‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 2)Chapitre 14 sur 21 · AN.M:K · texte numérisé non relu

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quérir la destruction des statues de saints, qui décoraient les trois entrées principales de la cathédrale, en réservant celle des portails latéraux, parce que Diipnis y avait reconnu son système planétaire ,• et l'arrêté lut prononcé surle-champ (1). En conséquence, on connnenca à briser les images des saints; on mutila les tableaux : on traîna dans la boue les statues, et en j)ar(icMlicr celles des rois de France qui décoraient le poriail de Notre-Dame. On dépouilla les«églises de ces décorations inestimables qu'elles devaient aux arts guidés par la foi. Les fureurs des anciens iconoclastes et celles des hérétiques du seizième siècle furent surpassées.

■ citovcnnes de la sccfion; ils ont offert le spectacle des funérailles du cJiIte » catiiuli([ue : un grand sarcophage couvert d'un drap mortuaire, et porté par

■ des citoyens revêtus de cliapcs noires, a traverse la salle. Des cLantres, » en cli.ipes et chasubles noires, chantaient : 3f. de Malhoroiigh est mort...

» A cette cérémonie en succède une autre du mcine genre : paraît K d'abord une bannière représentant saint Rocli ; suivent une quantité im— » mense de cilovens couverts des livrées de la superstition. L'orateur » obtient la parole : Les sections composant la ci-dei'ant paroisse de n Saiiil-Roc/i et son chien viennent déposer dans votre sein tous les » brimborions qui ont égaré les sots. ÎS'ous ayons arrêté que nous renon- » cions aux prêtres, que l'église Saint— lioch serait fermée, etc. L'Asscm- » blée décrète ([ue tous les discours prononcés dans cette séance seront ini- « primés.

» Rien de plus horrible, disent encore les ISoui'elles (même feuille), que » les profanations qui ont été commises. On a vu les vêtements consacrés au » culte servir à couvrir les chevaux (jui emportaient les richesses des églises ; » les charretiers revêtus d<'s [lius beaux ornements qu'ils laissaient traîner » -dans la boue. On a vu ces conducteurs tenir en main les ostensoirs et se » divertir, chemin faisant, à donner des bénédictions; d'autres boire dans » les ciboires et les calices, oir ils se faisaient apporter du vin en passant » devant les cabarets. On a vu les membres des comités révolutionnaires » (des diverses sections de Paris) qui présidaient à ces enlèvements, aussi » avides de s'emparer des reliques que des reliquaires, et faire un crime » d'Etat il des prêtres de vouloir conserver (|ucl(]ues portions des rcl.ques » les plus authentiques. On a vu ces commissaires ])Ortrr l'impiété jusqu'à » se partager entre eus et manger les saintes hosties qu'ils trouvaient dans > les saints ciboires. On a vu brûler publiquement les livres de chant, niis- » sels, bréviaires, notamment dans l'église de la métropole, et on a fait des )> proclamations dans quelques sections ])our inviter les lidèles il a])portcr » leurs livres de dévotion pour en faire un auto-da-fe, etc., etc. »;]

(1) [[Hiilùire parlementaire, tome XXX, page 201. Dupuis trouvait le culte des planètes jus(|ue dans les symboles de Li jiiété chrélicnnc.Ces absurdités étaient dignes de plaire à Chaun'.clle et Hébert.]]

Ce n'était pas assez d'avoir livré cet assaut à la plupart des temples saints : il (allait généraliser la mesure et empêcher qu'aucune église ne pût se rouvrir. Le dimanche, 17 novembre, l'otlice divin s'était encore célébré dans les églises de Saint-TS'lcolas-du-Chardonnet, rue Saint-Victor (quartier de la place Maubert), et de Saint- Ambroise , faubourg Saint-Antoine; toutes les autres églises paroissiales étaient restées fermées (1). La Commune prit le 23 novembre l'arrêté suivant, dont la hardiesse étonne au milieu de tant d'excès : « Le conseil » arrête 1" que toutes les églises ou temples de toutes les » religions ou de tous les cultes, qui ont existé à Paris, se- ») ront sur-le-champ fermés ; 2" que tous les prêtres ou » ministres de quelque culte que ce soit demeureront per- » sonneilement responsables de tous les troubles dont la » source viendrait d'opinions religieuses; que celui qui » demandera V ouverture , soit d'un temple , soit d'une » église, sera arrêté comme suspect; 4° que les comités » révolutionnaires seront invités h surveiller de bien près )) tous les prêtres ; 5" qu'il sera fait une pétition à la Con- « vention pour l'inviter à porter un décret, qui exclut » les prêtres de toute espèce de fonction publique, ainsi )) que de tout emploi dans les manufactures d'armes, et )) de quelque emploi que ce soit. »

Nous allons dire qu'à la fin, ces horreurs provoquèrent une réaction, qui commença dès la fin du mois, et que Chaumette et Hébert furent obligés de tenir un tout autre langage, qui ne les arrachera pas à la punition de leurs crimes. Mais, à Paris même, ce revirement eut peu d'effet réel; et les églises restèrent fermées jusqu'au commencement de 1795 ('i).]]

Il est trop avéré que dans les provinces les scènes du 10 novembre et des jours suivants, les fêtes de la Raison,

(1) NoiH'cUes ecclésiastiques pour le 25 dccembre 1793.

(2) Les Noin^eUes ecclésiastiques, du 25 décenibie 1793, disent que, dans Paris, on ne pouvait plus donner l'Extrème-Onction aux malades, les vases mêmes des saintes huiles ayant été enlevés partout.

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le dépouillement des églises, leur clùlure, leur profanalion Turent ponctuellement reproduites en mille endroits : des villes, des communes, où (juclques hommes audacieux régnaient en maîtres, déclaraient abjurer tout autre culte que celui de la Raison. Les représentants du peuple en mission dans les départcmenls ou les aulorilés mêmes des lieux ne se faisaient pas seulement un honneur d'envoyer à la Convention des caisses remplies des ricliesses des églises ; ils poussaient les populations à tous les excès de l'athéisme. Presque partout, les riches ornements, et les monuments précieux pour l'histoire, dont la piété, et la science avaient décoré nos églises, furent anéantis par les nouveaux Vandales. Jusque dans les pauvres campagnes, tout acte religieux était interdit; et le peuple, privé non-seulement de ce c|ui pouvait l'instruire et l'édifier, mais même l'intéresser et le consoler, était poussé vers la dégradation la plus profonde (1).

(1) Un (les représentants «lu peuple qui, à cette époque, signala son passage par ])liis (le déprédations, fut l'ex-oratorien Fouthé. Ce fut lui qui donna le signal <lu dépouillement des églises; car, avant même la triste journée du 10 novembre, il avait fait quatre envois de l'argenterie des églises des départements de la Nièvre ou de l'Allier; envois toujours accompagnés de déclamations et de provocations contre les prêtres. Précédemment en mission à Nantes, il avait pris un arrêté pour interdire toute cérémonie du culte. C'est encore lui qui, dans les cimetières, faisait substituer la statue du Sommeil à la croix qui les avait toujours sanctifiés.

Un autre conventionnel, Javoguc, en mission dans les départements de l'Ain et de Saoue-et-I^oire, annonçait, par arrêté du 5 décembre, «(ue toutes les églises étaient transformées en clubs ou en temples de la Raison.

André Dumont, en mission dans les départements de la Somme, du Pasde-Calais et de l'Oise, étalait avec complaisance, dans les lettres qu'il écrivait à la Convention, ses succès contre ce qu'il appelait le fanatisme : B Partout on ferme les églises; on brûle les confessionnaux et les saints; » on fait des gargousses avec les livres et les lutrins. » {/.ftlre lue dans la séance du i décembre.) Quelques jours après, le 28 décembre, malgré l;i loi sur la liberté des cultes, dont il va être parlé, la Société populaire d'Amiens, sur les instigations de Dumont, sollicitait de la Convention une loi qui ordonnait la clôture de toutes les églises. (Ibid., tome XXXI, page 25.)

A Bordeaux, les députés Tallicn et Ysabeau (celui-ci prêtre, oratorien et vicaire épiscop:il), présidèrent, le 10 décembre, à une cérémonie oii la religion fut pnl>li(|uemeut insultée; Ysabeau célébra, dans un discours, le triomphe de la raison sur le fanatisme : des bannières portaient des inscrip-

•^ — Le 15 novembre. Lois rendues pouh inviter les

COMMCNES A s'emPARER DES PRESBYTÈRES, ET POUR FAVORISER LE MARIAGE DES PRETRES : AUTRES MESURES ÉGALEMENT

IMPIES. [[La Convention avait plutôt participé par une lâche connivence aux excès provoqués ou ordonnés par la Commune, que par des décrets formels. Plusieurs lois rendues dans une seule séance montrent à quel point elle travailla à faire dominer l'impiété.

Le 15 novembre, on discutait une pétition présentée par la Commune, pour demander que le palais archiépiscopal, désormais inutile à sa destination, fût converti en un hospice. Cambon proposa d'étendre cette mesure, et, en conséquence, la loi suivante fut portée: « La Conven- » lion décrète que les presbytères et paroisses, situés dans )> les communes qui auront renoncé au culte public, ou )) leur produit, seront destinés à subvenir au soulagement )) de l'humanité souffrante et à rinstruction publique. » On ajoutait qu'il serait ensuite présenté un projet de loi pour régler l'exécution. Ici le but que l'on se proposait ne peut être dissimulé : on voulait offrir, aux communes rurales surtout, un appât qui pût les déterminer à faire des actes pubhcs d'apostasie, et malheureusement le but fut atteint dans un très-grand nombre de localités : on s'empressa d'employer auprès des curés constitutionnels tous les moyens pour les obligera renoncer au sacerdoce; lorsqu'ils ne le voulaient pas, on les chassait des presbytères,

lions en l'konneur des journées des 2 et 3 septembre, comme pour encourager à de nouveaux massacres.

Lequinio prêcha, dans l'égiisc de Rochefort, contre l'immortalité de l'ànie, etc., etc. Nous ne pousserons pas plus loin cette éauméralion.

Ou peut voir, dans l'Histoire des Sectes religieuses, par Grégoire, tome 1, chapitre m, deuxième édition, un long chapitre destiné à énumércr les traits de folie et d'impiété de cette époque. L'auteur y a rassemblé beaucoup de faits extraordinaires et piquants. Seulement on retrouve presque toujours la prétention de l'auteur h faire retomber la honte de ces scandales sur d'autres que sur des constitutionnels.

[Il y a, dans beaucoup de départements, des histoires locales qui rapportent tout ce qui s'y passa en 1793 et 1794. Nous citerons, entre les autres, le Clergé du département de l'Aisne, par M, Fleury, tome II.]]

que l'on convertissait en maisons communes ou en écoles; et clos hommes audacieux se donnant pour lesorjjanes des communes, déclaraient qu'elles renonçaient au ciilie public, ou, comme on parlait alors, qu'elles abjuraient le fanatisme.

Dans la même séance, on rendit un décret pour réhabiliter la mémoire des chevaliers de la Barre cl d'Etalonde, qui, en 17G6, avaient été condamnés à la peine capitale, pour des outrages publics envers la relifjion, et dont le premier avait subi sa peine (1). Quel motif pouvait porter l'Assemblée à revenir sur cette affaire, si ce n'est le désir de manifester sa haine contre la religion ?

Une troisième loi votée le même jour, concernait le mariage des prêtres. 11 était naturel qu'au moment où l'on mettait tout en œuvre pour avilir la religion, on recherchât avidement ce moyen, et les efforts même qu'on^fit k ce sujet suiliraient pour prouver que l'impiété elle-même comprend parfaitement tout ce que la discipline de l'Eglise avait d'important et d'élevé. C'était au reste la cinquième ou sixième loi qu'on rendait sur cet objet, tant il était cher au parti qui dominait (-2). Le 9 juillet 1793, la Convention déclarait (\\\aucune loi ne privait de leur Irailemenl les ministres du culte catholique qui se mariaient. Le 29 du même mois, elle décrétait que les évêques qui apporteraient directement ou indirectement quelque obstacle au mariage des prêtres seraient déportés et remplacés. Le 12 août, elle annulait toutes les destitutions qui auraient été portées précédemment contre les prêtres à raison du mariage. Le 17 septembre, elle ordonnait que si un prêtre était inquiété, à raison de son mariage, pir les habitants de la commune où il résidait, il pourrait se retirer ailleurs et y toucher son traitement

(1) f'oyez nos Mémoires, tome IV, page 211.

(2) [^NoiisrappilRTons ici que, dis le temps oii l'on discutai! il l'Assemblée constiluanle la constitution civile du clergé, Uobcspicne avait voulu proposer le mariage des prêtres, et qu'alors un murmure général l'avait réduit au silence, /o^riplus haut, page 67. j]

aux frais de la commune qui V aurait persécuté. Mais la loi du 15 novembre morure plus que les autres l'iniérét que les législateurs meltaienl à propager ce genre particulier de scandale. « I. Les ministres du culte catholique, )) qui se trouvent mariés, ne sont pas sujets à la déporta- » lion, ni à la réclusion, quoiqu'ils n'aient pas prêté le M serment prescrit par les lois des 25 juillet et 27 novem- » bre 1790 (l). »

On voulait évidemment tendre par là un piège aux ecclésiastiques insermentés, que la crainte de la déportation retenait dans des retraites profondes : nous n'avons pas ouï dire qu'il y en eût un seul d'entre eux qui y eût été pris. Quant au clergé constitutionnel , nous avons déjà eu occasion de remarquer avec quelle impudence beaucoup de ses membres avaient, dès le milieu de l'année 1792, pris d'eux-mêmes l'initiative de cette violation d'une des lois de discipline les plus chères à l'Eglise : mais à l'époque à laquelle nous sommes parvenus, tout concourait à multiplier ces actes scandaleux. On compta bientôt onze évêques constitutionnels qui en avaient donné l'exemple, et ils furent imités par une partie notable des prêtres, qui avaient déjà donné des gages trop certains à l'irréligion, et qui roulaient d'abîme en abîme (2).

(1) Fo-)ei ces lois relatives à la constitulicn civile du clergé, plus haut, pages 1 et 3S.

(2) Les onze évêques mariés sont : Lindet, évêque de l'Eure [voyez les tristes détails donnés plus haut, page 301); Massieu, de l'Oise; Porioiv, du Pas-de-Calais; Torné, du Cher; Laurent, de l'Allier; Pontard, de la Durdogne; Joubert, de la Charente; Duniouchel, du Gard; Minié, de la Loire- Inférieure; de Jarente, évèquc d'Orléans, qui avait pris le titre d'évêque du Loiret, et de Talleyrand-Périgord, l'ancien évêque d'Autun, qui, sans occuper un siège dans la nouvelle église, n'en était pas moins le ])ère, puisque c'est lui qui communiqua aux évêques constitutionnels le caractère épiscopal. Il ne se maria que sous le Directoire. Grégoire dans son Histoire du mariage des prêtres, ajoute à cette liste, de Loménie de Brienne, archevêque de Trajanople et coadjuteur de Sens, qui avait suivi la défection de son oncle, et qui monta sur l'échafaud le même jour que madame Élisalielb. Nous ne savons si le fait est certain.

Dans le clergé du second ordre, les mariages devinrent malheureusemciit très-nombreux en 1793 et 1794. Grégoire, dans l'Histoire du vtariage des jnitres, les porte à deux mille, d'après, dit-il, des recherches soigneuses

AlN.NLK 171)3. 321

Coiiihii'n ne faut-il pas (|ik' la ri-li.'jiou porte avec soi un ciuaclère de divinité, pour avoir lé.siblé à celle lenihic

et des renseiiçncniei>t<i acquis. Mais il était «liflicilc d'avoir, à cet fgard, des données hien preeises. Nous avims lien de eroire (pie l'estiination de (irégoii-e est au-dessous di- la re.iiile. Les l'n>ci:.\-TCi tmiu de lu Convention font mention du iiiari;ige de lu aue(iu|) île piêlres. A l'aris, deux vicaire s épiscnpaux, Denoiix et Sainl-Mariin, se luaiiéienl; le premier était déjà âge; le second épousa une femine divorcée et divorça ensuite avec elle : C est le iirèiiie qui uioin'ul en IS19, à I iege, ou il ^-tait jngc, après avoir dcniaiide i|u'nn l'entiir^it dans le jardiu de la log<' des ir.iMcs-ina'ons, dont il Ctail nieuilire. Deuxcuies «le Paris, Des>OM, cure de Saiiit-Lcii, et iJeniov, curé de Sainl-l.anrent, se manèienl aussi ; celni-ei avait prélude par un livre plein d'crrenis et d extravagances <lont nous avons parle. \ l'arliele des alijnralious, nous nvon.-> nouime plusi( uis conventionneK et autres qui s'étaient maries.

Grégoire en cite heaueoup d'auires : t-ournand, professeur au collège de Fraine, qiii mit en pratii|ue ce (|u'il avait protlainc le pieinier, comme on l'a vu; F;',nliu des C)(lo:ir(ls, antriir (le inaiiv lises compilations liis(ori(|ues écrites dans le sens le plus révolutionnaire ; (îaiidin, ancien graud-vitaire en Corse, depuis vicaire episcoprl à Liiçon, (I( piilc à l'Assemblée législative, juge 1 La l\o(lnllc. auto r (lu livre des ln(iin\>( iiients du ccltbul des prêtres ; Brusli n, eure de l'aj< -la-Viui use, dioci'se de Tours, qui continua ses fonctions e( clesiaslii|iies après son mariage, cl ipii ( crivit contre les chèques constilutionnels pour se plaindre des délirions de leurs lettres (ncycliq\ies sur le mari.ige des prêtres ((Jre^oire dit (|u'il est mort rc|>entant) ; Giraud-Soulavie, révolutionnaire ardent, résident a Genève, éditeur de mémoires et de eompilatiins. ou il n'a pas plus respecle la venté qne'le goni , mort cliretienueuient en ISiJi, apr<'s avoir lait une rétracta. ion; Mulol, chanoine régulier de Saint-Victor, ineinLre de la Commune eu 17S9, envovc comme commissaire dans le conitat, député il l'Assemldcc legislalive, (jui appnya la motion de Tourné pour la pi(diil>iiiou dn costume ecclésiastique, et fut, dans la siiile, un des pn (Iiealeur> de la tlicopliil.tniliropie ; Foulon, Ix nédietin (les nianes-M.inleanx, j:in->eniste, parlisaii des eonviiKions, auteur du bréviaire de la congrigition de Saint-Maiir, pnhlie «'n l'87, qui se maria en l"îi:i, et reconnut, par ae'e pnldic, un enfant né seize mois auparavant {voyez, sur F ulon, sur son bréviaire et son maiiagi-, un artiile de VAmi de la Tiiliifion, tome LV, page 30.'); artiile reproduit par extrait dans le Su/)[d<inc/ii de lu /Siogrniihie unii'erselle, tome I.XIV) ; Cottr, Oralorien, curé de Montmorency, physicien, correspondant de l'Instilut (Foulon et lui épousèrent les deux suurs); Lehri'tou, Tliealin, auteur de W-fccoid des vroii l'i incii>ei, ouvrage adopte et souscrit par les évè(jucs constitutionnels en l'9'2; l.elireton devint ensuite tribun, puis secrétaire de la classe <les Leaux-arts à rinstiliit, Siauve, vie. lire dans le diocèse de Lyon, (|ui embrassa la révolution avec (lialeiir, prit du service dans les années et se jeta dans la llieophilaniliropie ; Veutenat, cli moine régulier de Sainte-Geneviève, qui se livra à l'étude de l'histoire naturelle, et devint, pendant la révolution, bibliolliecaire de Saiiile-G( nevièvc ; Nouet, religieux bernardin, qui s'appliqua à raslronoinie, fut ])iofesseur à l'Observatoire, puis ingénieur et colonel ; Barbier, curé constitutionnel de La Fertc-sous-Jouarrc, depuis

épreuve ! Il faut néanmoins observer que si le nombre des défections et des apostasies était propre à ébranler la foi des cbrétiens, la Providence avait par compensation placé à coté l'exemple du courage, de la piété, de la patience de tant de généreux confesseurs: la lâcheté des uns faisait ressortir la constance des autres. Tandis que les chefs du clergé constitutionnel siég<;aient à la Convemion, y frasaient des discours patriotiques, abjuraient avec éclat ou dissimulaient avec prudence, tandis qu'ils allaient révo-

hililiolhécairc de Biionaparte, auteur du Diclioniiaire des anonymes et d'autres ouvr, gcs de critique et de littérature; Willaire, missicjuuaire à Siain, et qui était entré dans le clergé constitutionnel à Des.mçon ; Gliainpagne, sous-diacre, qui devint directeur du Prvtanée à Paris; Tressart, du clergé de Saini-Eustaclie, qui se livrait à la prédication , Michel, vicaire épiscopal à Coutances, depuis un des orateurs de la lliéophilanlhropie et nHiiibrc du comité de direction du culte ihcopliilanlhropique ; Coisnon, principal du collège de La Marche, qui divorça après un premier mariage et en contracta ensuite un autre.

Grégoire n'en a pas nonuné (|uelques-uns qui vivaient à l'époque oii il écrivait: Antoine Mougz, chanoine rcgiilicr de Sainte— Geneviève, antiquaire et membre de l'Institut; Matthieu-Noël Rioust, ancien chanoine et prédicateur du roi, qui épousa la femme d'un émigré, )mblia des écrits politiques, st jeta dans r(ipj)osit;on sous la Restaur ition, lut condamné, en 1817, à deux ans de prison et à 1,000 fr. d'amende, se réfugia dans les Pays Bas, oii il continua d'écrire dans le sens du parti libéral jusi^u'en l!-'28, qu'il fit, à Buiche, dans le Hainaut, et à ce qu'il paraît sans être malade, une ample et édifiante rétractation, insérée dans les journaux deB<lgi(|ue et dans V./nii de la Beligion du 30 janvier 1K28; François-Xavier Audouin^ vicaire à Saint-Eustache en 1791, qui épousa, en 1793, la fille du ministre Tache, et fut tour à tour commissaire des guerres, journaliste, juge, écrivain politique, etc.

Nous ne pousserons pas plus loin cette triste nomenclature : nous ne pouvons nous empêcher, toutefois, de remarquer que nous n'avons presque donné que les noms de prêtres mariés à Paris, et qu'il y en eut beaucoup d'autres, soit à Paris, soit dans les provinces. Ou fai.^ait l'observation, à Paris, après 1835, qu'un grand nombre de ces prêtres occupaient encore des places dans les diverses administrations civiles ; ils étaient nombreux aussi dans plusieurs dépaitements, ou ils avaient obtenu des emplois. Grégoire nous apprend, dans l'ouvrage cité, page 68, que Lindel, évêque de l'Eure, avait entraîné, par son exemple, beaucoup de prêtres du pays; que son influence leur avait procuré des places dans les fonctions administratives et judiciaires; que tous les commissaires du pouvoir exécutif étaient ses créatures, et que dans rassemblée électorale de l'Eure, eu 1798, sur deux cent soixante-dix-sept électeurs, on comptait cinquante-sept prêtres. j\ous-niêmcs, nous connaissons une assez petite ville, à vingt lieues de Paris, où l'on avait compté jusqu'à douze prêtres mariés.

WSÉli 17it3. 303

liilionncr les th'parlemeiii.s . (aire fermer les églises ou y élal)lir le schisme, poursuivre les prèires, lourmenrer les fidèles, déclamer coutre le lanaiisme el la superstitionles évèques Iét5;iiimes tombaient sous le fer des assassins ou languissaient dans les prisons ou lexil, et des milliers de prèires, en bulle à une législation barbare, étaient frappés de déporiaiion, l rai tu\s de cachots en cachots, condamnés à mort pour le seid fait de leur séjour en France. Ceux-ci étaient eonfessours ou martyrs; ceux-là trouvaient plus commode d'être persécuteurs et dénonciateurs. La relipion applaudissait à la const.mce des uns, Timpiéié souriait à la faiblesse ou à la complicité des autres. Ce contraste va paraître plus fiappant par l'article suivant, où nous commencerons à présenter le tableau des atrocités ordonnées et exécutées contre des prêtres fidèles à suivre le cri de leur conscience.

Afin de multiplier de plus en plus les apostasies, la Convention rendit encore le 22 novembre (2 frimaire), la loi suivante : « I. Les évèques, curés et vicaires, f/ui ont )) abdiqué ou qui abdiqueront leur état et leurs fonctions » de prêtrise, recevront par forme de secours annuel ceux )) qui sont au-desïous de cinquante ans, la somnie de » 800 livres, ceux de cinquante ans, la somme de 1,000 li- » vres, et ceux au-dessus, la somme de 1,200 livres. » Il était toutefois statué que ces sommes ne seraient pas susceptibles d accroissenaent , lorsqu'on passerait d un à^e inlérieurà un autre.

— Dans la nuit du 15 au 16 novembre. Pkemij;uekoyade

DESPRÈTBES A NaKTES : CUL'AUTÉS QUI SUIVIREKT. LcS prO""rès

de la barbarie suivaient ceux de l'impiété ; au récit de tant de scènes scandaleuses, la suite des événements nous oblige à faire immédiatement succéder le récit d'épouvantables cruautés. La guerre civilequi désolait la France et dont nous donnerons dans l'article suivant un abréaé trèssommaii-e, servit d'occasion el de prétexte à ces faits inouis. Lessuccès qu'avaientd'abord obtenus les Vendéens, et leur résistance courageuse, avaient exaspéré des hommes déjà

portos par eux-mêmes à a violence. On avait trouvé trop modérés des généraux , îles représenianls en mission , des commissions révolutionnaires, <]ui cependant n'avaient déjà (jue tropabuséde leur autorité. G est dans ces circonstances qu'au commencement d'octobre 1793, la Convention envoya à Nantes Carrier, l'un de ses membres, avec la recommandation de prendre des mesures plus énerf^iques. Le représentant ne fut que trop fidèle à ces instructions. Ce furent d abord les prêtres insermentés tpi'il cboislt pour ses premières viciimes. Les ecclésiastiques de la Loire-Inférieure àjjés de plus de soixante ans, par conséquent exemples tie la déporlalion par la loi elle-même, étaient détenus à Nantes, et endiuaient depuis plus d'une année une dure captivité. Un convient de Carmélites leur avait d'abord servi de prison; puis ou les avait placés sur un mauvais navire, d'où on les avait ramenésdans un couvent de Capucins-, el successivement on leur avait adjoinl d'autres prêtres envoyés des déparlrmenls voisins, et destinés à la déportation. Tout à coup Cirrierfail transporter tous ces prêtiH^s, au nombre de quaire-vingi-liuii , sur le navire qui avait déjà servi de prison : il avait trouvé un moyen expédilif pour se débairasser d'eux d'un seul coiqi, et sans aucur\e procédure. A leur entrée dans le ravire, on les avait dépouillés de tout : bienitk après on les attacba par les pieds quatre par quatre; des soupapes piéparées à dessein furent ouvertes, pendant la nuit du 16 novembre et les prisonniers furent engloutis dans la Loire. Quatre prêtres trouvèrent moyen de se dégager el de se sauver à la nage ; deux d'entre eux furent repris aussitôt el plongés de nouveau dans les flots : deux autres atteignirent le rivage: on parvint à les saisir de nouveau , et Ils languirent longtemps en prison. Carrier cbercba d'abord à déguiser des faits si atroces : il écrivit au Comité de salut public : « L'n » éi^énenwnt a semblé avoir voulu diminuer le nombre )) des prêtres; cinquante de ceux que nous désignons sons » le nom de rêfiactaires, étaient enfermés dans un bateau » sur la Loire : j'apprends à l'instant, et la nouvelle en

>} càl (rcs-cerl;iiiic , (juils oui (oiis \u'n dans la livière. » Le Silencf du Comité rendit Carrier plus audacieux. Un aune représeulani du pen|)le, aîjissani dans les mèiues vues, clair alois à Auj^jers, où se irouvaieul déleaus plus de cent cinquanle prêtres, à (jui l'àjje ou les iiilinnilés n'avaient pas permis de partir pour la (Ic'porialion, Fiancastel donna l'ordie d'en faire jiler cincpiantolinii sur Nantes. Carriir se saisit de celte nouvelle proie; il ajouie aux prisonniers seize autres prè'ires arrivés d'ailleurs, et les livre à un de sesseïdes, nommé Lamberty,rpril charge de les conduire su I- une vieille jja Mot te hollandaise et d'exécuter srs ordres. Dans la nuit du 8 au 9 décembre, loutrs les liorreurs de la première novade sont renouvelées, et soixante-qualoize piètres périssent dans les flots. On assure que quelques - uns , (|ui étaient parvenus à briser leurs liens, p:issai«'ni leurs biasà travers les planches en demandanl miséricorde, et tpi'on leur abattait les mains à coups de sabre; de même cpielques-uns s'accrochaient aux bartjues voisines, où on les assommait à coups de r.unes, ou ou leurcoupaii les maius(l). [[(Gainer récouq)ensa Laniberly en lui faisant présent de la galiotte que lui cl ses complices appelaient \i\ grande tasse des préires ; il vint y dîner el s'v livrera desorgies avec quelques hommesaussi féroces que lui.]]

Le lendemain de l'exécution, il écrivit à la Convention: « Cinquante huit individus, connus sous le nom de prè- » très réli aciaires, sont arrivés dAngersh Nantes. Aussi- » lot dsont éié enfermés dans un bateau sur la Loire. La ) nuit dernière, ils ont été engloutis dans celte rivièie, /) avec seize autres de Nantes ou d'ailleurs. Quel torrent >) révoluiionriaire que la Loire! « Lue lettre si hoiiible

(l) [[Les acirs amlK'iiti.|iics Jii proies df C.niitriu> laissent aucun dduto sur les liMrri'urs lifs maiti.s coiipécs aux vicliiiics d«'S imyades (jiii ilu-r— cJ»M«nt à s'eciiappci- : sculi-int-nt on ne voit pas avec évidence, si ces laits sont ariivés d;iiis la iKijiide des pirlics du *< dctciiihre , on dans les slii— vanles. (^- piiiLcs se tronve avecli- diiail des inlcirog >toires dans V/Jiifvtr» paileinentaiie, tomes XXXIV el XXXV.]]

32e ANNÉE 1793.

provoqua des éclats de rire; la Convenlion ordonna qu'il en fût fait, dans son procès-verbal, une mention hc/norable (l).

Encouragé parées succès, Carrier exerça sa cruauté sur d'autres quedes prêtres, et jusque sur des femmes et des enfants. Les désastres des Vendéens, dont nous parleronsdans l'article suivaul, firent tomber dans ses mains, vers celte époque, une immense multitude de victimes 5 les cruautés qui furent alors commises par ses ordres passeraient toute croyance, si ellesn'étaieiit attestées par les preuves les plus authentiques. La Loire engloutit dans ses flots un nombre prodigieux de personnes de tout sexe et de tout âge (des témoins qui ont déposé d^ns son procès ont porté le nombre des noyésà neuf mille). Des circousiancesque l'enfer seul pouvait inventer, étaient ajoutées au supplice 5 nous voulons parler de ce qu'on appelait les mariages républicains. La Loire ne cessa plus de charrier des cadavres ; ses eaux devinrent tellement infectes, qu'il fallut que l'autoiité défendit d'en boire. Une compagnie désignée tanloi sous le nom de compagnie Maraf, tau loi sous le nom de colonne infernale, était investie d^i pouvoirs illiniilés , et se livrait impunément et sans aucune forme de jugemeni, à toute espèce d'atrocités. Dans une vaste prison appelée l'^w^/epôt , on égorgeait en masse. On estime qu'il y péril quinze mille victimes. Dans les cairières de Gigan , on fusillait plusieurs centaines de prisonniers par jour. Comme si ces moyens expéditifs n'eussent pas sulli , le Comité révolutionnaire^ que Carrier avait formé d'indignes scélérats.

(I) On ignore les noms de beaucoup de ces prêtres qui périrent, soit dans la première, soit dans la seconde nojadi'. On comprend bien que leiir.s bourreaux ne s'occup lient guère d'en conserver des listes cXiictes. On trouver;! néanmoins les noms d'un assez grand nombre dans les Martyrs de la Foi, tome I, page 3l0; dans VHiitoirv de la persecvlioii révolutionuaire en Bretagne, par M. Tresvaux, tome tl, page 5l4.

Il est à remarquer que lieauconp de ces prêtres n'avaient pas même été astreints à prêter les serments prescrits en 1*91; piiisi|u'i!s n'étaient pas fonctionnaires publics; tels ét;iient les anciens chanoines et les prêtres qui n'exerçaient pas le ministère pastoral : ils n'en étaient pas moins enveloppés dans la proscription commune.

ANiNEi: 1703. 327

portail clos sentences de mort qui étaient aussitôt exécutées. La peinture suivante, (pie |)résente l'acte d'accusation qui Ait plus lard dirif'jée contre ses membres, se trouve vérifiée par la procédure. « Tout ce cpic la cruauiéa de plus » barbare, tout ce que le crime a de plus perfide, tout ce » que Taulorilé a de plus arbitraire, loul ce que l'immora- )) lité a de plus révoltant , compose l'acte d'accusation des » commissaires du comité révolutionnaire de Nantes. Dans » toutes les pages de l'histoire, même des siècles barbares, )) on trouverait à peine des traits qui puissent se rappro- » cher des horreurs commises par les accusés. Néron fut » moins sanguinaire, Phalaris moins barbare (l). » On ne s'étonnera pas que, parmi ceux que ce comité envoya au supplice, il n'ait pas épargné quelques prclres qui tombèrent dans ses mains. Un respectable prêtre de quatrevingt huit ans. l'abbé de Saint-André, ancien trésorier de la chapelle de Vinceunes, fut condamné et exécuté le 19 novembre 1793. On ne pouvait pas lui reprocher le refus du serment, puisqu'il n'avait pas été astreint par la loi h le prêter. Ou l'avait trouvé dans la petite ville de Marenj'ue en Vendée, où il se tenait dans la retraite la plus profonde; ce fut son unique crime. Pour les laïques, il sullisait davoir donné asile à un prêtre pour être conduil à l'échafaud, et cependant, à cette époque, la loi n'avait nullement prescrit cette rigueur (2).

Cependant un régime si monstrueux ne pouvait toujours

(1) /icte (t accusation, du 24 octobre 1794; dans V Histoire parlementaire, tome XWIV, p. I5S.

PiikIIioiiiiik', dans son Ilistiûre des crimes de la révolution, porte à cent mille le nombre des vitliniesde Carrier: niais cette évaluation paraît exagérée. [(Toutefois la procédure, et les aveux inèraes de Carrier, font présiiiner un nombre effrayant.]] rovez dans la Biographie uniiersetle, l'article Carriei;.

(2) f^oyezplua hant, \t^e i^ô, nos obser\alions sur la loi de vendémiaire. Ce fut pour avoir donne asile h dos prêtres, que périt, le 19 janvier TOS,

M- I-t' I>oiip de la Rilliais, ancien conseiller au parlement de Bretagne; sa femme, ses deux filles, (jni avaient d'abord été arrêtées avec lui, ne montèrent h l'échafaud (|ur le 7 mars suivant. M. ïrcsvaux, dans son Histoire de la persécution religieuse en liretagne, tome II, pages 10 et suivantes, donne des détails touchants sur celte pieuse famille.

328 ANMilE 1793.

durer. La conduite de Carrieravait clé assez ouvertement désapprouvée par Robespierre, surtout dans les premiers mois de 1794. Aussi, lorsque, comme nous le dirons dans un article jirocliairi, ciux qu'oi appeliiii ultra-réwolutionna'ires, Hébert, CI» lunietie, el leuisaïuis eurenlsuccombé, il lallul que Carrier païui au moins modérer uu peu sa cruauté. Rappelé par le comité de salut [nihlic, il revint siéger avec assurance à la Conveniiou, ne dissimulant nullement la couduiie qu'il avait tenue, et appuyant de son suffrage toutes les mesures sanguinaires. 11 ne fui pas compris dans la lévoluiion du 9 ibermidor: mais dès lors le système dominant ayant cbangé , il fut permis cr<'xprimerson liorreor pour les actesairoceseommis sous le régime de la Terreur. La voix du sang innocent s'éleva contre ceux qui lavaieutversési cruellement. Carrier fut traduit par la Convention elle-uiéme au tribunal révolutionnaire. Kii vain cbercba-l il à prouver qu il n'avait fait que suivre les instructions que l'asseudjlée lui avait données, et à rappeler la sévérité inexorable qu'elle avait prescrite à l'épard des Vendéens: il fut condanuié avec deux de ses complices, auxcpiels la sentence reprocha d avoir ordonné des exécutions rontre révululiunnaires^ et il subit sa peine le Ibdéeeudjre 1794.

L'ne partie de la même seulence montre bien quelle était encore, à la fin de 1794, l.i coi fusion de toutes les idées. ViiiPt membres du Comité révolutionnaire, convaincus devaut les juges, d'avoir tlmné des ordres pour eousinure ^ les bateaux à soupape, d avoir exercé des cruautés inouïes sur les victimes quon livrait aux flots, d'avoir fait exécuter des ncj ades de fenniies et déniants^ d'avoir fait lusiller par centaines des |)risonniers désarmés, d'avoir tait incarcérer sans examen des citoyens paisib es, d'avoir levé des taxes arbitraires, etc., mais ne l'a) a/ft [tas fait avec des intentions criminelles et contre révolutionnaires , furent acquittés et niisen liberté (l). L'absurdité d'un pareil juge-

(l) f^oyez \\ sentence (ontre Carrier el ses complices, Histoire pailcnientitiie, tome XXXIV, payes 218 el suivantes.

ANNi':i: t7'.>:j. n-2!i

ment élnil si révoilanle, (|iu', sur Ivs nprr'seiMiiiions de l'iin tlt' ses lueinhri'S, la Convciilitm (il iiric'Ur de nouveau les prévenus. Leur cause lui portée plus lard au liibuual d'AiK<;ers : telle était la puissance et le ii()nd)re deceux(pii avaient parli(ip(> aux inèines ciinus , cpie ces jjrauds coupables lurent de nouveau ac(|uiliés ( l).

— [[Le 6 tiéceuibre. Loi pocn assi kku la i.ini-uTi': oes < CLTKS : nÉACTiOM COKTRE LA I HÉisMr:. Les excès (pii avaient, souillé le mois de novembi-e éiaienl idh nuni monsiiMieux, que, nial.'jré la terreur cpii dominait alors, rinditjnaiion ne put être entièrement comprimée. Les Hébertisics redoutaient surtout Robespierre, (pii n'avait pas applaudi à leurs orfjies révoltantes Le tribun. (|ui n'avait j^as paru à la Convention, pendant quelcpies j.nus, lança dans un rapport, d ailleurs très-foujjueux, »iu'il fit le I7 novendire, quelques pbrases qui commençèreiil à jeter l'aLirnie dans le camp de ceux qui avaient cru tri()nq)lier. « Vos enne- » mis, disait il. voudraienl donner l\ la cause sublime que » vous défendez un air de léj];èrei<'' ei de folii- : soutenez-la

» avec toute la difjuité de la raison Fuyiz à la fois le

1) cruel modérantisme et l'exaf^ération sysiéuiaiitpie des

■<) faux patriotes : le peuple liait tons les excès Il veut

» qu'on le (b'fende en riioiu rant. Port' z la lu.nière dans « l'antre de ces modernes Caeus , et ])uuissez le plus ') odieux de tous les forfaits, celui de revêtir l.i coulie-ré- » voltitiou des euiblèmes du patriotisme et d'assassiner la )) liberté avec ses pro|)res armes. » Il s'expliqua bitli pins clairement encore dans un discours irès-remar(|uable (piil prononça au club des Jacobins, le "21 novembre, et dans lecpicl il présenta comme les a^jcnts (b' l'étranger, suudo) es par les princes dans un })ut conir ei(*volniionnaii e. lous ces hommes immoraux ^lù travaillaient à donner à la revoluUon le caractère de Vinimornlitr. • il promellait bientôt de dévoiler entièrement ces bout» ux mysières (2).

(1) llisloirc de la perscciilion telis^icnse en Bi etni^nc, par M. Tresvaiix , lonie II, page iii.

(2) Voici qiu*l({iies extraits C.n discours tenu par Roljcspiirrc au club des

Les circonstances lui permirent d'accomplir bientôt cette menace : le pouvoir vraiment absolu du Comité de salut public, et le sien par conséquent, venait d'être affermi par

Jacobins : on y remarquera sins doute un esprit profondément hostile à la religion ; nous laissons ces passages ponr qu'on ne se méprenne pas sur le caractère d'un homme fumeux ; mais on ne peut y méconnaître une grande h ibileté à profiter des fautes de ses adversaires : o Que des citoyens animes par » un zèle jiur viennent déposer sur l'auti 1 de la p:i(rie lis monuments inutiles B de la supershtion , la patrie et la riison sourient à ces offiandes.... Mais » de quel droit l'aristocratie et Vhrpocriaîe viendraient-elles ici mêler leur » inflnem :e?... De quel dioil Tic/idraieiit-ils t'Oiibler la liherlc da culte!' » au nom tic In liberW, et attaquer le fanatisme par un fanatisnn- noii- » l'eau? De quel droit feraient-ils <legént;rer les hommnges rendus h la vé- » rite pure en da farces etei nelles et /iV/(C/i/ei .' Pourquoi leur permet- » trait-on de se jouer de la dignité du peuple, et d'attacher les grelots de la » folie au sceptie même de la ])hilosopIiie '.'...

» Il est des hommes qui, sous le prétexte de détruire la superstition, » veulent faire une sorte de religion de l'athéisme. Il serait bien insensé » l'homme publie, le législateur, qui adopterait un pareil système. L;i Conj> veiition l'abhorre. Ce n'est pas en vain qn'ille a proclame les Droits de » l'homme en présence de l'Iitre eterm 1. L'athéisme est aristocratique : » l'idée d'un grand être (|ui veille sur l'innoreu -e opprimée, et qui punit le B crime triomphant, est toute populaire [rifs aiiplautlissemcnti). Le pe pic, » les malheureux, m'applaudissent. Si je trouvais des censeurs , i:e serait » parmi les richrs et parmi les cnupahles J'ai été, des le col ege, un assez » mauvais cath^^li(|ue . je n'ai jamais été un ami froid de l'humanité ; je n'en u suis que plus attaché aux idées morales et p 'litif|ues que je viens tle vous » exposer: si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer... Si jamais la lyran- » nie pouvait renaître parn>i nous, quelle est l'ame vertueuse, qui n'appel- » lerait point en secret de son triomphe sacriléi^e à cette éternille juslire, B qui seudde avoir é( rit dans tous les cœurs la mort de tous les tyra s. Ce » sentiment est celui de toute l'Europe et de l'univers, c'est celui du peuple » français....

» Ne voyez-vous pas les pièges que vous tendent les ennemis de la rci>n- » blique et les lâches emissaiies des tyrans? Ils voudraient nous rendre » odieux à tous les peuples pour atlérunr les trônes thancelanis: les lâches B ne veulent que réaliser toutes les «alomnies grossières, dont l'Europe re- » connaissait l'impurlenee, et repousser de vous par les opinions religieuses, » ceux que la morale et l'intérêt commun attiraient vers la cause sulihme » que nous défendons !... » (Le distours se trouve presque entier dans Vflistoire parlementaire, tome XXX, page 272.)

Dans le même temps, Danton, chef d'une autre fraction, faisait à la Convention la motion qn'i7 /l'j eut plm de mascaraites antireligieuses uu ^eiu de l'Jssendjle. « Si nous n'avons pas honore, disaik-il. Us prêtres du lana- » tisme, nous ne voulons pas honorer les prèties de l'incrédulité. » L'elhoi saisit les Hehertistes : le Père Unchesne lui-n.ême prit un autre langage, et chercha à se défendre de vouloir sulistituer un culte à un nuire: (.hanmette chanta la palinodie d'une manière plus basse encore, et le 28 novend)re, il

par la loi du 4 décenjhre (14 frimaire), sur l'organisalioit du gouveniement i évulutionnaire ; le conseil de la Commxxwe de Paris pcrdail décidément son indépendance (1). Dès le lendemain, Robespierre dénojiçail de nouveau à la Convenlion ce mouvement violent contre le culte catliolif/ue, cnmnie le résnUaf d'une conspiration, ayant pour objet iV aliéner les peuples de la nation jrancaise de se servir de la p/iilosopfile pour détruire la liberté, de tnailler la trancpiillilé de l inférieur, et de donner ainsi plus de force à la coalition des enne nis du dehors (-2). En conséquence, il faisait adopter, le G décembre, une loi, ilont l'article premier défendait toute violence contraire à la libellé des cultes, mais dont, en même temps, par une contradic-

amenait l:i Coinnnnie, par un nouveau réquisitoire, à annuler cnlicrcmenl le decr.l rendu le 23, à sa «1< mande, pour f;iire fermer loJites les églises, (^ores i'arrèle de la Cionniune du 2i novemlire, plus haut, pnijc 316.^;

(il La loi du 4 décembre I7:t:{ (I '• frimaire), sur Vurgunhalion du gouvertnenl ra'olultoniKiiie, est une de celles qu'il importe le plus de connaîlre pour se rendre raison des événements de l'époque. Une première section de renvoi si de la i,iomiili;atmri des lois, établissait une mesure qui est restée da:iS n .|re le.^islation , le liidltliu de^ Uns, qui devait servir désormais à les notifier aux aiiloiila coiisliluées.

La .seconde seciion traite île l'execnlion des lois.

■ l La Convention naliiniale est le centie uni(|ue du Gouvernement, » IL Tous les corps constitués et les fonctionnaires publics sont mis sous » l'iiispection immédiate du Comité tic salut fivhlic.

» V. Chaque ministre est, en outre, peisonnelleincnt tenu de rendre un » compte particulier et sommaire des opéialions de son département, tous ■> les dix jours au Comité de salut jiuOlie, et de dénoncer tons les agents B qu'il emploie et qui n'auraient pas exactement rempli leurs obligations.

» XI. Il est e\p"essement défendu à toute autorité de faire des proelama- » tioiis, ou de prei.dr. des arrêtes extensifs, limitatifs ou contiairesau sens » de la loi. sons prei.xtc de l'interpréter ou d'y suppléer: il la Convention I» >enle appiriieni le <lr .it de donner l'interprétation des décrets. »

Kn même temps bs nrocnreurs de eommuiic et leurs substituts étaient supprimes el remplaces par des agents nationaux siiécialemeiit places sous la direction du Comité de s lut public. Les romités révolutionnaires, existant dans cliariiiie des quaianie-huit sections de Paris, devaient correspondre direi tentent el '■ans aucun inteituediaiie avec le Comité de siirelc genejale de la Com-e-iliofi ; mesure Irès-iinpoi tante dont le but était de briser h pouvoir de la Commune de Paris, qui cbeichait ii centraliser en elle l'action des sections ; etc. vvv

(2i Ce discours est rapporté dans Ylli-Avirc purlementoirc, tome Xxa, page 3 1 .j .

lion palp;ib!e, un aiilre ariicle déclarail i.\n on ii enlendait aucunement déroger aux lois répresswes conti e les piètres ré f met aires. On sail ce qu'on entendait par ce mol: ainsi la libtiié (les cnllts n'existait qu'en excluant le seul qui fiii légiiiine. Voici le texte de cei te loi, dont lesens n'éciiappera à ptMSonne: « La Convention nationale, considérant )j ce qn'exij^ent d ClIe Ws principes (ju'elle a proclamés au ) nom du peuple fiançais et le maintien de la lianqnillité » publique, 1" défend toutes les violences ou menaces )) contraires à la libtrlé des cultes. 1° La surveillance îles )) auioi'iiés consiitnées et l'aciion de la force publiipie se 1) renfermeront, à cet égard, chacun pour ce qui les con- » cerne, dans \v,s mesures de police et de sûreté publique. 1) '.V La Conveniion, par les dispositions précédenti s, n enn tend dérogei- en aucune manière aux lois répressives ni ^) aux précautions du salut publie co/i//y? les prêtres réjrac' ') tiurei, ou turbulents, et contre tous ceux qui tenteraient )) d'abuser du prétexte de la religion, pour compromettre 1) la cause de la lib(M'lé ; elle n'entend pas non plus foinnir ') à (pii que ce soil aucun prétexte (ïiiupiiétcr le patriotisme 0 el de raK-niir l'essor de l'esprit public. » (Cet article fui décrété sui- la motion de Cambon, qui assura (pie les prêtres réfraciaires ne pouvaient , sans danger pour la révolution, exercer leur culte, tant ipi elle i.ureiait.^ « La •) Convention invile tous les bons citoyens, au nom de la i) pairie, de s'abstenir de tontes disputes ihéologicpies ou » élr ingères aux grands intérêts du peuple français, pour. ^) concourir au triomphe de la répnbli(pie.... »

Une loi aussi inconqilèle ne pouvait avoir des résultats ti'ès sérieux. Llle eut toutefois le bon elfet de mettre un frein aux orgies scandaUuses qui poussaient le peuple à une extrême démoralisation : elle suspendit la piofanatiou des églises pour quelque tenjps et pnur quelques lieux, oiielle n avait pas encore été consomuiée. Une pétition de la Société populaire d'Amiens, qui livrée aux influt'uees d'André Dumont , demandait à la Convention qu'une loi ordonnât pour toute la France la clôture detoutes

AN.NKK 1793. :t33

les églises, fui re|)oussée le 28 déccnthrc cniuiiic c()nt:;iirc à la lil)or(é (U'S ciilles. C'esl Jiinsi (|iruii ctriaiii iioaihrc de teinplts |)iirini èire préservés tl«s plus fjrauds exeès et Siuiver tuènje une parlie de leur nuihilicr. iM.iis on se tiomperall si l'on croyiii( cpie les éfjlises se ronvrireni, el que le cler.<jé cinsliiniionnel lui niènie pnj < xereer puMiquenicnl les lonelions du eidle. \j\ Convention, dr)nini(''e par riinpiété, était loin d accorder aneiin intéièi à la libellé di'S cultes : elle continuait à accueillir avec complaisance les dépêches des représentants en mission dans les départements, (pii lui vantaient leurs exploits contre les prêtres ou les é.j^Iises : elle accordait qm-hpu-fois aux propositions des llébertisies des voles favorables. Il fut nïènie (piesiion, dans le cours de décenihie 179;i, de renouveler les Coniilês (la salut pnhlic, el de sûictc générale, et (Ken faire sortir liobespierre. La nonville de la prise de Toulon, à la lin de rannée, servit puissanunenl à assurer sa diclature et celle de son parti, et elle détermina la Convention à proioger les pouvoirs des deux

couiilés.

Dans les départements, où l'on ne comprenait pas les oscillations de la Convemion, la loi du 6 novend)re produisit peu d'effet. Les hommes audacieux cpii avaient pariout la force en main, trouvaient le mouvement imprimé en novemhie trop conforme à leurs propies dispositions pour ne pas le suivre avec ardeur. La profanation desé(>lises, I invasion des presbytères, l'expulsion des curés constitutionnels qui ne voulaient pas aposiasier, et livrer leurs lelties de prêirise , ou se mari<r même, eurinl lieu presque partout avec plus ou moins de scandale.]]

Le 13 décembre. Déroute et oésastre des VENnÉEAS

puFS ne i>LvNs ; précis slr la premikue (uerhe oe la Vendée. [[Nous avons remis jnscpi'ici à parler d'inic guerre, dans laquelle il faut reconnaître que les senliuients religieux annnreni el soutinrent une population énerfjique, mais qui ne peut pas cependant êlre considérée comme une guerre de religion. Il est aisé d'expliquer comment, à

334 AiNiNÉE 1793.

la vue des usurjîalions d'une démasfogie violente, des hommes pleins de seuiimeiît aient ciu pouvoir relever le trône, dont ils ne séparaient pas les iniérètsde leui- propre religion. Les dilliculiés d'une entreprise, qui reposait évidemment sur des éléments trop l'.iibles, et qui suitout manquait du lien nécessaire pour luitcr contre une centralisation déjà bien affermie, ne pouvaient guère être appréciées dans ces premiers commencements : el Us servirent cependant à faire ressortir l'héroïsme de ces simples pavsans, transformés tout à coup en vaillants soldats. Assez d'autres historiens ont exposé les traits de valeur qui ont illuslré un assez grand non)bre de noms. Nous ne ferons que rappeler sommairement les faits généraux (l).]]

La révoluiion avait rencontré une oppusiiion persévérante dans les provinces de l'Ouest. Les habitants de ces contrées avaient toujours montré de la r» pugnance pour les innovations religieuses el politiques. Lts prèires assermentés, les acquéreurs de biens nationaux, h s exécuteurs des nouveaux décrets y avaient toujours été regardés de mauvais œil. Dès 1791, il y avait eu un projet de soulèvement en Bretagne. Le mécontei-.tement couva sourdement cette année et la suivante. Il éclata au commencement de 1 793. Les parties de la Bretagne et de l'Anjou, qui .'«ont au midi de la Loire, avec la partie limitrophe du Poitou^ prirent les armes sous plusieurs ciiefs, qui étaient, pour la plupart, des gentilshommes du pays. Quelques tentatives d'insurrection, qui furent la suite de la chute du troue, au 10 août, avaient été promplement réprimées; il n'en fut pas de même des mouvements qui conjmencèrent le 10 mars 1793. Ce jour avait été marqué pour le recrutement de ceux qui étaient appelés sous les drapeaux de la république. A Saint-Florent, département de Maine-

(1) On peut consulter spécialement Vl/istoii e de la guerre de Vciidce et des chouans, par de Beaiuhamp, et li-s Mémoires demadame de laRochcjaqueleiii. Cette dame avait eu pour premier époux le brave de Leseiire, l'un des piincipanx commandants de la grande armée. Elle épousa, en 1801, le frère du célèbre la Rochejaquelein, dont nous parlerons plus bas.]]

et-Loire , non-seulemctil les jeunes gens lefiisèrent

d'obéir, mais «ne lésislance armée s'organisa, sous la

conduiie de Cailielincau, simple paysan, très-considéré

poui" sa prolîilé el sa piélé. Le mouvement se propagea

rapidement dans toute la partie des départements de la

Loire-Inférieure el de rAnjou qui sont au sud de la

Loii-e, et dans les départements voisins de la Amendée el des

Deux-Sèvres. Celaient d'abord des partis isolés d'bommes

de la campagne; mais ils ne lardèrent pas à presser les

geulilsliommesde lacontréede se metireà leur tète; el sous

leur conduite les bandes dispersées devinrent une armée

formidable, qui prit le litre d'armée catholique et royale.

Le caractère de renireprise est ainsi déterminé par la

proclamation datée de Partbenay, le 1 1 mai 1793 : « Nous

» n'avons pris les armes que pour soutenir la religion de

» nos pères, et rendre à notre légitime souverain,

» Louis WII, réclat et la solidité de sa couronne. »

Les Vendéens obtinrent d'abord des succès marqués, quoique mêlés de quelques éebecs. Nous signalerons à la mémoire du lecteur la prise de Thouars, le 2 mai; celle de Fontenay, peu de jours après, el celle beaucoup plus importante de Saumur, dont ils se rendirent maîtres le 9 juin, par une attaque conduite avec une admirable énergie. Onze mille prisonniers qui y tombèrent cuire leurs mains furent traités avec bumanilé; ils les renvoyèrent libres après leur avoir fait promettre de ne plus combattre contre eux, et après leur avoir rasé une partie de la téie pour pouvoir Us reconnaître (l). BieiUoi après Angers leur ouvrit ses portes.

Ce fut après la prise de Saumur, que s'organisa aussi régulièrement qu'il était possible, la grande armée dite à'ulnjou, qui fut longtemps le corps le plusconsidérable des Vendéens'. Les genlilsliommes valeureux qui comballalenl dans

(1) [[Combien n'est-il pas à regretter que les Vendéens n'aient pas toujours tenu une conduite si confornie à la reli|;ion, dont ils se disaient les vengeurs; mais il n'était pas aise <lc tenir toujours dans les bornes des hommes de campagne, exaspérés par les bonibles cruautés de leurs adversaires!]]

ses rangs, décerncreni le comDiandfrnenl en chef à Cailieiineau , en le tiomnianl jjéiiénilissiine-, el cet homme simple, qui posséilall, on elFel, loule la confiance du soldat, sui honorer ce titre par son courage et son génie militaire, autant qne par sa droit nre et sa piété. Dans le ménie temps une antre armée, dite de Poitou, se formait d.ins la région du Bocage qui, S'ir la rive gauche de la Loire, s'étend jusqu'à la mer: elle s'était donné pour chef Cliarcite de la Contcrie; el la prise de Machecoul, malhenrensement acconqiagiiée d'excès très hlàmables, avait été un

de ses premiers exploits.

Afin de pourvoir à I administration civile du pays dont ils étaient maîtres. Us Vendéens de la grande armée formèrent un conseil supérieur dont Icsiége était h Chàtillon et dont nous devons faire une mention spéciale. La présideiice en fut donnée à l'abhé Guyot de Folleville , qui prenait le litre dévéqiie d'Agia. Les aventures de cet lionnne sont fort extraordinaires. Avant de se trouver avec les Vendéens, il avait mené une conduite très-équivoque ; il avait prèle le serment de la constitution civile du cierge, et était devenu par intrusion curé de Dol ; puis il s'était rétracté pnhli(|uement daiis l'église du lieu; obligé de quitter Dol , il avait résidé successivement à Paris et à Poitiers; et c'était là qu'il avait commencé à se donner pour évéque d'Agra, ville de l'Inde , disant qu'il avait été consacré en vertu d'un bref qui rétablissait vicaire apostolique. Du reste, ou assure qne sa conduite répondait peu à ce litre, et qu'il fréquentait les clubs et même les smiéiés frivoles. Il s'était ensuite enrôlé dans un bataillon républicain, et c'est sous l'habit militaire que les Vendéens l'avaient trouvé à la prise de ïhouars. Il ne laissa pas de leur persuader non-seulement qu'il avait été enrôlé par force, mais qu'il était véritablemei'.t évêcjue et vicaire apostolique ; il parvint à en imposer à quelques missionnaiiesde Saint-Laurent-sur Sèvres, qui étaient encore dans la contrée, et on le reconnut en cette qualité; les prêtres prenaient de lui des pouvoirs, ainsi que le recommandait

ANM-K 17!):t. 337

un niiinifeste publie au nom tic rarince royale (I). Le pape Pie VI, informé de riinposUire par ce nianifesre mc'ine, oriil de son devoir de faire une réclainaiion publicpie, et dans un I nef adressé, le 31 juillel, aux évèques, au ciersé et aux fidèles de France, il déclara qu'il n'y avait aucun évè(|ue ayant le litre d'Aîjra, ni aucun vicaire aposl(di(jue auquel il eùl déléj^ué les pouvoirs que s'atliihuait cet lionune, qui, disait le Pape, n'était pas Jionnné dans le nianifesie, mais qu'on savait bien d'ailleurs s'appeler Guyol de Folleville (2) Il est probable que la certitude derauibeniiciié de ce bref n'arriva qu'assez tard iUix chefs vendéens. Le préîendu vicaire apostolique n'avait

(1) Voici les |)ii:ici|,.iii.\ piissnf^cs d.' ce Manifeste, (<1 que les journaux II' ])iil)lic'r(nt (I:iiis le cours de juin l793 :

« Nous, coiiiiiiaiuliinls gciuraiix des années cadiolicpies et rov-ilcs, arrc- » Ions ce qui suit, liorit n<ms ordonnons que la lictnie soif (aile (l;ins lonres » les paroisses. Ne pouvant pas donti r ipie l'intcnlion de S. M. Lonis WII » loi de l'iaïue, ne soif de reeoniiieiiM!-, eonrorinenienl à leurs mérites, ses » l)ravcs et (Idèles s'ijeis, <|ni se dexoiicnt pour sa cause et celle de la icli- » i;i(in callioli(|ne, nous ordonnons aux conseils prov isoires etaldis dans les >> dilTrrenles paroisses de pourvoir à la ^uLsistance <les leniines et enfants de » ceux qui eoMjljallenl pour la plus juste des causes, < t qui ont besoin de sc- » cours... Les conseils dis paroisses corrcspi.ndront avec le conseil snpé- » r.enr pour leurs opérations et obéiront aux ordres qu'ils en recevront... » Les familles qui si ront reconnues p^ur être de ma\ivaise volonté et ne pas « se vouer avec le même /,<'le au soutien de la bonne cause, seront assu- » jetiies, sur-le-cliam|), au paiement des impositions de 1792. Voulant aussi « aiit::nt qu'il ilependra de nous, rétablir la reli;^ion catli,di([ne et la lendrê » Uorissanle, nous invitons .MM. les cures et vicaires en place, qui n'ont pas » les i>ouvoirs généraux de leurs évêques légitimes, de s'adresser, dans b: » courant de la semaine, ii inoiisiij;niur revê(|uc d'.\gra, vicaire aposlo- » lique, résidant il Saint-I.aurent-sur-Sèvres, afin (|u'il rè-le leur <onduite • » et nous f).(l(innons que cmx (|ui n'auront pas, dimaiiclie î)juin une attes- » tation de Monsei-neur pour n'être pas inquiètes, soient arrêtés par le con- » sril des paroisses et conduits -s Cbaiillon... Nous ordonnons égabuonf que 1) les biens ecclésiastiques e(,nnns sons le nom de hiois niUimiaiir, et nui » ont été aclictés par des jiartit iilicrs, soient administrés par les conseils de » paroisses, qui en recevront le prix de ferme et en rendront compte au » Conseil supérieur... A Clisson, ce !«•• juin 179$ ; sigiu Lescure, le cheva- » lier de Marsanges. » {Ifcrcure de Fronce du i.'-) juin 17f)3.)

On assure que le prétendu évêquc d'A^ra simula des confirmations, des ordinations même, [forez .AI. Tresvaux, Iliitoirc de /a j>cruriifion en Bretagne, tome 1, page 4.)

C?) CoUcctio bretiiiin PU II, paije Oli.

338 AiNNÉE 1793.

pas tardé h montrer son insufîisance dans des conjonctures si délicates ; il ne laissa pas de continuer à jouer ce rôle dillicile jusqu'au moment uii 11 tomba dans les mains des ré|)ublicains, à la suiie des désastres de l'année vendéenne, dont nous parlerons bientôt. Il fut exécuté à Angers, le 5 janvier 1794 (l). Un autre ecclésiastique, faisant partie du même conseil, était l'abbé Dernier, curé de Saint- Laud d'Angers, homme fin et délié, qui fut souvent utile aux Vendéens par son habileté et son élocjueuce, et qui, après leurs malheurs, sut intervenir dans diverses négocialions relatives à la pacification des provinces ; il parvint même, vers la fin de la révolution, à gagner la confiance de Bonaparte; il fut un des négociateurs du Concordat de 1802, et il devint évêque d'Oiléans.

[[En général, les Vendéens avaient avec eux un assez grand nombre de prêtres: la plupart des curés de ce pays, qui était alors couvert de bois et peu facile à explorer, étaient restés dans la contrée ; on n'avait pas même essayé de leur appliquer la loi de la déportation : il était naturel que dans leurs expéditions aventureuses, ces hommes de foi voulussent être accompagnés par des ecclésiastiques, dont ils pussent recevoir les consolations et les secours de la religion. On a dit souvent, dans les proclamations des généraux républicains et dans les journaux révolutionnaires, que les prêtres qui suivaient l'armée vendéenne combattaient avec elle ; mais celte imputation a été souvent démentie , et elle s'accorderait mal avec l'estime et le respect que ces populations avaient pour les minislres de l'Évangile (2).]]

Dans les premiers temps qui suivirent l'organisation, la

(1) On raj)|)orte qu'interrogé par le tribunal révolutionnaire s'il n'étiii! pas l'évêque d'Agra, il répondit : « Je suis celui qu'on appelait ainsi. »

(2) [[f-^oyez les ]\lnr{yrs de la Foi, tome I, page 325. Madame de la Rochejaqiielein. parlant d'une circonstance où, dans une déroute désastreuse, un prêtre, le crucifix à la main, exhortait les Vendéens à conibiittre avec courage pour sauver leurs femmes et leurs enfanls, dit que c'est la sejile fois cil elle a vu les ecclésiastiques employer les rnovens de lii religion pou; animer les soldais.]]

ANiMili 1793. 339

discipline fntnssez bien observée, an moins dans l'armée d'Anjon. Plusieurs chefs nionlrèrent conslannnent de la piéié, en même temps qn'ils donnèrent des exemples de niodéraiion et de loyauté, qui ne furent pas toujours imités, u On n'eût pas entendu un blasphème dans lecamp, dit » un historien, et hi prière précédait lecondiat. » Ces vertus purent s'altérer par la suite; mais il est juste de rendre témoignajje aux vues nobles et relif^ieuses qui animèrent d abord les hiibiiants de la contrée. Nous ne dissimiderons pas qu'il y eut qnehjuefois d'affreuses représailles; mais elles ne peuvent faire oublier un seul de ces beaux traits de générosité, de couraîje et dedévonemenl; et il faut ajouter qu'elles ne paraissent avoir été ni jamais commandées, ni nièn)e tolérées par les gentilshommes qui appartenaient à l'armée.

Quehpie temps après la reddition d'Angers, commencèrent les désastres de la Vendée. Les deux armtîes d'Anjou et de Poitou avaient combiné leurs oj^érations pour attaquer Nantes, le 29 juin -, ce projet qui eut rendu les royalistes maîtres, non-seidement d'une grande ville, mais de l'embouchure de la Loire, avait pour eux la plus grande importance. La conquête paraissait d'autant plus certaine que la ville ne conqiiait qu'une très-faible garnison ; ils n'en échouèrent pas moins, malgré des prodiges de valeur, et le brave Calhelineau y reçut le coup n.ortcl. Ce désasii e ne put èire compensé par plusieurs vicioircs qu'ils remporlèrent depuis.

D'Elbée, qui avait succédé dans le commandement à Cathelineau, perdit, le I i^ août , la bataille de Luçon, et reçut peu de jours après, une blessure mortelle à Chollet(l). En même temps, ie pays entier était livré par les

(1) D'Elhéc HP pouvant accompaf;n(T les Vendéens dans leur expédition au delà de la traire , lui frère de Ciillieliiieau rassembla une rscorle de (ininzc cents lioniiiies, et conduisit le g«'ner;il et d'autres officiers malades à l'arinée de (^liarcttc. Celui-ci les fit passer dans l'île de Noinnouiiers, dont il étnif maître alors. Biais les républicains s'en étant ensuite emparés, immolèrent les Vendéens qui s'étaient rendus à discrétion et les habitants de l'ile qui

3iO ANNÉE 1793.

républicains à la dévastation, à rincendie el au carnofje. C csl alors q'ie Us Vendéens de l;i ."lande armée prirent la résolution de passer la Loire avec leurs femmes et leurs enfants, non-seulenient pour trouver des subsistances qui leur manquaient, mais aussi afin de se procurer un appui dans des populations connues pour leur atiaebemenl h la religion el à la royauté (l). D'après Tavis du brave Lescure, qui était mourant de f^es blessures. Henri de la Rocbejaquelein , quoiqu'il se fut opposé au passage du fleuve, fut élu généralissime. On sait quelle gloire ce jeune bonune, à peine à ;é de vingt et un ans, actiuit dans une expédition qui ne réussit pas, mais qui n'en fut pas moins marquée par des traits nombreux de valeur.

Ou voulait, en traversant les déparlemenls de la Mayenne et d'Ille-et-Vilaine, atteindre le port de Granville, où l'on espérait se mettre en communication avec les Anglais. La prise de Laval , le 23 octobre, fut le prix d'une victoire cbèrement achetée.

Le passage des Vendéens par Laval fut, pour un assez «yrand nombre de prêtres fidèles , l'occasion de cruelles épreuves, qui doivent trouver une place dans ces Mémoires. On a vu plus haut la cpiantiié d'ecclésiastiques inserujenîésqui avaient été mis en prisoii à Laval : le plus grand nombre était parti pour la déportation ('2) ; mais il en restait encore plus de cent dans la prison dite Patience : c'étaient ces infirmes et ces sexagénaires, pour

passaient pour Iriir t-lre favoralilcs. On assure qu'il y en eut (jiiinze cents massacrés dans une rue de la ville (irincipale de l'ile. D'iilbée avait été porté sur son rauleuil, sur la plice, pour y être fusillé.

(1) [[Nous ne pouvons omettre un liait d'hiimatiité ehrélienne qui précéda iinn:édiatement le p issage de la Loire. Ciiii| mille soldats réputjlicains ctaic't tombés dans les mains des Veiiriétns, qui les avaient enfermés dans l'église de Saint-Florent. Queli|(is-uiis parlaient de les l'aire passer par les armes et de venger le sang répandu. L'avis en est donné à Doncliamp qui était près de mourir de ses blessures; il demande, il ordonne qu'on fasse grâce : l'ordre fut exécuté, et les prisonniers recouvrèrent leur liberté. Ce trait servira de contraste avec ce qui est rapporté dans la note précédente.]]

(2) f^oyer, plus haut, pages 171 et 21 1.

lesquels h loi avait l'ail une exception (l). On craifjnit que les N endéens ne les délivrassent s ils les trouvaient dans la ville, et, 1 1 veille de la capiinlaiinn, on leur signifia subitement l'oidre de pariir, sans leur donner même le temps d'emporter leurs eir«(s et leur anjenl. On ne permit de rester cpi'à r|uinze d'entre eux, qui furent reconnus incapables dèire transportés; tous lis autres, au nombre de cjuaire viup^l-luiit , partirent d'ahord à pied, et liés deux à deux; parmi eux élaieni ciiuj ocloPjénaires, et fini de ceux-ci était aveup^le; un aulre avait quatre-vingt-huit ans; vingt-huit prèires avaient plus de soixante-dix ans. Ou reconnut hieniùi l'impossibilité de Taire faire le voyage à pird aux plus infirmes et âgés, et on les plaça dans des charrelies; on les dirigeait sur Chaittes. il est impossible île dire ce que ces prêtres eurent à souffrir dansée voyage; tantôt leur escorte, tantôt la populacj des villes par lescpielles ils passaient, les outrageait et cjuelquefois les frappait brutalement, quand il fallait monter dans les voilures ou en descendi e. La nuit, on les dé|)Osail dans des églises ou dans dis granges, où ils élaieni réduits à coucher sur le soi nu, caron ne leur donnait pas même de paille : une fois, à Lassay, on leur fit passer la nuit en plein air, exposés au givre qui tond)ait, et, dans ce même lieu, on repoussa les personnes compatissantes qui leur apportaient quelques provisions. Arrivés à Chartres, le 2 novendjie , et logés au petit séminaire, ils obtinrent quelques adoucibsemenls : les habiianls de la ville purent leur faire passer des secours, et les malades furent reçus à Thopilal ; mais, après trois semaines, il leur fallut partir. Ou leur avait adjoint des prèires d'Eure-et-Loir , et cpielques laïques; ilséiaient alors environ deux cents. On les conduisit à Raudwuillet , où ils sévirent de nouveau livrés aux insultes. Une circonstance prouve bien l'esprit qui animait un peuple égaré. Parmi les laïques du convoi, il y en eut un qui, voyant combien ou était acharné contre

[ (1) FoYez la loi sur la «lipoitatioii, jjliis liant, page 293.

:3i2 ANNÉE 1793.

les ecclésiastiques, s'écria qu'il n'était pas prêtre, mais p-aléiien depuis quinze ans. Celte observation, qu'il eut soin de répéter souvent, lui obtint les égards de ces gens honnêtes, qui traitaient les prêtres de scélérats. Renfermés dans une des dépendances du château de Rambouillet, les confesseurs de la foi eurent à endurer les plus rudes privations-, ils ne purent jamais obtenir de feu-, on ne leur fournissait que le pain, et ils n'avaient guère le moyen d'ajouter quelque chose à leur nourriture ; et cependant , par une iniquité révoltante , on les obligeait à payer, à nourrir et à chauffer leurs gar; diens. Cette situation cruelle dura bien au delà du 9 thermidor -, ce ne lut que vers la fin de 1794 que les parents et amis de quelques-uns obtinrent leur élargissement, les autres n'obtinrent leur liberté que dans les premiers mois de 1795. Alors vingt-six de ceux qui avaient quitté Laval avaient succombé (1).

Les Vendéens, entrés dans Laval, mirent en liberté le petit nombre de prêtres qu'ils y trouvèrent encore détenus; nous verrons plus tard quel sort était réservé h ces pieux confesseurs de la foi : ils firent rouvrir les églises, et l'olHce divin y fut publiquement célébré par les ecclésiastiques qui suivaient l'armée : quelques autres prêtres, qui avaient pu se cacher dans la ville et dans les environs, purent se montrer en liberté -, mais ils furent obligés dès lors de partager les dangers des royalistes (2).

Cependant l'armée vendéenne s'avançait vers le nord -,' elle était le 9 novembre à Dol : là les chefs purent s'aboticlier avec quelques royalistes venus de Jersey, qui promettaient de la part de l'Angleterre un secours prochain.

(1) Ces détails sont tirés des mémoires sur Laval, par M. Bmii'lier.

Un des ectlésiastiques sortis des prisons de Lav-nl, Claiidc Giiher^e, dire de Cliatclaiii, avait été réclamé par le Iribunal révolutionnaire de CLàtea;:- Gonlier, qui le condamna à mort, et le fit exécuter le 1) août 179'f.

(2) Les Vendéens arrêtèrent quelques prêtres assermentés et intrus: im seul périt, et lut victime, n ce qu'il paraît, de sa propre imprudence et de ses tentatives de résistance : on le jeta à l'eau. Les vicaires épiscopaus avaient pris la fuite, [roje: la note de la page •'i08.)

ANNi:K 1793. 313

La Rûchcjaqnelein, ayant divisé ses troupes en trois corps, se porta avec le plus considérable sur Granville, ou il espérait recevoir des munitions et des renforts ; mais il ne put s'emparer de la place. Le découraî^aMuent s'empara des Vendéens : bientôt ils demandèrtMil à grands cris à regagner leur pays-, ils errèrent pendant près d un mois dans la Bretagne et TAnjou , obtenant cpiclcpiefois de brillants succès (l), plus souvent malheureux dans leurs luiies contre les républicains qui les harcelaient sans

cesse.

La sanglante bataille qui eut lieu près du Mans, le 13 décembre, mit le comble aux désastres : la Vendre y trouva son tombeau. On égorgea de sang-froid, api^ès le combat, des femmes, des enfants, qui étaient à la suite de l'armée. Les malades, les blessés étaient massacrés. Une législation atroce avait mis les habitants de ce \)ays hors la loi, et des décrets successifs avaient ordonné la dévastation des villages, et l'enlèvement des femmes et des enfants. F3es généraux farouches ajoutaient encore à ces horreurs, et lâchaient la bride à la cruauté du soldat. Les ravages, la destruction, les supplices marquaient le passage des troupes républicaines. Celte barbarie parut redoubler encore après la déroule du Mans. Les malheureux royalistes, errantsde tous côtés, étaient immolés sans distinction d'âge ni de sexe. Quinze cents, qui avaient mis bas les armes à Savenay, en criant vive la nation, furent fusillés. On fusilla pendant huit jours dans ce lieu les débris de cette arujée, et les bourreaux se lassèrent plutôt de compter que de massacrer leurs victimes, dont les cadavres restèrent amoncelés pour accuser à la fois la férocitéet rinsouciancedu vainqueur. Un assez bon nombre de prisonniers, conduits à Nantes, y tombèrent dans les

(i) [[Le 16 novembre, La Rochijaquelein, se dirigcaiU vers I)ol, rencontra VVesltrinann à la lèle «le l'arinéc rciniltlleaine ; la balaili»- dura vingt-den?; heures. La victoire des royalistes lut lirillanlc. Le passage de 1 1 Loue pi s •le La Flèche, qui eut lieu quelques jours après, fut un des plus beaux laits d'armes du jeune généralissime.]]

34i ANNÉE 1793.

mains du fiirouclic Cirrier-, les uns pt'riifnl dans ces horribles noyades, dont nous avons pail','; les aulres étaicnl livrésà uueconup.ission niiiiiaire, (jui en jui^eailcent cinquante ou deux cents en nu jour A Angers, on en fusilla douze cents dans une prairie (l). Ces scènes sanglantes mirent fin à ce qu'on appelle la Grande- P^endée. Sur plus de quatre-vingt mdle personnes qui avaient p.issé ta Loire, il Y eu eut il peine quatre n»ille cpii la repassèrent. Un assez grand nombre de piètres veriueux lurent victimes des mêmes malheurs. La loi sauMlanle du 30 vendéuiiaire, que nous avons rapportée plus haut, traçiii aux tribtuiaux révolutionnaires et aux con)nii>sious militaires, éuiblies dans la Bretagne et dans les autres pays traversés par les Vendéens, une voie qui fut fidèlement suivie (-2).

[[Parmi ceux qui étaient paivenusà regagner leur pays, se trouvaient quelc|ues-uns des principaux chefs, la Rochejaquelein, Stotllel, l'abbé Dernier : ils parvinrent, après rpielques mois, à former un nouveau C()r|)s d'aruiée: le désespoir devait naturellemeul atliier à leur suite ce qui restait d habitants en étal de porter les armes, parce qu'on savait que les ordres les plus rigouieux avaient été donnés pour les exterminer. A leur tête, la llocheja(|ue!ein obtint encore quelques succès remarquables; mais il péril à la suite d'une affaire, où il était resté victorieux, le IG juin 1794. Stodlet, dirigé par les conseils de Tabhé Dernier, lui succéda dans le conuiiandemenl, mais, sans pouvoir obtenir la mènie autorité et la même confiance (3).

Dans le même temps, Charelle , qui n'avait pas suivi la grande armée au delà de la Loire, tenait toujours la canq)agne dans le Bas-Poitou, tantôt obligé de céder au

(1) Foyez ce qui a été dit plus tiaut des massacres de .Noiimouiiers.

(2) Voyez plus liaut, page 320, sur les exrculioiis de prêtres i|Ui suivirent le désastre. [Voyez aussi V/IiUoiie de la pei scculiou en Bretagne, par M. Tresvaux, tomes I et II.)

(3) Stotllet était un simple garde-eliasse, fjui, dès le commencement de l'insurrection, s'était lait, eoiimie partisan, une issez i^rande réputation. On a remarqué ijue, durant l'espace de deux ans, il s'était trouvé a cent cini|uante a flaires.

ANM-K ITO'k 3i;i

nombre, tantôt obtenant des succès si.'^naléa , toujours pressé par les républicains, et leur faisant quelquefois éprouver des perles sensibles. Sa position s'élail fortifiée dans les derniers mois de 1794, lorscjne les esprits coniniençaienJ à revenu- à des disposiiions plus p.>cin(|tics. Les al rocnés de Carrier, ta ni d'au 1res exéeu lions sa n(;la nies qui avaient eu lieu, el dont les délails snuUvaieut I opinion publique, forçaient alors la Convenîion elle même à plus de modéralion. Ces circonslances amenèrent le irailé de La Jaunals, du 27 février 1795, dont nous parlerons plus bas.

A la lutte de la Vendée, dont le théâtre principal était au dessous de la Loire, se ratlacbe à une autre guerre de pulisans, qui fut appelée la Clionannerie, du nom de Jean Cbonan,run des chefs les plus lenommés, et qui eut aussi sa célébrité et ses fails d'armes. C était surtout dans le Bas -Maine et la Bretagne qu'elle se propagea (1). Allaiblie par les désastres des Vendéens, elle fut reprise avec une nouvelle force dans le cours de 1794. Le traité dont nous venons de parler sembla l'éteindre au commencement de l'année suivante; mais elle se renouvela bientôt après, et, jusqu'à la pacification générale, il en resta toujours des vestiges.]]

— Le 5 février. R apport de Robesvierue sir les ^RI^clPE3 DU gouvernement nÉvoLUTio>NA.ir.E. Exécutions

(1) [[Jean Chouan était un simple saLotier «lu bois de Misdon lires do Siiiiit- Oiu-ii-lis-T..its, a liois lifiies de Laval. De même qu'il en avait éle dans la Veiid.e, ce lurent les enroleuieiits du mois ii'aoùt I7;t2, ([iii doniuient lieu à l'insuneetion des habitants de celte contrée, .lean Cli.m ni ne p .avait manquer de venir avec sa troupe se joindre aux Vendéens lorsqu'ils traverse, eut le M.iiue; il les aceonipagna ii (iranvilie, puis au Mans, et il les sui-it encore après leur déroute. Apri;s s'être caclié (iiielque lemps, il reprit les armes dans le mois de juin 1794 ; mais il périt le 2S juillet iT'.)',. Cet homme intrépide avait montre une loi vive et un grand dévouement à la religion, {ntyez sou article dans la L'iOj^iciphic universelle.)

346 ANNÉE I79i.

d'Hébert, de Danton, de Chaumettket de letjus complices. [[ Ces événemenls doivent entrer dans noire plan, non seulement parce qu'il est indispensable de les rappeler, pour indiquer la marche de la révolution, mais aussi parce qu'ils font éclater d'une manière vive la conduite sévère de la justice divine envers les auteurs des profanations sacriléijes et des attentais contre l'Eglise. Robespierre ne fut ici qu'un instrument, qui bientôt après devait être biisé à son tour.

La Convention, tiraillée par les différents partis qu'elle portait dans son sein, fatiguée par les dénonciations et les plaintes qu'elle recevait tous 1rs jours, avait, dans le mois de janvier, demandé au Coniité de salut public un rapport général sur tout ce qui intéressait le culte religieux. C'est à cette occasion cjuc Robespierie fit, le 5 f'-vrier, son fameux rapport sur les principes de morale publique, qui doivent suider la Convention nationale dans V administration intérieure de la République. L'orateur, conformément a son svstème favori, y présentait la vertu comme la base essentielle du gouvernement républicain ; mais il y associait aussitôt la terreur comme non moins indispensable, au moins en temps de révolution. A travers de longues déclamations, il y désignait assez clairement, comme des victimes qui ne tarderaient pas à être immolées, les indulgents, d'une part, et de l'autre, les prétendus ulirarévolutioimaires , qui compromettaient les principes sacrés de la révolution par des applications fausses ou funestes, et surtout par V athéisme et la guerre à la divinité (l).

(I) Voici quelques extriiifs de ce discours, l'un de ceux qui font le mieux connaître Fiobespierre et son hypocrisie : «c ()uel est le but ou nous tendons? » La jouissance paisible de la liberté et de leg;ilité, le règne de cette justice » éternelle dont les lois ont étc j^ravées, non sur le marbre et sur la pierre, » mais dans le cœur de tous les lionimcs. Nous voulons un ordre de choses, » on les passions basses et cruelles soient enciiaînees, toutes les passions » bienfaisantes et généreuses éveillées par les luis, ou l'ambition soit le « désir de mériter la gloire et de servir la patrie, ou l<s distinctions ne » naissent que de l'égalité même, ou le citoyen so t soumis au magistral, le » magistrat au ])cuple, le peuple à la justice.... Nous voulons substituer dans » notre patrie la morale a l'égoïnme, la probité à l'iionneur, les principes

ANNEE 179 t. 347

Les imprudences des hommes (oui couverls de crimes auxquels s'adressaieut ces menaces, en liàtèrent raccomplissemenl. Le 13 mars 1794, à la suite de la lenlalive insensée d'une insurrection populaire, Hébert, Ronsin,

» aux usages, les devoirs aux bienséances, l'empire «le la raison à la tyrannie

» de la mode Nous voulons, eu un mol, remplir les vœux de la iiatuie,

» aeco-nplir les destins de l'iiumanilé, absoudre la Providence du long rè^nc » du criuie et de la tyrannie. Que la France .deTÎenne le modèle des iia- » lions, la consolalion des opprimes, l'ornement de l'univers —

» Qi:(llc nature de ijouvcrncuieiit peut réaliser ces prodiges? Le seul gou-

>> verneuieiit dénjocratique ou républicain Or (picl est le principe fonda—

» mental du gouvernement democrati(|ue ou populaire, e'est-:i-d!re le ressort

j» essentiel qui le soutient et (jui le fait mouvoir? Cal la t crin Je paile

» de la Vertu publicpie, (jiii n'est autre cliosc (jue l'amour de la patrie et des » lois.... 11 s'ensuit que la première règle de voire conduite politique doit » être de rapporter vos opérations au dct'clo/ipement delà reitu. Ainsi tout » ce (|ui lend à exciter l'amour de la p itrie, à purifier les mœurs, à élever les )) «iiues, à diriger les passions du cœur humain vers l'iiMerrt public, dcit être I) adopté ou établi par vou.s; tout ce qui tend à les concentrer dans l'abjec- I) tion du moi personnel doit être réprimé par vous. Dans le système de la » rév(ilu(i(in Irançaise, ce (iiii al immoral al imjjoiuiiiue, ce qui est cor- » rupteur est impolitique....

» Ici se bornerait tout le développement de notre théorie, si vous n'aviez » qu'à gouverner dans le calme le vaisseau de la ve])ubliqi;e : mais la tem- » pète gronde, et l'état de la révolution ou vous êtes vous impose une autre « tache. Si le ressort du gouvernement populaire en temps de paix est la 1) vertu, le rvssorl du g.uveiiicment populaire en révolution est a la lois la u vertu et 11 lerrenr, la vertu, sans la<iuelle la terreur est funeste, la ter- >) reur, sans la(|uelle 1 1 vertu est impuissante. I.a terreur n'est autre chose ■) q'ie la. justice prompte, sévère et inflexible : elle est donc une émanation i> de la vertu.

» Ix's ennemis intérieurs du peuple français se sont divisés en deux fac- » tions, comme en deux corps d'armée: l'un nous pousse il la laiblesse,

» l'autre aux excès On a donné aux uns le nom de tuodércs ; il y a peut-

» être plus d'esprit (|iie de justesse dans la dénomination Ahiltra-ïévulution- !> iialres, par la(|iielle on a désigne les autres. Cette dénomination ne carai> » terise pas exactement les hommes p( rfules, que la tyrannie soudoie pour I) compromettre par des appl. calions fausses et funestes les principes sacrés i> de notre lévolutioii. »

Le reste du discours développe et applique ces principes. Les indtil— i^e.nts se pl'igueut de la ici'crile des lois, de la dcleutio/i des ennemis de la réfiublique, etc. L'anie sanguinaire du rapporteur se monlre ici à découvert, o P ur les autres, prêcher l'athéisme, n'est qu'une manière d'absoudre « la superstition, et la guerre déclarée il la divinité n'est qu'une dher-

)> sion eu fat'ettr de la royauté Il ne faut pas vous étonner si les auteurs

>> de ce système sont les prêtres qui ont le ])lus hardiment confessé leur >) charlatanisme, etc. (Allusion à l'apostasie de Gobel, etc.) »

ce général de rariuée révolutionnaire, qui avait tant contrib'ié à fomenter les désord es des premières années de la révoliiiion , Anaeliarsis Clootz , ce prétendu orateur du genre humain, Momoro, Vincent, et d'autres, appartenant au même parti, étaient arrêtés et traduits au tribunal lévoluiionnaire : ils furent exécutés le 24 niars (l). Huit jours après, Danton, dont nous avons vu la pariicipaiion si marquée aux massacres de septembre, et qui était devenu un des chefs drs/7/o<fe/e.v, Camille Uesmoulins, dont les provocations avaient eu sur les premières insni-rections et la prise d(- la l^aslilic une si funestti influence, mais qui commençait à inquiéter la tyrannie par la n)anière courai^ieiisc et élocpienie avec laquelle il l'attaquait dans le Pieux Cord(4ier ; Fabre d'K^lantine, l'un des principaux auteuis du calc.ndiùr j'épublicain ; le capucin Chabot , qui avait si hoMicusemeni déshonoré son caractère; h* général Westcruiann, tpii avait fait lrionq)lier l'insuriection du 10 août; Hér.uilt de Séchelles et d'autres, subissaient le même sort. Le mépris des formes communes de la justice et les mesures odieuses qui, sur la proposition du Comité ihi salui public, furent décré ées par la Convention pour excUire la défense des accusés, ne faisaient que mieux ressortir à leur égiird une vengeance plus haute que celle des hommes. Le 10 avril, Chaumette et l'évêque Gobel, comparaissaient à leur tour, avec une foule d'autres, comme implicjués dans nue conspiration imaginaire; et il est à remarquer qu'on présentait les actes mêmes de leur impiété comme la démonstration de leur culpabilité « Les preuves, dit » 1 acte l'accusation, de la complicité de Chaumette avec » les autres conjurés, résultent de sa conduite dans ses » fonctions de procureur de la Commune de Taris, dans » son affectation à s'ériger lui-même en législateur, en » provo(p!ant des arrêtés liberticides, mais surtout, cette » conq)liciié est prouvée par cette coalition entre Gobel>

(1) On leiiiarqna en particulier que lu poiiuluce potirsiiivil HiLert jnsqu'à ré'hulaud par tes iiijiins ynissièrciiunt cyni(iiies einiirtintees au jounuil le Père Duv/ict'iic, dont il était le refiatteur.

ANNÉI-: i:iti. :)i9

)) CIdoiz, (JhaiimeHo, HcLcrl cl consort'>. fjour ctldce/- louie y iilce (le la (liiùriitd, et vouloir fonder le ^oin'ernniiient ') frnnrats sur intliéisme el In subversion do ri'spril pii- » l)lic, afin (le donner de la eonsislaî)ce aux iiilàmes ca-

;) loninies des despotes (l) » Kn con>(''cjnence , ces

hommes snbirenl la peine capiialc le 13 avril (>).

Noms ne larderons pas à voir lîoixspierro lui-même, et ses principaux adlnrents, périr (rnne manière non moins lra.;;i(pie. La divine Frovidcnce muUiplia, tlans le cours de la révolulion , ces coups sensibles deslinésà faire impression sur les hommes les plus grossieis, el à inspirer i horreur des crimes qui blessent le plus la morale publique. Il n'est pas en France de provinces, pas de villes peut-être, qui n'ait à raconierqucUjne preuve frappante de celle conduite de la Providence (3). Nous ne ciieions ici qu'un fait, qui, tout posiérieur qu'il est, ne s'en raiiachc pas moins à 1 article j)résenl, et (|ue nous n'aurions peutêtre pas l'occasion de rappeler. Le 19 juin 1794, la ville de Saint-Claude voyait brûler jinbUcpiemenl , dans ses murs, le corps du saint évêque auquel elle devait son nom. Cinq ans après, au jour anniversaire de cet attentat, le 19 juin 1799, un incendie, dont la cause resta inconnue, consuma la ville tout entière. ^\

— Le 7 mai (18 floréal). Df.cuet de i.v CoNVEjSïrON pouu

nECOKNAÎxRE l'existence DE L KtRE SUPRKMF. ET l'iMMOI'.TA-

LiTÉ DE i.'wiE. Fête DE l'Être sipuème. Loi du 2-2 vwki- RiAL. Pour alTermir de plus en plus son triomphe sur le

(1) [Foui le réqiiisitdire de Foii.'(uicr-TiiivilI<' iDMfv,' (lli lUiiKltc et GoLel, liiéritc une nllciilioii spccialc. On le (roiiviTa dans \'/listoire jHirlrnicntairc, tome XWll, \y\'^c 'i'i'^-]

(2) royez ce ([u'i a clé dit plus liant, page 309, sur les derniers sentiments de Gobcl.

(3j ' lOn tio'ivera, dans l'ouvrage déjà cité : le Clergé du ilr'i)n)(rniciit de l'./isne, lo;ne II, page !2Stj, par M. Fleury, ries laits dont nous savons que rauthtntieité est trés-ceriaine. Un uiaron, rjui alTictait de montrer son impiété en démolissant un des cloihers de la cathédrale de Laoïi, tomlia de i'éeliafaudage et se Itri^a dans sa tliulc. Un autre, (|iii s'était porté avec une sorte de fureur à briser les statues du nu'u'.c cdilice, un urait trois jours après dans les accès de la rage, etc., etc.

parti de l'athéisme et de l'immoralité déclarés, et pour se parer lui-même du manleau de la vertu, Robespierre, tout en demandant à la Convention des lois de jour en jour plus formidables (l), voulut aussi en obtenir une reconnaissance des principes plus expresse et plus solennelle que les précédentes. ([Dès les premiers jours d'avril , Coulhon avait annoncé que le Comité de sahii public préparait un projet de loi pour éiablir une fèie décadaire à rÉternel , « dont les béberlisles n'a- » valent pas ôté aux peuples l'idée consolante. » C'est pour accomplir celte promesse que Robespierre vint lire, le 7 mai, un discours sur les rapports des idées religieuses et morales avec les principes républicains. Au milieu de longues et fastidieuses déclamaiions contre tous les rois et les gouvernements, on peut y remarquer deux choses^ d'une part, quelques appréciations qui ne manquent pas de justesse sur les suites funestes d'une philosophie matérialiste^ d'un autre coté, une haine profonde pour la religion véi itable. 11 proposait pour con-

(1) La loi (lu 29 germinal, 18 avril, rtndiit à la suite d'un rapport de Siint-Just, portait :

« I. Les prévenus de conspiration seront traduits, de tous les points de l.i » republique, au tribunal révolutionnaire de Paris.

» II. Les comités de salut public et de sûreté générale reclintlieront » pioniptcuient les complices «les conjurés, et les feront traduire au tiiLunal » révolutionnaire.

» III. Aucun ex-ncble... ne peut habiter P;iris, ni les places fortes, ni le.v » villes maritimes pendant lu guerre. Tout noble qui y serait trouvé dan? h dix jours est mis hors la lui.

M XX. Tous les citoyens sont tenus d'informer les autorités de leur res- » sort, et le comité de Salut public, des vols, des discours inciviques et » des actes d'oppression.

» XXIII. Si celui qui sera convaincu de s'er;e plaint de la révolution » vivait sans rien faire, et n'était ni sexagénaire, ni infiime, il sera déporté » à la Guyane. Ces sortes d'affaires seront jugées par les commissions popu- » laires. »

Un autre décret, rendu le 1" floréal, 20 avril, après un long rapport de Billaud-Varennes sur la Théorie du gouvernement populaire, portait : « La » Convention nationale, après avoir entendu le rapport du comité de salut » publie, déclare que, appuyée sur les vertus du peuple français, elle fera » trionjpher la république démocratique, et punira sans pitié tous yes enn nemis. »

ANNÉE 179i. 331

clusioii, une sorte de culie panlliéisle qui ne devait guère avoir de meilleur résultai que l'aihéisnie des Cliiuinielteet des Hébert. Quelques courts extraits en résuuieroiU l'esprit. « C'est surtout dansées derniers temps que Ion vit » se développer, dans tonte son étendue, TaCTreiix système » ourdi par nos ennemis de corrompre la moiale puLli- )) que; ils ont érii^é Tinnuoralilé en religion ; ils ont cher- » ché à éleindre tous les sentiments ^r(''néreux de la na- » ture, par leursexentples autant que par leurs préceptes. M Le méchant voudrait dans son cœur qu'il ne restât pas » sur la terre un seul honime de bien, afin de n'y plus w rencontrer un seul accusateur. Ceux-ci alièicnt chei- » cher dans les esprits et dans les cœuts (ont ce qui sert » d'appui à la moiale, pour l'arracher et poiir y éloufTer » raecusateur invisible que la nalnre y a caché... Qui » donc l'a donné la mission d annoncer au peuple que la » Divinité n'existe pas, ô loi qui le passionnes pour celte » aride doctrine, et qui ne te passionnes jamais pour la )) patrie? Quel avantage trouves-tu à persuacKr à l'homme » qu'une force aveugle préside à ses destinées, et frappe )) au basai d le criuie et la vertu 5 que son àme n'est (|U un » souffle léger, qui s'éleinl aux porlesdu tombeau ? L'idée » de son néant lui inspirera - 1- elle des sentiments » plus purs et plus élevés que celle de son immoii;tli(é, )) lui iispirera-t-elle plusde respect pour ses sendjlables et )» pour lui même, plus de dévouement à la patrie, plus » d'audace à braver la tyrannie, plus de mépris pour la •» mort et pour la volupté?... L'idée de l'Èire suprême et » de riujmortalilé est un rappel perpélr.el à la justice; » elle est donc sociale et républicaine... »

La manière dont l'oraieur jugeait les principaux philosophes du derniei- siècle est assez picjuante. «Il sera (acile » dapplicpier les observations que je viens de faire au » temps qui a précédé immédiatement noire révolution. » Dès longtemps les observateurs éclairés pouvaient en )) apercevoir quelques symptômes-, tous les événements » iraporlants y tendaient-, les hommes de lettres renom-

» mes en vertu tle leur inflnenoe sur l'opinion, eomiiien- » ç;iienià en oblenJr d;ins les affaires. Les plus aiiibiiieux » avaient (oinic une espèee de coalition qui auj^nienlait

ïeuv impoi îance. Ils se partageaient en sectes, dont la )) jilns pnissanle était celle (|ui fut connue sous le nom des 1) Encjclopédistes. Quiconque ignorerait son iniluence et » sa j)oîili(jue n'aurait p;iS une idée conqilèie de la pré- » l'ace de noire révolution. (Iclte secte resta toujours au- » dessousdtsdroitsdes peuples : enmatièrede moiale, elle M alla jjeaueoup au delà de la destruclion des préjugés re- )) ligiewT. Ils déclamèrent quelqueCoiî contre le despo- » lisme, el ils étaient pensionnés par les despotes; iis ("ai- )) salent tantcji des livres contre la cour, et tantôt des dé- 1) dicaces aux rois, des discours contre les coiu-iisans et des )) madrigaux pour des courtisanes; jIs étaient fiers dans » leurs ccriis et rampar.ls dans les antichambres. Celte )) secie propagea avec zèle lopiniou du matérialisme, qui » prévalut parmi les grands el parmi les beaux-esprits; )) on lui dut cette espèce de phllosopliie pratique qui, rc- » duisant régoïsme en système, regarde le succès comme » la règle du juste et de l'injuste, la probité con)me une « affaire de goût ou de bienséance, le monde connue le » patrimoine des fripons adroits. » A ce portrait trop fidèle, Kobi-spierre opposait Kousseau , qui, di<;ait-il, par l'élévation de son earaeière, s'était montré digne du nom de précepteur- du génie Inimain, el dont l'élocjuence mâle et probe avait défendu ces dogmes consolateurs tjue la saison donne pour appui au cœur humain.

P.issant de là aux bonmies qui avaient joué un rôle dans les premières années de !a révolution, il faisait assez adroitement res-orîir leurs fautes, dont la source était dans l'oubli des principes; les girondins, les bébertistes, les dantonisies étaient stigmatisés avec d'autant plus de vigueur qu ils avaient réellement tous professé des doctrines plus immorales (1).

(f) « Tel lal)ouicur, dit Robespicife, répandait la lumière de la philo-

ANM'iH I7!ti. 353

Tonloctilc particdii iliscomsavali clé ('coulée en silence, et (juel(|«ics iiiaiHjues assez rares (i'appiohaiioii avaient élé données; mais des applaiulisseiuenis nond)i'eux, vifsel lépciés aceneillireni les passages par lesquels Kobespiei re, clierelianl à rassnrer la Convenlion sur Tintluence des préiies, ne parlait de la religion (jn'avec oulrage el n)Cpris, comme dans ces phrases : Joutes les sectes doivent se confondre d elles mêmes dans In relii^ion universelle de la nature. Les prêtres sont à la morale ce que les cliarlatans sont à la médecine. Combien le Dieu de la nature est dijjérent du Dieu des prêtres ,• ils ont créé un Dieu à leur image • laissons les prêtres, et retournons à la Divinité, Le sceptre et f encensoir ont conspiré pour déshonorer le ciel et usurper la terre, etc. »

La Convenlion adopia la loi proposée, dans laquelle, après avoir déclaré (|ue le peuple français recomiaissait l'immortalité de l'dme, oi\ élahlissail îles lèles pour rap|)e- 1er, disail-oii, riiouuiie à la pensée de la divinité et à la dignité de son être. Les principales de ces fèies devaient tirei' kurs noms dts événements de la révolution, el les auires des venus répuiéi\s utiles à 1 homme, ou des bienlails de la ualure(l).j]

» snpliic dans 1rs camjingncs, quand l'académicien Condorcet, jadis g'and i> gt'diiii'irc, di(-(in, au jiigciiu'nt des litit raltins, et g'aiid ItUcialcur, au ■> diK- di-s gcomèli'cs, (l('|iuis conspiralcnr tiiiiidt-, travaillait sans cesse il » i'iiltscui'i il' par ses rapsodies mercenai es... Nous avons fnttndu, dans une société populaire (aux Jacoliins), le Iraiire (jua<l(l, denouccr un e citoyen (R(d)espieire lui-iuènie), pour avoir prononce le nom de la Provi- » dence. Nous avons enlendu lli hcrt en accuser un autre, pour avoir écrit

> contre l'allieisme. i\'est-ce pas Vergniaux el G nsoniie (|iii, en votre pri- B seiicc même et à votre tnliiine, pei'orèrent puur hailllir du pieaniliule de » la C'inslilulioii le nom de l'Eire siiprèiiie, f|ue vous y av<i pla<-e? iJantoii,

> qui souriait de pilié aux noms de vertu, île gloire cl de postérité, parla, » après eux, avec beaucoup de veliemence, en laveur de la même opinion... » Ces personnages arlilicieii.x emhrassaient avec tianspoit liu système qui, B cniifondant la destinée des huns <l d< s inécliants, ne laisse entre eux » <ranire différence que les laveurs incertiines de la fortune, ni d'autre n nrhiire que le dioit du plus fort (t du plus ruse. »

(l) ([Voici le texte des principaux articles de la loi du IR floréal; il cs( utile de U's connaître, pour apprécier le nouveau culte qu'on |)relendait opposer, nun-sculemcnl au culit de la Ilai^o/i, mais au christianisme :

T. Yt. 23

3o.i ANrs'ÉE 1794.

Ce fut en conséquence qne l'on célébra la fête du 2 prairial (-21 mai), dont le ptiuire David avait élé charjjé d'ordonuanter ions les détails. Sur un vaste amphiihéàtre, dressé dans les Tuileries, au milieu d'un nombreux orchestre, Robespierre, élu à dessein président de la Convention , parut comme le pontife du nouveau culte, en-

« I. Le peuple français reconnaît l'existence de l'Etre suprême et l'im- » morlalitc de l'àinc.

» 11. 11 r«connaît que le culte, digne de l'Etre suprême, est la pratique » des devoirs de l'Iioinme.

» III. Il met au premier rang dc^ devoirs de l'iiomme de détester la mau- » vaise foi et la tyrannie, de punir les tyrans et les traîtres, de secourir » les malheureux, de respecter les faillies, de défendre les 0|)primés, de » faire aux autres tout le bien qu'on peut, et de n'être injuste envers per- 1) sonne.

» IV. Il sera institué des fêles pour rappeler l'homme a la pensée de la » divinité et à la dignité de son être.

» V. Elles empruiiteiout leurs noms des événements glorieux de notre » révolution, des vertus les plus utiles à l'homme, des plus grands bienfaits •» de la nature.

» Vil. La république célébrera, tous les ans, les fêtrs du 14 juillet 1789, > du 10 août 1792, du 21 janvier 179'., du 31 mai 1793.

» VI. Elle célébrera, aux ( !6) jours des décadis, les têtes dont l'énumc- )• ration suit : — i» l'Etre ^uplême et a la Nature ; — au Genre humain; » — au Peuple français; — aux Bienfaiteurs de l'hunian lé; — aux Mar- » tyrs «le la liberté ; — à la Libelle et à l'Egalité; — à la Pvepubiicjue ; — » à la Liberté du monde; — à l'Amour de la pairie; — à la Haine des » tyrans et des traîtres ; — h la Vérité ; — à la Justice ; — à la l'udeur ; — » .1 la Gloire et à riminortalité ; — à l'Amitié; — à la Frugalité ; — au Cou- » ra^e; — à la bonne Foi; — à l'Héroïsme; — au Désintéressement; — au 11 Stoïcisme ; — il Vytmour ; ^ à la Foi conjugale ; — à l'Amour paternel ; » — à la Tendresse maternelle; — à la Piété filiale; — à l'Enfance — à la » Jeunesse ; — à l'Age viril ; — à la Vieillesse; — au Malheur; — à l'Agrî- » culture; — à l'Industrie; — à nos Aïeux; — à la Postérité; — au » Bonheur.

» IX. La Convention appelle tous les talents ii l'honheur de concourir à » rétablissements de ces fêtes par des hymnes, des chmls civiques, et tous s les moyens qui peuvent contribuer à leur embellissement...

» XI. La liberté des cultes est maintenue, conlormément au décret du » 18 frimaire. [P'oyez plus haut, page 33X'.)

I) En cas de troubles, dont un culte quelconque serait Xoccasion ou le » motif, ceux qui les exciteraient par des prcdications fanatiques, ou j)ar » des insiuuathus îévoluttonnaires, ceux qui les provoqueraient par <les n violences injustes et gratuites, seront également punis selon la rigueur de » la loi.

n XV. Il sera célébré, le 2 prairial prochain, une fête en l'honneur de

l'Etre suprême. »]]

ANNÉh: 1791.

'Ï6ii

foiirc (le tonte rxVsscmblôc, cl tenant a la main un bouquet (le (leurs. Après c|u il eut piououcé un discours, rempli, selon son usage, de lieux comiiuuissur la tyrannie, sur la liberté, sur les vertus répidjjicaines, il alla mettre le feu à un mannequin qui représentait I ailiéisnje , et qui, lorsqu il lut cousun)é, laissa voir à découvert la stiilue de la Sajjesse. On se rendit ensuite au Champ-de-3Iars, où Robespierre pérora de nouveau. L'appareil milil;iire, la nuisi que de bruyants orebesires, de froides allégories, des déelainalions amponl'''es, des inscriptions toutes païennes, telles furent les lortues de la nouvelle religion.

Deux jours après, le Comité du salut juihlic ordonna qu'au fioulispice de toutes les églises on effaçai l'inscription Temple de la raison, pour y subsliltier celle-ci : HtLe peu/ le français reconnnit l Etre suprême et V immortalité de lame. » Longtemps encore après la terreur, et en beaucoup d'endroits, jnsquau rétablissement du cidie catbolique, subsista ce monument du déisme révolutionnaire.

Ou vit alors se multiplier les déclarations et les professions de loi pbiIosopbi(|ues. Les Jacobins, cbez lesquels le parti de Robespierre était alors Iriompbant, vinrent féliciier la Convention sur son décret A Paris et dans les départements, tous ces hommes fougueux, qui tant de fois avaient répété que la raison et la liberté étaient leurs seules divinités, clianièreut la palinodie. Une des adresses les plus curieuses fut celle cpie la Commune de Paris adressa à la Convention, lorsf|u'elle vint à sa barre censurer le cube de la raison, ne, conwneon l'a vu, dans son propre sein : « Quelle était, demandait l'orateur, cette liaisonh. » laquelle les derniers conjurés élevaient des temples? » Elail-ce à la raison éternelle ? Non, sans doute, puisque ') les partisans de ce eidte divinisaient eu même temps » l'athéisme. Eiail-ceh la raison humaine? Idée absurde! » le peuple n'eût pas souffert qu'on eût outragé la raison » en lui dressant des autels. Elalt-ce à la raison des au- » teurs du projet? Mais des Français auraient-ils consenti

356 AMÉt: ITtti.

» à adfrer la raison d'Hébert et de Chaumplle(l)? » Après avoir lourné en ridiculeccsfaicesindécentfs, «où l'on por- » taii en li'ioniphe, lantol Vd femme d'un cof/spirateurÇi), » tantôt liiciiicet[ni la veille avait joué un roleinràiiie, » on n'en terniiiiail pas moins par des diatribes violentes contre les prêtres. Tel était l'esprit .«énéral de tout ce (|u'on publiait alors. Tandis cpie les prêtres périssaient sur lesécliafauds ou Iani;uissaient ilans la plus profonde misère an fond des cachots, les injures qu'on leur adressait se reproduisaient sous toutes les forints, en vers et en prose, dans les hymnes, dans les discoins adaptés à la circonstance, et surtout dans les adresses de félicilaiiou envoyées de tontes parts à la Convention 5 était ce là de la làeheié?[[ N étaitce pas plutôt une sorte de conjpensation cjue se procurait rim[)iéié, au moment même où elle était obliy;ée de reconnaître une vérité foudameutale (3).]]

[[La proclamation de l'existence de l'Etre suprême, lu fêiecpii en avait éié la consécpience, ne firent que donner une nouvelle puissanceà la tyrannie, un nouveau développement à la terreur. Robespierre n'ignorait pas combien

(1) lUsloire pnrlemenlaire, (onie XXXIV, pnge C5.

(2) L'iu triée Maill ird, (|iii îivnit fijjuic dans la fêle linrrihlc du 10 noveiiil)i-e [voyez plus haul, pagi- 312), avait été épousée par Momikto, exécuté q'jel(|urs mois après avec Cli.iuiiietle et consorts.

(:{) Grégoire, dans ['//istoire îles Sectei) religii-uscs, lonie I, page lOfî, apreN avoir présenie le | recis des evént nienis que nous venons de rapporier, raconte beaucoup de traits d'impiété de cette époque. On ]>uliiiait des Dé- Cftlogues républicains et des Crelo répultlicains, tissus de l)lasplièiiies.. Félix Nogaret Taisait circuler son Pater, alisurde parodie de l'Oraison <louiinicale, et les adii.iuistraleurs du département de l.i Haute-Saoue envoyaient ce fatras à toutes les communes. Les poètes Saint-Auge, Ximènes, Sylvain- Mareihil, (>lienier, se mettaient en fra's pour célébrer la nouvelle tète, en fulminant contre ce (|u'on appelait le fana isme. Un prêtre apostat, en mission dans la Dordogne, disait, dans le préambule de ses arrêtes : « On ou- •> irage Dieu par de ridicules génudexions et par toutes les jongleries des » prètris. L''S prêtres! ils sont l'objet de l'e-vécration de tout ce qui n'est B jias transforme en btle fcroce. » Ou sait de quel coté était \2i férocité. Tout cela était dit au nom des préceptes de la vertu, dans le moment même ou l'on faisait aux prêtres la guerre li plus cruelle, et ou l'on étouffait tous les sentiments de l'Iiuinanile. Tel était presque généralement le ton dts discours par lesquels nn relevait les nouvelles fêtes.

ANNKl-: t*9i. 337

Ses principes ipTil avait lait icconnaitrc riaient odieux à une pallie ii()til)le di'S meiiihics même de la Coiivenlion, (pii avait porté ces déetets. Comment en ent-il été autrement, loi-sipTun si ,'jiand nombre trintre eux avaient applaudi aux dcmonstralions de I ailicisme et étaient d'ailleurs couverts de crimes? On prétend cpi'au milieu même de la lèle, il eut à supjiorter de leiu- part des sarcasmis et des railleiies. Adu de fortifier la terrible dicianue (pTil exerçait, il proposa, de concert avec Couihon, I horrible loi du -l-i prairial ( 10 juin), qui livrait à la discrétion du Comité r/« Snlut. /)ub/ic la vie i\c tous les citoyens-, cpii ilécrétait la peine de mort contre une nudtitude de ces délits values, à limpulaiiou desrpiels personne ne pouvait échapper; qui supprimait Tinlerrogatoire préalable et l'audiiion des témoins à déchar.jje-, (pii privait les prévenus de défensturs. Celle loi, (|ue la Convention ne laissa pas d'adopter servilement, malgré son épouvante, et l'usage atroce qu on eu (it, amenèrent la journée du 9 iheruiidor (l).

(!) Qiioi(|iu' la loi du 22 pr.iirial n'ait pas «1c rapport «lirert avec la religion, coniii-e tUc servit à comliiirtf à reclial'iiud des ecrlcsiasliqiics et «le.s Iiniiiiiies <lonl le eriiiie était île respecter l.i rel^iiiii ; iiniis en donnerons iei les prin— cipa X articles : la ( oiuiais.sance de cette loi est d'ailleurs indispensable puue saisir l:i suite des événements.

« IV Le tribunal révolutionnaire est institué pour punir les ennemis du » peuple.

» VI. Sont réputés ennemis du peuple, ceux qui .-inront provoqué le réta» » !>lissement de la royauté, ou tin relie h avilir et à dissoudre la Coiiven- » (ion el le g lUvrrneiMcnl revoiulionnairi- ; — ceux qui auront trahi la » répiiM i|ue dans linile IVaeliou niililiiire; — ceux (jui auront tlicrclie à » causiT la di elle «ians la repiiljli(|ne ; — c»iix qui aoiout s< coude les pro- B jets des ennemis de la France, soit en l'axorisani l'impunité des coiispira- » tions, soit en ixru cutdiU et ciilomittinil le fioti iotismc, soit en iibuMint » </e< ijrc'ici'iies de lu 1 1 l'o/iitioii /lOin ila a/ idicnli'-mj'oiinse!) cl iier/liles ; o — ceux i|ui auront elieri lie à inspiii r le ileconia^( ineni ; — ceux (|ui au- » ront répandu de l'ausses nouvelles, pour di>iseriiu tronliL r le peuple; — n ceux (|ui auront elierclie à ci^arcr l'ojii/uiiu et ù ciiipcUher l'i/nlitulioa u du jicuiUe, h di/iiiwer les tiiœuis el à conurn/ire la conscience pu- B bli'/iie, el alu-rer l'énergie el la /mrelc des piiiirifjes rci'oliilioiinaires, n soit par des lécits, soil par louie antre niaeliinalion...

o vu. La peine porirc contre les d( lits dont la connaissance appartient o au tribunal revol tionnaire est la iiiui I.

> Vlll. Lu preuve nécessaire pour condamner les ennemis du peuple est

3aS ANiNÉE 1794.

— Précis sur les exécutions de prêtres, de religieuses et de piel'x fidèles, qui eureintlieu dainsles sept premiers MOIS DE 1794. [[Nous avons cru devoir réunir dans un même tableau des faits nombreux cjui ne sont séparés les uns des autres que par de courts intervalles. Déjà nous avons raconté bien des scènes d'horreur; mais les massacres qui ont souillé les premières années de la révolution peuvent être attribués soit à refTervescence d'une populace égarée, soit aux entreprises illéi^ales d'autorités usurpatrices. Nousallons mettre sous lesyeuxdu lecteur l'applicition même des lois ordonnée juridiquement par les tribunaux, et accomplie par les exécuteurs de la force publique. Les décrets rendus par la Convention, eu 1793, avaient établi contre les prêtres fidèles trois principaux degrés de rigueur. Elle avait décrété qu'un certain nombre seraient punis de mort, et la même peine devait être subie par les pieux fidèles qui les auraient recelés ou assistés : elle avait condamné les autres à la déportation à la Guyane : si elle avait excepté les infirmes et les sexagénaires, elle avait du moins ordonné qu'ils fussent détenus dans des maisons

» toute esjièce de dociiments, soit matérielle, soil moi oie, soit verbale, soit » écrite, qui peut naturellement obtenir i'assentiuitnt de tout esprit juste c! » raisonnable...

» 1\. TdUt citoy<n a le droit de saisir et de traduire devant les magistrats » les conspirateurs et les contre-révolutionnaires; il est tenu de les denonc<r » dès qu'il les connaît.

» X. Nul ne pourra traduire personne au tribunal révolutionnaire, si cj- » ïi'eslla Convention nationale, le ctiinité de S.vlnt public, le eomilé de suret*- » générale, les représentants du peuple, coininibsaires de la Convention ti » raccusaleur public.

1) Xll. L'accusé sera interrogé a l'audience et en public : la formalilc » de riiilerrof^afoire secret (fiii fji écède e^t iiipprimee coriiiiie )>iij)eijlite...^> (Par la suppression de l'interrogatoire pre:ili«ble, le prévenu ignorait pourquoi il était traduit devant le tribunal ; l'inlerroyaioire public n etail qu'une vaine formalité; les juges étaient fort habiles à couper la /larole, selon l'expression inventée par Hebert.j

« XllI. S'il existe des preuves soit matérielles, soit morales, indépen- » daniment de la preuve testimoniale, il ne .\era iniiiil entendu de tc- >> moins, à moins que cette fonnalilé ne paiaisse néiessaire, soit pour dc- » coui'rir da cnniiiUces, soil pour d'autres consicb râlions.

» XVI La loi donne pour défendeurs aux patriotes calomniés des jures » patriotes; elle /l'en accorde tJOint aux compii atenn.... »

ANMiK 1791. 339

de réclusion (1). Ce fut dans les mois qui précédèrent le y ihcriiiidor (27 juillet 1794) que celle législation barbare fui mise à exécution, eu suivant plus ou moins les formes léija les, mais toujours avec le surcroît de mauvais traitements qu'on put imnf^iner. Nous nous eUbrccronsde retracer, avec autant d ordre qu'il est pos>ihle, le tableau de ce qu'endurèrent les prèlres fidèles, appartenant à ces diverses caléfjories. Si, d'une part, le kcteur peut être lassé par des récils si pénibles, il doit sentir le be-oin de connaître dans ses principaux détails cet admirable béroïsine qui a renouvelé dans des temps si voisins de nous les exemples des plus beaux siècles de l'Eglise, et qui a réparé les scandales de l'apostasie et de l'impiété, liln léunissant les faits que nous allons rapporter à ce que nous avons dit plus baut de I émigration, on connaîtra quelle a été la constance du clerp;é l'rancais au milieu d'une des plus rudes épreuves que présente I bistoire.]]

Nous parlerons d'abord des exécutions ordonnées par les tribunaux. Nous avons déjà vu comment procédèrent les tribmiaux extraordinaires établis à Lyon et à Nantes (i). Nous all(jns voir des atrocités du même genre se renouveler en bien d'autres lieux ; et, loulefois, nous ne pourrons guère nous arrêter que sur les immolations qui ont eu plus d'éclat, soit à cause du nombre des victimes, soit à cause d'autres circonstances extraordinaires.

— ExÉcLTiows FAITES k Pap.is. [[ A Parls, le tribunal révolutionnaire envoya à l'cchafaud, dans le cours de 1794, cent quatorze prêtres. Quelque considérable que soit ce nond)re, nous avouons qu'il disparaît dans la masse de victimes de tout rang, de tout âge, de tout parti mcuie, qui étaient immolés tous les jours (3). Quatre classes surtout

(1) fûnez, plus lirtnl, la lui du 30 vendémiaire, art. XI, page 293.

(2) f'nyez plus liant, pages 281 et 323.

(3) Voici 11- r'-kvi- des sttitcnns lironoiiccrs ])ar le trijjtina! rivoltitionnaire. l'uv loi du 17 aoiU avait érige iiii Irihiinal crinii/iel, <|iii dura plus de sept mois et ne condamna à moi t (|ue viiigt-iieiix individu^. I.e tribunal rév'ululionnaiie, crée par la loi du 10 mars 1795, condamna, dans l'iiilcrvallc qui sépare sa création du 22 prairial (16 juin 1794), douze cent

étaient spécialement désij^nécs comme viol i mes; Icsprèlres (et sous ce nom étaient compris les religieuses, les pieux laï(|ues), les nobles, les richi's et les anciens membi'es de l'Assemblée constituante. Les motifs ne manquaient jamais pour décréter eon're eux la prine capiiale. Des listes conceriées entre raccusateur pub ic, Fouquier-Tin\ ille, et les terribles Comités de Salut public nX de Sûreté générale, erwiloppaienl dans le même amalgame (expression de Foiupiier-Tinville) des personnes qui ne s'étaient jmiais connues, et qui étaient accusées de conqiliciié. La loi du 22 prairial (10 juin), votée d après les vues de Robespierre, olait aux accusés tonte espèce de moyens de défense : on ne leur faisait même plus subir d'interrogatoire (l). Dai s les dernières semaines surtout qui précédèrent le 9 tbermidor, on avait inventé un moyen commode pour troviver des coupables. Les prisons de Paris regorgeaient de détenus : on en comptait environ buit mille. On prenait des moyens sûrs pour exaspérer les prisonnieis par toute espèce de mauvais traitements : toutes les plaintes étaient ensuite transformées en conspirations des prisons ; et les conspirateurs étaient en masse envoyés à récbafaud. C'est ainsi que fut inventée en particulier la conspiration du Luxem^ bourg, qui fournil à Téelialaud cent eiiupiante-neul victimes en trois jours (-2). C'est ainsi qu'on ai rivait à juger plus de deux cent cinquante personnes par décade j et cet affreux résidiat ne sulïisail pas encore à des bomnn s qui ne paraissaient avoir d'autre dessein que de dépopuler la France, selon l'expression inventée à celte époque de barbarie.]]

Nous sommes forcés de cboisir quelques noms seulement

soixante-neiif personnes. Du 22 ji'airial au 9 ihennidor, (27 juillet), les rou- «l.imiialions .i nu»rt furent au iiouiitre de (|Malui'ze cents. Ou en trouvi-ra la mile <lélaillee, jour par jour, d ins VHiatoire parlementaire, tome XXXIV, page î)7.

(1) Aveu formel de Fouqiiicr-Tiiiville dans son procès.

(2) Les pièces du procès de Foiiqiiiei-Tinville et de ses complices donnent, sur ces jugenienls et ces exec^tiims, des détails i|ui font frémir d'horreur. (Vo)eï UiUoire parletitentaire, tomes XXXIV et XXXV.)

ANNEE i'n. ;uij

d;«ns It'S si nombreuses virtimes des deiuiers mois. Le 21 juin, l'iibbé Clavièie, curé de ('aiissade, dioecsc do Montaubui, (|ui avail élé Jimené à Paris, avec (bx-sepi de ses ])aroissicns, sous la prévenlion d'avoir ténioig/iê de la douleur de la mort du roi, (ut exécuté avec eux. Ni un nom vénéré du peuple, ni l'àjîfc de cpiatre-vinîjt -un ans, ni le titre de Père des Sui^ojards, cpi'il avait niérilé par les soins les plusassidus et lrsplnsinlelli;;;eiiis, ni Icspi ièi'esde ces pauvres enranis, ne purfiit sauvt-r l'ahbi' de Feiielon, petil-neveu de raiclievé pie de (;aiid)i;ii. Enveloppé dans l'absurde conspiration dite du fAixenihouri^, il fui conduit à récbaf'aud le 7 juillet, avec soixante-scpi de ses prétendus coiuplices (I) : il les exhortait avec coura.jje; au pied de récbaCaud, touss'agenouillèrent, cl il leur donna l'absolnlion : on remar(pia (pie le bourreau lui-même s inclina par respect pour celui cju'il allait frapper (-2).

L'ne des scènes Us plus touclianles fut le supplice des Carmélites de (^ompièf^ne. Quatorze relip/ieuses el deux tourières, après avoir élé chassées de leur couvent, vivaient dans une retraite pi ofonde. Accusées d'une conspi-

(1) Le prrmier prositiciit de la cour des Comptes, de Nicolaï, était compris dans (fUe txt'ciilinii.

(2) J.-B.-A. de Siiliyii.ic Ftiirlon était né en l71i, l'année mènie ou mourut le jjiaiid aiclievê |ue île Camiirai. Après avoir rempli les Idiiclions d'aumônier de la reine, épouse <le Louis XV, il passa plusieurs années au prieure «le Sainl-Sernin-des-iiois, <liorése d'Autiin, dont il avait le litie.Oii ne peut diti couiliien de Lienlails il versa sur la rontrée : il delinisil, autant qu'if était en lui, les servitudes des vassaux <|ui dépend. ient de son lienedee; il ouvrit des routes à ses Irais; il aida par se saerilices l'etahlissemenl d'usines decliaihou unies à la contrée. Dans la suile, lixe a l'aris, au .séminaire des Missifms-Lirangrr. s, il l'ut associe à l'Oi.nvre des Savi.yards par le vertueux abbe «le Poutbrianl [voye:. ce n«nu «lans la liMe clir«»nolo;;i(|ue du tome IV de nos Mcinoii cij, et il en prit bienlôl après li dir«« lion. I\ en n'e.sl plus adumable (|ue le /.ele, la eharite, la sa;;esse même «pi'il «li\el(ippa envers ces p;iuvres enlan s alian«loiinés. Ou l'appelait ordinairemi'iit l'crci/z/e dci Savoyorili. Lorsiiu'il (ut arrête «;«>mnie a« iml au eommtn« em< nt i!e la terreur, les Savoyar<ls adresser» ut au l«)Uv« rnemeul re\«iluli«)nnaire une lourh.inle p«lition, pour réclamer la lili. rte de ei lui «|iii ét.iit leur nni(|iic appui, et ils j peignaii ni ses v«rtiis el s«-s serviees. (^«s titres n'.i«l<)mir«-ut pis en sa fav« ur les prétendus aniii du petij-le On tr«uivc Tel ge de cet homme de liieu «lan» l«-s ù'nnalei phitoivp/iiques, inuitilcs et Ittlcmires, Vecueil dirigi: par M. Picot.

362 ANiNÉE 1794.

ralion contre-révolutionnaire, elles furent mises en prison dans le mois de mai 1794 (l). et un mois après, transférées à la Conciergerie de Paris, pour cire traduites devant le tribunal lévoluiionnalre. Elles y parurent le 17 juillet, et y répondirent avec une noble fermeté. Couune on leur reprochait d'avoir eu des armes dans leiu- maison, la prieure, montrant son crucifix, ré|)ondit : Foilà les seules armes que nous ayons jamais eues dans notre monastère (2). En vain chercba-l-el!e à procurer la liberté des deux tourières, qui devaient être regardées comn\e des domestiques: toutes furent condamnées. Un séculier, nommé x\Iulot, parent d'une des religieuses, avait été arrêté avec elles, comme leur aumônier : ce fut inutilement qu il prouva qu'il était marié, et que sa feumie était détenue à Chantilly ; un de ses frères, juge à Compiègue, témoignait du même fait : il n'en fut pas moins condau)né comme prêtre réfractaire. Ces pieuses filles, toutes vêtues de blanc, coumie pour le jour de lems noces, chantèrent le Te D(um, en allant à la barrière du Troue, lieu de leur sup|)lice : elles s'agenouillèrent au pied de l'échafaud, et après avoir récité le Feni, Creator, elles prononcèrent toutes ensemble la foruude de leurs vœux, et demandèrent à Dieu que leur sacrifice apaisât sa colère. La Prieure obtint d'être immolée la dernière (3).

Dans les derniers jours qui précédèrent le 9 thermidor,

(î) Celte prison était le couvent de la Visitation de Conijjiigne. Dejii s'y t»'onv;uent les Bénédictines anglaises «le (innibrai; mais une surveillance sévère ne permit pas aux Carnieliles d'avoir avec elles i-iiicun rapport.

(2) Une autre preuve de la conspiration était un pavillon servant pour l'exposition du Saint-Sacrement, et ayant une forme de manteau royal.

(3) I,a Mère prieure, nie » Puis, se noininait Lidoine. Elle avait elé connue, dès sa jeunesse, de madame Louise de France, (|ui avait obtenu de la reine (|u'elle payât sa dot chez les Cirinelites de Coinpi«giie. En mémoire de sa l/ienfailrice, il e avait pris le nom de religion que |>orlait la princesse, ifiirie (le Saint-Aii^iti,tin.

Parmi les l)eaux exemples que les Carmélites donnèrent à la Conciergerie, on remar(|ua leur assiduité à reciter les Malins à deux heures du malin. Ou trouve, dans les Minioiics pour sen'ir a i'histoire de la ReUgiim, par M. JanlTret, lomc II, page 300, un récit fort édiKant de tout ce qui tonttrne ces illustres vieFjjes,

AN.NÉL: 1791. 363

on vit montera réchafiiud, le 23 juillet, neuf prêtres (1); le 2j, huit picires; le 20, quatre prèires el M. de Saint- Simon, cvèc|ue d'Aj^de (2), cl deux autres encore, le 27, jour même du 9 lliermidt)r (3). Les évcnemeuis qui eurent lien alors mirent fin à cis giandes hécatombes ; mais nous aurons lieu de remar(|uer plus bas que plusieurs prèlres fidèles furent encore immolés tians les derniers mois de cette même année.

(1) C'isl Je JDur oii inorili rtnt aussi à l'éiliafand les poêles André Chcnier el Ri)iiclier.

(2) Cliailcs-François-Siméoii de Saint-Simon Rouvr.iy, né en 172S, t( évê(|iie «rA<lge depuis ITr.O, élait im prélat instruit el il culliNaitles lettres. Obligé par la révoliilion de (juitler son dioeèse, il s'était retiré à Paris; incari eré en 1703, il hinijMit longlenips dans les eaehots, cl monta à l'eehafaiwl la veille de la iliule de l'.olx spieire.

rt-ii de jours après le 9 llurruidnr, péril l'évêque de Montaulian, François- Vietnr le Tonnelier de Dretiuil. Ce prélat, dont la vie avait d'abord été un peu dissljiée, lut ramené à la piété par les inallieiirs de la révolution. Depnle à l'Assemblée eonstiluaiite, il a^ait pris parla toules les réclamations de ses C(illéi;ues. Cache à Puiuen, eliez des dames pieuses, il fut découvert, le 4 juillet, avec lis personnes (|ni lui donnaient asile, et conduit eu prison. Li journée du 9 tlurmidor eoipèclia ([u'il ne lut mis en jugement ; mais il éprouva, du reste, les rigueurs d'une dure eapli\ilé, ne eoucbant (|ue sur la paille el n'ayant que du pain el de i'eau. On le trouva mourani, le 14 août. Il avait pu se confesser, et avait montré la résignation la plus parfaite I,es 1/(i//v»-< ilc lu Fui, louie II, page 312, contiennent un article intéressant sur ce jjrélat.

(3) Parmi les victimes qui périrent le 27 juillet, on dut distinguer l'abbe de Beaurtgard, chanoine et grand vicaire de Lu(on.:On trouve, dans Ies3/rmoiiei de M. Jauffrel, lome II, page iS, nue btlre frès-toui liante qu'il écrivit à sa mère la >eille même de sa mort). In autre «le ses frères, comme lui grand vicaire de Luçon, fut déporte à Caycnuc en 1708; de retour dans sa patrie, il fut longtemps curé de Poitiers, puis devint évèquc d'Orléaua en 18:8.

Parmi les autres victimes du tribunal révolutionnaire de Paris, nous s gnalerons encore l'abbe Ploquin, du séminaire S linlSulpice, qui, ayant etc arrêté à Orléans, chez de pieuses filles, les demoiselles r>arI)eion, fut exécute avec elles et avei un pieux laiciue, le 'ib février. Le Ï9 mars, trois Bénédictins, .\dam, Courlin el M. Hre, furent condamnes Konwwt: fanatiques, parce qu'ils avaient dit la messe et permis à d'autres d'y assister.

Le 24 aviil vosait monter à l'cchataud l'abbé de la Corbière, grand vicaire de Verdun et dovn de la cailiedrale, avec quatre autres prêtres dn même diocèse. Le 11 mai, l'abbe llesinonteaux fut condamné avec deux autres prèlres, d. ux religenses et une fille pieuse. Le IG juillet. Gaillard de Senillae, cbaiioine du l'iiy. était immole avec le cure OUin et dix autres personnes du même diocèse.

36 i ANNEE 1794.

— Exécutions A Laval. Depuis que les Vendéens avaient (juidé Laval (l), la Uirour réj^naii avec d autant plus de rigueur, (|ue l'e.sprii des liabilanis éiaii plus relif^ieux. Oiî recliertdi i biem()t avec soi i les prèires qui s'éiaient nionlrés en public, lors du pas?age de l'aruiée royaliste, et généra leiuent lousceux qui avaient alors donné qurique jéinoignage de syuipatbie pour la même cause; c'était pour les juger que les représentants Bouibolte et Bisses établirent une commission révolutionnaire (2). 11 est triste de dire que deux prcties constitutionnels, Yolcler et Guilbert , en l'.iisaient pariie. Ce tribunal ne suivait aucune des (ormes qui sont usitées cbez les nations civilisées : il n'y avait ni acte d'accusation préliminaire, ni audiiion de témoins, ni pièces de procédure, ni plaidoirie; immédiatement après la sentence on était conduit à I écliafaud.

Parmi les nombreuses exécutions qui eurent lieu par ses ordres, une de celles qui entent le plus d'éclat fut celle de quaioize prêtres, mis à mort le 21 janvier, jour qui païaît avoir été cboihi à dessein pour célébrer l'anniversaire de la mort de Louis XVL Ces piètres étaient les mèuies qui étaient restés dans la prison dite Palience, lors-

(1) rayez plus haut, page 342.

(2 Dès le mois tic noveiiiliic, une première commission avait déjà été ét.ildie cl avait prononcé qutl(|ins sentences.

Le ly novembre, «lie avait condamné à mort, et t'ait exécuter, «n ( ordon- ' nier nomme David, connu par ses sentinienis «liiétiens. Tout son crime était d'avoir voulu favoriser reva>ion de cinq liouimcs de sa connaissance, et d'avoir refuse de crier : /-'ù'e la Ré/uibliqiie! en ajoutant qu'il croirait ciier : rU'e l'Enfer! puis(|Ue c'< lait lu lépubliqnt^ qui tn'nil iletruit lit religion et fait périr le toi... Cet lioinme de l)ien nnmla à l'éciiafaud en cliantant un CHnti(|Ue à la sainte Vierge. Vers la même époque, un prêtre du pays M. Btineau, fut fusille par des soldats; un auire, nommé Potticr. fut mass.icre par des traîtres. Ciinj autres prêtres, (|ui avaient suivi rarmec de Vendée, furent assassinés sans jugement.

(•ij Cette seconite commission iit périr, à Laval même, cent seize hommes

• t quatre-vingts Ici es, el, hors de Laval, un plus grand nombre encore;

<;n tout quatre cent soixante el une personnes.

Le jour même de Noël 1793, elle avait fait monter à l'cchafaud un prêtre Tcndeen.

AN.NKt: nOi. 36,.

qu'à l'apprnche tics Vendéens on avait fait parlir leurs coiilrères pour Cliariies (l) : on les avait alors ju.'jés Iroji iiiliriiies pour les accoinpa.'juer. Les Veiidétiis, à leur passaf;e pour Laval, les avaient mis eu liherl»^; après le départ de l'armée roy.tlisie, ou lesav;iii mis de iu)uveau eu prison; ou assure (pTou leur avait l'.iit intimera sou de trompe Tordre de s y rendre, el qu'ils avaient obéi avee docilité (ils ciaietu d'abord quinze, mais un d'entre eux était mort dans riuiervalle).

Le 21 janvier, dès le matin, on les fit conduire au tribunal. Les juges leur demandèrent s'ils voulaient pièler les serments |)rescriis en 1790 el 1791, el s ils promettaient (le ne professer aucune religion, nolainn,ei.l la religion calJioliiiue. Tous répondiienl avec l'ermelé et professèrent courageusement lenr loi. Seulement, ceux (pii n'étaient pas curés représentèrent cpie la loi ne les astreignait pas au serment. Un de ces ecclésiasticpus était soiud : quand on lui eut explicpié ce dont il s'agissait, il piolesta quil ne salirait pas sa vieillesse. \j\\ antre, nommé Ambroise, passait poiu- janséniste : il déclaia à l'andieuce qu'il avilit eu le mallieiu' de professer di's opinions peu conformes \\ la saine doctrine ; mais que IJieu lui avait fait la grâce de l'éclairer, et qu'après les avoir abpnées eu présence de ses confrères, il avait été par.eux réconcilié à l'Église. Ils furent tous condamnés; pariui eux était un vieillard de soixanle-dix-sepi ans; deux autres eu avaienl environ soixante-quinze. Il y en eut trois (piil fallut soutenir pour mouler à recbalaud, tant ils étaient infirmes, et nu qii il fallut y porter. Ou assure (pte les membres de la couuuission révoluiiounaire vouliueut assister à l'exécution, placés à la fenêtre d'iuie maison voisine, el qu'il.-. , se firent donnera boiie pendant le supplice (2).

(1) AVycs plus liaul, paj^ioil.

(2) Ias noms de tes ie>|ncl.il>l(>s ioiilVs.sc"ir,s de ta Foi l'inient Tiirpin du Cormier, curi de la Trinité de Lnval ; (i.illot, Pelle et Ambroise, prêtres de lit même ]):iri.iisc; André, Uiilioii, .Mij;ir<!, Moule el l'iiilippol, cures des euvitons de I.uval ; Dm liesne; Morin, (;a>uiuau et Tliomas, prêtres liabiliies ou

Celte commission sanguinaire livra encore à la mort, soit à Laval, soit dans d'aulres lieux du déparlement, huit autres prêires, des religieuses, coupables d'avoir pansé et soigné des Vendéens blessés, et des fidèles, à qui on n'avait à reprocher q»ie d'avoir caché des prélies fidèles. Un prêtre du Mans, nommé Dorfeuil, était retiré dans la maison d'un lal)ourenr, nommé Chadaigne, avec un autre ecclésiastique. Au moment où la maison fut investie, ce dernier put s'échapper, grâce h la présence d'esprit de la fille Chadaigne, qui arrêta le bras du soldat, au moment où il allait le saisir. Le lendemain, 27 juin, l'abbé Dorfeuil, Chadaigne, sa fille et sa sœur, comj)araissaient devant la commission, le premier, comme coupable d'auoir disiillé le poison du fanatisme, les autres, comme ayant recelé des prêtr< s réfraclaircs. Les prisonniers refuscient le serment qui leur fut pro[iosé, et comme l'abbé Dorfeuil demandait pardon à ses hôtes d'êire cause de leur mort, ils répondirent qu'ils étaient heureux de mourir pour cette cause, et montèrent à l'échafaud en priant Dieu (1).

— Exécutions a Arras. C'est le conventionnel Joseph Lebon, ancien Oratorien, né à Arras ntême, d'une famille obscure, qtii souilla celle ville par d'horribles cruautés. Il avait éié, au commencemeni de la révolution, curé consiiluiionnel de Neuville, diocèse d'Arras, et nous verrons loui à l'heure conment il vengea l'éloignemenl que de pieux fidèles avaient eu de son ministère. Cependant il avait paru, dans les premières années, éloigné des excès. Devenu maire d'Arras, puis premier syndic, il s'était prononcé contre l'attentat du 10 août, et il avait repoussé les

chapelains, et Triquerie, religieux fraïuiscain. Leurs corps furent d'abord inhumes au lieu dit: La Croix-Bataille. En 181S, on les exliimia pour renfernif r leurs ossements dans un monument convenable. L'evêque du Mans ordonna, en 1839, une enquête canonique sur les circonstances de leur jugement et de leur n.ort. M. Boulli. r, dans ses Mémoires sur La\'al, fait observer qu'on ne leur reproche absolument que le refus du serment.

(1) Tout cet article est tiré des Mémoires sur La\'al, par l'abbé BouUier.

cominissaires envoyés pni- U\ Coaiiimne de Paris, nprès les massacres de scplciiihii', pour provoquer rimitaiiou de ses excès (l). Il fut nomme meiidjie de la Cotivendo'.i postérieurement h la mon du roi , et bientôt après il fut envoyé en mission dans son dépailemenl. Pendant cjuclcjuc (cmj)S il se borna h des proclamations, et il s'aliir;i piir là, de la part du Comité du salut public , le leproclie d'être trop motléré. Soit qu'il lut sensible à ce reproclie, soit rpi'il se fût laissé aller à Li férocité naturelle de son caractère , il commença, vers mars 1794, h se nuintrer un des tyrans les plussanfjuinaires; il forma un (ribunal révolutionnaire deeeqii'il put trouverd'bommes les plus féroces, el parmi

eux fifiuraienl son beau-frère et trois oncles de sa femme, (i ....

car il avait été un des premiers ecclésiastiques (pnavaient violé la sainte loi du célibat. Comme si \\n tel tiibunal n'eût pas été assez soumis à ses ordres, (|ueIque.fois il cas-* sait ses arrêts, et on prétv-nd qu'il envoya à la mort des personnes qui avaient été acciuiitées. Les juges et les jurés qui avaient eu part à ces acquittements étaient destitués, incaicérés, et dénoncés au Comité de sûreté généiale.

Parmi les victimes d'Arras , nous siîjualerons les suivantes. Oii avilit trouvé cIk'J^ unelianoine d'Arras une protestation rédigée en 1790, et signée pîir lecbapitre, contre la constitution civile du clergé (2). !l semble que ce ne pouvait être un délit digne de mort , puisque celle constitution n'existait plus ni en principe ni en droit. Le prétendu délit était d'ailleurs couvert par l'amnistie décrétée par l'Assemblée constituante du 13 septembre 1791 (3). Ce fut cependant pour cet unique crime que le 6 avrd 1794, cinqchanoinesfurenlcondamnésàpérirsurrécbaraud(4).

[}] ^oj'es plus linnt, pnge 219.

(2) royc~ plus haut, l:i note la page 37.

(3) l'oyez plus haut, page 150.

(4) Ces cIianLines élaieiil R(ni(<iu.l, de Lagnicourt, de Buissy, de Francf, Mall)aux, Ilirduin et l.cronx. (/'o) ci sur celle altaire el sur les suivantes, le» pièces JMiporlantes concernant le procès de Lelion, dans VHutoire pnilenwntaire, tome XTtXV, page 220 et suivantes.)

La condamnaiion de la dame Bataille el de ses associés eui encore un caractère plus odieux. On avail Iroiivé chez celle pieuse veuve un lei^isire où elle inscrivait les noms des personnes chariiahksqui couirihu;iieut avec elle à soutenir les |)rêlres malheureux et proscrits. Ce refifisire contenaii Ks noms de vingt huit pcrsonnesdelouies les classes; il n'en fallut pas davantage pour faire arrêter et traduire devant le tribunal révolntiiuinaire toutes celles qu'on put saisii". En vain la dame Bataille s'elTorça dedisculper ses associés-, elle déclara à l'audience que lousceux dont les noms étaient inscrits sur sou legisire pouvaient n'avoir eu aucune connaissance de l'eiiqjloi des sommes qu'ils lui avaient confiéi's, et que c était sans leur parlicipalion qu elle les avait fait passera un prêtre déporté. Cepcndani presque toutes les personnes inscritessurce registre furent envoyées à réchafauil. Aux dix- huit condanuiés pour cet acte de charité, on adjoignit deux hommes honorables, Biin de Rullecomte et Leroy d'Huslelina, dont le crime était d'avoir servi de témoins à un njsu'iage célébré chez la dame Bataille par un prêtre insermenté. Lebon soufTiit avec peine que quelques-unes des personnes inscrites sur le registre eusjîent échappé à la mort.

Peu après, il fil périr toute une famille de Savoisiens nommés Danchez, le pèie, la mère, le fils et deux filles.

Onze religieux de Belgique et cinq religieuses avaient été faits prisonniers dans une irruption des Français en Belgique ; on les conduisit à Arras, où Lebon les livra à soh tribunal révolutionnaire, après les avoir- accablésd'injures mêlées au blaspiième. Tous furent condamnés, quoiqu'il n'y eût pas même de piélexte à alléguer contre ces étrangers.

Trois dames Briois, dont deux religieuses et l'autre vouée aux bonnes œuvres, périrent dans le même temps parce qu'on les accusa d'êire ôes fanatiques. Nous ne parlons pas de quelques condamnations isolées de prêlres, de religieux, de laïques, que Lebon sacrifia h s. s cruelles inclinations; il se montra surtout implacable dans ses res-

ANiMil-: 1701. 369

senlimcnls contre ceux (|iii nvaiorU hlossr son amourpropiv. En 1791, lorscju il ('iiii curr con.siiliiiionnfl de Ntuville, il avilit voulu iiiqiiiîicr l'inicieii curé, c|Mi jouissait toujours de la coufiauce de ses paroissiens, et il I avait cilé devant le jn.'je de paix pour renipèelicr d'exercer aucune fonction. Ce juge de |)iiix, noninié Magnin, avail su ap|>récierle pa>(enr ,c(;iiinie et son indifjne remplaçant : et se fondanl sur la lilxrié des cultes, il n'accueillii point les plaintes de Lehon. (Jclui-ci lui en j^arda rancune, et, devenu tout-puissant, il rc'-solui de se venger. Avant transpoi'té à Cand)rai le l.'ihunal, docile insiruineiil de ses fureurs, il y fit couiparaîne I^iagiun, (|ui Cul condamné sans pitié poiu- sa nondjrense famille et sans respect pour ses vertus. L^n autre liabiiant de IVcux ille-Viiass«>, nomme Payen, homme pieux ci zélé, avail toujours rc l'usé de comminiiquer avec Leijon, d'assister à sa messe et de recevoir de lui lessacrt'menls,el son exempleavaii eu de linfluence dans la paroisse, où Lehon méritait d'ailleurs, par sa conduite, de perdre loul crédit. Le conveniionnel se diargea de venger les injines de 1 intrus; il se donna le plaisir d'aller à Neuville étaler sa puissance, déclama puhli(piement contre Payen, le fil anéler, et ordonna d'arrèler «'gaiement tous ceux qui n'avaienl pas assisté aux oKices du curé conslilulionnel, en 1791. La prt'eipilation avec laquelle Payen fut jugé indi(|uail seule un profond ressentiment. Arrivé à (liunhrai le 24 juin à dix heuies du malin, il fut conduit immédiaiement au iiihutial révolutionnaire, condamné sans être entendu, et aussilol exécuté. Merlin, notaire à Arras, heau-ficre de Paven, eui le même sort quelcjncs jours après. On ciK; plus de vingt pavsaus ou artisans sur lesquels I impla(al)le proconsul éli-ndii ses fureurs (l)-, ses deri'.ières viclim<?s paraissent avoir été deux reli;gieux, lesPP. Jessu et Billenlz, récoilels, etcpieljques hospitalières d Arias. Ce monstre de cruauié aimait à assisleraux exécutions avec sa femme: il parcoiuaiiles rues

(1) Martyrs de la Foi, tonx" tV, page 211.

T. vr. 21

en cosUimede briî^and, agitant un sabre nu, ou bien tirant des coups de pistolet autour de Itii pour répandre IVflVoi. La chute dt- Robespierre mit un terme à ces excès. Quelques jours après, dès le 5 août 1794, Lebon était accusé devant la Convention d'avoir été un des instrunients les phis exaijérés de la terreur. Son affaire traîna en longueur; mais dans le mois de mai 1795, une commission de vingt et un membres fut chargée d'examiner les griefs portés contre lui. Le rapport qui fui fait en conséquence énumère les fiitscpic nous avons cités. Malgré tous les efforts qu'il fil pour se justifier, en montrant la conformité de ses actes avec ceux de la Convention, Lebon fut envoyé par cette assemblée au tribunal d'Arras qui le condamim à moii le 9 octobre 1795 (l).

ExÉCUÏiONS onOOWWÉCS PATI LA COMMISSION d'OrANGE.

L'établissement dune conunission chargée spécialement de juger les ennemis de la république dans les départements de Vaucluse et des Bouehesdu-Khone, et dans les lieux voisins, avait été sollicité auprès du Comité de salut public par Maignet, député du Puy-de-Dôme à la Convention, et envoyé en mission dans ks déparlemenis de Vaucluse et des Bouches-du-Rhone (2). 11 avait allégué que le nombre des conspirateurs était grand dans le pays, et que des mesures énergiques étaient nécessaires pour les réprimer. Il y avait bien un irihunal criminel établi à Avignon pour le département de Vaucluse, mais Maignet trouvait que ce tribunal procédait trop lentement. On y avait pourtant, dans l'espace de quelques mois, condamné à mort douze prêtres appelés jéj raclait es, et Ton avait

(1) [[LcLdii fut coiuliiit au supplice revêtu d'une cheniise rouge. «Ce n'est 1. p:is h moi, disait-il, à la perler : c'est t» k Convention, dont j'ai exécuté

» les ordres. »]]

(2) l.'auteur des Mai tyrs de la Foi dit que Maiguet était un prêlre apostat. Nous avons lieu de croire que c'est une erreur. La Biogin/Jiie des vU'ants dit (|k'i1 était né vers 1770; il n'aurait donc pu être prêtre avant la révolution. Il paraît qu'il était avocat à l'époque de la révolution, tl fui nommé, en IT'-HI, un des administrateuis du Puj-dt-l)ôme, et c'est de là qu'il passa à l'Asseiiiljléc législative, puis à la Convention,

ANNKK 1791. 37,

morne enveloppé dans une semblable condamnation dcnx simples Frères des écoles cliréliennes, qui, sons ancun rapport, ne ponvaient èire assujetiis nu sermenf. Touiefois Maignel n'éjait pas encore conlenl. il lui fallait nn tribunal rpii lui fût entièrement dévoué. La commission qui fui établie, et dont il cboisii les membres, était tui véritable tribunal révolutionnaire, elle prit le nom de voniiniision populaire, connue pour f.iire croire cpiVlle était établie dans liniérèt du peuple, tandis qu'elle ne fît que servir les fureurs du proconsul. JMai.<;net venait de donner une terrible preuve de sa popularité à l'épard du bourg de Bédouin, près Carpentras. Un aibre de bMiberté y avait élé renversé dans la nuit du 2 au 3 mai : 3Iaiguet en tira une affreu>e vengeance. Il ordonna, par un aiTetc du 6 mai, que ce bourg fùl livré aux flammes, et il fit exécuirr cette mesure atroce et insensée par un bataillon de TArdècbe. On assure que cinq cents maisons furent brûlées: l'église et Tbopital ne furent point épargnés. De phis M.iignet forma une commission municipale dans le goùi de celle d'Orange pour juger les coupables : soixanicirois babiiants de Bédouin furent mis à mort, et le reste fut dispersé dans les communes voisines: cette borrible expédition fut célébrée comme un trait admirable d'énergie révolutionnaire.

La commission populaire d'Orange se montra dipne de son origine. En six semaines elle fit périr deux cent vingt-buit personnes sur lesquelles on comptait viupthuit prêtres et quarante religieuses. On faisait de tous côtés des visites domiciliaires pour ncbercber et saisir non-seulement les prêtres et les nobles, mais les religieuses et les gens des plus bumbles conditions, qui étaient soupçonnés d'attacbement à la religion ou d'éloipncment pour la révolution et la république. Cliaque jour du mois de juillet vit traîner à réebaland des prêtres et des religieuses. Un des premiers immolés fut Tabbé de Cbieze. grand vicaire et chanoine d'Orange : son frère aussi prêtre et ancien chanoine régulier de Saint-Ruf, périt avec lui.

372 ANNÉE i7!)k

Des chanoines, cIps curés, des religieux furent successivement sncrifjés. Une tics dernières viciinics purmi les preires fut l'abbe Royer, ancien grand vicaire d'Orange, vieillard respectable par ses venus et par ses services; infirme d'ailUiirs et perclus dt'pnis plusieurs années, il fui mis à mon le 3 aoùl, huit jours après la mon, de Robespierre. QucUpies-unsde ces prêtres qui avaient fait le serment de la Constitution civile le rétractèrent. Ceux à qui on proposa le seruient de liberté le refusèrent.

Dès le 2 mai, on avait amené piisonnières à Oiange quarante deux religieuses de différents ordres, qui, depuis la destruction des couvents, s'étaient réunies à Bollène pour y vivre en communauté. Il y avait parmi elles des Urstdines de Bollène, des filles du Saint-Sacrement et des Ursulincs de Pont -Saint Esprit. Étrangères au monde et à la politicpie, uni(piement occupées de la prière et de leur propre sanctification, elles ne devaient pas s'attendre, ce send)le, à être recherchées dans leur solitude. La tyrannie les en tira pour les immoler. Cbatpie jour du mois de juillet, quelques-unes furent traduites devant !a commission populaire: il y avait parmi elles quatre sœurs ou cousines du nom de Justamont, famdle noble du Comtat. Toutes ces filles donnèrent dans la prison des exemplesde résignation, et, en allant à l'échafau'l, elles parurent pleines de courage et même de joie. A beaucoup d'entre elles on proposa de faire le serment de liberté et d égalité, ce qu'elles refusèrent. L'exemple de leur foi et de leur piété avait été utile à beaucoup de prisonniers des'inés comme elles au supplice, et qui sentirent mieux le besoin de se préparera la mort Elles redoublaient surtout de soins et de prières pour ceux qui, déjà condamnés, attendaient dans une cour appelée le cirque, l'heure de leur exécution.

La nouvelle de la révolution du 9 thermidor vint enfin mettre un terme aux fureurs de Maignet et de la commission populaire. Celle-ci cessa ses assassinats le 4 août. Il restait encore en prison dix religieuses, dont qualre

ANNÉi: no t. 373

élaicnl niciue dcjn coiulainiu'es ii mort. L'aulciir de tant (le cruaiiU's (ut déiiuncé à plusieurs rcpiisrs, à mesure qu'on s'él()ijj;i)aii du rèj^uede la terreur. Ou révéla coiiire lui i\cA faits accablants qu'il essaya vainement do justifier. Il Itil déciété d'accusation, mais il fut conquis iJaris ramnislie de bruutaire 179.'> (l).

— H\É(:cTlo^s FAITES A BoiiuKAix. Dès Ic mois d'octobre ITD.i, les représentants Ysabeau et Tallien avaient établi une comini-siou niilitdirc, à (pii il sidlisait de reconnaître rideniité des personnes amenées devant elle, cl qui les Taisait exécuter sur-lc-cbamp. Outre ceux que cette couunission fit jîérir pour des causes politiques, elle envoya à l'écbafaud six prêtres en 1793. En 1794, elle condamna soixante personnes pour cause de relif^ion, savoir: quatorze prèiies, et le reste, relif;ieuses, laïques el femmes |)ieuses. Deux peisonnes respeclabb s. madame d Arfjicoiirt et de Boiron-Doëi, n'avaient contre elles que leur répnialioa de vertu et de piété, et leur zèle pour les bonnes œivres. Le crime de quelques autres femmes était d'avoir donné asile à des prêtres; on sait que celait un délit ca|)iial dans la léj^islalion de «;etle époque. Ainsi trois prêtres, Mouliuier, Soiiry et Villefonde furent misa mort le 6 juin avec deux femmes cliez les(pielles ils étaient cacbés. Le 24 juin, l'abbé Dudognon de Verneuil, périt avec trois femmes cbez lesquelles il fut découvert ; le jugement rendu contre lui, lui reprocbail de n'avoir pas fait le serment, d'avoir distribué des livres de piété, el d'avoir dii la messe. Deux jours après, l'abbé Dornal de Guy fut inuuolé, avec un maicband cbez le(piel il loj'cait, et deux reli!;ieuses qui avaient connu sa retraite et qui ne l'avaient pas dénoncé. La ciuauté de la commission militaire éclata surtout dans l'alfairedu père Casaux, relijjieux

(1) yoyez sur lu lommissioii d'Oniiige cl sur. ses vicliincs, Us Martyrs de la Foi, toun- 1", pige Wj. Au Uiiue II, |j:igc 67, les m.ius des nligiiuscs iiiiiMoltts On innivira (Lins i'//iilnire/iailemcn(iiirv,tnim-\\\\, \tajn: l'I, et suivantes, les |ii«'( es aulliLUtiquts nlati\es à la mission de MaijjiKt, eJ a la Luuiiuisbiun d'Orange.

374 ANNEE 179i.

récollet de Boideaux, ancien provincial de son ordre, arrèié dans la maison du lîon-l*asieur où il éiait cache : onze femmes pieuses et un pauvre porteur d'eau qui l'avaient favorisé dans sa retraite, périrent avec lui. Dans les mois de juin et de juillet, la commission niiliiaire de Bordeaux redoubla ses fureurs, elle éiait présidée par un homme horrible, Lacondie, dont la mémoire est en exécr.ilion dans celle ville. On raconte qu'un prêtre, labbé Dtirand de Monforl, condamné à mort par ce révolutiofinaire, le 27 juillet, jour même du 9 tliermidor, lui prédit que dans quelques jours il serait condanuié pour ses crimes; et dans ce lieu même où il pronoiiçaii ses iniques jugements; et, en effet, Lacombe, arrêté après le 9 thermidor, porta sa tête sur l'échafaud le 13 août, et fut accompagné par les imprécations de tout le peuple (l).

ExÉCCTIOWS DANS LE IIESTE DE LA. FhANCE. La tCrrCUT

n'était pas moindre dans une grande partie de la France. On avait établi dans plusieurs villes des tribunaux révolutionnaires, ou bien des commissions révoluiionnaires, militaires, etc., qui n'étaient astreints à aucune forme et qui expédiaient les accusés .sans informations, sans interrogatoires, sans pièces, sans témoignages, qui ne se donnaient même pas quelquefois la peine de moiiver leurs ju- ('•ements. On les avait multipliés surtout autour de la Vendée ; il y en avait au Mans, à Saumur, à Sainl-Malo, et même dans de petites villes, à Pont-de-Cé, à Craon, à Sa— venay. A Angers, une commission militaire fit périr vingtdeux prêtres dans l'espace de queUpies mois ; elle porta un raûinement d'impiété dans la condamnation de l'un d'eux, le curé Pinot: elle voulut qu'il fût amené devant elle en habits sacerdotaux, comme s'il allait dire la messe; il fut <;nvoyé à la mort dans cet état, le 21 février 1794, et il fut exécuté avec ses ornements, en prései.ce des joges qui avaient voulu se donner ce passe-temps. Le même

(1) Martyrs de la Foi, .Vr(. Durand de Monforl, tome III, page 58.

ANNKR 170L 37o

spccfacle se reproduisit le mois suivant à Montpellier: un prêtre nommé Mielnl Hvani été découverl dans cette ville au moment où il disait la messe, on le m(Mia immédiaieinent devant le tribunal criminel de rHéranll, cpii l'envoya à récliafaud le 5 mars avec les ornements dont on i'avaii trouvé revêtu, et avant de rexécnter, le bourreau lui ôta un h un ses ornements el les jeta au feu.

Le tribunal île Montpellier condamna à mort dans l'espace de (jueLpies mois huit antres ecclésiastiques ; mais rien ne niontre mieux sa passion el son animosité que l'affaire diie des galettes. Plusieurs prêtres étaient cachés à -Montpellier, el des personnes pieuses, clierchanl les uiovensde les nourrir sans éveiller les soupçons, avaient imaginé de faire faire de petites jjaicties qu'on leur portait dans leurs retraites. Cette distribution clandestine fut <Jénoncée par un garçon boulanger, et l'on arrêta deux i'ennnes, la veuve Ballard et la fille Coste, chez lesquelles on avait trouvé de ces galettes. Il n'en fallut pas davantage pour les faire condamner à mort, et deux laï(pies qui avaient pris part à leur œuvre partagèrent aussi leur sort : huit complices de ce crime d'un genre nouveau fiu'enl les uns acquittés, les autres condamnés à la détention jusqu'à Ja paix, [jn tel jugement était digne assurén)ent d'une épocjue de vertige et de barbarie; mais ce qui montre le ridicule joint à Talrocité, c'est le texte même di\ jugement (l). On sait que dans ces temps de folie et d'impiété les révolutionnaires avaient voulu stdistituer aux noms de saints dans le calendrier des noms d'animaux, de fleurs, de légumes et autres objets pris dans l'hisioire naturelle. Les juges de 3h)nipellier s'étaient donc débaptisés, et s'appelaient iSn/si/is Gus, Belteroi'c Devis, Tournesol As'.udier, Hdisin Pe\ial, etc. Nous savons que de seinblables dénomin. nions se trouvent aussi dans un jugement imprimé du tribunal révolutionnaire de Rennes, tribunal

(1) La sentence se trouve rapportée textuellement dans les Miirlyrs de la Foi, tome 11, pages l.>2 et 491.

376 ANlNEb: 1794.

qui se signala aussi par son zèle contre les preJres ; il eu envoya vingt à lécliafaud dans les jnemiers mois de i794.

Il est triste de remarquer que plusieurs tribunaux criminels ortiinaires parurent rivaliser de zèle et de sévérité avec les tribunaux révoluliounaires. Tels lurent entre autres les tribunaux criminels de rArdèche, de la Doidogne, du Doubs, de la Hauie-Loire, des Vosges, etc. Dominés eux-mêmes par la terreur, les juges croyaient èire dans la nccessilé, soit (ra|îpli(|uer dans toute sa rigueur les lois du 30 vendémiaire et du 22 prairial (l), soit même d'en outre- passer les rigueurs, afin de mieux prouver leur zèle pour la révolution (2).

(1) Foycz le texte de ces lois, plus haut, pages 293 et 357.

(21 A Privas, on siége;\it le tril)iin;il criiiiinel de l'Ardèclie, cinq prêtres, MM. Bar, D:iileiiiaiul , G.i'dès, Moiitlihinc et Rouville, et trciis religieuses furent imuiolés à la luis le 2G juillcl ; rien n'est aussi édiliant que le rt cit de leur mort que l'on liouve dans les Mai tyrs et les Coiifesseitrs de la Foi. IVautres prêtres périrent dans 1j même petite ville avant et après teltr épo(|we.

A Herigueux, le tribunal criminel de la Dordogne fit monter sur l'écliafaud dix-huit prêtres on religieux eoiu ne ri fractair.s ; parmi eux étaient trois chanoines de Sarlat, des curés, des vieaiies. 1,'un, l'alihe Laver(|ue, fut mis à mort avec les dames de Lito qui lui avaient doi.ne a^ile. Un simple IVèrc convers d'un couvent d'Anguslins, nomme Sainton, fut condamne à mort comme réfrnclaire, tandis qji'aucune loi ne l'oLlijjeait au serment, et qu'on ne le lui avait pas demande.

En Franclie-C.mte , pour les mêmes motifs, huit prêtres, dont (]uatre religifux, furent successivement condamnes i» mort; ils donnèrent tons des exemples de courage. On remarijua surtout la fermeté de deux vicaires,' MM. TioLcrt et noeh. ^f'oyez sur leur fin édifiante les IVoticea hittaiiques sur les /iréli es du diocèse de Hesaiicon, citiiduniués a mort ou à lu déportation; Besancon, 18^', in-l2.) La terreur elait exlrêuieà cette époiiue dans le département du Dnuhs, et l'on avait etahli au chaleau de Belvain une prison pour recevoir les calliolitjucs qui avaient refuse d'adhérer au schisme et qui avaient assiste à lu messe des piêlres insermentés.

A"i Piiy, le trib iUal criminel envoya à la m(U-t treize prêtres , le curé Avrillon cl une pieuse l'emme (|ni lui avait donne asile; l'ahhe Bernaduri avec un )aï*|ue du même nom, penl-être son frcre, et la femme de celui-ci chez lesquels on l'avait trouvé; l'abhe Chevrcl, avec son frère et sa hellesœur, coupables uniquement de l'avoir accue lli, etc.

Le diocèse du Puy fut un de ceux on la i)ersecntiou sévit avec le plus de rigui ur. Le représentant du peuple,. lean Bcynauil , dévastait les églises , faisait lu guerre aux clochers, et poussait la manie irréligieuse jusqu'à pro;-

ANNÉi: 1791. 3-7

Sans (loulc les événtnicnis du D llicrmiddr, susj)eiiclireiit eu plnsicurs liciix ces cxéeuiions, ci sauvèrrnl I » vie à (|ucl(|iK'S prèlrcs (|iii ailiniliiicut le iiioiin ut où ils seliiienl iraduiis drvaul les uibiuiaux ; mais il uc laul pas croire ipTils aieul ahsoluniiiil uns u:i ferme à ces exécutions, auxcpiellcs dis luis sani^laules nuiliuieul i{''\ocjuées donnèrenl irop louj^temps piéle'xlc. A certaines é|)()(|ues surloul, et dans cirlains liinx, les occ.isions ramenèrent souvent celrisle speela('le. (Vesl ainsi ipu; (piand la ville de ValtMiciennesent été reprise par les Français, le 1'' septcnd)re I 794, après avoir été pendant plus (11111 an au |H)uvoir tics Aulrieliiens, on y éiablil inu;couMni>si()n militaire pour y juf^er les émifjrés cpii avaient cédé au désir naturel de j)rt)liier de l'occupaiion éiraufjère pour renirer dans leur pairie; et l'on sait que l s prcires déportés tpii ren- Iraienl sur le territoire éiaic-ni assimilés aux émit^res. Les mois d'octobre cl de noveud>re furent marqués par de nombreuses exécutions, et dans qnelcpies semaiuiS cinquante préires, reliijieux ou relifjieuses montèrent à l'écliafaud (l). Il est remarquable (pi'on leur posa à tous la question s'ils avaient (piiilé le sol de la pairie, et qu'aucun ne voulut racheter sa vie par un mensonj^e. On conjpte ainsi cent trente-cinq prêliesqni furent misa

crire ces croix f|uc porlent les IVmin.'.s eoinnie ortidiunts; il les leur Paisail arraclii r perses emissaiies ; il (leiiKiiidait à des ouMiires le serment de hlierlt et d'egalite; il faisait iiieltie en prisuii des p:iy>aiiiiis |j(.ur avoir assiste à la messe, et on en envoya soixante à l'aris pour te srnl délit; niai:> le 9 tlierniidor l.s sauva de la mori, 1 11( s purent (|Me.(|ues I. uips apris r< tourner dans leurs foyers. (Aojei l'article Avuiî-Io.n, dans 1( s A/ariyn de lu Foi, loiue II, page r-i.)

A Mir.eoiirt, oii siégeait le tribunal cnniinel des Vosj;es, d( u\ prêtres, Anloine et Cliiudel, furent innnole> < nst udde le l^J avril: eldeuxanaes, Didelot et r.evat, le lOjuin. I.n nièuie temps <|ne ernxti , périrent deui pieuses jeunes filles ([ui leur avaient donne a>ili . I/abne Didelot était un jeune pnlre plrin de zèle et de «oura^i-, «lui n'avait pas craint de laire une rétraclalii-n pulilii|ue de s<.n serineni.

(I) Le 13 octobre, trois religieux montai ni .i l'eehalauJ; le 16, deux curés et cinci iTliyieux ; le 17, trois pr.'tres et cinq nliguuses; le ti), six prèlres ; le 2;, «|U are piClres el ennj 1.1^ « us. s ; le iS, six prèlres; le G novembre, quatre pritres et uii religieux; le IH, trois prêtres ; le l4, trois prêtres, etc.

378 ANNÉE i79i.

mort en divers lieux d;<ns les cin([ derniers mois de 1794, po>tôrienremenl à la chute de Robespierre (l).

Si nous résumons présentement le nombie des ecclésiasiiques qui scellèrent la foi de leur sang dans le cours de 1794, on en trouve plus de neuf cents, qui furent condamnes à mort par les tribunaux, ou qui nioiu'ureni en pi'ison ; et, ce qui est très-imporlant à remarquer, nous ne comprenons pas dans ce nondire plus de cinq cenis prèires, qui périrent de misère, dans la rade de Rochefort, et dont nous allons rriconter les souffrances. On poile à plusd(3 trois cent-soixante ceux que la persécution avait enlevés dans le cours de 1793; les uns condamnés par les tribunaux, les autres fusillés ou massacrés sans jugement (ou en a eompic euviron (piaranle), ou compris d;ins les noyades (nous avons vu que cent soixante avaient péri de la sorte), ou ayant succombé dans les prisons aux privations de tout genre. Il faut ajouter à ces généreux confesseurs ceuxqui avaient versé leur sang en 1792. Il faudra y joindre ceux qui lurent encore immolés dans les années (|ui suivirent 1794, et Ton se formera une idée de ce que la ré-

(1) Le tribunal criminel de Laon cnnHanina trois prèires à mort <Ians les .jours (|iii suivirent le 9 iliermidor, en lenr appliquiint la loi du 30 vt-iideniiuire. (/'Ti/ec le Clergé de VAniiie dans la i évolution, par M. Fleury, tome II, pMgc i;îl )

Le iriliiiual de Castres fit exécuter, le 23 novembre, comme prêtre réfruclaire, l'aLbe Baritie, et comme sou comidice, l'homuie estimable chez b'(|uel il avait cti' trouve. fVépouse de ee dernier et un voisin, repûtes c<)up;ibtcs de complieiie Cureiit condamnes à la détention .jus(|u'a la paix. QiieUiueS jours après, le même lril)unal condamnait à mort trois antres prêtres.

A Besancon, deux religieux zcles, les pères Elisée, Capuiin, et Goriot, Oordelier subissaient le même sort dans les mois de novembre et décembre,

En Savoie, ou l'on appli()u;iit ies lois reviilutionnaires dans leur ligueur, un jeune prêtre plein d'ardeur, l'abbé JoL;uet, l'ut arrêté au milieu des courses évangeli(|Mes cpi'il faisait dans la campagne pour porter aux fidèles les secours de la religion, et fusille à <>laye, le l4 aont.

Une victime non moins illustre l'ut le P. Richard, Dominicain, auteur du Dictionnaire îles sciences ecclésiastiques, et de beaucoup de savants ouvrages. Retire en ISclgique, il avait publie, dans un temps ou les Autrichiens étaient les niaitres, un court écrit ou il déplorai it la mort du roi;^ mais le pays étant retombe sous le jiouvoir di s l'Yaneais, le P. Richard, (|ui était âgé de quatre-vitigi-irois ans, fut traduit devant une commission militaire, et condamné à mort pour celle publication.

voliilion coùia de vlcliiiies au saucluairi'. Ia'S pituix liiJèlcs, et Mirioul les iHli;<;ieiisc'S, liiri ni associés au sacrifice. On a compté, pour 1793, environ qiiaianle-cpuure personnes, soii consaciéesà Dieu, soit la'ùjucs, (|ui péiirenl pour la foi ; on en connaîr |)Uis de trois cent cincjuanle pour la seule année 1794^ et, dans ce nombre, cent dix-huit rcliijieuscs expulsées de leurs couvents. Le crime de la plupart était d'avoir recelé des préires, de leur avoir donné des sicours, d'avoir assisté à kur mess(î.

Condiien ne regi-eltons-nous pas de ne pouvoir nous arrêter en détail sur les exemples admirables de résignation, d amour pour les souffrances, de mépris pour la vie (juedonnèrent tant de généreux martyrsl Cesliommes qui étaient traités comme la balayure du monde, |)araissaient devant les tribunaux avec intrépidité et noblesse. Tout ce que le monde païen avait admiré dans les premiers martyrs, lut leproduii aux yeux d Un monde non moins corrompu et bien plus coupable, obligé, comme le premier, de reconnaître la (brce et la supériorité de la foi (l).

(I) Nous r<'-uniroiis ici <ju('lc|iics-iins de ces cxcniplt-s. A Dôlc, l'alybe Co])cr JîcliiiiitI, icrivit ;iv;inl âv luoniir des li tli'»'s pîciiifs <lr fcrinclc fiiiniiif de Icrvciir. D iiis la iiu'iiic province, lii)is jeunes |>rè(res, l'un iKiminé l\<>l»erl, et les deux antres ipii élaienl ennsins du nom de Umli, nioiiti-èrent dans leurs interrngaloiics el dans lunles les ciiconslanccs de leurs derniers nionienls, une iiiircpidile *|ni avail (|iicli|ue <li()sc d'iicr()i(|ue. Daiiilxiryes à Da.x, Don» Froment, (Jiartreux, à Niiiies, les frères fJus(| ii R idez, étoiinèrent leurs .jnges par leur constante modeste et leur devouenienl gi iiéreux ; on trouve un récit loucliant de lei.r mort dans les Mi-rnolres de l'ai)!)»'- JaullVet, tome II.

A (ii'eMol)le, deux piètres pl<ins <le zide, (iuill-.ilicrl cl llcvenaz niaidièrent à la uiorl avec cet empressement et celte joii: (jni distinguaient les premiers martjrs; Revenaz était <lii diocèse d'Annecy.

Deux reli^ic'ux, (!;irmes, !<■ père Firmin à Aniiens, cl le père Pannetier à liordeaux, ne présentèrent pas un spectacle moins édifiant.

l^n Ci ré <le Bretagne, l'abhé Cornieaux, 'pii s'était retiré à Paris et exereail le ministère dans cette ville et aux environs, fut à la lin arrêté et traduit nu Irihnnal rcv(diiti(tnnaire (|iii le condamna .i mort; sa Vie, qui a été écrite par l'ahbé I.asausse, indii|iie dans le veriiieiix curé autant de force d'a'iie que d<- pie'é.

Que de 11 aux traits nous aurions .à citer de ces prêtres poursuivis aTec tant d'acliarnetnent. I.'iii', l'aLhe [îonthier, du diocèse *le Nantes, se livra lui-mêiiie pour sauver son frère qui avait ete pris et <|iie l'on ne voulait relâcher qu'à condition que le prêtre se constituerait prisonnier; il fut exé-

380 ANiNliE 179i.

SoiFFRAKCES DES PUÈTHES COJVDAMMÎS A LA DKPOilTATIOIV

ET nÉTENL's A RocHEFoKT. Oïl a VU à coiubien (le pi'cires les loisdii 23;ivrileidu •22ociobre,avaiciilélendu la peiiieile la d.'poilallon. Dans l'Iilver qui suivit, on coinuieiiça dans plusieurs déparlemeuls à faire |)artir pour la fiêf)orialion les prèires qui étaient eu réelusion. On avait d'aboid eu rinteuiiou de les déporter par delà les mers, mais les Anglais bloquant toutes nos cotes, on craignit que les prêtres ne tombassent entre leurs mains, et Ion se décida à Us garder dans les ports. Nous parleions d'abord de ceux qui lurent diiigés sur Rocheforl. Nous avons sur leiu' voyage et leurs sonlfrances, les relations différentes rédigées par des ecclésiastiques enveloppés eux-mêmes dans la déportation et qui en avaient subi toutes les rigueurs. Ces relations auibcnllques et concordantes montrent jusqu'où allait alors la tyrannie et avec quelle iiibumaniié les prêtres furent traités sur les bàiin)enis qui leur servaient de prisons. Nous serons obligés de nous bornera un tableau très-rapide de leurs souffrances (l).

cufé à Rennes 'le l" mai , et inarclia à IVtliafaud en rlianlant les litanies de 1.1 sainte Vicii^e et les prières des morts. Un (lapiK in dt; Geaj, le père Eiiierif, dont le nom de l'ainiile, était Feussciet, resta loni;tenips en prison à Vesonl ; d.iiis un moment ou les juges étaient |>lns disposés à se montrer liuinains, il demanda à aller voir sa i'aniille en |)ioinetlaiit de revenir se constituer prisonnier; on lui aecorda sa dejnandc ; et il ri vint, en effet, an temps indi(|ue et rentra dans sri piison. On admiie le dévouement de Régulns, dit à ce sujet l'auteur ries Martyrs di; la foi: comment ne serait-on ])as touché de ta démarelie geuéreu-e du hon Capucin (jui , esclave de s« parole, venait se reuutire à la dispos tion de ses juges dans un temps ou la terreur régnait par tnute la Fiance. Ce n'elaient pus des revnlutionnaires (|uj pouvaient être sensibles ii cet acte de courage, le père Emeric fut envoyé à Paris, et cmidanine à mort le 2S mais.

On ne nous repnicliera point de n'avoir pas fait entrer dans la liste des prêtres victimes de la révolution, les ecclésiasti(|ues niallieureux, r|ui, après avoir donné le scandale de l'apostasie ou du moins du scliisine, furent ensuite ciindaiiincs pour des causes polili(|iies, plus ou moins i'ondées. f^oyet. ce qui a elc dit plus haut sur Cioljcl, Fauchet, F.xpilly, (le lirienne, Chabot, Sciineider, pages ;iOi, 3(»à et ailleurs.)

(1) Les rel.itions (|ue nous avons consultées sont principalement les suivantes : |o Rccil abi égc des souffrances de près ilc huit cents ccclcsiustiqucs condamnés a la de/ ortntion, tt bord du Wasliiiigion et (tes I)eu.\-Associes, 1 volume iu-S<'. L'auteur est M. B.-P. IJollin , curé de Lagnv, diocèse de

ANM'l' 1701. H81

Dos le (l(l)iii (lo lotir voyiifjc, les dépuiit's eurent un écli-miillon de ce qu'ils aiiiJiient à endurn'. On les iianspoKail sur des ehai relies, on les laissail exposas an IVoid el à la pinic, on les laisail coneln-r sur la paille on nic'inc sur la lerre nue, on ne soecnpail point de leur nont i iinre, on leur refusait les elioses les |)lus neces.saires. De plus, en enirani dans les villes et villages sur leur roiue, ils élaieni en bulle aux insultes, aux huées, aux menaces d'une populace éfjaiée alors par les bruiis ab>urd«s cpion répandait sur les prêtres, et par les calomnies dont ou les chargeait. Nous donnerons comme exemj^le le Irailement f|u'é|)i'onvèreni les eec^lésiasiitpies déportés de la Meuiihe. A leur départ de Nancv, on leiu' relusa la cunsolaiion de voir el d'embrasser pour la dernii re fois leurs p;irenis et leurs amis. En même tem|)s on les soumit à ime visite rigoureuse, on les (builla ions, el on leur prit l'or et I argent qu'ils pouvaii-nt avoir. Tout le long de la roule, ils ii'enlendaienl qu'injures et cris de mort. Ouel(jU( fois, mais assez rarement, ils rencontraient des âmes couqiatis-

Paris. roiul^niTu'' ;i la drportatinn lo 16 nc(<i|)rp 170-î, pnr Ir (ril)iinal rriiiiiiul (!»■ S(iiie-((-OiNC. l/t-dirtur lut i'alj|»é Cliailitr, iiKirt en 1807. 2" Helalidii trcw-dclailhe (le ce qu'ont souffert pour la teligic.n Id prcties tléteriiis cil 1 9't c/ 1795 fnmr refus de scvnieiit a bord des Deiix-Assnr'irs et du \Va>liiri<^l()n, dj'iixioiiic <'-dili()li, 1801, iii-<So de 197 |i:ii;es. L'auteur clait 1^. Guy Liliiclie dt- I>< ^Mu-lort , dianoint* de Saint-.Maitial de I.iuio'^es. <lepniN ihiuoine de la CMllicdralc de Liuui^;e.s, auteur de <li\«Ts ouvrages, uiort eu IS31, à l'âge de soixante-quinze an>. 3* T.e martyre des /réires Frtnicais driini les dans la rade de l'ile d'Jir, pi es Roi licfurt ; cette relation a it'; insérée dans les Metiiclres pour servir il l' llnUnre de Ui relii^ioii u la fin du dijr-huitièine siècle, par l'abbé JauffVel, de))uis rvè(|Me de Metz, touie I, page 309. I/auleiir était P.-J. Rousseau, ne h Soissons, et mort à Auiieus, trois ou <|ualre ans après sou retour de l'idciielort. -i" Journal de la de/)i>rlation des ecdesia.stiques de la Meurlhe dans la rode de l'ilc d'.hx, par un de ces deporlés, ll(i paires in-S". Ce déporté était M. Jean Miiliel, ;?lors seuleuieut di.icre, depuis supérieur du séminaire de Nancy, et aujour- (i'l)ui (vers ISiO) cure de la catiiedrale.

L'auteur des Miirljn de In Foi cite encore un rui moire de M. (j'iilloveaii, «uré de Saint-Remi-du-Pl.iin, diocèse du M.ins, sur les sorffi aiicis tt la mort des déportés ; mémoire (|ui lui avait été envoyé par l'alilié Hureau, curé du Mans, et il cite des extraits d'un autre meinoi.e (|u'il avait reeu en 1800 d'un prêtre des liords de la Saône (il ne le; «Irsij^nc pas niilrcment).

santés. A Blois, on les embarqua sur la Loire el les clameurs de la populace qui les poursuivali leur fireni croire qu'on les desliiiail à quelcpie noyade dans le genre de celles qui avaient eu lieu à Nan'.es peu de uîois auparavant. Quelques accideuls qui surviîirent pendant leur navigation confirmèrent leurs soupçons, qui, toutefois, ne se trouvèrent pas fondés, A Poitiers, ils furent indignement fouilles, on les désliabilla, ou leur prit leur argent, leurs livres, presque tous leurs elTeis. lis ariivèrent à RoeheforI le 28 avril, el furent embarqués sur \e Bunhotnine Richard, d'où ou les fit passer ensuite sur un autre navire, les DeuxyJIssociés, en rade de lîle d'Aix (l).

Les voyages des déportés des autres déparfcmenis furent marcpics par des soulfranccs et des avanies à peu près semblables. A Màcon, on lia les prêtres deux à deux par des cbaînes au cou. Les insultes, les menaces, les ciis à la guilloli/ie les scélérats, tel était raccueil le plus oïdinaire qu'ilsn^cevaient dansbeaticoup de lieux. A Limoges, les déportés de l'Allier essuyèrent la réception la plus éli^ange; nous laissons parler un de ces vertueux confesseurs (-2). « Eu arrivant à Limoges, ces prêtres trouvèrent )) aux portes de la ville une multitude iunnense (|ue la )) curiosité avait attirée pour considérer un spectacle d'un » genre nouveau ; c'était une grande quantité d îuws et )) de boucs couvei'ts d'habits sacenlolaux qui s'avançaient )) eu formant une longue (ile, et un énorme cochon, )) revêtu d'ornements pontificaux qui fermait la manhe;; )) une mitre fixée sur la tête de ce dernier animal poiiait » une inscription, le Pape. Celui qui présidait à celte )) pompe irréligieuse dont il était l'ioventeur, fit arrêter

les charrettes qui voiluraient les ecclésiastiques, leur » ordonna de descendre, et les mit deux à deux en rang « avec les animaux. La procession sacrilège entra ainsi

(1) Journal de la dépuilalioa des ecclésiiulùitics de la Mcuithe.

(2) Récit (ibrégr des soiifj'itvices de finit cents ecclésiastiques ; par M. BoUin.

M dans la ville-, quand elle liil ptirvenue à la place princl- » pale, on la iaii.|;('a en ciicir anionr de rcchal;uul sur » l(qutl élail élablie la guilloiine. Alors le cercle s'oiivril » pour donner passage à la (gendarmerie qui amenait un » prèïre non assermenlé que le Irihunal rcvoluiionuaire » venait de condamner h moil (l). L'exécujion se fil » aussicol. Le bourreau montra cnsuile an peuple la leie » qu'il venait d'ahailre cl dit : Les scélérats (fue vous » voyez ici, méritent, d'être traités comme celui que je » viens d exécuter; par lequel voulez -^>ous que je coni- » menceP le peuple s'écria : Par celui que tu voudras. » Cependant après que la mnllitnde eut savouré le plaisir I) de les clTraver par I appai- nce tl'nne mort procliaine, » on les conduisit en pt isun poiir y passer la nuit. Ainsi se » termina celte journée qui !( ur semblait devoir être la » dernière de leur voyage cl de leur vie; le jeu cruel » qu'on se permit à leur égard, se borna à la dérision et à )) la terreur [•!). »

A la mi-mars 1701, les prèlres déportés se trouvèrent réunis à Hochefort, au nombre de plus de sept cents (3); alors on les mit à bord des deux navires qui avaient servi autrefois à la traite des nègres, et dont l'un s'appelait le

(1) Ce pnlie était l'.tiennc Gaston, curé de Saint-Anne, diocèse de Limoi^es , envoyé a IVcliafaiid comme tirèire léfiactaire, le SO janvier 1794.

(2) L' iibe l.ajiiclie ra|. porte ce niciiie l'ail dans sa Rilalioii, page 19 ; seulement, coiniiie il elail de l.iiuoi^es, par méiiagenuiit pour ses compalriotes , il supprime le nom de la ville.

(;î) Dans ce nombre de plus de sept cents prèlres, il \ en avait cent douze du seul dci.ailiinent de la Meuse. .|natre-vingl-un de la HauK-Vienne, venus en di'.ix l'ois, quatre-vingts de la Seine Inférieure, soi.\anle(|uator/,e <le l'Allier, soixante-trois de la Dordogne. Ces deparleinenls étaient ceux qui avaienl mis le plus d'ardeur à poursuivre et à déporter les prêtres. La Meurlhe en avait envoyé (|uarante-six, la .Moselle <|uai anti-(iuatre, la Vienne trentequatre, le i'inistère vingt-neul, les Côles-dn-.\oi d vin^l-six, S.iône-et-l.oire vini;l-qnalre, la Cliaienle vin-l-lrois, la Creuse vinijt et un ; plusieurs departemViils n'en fournirent <|u'uu U<'s-])etit nombre. On ne voit (|ue Irenle-deux départements dans une liste des déportes de Hocliefort que nous avons soas les yeux, cl qui nous avait été communii|uée par l'aLbe d'Aiigre, cliam ine de Metz, un des d.pories, devenu di puis i lumoine de Paris, ninrl le 1 2 juillet 1839. Celle li.sle, faite avtc soin, iu(lii|ur le- noms des déportés, leurs qualités., leur âge, l'époque île leur ujorl.

Pf^'ashington^ et TaiUro les Deiix-Associès. Il y en eut Irois i.'enis eiiibatqués sur le premier, el qu;ure cerils sur le second. En V iurivaiil, le eapiiaiue les fit dcsluibiller pour découvrir l'argent (ju'ils pouviiienl avoir : on ne leiu' laissa que ce qui était slriciemenl nécessaire pour se vèi!r,on leur oia même leurs livres de piété et autres, et jus(ju'à leurs brcviaiies. Kl ce qu'il y a d'incroyable, c'est que les spoliateurs semblaient croire qu'où commettait nue injustice envers eux quand on leur cachai! fjuelfpje chose. Un piètre avait sauvé du pillage un mouchoir des Indes dont Je coin était noué et l'enlermail qnehpu-s louis. Un matelot découvrit le mouchoir et l'arracha en dihait : Ah ! scclê'^ rat, tu oses faire tort à la nation de ce mouchoir. On prit donc au pauvre prêtre son moueh{>ir et son petit trésor, et on le mil aux fers comme ayant voulu voler la nation. Le lecteur aura de la peine à croire que la liaine ail pu être portée à cet excès de tyrannie et d'impudence; mais l'histoire des malheureux déportés en offrit bien d'autres exenq)lis.

Quand ils eurent été embarqués et dépouillés, le 25 mars, les deux bàiimenls mirent \\ la voile, el allèrent à la rade de l'île d'Aix, à quehpies lieues de Rocln fort : ils y risièrent juscju'au I " novi'uibre, qu ilsse rapprochèrent un peu de llochelort, et vinrent hiverner dans le port des barques. Les prèires étaient littéralement entassés sur les deux bâtiments. Dans le jour on leur avait assigné sur le pont un espace étroit, endiarrassé, dont ils ne pouvaient sortir, et où ils étaient obliiiés d'être ioimoius debout. Ils v étaient exposés aliernailveuu'nt au soleil, à la pluie, au Iroid pendant 1 hiver. C'était bien pis la nuit; Tentrepont était pour eux un cachot bien fermé 5 ils s'y étendaient les Ui!S à coté des autres, sans (juilier leurs babils et sans avoir où reposer leurs têtes. L'air que l'on respirait était bientôt corionq)u par l'haleine de personnes resserrées dans un si petit espace : des baquets placés de distance en distance ajoutaient à la mauvaise odeur : de plus une vermine dévorante, et dont malgré lous les efforts on ne pou-

ANNKli: ITîJi. 383

vait se débarrasser, mcltail le comble à l'borreur t!e cette siluaiion. La nourriture coiisisiait en pain, biscuit, viande salée, morue, gourp,anes ou fèves, et vin \ le vin seul était bon ; le reste était dur, sec ou moisi, gàlé on pas cuit.

On ne peut rendre les traitements indifjnes qu'on faisait subir aux déportés, les injures qu'on leur adressait , les propos grossiers et licencieux (ju'ils étaient forcés d'entendre ; les blasphèmes qui retenlissaienl à leurs oreilles : olliciers, soldais, matelots, tous les tutoyaient avec insolence; à tout propos on les appelait des scélérats. On se moipiait d'eux quand ils voulaient prier, et ils étaient obligés de se cacher pour cela, afin de ne pas donner lieu à des jurements, à dis imprécations et aux propos les plus impies. On renouvela plusieurs fois contre eux des humiliations honteuses: on leur refusait impitoyablement ce qui leur était le plus nécessaire. Un jour le capitaine du JVashington fit mettre aux fers un sergent pour avoir donné (juelques rafraîchissements à six ecclésiasiifjues qui venaient de porter en terre huit de leurs confrères, et qui avaient reçu la pluie pendant toute celte opération. Se plaindre seidement de la nourriture était puni de queUpies jours de fers : mais rien ne fut plus airoce que le traitement fait à un chanoine de Limoges, nommé Roulhac. Un maielot I accusa d'avoir dit : Cet énumage n'est pas si redoutable; si /lous étions seulement deux cents liommes comme moi, nous pourrions bien en venir à bout. Sur ce seul témoignage, une grande irritation se manifesta sur le bâtiment, l'équipage et la garnison prennent les armes; les canons sont braqués et débouchés; on met Roulhac aux fers; les odiciers s'assemblent ; on forme un jury, et le malheureux chanoine est condamné à être fusillé sans pouvoir se faire entendre : on ne lui permit méuie pas de se confesser, et il fut exécuté immédiatement, après avoir protesté qu'il n'avait point tenu le propos qu'on lui attribuait, et après s'être recommandé aux prières de ses confrères. Celte horrible iniquité eut lieu, le 3 mai, sur les Deux-Associés.

3g6 ANNEE 1794.

Le mauvais air, la mauvaise nourrilure, le manque de tout ce qui est nécessaire h la vie, devaient amener d°s maladies parmi les déporiés. Bientôt, en efTei, une épidémie se déclara parmi eux. On mit les malades sur des barques pontées où ils couchaient sur des planches avec leurs hahiis ordinaires, sans couvertures, sans rien pour reposer leurs têtes, sans linge pour ehanî',er, qnellrs que fussent la nature et la gravité de leurs maladies. On ne leur donnait qu'une mauviise tisane, et souvent ils en nianqiiaient. Au mois d'août, ou supprima les hôpitaux établi> sur des barcpies, et on les établit dans la petite île Madame (alors Citoyenne), voisine de l'ile d'Aix; et au mois de noveudire suivant on les transféra sur le rivage du port des barques^ quand les vaisseaux vinrent hiverner dans ce port. On dressa huit tentes à terre et l'on mil dans chacune trente liis: les malades eurent donc un lit, ce qui était un grand adoucissement, pnis(jue jusque-là tous les déporiés couchaient sur des planches. Du reste, ces lentes étaient fort incommodes quand il pleuvait. Le service des malades était d'ailleurs lort |)éuible pour les infirmiers, qui étaient leurs propres confrères: les plus jeunes prêtres montraient pour ce ministère un zèle audessus de tout éloge. Quiint aux malad«'s, ils supportaient avec courage et leurs souffrances et les privations de tout genre auxquelles ils étaient exjiosés.

Rien ne montre mieux tout ce qtie peut la piété cbrétienne que les résolutions prises dès les premiers jouiss de leur embaixjuement par les prêtres déteni:s sur les Deux -Associés et qui furent adoptées par ceux du ^Ffli/z/V/i'/o/îf!). lisse |)rometlaienlirévifer tout minmure, tout mouvement d impatUMJce, toute vaine inqiuetude, de conserver le recueillement, de méditer sur leurs anaées

(I) 11 y avait parmi les déporiés plusieurs prêtres constitiit-onnrls à qui leurs aclis de (aihiesse n'avaient p:is évite les lioneurs de la persécution, lisse plaignirent d'-bord avec amertnnie, et snpporlaienl iiiipatieinment hur sort. Mais enfin le spectacle qu'ils avaient sons les yeux lis loucha et ils linircnt pour la plupart par se reunir à leur» confrères et par se rétracter.

ANNÉE il ni. 387

passées, do n'avoir que cliar iié pour tous Icnrs confrères indlstincieiiKMil, de se nioiiiicr détachés de louies les choses d ici-bas, cic. Ces résolniions auraient dû sidlire pour dissiper les préveiilions des ennemis des prcires.

Les ehalenr^de l'éié l'iienl îiineslesà un grand nombre de déjioriés. La nior lidiu' (jui avait coniniencé (pielque temps apiès l'enibiripuMnent , alla en an.'^nienlanf. Le moisd'aniii snrioni vil péril" un grand nondu'e de piètres, sans qu'on prît aucune mesure pour adoncir leur posilion. Le 9 ibeniiidor avait pourtant d(''jà eu lieu, la lyr.innie avaii cessé, dis;ii(-on ; les condanuialions et les exécutions éiaient moins (Vécpienit s : mais le changement survenu dans la politicpie de la Convention ne s'étendait p,as encore jusqu':! Hoehefort. Les piètres continnèrenl à être sous le régime le plus sévère et le plus brutal. Aussi en dix mois, depuis le mois d'iivril 1 794 jusqu'en février 1795, il en succomba plus d«^ cinq cents (l).

A la fin d octobre les déportés apprirent enfin la chute de Rnbispieri e ; on devint un peu moins inhumain à leur égard. On les partagea en trois classes ; les convalescents furi'ut mis sur les l)('ux-^ssi*ciés, dont on avait blanchi 1 iiitéi ienr avec de la chaux vive; les malades ruient destinés pour l Indien, et ceux qii'on jugeait bien portants furent réunis sur le IVash'mgton. Ceux-ci furent encore soiunis h une nouvelle fouille par le capitaine, qui pourtant lu; leur avait rien laissé de stq^etflu. L'hiver se passa dans des aliemniives d'espérance ei de crainte. Les déportés purent écrire an dehors et recevoir des lettres; ils présentèrent des pétitions : ou leur fit passer quelques se-

(1) I,'alil)('> Bnttin, flrnis son Rrcil nhn-gr, dit (|ii'il en péril cinq ccnf si>ix:<i>i4'. I,':ibl)i' L:il)i< lir se < niitciiic (If (lire (pi'il en iiioiirnl pins <\e cinq cents. f.'jMitrnr /li's Mitrlyis >lc lu t'.ii en comjil»' cm(| cciil Ircntc-nciit'; l:i iivte ('«• l':il)l)e «l'Ali^rc \vk porte à cinq cent neni', el cornn)c celte liste a été dresser sur les U«-nx mêmes, qn'elle piiinfii I'îiIip avec soin *'t qu'elle classe 1rs dépories par les départ cimnts d'on ils éiaicnl venus, die tncrile, ce scnil)le, une «Tilièietoi fiance. Nous cons arrêtons h < h (Ta ; cinq cent neuf prêtres périssant en dix mois A une mort lente et cruelle, c'était un genre de supplice pire qw; -les échalauds.

3S8 AN.NÉi: 170».

cours; leurs bréviaires, dont ils éfaient privés depuis si longienips leur fureul rendus, au moins ceux qui n'avaient pas élé déchirés. Le capitaine des Deux -Associés se monda de jour en jour plus (railable: au mois de janvier 1795, on annonça aux déportés qu'ils allaient être débarcpiés à Brouaî^e; maison changea ensuite d'avis. Ils ne fiireni débarqués que le 6 février, et on les mit en roule pour Saintes, où ils arrivèrent le surlendemain au nouibre de deux cent trente -sept, seul reste de plus de huit cents prêtres qui s'étaient succédé sur les vaisseaux (1).

(') Grégoire «lit, dans ses Mémoires posthumes y tome II, pnge 51 : « Jt- » m'applaudis d'avoir l'ait mettre en liberté beaucoup de prêtres dissidents ; » le ^S l'riiiiaire an lll, je dénonçai à la (Convention les cruautés exercées » envers ipiatre ou cincj cents d'entre eux, (|iii étaient détenus dans la rade )j di' liotliefor:. S'iul'oritie-t-on, dis:iis-:e, si un huminc est niéde(in, avocat » ou procureur, pour lui rendre justice? et l'on ose demander si un huunnc M est prêtre! l/a (l'aire fut renvoyée au Comité de sûreté génércde, ou je Li B suivis pour l'aire elari^ir ces niailieurenx, jusfiu'à ce (|ue le suct es eût cou- » ronne mes vœuv On m'a fait observer dtpuis que, dans la relation impri- » mee de leurs soulTraiices, ils avaient tu soigneusement le nom de cet » évè(|ue coiislitiilioniMl à (|ui ils doivent leur délivrance. »

Les drportes de Piochefort ne se sont pas doutes de ce service que leur avait rendu Grégoire, et que nous n'apprenons qne par lui-même. Mais quand on voit a^ec <|uelle complaisance il parle de lui dans ses Mémoires, combien il aime .i exagérer son influence, à se glorifier des services qu'il a rendus, des bienfaits (]u'il a prodigues, quand ou le voit dire mudo.temcnt, pa"f 82, que sa propension à obliger n'a guère eu de bornes que celles du possible. <|uand im l'entend surtout vanter sa charité pour ces dissidents qu'il injurie, et <|u'il cherche à lleirir dans tant d'ecrils, alors on est porté à croire (tue les déportés de Rochefort n'avaient pas autant d'obligation^ à ses soins (iii'il se riniaginail. Le Moniteur pourrait confirnier dans cette ideej on y trouve, iiuim ro du 21 frimaire, an III, le discours de Grégoire, discours proiion. é mm U 28, comme il le dit dms ses Mt moires, mais le 18 qui répoi dait au 8 décembre. Dans cette séance, Baraillon présentait la pétition d un e3 prttie, îige de quatre-vingt-deux ans et infirme, détenu a l'abhaye du Buis h Aunllae, et demandait qu'on le renvoyât dans sa famille. C'est à ce sujet que Grégoire prit la parole; voici son discours en entier.

a Telle est 11 criiaulé exercée contre des prêtres, que cent quatre-vingt- » sept, dont plusieurs du département de la Meuse , ayant été injustement » Iranspcii tes à Riichefort, ce nombre est réduit a soixante; les antres sont » nions de mauvais traitements et de misère. Si pour mettre un homme en » liberté, l'on demandait s'il est procureur, avocat on médecin, cette qnes- » tioii md gnerait, et pour élargir l'individu dont parle Baraillon, on dek mande s'il est prêtre ! quel que soit un individu, s'il est mauvais citoyen, n frappez-le: s'il est bon ciloyi-n, protégez-le: tant qu'on suivra les pria-

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Ici !a scène change tout à lait : les déporlés lurent accueillis h Saintes avec le plus vif inlérèl ; les li.ihitanis les comblèrent d'aiteniions, déo-ards et de bienfaits; ils pourvurent à leurs besoins avec une admirable gônérosité, les prcMres qui de|nus j>lusd'un an n'avaient pu ni dire la messe ni l'entendre, eurent enfin la liberté de satisfaire leur piété. Ils obtinrent successivement leur liberté entière, et au mois d'avril ils purent retourner dans leurs diocèses. Toutes les relations (|ue nous avons suivies sont remplies de l'expiession de la reconnaissance des déportés pour les bons habitants de Saintes. Nous regrettons de ne pouvoir nous arrêter sur les traits de dévouement, de délicatesse et de charité dont les déporlés furent robjcl dans cette ville. C'eût été un dédommagement pour le tableau que nous avons été obligé de présenter du séjour des prêtres sur les vaisseaux, et de la l)rutaliié dont on avait usé à leur égard. Il faut toujours se rappeUr (jue leur unique crime était d'être prêtres, et que c'était pour cela que rimpiété les poursuivait avec tant de barbarie.

— Souffrances dls prêtres DÉ^£^L•s aNanifs, reis a Brest. Aux détails que nous avons donnés sur les prêtres détenus à Rocheforl, nous joindrons ce qui concerne d'au-

» cip«>s contraires, on n'aura que le régime des sols, des fripons et des » tyrans; et ce régime existe encore en grande pariic Ce sont là des vé- ■> rites que je défendrai toujours d'une manière intrépide. J'a((puic la » demande de Baraillon, et je demande qu'enfin le règne de la tyrannie et n de la persécution linisse. n

Le projet de décret présenté par Baraillon fut adopté , et la pétition du prèire auquel il s'intéressait fut renvoyée au Comité de sûreté générale. Mais il n'est question dans le décret que de ce prêtre (|ui s'.ippilail Joseph Rrugier, et il n'est point parlé des prêtres de Rodiefort. t-a r« ( l.inialion de Grégoire en faveurdeees derniers est fort incomplète; il ne parle que de cent quiitre-virgt-sepl déportés, et il y en avait plus de huit cents. A l'époque ou il parlait, il y en avait plus de cinq cents morts. Les cruautés exrreées envers ces prêtres auraient mérité assurément rpitlque eliose de plus énergique que ce qu'en dit l'éxêquc constitutionnel. Quant h ses réclamations auprès du C(uuité de sûreté générale, nous n'avons aucun moyen de vi-rifier le fait. Le service qu'il a rendu aux denortés ne repose donc c|iie sur son allégation; et, en vérité, avec un lioinme aussi plein de lui-même, anss sujet à se faire illusion, dominé par tant de préjugés, il est permis de douter ^e la parfaite exactitude de ses récits.

3aO ANiMiË 1794.

très ecclésiasiiqnes, iissez nombreux, qui furent d'abord assez longtemps déionus à Naiiles, cl dont pbisieurs furent ensiilie Irausférés à Rocbefoit, pour aller se confondre avec ceux dont nous avons r.iconlé les douleurs; les autres furent conduits dans des directions dilTérenles.

Soixante prêtres du dé|)ariement de la Nièvre étaient détenus à Nevers : ils étaient presque tous tlu nombre de ces sexagénaires ou de ces infirmes, que les lois si dures du 23 avril et du 22 octobre exceptaient de la déportalion, et condamnaient seulement à èlie détenus au cbefiieu du déparlement (1). L» s patriotes de la Nièvre ayant entendu parler, vers la fin de 1793, des noyades de Nantes, conçurent, h ce qu'il paraît, la pensée de fournir à Currier de nouvelles victimes. Ils |)ressèreni lecor.ventionnel Lapointe, qui était alors en mission à Nevers, de diriger tous ces prêtres sur Nantes, afin qu'ils y fu-sent embarc|ués pour la Guyane; projet doublement airoiC, parce qu'il concernait des préires qui n'étaient pas sujets à cette peine, et parce qu'il se rajiporlait à un but liorrible. L.ipoinie bésita longtemps; il ne consentit enfin à donner l'ordre de leur dépari (|ue sur les menaces de (rois des révoluiioiniaires les plus fougueux ; et cesdélais furent cause (pi'ils n'arrivèrent à Nantes qu'à ré|io;^pie où Carrier commençait à redouter Robespierre et meitidt moins d'audace dans ses crimes. Le voyiige ne s'en aceomplit pas moins dans des circonstances dignes de servir de prélude au sort qu'on leur préparait, et qu'or» affectait même die leur annoncer. Après les avoir dépouillés de tout ce qu'où put leureidever, on les entassa dans un bateau étroit, et on leur fît descendre la Loire. Partout sur leur passage, ils étaient inbumaincmrnt insultés par une populace effrénée : à leur débar(piement à Angers, le 3 mars 1794, on les laissa pendant buil beures exposés à tous les outrages, puis on les conduisit dans les cacbols du cbàieau, où ils coucbaient sur la paille, et n'avalent d'autre nour-

(1) Voyez plus haut, pages 272 et 293.

riCiirequ un peu de mauviiis pitiii, cl pour boisson r|u'un demi vtiri! (J\an par jour. Le 13 niiirs, ou les lii;i hrusqnenieiil dt: k'Ui' prison; on leur adjoijjnil qniii/e pièires d'An};ers, qui piestiue tons éiaieni sepUia}}éncHies el par consécpienl exiMnpis de la déporiaiion, et ils furent de nouveau embarcpiés sur la Loire. Pendant la iraveisée, qtii dura deux jours, on les laissa sans pain ; et même après leur arrivée à N.nites, le 15 mais, on les laissa une (grande partie de la jonrnée dans leur baleau, sans s'occuper de leur nourriture, linlin vers le soir, on les condnisii près d'uneîleà nne j^alioie<ini avait été caplurée sur les Hollandais, el dont le fond devait déjà avoir servi de prison : la vue seule de ce naviie devait naturellement leur laire penser (pi'ils étaient destinés à périr bientôt comme leurs confrères dans les eaux du fleuve : mais, ainsi que nous l'avons observé, les circonstances commençaient à clianger par rapport à Carrier, qui fut rappelé de Nantes très-peu de jours après.

Au surplus, si le séjour de la r;aliote était un moyeu moins pronqil ijue les noyades pour se défaire des prêtres, il n'était pas moins ellicace.

Soixante- six prêtres, presque tous malades, se Irouvaieut entassés dans un espace étroit qui pouvait à peine recevoir cpiaranie passagers: comme on fermait les écoulilles, ils étaient privés d air el de jour. Dès lesoii-du premier jonr deux \ielllards moururent, et l'un d'eux périt d'inanition: car on ne lenravail pas encore don né une once de pain. Les snius de lanl de privations se firent bientôt sentira presque tous; et ils furent aiuujuésde la dyssenterie. H est vrai que dans la sinteon donna à chacun une demi-liviede pain et du ri/, cuit à l eau ^ mais celle f.ible ralion elle-même fui (nneste à des estomacs aflaiblis par une longnedièie. Nul moven d'obtenir ni n mède, ni visite de médecin. Après <piel(pie temps cependaiU, les entrailles des Nantais s'émurent, quand ils apprirent la détresse des prêtres détenus sur la galiote : ils envoyèrent du linge, des couverlurts, des vêlements, des comestibles, des sirops

pour les malades. Mais déjà plusieurs élaient à l'agonie; depuis le 16 mars jusqu'au 17 avril, il mourut vingt-deux prêtres de ceux partis de Nevers; il n'en restait alors qu'un des quinze pris à Angers, et encore succomba-l-il bientôt après.

Telle était leur situation, si triste aux yeux de la nature, lorsqu'on amena sur la galiote une autre colonie de vertu» ux confesseurs de la foi, destinés aux mêmes épreuves. C'étaient vingt-six préires du département des C6les-du-Nord. Détenus d'abord à Saint Brieuc, puis à Guingarap avec d'autres de leurs confrères, ils avaient déjà subi une longue captivité, lorsque tout à coup on vint leur annoncer qu'ils allaient partir pour la Guyane, et qu'à cette fin ils allaient être dirigés sur Nantes. Après un voyage fort pénible, et rempli de mille incidents, ils y arrivèrent le 26 mars, peu de jours après (jue Carrier eut quitté celte ville. On les transporia d'abord sur la même galiote que les prêtres du Nivernais et de l'Anjou , et ils ne purent s'empêcber d'éprouver autant d'effroi que de con)passion, en voyant I borrible situation de leurs confrères livrés à la détresse et à la maladie : le fleuve sur lequel ils étaient charriait encore des cadavres; et les eaux en avaient été tellement corrompues, que l'autorité avait défendu d'en boire. Toutefois, après quelques heures, on les fit passer dans une galiole voisine, où ils souffrirent également des privations de tout genre ; ils y furent bientôt rejoints par sept autres prêtres amenés du département du Mont-Blanc, c'est-à-dire de la Savoie, et destinés comme eux à être envoyés à la Guyane.

Les consolations de la foi élaient évidemment les seules qui pussent fortifier ces généreux confesseurs au milieu de tant d'angoisses: elles ne leur furent pas refusées, ils se souienaient et s'édifiaient mutuellement. Deux d'entre eux, qui avaient prêté le sei ment de la constilution civile le rétracièrenl. Ou trouva le moyen de procurer ce qui était nécessaire pour célébrer la messe sur la galiote; et deux communions générales purent avoir lieu; ce qui

ANNliE 1701. -m

prouve que Ions leurs gartliens u'ctalent pas é(jalenieiil cruels cl inflexibles.

Le 17 avril, on vint annoncer à Ions ces prêtres qu'ils allaient être conduils clans cliflércnls ports, d'où ils devaienl ultérieurement partir pour la Guyane. Vlu cflet, ceux qui étaient des C6tes-du-Nord , furent conduils à Rocliefori, où ils vinrent se confondre avec les prcircs, qui étaient détenus sur les neux-Associés vA le IFashington: ils y furent i)ienlot rejoints par ceux qui étalent de la Savoie, et qui avaient d'abord été conduits à Lorient. Ceux de la Nièvre, à l'exception de quinze qui furent jugés trop faibles pour soutenir le voyage, et qui laissés sur la galiote, ne tardèrent pas à succonibcr, furent transportés par mer à Brest, et y arrivèrent le 18 mai. Enfermés d'abord dans la prison des matelots appelée Pontajiion, ils y eurent à supporter de nouvelles épreuves; mais du moins ceux d'entre eux qui étaient malades, lurent envoyés à riiùpilal militaire, que desservaient encore les Sœurs de la Sagesse, et ils y reçurent des soins empressés-, treize y moururent dans un court espace de temps. Dans la suite, les conséquences de la journée du 9 tbermidor, apportèrent un adoucissement aux souffrances de ceux qui survivaient; il n'en restait plus que douze, lorsqu'en janvier 1795, on leur permit de quitter leur prison pendant le jour, à la condition d'y rentrer pendant la nuit : les autorités devinrent successivement plus bienveillantes, d'autant plus que les atrocités qu'avait dévoilées le procès de Carrier excitaient alors une réprobation universelle; ils obtinrent enfin, dans le cours d'avril 1795, de pouvoir regagner leur pays, où ils devaient encore éprouver de nouvelles traverses (1).

(1; M. Tresvaux, dans Vffisloire de la perscctUioii rc\.-oUtlionnaiic en Bretagne, tome I, ])ai;e 3 16 et suivantes, a donné un précis assez développé des épreuves Mibies par ces ecelesiasliques. Nous avons principalement suivi ici une y«ti<c sur M. Imhr.rl, ciin- de la ciitht'dnile de ^e^>ers, (|ui a paru en 184t. Jaeques-.lean-Iiaplislc Iuil)ert, nt à Nevcrs le 11 mai 1:67, s'eiait destiné de bonne heure à l'état ecclésiastique, et la révolution ne le détourna

394 AiNNEE 1794.

SoLFFnANCES DES PRIÎTRES DÉTENUS A BoiiDEAl'X. DanS

le même lenips (jn'nn envovail à Rochf fort taiii de piéires (Jesliiiés à la tlcporlalioii, on en dirigeait aussi un {^rand nombre d'autres de ditïcreuies parties de la France vers

pas de sn voration. Il fut oidoinié sous-diacre en 1790, par son évê((iif . M de SulTr<-n, t-l ii!!;i rei<v ir la prèirisi- hm rcttnn ni à P.iris, le 22 aviil 1792, des mains de M. de Biual, év(M]ue de Clermoiit. De riloiir dans son |iajb , Lieniol les décrets l'obligèrent «le se caelier. Le 9 septembre 179?, il lut dceouverl et enfermé au i;raiid séminaire de lNever>, devenu la prison dis prèlies (lu departcmenl. Le mois suivant, yrace au sjsléiiie de teneur et d'iuipiele oiginisé d.ms le dépaitemeiU par l'ouclié, on priva les détenus de la consolation de dire ou d'entendre !a messe; on renversa les autels et on profana tout ce (|ni servait au culte divin. I^'aldie liiibei't était le plus Jeune de ceux (|ue l'on euil>ar(|ua sur la L<ii;c en 1794. Il y en avait parmi ( u\ trente-iinq de soixante ans e'. au-dessus, et l'un était octogénaire. L'alibé Lubert résista h la fatigue du voyage, aux touriueiits lie la faim, aux hor-' reurs de li giliolc et au séjour de la pii.soo de Brest. Son heureux caractère le préserva de snceoiulx r aux privations, .aux iii(|iiiétu(les el h l'ennui. Tradui', en juillet 1794, avec ses confrères, devant le tribunal révolutionnaire de Brest, on lui d<-nianda sa prolession; il repond (|u'il est prêtre. Mms es tu prëire rnurié? Oh! non, i^iiite li l)ie,i, repond-il. Seitiis-lu noliLl' Ahl pour le coiif), dit-il ga'cmi ni, // ne me iniinqnerail plus qne cela. Cette plaisanterie, dans une i irconslance ou il eût clé permis <i'av(jir peui, der da les jULjes (|ui le iinvoyèrent avec des paroles bienveillantes, lamlis (|ue ses confrères moins beuieiix durent s'attendre à la mort, diint ris furent pourlaut préserves, grâce an 9 llicrmidor (|ui suivit de près. A la fin de 1794, ce lut l'abbé Imliert, qui présenta »n mémoire en faveur de ses confrères, et leur (ditini successivement plusieurs adouiissemenls. Le 8 mars 1795. le députe (îuilleniardet, envoyé en mission dans b s d. parlements de Seii;e-et-Mariie, de l'Yonne et de la Nièvre, prit, à l'égard de ces ecclesiasti(|nes, un arrêté fort remart|Uable : « Considérant, disait-il, rpie ce n'esl que par un bnsmonstrueiLV » de leur pouvoir et une i)r<varicntion manifeste dans l'exercice «le leurs • fondions, <|ue les anciens administrateurs du diiitrict ont |)U se ptrmellrr de » condamner a la déportation des citoyens ipie les dispositions des lois oni » e.xceptes formellement de cette mesuie rigoureuse; arrête que l'administra- » lion du d. strict dressera sans délai le tableau des ci-devant prèlrcs, qui, » quoique non sujets à la dep irtatlon d'après les dispositions des lois, sont » néanmoins cwmpris dans cette mesure par un acte illégal; qne ce tableau 1* sera adresse aux agents nationaux des districts ou sont Us ci-devant prè- » 1res, afin (|u'il les fassent conduire dans le chef-lieu du département de » leur réside nce. »

L'ubbe Imbert putit de Brest le lî avril 1795, et arriva le lei mai .i Nevers, ou sa mère vivait encore. Le district prit une délibération pour lui rendre ce dont la déportation l'avait frustré. Mais trois mois après, il lui fallut encore se cailier, et exercer son ministère en secret. Il ibai'g- a semvcnl d'asile, reparaissant quand le calme revenait, il obtint des autorités locales l'anto.isati'in d'exercer ses fonctions à Nevers et à Puinery. après avoir fait acte de souniii,iiuii aux lois de la république, en ce qui n'est pas contraire

AN-NÉt 179i. 395

Bordeaux. On dit ijne le seul dé|)iirlenienl du Loi en envoya et nt (|uaire viiiî^is, ei (lue l'Aveyion el la Conèze en e.xpédièreni eliacun [)iè.s de so'xaiile; il en arriva d'auires à Bordeaux (jui veuaieui du Puy-de-Dôme, de rArie;;e, de la Haut»'- Loire, de la Côie dOr, du (Miaulai, d liuIre-el-Loire, du lUiône, du Var, de V.iueluse el des dé|>arieinenls voisins de Bordeaux (l). Il en lui eoiidiiit un eerlaiii nombre île Laval, d'Orléans el de Tours : enfui il y en enl vini>i el un qui lurent amenés du déparieiuenl de I Isère (2).

Il esi bien cerlain qu il y eut encore plus de prêtres réunis dans les j)risons à Bordeaux el à Blaye que sur les

h la religion catholiijnc. il fut hadiiit une fois df-vaiit le jury ; mais l'aff tire s'arraigiM : une aiilre fuis la pulice donna ordre d'arièli r W- fannlique Imbert. Le calme ne revint pleinement (|u'a i'e|)iii|ne du lontoidil. Alors le siê^e é|^i^«■o|)al de Nevers fui supiirinie, el Si. Gioull, t;raud vicaire «l'Antnu. fut charge d'adininislrtT le di |iarleniL'nl de la Nievie; il «liDiMt l'ahhc lialicrt ])(iiir sfcretaii e, et le noiuiua, suivant se.s désirs, viiaiie de la calhfdiale. Au relaMisscnienl «lu siège de Mevers m 18X'3, M. IiiiIkiI fui Doiuuié th uoine, et raniiée snivanle euré de la calhedrale avec le (itre d'archiprèire. TuuL entier a ses fonelions et au\ Ixsoins des pauvres, il s'elail concilie l'estime gi'nér;ile par son zcle, sa iliaiile el sa iMudeliee. il rthilit, autant (|mM le put, à ses pecscinlcurs le hien pour le mal, et il assista entre autres un mallieuii n\ geôlier dont il avait in Liaiitoup à se plaindre aiilrciois, et (|ui elail loinlii' d.iiis la mi~ère. I.oi glnnps auiiionici' dis prisuus, il aceompagiiail les condamnés au >upplice. S>in |>lus grand lionhiur elait de donner ai!x niallicun nx : n'ayant punit <le in'.isuiià tenir, el vivant eonslanimenl avec M. l'aldie Groult, il avait plus de moyens de si^lisfaire le pencliant de son ea'iir. l'.ii IS :;9, les inlirmités viniint l'.issaillir. Il y succomha, le t't mars 18il, après avoir doiiiie de grands exemples de loi, de piite el de patience. Il ne rtsiait plus alors de tous les prêtres déportes a Manies que l'ablte Saelier, autrefois vicaire à Lu/.\, dep:iis cliauoine A\\.\\\.nu. [lijitiuU de la \(>tice cil~-e.)

(!) Martyrs de la Foi, tome ler, page 380.

(2) (^cS vingt et un prêtres étaient l'ahlie de Voissan, elnnoine de Luçoii , cini| cures, six vicaires, un Cirme, un (^irddier, et sepl Cliartii iix. On les (il partir pour la dcporlalioii, le li mais 17!)4, sans 1rs prévenir <le ce voyage, et sans leur laisser rien emporler. 0;i les encli ina les nus aux autres, el ou leur donna pour eoiiipagnons deux galériens. Ils voyiigcaient sur des cliurreltis; il Clermoni, on Inir aùjoignit eiii<| autres pièlies.

Les dclails de «el arlii le sont einprunlcs aux yiiilvis lie lu F"i, et à une f^ie (le M. (leriiuiin, tiiré de Ft'niaiilloii, ci /hiii/ihtuf, (|iii p nu à Lyon en lS3i. J<'aii-Baptis(e (jennain, ipii avait etc un des déportes de Cordiaux, était ne en 1753. el eiait devenu cure d« KoussiLoii en I7SG. Il iiinurul dans celle même paroisse en 1831, laisjunl une grujvd« léputaiiun de vertu.

396 ANNKE 1794.

vaisseatix de Uochefort. Ils étaient six cents dans le fort du Ha ; il y en avait d'aulrtsdans le séminaire et dans des couvents transformés en prisons, leur nombre allant toujours en augmentant, on en envoya h Blaye où ils furent entassés, les uns au loit de Tiledu Pâté, les autres au petit cône de la citadelle (l). Les prêtres de l'Isère, arrivés le 7 avril à Bordeaux, furent jetés au fort du Hà dans une pièce frès-vaste où étaient déjà grand nombre de prêtres amenés le même jour : ils demeurèrent cinq jours et cinq nuits sans avoir même de la paille pour se coucher 5 ils n'entendaient de leuis geôliers que des paroles qu'on n'adresserait pas à (les forçats. Comme leur départ de Grenoble avait été très-préci|)ité , ils n'avaient pu emporter ni argent, ni vêtements ; ils présentèrent donc, le 16 mai, luie pétition pour réclamer des secours ; on ne leur répondit pas. L'n pain noir et de l'eau corrompue, voilà ce qu'on leur donniiit ; par un rallinement de malice on y ajoutait de la viande le vendredi et le samedi : aussi la faim les tourmentait. Bientôt des maladies se mirent parmi eux, les infirmes et les vieillards ne purent y tenir, et un sixième au moins des détenus succomba.

Aux privations physiques se joignait un régime de terreur qui montrait la mort touj(jurs présente. Pendant les quatre premiers mois, toute counnunication avec le dehors était sévèrement interdite. Les sentinelles avaient défense de dii'e un seul mot aux prêtres, et de leur laisser parvenir aucun billet. Les détenus voyaient passerions lesjours' des condamnés que l'on menait au supplice (-2). Chaque jour les prêtres s'attendaient à être immolés; chaque jour ils faisaient tous ensemble leur préparation à la mort. Ils

(1) I.a Fie de ^T. Germain porte le nonihre total de ces prêtres à six mille; il est viai (ju'elle ne dunne cette estimation que comme un on dit, et il est permis de voir une grande exagératiou dans un tel bruit.

(2) Un lour, deux personnes, détenues d.ins nue prison vis-à-vis la leur, ouvrirent leur leiièlre, se mirent n genoux en leur ujontrant un papier sur lequel étaient écrits ces mots en gros caractères : Donnez-nous l'obudntion, nous allons à lu nnjit. Les deux condamnés reçurent, en effet, l'absolution et furent conduits à l'écliafaud.

AN.NLK 179 i. 307

en cliirenl croire le moment bien plus prochain encore, quand on installa la f^uilloliiie dans la hasse-cour du fort du Ilà, et que Ton creusa tout près un canal que purifieraient les eaux de la Garonne. On dit que le projet était de les (guillotiner tous la nuit; la mort de Robespierre et celle de l'allVeux Lacondx', président du tribunal révolutionnaire de IJordcaux, enqK'cbèrent cette sanglante exécution.

A Blayc, les déportés babilaient des souterrains humides et obscurs: on ne leur donna même pas d'aboid de paille pour se coucher, cl il fallut ^aulori^ation d'un représentant pour qu'on leur disiribnàt la paille que leur avait envoyée dans une barcjue une femme charitable nommée madame Dupuy. On leur enleva leur argent, leurs livres, et tout ce qui aurait pu les consoler et les distraire. Comme à Bordeaux, on ne leur donnait que du pain et de l'eau, encore de mauvaise qualité. Ce qu'on permettait de leur apporter de la côte, leur était chèrement vendu. La charité imagina quelquefois des stratagèmes pour leur procurer des soulagements; mais cette charité fut en diverses circonstances punie de la prison, ou bien ce cpii leur était envoyé devenait souvent la proie des gardiens (l).

Beaucoup de ces prèires succondjèrent à la dureté de leur captivité; et quelques-uns moururent dans leurs cachots même, sans qu'on songeât à leur porter quelcjues secours et à les transférer dans un local nioins malsain. Ce ne fut que très-tard que l'on fit transporter les plus malades à l'hôpital de Bordeaux (2).

(1 ) Une demoiselle Pichon fit trois fois le voyngc de lîordeaux à Blaye prndan I la nuit nvtc (les milles remplies des efTels \v>> plus nécessaires. Des iialiil;inlv de Blaye témoignèrent aussi de l'intérêt aux déportés, et la garde nationalités sauva par son courage dans une occasion on ceux (|ne l'on faisait passer à Bourg sur-Gironde étaient ineiiatés par un hataill n de volontaires.

Ces détails sur Blaye ont été fouiiiis h l'auteur des .ifai Virs par l'aumôniei de l'hôpital de celte ville, l'abbé Maignen, qui n'était point à Blaye lors d<la persécution, mais (|ui déclare avoir consulté des témoins oculaires et même des persécuteurs, et n'avoir fait usage (|iie de ce (jui lui avait paiii bien constaté. On sait d'ailleurs t\nv les déportés de Blaye furent traités avec une extrême rigueur.

(2) CirKjuantc-tpialre prrires furent ainsi transférés en quatre voyages de

Le 9 ihermidor ne rendit pas la liberté aux déportés de liordiadx ei de Blaye; c'élaieni encore des révolutionnaires qui dominaient, et chez eux la haine des prêtres était Coriemenl enracinée. La lerrcurn'étaii plus la niàne: les déportés pouvaient écrire et recevoir des lettres, mais leur nourritiiie n'était p;is meilleure, et ils souffraient encore de la faim. A Blaye, on obligeait les prêtres à travailler comme des forçats pour le service de la citadelle, et on les punissait lots-prils ne s actpiittaient pas bien d'une tàcbe loti pénible pour eux, surtout clans I éîat de faiblesse oîi les aviiieni mis leius Itjnfîjnt's souffrances.

Le S uovtMubre, des commissaires vinrent au fort dn Hâ prendre les noms et le signalement des déieniis Ou leur fit entendre qu'ils seraient mis en liberté; niais on songeait plutôt à les dé|V)rfer au loin. Oii voulait-on les conduire P était-ce en Âlricjue? était-ce à la Gnvane? c'est ce qui na jamais été |)arf.iitemcnt éclairci (l). Dn reste, on n'embarqua pas tons l« s prêtres qui se trouvaient à Bordeaux et à Blaye. Il paraîtrait qu'on les partagea en deux grandes divisions : l'une, de ceux qu'on voulait déporter iuunédiatemeut ; l'autre de ceux qui ne seraient pailisque plus tard. On voit qu'un assez grand nombre de ces derniers moururent dans les hôpitaux de Blaye et de Bordeaux npiès le départ de Ictus collègues. Ceux-ci furent mis au nombie de ^^ix cents sur trois navires dont l'un, le Jeaiity, en contenait deux cent quarante-sept (-2). Trois

Bl.iyp à l'liôpit;il <lc Bordeaux : mais comme la plupart étaient fort ina!a les, oïl croit (|ii'ils suicoiiil)èi'eiit. t)':i|)rès les li^tfS doiiiicis dans les Mm tjrs de ta Foi, il serait nmit cent dix-liiiit prêtres dans l'iiopit il de Bordeaux en )79î, I79i et ITH5; mais l'anlenr e.ilime (|iie les registres de l'Iiospice n'étaient pas ternis nvet une partai'e exactilmle ilans ces teiiijis de conliision, et c'est ans i l'opinion de l'aljlie Bicliard, curé de Beyie |)rès Dijon, (|iii avait été liii-iiièiiie priMiiiiiier an l'oit du Ha, puis iii,il;:<le a l'Iiôpital. Il se rappelle qn'il >e passait pcn de jours sans tjn'il y niourùt qurl(|nes malades. On peut donc iidiiietlre cpie le nombre des prêtres morts à l'Iiopital de Bordeaux dans l'inlervalle cité ne Fut pis au-d<'SSons de deiiK cent ciiii|iiaiite.

(1) L.i l'ie de Viibbti Geimniii nous apprend (|iie les hatinicnts sur lesquels on les eii>l)ar{|ua étaient chargés d'instruments araloires qui devaient les mettre en elat de |)inivoir h leur subsistance <lans la colonie.

(2) L'abbe Richard, nommé ci-dessus, était du nombre des deux cent

ANMiE I70i. 390

cent cincjiiante prcin s oiiiicnt sur doux aulres navires. On mil on inor pou après lo fi novoinhro ; mais la vuo do vaisseaux an;^l.iis, qui olaiout au larjje, ol)li|;ea;i so rapprcieher de la oùio. Après (jiu;l(|U('s siaiions sur ddrc'ronis points, les Irois uavirt's ;ill(rt;n( uinuilicr. vcis li fin do iloconibre, à roiilréo do la Clian-nlo, pi es dts liàlinieufsnù éuiiiui ineoro les déporiés i\v RDclufori (pii avaionl échappé h la conlajyion (l). Losdéporlés dos doux calé;;uiiesso visiîèi'out de louips en lemps, jusqu au C()iiiiiioiiC(nienl de février, que ceux do Kooliolorl furent (lé!)ai(|uc.s ot envoyés à Saintes, comme on l'a vu plus hanl. Ceux de Bordeaux, qui n'av.iienf pas été dépouillés aussi inhiiutainciiu'ut que lis auiics. ofTiiront à leurs coufièios de partager avec eux tout ce (pi'ils avaient pu cousciver (2).

Les prisonniers venus do Bordeaux passèrent tout l'hiver sur leurs navins; ils n'eurent plus à so ilfi ir le tourment de la faim comme à Bordeaux , mais ils étaient encore entassés la nuit dans un eutre-pont has où ils niaïupiaient d'air, et ils étaient, de plus, dévorés par la vermine. Au mois de janvier 179), quelques rayons d'espérance vinrent luii-e à leurs veux; ils appiin-nt c|ue des dispositions plus favorables pour les prèlris se inauifestaieul dans Tinlérieiu'. Des houmies, qui avidont fait j)lus de soixante lieues pour venir voir leur curé, donnèrent des nouvelles cousolauies. Au commeucement de mars, on vit sortir, les uns après les autres, quehpus piêiros dont Ic-s parents ou les amis avaient du crédit ou avaient |)U faire (pulques sacrifices d'ar5'ent : on enp,nfT''ail les antres à faire des péliiioiis pour demander leur délivrance. La plupart s y

quaiant<'-sPi»t Pt avait communiqué In liste de ses com|)ngnons de tap<ivite à l'auteur d.s Mnityrs, <|ui n'a |as prii d«-vc>ir l'insérer dans sou ouvrage. L'abbé <jerin.iin cta t aUN.vi sans di.uti- sur le Jeaiiiy.

(1) I.'.lil.p Lalii» lu- «'t Its auteurs des aulres relations d(s soulTrancc s de ces déportes, p .rient de l'airivée de leurs frères de Bord aux et de la consolation qu'ils éprouvcrenl en se racontant iiiiiiuelleuient tout te qu'ils avaient éprouve.

(2) C'est le témoignage que leur rend l'abbé Labiche dans sa Relation.

iOO ANtNÉE 179 i.

refusèrent, craignant que ce ne fût un piège, et croyant n'avoir rien à attendre d'autorités dont on avait si souvent éprouvé les rigueurs. Quelques-uns crurent devoir profiter de cette ouverture, et obtinrent les uns après les autres leur liberté (I).

Un certain nombre de prêtres furent débarqués à Brouage, petit port en Sainlonge, lieu malsain, et qui, vu le petit nombre de ses babiianls, n'olîrait aucune ressource à des prêtres dépourvus de tout. On les y laissa cependant toute l'année 1795. Leur situation était si déplorable que les officiers municipaux de Brouage s'intéressèrent à leur délivrance. Ils firent constater leur triste situaiion par un médecin (2). Ceux qui survivaient à ce long encbaînement de maux furent transférés de Brouage à Saintes, et n'obtinrent leur entière liberté que dans le courant de 1796 (3). La loi du 4 décembre 1796, qui révoquait plusieurs des dispositions de la loi du 24 octobre 1796, et étendait la loi d'amnistie, vint enfin mettre un terme à tant de rigueurs. Les prêtres détenus à Bordeaux et à Biaye, qui n'avaient pas été embarqués en novembre 1794, sortirent aussi successivement de prison .

Nous n'avons pas cru nous écarter du plan de ces Méraoi-

(11 Les prêtres de l'Isère furent débarqués le 5 avril 1795, jour de Pâques, après ving -trois mois de captivité ; ils avaient été eiilermés d';il)ord h Grenoble pendant onze mois, et avaient passé sept mois au fort du Hà, et cinq sur les vaisse:iux. '

(2) o Je certifie, disait celui-ci le 2 novembre 1795, que le plus grand » nombre de ces prêtres sont atteints de fièvres opiniâtres, d'autres d'une » dyssenterie violente qui en a porté plusieurs au tombeau, et notanjmeiit » depuis quinze jours, huit ont succombé. Dans ce moment, le nombre de H ceux dont la santé est passable suffit à peine pour porter les autres en k terre. Plusieurs manquent de vêtements et une partie couche sur les o planches n'ayant pas seulement de la paille. « Ce certificat était signé de la Grave, officier de santé, et confirmé par lis officiers municipaux de Brouage, le 4 novembre. [Martyrs de la Fui, tome I", page 3Sî.)

(3) Parmi ces prêtres on nous permettra de citer un ami, l'abbé Landais, prêtre respectable du dioc-'se d'Orléans, supérieur du petit séminaire de Meung; c'était un homme de mérite, également pieux et sage, et la persécution avait encore fortifié ses vertus. Il mourut curé de Meung, le 28 msrs 1S07.

A'SSÈE 179 t. 401

res, en nous c-iendant sur les épreuves des prêtres fidèles. Celait une conipensatioii rpi'il {'(ail indispensable d'offiir au lecteur après le réeit de lant d'apostasies cl de scandales. A cpii, d'ailleurs, la France doit-elle son salut, si ce n'est à tant de généreux martyrs, à tant de confesseurs qui ont désarmé le ciel par leurs souffrances, et dont les mérites nous ont attiré la miséricorde céleste !

— Le 27 juillet (9 thermidor). Culte de RouEsriEnuE. Coup d'oeil sur la situation de la France a cette époque. Il est aisé de voir par les détails dans lesquels nous sommes entrés, quel despotisme barbare pesait sur la France. La Convention, lontjlemps dominée par un scélérat hypocrite, ne savait plus que rendre des lois de mort. Les prisons regorgeaient de captifs. La loi des suspects (1), donnait aux dominateurs un moyen facile de multiplier les délations, les recherches, les emprisonnements. Une autre loi était à ceux qu'on appelait conspirateurs, tout moyen de défense devant les tribunaux (2); et pour tous ceux qu'il plaisait de sacrifier, les moindres délits étaient punis de mort. Que dis-je? Etait-il besoin de l'apparence même d'un délit pour provoquer la cruauté des tyrans? un geste, un mol, un soupir eussent sulli pour envoyer à l'échafaud. Des juges/c'i'o/«</o/zAi<7//-^.vcoudanHiaientchaque jouren masse, sans instruction, sans procédures, sans preuves, pour des crimesimaginaires, pourdes complots impossibles. La vieil lesseet l'adolescence étaient enveloppées dans la même proscription. Une réputation honorable, un rang élevé élaient des titres de condamnation. La faiblesse même d'un sexe étranger aux secousses politiques ne mettait pas à l'abri des supplices, et les femmes ensanglantèrent aussi les écha fa uds. Chaque jour Paris voyait défiler dans ses rues un cortège affreux de victimes pressées dans des charrettes et allant à la mort. On se plaisait à rassembler dans cette marche

(1) Voyez plus haut, là loi des suspects, page 276.

(2) Foyez la loi du 22 prairial plus haut, page 357.

funèbre des amis, des parents, des époux, et à offrir à la fois tous les genres de tourments. Les provinces n'étaient pas moins dominées par la terreur. Des armées révolutionnaires, c'est-à-dire des hordes de bandits, avaient été établies pour exécuter les ordres d'un comité farouche, en pillant et en égorgeant. Des membres de la Convention parcouraient les départements pour les mettre à la hauteur et les révolutionner ; car il avait bien fallu inventer des mots nouveaux pour rendre des horreurs inconnues jusque-là -, et le langage perverti, comme tout le reste, annonçait par son caractère abject ou féroce le caractère de ceux qui l'avaient introduit. Sous le nom si malheureusement fameux de représentants du peuple, des députés investis de pleins pouvoirs exerçaient sur les provinces une tyrannie semblable à celle sous laquelle gémissait la capitale. Ils proscrivaient les plus honnêtes citoyens, mettaient en place les plus scélérats, et se disputaient entre eux à qui prendrait les mesures les plus violentes, peuplerait les prisons de plus de victimes, et se ferait applaudir à la Convention par les arrêtés les plus vexatoires, et par les dépêches les plus grossièrement énergiques. Les atrocités commises par les Carrier, les Lebon, les Collot-d'Herbois; les Maignet, les Lacombe ont passé sons nos yeux : à ces noms odieux nous pouvons en ajouter bien d'autres, qui, sans avoir versé le sang avec la même abondance, ne montrèrent guère moins de fureur contre la religion. Albitte, par exemple, désola les départements de l'Ain et du 3Iont- Blanc par les excès de son impiété. Il se faisait précéder par un détachement de l'armée révolutionnaire, chargé de dévaster et de profaner les églises. Il ne laissa pas un seul clocher dans tout le département de l'Ain. Il ne trouvait plus de prêtres insermentés qui pussent lui servir de victimes : il s'attaqua aux constitutionnels. Etant à Bourg, le 28 janvier 1794, il prit un arrêté poui' obliger tous les prêtres de l'Ain et du Mont-Blanc à se réunir sous trois jours au chef -lieu de leur district; quand ils y furent réunis, on les emprisonna. Albitte leur imposa la formule

ANNKIC ITOi. 103

d'ithinralion la plus odieuses (l); unccriain nombre de ces iiiallRHiroux prêtres souscrivirent, s'iinaj-inanl cpj'h force d'être outré cet acte devenait sans eonsécpience (2). Plus tard ([uelques-uns voulurent retirer leur signature, nuiis elle ne leur fut pas rendue. Au contraire, Albilic portait des noms de prêtres qui n'avaient pas signe sur les listes qu'il envoyait à la Convention, comme une preuve des succès de sa mission. Apres avoir réuni les signataires, il leur fit traverser la ville de Bourg dans un appareil dérisoire, au milieu des outrages de la populace, et des dérisions sacrilèges. Un arrêté du 10 février, leur défendait de sortir de la ville, et les assujettissait à se présenter tous les deux jours à la municipalité ; on les obligeait à prendre un métier, ou à se marier (il paraît que c'est h ce dernier parti qu'on voulait les amener à force de vexations); on les contraignait aussi d'assister aux assemblées décadaires. Ceux qui avaient refusé de signer la formule furent enfermés étroitement dans la prison de Bicêtre, et ils y restèrent pendant plus de buit mois, sans qu'on s'occupât de pourvoir à leur nourriture.

Dans le même tenqis, André Dûment ravageait la Picardie, et se vantait dans ses rapports h la Conven.tion des efforts qu'il faisait pour y détruire ce qu'on appelait le fanatisme (3): Darligoyte et ses collègues, spécialement cbargés par les Comités du salai public et de sûreté de

(1) ''La Biogvai>hie universelle, c\tv cette foriimle, qu'elle assure se trouver

•«laiis la Ciilleclion de M. de Villcnave, un de ses collaborateurs. « Je ,

» .Tgé de , commune de , faisant le métier de (curé ou vicaire),

» convaincu des erreurs par moi trop loni^teuips professées, déclare y renoncer » à jamais ; déclare également renoncer, aLilii|uer, et reconnaître comme » fausseté, illusion <'t imposture, tout prétendu caractère et fonction de prèo Irise, dont j'atteste déposer sur le bureau toushrevels, titres et lettres, etc. »]]

(2) C'est ce que disent les Annales de la lieligion, recueil ])ul>lié par les constitutionnels, tome le"", pages 442 et 470.

(•3 Le recueil ayant pour titre: Lei }fL'<siQnnaires de 1793, rapporte la correspondance des députés en mission, et leurs rapjiorts à la Convention. On y trouve les pr<<clamations et rapports de Dumont, Le({uinio, etc.

On a vu plus haut, Jiage 33?, la Convenlion l'ile-uième repousser la demande, que sur les instances de Dumont, le département de la Somme était censé faire, pour qu'une loi générale interdit l'exercice de tout culte.

40i. ANNÉE 179'i.

mettre la terreur à V ordre du jour, effrayaient Toulouse, Aucli et les contrées environnantes, par toutes les fureurs d'une impiéJé en délire (1): Lequinio répandait dans l'Ouest une proclamation boursouflée contre les prêtres, suivie d'un règlement, dont voici le premier article: « Afin que la liberté des cultes existe dans toute sa pléni- » tude, il est défendu à qui que ce soit de parler ou d'é- » crire pour favoriser quelque culte, ou quelque religion )) que ce puisse élre (2). » On ne finirait pas si l'on voulait rapporter ce qui se passait d'analogue dans les diverses provinces.

Qu'on se représente, au milieu de ces scènes terribles, l'état de la France, l'abattement, le deuil et la désolation générale, l'horreur et la crainte glaçant tous les cœurs : on ne songeait qu'à se cacher h tous les regards ; on redoutait jusqu'à ses propres larmes. La piété, étouffée par la terreur, n'osait se montrer. En voyant tomber autour de soi ses parents, ses amis, on tremblait dans l'attente d'un pareil soi t. Le passé, le présent, l'avenir ne présentaient que des idées effrayantes. Telle fut pourtant , pendant près de deux ans, la situation déplorable d'un pays autrefois si florissant, d'un peuple si fier de sa civilisalion ; tel fut le résultat des lumières nouvelles qu'on lui avait procurées^ tel fut l'essor heureux que prirent cette perfectibilité dont on nous parle encore, cette morale qu'on avait voulu refondre, cette souveraineté du peuple, qui n'est jamais que celle du plus ambitieux ou dû

(1) Le î) juin 1795, Durand de Maillane lut à la Convention une dénonciation, cil les excès et les turpitudes de tout genre étaient reprochés à Darligoyte; et celui-ci, qui était présent, ne répondit pas un mot. [Foyez son article dans la Bil>liogiai>hie uiiii'erselle.)

(2) Grégoire, qui rapporte cet arrêté de Lequinio dans son Histoire des sectes, tome I, page 24G, dit avec raison qu'on en croit à peine ses yeux , quand ou voit de si folles contradictions. Les Annales de la Religion, tome III, page 267, citent un arrêté d'un directoire de département, en date du 25 novembre 1793 qui n'est pas moins absurde. « Considérant que » rien n'est plus antisocial que la tolérance d'un culte quelconque, a arrêté » que tous les signes tntciicuis et eatcrieiirs de tous les cultes dispa- » raitront. »

ANNIŒ ITOi. 403

plus liabilc. Les auteurs de tant (ratlenlals étaient en même temps les plus violents persécuteurs de la religion €t les ennemis de riitimanité. Dans cette (ijuerre impla- <'able, que soutint alors lo christianisme, il lui est fi;|oricux d'avoir ou pour adversaires et pour oppresseurs ceux qui l'étaient du .jjeure humain , et d'avoir été frappé des mêmes coups par lescpu'ls on voulait abattre toutes les institutions sociales, (tétaient cependant ces mêmes hommes qui avaient annoncé impudemment, dans une proclamation, que la veitii et la justice étaient à V ordre du jour; telle était l'expression hypocrite des tyrans, qui foulaient aux pieds toute justice et foute vertu : mais ils avaient dénaturé le lan{;a,oe, appelant bien ce <pd était mal et mal ce (pu était bien; ils prodif^uaient le nom de fanaticpiesàceux qui neparla55eaient pas leur fanatisme: ils transformaient la modération en vice et la bonté en crime ; ils faisaient écrire sur toutes les portes, liberté, égalité, et l'esclavage et le despotisme étaient au comble; ils parlaient de morale, et ils la pervertissaient; ils rendaient des hommages à la raison, et ils l'outrageaient par mille exlravafrancos.

Robespierre, que nous avons vu, à l'époque de la fête de ri'Jtrc suprême, faire parade de ce vain déisme, qui couvrait tant de cruauté, survécut peu à cette espèce de triomphe. La loi si atroce du 22 piairial ne fui que le prélude de sa chute. Les membres de la Convention, craignant d'autant plus pour leur juopre vie, qu'un grand uoaibre d'entre eux avaient des crimes plus énormes à se reprocher, se coalisèrent contre celui qui les menaçait fous.

[[Parmi les signes avant-courcin-s de la révolution du 0 thermidor, nous remarquerons en particulier l'adairede <]atherine Théot, à cause de sa singularité même. Cette femme enthousiaste avait formé, de concert avec le chartreux dom Gerle, dont le nom a déjà paru dans ces Mémoires (1), des réunions clandestines, où se pratiquaient,

(1) royez tome V, page '.28.

40«. ANNÉE 179i.

en présence de quelques adeptes, des actes d'une religion bizarre, des cérémonies absurdes. Ou savait que Gerle avait reçu de Robespierre un certificat de civisme. On voulut exploiter contre celui-ci ces conventicules. Des espions du Comité de sûreté générale s'y firent recevoir, puis en dénoncèrent tous les mystères. On avait trouvé une lettre qu'on supposait avoir été écrite à Robespierre par ]a mère de Dieu (c'était le nom qu'on donnait à Catherine) et dans laquelle elle l'appelait le Messie, désigné par les prophètes, le Fils de V Etre suprême, le f^erbe éternel {)). Un rapport (ut fait à la Convention sur celte affaire: on n'osa pas toutefois y nommer Robespierre^ mais sur la proposition de Rarère, membre du Comité de salut public, la Convention décréta que Gerle et Catherine, et quelques-uns de leurs adeptes seraient traduits au tribunal rév'olutionnaire : Robespierre intima à Fouquier-Tinville l'ordre de ne pas juger celte drogue, et l'on ne manqua pas, au moment de sa chute, de rappeler ce fait comme une preuve de ses desseins.

Nous ne retracerons pas ici les circonstances de cette fameuse journée. L'homme qui avait exercé un pouvoir si formidable, se vit en un instant abandonné par ceux de ses collègues qui avaient concouru avec lui aux mesures les plus despotiques. Dans la fameuse séance du 9 thermidor, Rillaud-Varennes, l'un des hommes les plus sanguinaires de celte époque (2), et membre, comme Robespierre, du Comité de salut public, est le premier qui s'é-crie : Je ne crois pas quil existe ici un seul représentant, qui 'voulut 'vixre sous un tyran-, aussitôt s'élèvent de toutes parts les cris : à bas le tyran, périssent les tyrans ! Barère, autre membre non moins cruel du même comité.

(1) Vilatle, l'un des espions du Comité, a donné sur cette affaire des détails forts piquants, dans une brochure intitulée : les jVvstàres de la mère de Dieu. Son opinion est que la lettre trouvée, en eîlct, cliez Catherine, avait été fabriquée par les ennemis de Robespierre, {rorez VMistOire parlementaire, tome XXXllI, page 2i4.)

(2) roj-es plus haut, page 213.

ANNKH 179 k 407

accuse llobcsplciic ;ivic la mcmc cnci(;ic. Chacun s'empresse de niarcjuer son zèle en ranaquant avec fureur : la parole lui est refusée pour se défendre^ il est arrelé; il est conduit en prison : les .geôliers effrayés n'osent d'abord le recevoir-, ses jKulisaus p.irviennent à se réunir, et à le délivrer même; mais ils suecoud)eut aussitôt: déjà blessé à mort, il est rapporté dans la salle du Comité même de snlut public ; il y reste plusieurs heures sans secours; enfin il eslaccompaf^néau supplice par les imprécations d'un peuj)lc immense. Avec lui périssent plusieurs de ses complices (l). Le redoutable conseil de la Commune de Paris, qui avait pièté les mains à tant de scandales, et sur lequel Uohespierre prétendit s'appuyer au moment de sa chute, fut enveloppé dans la défaite.]] Cet événement mit au moins un terme h ces exécutions multipliées qui lassaient la main des bourreaux. La Convention parut revenir peu à peu vers un régime moins cru(;l. On fit sortir insensiblement des prisons celte foule de citoyens qui y attendaient leur heure dernière; on commit moins d'injustices, mais on en répara peu ; on laissa longtemps subsister presque tout cet échafaudage de lois atroces enfantées par le despotisme et l'impiété. La religion continua de gémir dans la proscription, et ses ministres ne virent pas s'ouvrir de sitôt les caehols où ils languissaient, et dont on avait voulu faire pour eux autant de tombeaux (2).

— Le 28 août. Pie VI dokke la bulle ^iuctoveni fidei. Détournons nos re&ards fati'iués de ces scènes désolantes;

(1) [[r>e lendemain du 9 thcrmiJor (28 juillet), ])rriren( sur récliafand avec Robespierre aine , Piohespicrre jeune son Irère, Coulhoa , Itenriot, commandant de la garde nationale de Paris, Dumas, président du tribunal rt'volulionnaire, S.iiut-.Iust, l'nu des uietuhres de la Convention (|iii lui étaient le plus dévoues, le cordonnier Simon, le bourreau de Louis XVll, et quinze autres.]]

(2) On peut voir par les détails dans lesquels nous sommes entrés, page 377 et suivantes, que les exécutions et les mesures les plus violentes continuèrent encore à l'égard des prêtres, du moins en plusieurs lieux, ticiidant les derniers mois de l'année 17'J4.

oublions un instant , s'il est possible, tant de crimes et de scandales. Le souverain Pontife, que ce débordement d'iniquités pénétrait de la plus vive douleur, ne pouvait que "jémir sur des maux auxquels il n'était pas en lui d'apporter remède. Mais s'il ne pouvait rien en ce moment pour la France, il ne devait pas perdre de vue le soin de l'Église universelle. On se rappelle qu'il s'était tenu à Pistoie, en 1786, lui synode diocésain, où l'évéque Ricci avait fait adopter les maximes les plus propres à troubler l'Eglise, et les erreurs d'un parti indocile et remuant (1). Ce prélat novateur avait été obligé depuis de donner sa démission, au grand contentement du peuple qu'il tourmentait dans sa foi. Mais les Actes de son synode avaient été imprimés et répandus de toutes parts. On les prônait comme s'ils eussent été les décisions d'un concile général; et cette assemblée presbytérienne comptait en Italie un assez grand nombre de partisans qui en célébraient la doctrine et en relevaient l'autorité. Pie YI se crut obligé d'opposer un rempart aux progrès de l'erreur. Il avait déjà fait examiner les Actes du synode par quatre évêques et trois tbéologiens: un prélat italien les avait réfutésdans un écrit exprès, et il paraît même qu'ilsauraient été condamnés dès 1788, si la modération du Pontife ne lui eût fait craindre de blesser par-là un prince ombrageux et irascible. La mort de Léopold, et les dispositions plus modérées de son successeur rendirent plus de liberté à l'Église (-2); une congrégation composée de cardinaux et' d'évèques fui encore cbargée de donner des suffrages sur les Actes. Ricci fut invité à venir à Rome pour exposer ses raisons, et entendre les réponses qu'on aurait à y faire-, il refusa, en alléguant sa mauvaise santé (3). Enfin, après

(1) Voyez tome V, page 251.

(2) Voyez tome V, page 'i20.

(3) [[La Vie de Ricci, composée par de Potter, d'après les mémoires de ce prélat, confirme ces détails, tome II, page 110. On y voit que Ricci avait été invité à comparaître à Rome, oii on lui promettait d'écouter ses défenses. Ricci présenta au grand-duc Ferdinand un mémoire oii il s'efforçait d'atta-

ANNKE 170L iOO

un long travail et un examen sérieux des Actes de Pisloic, apiès avoir ordonné, à cet efTet, dans lîotne des |)rières pnl)li(jues et particulières, Pie VI, se rendant aux demandes réitérées (jui lui étaient faites d'un |ii;;ein(nl sur cet objet, donna, le 28 août, la bulle qui eouunençait par ces mots : ^luctoreni fuJci.

Ce décret dogmalicpn; citait quatre-vin.;',l-cin(j assertions extraites des Actes et décrets du synode, et rangées sous quarante-quatre titres. Ces assertions éiaicnl condamnées cbacunc avec leurs qualifications propies, et ici du moins la malignité et la mauvaise foi ne pouvaient, comme lorsqu'il s'était agi de la bulle Unigenitus, prétexter l'obscurité du jugement, et l'irrégularité d'une condamnation générale et in gloho. Ouelquclois même une proj)osition était flétrie sous les diveissens qu'elle |K)uvait présenter. L'analyse développée cjue nous avons présentée, d'après ce jugement solennel lui-même, des erreurs du synode, nous dispense de citer ici ces nombreuses propositions. Nous remarquerons seulement qu'il y en avait sept condamnées comme hérétiques [[au moins dans un des sens qu'elles pouvait présenter]]. Celle-ci entre les autres était qualifiée absolument d'béréti(|ne : // s'est répandu dans ces derniers temps un obscurcissement général sur plusieurs vérités importantes de la religion, (/ni sont la hase de la foi et de la morale de Jésus- Christ : assertion que l'on trouve dans les écrits de la plupart des appelants des derniers temps. La bulle en notait plusieurs autres connue ayant déjà été flétries dans W'iclef, Lulber, Bains, Jansénius et Quesnel. Il y avait, en elFet, une allluité remarquable entre les erreurs des Réflexions morales et celles du synode; el Uicci, qui avait lait imprimer exprès l'ouvrage de Quesnel, qui le donnait à tous ses curés, el qui

qucr la régularité de la procédure qui allait être dirigée contre son œuvre. Mais lo grand-duc se garda dr l'appuyer, et ne lui permit de motiver le refus de se rendre à lîonic (juc sur l'état de sa santé ; de jdus, il lui fut enjoint de protester de son dévouement au Sainl-Siege, et de la rectitude de ses intentions.

410 ANiNEE 1794.

l'appelait un Iwre d'or, avait prisa lâche d'en renouveler les j^rincipes pour mieux insulter à l'Eglise et au Saint- Siège qui les avaient combattus. Le Pape déclarait, en outre, qu'il y avait plusieurs autres propositions analogues aux quatre-vingt-cinq condamnées, et qui marquaient de même le mépris de la doctrine ou de la discipline, et surtout une haine profonde contre les Pontifes romains et leur autorité. Il reprochait aux rédacteurs d'avoir inséré dans leur décret 5u/' la foi les quatre articles du clergé de France de 1682, et les articles théologiques envoyés à Innocent XII et à Benoît XIII, lesquels n'avaient jamais été approuvés. Enfin, il condamnait les Actes et décrets du synode de Pistoie, ainsi que les écrits faits pour sa défense. Telle est cette bulle célèbre qu'avaient rendue nécessaire les dangers et les progrès des erreurs qu'elle combat. La sagesse, l'exactilude et la précision qui ont dicté ce jugement, lui ont mérité les applaudissements de toute l'Église. L'adhésion des évéques à cette décision du Saint- Siège, dit le savant cardinal Gerdil, ne saurait être un problème. Un grand nombre ont manifesté leur approbation par des lettres expresses, et le reste n'a point réclamé. Il faut l'avouer, cependant, quelques voix se sont élevées contre la hnWe ^Jiictorem Jidei. Il paraît que deux évéques de Toscane ne s'y montrèrent pas favorables ; ce qui est peu étonnant, c'étaient les mêmes qui s'étaient déclarés précédemment pour Ricci (l). Benoît Solari , évêque de Noli, dans l'Etat de Gênes, est peut-être le seul évêqut3 catholique qui ait montré pour cette bulle une opposition

(1) Fojez ce qui a été dit, tome V, page 274, au sujet des évêques de Cliinsi et de Coîle.

[jLes autres évèijues de la Toscane se montrèrent tiès-souinis à la bulle. Celui qui avait remplacé Ricci h Pistoie, exigea de tout son clergé des actes d'acceptation formelle; et il obligea ceux qui avaient pris part au synode de Pistoie à eti rétracter les erreurs. Un certain nombre de ces prêtres durent même demander l'absolution des censures qu'ils avaient encourues, puisque plusieurs des propositions ne faisaient que reproduire les erreurs déjà condamnées dans Baius, Jansénius, Quesnel. Tous ces faits sont constatés par la Vie de Ricci, tome il, page 214. On sait que cet ouvrage est rempli d'une auimosité odieuse contre le Saint-Siège.]]

A.NNÉE 17'J4. ill

publique et fonuellc, et qui ail écrit contre. Il a été réfuté par le cardinal Gcrdil, qui, en di-culant les décrets et propositions condauin''s, a piuuvé que l'opposition du prélat jjénois était sans londcnient et ses niolilssuns solidité (l). D'ailleurs il est bon d'ubserver que Solari convenait lui-même qu'il s'était écarté en cette occasion des principes et de lexemple de ses collègues. C'est un triste préjugé contre un évéque que de se séparer du corps épiscopal et de son clief (2).

(1) Vcyyez l'ouvrage di- ce cardinal, (|iu :i i)Oiir titre : Examen des Motif», tîe l'o/ipPàilion de M. i'rt'cfiue de Noli, ii l<i inihlicalion de la bulle Aiictorcm lidci, pvcecdc de l'Examen des Réjle.r ions picliminaires de l'anonyme, éditeur du même ouvrage. [| Divers opuscules du savant cardinal, publiés en 1853, dans le recueil intitulé : Jnalecta jiuis ponlifuii, peuvent servir à jeter un nouveau jour sur plusieurs points.]]

(2) lin écrivain italien ajipnya de tous ses ell'orts l'opposilion <le l'évêquc de >oli, et donna, en sa faveur, des écrits ou il se niontre lidélc copiste et adrniralcnr des appelants français. 11 les imitait dans leurs invectives comme dans leurs so|)liisnies, et disait rjue la huile Auctorcni, /(//e di'.(i>aciée d'une mère malheureuse {la bulle Unigenitus), av>ail comblé la mesure du scandale. Il s'élevait fortement contre le ciirialisme, expression nouvelle, par laquelle on coiimiençait, dans ce i)arli, à désigner la cour de Rome. Il s'ertbrçait vainement de concilier la visibilité et l'indéfeclibilité de l'Eglise avec l'obscurcissement, qu'à l'exemple de Ricci, il imaginait avoir prévalu dans la société dépositaire des promesses divines. Il louait l'évcque de Noli de n'avoir pas imité la préi'aricatinn de ses comproviuciaux. Enlin, il n'épargnait rien pour rendre odieuse la cour de Rome. Le cardinal Gerdil repondit ii ses sopliismes.

Un antre anlag miste se mit aussi sur les rangs pour combattre la nouvelle bulle. Le Plat, ce eanonistc de Louvain, ce protégé de Josepli , que nous avons vu servir dans les Pays-lias les réformes de ce prince, le Plat publia, en 1796, des Lettres d'un théologien cauunisle à notre saint Père le Pape Pic 11, sur la bulle Auctorem fidei. Ce pontife cl la cour de Rome y sont traités avec le ton le jihis liaut et le plus amer. On s'y sert aussi toujours, en parlant des prélats de cette cour, du terme de curialistvs, qui a paru sans doute propre ;i les tourner en ridicule. On semble y avoir pris à tàclie d'iiniler les Juifs (|iii saluaient le Fils de Dieu en le cbargeant de soulïlets. Car en même temps que l'auleur demande au Pape sa bénédiction avec les formules du respect, il le traite <Va\'euglc, d'iifiioranl, d'homme en délire, d'imposteur, de calomniateur, d'hérétique....

Il ne semjjle pas que de pareils écrits |)iiissenl être d'un grand poids, ni qu'une aussi faible opposition puis^e aHaiblir l'autorité d'un jugement que sa nature, son importance, le tribunal dont il émane, et l'assintiment de l'Kglise ont mis au nombre de ces décisions soliiles, lumineuses et irréformables, destinées à confondre l'erreur, et à maintenir dans sa puielé le dépôt sacré de la doctrine et de la vérité.

[[Il était naturel que l'église schismaiique de Hollande prît fait et cause pour le synode de Pisloie. Le prétendu archevêque d'Uirechl écrivit à Ricci en son nom et en celui de ses snffragants les évèques de Deventer et de Harlem, pour lui déclarer qu'ils adhéraient avec leurs églises, au saint synode de Pisloie, dont la condamnation par le Pape comblait, disait-il, la mesure du scandale Çl). L'évêque constitutionnel Grégoire prenait aussi le plus vif intérêt à la cause du synode condamné par le Pape. Ricci, avec le quel il était en correspondance, lui ayant écrit que la bulle yiuctorem fidei était repoussée à Naplcs, à Turin, et l\ Venise, révêque de Loir-et-Cher pria le prélat italien de lui communiquer les pièces qui constataient ce rejet, afn de les vendre publiques (2)-, mais il était diflicile à Ricci de donner des preuves de cette opposition. Il paraît, il est vrai, que les gouvernements des États qui étaient sous l'influence autrichienne ne permirent pas une promulgation solennelle de cette bulle : mais cette circonstance assez facile à expliquer n'afi'aiblissait en rien l'autorité d'un décret dogmatique, et elle ne pouvait même être regardée comme une opposition proprement dite.

La conduite de Ricci lui-même fut longtemps assez équivoque. Comprenant les dangers qu'auraient entraînés ses réclamations, il prit d'abord le parti de déclarer que ses sentiments étaient entièrement conformes aux décisions pontificales, attendu que ni lui, ni son synode n'avaient pas entendu les propositions dans le sens qui était condamné (3). Cette sorte d'acceplalion était insuflisante pour

(1) yie de Ricci, tome II, page 354.

(2) Ibidem, page 355.

(3) [[La IjuIIc Aiiclorein fidei condaiiinc un i^iand iiomliie «le propositions non absolument, mais en tant qu'elles sont susceptibles de tel sens. Ricci abusait de celte distinction. L'ensemlile du Synode était propre à persuader que le sens condamné par le Saint-Siège était bien celui (pie les auteurs avaient en vue, au moins dans un grand nombre de ces propositions: il suffit pour s'en convaincre de relire avec attention l'aniilyse que nous avons donnée du Synode <ians le tome précédent,

La soumUsion de I\icci ét.iit d'autant plus équivoque que, selon que lui-

AiNiNÉK 1791. /.I.-}

répnror le scandale, et ne mit pas l'évèciue à rabri de beaucoup de tribulations. Au milieu des révolutions politiques, qui agitèrent l'Italie dans les dernièics années du siècle, il (ut souvent inquiété, mis en prison, puis relâché sous diverses conditions. Lorsque le nouveau |);ipe Pie YII eut été élu en 1800, il désira terminer celle allairc. Une lettre écrite en son nom à Uicci par le cardinal Consaivi n'obtint pas le résultat qu'on désirait (1): mais en 1805,

môme le déclitrc dans ses Mctnoircs, il ii'enleiulail [loint par là donner son approbation : c'était une sorte de iilc/tcc respectueux , (|ii'il avait en vue. {fie de Hicci, tome II, page 27G.)jJ

(1) [[I>eu de temps avant la mort du |)ape Pie VI, le le'' août I7'J7, Uicci avait souscrit une première l'orniule de rétractation: il y déclarait qu'appelé à liomc, avant la publication de la huile, il avait dès lors protesté qu'il acceptait (H'ec ta soumission l'uiduc, tout jugement que le Pape prononcerait, conforniéniciil (ui.i ciinons ; et qu'après la |)ul)lication de la huile, sa conduite avait été telle ()u'on put suilisamment connailre sa soumission et son Obéissance aux décrets du Saint-Siège. 11 ajoutait ensuite : « L'archevêque » de Florence ni'ayant fait observer que iiour l'cdi/icalion ihi peuple, je » devais renouveler ma soumission par écrit; c'est pouicjuoi tuulce qui peut » s'Clre glissé de contraire à cette doctrine, ou dans le Synode de Pistoie, » ou dans quel((ues-uns de mes écrits, contrairement à mes sentiments in- » times, je déclare le tenir pour condamné et anathematisé, adhérant ainsi » avec une pleine soumission, selon les règles de l'Eglise, à tout ce qu'en » prescrit dans la bulle Juctorem fulei. » Cette pièce a été publiée daus le recueil intitulé : ylnalecta juris pontijîcii, tome 1"', page Go3.

Après l'exaltation de Fie VII, Ricci lui ayant écrit une lettre de félicitatiou, ou il renouvelait rex|)ression de sa soumission, le cardinal Consaivi lui écrivit que le Pape trouvait sa rétractation insuflisante, et qu'il exigcail nue confession sincère des erreurs répandues , dans beaucoup de ses écrits, et principalement dans le Sjuode de Pistoie ; une acceplatcn de la bulle Auctoreui lidei, accompagnée d'un entier assentiment h tout ce qui y est-décrété, tant pour le dogme que pour la discipline ; une réi'ocalion de tous les actes, ordres et décrets qui s'écarteraient de la discipline de l'Eglise; une rétractation de tous les libelles, au mvjcn desquels l'éveque avait voulu soutenir les innovations inlruduiles dans son diocèse; enfin une réparation du scandale et du dommage très-grand causé aux fidèles, par la réimpression de tant de livres pernicieux et proscrits par le Siège apostolique, comme aussi par la conduite qu'il avait tenue, n'ayant doiiné depuis tant d'aniires aucun signe de repentir, {f^ie de Pàcci , tome II, page 271.)

Pucci se montra très-blessé de cette lettre. Les révolutions nouvelles qui se passèrent peu après en Toscane, empêchèrent qu'on ne le pressât d'y obleuipérer : mais eu ISO'l, lorscpie Pie VII passa par Florence pour aller .i Paris, la reine d'f.Uurie , de concert avec |le cardinal Fesch, travailla à amener Pàcci à donner salisfacliou au Pape. L'affaire fut terminée lors du

-il-i ANNÉE 1794.

lorsque Pie VII revenant de Paris repassa par Florence, Ricci signa une déclaration de ses sentiments, qui satisfit le Pape, et sur laquelle ce Pontife s'exprima ainsi dans son allocution du 26 juin 1806 : « Dieu nous avait pré- » paré à Florence la plus douce consolation ; déjà, à notre » premier passage par cette ville, nous avions été préve- » nus que l'ancien évèque de Pistoie pensait sérieusement )) h opérer avec nous et la sainte Eglise romaine, une ré- » conciliation que tous les gens de bien attendaient avi- )) dément : il a accompli ce dessein à notre retour, par » un exemple de soumission bien digne d'être imité : car )) il nous a fait connaître qu'il était disposé à souscrire » avec une soumission filiale à la formule qu'il nous » plairait de lui prescrire, et il n'a pas manqué à sa pro- )) messe : par cette formule, que lui-même a désiré être )) rendue publique /j>owr la réparation du scandale (l), il » a déclaré qu'il recevait avec une soumission intérieure » (^ex atiimo) les Constitutions qui condamnent les erreurs i) des Baïus, Jansénius, Quesnel, et leurs sectateurs, et » spécialement la bulle ^duclorcm fidei, laquelle con- » damne quatre-vingt-cinq propositions extraites du sy- )) node de Pistoie, assemblé et publié par lui-même 5 qu'il » condamnait toutes ces propositions et chacune d'elles » dans les mêmes sens qui sont exprimés dans la bulle 5-et » qu'il voulait vivre et mourir dans une parfaite soumis- » sion à l'Eglise romaine, et l'obéissance due aux Pontifes )) romains : après celte déclaration si solennelle nous Ta- )) vons accueilli 5 et après qu'il nous eut protesté de la » sincérité de ses sentiments, et de V attachement quil )) auait eu à la foi orthodoxe et au siège apostolique, » même au milieu de ses erreurs (2), nous l'avons em-

socond passage du Pape par Florence : Pie Vit Iriompha par la condescendance des tergiversalions d'un espiit indocile.]]

(1) [[Ricci aurait désiré qu'à ces mots pour la réparation du sca?idale, on substituât ceux-ci /witr l'édijlcalion commune : il voulut attribuer aux intrigues de ses ennemis la persistance avec laquelle le Pape exigea la première expression. [Fie de Ricci, tome llf, page 2-3.)]]

(2) [[Ricci rapporte, dans ses Mémoires, qu'admis en la présence du Pape,

ANNKE i70i. h:;

)) brassé palernellcnienf, el nous l'avons réconcilié à nous )) el à rÉj^lise catliulic|ue. Les lettres qu'il nous a écrites M depuis pour nous féliciter de notre heureuse arrivée et » pour ratifier de nouveau sa rélraciation, nous ont de » nouveau comblé de joie (l). » Aucun acte public ne vint troubler la consolation du Pontife : heureux Uicci, si sa soumission fui à la Ibis sincère et persévérante (-2) : il mourut dans la paix de I Eglise, le 27 janvier 18iO.]j

— Le 30 septembre. Buef dtj Pape en faveur des TnApprsTEs FRA^çAIS, RÉFCGiÉs EN SuissE. [[Nous appclons l'attention toute spéciale du lecteur sur un établissement qui était destiné à repeupler plus tard par de fervents religieux les solitudes abandonnées de la France, et à réparer par leur pénitence lanl d'excès et de scandales. La réforme de l'abbave de la Trappe, au diocèse de Séez, avait fait l'édification du dix-huitième siècle; elle était appelée à jouer un r<Me bien plus important dans le dix-neuvième.]] Dès la fin de 1791, un certain nombre des pères de ce monastère s'étaient volontairement exilés de leur patrie, pour suivre leur vocation sur une terre étrangère ; un jeune religieux, dom Augustin de Lestrange, leur avait préparé les voies. Il avait fait auparavant le voyage de la Suisse pour s'v ménager un asile, et il avait obtenu l'au-

il lui remit une déclaration, dans laquelle il soutenait que , lors de son synode, il n'avait soutenu que dans un sens catholique les propositions condamnées comme hcn-lu/ues par la huile Juctorcm; et que le Pape ayant lu attentivement cette déclaration la lui remit en disant qu'elle n'était pas nécessaire, jjaice que personne n'avait ii Juger de ses scnlimenls inlcrieurs, et qu'on devait s'en tenir à la déclaration qu'il en faisait. ( rie de T'Acci, tome m, page 2G.)

Ou trouve parmi les pièces justificatives du même volume, page 140, une lettre que Ricci écrivit le IC se|)tenil)rc 1800, au fameux Grégoire, et dans laquelle il lui donna tous les dél;iils de sa réconciliation avec le Pape. On y voit d'une manière très-sensible les ménagements pleins de lionté dont Pic YJI crut devoir user pour gagner l'ancien évèque de Pistoie.]]

(1, Allocution dans le Bullaire de Pie VII, tome \If du BuHarium,

page 329.

2) [[Plusieurs expressions de la lettre à Grégoire, dont l'oLstination scliismat!([ue ne pouvait guère être inconnue à Ricci, sont de nature à faire naître quelques doutes sur les an ière-pcnsées de celui-ci : tant il est dilFicile h ceux qui je sont engagés dans les voies de l'erreur, de les abandonner sans retour.

loiisation de Tévêque oe Lausanne et des magislrafs du canion de Fribourp^ pour s'établir dans ce canton. La colonie se fixa à la Yal-Sainle, ancienne chartreuse alors vacante, située dans une vallée solitaire enlouiée de hautes montagnes. Là, les Trappistes reprirent l'exacte observance de leur règle, et voulurent même y ajouter ce qu'ils trouvaient de plus rigoureux dans la règle primitive de saint Benoît. C'est ce qui fut adopté dans une suite de chapitres tenus en 1791, dans l'octave de Saint-Etienne, et c'est ce qu'on appela la réforme de la Val-Sainte. La ferveur qui régnait dans celle maison y appela de nombreux postulants; cl dom Augustin fut obligé, en 1794, de songer à former de nouvelles colonies. Il envoya de ses religieux fonder des établissements à Poblet en Calalosjne, auprès d'Anveis, à Darfeld dans l'évèché de Munster, à Monlbrach en Piémont. Trois religieux furent envoyés en Canada, et s'arrélèienl à Hcltworth eu Angleterre. Par le bref du 30 septembre 1794, Pie \T donna à son nonce en Suisse les pouvoirs nécessaires pour ériger la Val-Sainte en abbaye (l). Dom Augustin fut élu unanimement abbé, le 27 novembre suivant, dans un chapitre présidé par le grand vicaire de Tévéque de Lausanne, et, le 8 décembre, un décret du nonce rendu à Lucerne ratifia l'élection. L'abbé était établi chef et supérieur, non-seulement du monastère de la Val-Sainte, mais de tous les établissements qui en sortiraient. Des dames demandaient à entrer dans l'ordre; dom Augustin leur acheta une maison près d6 l'abbaye Saint-Maurice en Valais, et les premières religieuses y entrèrent le 14 septembre 1796. Bientôt des femmes de tout rang vinrent s'y joindre, entre autres la princesse Louise de Coudé, ancienne abbesse de Remiremont. Elles y observaient la règle de la Val-Sainte, sauf ce qui ne pouvait convenir à leur sexe. Dom Augustin établit auprès d'elles pour les diriger une communauté de ses religieux. Il institua aussi un tiers ordre moins sévère

(I) BuUarium Romamim Pii FI, 11° 991.

anm-l: nui. n7

i}ul se llvrerail à réducalioii, cl il (iil jnscprà cent cinquante pauvres enfants (ju'il élevait {jialuiieiuent : il continua celle bonne œuvre jusqu'en 1798, que les profnès (le la révolution le Ibrcèrenl de (juitler la Suisse, comme nous le dirons en son lieu (l).

— [[Situation de i/Kglise en Allemagne dans les derniers mois DE 179-1. Nous nedevons |)as entièrement passer soussilence des événements qui, tout poli(i(|ues(nrilssont, ont eu uneasscz f}iand(Mnfluencesur la si tua lion de rÉ.'dise d'Allemaf^jne. La fin de Tannée 1794 fui mai'quée par de nouveaux succès des armées françaises, et par leur entrée en Allemagne et plus spécialement dans les États des électeurs ecclésiastiques; les soldats de la république, parcourant ces pays en vainqueurs, furent, dit un témoin oculaire, la verge du Seigneur (2). Au commencement d'octobre, Cologne, Coblenlz, Mayence, tombèrent en leur pouvoir : les princes électeurs furent obligés d'aller cliercber un asile borsde leurs Etats -, ils durent plus (juejamais regretter cette lutte avec le Salnl-Siége qu'ils avaient soutenue avec tantdeliauleur, et dont les résultats avaient été si déplorables. Les émigrés français, fuyant avec précipitation, durent aussi aller dans des provinces plus reculées mettre leur vie en sûreté, au milieu de mille diUlcultés(3). La Providence n'abandonna point les pi élres fidèles dans celle épreuve : elle leur ouvrit de nouveaux asiles. JJ

(1) rie de dont yîiii;nstin de Lcslrange, I-yon, 1829, in-1^.

(2) Mémoires du cardinal Pacca sur les affaires ecclésiastiques d'.Jlleuiagne.

(3) "Plusieurs Mctnoirts ]);irticuliers ont peint la ilelresse (|iii ac coinp.Trna ocUe pliiise de l'émigralion. Nous nous l)ornerons à citer le cardinal l'acca <|ui quitta lui-iiiruic il celle cpcKiiie la iioiicialiire de Coloi^nc. n J'eus dit-il » sous les yeux un spcclacle (|ui nie lait encore frissonner rien (|nc d'y pen- » ser : la route qui conduit ;i Irancfori, oii se dirii;eail la plupart dès énii- » grants, était encombrée des ha^'ages de l'armée aulrii liieiine (|ui se rcti- » rait. Le iiouil)re des fuyards était immense : c'étaient tous les énii'rés » Français qui demeuraient dans les l'avs-l.as et dans les provinces d'au delà i> du liliin, etc. La ))luie qui tombait par torrents rendait les clieniins pres- » que impraticahles. Ce qui e.vcita davantage ma compassion, sans ([ue je » pusse y i)()!tir veiiii-de, fut de voir de vénéraLles ccciésiasiicines français,

— Situation générale de la Fkârce au commencement DE 1795. Rentrée de plusieurs raÈTUES émigrés. Exécution DE QUELQUEs-x'Ns DENTRE EUX. [[Dans Ics luois cjui siùvireiit le 9 thermidor, la situation généialede la France s'améliora graduellement, mais assez lentement, à l'intérieur. Il est manifeste que l'opinion publique devança la Convention, et que c'est elle qui l'obligea peu à peu de se rapprocher davantage des voies de l'équité et de la modération. Les membres de l'assemblée, qui s'étaient coalisés pour renverser liobespierre, ne tardèrent pas à se montrer divisés entre eux par des haines profondes : tous les partis se retrouvèrent en présence pour se combattre et se détruire. Les Jacobins et ceux qui s'étaient montrés les plus chauds partisans du régime de la terreur cherchèrent à se maintenir en possession du pouvoir : ils étaient combattus par les autres thermidoriens avec d'autant plus d'énergie, fju'il y avait au dehors une réaction plus générale contre ce qu'on appelait vulgairement alors la queue de Robespierre. Ces intrigues, ces luttes intérieures expliquent toutes les contradictions qui se trouvent dans la conduite de la Convention. On la voit, immédiatement après le 9 thermidor, conserver dans les fameux Comités de salut public et de sûreté générale un grand nombre d'hommes sanguinaires, qui plus tard seront accusés d'avoir concouru aux mesures tyrauniques : on la voit remplir les vides par d'autres qui n'étaient guère moins odieux (1).

» dont (juclques-uns avancés en :îge, portant leurs sacs de voyage sur les w épaules, des dames noliles et délicates de la même nation, toutes haignécs » par la pluie, et forcées de marcher à pied dans une fange profonde, oii l'on » enfonçait jusqu'à iiii-jambe; ne sachant oîi se diiiger, ni même oii trouu ver assistance dans un pays dont les habitants étaient presque tous pro- » testants. » Pacea raconte ensuite comment il rencontra sur sa route les archevêques de Cologne et de Trêves, qui fuyaient eux-mêmes; etc.]]

Fayez aussi l'ouvrage de 31. Fleury, ayant pour titre : Le Clergé de l'Aisne, tome II, page lo6, et suiv.

(1) Dans le renouvellement des Comités qui eut lieu le 31 juillet et

ANMŒ I7!t;;. /,in

Peu de jours apics, le 7 seplcnibre, elle décréta que l'apolliéose de Maral et la translation de ses cendres au Panthéon auraient lieu dans la dernière des fêles appelées siiiis-culotlidcs, et elle assista en eorps à la eéiénionie. D'un autre côté, on n'avait pas tard»'- à révorpier la loi du 22 prairial, puisàs'occuper de la réiorniedu tribunal révolutionnaire et d'une nouvelle orf^anisaiion de la Commune. Une démarche faite |)ar les Jacobins, dès le lendenjain du 9 thermidor, pour obtenir (pie la liste des suspects mis en liberté fût imprimée, avait été repousséc avec indi,;;nation. Bientôt ce club, principal mofetn- du mouvement révolutionnaire, avait éié vivement allacpié d.ins son e.\islence. Une loi proposée par le Comité de salut [)ublic, cl décrétée le IG octobre, interdisait <o«/<?5 ajjiliatiuns, ainsi que toutes correspondances entre sociétés, sous (pieLpia dénomination qu elles existassent, comme étant subversives du gouvernement ; défendait également toutes pétitions en nom collectif; et obligeait chaque société de déposer entre les mains des autorités les noms et qualités de tous ses membres. Cette loi fut regardée comme l'arrêt de mort de ces sociétés populaires, qui avaient entretenu une agitation si funeste. Le club des Jacobins de Paris, abandonné aux attaques de celle jeunesse dorée, qui était regardée comme l'avant-garde des réactionnaires, ne put se défendre lonptemps; ses membres furent expulsés ignominieusement le 11 novembre, et la salle fut fermée par autorité publique. La rentrée à la Convention des soixante-treize men)bres qui en avaient été exclus, et (jui avaient été même incarcérés à la suite du 31 mal 1793, eut des conséquences non moins importantes. Des accusations s'élevèrent de toutes parts contre les hommes sanguinaires : la Convention ne

loi" août l'94, I5:iilic, Dillaud-Vai! unes, ColIol-d'Hciljois, Robcrt-Mndrt ("^ariiot, l'iicur de la CùU'-d'Or, furent conserves a» lloniité de .stiful iiublic ■ on leur iidjoi^juit Tallien , Titilliaid , '1 liuriot , Esclusstriau , nréard cl I.aloi.

Au Comité de siiicli} i^cucrale, se retrouvèrent Aiirar, Vadier, Vou!hiii(l l'anis, avec Lehon, Lcbas, etc.

420 ANNEE 179a.

nul se défendre de livrer successivement aux tribunaux ceux de ses membres qui éraient plus gravement compromis, sans excepter les membres du Comité de salut public ou de sûreté générale, qui avaient cru se sauver^ en prenant à la révolution du 9 ibermidor la part la plus active, tels que Billaud-Yarenne, Barière, Collot-d'Herbois et autres (1). Ces hideux procès, qui faisaient paraître au grand jour mille horreurs, servaient à leur tour à développer Tindignation générale, et disposaient les esprits à entrer dans d'autres voies. Malheureusement il semblait que ce retour à la liberté provoquât aussi la licence des mœurs : c'est à cette époque quesemanilestèrent ce mépris pour les règles de la décence, et cclamour effréné des plaisirs, qui furent un des caractères des dernières années du siècle : en pouvait-il être autrement, lorsque la religion était bannie, et que rien ne rappelait n)éme le frein salutaire qu'elle seule peut imposer aux passions?]]

Dans la province, la réaction ne fut pas moins vive qu'à Paris : les prisons s'ouvrirent de toutes paris à cette foule de suspects, sur lesquels la terreur avait tenu le glaive si longtemps suspendu : dès qu'il fut permis de s'exprimer avec quelque liberté, les Jacobins virent se manifester contre eux lindignation comprimée dans les cœurs. On ne peut s'étonner qu'en plusieurs provinces, il en soit résulté d'abord des luttes plus ou moins violentes, puis enfin ces massacres, qui ensanglantèrent plusieurs villes importantes du j\iidi dans la cours de 1795. L'Eglise exilée ne pouvait faire entendre sa voix indulgente et conciliatrice.

La situation des prêtres détenus à l'intérieur de la France s'était améliorée. Dans les derniers mois de 1794, on avait commencé à accorder à plusieurs de sortir de prison, et de rester, quoiqu'en surveillance, dans des maisons

(1) Voyez ce qui a été dit plus haut des procès de Carrier, de Leboii, de Maignet, elc.

Dans le cours d'avril 1795, Bi'ila'id-Varonnes, Collot-d'Heibois, Banère, Vadier, etc., furent condamnés à la déportation à la Guyane.

ANNÉE 179o. 4 il

auiios; au coinmeucrment de 170."), ils furent rendus à la libellé, au moins dans un jjrand nonibie de provinces. Ces prêtres n'étaient fjuère que ceux qui avaient été exemptés de la déportation, en qualité de sexagénaires ou d infirmes, et auxquels on avait ensuite associé un certain nombre de prêtres non assujettis au serment schismaticjue ou même des prêtres assermentés qui avaient refusé de se prêtera des actes d'apostasie formelle ou implicite, et de livrer leurs lettres de prêtrise (1). Ceux niême qui étaient condamnés à la dépoilaiion, et dont les épreuves avaient été si rudes, obtinrent également la permission de sortir de prison, ainsi que nous l'avons déjà dit plus haut (2). Nous ne tarderons pas à voir celte liberté troublée par de nouveaux décrets de persécution.

A l'égard des prêtres qui avait été réellement déportés ou émigrés, la Convention se montra constamment dure et inllexible. Lu certain nombre de ces prêtres, qui avaient appris les événements au fond de leur exil, et qui étaient disposés à les interpréter dans le sens le plus favorable, avaient cru pouvoir rentrer furtivement dans leur patrie. L'ennui d'une si longue absence, des privations de tout genre, le chagrin de ne pouvoir remplir leur ministère dans des pays dont ils ignoraient la langue, en avaient déterminé plusieurs : mais il est certain que le zèle le plus désintéressé avait inspiré cette démarche à beaucoup d'autres, et qu'ils bravaient le danger pour venir au secours de leurs frères. Nous avons connu ces homnjes généreux, qui ne pensaient qu'avec la plus amère

(1) [[Les prêtres iiirirnies ou sexagénaires ries dt'p.irlciiu'nls de l'Aisne et de l'Oise, avaient été réunis d'abord dans une prison de Ckrniont (Oise), puis à Nointel (iiiêiiie département) : ils furent rendus .i la lilierlé le IS février 179.i. l.'ne liste de ceux qui appartenaient au seul diocèse d<.' Soissons, donne quarante-deux nonjs. Cinq autres étaient nu>rts dans le cours de la détention.

On voit, en outre, que plusieurs prêtres étaient détenus h Laon , sans qu'on pût leur reprocher autre chose que d'avoir relusé de livrer leuri lettres de prêtrise. (Voyez Le Clergé de l'Aisne pendant la rcvolulion tome II, page 289 et suivantes.)

(2) rojez plus haut, pages 393 et 39G.

122 ANNEE I79o.

douleur à Tétat aflVeux où se trouvaient les populations de la France par l'absence des secours religieux ; à Tctat d'ignorance profonde où se trouvaient taut d'enfants privés d'insiruclion -, au malheur des mourants privés de sacrements: tel est le véritable moiif qui les pressa de rentrer en France, dès qu'ils aperçurent les premières annonces d'une situation plus calme. Munis de pouvoirs réguliers, autant que les circonstances le permettaient^ ils organisaient des missions secrètes; ils parcouraient les villes et les campagnes sous divers déguisements, faisant la nuit leurs courses apostoliques, partageant la nourriture grossière du pauvre et de l'ouvrier, n'ayant que des chaumières pour asile. Dès la fin de 1794, et dans les })rcmiers mois de 1795, ces missions commencèrent, et malgré les mesures sévères dont nous allons parler, leur importance alla toujours en augmentant.

Cependant la Convention, à laquelle on avait dénoncé ces prêtres, voulait que l'on continuât à exécuter à leur égard les lois sanguinaires qu'elle n'avait pas révoquées. Un décret du 22 nivôse (11 janvier 1795), enjoignait (lux accusateurs publics et aux agents nationaux de toute la républic/ur, sous les peines édictées par les lois contre les fonctionnaires publics négligents ou coupables , de poursuivre et faire juger suivant la rigueur des lois, les émigrés et les prêtres déportés qui auraient osé rentrer dans la république (l).

Ces ordres sévères, qui furent souvent réitérés dans le cours de 1795, ne tardèrent pas à recevoir leur exéctition. Dès le 26 janvier, l'abbé Belloc, curé de Belléglise, près Saint-Quentin, ayant voulu se rapprocher de ses paroissiens fut arrêtésur les frontières de la Belgique, conduit à Bruxelles, livré à une commission militaire, et condamné comme émigré a être fusillé. Le 6 février, la même commission appliquait la même peine à l'abbé Dohy, cure de Wallimont, diocèse de Cambrai. Ce n'étaient pas seule-

(I) BnUctin des Lois jioiir 1795, n^ 110.

ANNTE 179;i. 423

ment les commissions militaires qui faisaient exécuter ces lois barbares pul)liées sons le ré.ijinic do la terreur (l) : plusieurs tribunaux criminels ne se monlrèriMit pas moins rigoureux, surtout quand les circonstances poliii(|ues venaient réveiller les passions révolutionnaires. C'est ainsi que, peu de temps après lesjournées de vendémiaire, dont nous parlerons plus bas, le 25 décembre, le liibunal criminel de Laon condamna à mort l'abbé Danllu ny, cbanoine de la calbédrale, qui avait ('lé arrêté la veille de Noël, au moment où il venait de faire iairc la première communion à des enfants. Ses juges, qtii eussent voulu s'épargner ce crime, le portaient eux-mêmes à dissimuler le fait de sa sortie de France; mais le vertueux prèire préféra la mort au mensonge, et mourut le jour de saint Etienne, premier martyr (2).

Les prèires vertueux, qui s'exposaient à ces périls, n'avaient pas sculcmei^t à craindre soit les tribunaux ou les autres agents de la force publicjue, soit même les piédicanls d'impiété : ils avaient des ennemis non moins acbarnés dans les membres du clergé constitutionnel ; ceux-ci voyaient avec dépit le retour de ces hommes vertueux, dont la conduite était une censure de leur faiblesse; ils étaient humiliés de voir l'accueil empresse que leur donnaient les véritables fidèles; et souvent ils ne ci'aignaient pas de descendre jusqu'à une dénonciation qui exposait à une mort certaine des prêtres si vénérables (3).

(1) Lf trilmiial criniiiicl de C islics coiulaniiia à mort, le 6 fcvrijr, nu j uré nommé Alingrin, ([ni n'était pas sorti de l'ranfc; il avait été arrêté à I,avaur, pendant qu'il administrait les sacrements, et il l'ut jngé coinmo prêtre réfractaiie.

(-2) 'l-'alilté Diinllieny avait été arrêté avec mti antre ccclésiasli(|ue ég^ilcment insernienlé, M. l'alihé Carton ; mais celui-ci i>nt prouver (ju'il n'éttiit pas sorti de France, et c'est ce qui le sauva de la mort; mais sa captivité se prolongea qiielune temi)S.]]

(3) I.e eierï;e coiistiinlioiMul coinmenra à faire paraître, en mai 1795, nu journal sous le titre (Y A/niales de la Reiii^ioii : dt-^ le premier numéro, on y trouve un article révol(ant contre les prêtres qui reniraient en France. Nous demandons la permission de citer cet exemple des excès où peut conduire l'esprit de parti :

« Il nous en conte beaucoup, dit le rédacteur, d'imprimer les détails

424 ANNEE 179j.

— Le 21 février. Décret de la Convektion sur les CULTES. Les constitutions précédentes avaient toutes reconnu en principe la liberté des cultes : mais comme les législateurs ne se piquaient pas d'être conséquents, le libre exercice des cultes n'avait jamais existé de fait; et depuis surtout que la terreur régnait en France, en dépit de la liberté proclamée, la religion catholique gémissait sous la plus dure oppression. Ses autels abattus^

» qu'on va lire ; mais l'amour de la vérité et de la république nous en fait un •> devoir. Des lettres de Suisse et d'Allemagne annoncent que les prêtres ré- » fractaires, émigrés ou déportés, quittent le pays pour rentrer en France, ou n eircclivement ils sont revenus en grand nombre; sept à huit cents se sont » répan<lus dans les départements ("ronlières, comme l'Ain, le Jura, le Doubs,. » la Haute-Saône, etc. Pendant la jx-rsécution atroce dirigée contre le clergé M constitutionnel, ou n'a point arraché les lettres de prêtrise aux insermentés » absents, emprisonnés ou cachés; ils se prévalent aujourd'hui d'avoir gardé •) ce que personne ne leur a demandé. Dans tous les départements ils puUui) lent comme les sauterelles de l'Egypte; mais chez nous la plaie est bien » plus alarmante. Déguisés en ferblantiers, en marchands, en canonniei*, et » sous toute sorte de costumes, ils parcourent les campagnes, plusieurs même » ne sont pas prêtres, ce sont des brigands échappés de la Vendée. Leurs » chefs sont de prétendus vicaires apostoliques, comme Dampierre à Paris , I) Camus et Lacourt à Nancy, Blein à Orléans, Jalabert à Carcassonne, etc. » [Annales, tome P"", page 21.)

Nous ne connaissons rien de plus odieux que cette lâche et barbare dénonciation contre les prêtres qui rentraient en France, alors qu'ils étaient oursuivis par la gendarmerie et traînés devant les tribunaux pour être ensuite fusillés. Notez que le rédacteur a soin d'indiquer les départements oii CCS prêtres se trouvent, afin qu'on ait moins de peine à les chercher. Ainsi il se rend complice des condamnations prononcées contre eux, et il excite k cet égard le zèle des autorités dans les départements de l'Est. Il suffit d'un tel trait pour flétrir un écrivain et un journal qui descendent à de sihonteuses délations. Le reste du passage est d'une mauvaise foi qui confond. On n'a point demandé, dites-vous, les lettres de prêtrise aux insermentés ; et précisément, parmi un grand nombre de prêtres traduits devant les tribunaux, à Lyon et ailleurs, c'est par là que l'on commençait, comme on le voit par leurs interrogatoires. Il est vrai qu'on n'a pas demandé les lettres de jjrêtrise aux prêtres déportés ii Nantes; ou les a noyés. A Rochefort, on a tout pris aux déportés, leurs lettres de prêtrise, leurs bréviaires, leurs argent, leurs effets, et on en a fait périr cinq cents en quelques mois. Peutêtre le rédacteur trouvait-il que tout cela n'était pas atroce, parce qu'au fond les victimes n'étaient que des insermentés. Tout son article indique une haine prarondc. Nous ne ferons ))lus qu'une remarque sur cet incroyable passage, c'est que l'abbé Blein , grand vicaire d'Orléans , qui est présenté comme un chef de parti, était un saint prêt;e, environné de l'estime générale, et qui mourut universellement regretté, en 1805, après une vie toute consacrée a l'Eglise et aux bonnes œuvres.

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ses tcnijilcs formés, ses cérémonies inleidiies, ses ministres proscrits, tel clait l'étal où elle se Irouvait réduite partout, et qui semblait cire le présage de sa ruine totale. Cependant, à mesure (pie la Convention parut revenii* après la terreur à un système plus tolérahle, et cpiand elle fut (breée de rougir des excès passés, les vœux du peuple pour le libre exercice de la religion se manifestèrent de toutes paris, et de puissantes réclamations furent adressées à la Convention. Crégoire parait être le premier qui osa parler à la tribune en faveur de la liberté des cultes, le 23 décembre 1794, à l'occasion d'une discussion sur les fêtes décadaires. Il s'éleva contre la tyrannie exercée à l'égard de la religion et des prêtres ; il dénonça cet odieux vandalisme qui s'était acbarné à détruire les monumenls des arts et de la littérature. Son discours, qui excita plus d'une fois les murmures tles Jacobins, eut un grand retentissement au debors^ les journaux en donnèrent des extraits et le discours fut ensuite imprimé et se répandit de tous côtés. D'autres députés, Baudin, des Ardennes, Durand de MalUanne, Lambert, de la Cote-d'Or, publièrent des écrits dans le même sens. L'opinion publique se prononça fortement pour mettre un terme à d'iniques vexations: c est ce qui amena le décret du 3 ventôse an m (21 février), sur le rapport que fit le dépuléBoissy-d'Anglas au nom des Comités de salut public et de législation (l). Ce rapport était un long outrage à toutes les croyances. L'auteur, né d'une famille protestante, mais incrédule, à ce qu'il paraît, ou bien égaré par l'esprit de vertige si commun à celle époque, y affectait un profond mépris sur ce qu'il appelait

(1) [[Nous mentionnerons ici une loi qui avait été rendut- la veille, 2 ventôse (ou 20 février), parce qu'elle servit à purifier les éjilises de ces emblèmes qui rappelaient les orgies de 17113. On sait qu'à l'occasion de la fètc de la Raison , ou de la fête de l'Klre suf}iénte , on y avait etcvé d. s espèces de montagnes, qui constataient en même temps la domination du jacobinisme. I-a Convention décréta « que le monument élevé en forme de n montagne devant la maison nationale des Invalides, ainsi que ceux de ce » genre élevés dans toute l'étendue de la république seront incessamment » démolis et détruits. »]]

i26 ANNÉE 1793.

fanatisme et superstition. Son discours ne méritait guère l'honneur qu'il eut d'être envoyé à tous les départements (1)-, du reste, le projet de loi qu'il proposait fut adopté.

Nous donnerons ici le texte entier de la loi si importante du 3 ventôse (21 février 1795).

« I. Conformément à la déclaration des droits de » l'homme, l'exercice d'aucun culte ne peut être trou- » blé.

)) n. La république n'en salarie aucun. • )) m. La république ne fournit aucun local, ni pour )) l'exercice du culte, ni pour le logement de ses ministres.

» IV. Les cérémonies de tout culte sont interdites hors » de l'enceinte choisie pour leur exercice.

» V. La loi ne reconnaît aucun ministre du culte : nul ^» ne peut paraître en public avec les habits, ornements, » ou costumes affectés à des cérémonies religieuses.

» VL Tout rassemblement de citoyens pour l'exercice » d'un culte quelconque est soumis h la surveillance des » autorités constituées. Cette surveillance se renferme w dans des mesures de police et de sûreté publique.

)) VIL Aucun signe particulier à un culte ne peut être » placé dans un iieu public; aucune convocation publique » ne peut être faite pour y inviter les citoyens.

(1) [[Boissy-d'Anglas, si éloigné d'ailleurs par caractère d'appuyer la tyrannie de Robespierre, n'avait pas laissé d'applaudir avec un enthousiasme assez ridicule h la loi sur la fête de Y Etre iu}jrénie, et les autres fêtes nationales, dont on a vu plus haut l'institution bizarre [voyez page 334); il avait publié en ce sens un Essai sur les fêtes nationales : « Robespierre, y » dil-il, parlant de l'Etre suprême au ])euple le plus éclairé du monde, me » rappelait Or/j/ice enseignant aux Itotnmes les premiers principes de In » civi.Usalion et de la morale ; et j'éprouvais un plaisir inconcevable. »

A travers les impiétés grossières, dont fourmille son rapport sur la loi du 21 février, il importe de recueillir ce jugement qu'il taisait entendre au sein même de la Convention sur les actes de l'Assemblée coiislituaute relatifs à la religion. f< L'Assemblée constituante voulut créer, elle établit une » hiérarchie religieuse tellement combinée que la ferveur de certains scc- » taires crut y voir le retour de l'Église primitive: elle y joignit le /viwi » grand Jlémi qui puisse aceompngtuir une religion; elle laissa se former » un schisme, et elle ne sut jamais le réprimer. »]]

ANiNÉE l7f>,S. 427

» VIII. Les communes, ou sections de commune en )) nom collecllf, ne pourront ac(juéi ir ni louer de local » pour l'exercice des culles.

» IX. Il ne peut être formé aucune dotation perpén tuelle ou viapjèrC;, ni établir aucune taxe pour en » acquitter les dépenses.

» ÏX. Quiconque troublerait par violence les cérémo- » nies d'un culte quelconque, ou en outrajjerait les objets, )) sera puni suivant la loi sur la police correctionnelle.

» X. Il n'est point dérojjé à la loi du second jour des » sans-culottides, an il (I8 septembre 1794), sur les peu- » sions ecclésiastiques; et les dispositions en seront exé- )) culées suivant leur lorme et teneur.

)> XI. Tout décret dont les dispositions seraient con- » traires h la présente loi est rapporté 5 et tout arrêté » opposé pris par les représentants du peuple dans les » départements est annulé. »

[[La loi que rappelle et confirme le dixième article qu'on vient de lire, mérite ici une mention spéciale: elle réglait la position temporelle des prêtres vivant sur le sol français, soit qu'ils fussent assermentés, soit qu'ils ne le fussent pas, soit qu'ils lussent en liberté, soit qu'ils fussent en prison. Pendant les derniers jours du règne de la terreur, non-seulement on avait cessé de pourvoir aux frais du culte, puisqu'on avait fermé les églises; mais on avait même cessé de payer les pensions ecclésiastiques attribuées par la loi aux anciens bénéficiers et religieux, cessation d'autant plus révoltante, qu'un décret formel, celui du 2 frimaire (22 novembre 1793) accordait à litre <]e secow's annuel une subvention aux prêtres qui ahdi- (juaîeni leur état (l). Presque aussitôt après la révolution du 9 ibermidor, des réclamations s'étaient élevées, et la Convention y avait fait droit par une loi rendue le 18 thermidor (9 août 1794) : « La Convention, y est-il dlr, » inlurméc que les paiements qui, aux termes des décrets,

(1) Voyez h loi du 2 fiimairc, plus haut, pngc «(23. ^

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