ils n'oublie jamais ces derniers mots de son » |»ère, que je lui répèle expressément : Qu'il ne cherche pj<s à venger iwli-ts n mort.

» J'ai h vous parler d'une cho.se bien pénible à mon coeur : je sais combien. » cet enfant doit vous avoir fait de la peine; pardoiliie/.-liii, 'l'a chère sœur; » pensez .a l'âge (iii'il a, et combien il est tai ile de taire dire a un enfant ce » qu'on vent, et même ce qu'il ne coui) rend pas. Lin jour viendra, j'espère, » ou il ne sentira .|ue mieux tout le prix de vos hontes et de votre tendresse » pour tous deux. Il nie reste a vous confier encore mes dernier«'s pensées.. 1) J'aurais voulu les écrire des le eoiiimenceinenl du procès; mais outre » qu'on ne me laisse pas écrire, la marehe c» a été si rapide, que je u en » aurais pas rcelleintut eu le temps.

ISi AN.NÉE 1793.

La sœur du roi, Madame Elisabeih, fut comprise quelques mois après, dans une de ces exécutions nombreuses.

» Je meurs dans la religion calliolique, apostolique et romaine, dans celh' » de mes |)èies, dans celle ou j'ai tic élevée et (jne j'ai toujours proléssée ; » n'ayant aucune eonsolatioii spirituelle à attendre, ne sachant pas s'il existe » ici des prêtres de cette religion, ec même le lieu ou je suis les exposerait » trop si ils y entraient une l'ois.

» Je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que » j'ai pu eominettre depuis que j'existe. J'espère que dans sa honte il » voudra Lien recevoir mes derniers vœux, ainsi que ceux que je lais depuis » lungt<Miips, pour qu'il veuille bien recevoir mon àine dans sa miséricorde et » sa Loiité. Je demande pardon à tous ceux que je connais, et à vous, ma » sœur, en particulier, de toutes les peines (|ue, sans le vouloir, j'aurais pu » vous c.iuser; je pard inne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont lait. Je » dis ici ailieu à mes tantes et h tous mes frères et sœurs. J'avais des amis ; » l'idée d'en être séparée pour jamais , et leurs peines sont un des plus grands » regrets que j'emporte en mourant; qu'ils sachent du moins que. jusqu a » mon dernier moinenl, j'ai pense a eux.

» Adieu ma Lonne et tendre sœur; puisse celte lettre vous arriver! Pensez » toujours à moi; je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi ([ue mes pau- » vres et tlieis enfaiils. Mon Dieu ! qu'il est déchirant de les (]uitter pour » toujours. Adieu ! adieu ! je ne vais plus m'occiiper que de mes devoirs spi- » rituels. Comme je ne suis peu lil)ie dans mes actions, on m'aMii-nera (leut- » être un |)rê(re; mais je proleste ici (pie je ne dirai pas un mot, et ijueje 1 le traiterai comme un être absolument étranger. »

Pour copie co/ifurnie ('( l'niiginal écrit de la main de Sa Majesté la reine Antoinette, le ministre de la police générale, comte de Gazes.

Un passage de celte lettre ferait croire que la reine n'avait pu recevoir dans sa jirison les secours de la religion. Cependant d'autres documents supposent qu'elle avait été visitée par quelques prêtres. On trouve b la fin de \'/Jiiloire de Marie-ytnloinette, par Monljoie, une lettre de la princesse de Chimay, ancienne dame d'honneur de la reine, qui donne à cet égard linéiques dttaiis. Madame de Chimay raconte qu'une deu oiselle pieuse et charitable, mademoiselle Fouc.her, d'Orléans, trouva le moyen de pénétrer jusqu'il la reine dans sa prison, et même qu'elle iiarvint à y introduire un lirêtre, M. l'abbé Magnn, depuis curé de Sainl-;;ermain-rAuxeriois , qui confessa ta princesse, célébra la messe dans sa chambre et lui donna la communion. Madame de Chimay ajoute que, M. Magnin étant tombé malade aux approches de la mort de la reine, mademoiselle Foucher introduisit dans la prison un autre prêtre, rabi)e Cholrt, qui donna les derniers secours à la princesse la veille ou ravaiit-veille de sa mort, qui depuis sortit de France et mourut dans l'émigration. On a dit ausM que l'abbe Lothriiiger, prêtre constiluiionnel non encore rétracté, qui visitait les prisonniers de la Conciergerie, et qui confessa ensuite le duc d'Orléans, Fauchet, et plusieurs autres députés de li Convention, put dans un autre moment voir la reine.

Il faut avouer que ces visites de quelques prêtres se concilient mal avec ce que dit la reine dans sa lettre qu'elle n'a aucune coinolalion spirituelle ù attendre et qu'elle ne sait pas niêiiie s'il existe ici des prélrcs de celte re~

ANNKIÎ !7!>.'). -in-o

ijui Caisaicnl monter ensemble à réehalaïul des personnes .ippartcnant à (ouïes les classes et n)ème à Ions les pariis. Sons un lapport, eelle condamnarion vivement sollicitée par !a faction des Ilchertistes, est plus odieuse que celle même cpii avait (Vappé le roi et la reine, parce qu'il ne pouvait même y avoir aucun prétexte de mettre en ac(uisation une j)rincesse pieuse, réservée, énan.'ièrcî à la politi(pie, qui n'avait jamais eu d'autre oceiq)ation (|ue de prier pour le roi et pour la Fiance elle-même (l). Après

ligion, a moins qu'on ne suppose que la reine, prévoyant (|ue sa leltrc serait lue par les agents de la tyrannie, s'expliqua ainsi pour dctoiirner leurs soupçons et ne compromettre personne. M;i<lame la duelicsse d'Aiii;i>ulènic, dans le Récit des evéneinenls arrit'cs au Temple, 1823, in-8", f;iit entendre que 11 reine ne fut pas confessée; elle dit que la princesse refusa le ininislère d'un prêtre assermenté, mais (|ue saeiiant (jue le eiiré de Sainte-Marguerite était en prison en face d'elle, elle s'approcha de sa fenêtre, regarda la sienne, et se mita genoux; on m'a dit, ajouta iMadame d'Angoulème, qu'il lui avait donné l'absolution ou sa bénédiction. Le prêtre assermenté qui se présenta ])Our confesser lu reine, et (|ui l'accouipa^na à l'écliafauil, fut i'ahbé Girard, ancien curé de Saint-Landi y, alors vicaire épiscopal de L< Lel. Tous les journaux de l'époque remarquèrent (|ue la reine avait l'air de ne pas vouloir l'écouter, quand il l'exlioi lait sur la fatale cli;irrelle.

[[Ce (|u'il y a eu d'extraordinaire, c'est que M. Magnin, mort il y a peu d'années, refusait, même à ses meilleurs amis, de s'expli(|uer sur ce qui concernait son intervention auprès de Marie-Antoinette. D'un antre côté, M. de Ceiuchesne cite une attestation, qui se trouve présentement dans les mains du baron llyde de Neuville, et dans la(|U('lle M. Magnin déclarait que, dans le mois d'octobre 1793, il a confessé la reine Marie-Antoinette, (lu'il lui a dit la messe, et <|u'/7 t'a commuuiee. (Louis Xf'U, touie II, page 13S.) ]

(1) Elisab< th-Philippine-Marie-Tliérèse, née à Versailles, le 3 mai 17G4, était le dernier oifant du dauphin, fils de. Louis W. Elle connut à peine son père, mort en 17G3, et elle perdit, en 1707, sa mère, qui était une princesse de Saxe. {Fojcz nos Mentoirrs, tome IV, page I9'i.) Élevée par la comtesse de Marsan et par madame de Mackau, elle annonça d'abord quel((ue raideur dans le caractère, mais ce délaut disparut bientôt par les soins de ses institutrices, par les |)rogrès de sa raison et par l'indiience de la religion. L'alibé de Moiitaigut fut chargé de son instruction religieuse. La jeune princesse aimait à vi;,iier la maison de .Saint-Cyr et le couvent des Carmélites de Saint-Denis, oii était madame Louise, sa tante. Elle se sépara avec peine, en 1775. de sa sœur aînée, madame Clotilde, mariée au prince du Piémont. En 1778, le roi, satisfiit de la maturité de raison de sa sœur, voulut que son éducation fut regardée comme terminée; mais Elisabeth, douée de tact et de prudence, et n'aspirant point à jouir de plus de liberté, conserva tous ses anciens maîtres, et n'admit dans sa société que les ilaines qui l'avaient élevée ou qui étaient attachées .à sa maison. Aucun cliaiigement ne se fit remarquer dans ses habitudes; les mêmes heures étaient consacrées

avoir partagé les dangers du roi et de la reine dons les jours les pins criii(iues, el ensuite leur capiiviié dans la tour du Ten»ple, elle avait eu la douleur de les perdre suceessivemenl : du moins elle put pendant quelcpjes mois encore les remplacer auprès de la jeune princesse, dont rage el la posiiiou avaient t^nl besoin de consolation et d'appui. Tout h coup, le 9 mai 1794, on vint la séparer de sa nièce, pour la conduire h la Conciergerie : elle parut le

aux prali'iiics «le leligion, à la licture et à l'étude. Il fut qiiestinii de niarii f M;idaiiu- ElisaJielh à (|iiel(Hies princes, mais ces alliaiu'es iiiaiif|uèreiit poîir diverses rai.-oin. Kn 1781, le roi lui acheta une maison de. campagne à v o!:— treuil, près Veriailles. La princesse y allait tous les jours dans la belle saison, y faisait Ses exercices de pictc avec sa société liahitiielle, et devint la hienlaitriee di's malluureiix dans tous les enTÏroiTS. Un trait recueilli 'par M. Ferrand u:oiitre quelles étaient dès lors la («ruielé d'auie et la reliicioii cclairée de la princesse. On lui avait donné pour licteur et hiMiolliécairc, sans sa participation, un lionune de letlrjs de ce tenips-lh, Chaniforl, htl •esprit fort léger cl très-peu religieux, cpii avait été ehargé de lui coiiiposcr une l)M>lioJii<'(|ue. Chamfort, auteur de romans et de pièces de théàlre, el lié avec \^s pliilosophes de l'éponue, eut l'indiscrétion de reni|!lir la hihliolhè«|ue de romans et livres pliilosophi(|iics. Madame Elisal)eth ne se jiiaignit point, mais elle n'ouvrit aucun des livres, et elle témoigna aux dain<'S de .sa société son désir qu'elles en fissent autant. {Eloge de madame Elisabeth, par Ferrand, Taris, 1814.)

Dès le tommencemenl de la révolution, elle prévit que l'issue en serait funeste;elle donna quelt] es conseils qui ne furent pas suivis; elle < hercha sa force et sa consolation dans la prière et résolut de ne jamais qnirter le roi et la reine. FUe était constamment aupri's d'eux dans les inoiiienis les plus crili(|ues : elle aurait pu sortir <!c France avec ses t'iites, en 1791; mais elle préfera suhir avec le roi, son frère, toutes les huiiiiliations, les privations et les dangers, alors inséparables de la royauté. Knfei-mec au i'eiuple, avec Louis XVI et Marie .Vntoimtle, tlle n'avait d'autre riccupjition que d'adoucir leurs maux, en s'oubliant elle-même ; el^ était poui leurs enfants une set onde mère, et leur prodiguait les soins les plus délicats. Rien de plus ediliant (jue les dét;iils qui ont été laisses sur la vie qu'ellr menait dans celle |)rison : la prière el la méditation y avaient clia(|ue jour leurs lieures marquées. Elle olwervait avec fidélité les jours d'abstinence. Quand on lui eut annoncé que les jours de la seuiaine étaient alxdis et <|u'ils avaient été remplacés par la dé<ade, elle ne deu)anda plus rien ; mais, p'iur rester fidèle aux saintes observances, elle se condamna aux plus dures privations ; ainsi, en carême, elle faisait son dîner du café au lait (ju'on lui apportait le malin et qu'elle gardait jusiiu'à mi<li, et, le soir, elle ne prenait que du pain. Au moment ou die fut oi)lif;ée de quitter sa nièce, elle l'cxborta avec fermeté ii mettre sa confiance en Dieu, à rester fidèle ;i la religion, et à ne jamais oublier les recommandations de son pi re et de .'■a mère..

ANNLIE im. 287

lendemain clevan( le (ribunal révolniionnaire, en conipagn.e de ving( tiiialre personnes, inconiuies les unes aux aulres, et loiuerois enveloppées dans l'accusai ion banale de coiispiralion. Condamnée à mort, elle employa les derniers moments à exhoilcr ses eom|)agnons d'infortune; et elle leur donnait elle même l'exemple de la résignation la plus Jouclianle(l).

[[Ce cpi'il y a eu peut-èlre de plus monstrueux dans les crimes de la révoluiion, c'est la conduite qui lut tenue à 1 égard du jeune piince, à qui un père et une mètc avaient été enlevés d'une manière si tragique (2), Ce u'«;st plus seulement ici un régicide; c'e>t un assbssinat moral, par lequel on chercha volontairement d'aboril à dégrader, puis à éteindre par un ennui mortel et par le marasme, un enfant âgé de huit ans, dont la desiinc'e avait éié de régner sur la Fiance; telhi est Taccusafion qui pèse nonseulemenl sur la Commune de Paris, qui était chargée directement de la surveillance du Temple, mais sur la

(1) Nous .ci(«-ions le téiiioigiinge rendu à Madîinic Elis:i))(.-lh, par la <luchessc d'Ani^oiili'iiif, «Inns le lUcil des éi'eiieiiients anives an Temple, Paris, I8''4 : « I)f|)uis V.f^e de (|niize ans, elle s'étair diiiiiiée h l)itn «t m- *t songeait ([n'a son salnl ; depuis 1*90 que j'ai élé pins en etnt de l'iippré- » cier, je n'ai vu en (lie que religion, aniniir de Dien, lidiieui' du peehé, » douceur, piélé, modeslie et grand atlaelieineiil pour sa lanijlle, jiour ia- » ([ueile elle a sacrifie sa vie ; je n'en puis dire assez de bien po r les honn tés qu'elle n enes pour moi et qui n'uni fini ([u';ivee sa vie. Klle me re- » garda et me soigna eouime sa fille, el je l'iiouorais comme une seconde » niere ; je lui en ai voue Ions les senlinients. »

L'ablié l'^f'gevMirili, dans ses Mémoires, parle avec une Iwnite estime d( ^Madame Klisaheih. Il avait trouvé moyen de corre.'])ondre avec elle depuis Kiènie (ju'elle éiait au Temple; elle inserait ce (pi'tlle lui écrivait dans des pelotons de soie : il regrettait vivement d'avoir élé obligé de sacrifier toutes CCS lettres dans un moment de visites domiciliaires.

[[Sur tout ce (|ui concerne le séjour de toute la l'aniillc rojale an ïeinple. nous croyons ((u'on doit surtout consulter l'ouvrage de .M. de Bcaucliesue : Lout% Xf'll, sa rie, son ngonteet su morl, 2 vol. iu-S".]]

(2) I^ouis-Cbarles, fils île !,( uis WI et de Marie-\ntoinette, était né à Ver.sailles, le 27 mars 17Sô, et reçut en naissant le titre de duc de Normandie. Il dexint danpliin par la mort de son frère aîné, l,oiiis-.loseph, décédé h Memlou, le 4 juin 17K<). Son premier instituteur l'ut l'.vimable el verlntux abbé Davaux, et même le prince n'en eut jamais d'antres, la révolution étant venue mettre d'une manière si funcsli des obstacles à son éducation.

-igg . ANNKE 1793.

Conveniion elle-même et en particulier sur le Comité du saUit public, dont la Commune exécutait les ordres.]]

Dès les premiers temps du procès du roi, le 10 décembre, on avait séparé le Dauphin de son père; mais du moins il avait conserve les soins de sa mère et de sa tante. JAutenlal du 21 janvier lui donna peu après un titre fatal, qui appela sur lui la haine des factieux, puisque c'était désormais sur cet enfant qu'au dedans conmie au dehors de la France, reposait Tespérance des amis de la monarchie. (L'avènement de Louis XVII avait clé proclamé dans la Vendée, à Montbrison et ailleurs.) Quelques projets conçus pour le tirer du Temple dans le cours de juin 1793, éveillèrent l'attention du terrible Comité du salut public, qui rendit le 1" juillet le décret suivant: <i Le Comité du salut public arrête que le fils de Capet )) sera séparé de sa mère, et remis dans les mains d'un » instituteur, au choix du conseil général de la Com- » mune (l). )' La mesure fut exécutée deux jours après; à riiisligation de Marat et de Robespierre, la Commune avait choisi pour instiluteur le cordonnier Simon^ homme brutal et ignoble, qui avait pour toute recommandation Texallation même de son jacobinisme (2). Quelques jours après une députation de la Convention, étant venue examiner la situation des prisonniers, déclara à l'Assemblée que tout était bien, et qu'elle avait trouvé lejîls de Capet jouant tiampdllenient avec son mentor, h' instituteur devint donc le tyran d'un prince, en qui les plus aimables qualités s'étaient développées au milieu de tant de malheurs : il s'acharna avec une horrible cruauté à flétrir

(1) A la comiiiHiie insurrectionnelle du mois d'août 1793, (voyez plus haut, page I9S) en avait succédé une autre animée du même esprit, et composée <les mêmes hommes, dévoués à Robespierre et aux Jacobins.

(2) Le cordonnier Simon était le voisin et le disciple de Marat. Il s'était rendu cher à Robespierre, parée que, vers le milieu de juin, il avait dénoncé un projet formé pour la délivrance des prisonniers du Temple, et parce qu'en sa qualité de commissaire de la Commune il l'avait, en effet, déjoué, quoiqu'il n'en connût pas les détails. Foyes, en ce qui le concerne, l'ouvrage de ^I. de Reauchesne, Louis XFII, etc., tome II.

ANNKK 1703, 289

c! à dessécher celte lendre (leur. Personne n'irnore les mauv;;is irnitcinenfs, les Indi.'jncs violences que Ini cl sa remnie, non moins i.jjnoble c|no lui, cin|)lovaicnl ;i l'c.^ard du jeune prince. Ce qui révolle suiiout, ce soni ks cfroils ("ails pour le dépraver; ce sont ces chansons p,rossières qu'on roblifieait h répéier; ce sont ces dépositions sans nom qu'on lui arracha contre la reine sa mère, par loule espèce de moyens, par l'ivresse, par les coups, et qu'on lui fit sip,ner sans qu'il les eût lues.

Simon quill.i le Temple le 19 janvier 1794; et alors commença pour Louis XVlî une autre situation non moins alïreuseque la précédente. Le Comité de salut puhlic, inlorpellé par la Commune sur la nomination du successeur *de Simon, avait (h'claré qu'il était i/niiiledc s'en occuper, et que les membres du conseil devaient, seuls swveiller les prisonniers. Munis de cet ordre, Chaumette cl lléberl, qui dirigeaient tout ce qui concernait le Tenqile, firent sévèrement séquestrer le prince (l). Enfermé dans une soi'ie de cachot ténébreux, où l'air n'était jamais renouvelé, il fut plus de six mois condamné à inie solitude entière, cl privé de toute espèce de soins, à l'exception d'une nourriture ;irossière, qui lui était servie par un étroit guichet. Il est surprenant qu'il n'ait paspromptement succombé à un trailement qu'un honniie fait eiîl pu à peine soutenir. Durant ev. long intervalle, qui fut réj)oque la plus sanglante de la révolution, aucune voix n'eut réclamé impunément contre un traitement si barb ne.

Dès le lendemain du 9 thermidor (28 juillet), Barras, <{ui était un des triomphateurs, vint visiter le Temple, et

1) Doux mois après, le 24 mais J79i, HiIxtI d ll^ lli licrtislts mor.taiiiit à l'échafaud, coniiin; coiipal)li'S d'un c(iin)il(il tr:n(l<iiit it piacurer l't-i'asion <le Louis Xf'/r. Dij.i, d»s le (cnij.s du proies de la i< iiir, IIiIxti, qui avait \>urdi une traîne infernale pour arraclier au jeune piiiue d'infauies aeeusalions contre la reine, avait été accuse, par IioljespijTre, d'avoir eu pour liut de provoquer le peuple à un soulèvement en faveur de celle priniesse, en .ippelaiit l'intérêt sur elle. [Diitcvs tir iVopoléou, cifiis par M. de lieaueliesne, tome II, pa;;e 164.) Quelques jours après l'exteulion d'Ilthert. savoir le 13 avril, c'était le tour de (>linnriielte, etc.

290 AN.MilE 1793.

confia le jeune pilnce à des gardiens qui furent moins impitoyables: on commença à s'occuper de ses besoins, et ces soins augmentèrent graduellement. Il élait trop tard : atteint de marasme, il ne voulait plus parler : ce ne fut qu'au mois de mai 1795 qu'on se décida à lui envoyer «n médecin, qui déclara que l'épuisement était extrême, et qu'il fallait transporter le malade à la campagne. On n'eut garde de prendre ce moyen, et le prince mourut le 8 juin suivant, âgé de dix ans et deux mois (1).

11 ne restait plus au Temple que la princesse royale, Marie-Tbérèsc. Son courage l'avait soutenue au milieu des désastres de sa famille, et d'une longue solitude, qui, sans être aussi dure que celle de son frère, fut cependant

(11 De tout ten)])S, des imposteurs ont essayé de faire revivre des personnages importants et de s'emparer de leurs noms pour jouer un rôle. Plus d'un intrigant a prétendu être Louis XVII, et a l)àli des fables jiour expliquer son évasion du Teniplc. L'amour du merveilleux, la crédulité, la haine de la révolution ont pu seuls donner quelque crédit h ces suppositions mensongères. En 1802, un nomuié tiervagault, fiis d'un tailleur de Saint-Lô se fit passer pour Louis XVII, et drhita un roinnn h l'aide duquel il trouipa bien des personnes; ses escroqueries altirèrejit l'attention de la justice, et il l'ut condamné à Pieims, le 3 avril 1802, à quatre ans de prison. A l'expiration de sa peine, il fut détenu comuie prisonnier d'Etat, et il mourut à Bicètre, le 8 mai 1812. T'.n 1813, un nommé Bruueau, né en Anjou, voulut jouer le même rôle, et fil des dupes; il fut arrête ; son procès eut un grand retentissement; on entendit un grand nondu'e de témoins. Enfin l'imposture fut constatée, et, le 19 février 1818, le tribunal de l'iouen condamna Bruneau a sept ans de prison comme v.ig:ibond, faussaire et escroc. Plus récemment, un soidisant duc de Normandie parut sur la scène, et publia des Mémoires sous ce nom. Il ])arvint à faire illusion à Lien des personnes estimables, jusqu'à te que la police l'eut fait transporter Lors du royaume. Cet imposieur est Prussien, et était dernicriment à Londres, oii il prétendait établir une nouvelle religion. Voir WUni de la Religion, numéro du 24 noveniLre 1838, tome XCIX.

Nous pouvons citer encore dcu.\. autres faux daui)liins, Victor Pcrsat, condamné à Rouen en 1824, relâché parce qu'il promit de renoncer ii ses folles prétentions, mais condamné de nouveau à Pontarlicr en 1831 {v o\t V J mi de ht Religion du 10 novembre 1831, tome LXX); et Hébert, soi-disant baron de Eichemont, condamné à Paris, le 3 novembre 1834, à douze ans de détention.

Sur tout ce qui concerne Louis XVII, on doit lire les Mémoires historiques sur Louis Xf'II, par Eckart; [[mais surtout l'ouvrage précieu.x publié par M. de Beaucliesne, Louis XFII, sa vie, son agonie el sa mort, 2 vol, in-B», Paris, 1852.]]

blencrucllf. Celte silualionb'aiiiclioraj^radiiellciiient après le 9 ilicrniitlor, et surtout dans le courant de 1795. Quelques jours après la mort de Louis WII, le 18 juin, une dépulatlon de la ville d'Orléans vint courageusi luenl demander à la Convention elle-même la mise en liberté de la fille de Louis XVI (l). Le 3 juillet, il fut slaïué, par une loi, qu'elle serait rendue à l'Autriche en éclian{j;e de rcprésentanisdu peuple et d'auires prisonniers: et cette loi l'cçut enfin son exécuiion le 18 décembre suivant (-2). Maric-Tbérèse put aller bientôt après partager l'exil de son oncle Louis XVIII : la Providence la destinait à bien d'autres vicissitudes.

— Le 21 octobre. Nouvelle loi contre les prêtres, dite du 30 'vendcniiaire. La loi déjà si cruelle du 23 avril, aggravée par (pielqucs dispositions qui y avaient été ajoutées depuis (3), ne sullisail plus à la haine des persécuteurs. Les coalitions extérieures et les soulèvements des provinces, les succès qu'obtenaient quelquefois les armées ennemies, étaient pour eux autant d'occasions d'appeler de nouvelles uigueurs contre les prêtres, dont ils redoutaient princi|ialement l'influence, et dont ils supposaient d'ailleurs la présence dans les armées que la république avait à combattre. C'est ce qui peut uniquement expliquer la loi du 30 vendémiaire, loi de sang, qui ne parle que de niort, de déportation et de réclusion; qui récompense la dénonciation, qui condamne l'hospitalité même comme un crime. Rien ne prouve mieux combien alors on avait hâte d'en finir avec les prêtres.

(1) Cette tuucliaute pétition est rapportée par M. de Deaucliesnc, tome II, page 418.

(2) Le 18 déccmljre, la jeune princesse sortit du Temple et fut conduite à Bàle, ou elle fut échangée, le 27 du même mois, contre l'antien ministre de la guerre, Iiournouville, les députes Camus, Bancal, Quinette et Laiiiarche, que Dumouriez avait arrêtés et livrés aux Autrichiens en 1793, et les diplomntes iMarck et Sémcmville.

(3) Une loi du 27 juin ordonnait que les prêtres condamnés à la déportalion seraient auparavant exposés sur l'éeliafaud. Une autre, du 17 septembre, décLirait ([ue les décrets relatifs aux tiuiigvcs étaient de tout point applicables aux déjioilés.

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