‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 2)Chapitre 13 sur 21 · ANISÉE · texte numérisé non relu

ANISÉE

on se disputait les dépouilles, et chacun aspirait an pouvoir. Robespierre avnit déjà obtenu la jîrépondérance dans le club des Jacobins, et dans le Comité du salut public, dont lautorité presque absolue s'affermissait (i). En parlant avec sa violence habituelle contre les prêtres réfractaires, il affectait le déisme et même le zèle pour la liberté des cultes : l'inflexibililé avec laquelle il poursuivait ceux qu'il accusait de déprédation ou de trahison l'avait fait surnommer V incorruptible, et le rendait l'effroi d'une foule d'hommes trop réellement coupables des plus grands crimes. Deux sortes d'ennemis lui tendaient des pièges, dans lesquels ils furent pris eux-mêmes, les enragés, ou ultra-révolutionnaires , qui demandaient toujours du sang, et qui poussaient tout à l'extrême, et les indulgents, qui commençaient à déplorer les rigueurs employées contre tant de victimes. Ces derniers avaient pour chefs Danton, Chabot, Camille Desmoulins: ces noms odieux font comprendre quel était le mobile secret qui les portait à récliimer l'indulwnce. A la tête des autres étaient les principales autorités de la Commune de Paris, qui voyaient avec dépit s'affermir la puissance du Comité de salut public : c'étaient surtout Chaumelte, procureur de la Commune, et Hébert, son substitut, le même qui, sous le nom de Père Duchesne, rédigeait un journal incendiaire; avec leurs adhérents, Momoro, Vincent, et autres. C'est cette dernière faction qui eut sur les abominations du mois de novembre l'influence la plus décisive : connaissant Ifc mauvais esprit et la corruption d'une grande partie des membres de la Convention, ils résolurent de faire dominer l'athéisme le plus grossier, et en même temps le plus intolérant: telle était la voie par Inquelle ils espéraient diminuer l'influence de Robespierre, le renverser même, et s'emparer à leur tour du pouvoir : leurs lenlalives tournèrent contre eux-mêmes, ainsi que nous le dirons

(1) p'oyez plus liant, page 27G, le précis de la loi du 5 octobre sur le gouvcriicniciît icyolntioii/utiie.

ANNl'E nn.l. 209

bicnlùt. C'ost dans les rôdiiions secrètes du dernier jiarli que lut préparée d'ahord la triste seène du 7 novembre, et la lète plus odieuse encore du JO du n)ème mois.]]

Nous avertissons que les détails que nous allons rapporter sont puisés dans les Proccs-x>eihaux de In Convention (I) cl tlaiis le Moniicur. Le président l'ail lecture d'une lettre des autoi ités constituées de Paris, (p>i |)()rte : « Les autoritf's conslitiK'es précèdent dans votre sein le » ci-devaul é\é(jue de i'aris cl son ci-devanl clerjjé, qui » viennent, de leur |)ropre niouvcnjcnl, rendre à la raison » et à la justice éternelle un lionnnage éclatant et sin- » cère. » Elles sont admises. L'orateur de la députalion dit : « L'évéque de Paris, et plusieurs autres prêtres con- )) duils par la raison, viennent se dépouiller ici du ca- )) raclère que le«n' avait iinpiinK* la superstition — » Gobel, évè(|ue <;onslitntiûnnel de Paris, prie les rcprcscnlants du peuples d entendre sa déclaration. (< Né plébéien, j'eus )) de bonne beure dans làuic les principes de la liberlé )) et de ré(;alilé :... Anjourd'bui que la nation niarcbc » à grands pas vers une révolulion bemcusc,... aujour- )) d'bui qu il ne doit plus y avoir d'autre culte public et » national que celui de la liberté et de la sainte éfjalité, )) puisque le souverain le veut ainsi-, consécjucnt à mes » principes, je me soumets à sa volonté, et je viens vous » déclarer ici bauiement que, dès anjourd'bui, je renonce » à exercer mes lonclions de aùnistre du cullc calbolique.

(1) Proccs-vcrhaux de La Coiwention, toiiii' WV, ii:ii.;i; ■i? tt suivantes, jiisr|ii';ni (oiiic WVIf; cl Moniicur, sraiirr du 17 In iiiiKiiic an ii t'I jours suivants. iNniis iic l'aisoiis coiiiiikik or ces (IrCct iions <|ii'au 7 novi iiiliri', partique c'est alors (piV-lles curcnf le ])lus (r«(l;il. Il y m avait eu |ioMitant qiiclfiucs-nncs avant cfttc <|>i (|iir. I.a piciiiirri- in ilalc paraît i-i'l'r lU- Marron, iiiiiiislrc protislant, qui, dès le 1 ii oiioiirr, a])po ta quatre eoupes, seules pièces d'urf^enteiic de son culte. Ce ((ni ne l'enqu'clia pis de devenir, dans la suite, ])résident du consistoire protestant et pasteur du teuq)lc de l'Oratoire. Il mourut du ilioli-ra, le 3l juillet l8-5'^.

Les autres alijuralions nienlionnées dans les l'rocrs-vrrbfiiix de lit Convention, avant le 7 novenilire, sont celles de Dunaud, prêtre à l*aris; Mietiirl, vicaire rpiscopal à Coutanees; un ablic, Clieniin ; Spitallier, à Sainl-Omer; Cazalis, );énovefain; Savouré, à Dourdan; Rernani, meinhre de la loniniune •lu 10 août.

300 ANNÉt; 1703.

)) Les cllovens, mes vicaires, ici présents, se réunissent îi » moi. En conséijuencc nous vous remellons tous nos ti- » très. Vive la républiciue 1 » Gobe! et treize de ses vicaires cpiscopaux sit^nenl ce'te déclaration. Elle est suivie de longs applaudissements. Le président félicite Gobel e; son clergé de la démarche qu ils viennent de faire : « Ciiovens, dil-il, qui venez de sacrifier sur l'autel de la » patrie ces hochets goibiques de la superstition, vous ^) êtes dignes de la républi(pH\ Citoyens, qui venez d'ab- » jui-er l'erreur, vous ne voulez prêcher désormais que la » pratique des vtM'l us sociales et morales. C'est le culte que » l'Èire suprême trouve agréable. Vous êtes dignes de )> lui. » Les citoyens qui sont à la barre sont admis au,x lionneurs de la séance. Ou lesarcueille avec transj^orl, on les couvre d'a])plaudissemenls. G'. bel dépose sur Tanlel de la patrie sa croix et son anneau. On lui présente le bonnet ronge; il le met sur sa tcle. Le président lui donne l'aceoiade fraternelle, en avertissant qu'il la donne, non à révê(jue de i'aiis qui est un élre de raison^ mais au ciloven Gubel (\).

(1) Grt'goire, dans son Histoire des sectes religieuses, 2'^ tdilion, tome I,

page 70, donne une anire relation de celte partie de la sé.ince Quoique

son tenioignaj;e puisse être un peu suspect, et ([u'il eût inleièl à atténuer les

scandales de sou parti, nous reproduisons néanmoins son récit, en faisant

remarquer qu'il déclare lui-mèjne n'avoir point assiste au coninii ncenient de

la séance. ■ Dès la veille, dit-il, Léonard Bourdon avait prononcé au du!»

» des Jac(t)jins un discours rempli d'iinpietes grossières, et qui semlilail pn-

» parer aux scandales du lendemain. i,e même jour, Clooï et Pereira se

» rendirent, à on/e heures du .soir, chez Gobel, (jui était couché, et qui se

» leva |)0Ur les recevoir. IK lui proposèrent de se rendre à la Convention el

B d'abjurer ses erreurs. 11 répondit : Je ne connais pas d'erreurs dans ma

» religion, et je n'en ai point à abjurer. — Il ne s'agit pas, lui «lirent-ils, d<

» discuter vos principes, mais de vous sacrifier h la chose publi(|ue, <'t d*

» céder au vœu du peuple en abdiijuant vos fonctions dont il ne \eiit plus.

» — Si tel fi/, repond-ii, le vcfu du peuple, c'est lui qui nia du, c'at lui

n qui me rein'nie ; mais je demande ci consulter mon coïKcil. Au conseil

» tenu le lendemain malin se trouvent dix-sept viiaires, dont quatorzi

» opinent pour la démission et trois s'j opposent. IVapiès l'avis de la nia,|o-

» rite, on se rend à l'Hôtel de ville, ou Cliauinetle expose les moul's sur lc.>-

» quels il prétend fonder la nécessite d'abdiquer. I.ii, sans doute, comme la

B veille, des caresses, des promesses, et surtout des menaces el l'annimce de

» dangers imminents en cas de refus, suppléèrent à l'absence de raisons so-

ANMili 1793. ;)0i

IMiisieurs pièlrcs, iiioniijres do la Convcnlioii, se pré- • ipilonl à la tribune. Coupé, de rOisc, se rn/'pclfe qu'il a élc curé de campaijue, et déclare avoir déjà renoncé à son titre et à ses fondions. I.itidei, évèijue de I l'^tii'c, annonce <|u'il na jatnais prêché (juc la pure momie, t/u'i/ a été la premier à se nuirier (il l'était en cnét depuis un an) et qu'/7 iil>(li(/ne. Il demande qu'on oif;anise des fêles nationales. Jidien, de Toulouse, niinisire proleslant, se félicite de voir le jour de la raison et la destruction du fanatisme, et ne veut plus (rauire culte qiie la pairie, ni d'autre évanf^ile que la c^onsiituiion (l). L'évéquede Loir-et-Cher prend la parole. « J'arrive en ce moment dans l'asseni- )) blée, dit-il, et l'on vient de m'apprendre que plusieurs » évé(pies ont abdiqué. S'agii-il de renoncer au fana- » lisme? Cela ne peut me re;;ar(ler: je l'ai toujours coin- » battu. Les preuves en sont d.nis mes écrits, qui respl- « renl tous la haine des rois et de la supersiiiion. Parle-t- ) on des fonctions d'évèquoi' Je les ai acceptées dans des

» li<le.s. Giiix'l, siiLjiigiit' |)ar la lerrrur, est traîm;- plutôt (|iie roiuliiit par « une Ijnnde de l'ortenés à la han-c de lu (.luiiMiitioii. Là, d'une viiix treiu- >î Iilantc, il déelare que, cctliuil à ta voix iiiipcrieuic de l'o/niiion /jublin que, qui reiiolisfc son ininisti i r, il ahi/liinc, sans ajoiiler un seul mot » qui Iroissc les do^nu s ni la morale. Mais, sui-Ut-Llianip , son discours » est falsifié par l'orateur de la tK.iipe qui s'est chargé du tommentaire. « ^-Ibdicntloit nigni/le abjuration du i.hai talani!,}iic, tionri âge à la raison, n qui i'ctci'c irioiu/jliiuili' itu-tlessus <tvs mônicrir:; i elii^icutes. Le fiaeas ■> des applaudissenieiits est inlerrom|)U pour entendre la réponse de I.iiloi, » président, et celle réponse, assortie à la Iiaraiij;ue de Cliaumelte, provo- » (JUC une salve d'a])p!au(lissenicnt» )iouveau\. Goliel, attristé, trouble et ■■ presque anéanti, se retire. »

Nous ne dematiderious pas mieux que d'adinilde le récit de (Jrcgoire, quni(|n'il ne fût point présent ù cette paitic de la séance ; mais coninient n'a-t il pas <l(iuné le texte même du discours de Gobel à la ('onvcntion 1' Nous le viiyoïis miiiitrcr pins has un peu de mauvaise foi : car |)ailaia de la lettre de (johel à l'alihc l.ollirin;;ir pour le prier tie lui donner l'al^idution a son passai^c ])Our aller a recharau<l, il omet <le dire (|ue (Jol>el si^na sa lettre cr<?(/He de l.ydda , ce ijui inditpie que (johel renonçait à son titre scliisniati(|ue. Celle réticence all'iMlce de (îrégoire sur un point si essentiel dans la circonstance nous sepiLle intirnier un peu son léuioiguai^e.

;l) Quelques jours après (le 18 novcinlire), le Comité de salut public ordonnait l'arrestation de quatre indutgeuls, Cliabol, lîasiie, Delaunay et ■lulien de Toulouse. Chabot et Dasire avaient eu\-!nèmes denoun' .Iulirn, comnn' ro-spablc de concussion : celui-ci parvint «^vul à s'échapper.

)) temps dilHciles, et je suis disposé à les abandonner quand )) on le voudra (l). » On lit deux ledres^ l'une de Gay-\ernon, évêque de la Huule-Vienne et niendîrede la Convention, qui déclare qu'il a soupiré après le moment actuel, et qu'il obéit à la voix de la raison, de la philosophie et de

(1) Nous avons suivi ici littéralement le Moniteur Aa 8 uovembie ; mais nous devons leconnaitre que Grégoire a donné une version loule difl'érente dans son discours. Dans son Hiiloirc des iccles religieuses, tome I. page 70, et dans ses Mémoires posthumes, tome H, page 33, il rend compte de la séance de la Convention du 7 noveuilire. 11 dit qu'on voulait obtenir de lui sa démission, et qu'on le sommait de renoncer à la sii/ierstition et aux niomeries sacerdotales. Voici son discours tel qu'il le rapporte :

o J'entre ici, n ayant que îles notions très-vagues sur ce qui s'est passe » avant mon arrivée. Ou me parle de sacrifices à l;i patrie, j'y suis habitué. » S'agit-il d'allaclienient à la cause de la liberté? Mes jireuves sont laites de- » puis longtemps. S'agit-il du revenu allaché aux fonctions d'evèqiie? Je » l'abaiidoune sans r<gret. S'agit-il de religion'.' Cet article est hors de votre » domaine, et vous n'avez pas droit de ratta((uer. J'eulends parler de fana- » tisme, de superstition... je les ai toujours combattus ; mais qu'on définisse » ces mots, et l'on verra <|ue la superstition et \e fanalisrne sont <liauiétra- » lenient opposés à la religion. Quant à moi, catholi(|ue par conviction et » par sentiment, prêtre par choix, j'ai été désigné par le peuple pour être » évêque; mais ce n'est ni de lui, ni de vous, que je tiens ma mission. J'ai » consenti à porter le fardeau de l'episcopaf, dans un temps oii il était en-- » louré de peines; on m'a tonruientc pour l'accepter; on me tourmente au- » jourd'hui pour faire une abdication qu'on ne m'ariachera pas. J'ai tâché de » faire du bien dans mon diocèse; agissant d'après les principes sacrés qui » nie sont chers et que je vous défie de me ravir; je reste évê(iue pour eu » faire encore. J'invoque la liberté des cultes. »

Grégoire assure que ce discours fut sinivent interrompu par des rugissements, qu'on voulait étouffer sa voix, qu'on lui jetait des regards menaçants, qu'il crut prononcer son arrêt de mort, qu'il eut, pendant dix-huit mois, le spectacle de l'échafaud. 11 serait possible qu'ilyeiit, dans tout cela,' wn peu d'exagération. Grégoire n'aurait pas été fâché de paraître avoir eu sa part de la persécution contre les prêtres; mais il resta toujours membre de la Convention. Il était membre du comité d'instruction publique, oii il faisait des rapports sur divers objets; il siégeait à l'Assemblée, lors(]u'on y rendait les lois les ])lus atroces; on ne voit point qu'il y ait fait entendre aucune réclamation eu faveur des prêtres proscrits. Cependant, dans tous ses écrits, il se félicite de son courage. Dans une lettre pastorale de 1795, il se vante d'avoir confessé Jésus-Christ dans la séance dont on vient de parler, quoique dans son discours il n'y ait pas un mot sur Jésus-Christ. Ce discours, même tel qu'il le rapporte, n'est pas exempt de jactance. On n'avait pas tourmenté Grégoire j)our le faire évêque. Il en impose quand il dit que ce n'est ni du peuple, ni de l'Assemblée qu'il tient sa mission. De qui la tenait-il donc? Ce n'est pas de l'Eglise qui a protesté contre sa mission, et (jui ne l'a jamais reconnu comme évêque légitime.

AN'NËE 1793. 303

la libellé (1). La seconde lettre était de Lainnde, évèqiiede la Meuitlie: Il aljdi(|iiait pour toujours les fondions ccclcsiasliques, ne voulait plus d autre lilre(|ue ceux de ciloyen et de républicain, cl déposait sur l'aulel de la patrie son anneau et sa croix. Villers, curé, n)endjic de la Convcniion, annonça qu'il renonçait à sa (pialiié de prêtre. Gonuuaiie, vicaire épiscopal, fit uiicdéel. nation semblable. A partir de cette séance de la Convention, monument si déplorable de terreur et de vertige, dans presque toutes celles qui suivirent jusqu'à la fin de novembre, on lut à la tribune des actes d'apostasie, envoyés de toutes les partics de la France par les évéques et les curés constitutionnels. Toutefois il est ici une remarque importante à faire ; c'est que le J/o/i/Y^«/' rapporte rarement le texte précis des lettres et déclarations envoyées à l'Assemblée-, il est permis de croire que les rédacteurs, guidés par cet esprit satanique, qui semblait alors diriger tout, ont plus d'une fois forcé les expressions, et donné le caractère d'une complète apostasie à des actes de faiblesse bien répréliensibles, mais qui vraisemblablement n'étaient pas d'une nature si odieuse. Quoiqu'il en soit, il est trop certain que ces mêmes scènes se reproduisirent en mille endroits des provinces devant les administrations des départements ou des communes. Les exemples des principaux membres du clergé constitutionnel, les menaces des représentants en mission ou des autorités locales, les discours des clubs, la terreur qui régnait alors, enfin l'entraînement des passions, qui

(1) Nous avions ttéjà signalé plus haut, page 182, un jjrcnùcr acte de Gaj- Vernon. IJcpuis, sa conduite fui de ])lus en plus impie. I.cs Annales de la Religion, journal rédigé |)ar les coiisiitutionnels, lU si^u.iliiit plusieurs circonstances, l^n 171)9, étant commissaire pics de l'administralion de la Somme, il écrivit à l'administration d'AhlicvilIc pour se plaindre d'un service celéljré dans cette ville pour Pic Vi : la l«-tlre si:;nalait ce service coninii- Vacle le /dus aOutiile et le plus immoral. (Ju osait dire (jue Pie \\ était un impie que Rome même m'ilie mepriiait ; qu'une crapule honteuse déshonorait, etc., etc. C'est à cette occasion que le journal cité portait ce jugement : Il faut ai'ouer qu'un th'éque iniiiie est un vil coquin. [j4nnales de la Religion, tome IX, page 62i.) Gay-Yernon mourut, eu 1822, près de Limoges.

30 i ANNKE 1793.

ne sont janviis plus l'orles que quand on s'est placé «]ans une siiuatioii coniraire à la conscience, tout contribua à nmliiplitr alors les apostasies.

[[Ces tristes monienls donnent du moins une leçon bien importante ; c'est qu'une fois que les ministres du Seigneur oubliant l'obéissance qn ils doivent h l'Eglise, cèdent làcbemenlà la crainte ou à riniérèl, ils ne jKMivent prévoir à quelles limiies ils s'arrêteront ; et «;'est ici que Vahime appelle Vabime. Ni les talents, ni le sentiment de sa di- (j-iiilé, ni l'bonneur, n'oHient une barrière qu'on soit assuré de ne pas francbir. De quel opprobre en particulier ne se sont pas couverts un grand noiiibrc de ces abbés pbilosopbes, qui n'avaient pas rougi de contracleravec les incrédules des liaisons (jui paraissaient n'avoir pour objet que la culture des lettres ou des sciences, et qui ayant laissé la Coi s'éieindre dans leurs cœurs, donnaient alors la preuve de toute lein- faiblesse; Ce que nous aurons à dire bientôt sur le mariage des prêtres consliiutionnels ne pourra que forlKii-r ces graves réflexions (l).JJ

(1) Voici, relativement h cette triste histoire tic l'iijjostasie j>iil>li(iue, ce que nous trouvons de ^lus renianiuablc tlaiis les Prvcès-P'erb'iux de la Convention et les monuments de l'époque ; nous commençons par signaler la dérection des évèqucs et des prêtres (|ui a])|)ai tenaient à l'Assemblée, et dout quelques-uns ont jo\ie uu rôle polili(|ue plus ou iiioius important.

Dés le lendemain de la déplorable séance du 7 novembre, Seguin, évêque du Doubs, allirma qu*/7 n'tiwail accepte les fonctions épiscoiiales qu'avec rcptignaiice, et qu'il roulait redevenir iinijile citoyen, pour ne plus prêcher que lu morale qu'il avait toujours eue dans le cœur, l'amour de la liberté et de l'égalité et la soumission aux lofi.

Massieu, évèque de l'Oise et membre de la Convention, était en mission dans les Aidennes, lors(|ue les apostasies commencèrent. Des le 1 1 novembre, il écrivit ;i l'asseuibli e qu'il renonçait à ses fonctions et qu'il allait se marier; ce qu'd exécuta peu après. On lit, dans les .1 anales rie ta Religion, tome I, page IGG, publiée» par les constitutionnels, que, le 17 novembre 1703, il se joignit aux Jacobins de Mézières pour promener dans les rues uu mannequin ie|)résenlant le l^ape jiorte sur nn âne avec ses babils pontificaux; cette mascarade finie, on se rendit dans les églises, ou tout fut mis au pillage. On ])laça dans l'ostensoir un papier Lbinc, et le lieu saint retentit des blasplièmcs les plus odieux. Plus tard, les habitants de Pieims, de Bcauvais et de Vitry, dénoncèrent Massieu comme ayant excité au meurtre et au pillage, cl fut assassiner les meilleurs citoyens; mais il fut amnistié par la loi du 4 brumaire 1795: il sortit dejniis de l'rance et mourut .à lîruxelles en 1818.

ANNLli: 1793. 301;

La Providence donna en même temps une antre leçon aussi juste que sévère 5 c'est que ces actes de làclieté et

Hugiiet, évèquc de la Creuse qui avait égaleiuent voté la moil <la roi, abjura aussi ))ar une leltre à l'AsseMililrc. Il ddiina depuis dans le jacobinisme le plus exalté, et, après le i) lliermidor, il se lia avee clés démagogues exaltés pour ressusciter la terreur. Arrête à l'oicasion du complot de Grenelle, il fut fusillé comme anarchiste, le 12 octobre I79G.

Parmi les prêtres qui siégeaient à la Converition, on va remarquer des noms (|iii sont restés plus ou moins tristement eélt'bres.

Joseph Lebon, d'abord Oratorien, puis curé constitutionnel de Neuville, près Arras, devint ensuite maire d'Arras, procureur syndic du Pas-de-Calais et membre de la Coinention, oti il n'arriva (|u'a])rès la mort du roi. Nous aurons à rapporter les horribles cruautés par lesquelles il signala sa mission à Arras pendant le règne de la terreur,

Du(|uesnoy, ancien religieux, avait \oté la mort du roi, sans appel et sans sursis. Avant été envoyé à l'armée du Nord en qu.ilité de représentant du peuple, il s'y fit remar(|uer par ses exagérations républicaines. Ayant jiris part à l'insurrection jacobine du 20 mai 1795 (1^' prairial), il fut condamné à mort le 1 G juin suivant, et se poignarda après avoir entendu son arrêt.

Chabot, ea|)ucin, avait été un des ])reniiers à (|uilter son eo\ivent. Grégoire, rjui aimait ii s'environner de chauds partisans de la Révolution, l'avait élu vicaire épiscopal à Blois. Lorsqu'il eut été nommé député, d'abord à r.\ssemblée législative, puis à la Convention, il obtint par ses fureurs même une sorte d'influence. 11 vota la mort du roi. Le 8 novembre, il apostasia au sein de la Convention, et bientôt après se maria. Il encourut plus tard la disgrâce de I\obesj)ierre. Traduit au tribunal révolutionnaire, il s'em])oisonna, et cc|)en(Iant il nxiurut sur l'échafaud, le 5 avril 1794.

L'abbé Sievès, ([ui avait mar(|ué, dés le commencement de la lîévolution, par une brochure célèbre [voyez, tome V, page 313), et qui avait aussi vote la mort du roi, fut un des premiers à faire acte public d'apostasie. Ia- 8 novembre , il déclarait que, depuis lo/igleinps , il a/>ijcl(iil le liiomithe de la raison sur la superslilion ; qu'/V se rejouissait tle l'oir ce jour arrii'é, et qu'il ne reconnaissait d'autre culte que celui de la liberté et de l'égalité, etc.

[[On sait que Sieyès joua dans la suite un rôle politique bien important, et parvint au Consulat après la révolution de brumaire.]]

Parmi les autres conventionnels qui se signalèrent ])ar une apostasie formelle ou par une conduite qui en tenait lieu, nous nommerons Laplanehe, bénédictin, vicaire épiscopal de la Nièvre, (|ui se maria, fut envoyé en mission dans (juclques départements, y mit la terreur ii l'ordre du jour, dc- ]>ouilla et fit fermer les églises; Poultier, aussi bénédictin, qui se maria dès 1*92. partit pour l'armée, fut nommé dé|)Uté à la Convention, alla en mission dans le Midi, et rédigea un journal patriotique, Y Ami des Lois (on assure qu'il n'était |)as prèire); Ysabeau, de l'Oratoire, puis curé .à Tours, qui vota la mort du roi, abjura et fut le digne collègue de Tallien à Cordeaux; Louis Chasles, ancien secrétaire de rarclievê(|ue de Tours, qui se jeta dans le jjarli révolutionnaire, prêcha l'athéisme il Chartres, jirononça son abjuration dans la cathédrale même, et écrivit de l'armée du Nord, à la Convention, qu'iï n'était plus prêtre depuis longtemps, et qu'(7 ne l'avait T. YI. 20

jnême d'impiété, dont un vil intérêt était le mobile, ne purent soustraire un très-grand nombre de ces apostats,

jamais été de cœur ni d'esprit; Pierre Ychon, oratorien à Condom, député à la Législative, puis à la Convention, qui fut un des membres les plus actifs du cliiL des Jacobins, et qui écrivait, le 10 décembre l'93, d'Âuxerie, où il était sans doute en mission, qu'il avait été fait prêtre malgré lui; que, nommé à une cure depuis la Révolution, il n'en avait jamais pris possession, et qu'il n'envoyait point ses lettres de prêtrise, parce qu'il ne les avait plus.

Claude Roberjot, curé à Màcon, ardent révolutionnaire, se maria, devint président du département de Saônc-et-Loire, député à la Convention, oii il ne siégea qu'à la fin de 1793, puis ministre plénipotentiaire à Radstadt, oii il fut assassiné par des soldats étrangers, le 28 avril 1799.

Louis Roux, vicaire épiscopal de la Haute-Marne, qui se maria et se signala par SCS violent* s et son impiété dans une mission dans les Ardennes, qui cependant mourut repentant, le 22 septembie 1818, à Huy, près Namur, après avoir fait une rétractation satisfaisante; Philibert Simond, vicaire épiscopal à Strasbourg, qui se lit aussi connaître à la tribune et dans ses missions par la violence de son patriotisme, et qui périt, le 13 avril 1794, comme complice de Gobel, Chauinclte et Chabot; enfin, Joseph Lakanal, doctrinaire, vicaire épiscopal, qui vota la mort du roi, fit à la Convention une foule de motions et de raj)ports sur dillércnts sujets, fut en\oyé en mission, fut chargé, entre autres, d'aller visiter Chantilly, et fit décréter, en 1796, le serment de haine a la royauté. [P^ojcz, sur ces conventionnels, l'ouvrage de Fabry, intitulé -.Les Missionnaires de 1793).

Ce ne furent pas seulement les ecclésiastiques, membres de la Convention, qui apportèrent ce scandale ii la tribune : plusieurs évèques constitutionnels qui ne lui appartenaient pas, et encore plus de prêtres, affectèrent de donner de l'éclat à leur apostasie. Un des premiers fut M. de Jarenie, évêque d'Oi'léans, que nous avons vu, avec trois autres prélats, prêter le serment à la constitution civile. Le 13 novembre, il écrivait à la Convention : « Resté M fidèle à mon poste, quand tous mes collègues le désertaient (il parlait de u cet épiscopat français, qui s'était montré si noble dans sa résistance), j'ai » voulu,., confondre le fanatisme. La Montagne a enfin écrasé cette hydre. » Mon courage est sans objet à présent. Je prends donc le parti de renonce» » irrévocablement aux fonctions de nrinistre du culte. Le retour de la raison » m'avertit qu'il n'est pas nécessaire que je les exerce plus longtemps; je les 1) ai remplies en bon citoyen, et je les quitte, ])arce que l'intérêt de la Ré- » publique ne m'y attache plus. La liberté, l'égalité, la haine implacable » aux tyrans, voilà désormais mon culte national... » Le même évêque ))rononça, dit-on, au club d'Orléans, un discours plus scandaleux encore, et se maria depuis. ■

Le 2l novembre, on lut une lettre de Torné, évêque du Cher; elle montre à quelle bassesse un prêtre apostat jieut^descendre : « Et moi aussi, » j'étais philosophe, quoique évêque. Si je ne disais pas mon secret, non » plus que les prêtres du paganisme, c'est que le peuple était superstitieux » et le gouvernement trop inquisiteur... Si je n'ai pas franchement déchiré » le voile qui couvrait une théorie aussi mensongère que mystérieuse, c'est » qu'elle servait d'introduction et de véhicule à des vérités morales d'une

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ni aux humiliations, ni même à la mort; s'ils montaient sur i cchaCaucl avec des prêtres fidèles, ou avec des hommes

> graiule utilité pnliliquc. Giàcc à toi, auguste vt clu';r<> Montagnp, il est -> cnlin permis de dire hautciucnt toute vérité... » i [Cette lollrc et celle de l'évèque d'Orléans sont rapjioi té( s (iai;^ ravaiU-deriiier numéro qui ait i)arii <les A'iimcllcs cccU-siastiqiief pour 179), page 203 : ce recueil, après avoir été si longtemps l'organe du parti qui, sous ronii>re de la sévérité, avait amené tous ces scandales, scmhie avoir clé condamné à les rapporter lui- •nènie.l] Les .'/niuilea de la Tielii^ion, jouinni des conslitulioiinels, avouent (|uc Torné épnui'cintn l'Kglise par une des plus horribles apostasies que l'on ait vues; qu'il a verse sur l'episcopat l infamie tic ses mœurs et les blasphèmes (le son inipictc, et qu'il a ijonsué les principes de la perstcution plus loin que les plus audacieux «gcnls de la tyrannie. (Annales, tome Ilf, pnge 464.) Il vivait .i Tarbcs dans le mépris, lorsqu'il fut trouvé mort dans son lit, en janvier 1797.

Marollcs, évéquc de l'Aisne; Primat, évèquc du Nord; Pelletier, évéquc de Maine-et-Loire; Thibaut, évèriue du Cantal; Ileraudin , évèque de l'Indre; Lefessier, évèque de l'Orne; Panisset, évèque du iMont-Blanc; Dumoucliel, évèque de iN'îmcs; iMolinier, évèque des Ilautes-Pvrénées; Deville évèque des Pyrénées-Orientales, dcclarcrenl renoncer à leurs fonctions, et jilusicurs d'entre eux envoyèrent .à la Convention leurs lettres de prêtrise. Ponlard, évèque de la Dordogne, donna dans des égarements plus grands encore. Il jeta le masque des perrers, disent les Annales de lu J{eii<'ion, tome 1, page 2G3 ; il proposa au Coniitc de Salut public d'écrire contre la Confession, etc. Diot, évèque de la Marne, coopéra au culte de la Raison, et prononça, le 6 novembre 1793, au mariage d'un de ses prêtres, un discours oii il se félicitait il'iwoir secoué les prcjuqés. Une défection plus malheureuse peut-être encore fut celle de M. de Savines, évèque de Viviers dont nous avons déjà signalé les écarts. I.e l^r décembre 1793, il se présenta devant l'administration du département de l'Ardèchc après avoir iirononcé un discours impie, se dépouilla de ses babils pontificaux, puis livra sa crosse, sa mitie, son calice, ses ornements. Retiré ensuite .i Kmbrun, il acheta sa tranquillité pendant la terreur au prix de nouvelles bassesses. {Lettres apologétiques du clergé de f^iviers ii M, de Savines, 1800 in-S".) '

La conduite du clergé constitutionnel du second ordre répondit à celle des évèques. A Paris, sur seize vicaires épiscopaux, treize avaient accompagné Gobel à la Convention, dans la scandaleuse journée du 7 novembre. Quelques curés de la capitale écrivirent .i l'Assemblée qu'ils renonçaient à leurs fonctions, ou se rendirent complices des profanations accomplies dans leurs cgiises. Parmi les prêtres apostats, un de ceux dont la mémoire est la plus abjecte fut Jacques Roux, prêtre interdit avant la révolution, et depuis ittaché au clergé constitutionnel de Saint-.Sulpice. Étant devenu membre <le la Commune de Paris, il (ut chargé de surveiller Louis XVI au Temple, puis de le conduire à l'échafaud, et il s'acquita de ses fonctions avec brutalité. Traduit .au tribunal révolutionnaire comme auteur de pilb'ge, il fut condamné le 7 janvier, et, ayant entendu la sentence, il se porta iui-mèmc des coups mortels, en se frappant d'un couteau.

Par rapport à la province, les Procès-verbaux de la Concention citent

irréprochables, une différence bien sensible caractérisait leur calaslrophe : c'est qu'au lieu que les uns ne mouraient que pour être restés fidèles à leur conscience, les autres étaient jugés comme conspirateurs, concussionnaires, auteurs de violences-, accusations souvent injustes, mais toujours flétrissantes. Nousciteions ici la fin malheureuse de plusieurs évéques constitutionnels, sans distinguer ceux qui allèrent aux dernières limites de l'apostasie de ceux qui furent simplement partisans du schisme. Quelques jours avant le 7 novembre, Fauchet, évêque du Calvados, et membre de la Convention, enveloppé dans l'accusation de fédéralisme, portée contre les Girondins,

une foule d'actes d'aposlasie de vicaires épiscopaux, curés, simples vicaires, ou même prêtres sans fonctions.

Les Annales, pul)liées par les constitutionnels, nous donnent ellesmêmes la preuve de la défection. Dans le district de Soissons : sur cent soixante et onze communes, il n'y en eut que trente-cinq dont les curés constitutionnels résistèrent au torrent. Dans le département du Gard, presque tous les prêtres déclarèrent abandonner leurs fonctions. A Toulouse, on publia une liste d'abjuration de cent vingt-cinq prêtres. A Blois, les vicaires épiscopaux justifièrent bien mal la confiance de Grégoire : outre l'infâme Chabot, que nous avons déjà nommé, les Annales en citent encore cinq autres comme ayant donné des exemples de lâcheté, etc., etc. A Laval, cinq vicaires épiscopaux comparurent, le 20 novembre, devant le directoire du département pour renoncer au métier rie prêtre, et se consacrer désormais au service de ia liberté. Les Mémoires de M. l'abbé Bouiller sur Laval font connaître bien d'autres scandales. Placés entre les révolutionnaires et les royalistes de la contrée, plusieurs vicaires généraux, curés et d'autres prêtres, s'enrôlèrent dans les armées de la République et y périrent.

Parmi les apostats de province, nous signalerons, en terminant, Jean- Georges Schneider. Né dans le diocèse de ^Vurtzbourg, en 175G, religieux récollet, il avait chaudement embrassé les réformes de Joseph 11. Devenu professeur à l'université de Bonn, il n'avait pas tardé à se signaler par une témérité que Pie VI avait notée avec une juste sévérité, [royez les Mcvioires, tome V, pages 232 et 233.) Bientôt après, il s'était engagé dans la société secrète des Illuminés, dont Weishaupt était le fondateur. Venu à Strasbourg à l'époque de la révolution française, il fut fait vicaire épiscopal par l'évêque constitutionnel ; il devint ensuite maire de Haguenau et accusateur public près le tribunal criminel. C'est dans cette place qu'il déploya son horrible caractère : il ne voyageait qu'accompagné de la guillotine, et faisait exécuter sur-le-champ les personnes les plus respectables et li* plus riches. A la fin, son orgueil et ses excès révoltèrent les représentants du peuple en mission dans l'Alsace; on l'arrêta et on l'exposa sur l'échafaud que lui-même avait fait élever : traduit devant le tribunal révolutionnaire, il fut condamné à mort, le 2 avril 179i.

avait péri avec eux sur réchafaud. A lu fin de rarliclc suivant, nous verrons l'cvèquc Gobcl, qui avait pousse si loin la lâcheté, compris dans l'accusation portée contre Chaumcttc cl Hébert, d'avoir voulu corrompre la France. Un sort semblable attendait I.amourctte , évctjue de Saone-et-Loire; et Gouttes, évcquc des lîoucbcs-du- Rhone. Marcel de Loménie, neveu du cardinal de Bricnne, et coadjuteur de l'Yonne, montait sur l'écliafaud, le même jour que madame Elisabeth. Si le cardinal n'eut pas le même sort, c'est qu'effrayé de Tordre donné pour l'arrêter, et des mauvais traitements qu'il commençait h éprouver, il fut frappé d'apoplexie. Expilly, cet évéquc du Finistère, qui avait été rinslifi;aleur de tant de violences contre les prêtres fidèles, subissait le dernier supplice avec les autres adminisirateurs du département, accusés de fédéralisme, le 21 juin 1794. Nous ne pousserons pas plus loin cette énumération. Heureux ceux de ces ecclésiastiques, que la vue d'une mort prochaine rappelait à leur conscience, et qui trouvaient les moyens d'y pourvoir : c'est une faveur que la divine miséricorde paraît avoir accordée à plusieurs d'entre eux, et, en particulier, à Fauchet, Gobel et Lamourette (1).

(1) Faiicliel nyant ctc enfermé à la Conciergerie, y fut réconcilié j)ar l'abbc Lotliringer. (Lothringer avait d'abord fait le serment, et niènie avait accepté les fonctions de vicaire épiscopal de Gobel; mais il se rétracta de bonne lieure, et il se montra fort zélé pour donner les secours de la iiligion à un grand nondire de victimes de la terreur. Sa rétractation se trouve dans les fnnales catholiques, tome III.) Il écrivit au sujet de Fauchet : « Je jjuis >) dire positivement qu'il a abjuré non-seulement ses erreurs sur l:i constitu- » tion civile, mais aussi ce qu'il a prêché dans le temps à Notre-Dame, et ce » qu'il a débité dans son club; ([u'il révoquait son serment im|)ie et son in- » trusion; ce qui occasionnait des murmures entre les gendarmes présents. » L'abbé Fauchet, après s'être confesse, i» entendu lui-même en confession M Sillery (autre Girondin). » ./niiales catholiijiies, tome IV.

Gobel se voyant condamné à mort, et ne pouvant avoir un prêtre, envoya par écrit sa confession à l'abbé Lothringer, et après avoir demandé )>ardon de tant de scandales, il priait cet ecclésiastique de se Iroiivcr h sa sortie de la Conciergerie, et de lui donner l'ab'olulion. Il signait cvéquc de Lydda ; et indiquait ainsi ((u'il renonçait à son tilrc schisinatique.

Lamourette, qui n'avait pas été si loin dans le mal, et qui avait même montre de la modération à l'Assemblée législative, avait été amené à la Con-

310 ANNEli 1793.

Si les autres n'éprouvèrent pas un sort si rigoureux^ ils n'en tombèrent pas moins dans le mépris universel, et quelques-uns dans une affreuse indigence, qui excitait d'autant moins la compassion que leur conduite passée était plus connue 5 et souvent ils n'obtinrent pas le faible secours qu'une loi immorale leur accordait (l).

— Le 10 novembre. Fjste de la Raison: Pkofanation DES ÉGLISES ET DES CHOSES SAINTES. [[En même temps qu'elle profitait de la faiblesse d'indignes ministres de la religion pour avilir le sacerdoce, l'impiété cbercbait avec fureur tous les moyens de communiquer à la multitude son mépris et sa haine contre les objets les plus vénérés. Les formes du culte catholique étaient encore observées publiquement dans les églises occupées par les prêtres constitutionnels (2)j on voulut non-seulement les proscrire.

ciergeric, après le siège de Lyon: il y Ironva l'abbé Emery, dont les conseils le ramenèrent à l'unité : il lui remit le 4 janvier 1794, une rétractation trèsprécise, dans hiqui'Ue en particulier il déplore le crime de son intrusion. Cette rétractation fut ])lus tard envoyée a Lyon par l'abbé Emery, et publiée. Condamné le 11 janvier suivant, Lamourette dit publiquement qu'il regardait son supplice comme un juste châùmeiit de la justice di\'ine, et qu'il l'acceptait avec résignation et repentir : il avoua aussi qu'il était l'auteur des discours prononcés par Mirabeau sur les affaires ecclésiastiques.

On assure également que Pioux, évêquc des Bouches-du-lAbônc, se rétracta avant de mourir.

[[M. Emery, supérieur du Séminaire de Saint-Sulpice, qui avait déjà précédemment passé quelque temps h Saintc-Pelagic, et qui fut enfermé pendant seize mois ii la Conciergerie, fut utile à beaucoup de victimes de la terreur j et il n'écbappa lui-même à la mort que par une sorte de miracle : plus d'uije fois, des amis dévoués, gagnant les commissaires, le firent rayer des listes de ceux qui devaient être traduits devant le tribunal révolutionnaire.]]

(1) royez plus bas, page 323, la loi du 22 novembre (2 frimaire).

(2) [[Les processions extérieures de la Fétc-Dieu avaient encore eu licn^ dans plusieurs paroisses de Paris en 1793, malgré l'opposition d'un ccrtaii; nombre de patriotes : c'est ce qui, est évident par le Ménioire apologcliqne de Pierre Brugière, curé (consUtutionnel) de Saint-Paul. On voit dans son interrogatoire qu'on lui fit un crime d'.ivoir fait ces processions, et qu'il, répondit qu'aucun acte de l'autorité ne les interdisait.

« Jusqu'au mois d'octobre dernier, on a porté le saint viatique aux nia- » lades avec un dais et des flambeaux. Les curés (constitutionnels) et leurs » vicaires pouvaient paraître dans l'étendue de leurs paroisses en soutane et » même en surplis, selon que l'exigeaient leurs fondions. I-cs enterrements » se faisiient avec quelque solennité, quoiqu'elle fût bien diminuée; tout

mais donner aux temples saints la destination la plus sacrilo{5,e. C'est au sein de la Commune de Paris, et dans le but politique que nous avons fait connaître plus haut (l), que se préparèrent ces exécrables orjjies. On y avait vu avec une sorte de jalousie (jue les commissaires de la Convention envoyés dans les départements avaient déjà sijjnalé leur ardeur révolutionnaiie en envahissant l'argenterie des églises, sans excepter les reliquaires et les vases sacrés : on avait déjà commencé à Paris ces mêmes actes de spoliation : on voulut les consommer, mais avec des circonstances qui ne permissent pas à d'autres de dépasser la mesure du scandale. Le 7 novembre, jour marqué par les apcsfasies rapportées dans l'article précédent, la Commune, après avoir dépouillé de leur argenterie la plupart des églises encore ouvertes à Paris, fit h\ ù\cr publiquemenl en place de Grève, lieu des exécutions criminelles, les reliques vénérées de sainte Geneviève, patronne de Paris ; agissant ainsi, comme elle le faisait mettre dans les papiers publies, pour expier le crime cV avoir ser^i à propager l'erreur, et à entretenir le luxe des fainéants (2). Un si horrible attentat n'était que le prélude des scènes

» cela fut défendu par un anèlé de la Coinminie du 14 octobre. » {Nouvelles ecclésiastiques, pour le 25 décembre ]7'J3.)J

(1) rojez page 299.

(2) [[IVoin'allcs ecclésiastiques du 23 novembre 1793. Ce journal observe que le 7 novembie était la veille du jour ou à Taris on fait la fête des saintes reliques.

Dans la nuit précédente , on avait Uansiiorté à la Monnaie la chasse de sainte Gerevicve , qu'on estimait 1,600 01-0 livres. D'après le ^)rocès-v» rbal qui fut lu à la Convention, dans la séance du 21 novembre, le prix rrcl de l'or, de l'argent et des pierreries, d'après l'estimation qui en fut faite alors, ne se monta qu'à 23,8S0 livres. On voit une preuve de risnorance grossière des rédacteurs du iirocès-verbal, qui prirent une staluetle de saint Jean qui l'ornait, pour un vil Canjnicdc, enlevé par l aigle de Jupiter.

On croyait que cette châsse était la même a laquelle avait tra\ aille saint Kioi • mais elle avait été diversement modifiée. Robert, de la Fertc- Milon, abbé de Sainte-Gt neviéve, y avait fait travailler en 1242, et l'on assurait qu'on y avait employé 180 marcs d'argent, et i8 marcs d'or. La reine Marie de Médicis l'avait ornée d'un liouqnct de pierres précieuses, estimé 200,000 livres. {Descriitlion de Pans, par Urice, tome 11, page -482.) Cettcchàssc se conservaitdans l'ancienne église de l'abbaye Saintc-Genevicve.]

qu'inventèrent Hébert et Chaumelte. Un arrêté de la Commune ordonna qu'une fête nationale serait célébrée dans la ci-devant église métropolitaine , et qu'on viendrait ebanter des bymnes patriotiques dei^ant la statue de la Liberté, élei^ée en lieu et place de la ci-dei^ant sainte F'ierge(^\), Cbacun sait quelle était la statue vivante qui fut cboisie pour représenter la Liberté. Le lieu saint vit donc en ce jour l'abomination de la désolation (2). Mais pour atteindre le but qu'on se proposait, il fallait amener la Convention nationale au pied de la nouvelle déesse. Immédiatement donc après que ces actes borribles eurent été accomplis à Noire-Dame, tout le cortège transporta son impure idole dans la salle, où les législateurs étaient en séance: Chaumette les invita à joindre lenrs bommages à ceux du peuple, et à décréter que la ci-devant église de Notre-Dame fût appelée désormais le temple de la Raison (3). Le décret fut rendu par acclamation. Les députés

(1) [[Voyez Histoire parlenienlaire, tome XXX, page 196. Nous demandons pardon au lecteur de l'aflligcr en rapportant ces expressions sacrilèges. Nous le faisons avec une anierlume extrême, j)our réparer en quelque manière l'outrage fait :i Uieu et à ses saints dans les lieux que nous haljitons.]]

(2) [[« On avait élevé dans la ci-devant église métropolitaine un temple, sur » la façade duquel on lisait ces mots : ^4 la Philosophie : on avait orné B l'entrée de ce temple des bustes des philosophes qui ont le plus contribué » h l'M'énenient de la réi'olution actuelle par leurs lumières. I^e temple » était élevé sur la cime d'une niontagne. Une musique républicaine, placée B au pied de la montagne, exécuta en langue vulgaire l'hymne que le peuple » entendait d'autant mieux qu'il exprimait des vérités naturelles, et non des B louanges mystiques et chimériques. » (L'hymne impie qui fut chantée avait été composée par M.-J. Chenier: il est cité dans le Mercure de 1793, n. 120.) « Pendant cette musique majestueuse, on voyait deux rangées de » jeunes filles, couronnées de chêne, descendre la montagne un flambeau » à la main, puis remonter. La Liberté, représentée par une belle femme (la V Maillard, actrice de l'Opéni), sortait du temple de la Philosophie, et venait » recevoir les hommages des républicains. » [Rei'olutioiis de Paris, n. 2I5.) Toutes ces circonstances furent servilement copiées dans les lieux ou la Fcte de la liaison fut célébrée.]]

L'église de Saint-Eustache fut peut-être profanée d'une manière encore plus odieuse, {rojez la Notice sur Saint-Euslache, par M. Gaudreau, page 89.)

(3) [[Rien n'égale le cynisme du discours queCiiaumette fit a la Convention, et qui obtint les applaudissements de la majorité: « Citoyens législateurs, B vous l'avez vu: le fanatisme a cédé la place à la raison..,. Nous nous sommes

ANNEE 1703. -nii

se mêlèrent an penpic, ot prirent pari à Ton^io -, pnis le cortège ayant repris le chemin de Noire-Dame, ils le snivirent, et vinrent participer aux honteuses abominations qui turent renouvelées devant eux.

Ainsi se réalisèrent les prédictions par lesquelles, pluî-ieui-s années avant la révolution, des orateurs, animés d'un zèle qu ou taxa alors de fanatisme, avaient annoncé la profanation des temples et un culte impie substitué à nos cén'uionics sacrées (1). Une fausse philosophie se flatta d'avoir enfin écrase linfdnie, suivant l'expression familière de ses chefs. La tribune de la Convention retentissait à chaque instant de blasphèmes : ce fut pend.int quelques jours un assaut continuel de profanations révoltantes. Les objets les plus saints, les vases consacrés au sacrifice le plus auguste, les reliques les plus vénérées, saisies par des

» emparés de ses temples : ils sont régénérés.... Anjaurd'liui tout le peuple » (le Paris s'est transporté sous ees voùlcs golliiques, frap](ées si longtemps » de la voix de l'erreur, et (|ui pour la première fois ont retenti du cri de » la vérité.... Le peuple a dit : Plus de prêtres, jiliis d'autres dieux que » eeux que la nature nous ollVe.... » 11 parait que (juel(|Ues membres de la Co ivention, révoltés parées excès, se retirèrent. (Lacretclle, Histoire de France, tome XI, page 308.)]]

(I) [[/^oj-es les extraits que nous avons donnés <le V Orai<ion funèbre de Louis XP', ])ar M. de Beauvais, tome V, page 420. La prophétie de l'abbé de Rcaurr gard est bien plus solennelle encore. On assure (|uc, prètliant à Notre- Dame même quinze ans avant la révolution, il s'écria dans un moment d'in- >piiation : « Oui, vos temples, Seigneur, seront déjjouillés et détruits; vos i> l'êtes abolies, votre nom blasphème, votre culte |)roserit. Mais qu'entends-je? » Grand Dieu ! que vois-je ? aux saints cantiques qui faisaient retentir les » voûtes sacrées eu votre honneur, succèdent des chants luhri(mes et proo fanes ! et loi, divinité infâme du paganisme, impudique Venus, tu viens ici » même ])rendrc audacieusemcntla place du Dieu vivant, t'asscoirsnr le trône » du Saint des saints, et recevoir l'encens coupable de tes nouveaux adora— » leurs... » Fuyez dans la Biographie uniiersclle, l'arlicle Deacuecaiid, donné par Tabaraud, qui n'était pas suspect de partialité en faveur d'un ancien Jesuile. Condorcet, dans les notes qu'il a ajoutées à son édition des Pensées de Pascal, en 1778, traite le P. Ceaurcgard de ligueur et de fanatique : ce qui paraît se rapporter à cette pro|)hétii'. ^Oii voit dans les you{'elles cccl-isiastiqucs pour 1774, Jiage 156, que le P. de Bcauregard, ancien Jésuite, prêcha à Notre-Dame le carême de 1774, et qu'il y fut suivi par un auditoire es traordiitairentent nombreux.) Nous avons cité ailleurs les vers trèsremarquables, sur la nouvelle église de Sainte-Geneviève, les(juels furent certainement publiés en 1777. {Mémoires, tome IV, page 417.)

ai4 AxYNÉE 1793.

mains les plus grossières, étaient apportées en triomphe au sein de l'assemblée 5 puis après des félicitations données aux spoliateurs, étaient envoyées à la Monnaie (1). Des hommes ivres de sang et de débauche, après avoir parcouru les rues de la capitale, grotesquement affublés des ornements du sanctuaire, venaient, dans ce costume étrange, proférer à la barre des discours grossièrement impies, et recevaient des éloges pour prix de leurs brigandages et de leurs sacrilèges (2).

[[On ne se borna pas à porter une main impie sur la dépouille des églises , qu'on pouvait en quelque manière utiliser pour les besoins de l'État. La Commune voulut que la pierre même des temples portât la marque de ses fureurs. Le 1 1 novembre, Hébert, ayant rapporté au conseil général que la section de Bonne-Nouvelle avait fait abattre le clocher, fit arrêter que tous les clochers de Paris seraient abattus, parce qu'ils semblaient contrarier le principe d'égalité. Aussitôt après Chaumetle se leva pour re-

(1) [[C'est ainsi que, le 12 novembre, les précieuses reliques de la vraie Croix et de la sainte Couronne, qui avaient été si longtemps honorées à la Sainte-Chapelle, et que Louis XVI avait provisoirement fait placer dans l'ahbaye de Saint-Denis, furent envoyées à la Convention par la municipalité de Saint-Denis, qui déclarait faire hommage d'objets servant à la superstition. La vraie Croix fut souïtraile sans dilBcullc par un des membres de la commission établie à la Monnaie; la sainte Couronne fut placée, en 1794, à la Bibliothèque nationale, parmi les Antiques. On trouvera les détails les plus précis, sur la conservation de ces reliques précieuses, dans la iVotjce sur la sainte Couronne et les aiities instruments de la Passion qui se consen,'ent dans l'église métropolitaine, par M. Gosselin.]]

(2) [Les Nouvelles ecclésiastiques du 25 novembre 179-3 copient cet article du Journal du Soir du 20 novembre : u Les citoyens de la section de » rUnite, couverts de chapes, chasubles, tuniques, etc., chantant, au lieu » de caiiti(jucs, les hymnes de la liberté, viennent déposer, dans le sein de » la Convention, ks instruments du ci-devant culte. L'orateur s'exprime » ainsi : fl est temps que le règne de la raison succède au règne de la h superstition... S'il faut s'étonner, c'est de voir qu'une religion, qui n'a » produit que les Jléaux de la guerre cl de la famine, ait été crue di- » vine, etc., etc. La salle de la Convention retentit d'applaudissements et » des cris de f'ii^e la Maison et la République! L'Assemblée ordonne l'im- » pression du discours et l'envoi, aux départements, des détails de cette » cérémonie républicaine. Les citoyens défilent dans l'ordre qu'ils étaient » venus. La procession était terminée par la marche des jeunes citoyens et

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