‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 2)Chapitre 3 sur 21 · VISiNÉE · texte numérisé non relu

VISiNÉE

)) douter que vous ne compreniez de quelle importance il )) est de le détourner de cette fatale sanction, qui Técarn terait lui-même et ses peuples du royaume des cieux. )) Nous n'ignorons pas combien est déplorable sa situation » présente, exposée qu'elle est aux violences populaires : » mais les devoirs envers Dieu n'en sont pas moins im- )) muables-, il n'est permis, pour aucune cause, d'user en » ce qui les concerne, de dissimulations, quand même on M serait disposé à revenir à la fidélité, lorsque les circon- )) stances seront changées (1). «

Le roi ayant écrit de nouveau au Pape, quelques jours après la clôture de la discussion de la loi, et lui ayant proposé ses dillicultés par l'entremise du cardinal de Bernis, Pie VI lui répondit le 17 août, pour le louer de ce qu'il avait eu recours à l'autorité du Saint-Siège, puisqu'il s'agissait de matières sur lesquelles l'autorité séculière n'avait par elle-même aucune puissance, et pour l'avertir qu'il avait établi une congrégation spéciale de cardinaux pour l'examen de cette atfaire. On remarquera facilement ici la réserve et la discrétion du Pontife.

Cependant le comité ecclésiastique se lassa bientôt des délais que le roi mettait à faire connaître son acceptation. Il lui semblait que les démarches même que faisait le roi auprèsdu Saint-Siège compromettaient l'Assemblée nationale aifec le pouvoir spirituel, dont elle n avait pas cru le concours nécessaire (2), puisqu'elle avait retranché de la constitution civile l'article du projet qui avait rapport à ses droits 5 il envoya donc députation sur députaiion au monarque pour le presser. Une première fois, le garde des sceaux, archevêque de Bordeaux, demanda huit jours pour satisfaire le comité. Les huit jours expirés, le comité

(1) Les deux archevêques répondirent prnmptement au Pape, (et lui promirent de faire tout ce qui était en leur pouvoir. « Non, disait l'archevêque I) de Vienne, je ne ferai pas descendre mes cheveux blancs au tombeau, » avec la honte d'ax'oir abandonné ou trahi ma foi. » Colleclio Drei'ium PU FI, page 1 1 .

(2) Histoire apologétique du comité ecclésiastique, par Durand de Maillane, page 83. Pour la suppression de l'article, voyez plus haut page 7.

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charfjca son président, qui c'-iait alors Durand de Maillanc, de rappeler au garde des seeaux sa promesse, et de lui marquer que le comité ne pouvait plus s^ empêcher défaire part à i Assemblée des plni/ilos quil recevait de toutes parts sur le défaut de publication. Cette fois, le {jarde des sceaux répondit que, sur les instances du comité ecclésiastique, le roi s'était déiermiué à donner les ordres nécessaires pour la publication (l). En effet, cet acte qui coûta des regrets si amers à Louis XVI, est daté du 24 août (-2).

(1) nistoire apologétique du comité ecclésiastique, par Durand de Mailianc, page 83.

(2) On a beaucoup rcijrocliti à rarclicvt'fjne de Bordeaux et à l'ancien archcvtM|iic de Vienne d'avoir concouru à la sanction et h la ]>roiiiulgation de la constilution civile du clirgi';.

Il est (lillicile d'excuser le premier, qui, en sa (|ualité de jjarde des sceaux, prit part à la publication de la loi ; et crut apparemment pouvoir, comme niinislre, concourir à une mesure qu'il condamnait comme évê(|ue, ainsi que le prouve l'adhésion donnée pas lui à V Exposition dts principes. Peu de jours après, le 10 novembre, une deputation de la Commune de Paris, ayant pour orateur le fameux Danton , vint dénoncer à l'Assemblée nationale les ministres du roi, et en paiticnlier le garde des sceaux. On suppliait l'Assemblée de déclarer au roi que ses ministres étaient indignes de la conjiance de la nation, et de les mettre en accusation. Un des griefs contre l'archevêque de Bordeaux était d'avoir retardé l'exécution de plusieurs décrets, notamment de celui qui ordonnait une information contre Ws cotitre-ré^'olutionnaires de Monlaiiban [vo)cz tome ^', page 439]. La pétition fut accueillie, et les ministres donnèrent leur démission. M. de Cicé remit les sceaux le 22 novembre.

Quant à Lcl'ranc de Pompignan, il paraît avoir été étranger à la détermination du roi. 11 était tombé malade dès le 17 août; il ne parut j)lus au conseil, et même ne sortit plus de son appartement jusqu'à sa mort. L'abbé Eiuerv, dans le discours preliminruTe qu'il a placé en tète des Lettres de Pontpignan il un évtque, a défendu solidement sa mémoire contre Bariuel, et d'autres auteurs, qui l'accusaient de faiblesse relativement à la constitution civile. Il y expllcjuc pourquoi l'ancien anrhevêque de Vienne n'a pas cru devoir publier alors le bref qu'il avait reçu du Pape. Les considérations qui, à cette époque, obligeaioit ainsi le Pape lui-même à être si circonspect, et à garder ce silence, sur lequel il s'excuse dans plusieurs de ses brefs, pouvaient également einpèiliïrlc prélat fiançais de publier une pièce qui lui paraissait devoir accroître l'irritation des esprits.

Lefranc de Pompignan mourut le 20 décembre. Le président de l'.Vsseniblée uationale ayant proposé d'envoyer une deputation à ses obsèques, cette motion n'a eu aucune suite. « On a déjà oublié, dit le Mercure, 8 jan- » vier 1781, que ce prélat fut porté à la présidence de l'Assemblée aux » acclamations des communes et du clergé dissident, à la tète duquel il » s'était réuni au tiers Etat. »

Le roi faisait en même temps connaître à l'Assemblée au il prendrait des mesures co/iuenables pour assurer la pleine exécution de ses décrets. C'est qu'en effet il continuait à faire auprès du Saint-Siège d instantes démarches pour oblenir des concessions qui, dans sa pensée, concilieraient les intérêts de l'Eglise avec ceux de l'Etat. Après l'acceptation , il pressa de nouveau le Pape d'user de tous les ménagements que permettraient les circonstances (l). Nous donnerons plus bas quelques détails sur les suites de cette négociation, à la fin de l'article concernant le décret du 24 novembre 1790 relatif au serment.

— Le 30 octobre. Publication faite pak les évêques, DÉPUTÉS A l'Assemblée nationale, de x!Exposition des principes sur la constitution civile du clergé. Opposer une réclamation authentique et éclatante aux innovations de l'Assemblée était devenu un devoir urgent pour les évêques : il leur était impossible de laisser ignorer aux fidèles les raisons qui les empêchaient de concourir à une loi dont l'exécution allait porter le trouble dans toute l'Eglise de France. M. de Boisgelin, archevêque d'Aix, l'un des prélats les plus distingués qui siégeassent à l'Assemblée, fut chargé par ses collègues de ce travail 5 et il sut défendre les droits de l'Eglise, sans plaintes, sans amertume, et avec une modération et une solidité qui eussent peut-être ramené des esprits moins prévenus. \J Exposition réclamait la juridiction essentielle à l'Eglise, le droit de fixer la discipline, de faire des règlements, d'instituer des évêques, et de leur donner une mission, et elle prouvait avec évidence que les nouveaux décrets lui ravissaient en entier des droits si essentiels. Le raisonnement y était appuyé par les autorités les plus respectables, et par une

(1) M. Picot a inséré, dans VJmi de la religion, tome XIII, deux pièces écrites de la main de M. de Lessart, qui furent trouvées dans l'armoire de fer, et qui figurent au procès de Louis X FI : ce sont deux projets différents d'une lettre que le roi aurait écrite au Pape après l'acceptation de la Constitution. On ne sait lequel des deux a été envoyé a» Pape.

Il est prol)al)lc que le roi n'accepta la constitution que dans l'espoir du succès de la négociation.

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roule (le ténioip,n;i[yes qui |>ronvaicn( nvcc évidence que la CuiisliUilion élair ()j)|)o.s<''e aux principes reconnus dans tous les siècles. Klle n'ouLliail |)as de se plaindre de ces décrets qui suppriniaienl lanl de monastères, (pii fermaient des retiailcs encore souvenl consacrées à la piélé, cjui prétendaient anéantir des piomesses faites à Dieu, qui apprenaient à jiarjuier ses sernients, et qui s'eiroreaient de renvcrseï- des barrières que la main de Thomme n'a point posées. Les évéques demandaient, en finissant, (ju'on admiî le concours de la puissanf;e ecclésiastique pour lé.'jjiliiiicr les chauj^emenis (jui pouvaient être nécessaires ( 1). <i [[Nous voulons, disaient-ils, connaître le vœu de TE- )) pdise , afin de rétablir un accord nécessaire entre la » jrùissance civile et la puissance ecclésiastique, et de M maintenir par leur union le repos des consciences et la

» tranquillité publique Nous avons demandé la convo-

)i cation d'ini concile national : nous avons réclamé, selon » les formes a!iti(|ucs de TKf'lisc jTjillicane, le recours au )) chef de lEylise universelle. Nous avons déclaré ne pon- » voir participer en rien, dans l'ordre des objets spiri- ) tuels, à des délibérations émanc'es d'une puissance pure- 1) ment civile, (\iù ne peut pas s'étendre sur la juridiclion » spirituelle de l'Eîjlise (2). Nous avons réclamé, pour les » objets purement spirùuels, le recours aux formes cano- » niques, et poui' les objets ////.r^e.9 le concours de la piiis- » sance civile et de la puissance ecclésiastique. Nous avons » refusé le serment sui' tout ce qui concerne les objets spi- ') rituels, dépendant de l'autorité de l'Eî^lise (^.\). Nous » avons enfin demandé que l'Assemblée nationale suspenî) dît rex'écutiondes décrets dans les départements, jusqu'à » ce que l'Eglise eiU maiiifesté son vœu par la voix de son

1) [[l,'iil)i)ii(laiu'e (les initii-ics nu't ol)s(aclc à ce que nnus donnions nne p'.iis grande ((cndiic à riin:ilv.(' de cette iiistrnclion, nn des plus l)cau.v nioniinunls qn'ait ])rodnits l'cglise "allicanp, à la lin du dernier siècle. La Icc- (urc de ce docninent est comme indispensable à ceux (|ni veulent i'iiistniire. solidement sur ces matières.]]

'2) AVjt'c le discours de l'itrdievèiinc d'Aiv, pli'.s liaiil, page i.

(3) IbiHein, i)agc i'8.

M chef visible, ou que les formes canoniques eussent élé )) remplies, selon réconomie de sagesse et de charité qui » dirige l'exercice de son pouvoir. II n'y a pas de moyens )) légitimes d'examen, de conciliation et de décision, que » nous n'ayons proposés; et nous aurons du moins l'avan- » tage de n'avoir rien négligé pour le maintien des prin- » cipes dans les dispositions d'un ministère de concorde » et de paix.

» Telles semblaient avoir été les dispositions même du ^ )) comité, rédacteur des décrets : c'est parce qu'il avait » reconnu la nécessité des formes canoniques, qu'il avait )) proposé de supplier le roi de prendre des mesures néces- » saires (l) :•.• les mesures proposées étaient celles qui » dépendaient d'une autre puissance que celle de la nation )) et du roi. Telles furent les intentions du roi, quand prêt » à donner sa sanction, il annonça qu'il prendrait les me- » sures nécessaires pour V exécution des décrets. Sa Ma- » jesté crut devoir instruire le chef de l'Eglise, consulter )) l'Eglise par sa voix, et provoquer sa réponse. La demande » que nous avons faite d'attendre sa réponse, cettedemande, )) conforme aux règles, ne contredisait aucun décret pro- )) nonce par l'Assemblée nationale : l'Assemblée n'a point » exclu, elle ne pouvait exclure le concours de l'Eglise.... ^) Nulle loi, ni ecclésiastique, ni civile, n'a révoqué les lois » de l'Eglise ou de l'Etat, sur les principes de la juridiction » de l'Eglise.... Pourquoi l'Assemblée n'a t-elle pas déclaré » l'incompétence de l'autorité que nous avons réclamée, si )) l'Assemblée n'a pas de doute sur sa propre autorité? C'est » parce qu'elle a le sentiment des droits de l'Eglise qu'elle » reste dans le silence. Nous n'offensons pas les droits de )) de la puissance civile, quand nous ne reconnaissons pas )) ses droits sur une juridiction spirituelle qu'elle ne s'at- » tribue pas à elle-même. Ce n'est pas la constitution ecclé- » siastique sur laquelle elle a cru pouvoir porter ses dé- )) crets-, elle n'a voulu décréter que la constitution civile

(1) Voyez la discussion sur cet article du projet, plus haut, page 7.

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)) du cltTî^c, (liins un Kl;il dont les lois .idoptak'iil lu rflij'ion M callioliquo comme la rclijjion de llMal. C'eal lu consli- » laitiou purenicnl civile qui dépend de la puissance pnre- » ment civile : c'est renscigiienienl di; la liji, c'esl l admi- » nistralion des sacrements, c'est la juiiidiictiou purement

» spirituelle, qui dépend de la puissance ecclésiasiicpae

» Nous voulons éviter le schisme; nous voulons emplover )) tous les moyens de la saf^esse et de la chai'ilé pour pré- )) venir les troubles dont une déplorable scission peut devc-

)) nir rouvrajje Nous pensons que notre premier devoir

» est d'atlendie avec confiance la réponse du successeur » de saint Pierre, (jui, placé au centre de l'unité calho- » lique et de la conuiiunion, doit être l'interprèle et 1) l'organe du vœu de l'Eglise universelle.]] »

Ce document si grave et à la fois si modéré, parut le 30 octobre, avec la signature de trente archevêques ou évoques, députés à l'Assemblée nationale : c'étaient tous ceux qui y étaient alors prc'sents, à l'exception de Tallevrand. évèque d'Autun, de Lai'ont d<i Saviues, évéque de Viviers, et de Gobel, évèque de Lydda, dont la défection devint bientôt après publique: (mais- l'évèquc de Lydd*i, suiï'raganldcBùle, n'appartenait pasà l'Eglise gallicane). Dansles jours suivants, les autres évèq^ues de France, au nombre de cent quatre, donnèrent successivement leur adhésion la plus expresse à cette protestation authentique : sept évèqucs étrangers , dont les diocèses comprenaient (juelque portion de la France, y joignirent leur souscription : il n'y eut , en outre des deux évèques français membres de l'Assemblée nationale que nous venons de nommer, que deux autres prélats, Loménie de Bi ienne, archevêque de Sens, et de Jarente, évéque d'Orléans, qui se séparèrent de leurs collègues. V Exposition devenait ainsi le jugement de toute l'Eglise gallicane.

Avant de rendre public un acte si important, les évoques l'envoyèrent au Pape. Pie M, quelques mois après, s'exprimait ainsi à ce sujet : (( Ce qui nous consolait au )) milieu de tanld'angoisses. c'était la fermctéavcc laquelle

» la plus grande partie des évêques de France résistait )) à 1 constitution dans tous les points qui concernaient le )) gouvernement de l'Eglise. Ce fut pour nous un nouveau » sujet de consolation, lorsque trente archevêques et évê- )) ques, recoururent à nous par leurs lettres du 10 octobre ■» pour chercher un remède à de si grands maux, lorsqu'ils » nous enxo^èrentV Exposition des principes sur la consti- » tution cii^ile du clergé, souscrite par chacun d'entre eux 5 » et lorsqu'ils nous demandèrent, comme au père et au )) maître commun, nos conseils et notre secours, avec une » règle commune qui pût les tranquilliser. Et cette con- » solation s'est encore accrue, lorsque nous avons vu tous » les autres évêques du royaume, à l'exception de quatre » dissidents, adhérer à celte Exposition, et qu'ensuite à » un nombre si considérable d'évêques se sont unis une )) multitude de chapitres, ainsi que la majorité des » curés, de telle sorte qu'acceptée avec cette unanimité )) de sentiments, V Exposition était véritablement la doc- » trine de toute V Eglise gallicane (l). »

Du reste, avant même la publication de V Exposition, déjà plusieurs évêques avaient élevé la voix et donné sur cette matière importante des instructions plus ou moins développées. L'évêque de Toulon avait publié un mandement dès le 1" juillet. Le 12 du même mois, M. de Bausset, évêque d'Alais, qui fut depuis si célèbre par ses beaux ouvrages, avait réclamé contre la suppression de son siège. L'évêque de Quimper, qui mourut le 30 septembre, avait déposé, dès les premiers jours de sa maladie, dans les mains du procureur syndic du département, une protestation contre la constitution civile. Parmi les instructions

[{) Bref du 13 avril 1791.

Quelques jours après la publication de ['Exposition, un député (Camus), ayant reproché aux évêques de s'être isolés des curés, et cet écrit ayant été souscrit par vingt-sept députés ecclésiastiques, aussitôt cent-six curés et autres ecclésiastiques, députés, firent paraître, le 19 novembre, une déclaration dans laquelle ils adhéraient d'esprit et de cœur aux principes de l'Exposition. On remarque dans la liste les noms des abbés de Pradt, Chevreuil, GouUard, Maury, de Montesquiou, Privât, etc.

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pastorales qui parurent alors, une des premières qui firent sensation fut celle que pul)Iia, sous la date du 14 octobre, M. Asseline, évèque de IJoulojjue, sur l'autorité sj)iriluelle, et qu'adopta, peu après M. de Jui.fjué, archevêque de l'aris. Successivement ces réclamations devinrent générales : Les premiers pasteurs se firent un devoir de tracer au clergé et aux fidèles la conduite qu'ils devaient tenir dans ces circonstances. Dans le nombre, il est impossible de ne pas signaler l'instruction pastorale donnée le 8 avril 1791, par M. de la Luzerne, évéque de Langres, Ir-ès-précieusepar les détails pratiques dans lesquels entrait le prélat (1).

Qui ne voit que, si l'Assemblée nationale eût eu pour la religion catholique le respect sincère qu'elle afTeclait de professer, cette unanimité des pasteurs l'eût nécessairement arrêtée au moment de consommer le schisme : mais on voulait l'abaissement du clergé, l'asservissement de l'Eglise, la destruction de tant d'établissements utiles. On appelait sur les prêtres le mépris des peuples; on provoquait contre eux les délations et les calomnies : ou avilissait la religion par toute sorte de moyens. On résolut

(I) Le clergé du second ordre s'associa :i ces réclamalions. I^es ehapiues de Paris, de Lyon, de Besançon, de Tours, de Bayeux, de Saint-Oiien, de Nîmes, du Mans, de Buuloi^ne, de Soissons, de Bczi( rs, de La Rodulle, de TaiLes, de QuiinpiT, de Saiiit-lii ieux, de Mantes, de Digne, de Strasiionrg, publièrent des proteslations que l'ahhé Gnilion a recueillies dans sa Colleclion ecclésianliiiiif, tome \IV, page 217 et suiv. On y trouve aussi des adhésions d'un grand noniljre de cures au jngenuiit des evèques, entre autres une déclaration signée de deux cent trenle-un curés et autres prêtées du diocèse de Bordeaux, eu date des 19 et 20 janvier 1791 ; une lettre motivée des cures de Bordeaux aux officiers municipaux ; une adhésion du clergé du diocèse de Rennes à l'/;'.r;»05i/i<)H des i<iincinfs, signée par deux cent vingt-six ecclésiasti(iues , tune adhésion senihialiie du clergé du diocèse de Saint-Malo, souscrite par rois cent quarante-un prêtres; une autre adhésion de qur.trc-vingt-sept curés, vicaires et antres préircs du Terche ; une declaraliou des cures du Mans, une lettre des curés <le Saintes ii leur évé.p.e ; une déclaration de cinquanteneuf cuvés et autres ecclésiastiques de la pa.tie haneaise du d.ocese de Spire, en adhésion au mandement d'Auguste de Leinl.onrg-blynien. eve<,ue de Spire, prévôt de NVeissen.Lonrg, en date du iG mai 1791. Plusieurs de ces déclarations discutent avec étendue les de. rets, et en n.ontrent 1 incompétence ou les funcsl( s suites.

donc cFaller en avant; et c est ce qui détermina la majorité de l'Asseinblée aa.x actes qu'on va voir.

— Le 27 novembre. L'Assemblée nationàie bécuète

QUE L*;S «ecclésiastiques en rOKCTIOMS QCI KE PRÊTERAIENT PAS SERMENT A LA CONSTITUTION SERAIENT HEMPLACÉS. En

dépit des réclamations des évéqucs, on niellait à exécution la Constitution cwile du clergé. On la signifiait dans les provinces aux évèques et î!ux chapitres, et on les sommait d'y adhérer. L'évéqne de Clermont essaya, le 1 1 octobre, de faire enlendre à l'Assemblée les conseils de la prudence: il proposait de surseoir à l'exécution des décrets jusqu'à ce qu'on eût reçu la réponse du Pape auquel le roi avait écrit: il faisait sentir que 1 équité, les convenances, la paix des consciences conseillaient également de s'entendre avec le chef de l'Eglise. On ne voulut pas même entendre le vénérable évéque. Le parti dominant voulait un, bouleversement général. On envahit les églises cathédrales et collégiales ; on défendit aiax chapitres d'y faire les olHces : souvent même il fut iîiterdit aux fidèles de venir y prier. Plusieurs administrations locales, pour montrer leur zèle, aggravaient la rigueur des décrets par des mesures brutales. L'abbé Maury réclama en vain, dans la séance du 17 octobre, dans un discours plein de force et d'énergi«, en faveur du clergé d'Alsace que l'on voulait dépouiller de ses biens, dans une province où le clergé luthérien avait obtenu de conserver les siens (l).

Peu de jours après eut lieu, en Bretagne, la première élection d'un évêque constitutionnel. Le siège de Quimper était devenu vacant le 30 septembre, par la mort du légitime évêque. Le 31 octobre, l'élection fut faite selon les formes bizarres de la nouvelle loi ; et le curé Expilly, qui avait pris part à la constitution civile du clergé, en qualité de membre du comité ecclésiastique, réunit les suffrages. C'est pour lui faciliter l'intrusion, qu'il fut décrété,

(i) OEjutcs (le Maury, tome ÎV, pagp 417.

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le 14 novrnibre, que sur le relus des évèc|ues de Tarrondisscmeiit, relu pourrait èlre euvoyc à luui dutic ê\'c(/ue pour recevoir de lui la uiission et la couliiiualion (1). Bienlôt après, ou ajouta que la coust'craliou pourrait èlre l'aile dans telle église que le consécrateur jugerait eouvcble de choisir, sans (/u il fût tenu de dernaniler la permission à lévéque du lieu (i). Nous verrous bieutôi mettre à exéculiou des lois qui reuversaient aussi évidemment tous les principes.

Déjà ou avait décrété que les évèques cl curés maintenus eu loïictious, tlevraieut, o^^ant de loucher /eui traitement, prêter serment de maintenir la corislitution (3). Mais celte mesure, toute tyrannique qu'elle était, ne suffisait pas à l'animosité d hommes ennemis du clergé et avides de consonuner le schisme. Le 26 novembre, le député Voidel (il un rapport au nom de quatre comités réunis (4) : il se plaignit amèrement de la conduite du clergé, et la qualifia de révolte : il tourna en ridicule les réclamations des prélats, et prétendit les réfuter, tantck par des déclamations, tantôt par des plaisanteries, tantôt par les principes insoutenables du comité ecclésiastique: enfin il proposa un décret portant que les évèques et les curés, dont les sièges et les cures étaient conservés et qui étaient absents, seraient tenus de rentrer dans leurs diocèses cl cures dans un délai fixé, qu'ils y prêteraient serment de maintenir la nouvelle constitution, que ceux qui ne le feraient pas seraient censés avoir renoncé à leurs offices, et qu il serait pourvu à leur remplacement', que, de plus, .ils perdraient leurs traitements et pensions-, et (jue s'ils continuaient d exercer leurs fonctions, ils seraient

(1) Voyez le précis de ce décret, plus haut, page 16.

(2) Décrtt (lu 21 février et du 6 mars 1791.

f-3) Vmjez le décret du 24 juillet, plus haut, page 2-3.

{4) Durand de Maillaue, dans V Histoire o/julagctique du contilc ecclésiastique, page 123, assure que la proposition du serment n'est pas tant l'ouvrage du coniilc ecclcsidsliqiie que de plusieurs comités réunis et présidés par le coniile des rechei cites.

poursuivis coi/wie perturbateurs du repos public. Celait là une manière fort expédilive d'expulser les titulaires dont on prévoyait le refus, et il était dillicile de se jouer plus ouvertement des droits de l'Eglise. La discussion s'ouvrit aussitôt sur ce projet. L'évéque de Glermont renouvela ses précédentes représentations, qui ne furent pas mieux accueillies. xMirabeau, qui parla après lui, fît une sortie violente contre le clergé : il signala la résistance comme un crime, se plaignit des abus de la confession et du trop grand nombre des prêtres, et laissa entrevoir la mesure de déclarer vacantes toutes les places ecclésiastiques conférées sous l'ancien régime, pour les soumettre toutes à l'élection. [[On peut se faire une idée de la science tbéologique que Mirabeau mêla à ces déclamations par un seul incident. Cherchant à prouver que tout évétjue avait par son ordination une juridiction qui n'était circonscrite par aucune limite, et que le pouvoir civil pouvait appliquer à son gré, il préfendit que tel était le premier article de la Déclaration du clergé de France, en 1682. Adroitement interpellé par Alaury sur cette citation, il Tadirma de nouveau, et prêta ainsi à son redoutable adversaire l'occasion d'une victoire trop facile.]] L'abbé de Montesquiou, qui lui succéda à la tiibune, essaya en vain de faire entendre la voix de la modération, et de porter l'Assemblée à tenter du moins des moyens de modération, avant d'en venir à une persécution ouverte.

Dans la séance du lendemain, Camus combattit avec aigreur V Exposition des principes, et plus spécialement la proposition de recourir à Rome : il soutint, en bon janséniste, qu on n'avait aucun besoin des concessions du Pape, et que si la nation avait le triste poui'oir de rejeter la religion catholique, l'Assemblée, qui selon lui représentait la nation, pouvait bien supprimer des évécbés()).

(1) [[Camus fil depuis iinpriiiur son 0|iinioii avec des clcvclf)])[ieiiu'!i(s ; et il expliqua la |)ro|)Ositioii tiicc plus liaut dans ce sens que ce liisic jniin'oii ii'élail que celui d'cli e coii]:al>lc. Ce qui causa un j^raud scandale, t'est que l'ccrit de Camus portait la siguainre de vingt-sept ecclésiastiques de l'Asscm-

AN.M^t: 1700. il

Mauiy entra ensuite en liée, et son disconrs, qnoiqne improvise, est nn des plus élocjucnis el des pins solides qu'il ail prononcés. [[Après avoir l'ail sentit eoinhien ilétail juste d aceorder au clerjjé le délai (pTil avait dentandé pour consulte;!" le l'ape, il démontra avec; elai-K' coudnen la lucsure proposée était tyiaunique el injuste. « Cinnuient. » disait- il, la cliauie des pasteurs se perpctucrail-clle, ^l » le ininislère pastoral était anjovible, s'il reposait sur des » bases toujours vacillantes; si les liens sacres des ("amillcs » sj)iriiue]les entre le j)astein- et ie lrou]jeau, étaient dis- )» solubles an jjré des puissances teaijiorelles, si l'on pou- » vait exclure ai'bitrairenient des éjjlises les évéqncs et » les curés, qu'une iuslilution canonicjue v a })lacés?... » Par quelle inconcevable coniradielion voudriez-vous » nous soumettre à ces dépositions arbitraires, après avoir » mis la stabilité de tous les autres états sous la garantie » tutelaii'e de la loi;' Quoi ! vous avez décrété qu'un sous- » lieutenant ne pourrait pas être destitué de son em|)loi » sans le jugement prc'-alable d'un conseil de [jueire; vous w prétendez refuser la même inamovibilité el les méines )) garanties judiciaires à vos pasteurs. C est la conséquence » immédiate de la parité de vos décrets que nous récla- » mons, en demandant (jue l'on ne puisse pas ériger ou » supprimer nos lilres sans recourir aux formes canoni- » ques. Les formes de la loi sont la protection, ou plutôt la » propriété commune de tous les citoyens. Comment » voulez-vous que nous reconnaissions la lé;",ilimité de » ces despotiques dépositions, qui feraient de tous vos pas- » leurs des mercenaires, livrés, de leur propre aveu, à la )) merci de toutes les baines, de tous les caprices, de tous » les cbangemenls administratifs, qui compromellraienl » cbaque jour leur existence lé.jjale:'... Le dernier des » citoyens retiré dans son liumble cabane ne peut en être )) cbassé sans un jufrement lépal. Telle est la forme sacrée

l)U-c, qui (Icclaraitnl icfoniKiàii- dans les assertions de l'iiutcur, des vériu.> conloiuKs il la foi el ;i la dnciiilinc. /'oyez tni- cil iiieidciit les Olùn'ies (/<• Mam-\ , (oiae III, pa-c 'iSl et la iV'./c ajoiuéc par Maiirv, à son discours. ]l

» des voies de droit, auxquelles on ne peut substituer que » des voies de fait; et ce sont des voies de fait que vous )) prenez pour écarter par la force des titulaires qui n'ont » pas encore été juf^és! Si l'on supprime un seul évêché ■» sans suivre les formes, il n'y aura pas un seul prélat 1) qu'une nouvelle loi ne puisse déposer demain. »

L'orateur ne se contenta pas de réfuter tour à tour, et d'une manière écrasante, Yoidel , Mirabeau, Camus, de Menou ; il attaqua en particulier avec une puissante énergie le comité ecclésiastique, et il mit à nu toutes les entreprises tyranniques de cette bweaucratie plus redoutable et plus despotique mille fois que celle qu'on avait reprochée au gouvernement : « Votre comité ecclésiasti- « que, où je ne vois pas un seul évoque, et où l'on trouve » à peine un petit nombre de curés, connus par la haine » qu'ils ont vouée au clergé, exerce tous les jours une pié- » rogalive qui n'appartient pas à l'Assemblée nationale » elle-même. Non, messieurs, vous n'êtes pas autorisés à » correspondre individuellement et législativement avec » les citoyens. Votre comité ecclésiastique ne cesse point » d'exciter la fermentation la plus dangereuse dans toutes » les parties de l'Empire, en correspondant sans mission )) avec les bénéîiciers, avec les corps ecclésiastiques, avec » les municipalités et les départements. C'est lui qui ose V leur transmettre desordres que vous n'avez pas ledroitde )) donner. C'est lui qui, par l'organe d'un chef de bureau, » qu'il appelle fastueusemeiit son président, a écrit aux » corps administratifs : Osez tout contre le clergé ; vous

)) se/^ez soutenus C'est votre comité ecclésiastique qui a

« usurpé le pouvoir exécutif. C'est lui qui s'est chargé de » faire exécuter vos décrets sans vos ordres; qui a pré- » venu la réponse du Saint-Siège, que vous sembliez » attendre avec tant de modération ; lui qui a provoqué les » persécutions et les soulèvements populaires qui vous » sont dénoncés; lui qui a aggravé la rigueur de vos dé- » crets , en enjoignant aux municipalités de fermer les » églises des chapitres, d'interdire aux chanoines l'habit

ANNÉE 17911. i:î

)) canonliil, l'cnlrée tlucliœur, et les fonctions ilc la prière .) ])ubli(juo. Qu'il parle ce comilé, el qu'il nous dise en )) vertu (Je quel droit il a donné de pareils oidres; qu'il )) nous dise quel est le décret qui l'a aulorisé à renouveler » les horreurs des Iluns et des Vandales, en condanuianl » à la solitude d'un vaste désert ces sanctuaires, d'où les » lévites sont bannis comme des criminels d'Eial, et autour » desquels les peuples consternés viennent observer avec » une relipjieuse terreur les ravages qui attestent votre » terrible puissance, comme on va voir, après un orage, )) les débris d'une enceinte abandonnée, qui vient d'être » frappée par la foudre. Je bénirai à jamais le jour où il » m'a été enfin permis de soulager mon âme du poids )) d'une si accablante douleur, en vous dénonçant ces abus )) d'autorité, ces excès de rigueur ajoutés à tant d'autres )) rigueurs ; ce luxe de persécutions, qui a dicté ces paroles » par les(iuelles la haine, aprèsavoir épuisé toutes les ven- » geances, semble encore implorer contre nous de nou- » veaux oppresseurs, en promettant impunité à tons ses » complices : Osez tout contre le cierge, vous serez sou- )) tenus ! »

Après le comité ecclésiastique, le comité des recherches, auteur de la nouvelle loi, ne fut pas moins vigoureusement stigmatisé. « A quels agresseurs nous livre-t-on pour en- M gager devant vous un pareil combat ? C'est au nom du » comité des recherches, c'est-à-dire d'un comité qui s'est » hundjlement institué lui-même le légataire universel de » l'inquisition et du despotisme, d'un comité qui ne nous )) a jaiiiais donné que de fausses alarmes; qui ne nous a » jiamais parlé qu'avec le délire de la peur et la partialité » de la calomnie, que l'on ose dévouer aujourd hui tout le » clergé de France aux fureurs du peuple — Les accusa- )) lions vagues, les injures en épithètes que le rapporteur » s'est permises, ne méritent pas l'honneur d'être confon- )) ducs en détail : il sullit de les dénoncer à la nation, » qui tôt ou tard en fera justice. » Entrant ici dans la discussion des accusations que le rapporteur avait diri-

4i AiYNÉE 1790.

gées contre l'évéque de Nantes, et rarclievêque de Paris, victimes l'un et l'autre des passions populaires, Maury faisai t ressortir tout ce que de semblables poursuites avaient d'odieux dans les circonstances.

Il n'épargna pas davantage la majorité de l'Assemblée nationale elle-même ; et ramenant ses regards sur le passé, il l'obligeait à se reconnaître dans un tableau, qui n'était que trop fidèle. « J'observe, messieurs, qu'on ne » vous a jamais demandé directement aucune destruction . M le grand art de la majorité de cette Assemblée consista M toujours à apprivoiser les esprits par des décrets prépa- » ratoires qui n'annonçaient rien de sinistre, mais qui » n en conduisaient que plus sûrement au terme caché » où Ton voulait arriver. L'histoire des délibérations re- » latives à nos biens nous fournirait des exemples mémo- )) râbles de ce système dont je vous révèle la savante per- » fidie. On voulait d'abord consacrer le principe que les » possessions ecclésiastiques étaient à la disposition de la » nation: il n'était question ni de la propriété de nos » biens, ni encore moins de leur aliénation. Mais après » vous avoir arraché ce décret vague, on l'a commenté » avec toutes les subtilités de l'esprit d'invasion, et en- » suite on a mis tous les domaines de l'Eglise à l'encan.... » La même marche avait été tenue par l'Assemblée en ce qui regardait les ordres monastiques et la suppression des bénéfices; la question qui était actuellement débattue, offrait à l'orateur un nouvel exemple.

Jl terminait en rendant un hommage solennel aux évêques français insultés sans pudeur; il déclarait que le clergé du second ordre reconnaissait la justice et léquité de leur gouvernement, il promettait au nom de tout ce que la France comptait d'ecclésiastiques vertueux qu'on ne les verrait pas se séparer de leurs chefs : « Qu'on ose » donc nous vexer, s'écriail-il , en nous demandant des » serments contraires à nos principes : nous retrouverons » cette énergie de courage qui ne compte plus pour rien )) le sacrifice de la fortune et de la vie, quand il faut

ANNÉE 1790. io

\) s'immoler nu tlovoir. Prencz-y jjardc , mossicurs, i! esl )) dangereux de Caire des martyrs; il est danj^creUN de » pousser à bout des hommes qui out une eonseieuce, des n hommes qui sont disposés à rendre à César ec rpii esl à » César, mais qui veulent renche à Dieu ce qui esta Dieu ; » et qui en préférant la mort au parjure, vous prouveront » que, s'ils n'ont pas été assez heureux pour se concilier )) votre bienveillance, ils savent du moins mériter et » forcer votre estime. Je conclus à l'ajournement de la » motion juscju'à ce (jue le roi ait reçu la rc'ponse du Sou- » verain Pontife, seul juge comjK'lent que nous puissions V) reconnaître en matière de discipline, spécialement lors- 1) qu'il s'agit d'ériger ou de supprimer des sièges épis- » copaux en France (1). »]]

On n'avait pu opposer à l'orateur que des murmures, des cris, et toutes ces manœuvres qu'il avait signalées, et par lesquelles on entretenait l'agitation des tribunes : on était dans un temps où les passions l'emportent toujours sur lamour de la justice et de la vérité: l'Atjseudjlée ado|)ta la proposition de Voidel. H est très-important de peser les termes d'un décret qui a eu tant d'influence sur les destinées de l'Eglise de France. « I. Les évè([ues, les ci-devant arche- )) vèques, les curés conservésen fonctions, seront tenus, s'ils » ne l'ont déjà fait, de prêter le serment auquel ils sont » assujettis par l'article XXX du décret du 24 juillet der-

(1) [[On a reproché à ce nin^niri(|iic discours, de n'avoir poiiil garde, dans une occasion trili(|ue, une niodéralion ([ni aiiiiiit peut-t'lrc i.rvclc les mesures p/oposcci. [Histoire de l'Eglise <le France fendant la [réi'oliiiion , par M. Jager, tome II, page 63.) IVous doutons (|iic cette réflexion convienne aux circonstances, oii il fut prononcé ; il ne s'agissait pas alors ])our l'oralciir de persuader une majorité qui avuit pris son ]):irti , mais de laiie en face de la n;ition une i)rolestation énergi(|ue (|ui confondit les oppresseurs: une tâche aussi dilTicile, au milieu des embarras de tout genre, fut rarement aussi bien remplie. On ne peut trop recomuiander de lire le discours en entier dans les OEux'res de Mnttry, tome IV. Si l'orateur l'a revu à loisir, il est certain (|u'on en trouve tous les principaux tiaits dans les auteurs qui ont copie le Moniteur, par exemple dans V Histoire parleiitentaire de >f . liiichc/., tome VIII.

On irouvcrn, dans V Histoire citée de M. Jng'r, une analvsc plus longue de toute la discussion sur le serment.

» nier, et réglé par les arlicles XXI et XXXVIIl, de celui >) du même mois concernant la constitution civile du )) clergé (l). En conséquence, ils jureront, en vertu du )) décret ci-dessus, de veiller ai^ec soin sur les fidèles du » diocèse, de la paroisse qui leur est confiée, d'être Jidèlcs )) à la nation, à la /o/, et au roi, et de maintenir de tout ■)■) leur poussoir la constitution décrétée par l'assemblée na- » tionale et acceptée par le roi (2)-, savoir ceux qui -sont » actuellement dans leurs diocèses ou dans leur cures dans » la huitaine, ceux qui en sont absents dans un mois, et » ceux qui sont en paysétranger dans deux mois, à compter )) de la publication du présent décret. »

L'article II contenait des dispositions analogues pour les vicaires, les évêques et les curés, les directeurs de séminaires et autres ecclésiastiques fonctionnaires publics.

(( 111. Le serment sera prêté un jour de dimanche à l'issue )) de la messe, savoir : par les évèques, leurs vicaires, di- » recteurs des séminaires, dans l'église épiscopale; et par )) les curés, leurs vicaires et autres ecclésiastiques fonc- » tionnaires publics, dans l'église de leur paroisse, et'tous » en présence du conseil général de la commune et des » fidèles. A cet effet, ils feront, par écrit, au moins deux » jours d'avance, leur déclaration au greffe de la munici- )) palité de leur intention de prêter le serment.

)) IV. Ceux des évêques, curés et fonctionnaires publics,

(1) royez plus liaut, piige 23, l'article XXX.^du décret du 24 juillet; et p. 18 et 19, les articles XXI et XXXVIII de la Constitution civile du clergé.

(2) [[Il est certain que le décret ne nommait pas expressément la constitution civile du clergé: ou avait voulu conserver autant que possible les tenues du serment civique prêté dès le 4 lëviier [voyez tome précédent, pao-e 404). On regardait la constitution cii'ile du clergé comme une partie de la constitution générale, et l'on n'était pas fâché de faire croire au peuple, que le clergé refusait un serment patriotique. Quelques ecclésiastiques de l'Assemblée, auxquels Grégoire donna le premier exemple, comme on le dira bientôt, ajoutèrent la clause, notamment les décrets relatifs à la comlitution cwile du clergé et l'on se servit sans doute de cet exemple dans plusieurs lieux pour dicter cette formule : mais elle n'était pas prescrite par les décrets.

Lorsque la constitution civile du clergé ne fut plus censée faire partie de la constitution générale du royaume, on prescrivit une autre formule, le 20 novembre 1791, royez cette date.]]

ANNtK 1790. 47

» qui sont inciiil)rcs de rAssciublée nalionak-, cl qui v » exercent acluellcmenl leurs ronctions de députés, prête- )) ront le serment qui les concerne, respectivement à l'As- )) semblée nationale dans la huilaine du jour auquel la » sanction du préseuulécret y auraétéannoncée....

» V. Ceux dcsdils évècjues, curés et auti'es lonction- » naires publics, qui n'auront pas prèle, dans les délais » déterminés, le serment prescrit, seront rc/mies avoir re- )) nonce, à leur olflce. et il sera pourvu à leur remplacement, )) co'.nme en cas de vacance par démission, et en la iorme » prescrite par le titre 2 du décret du 12 juillet dernier, » concernant la conslitulion civile du clergé. A l'efFet de 5) quoi, le maire sera tenu, huilaine après l'expiration du- )) dit délai, de dénoncer le défaut de prestation du ser- )) ment ; savoir, de la part de 1 évêque, de ses vicaires, et » directeurs des séminaires, au procureur général syndic )) du département; et de celle du curé et autres fonction- » naires publics, au procureur syndic du district : l'Assem- » blée les rendant responsables les uns et les autres de leur » négligence à procurer l'exécution du présent décret. )) VI. Dans le cas où lesdits évêques, curés, et autres )) ecclésiastiques fonctionnaires publies, après avoir prêté )) le serment, viendraient à y manquer,... ils seront pour- » suivis par les tribunaux de district comme rebelles à la )) loi, et punis par la privation de leur traitement, et, en » outre, déclarés déchus des droits de citoyens actifs, et ini) capablesd'aucune fonction publique. En conséquence, il « sera pourvu à leur remplacement, sauf plus grandes » peines, suivant l'exigence des cas.

1) Vil. Ceux des évéques, curés et autres fonctionnaires )) publics, conserves en fonctions, et refusant de prêter )) leur serment respeciif, ainsi que ceux qui ont été sup- » primés, ensemble les membres des corps ecclésiastiques » déclarés également supprimés, qui s'immisceraient dans •» leurs anciennes fonctions publiques, seront poursuivis » comme perturbateurs du repos public, et punis des )) mêmes peines que ci-dessus.

5 s ANNEK 1790.

.) VIIÎ. Seront de même poursuivis comme perluiba- » leurs de Tordre public, et punis suivant la rigueur » des lois, toutes personnes ecclésiastiques ou laïcjucs, qui .) se coaliseraient pour combiner un refus d'obéir aux )) décrets de l'Assemblée nationale, ou pour exciter des » oppositions à leur exécution. »

On plaçait ainsi le clergé Français tout entier dans la nécessité de choisir entre la conscience ou la persécution. On voulait bâter le moment de l'exécution. Le président de l'Assemblée fut chargé de se retirer devers le roi, dans la journée même, pour le prier de donner sa sanction.

Ce décret mettait le roi et les évéques dans la position la plus embarrassante. Il entraînait un bouleversement ei- IVoyablc dans l'Eglise de France. On ne doutait point de la répugnance du prince pour une telle mesure. D'un autre coté, il fallait prévenir un schisme imminent. C'est alors que l'archevêque d Aix conçut un plan qu'il crut propre à atteindre ce but. Il rédigea un mémoire, où il exposait la gi"avilé des circonstances et les raisons qui de- V lient porter le Pape à céder sur beaucoup de points, et à donner son autorisation provisoire aux principales dispositions du décret, en faisant ses observations sur d'autres. On a trouvé ce mémoire dans les papiers découverts aux Tuileries après le 10 août; il était daté du 1" décembre et écrit de la main du roi. L'archevêque aurait désiré que le mémoire fût adress<' à Rome par le prince même ; mais ensuite il l'envoya en son propre nom. Il écrivit à Rome les lettres les pies pressantes, il pria le cardinal de Remis d'appuyer ses demandes, il voulait même faire le voyage de Rome. Il insistait dans ses lettres sur la nécessité de prévenir l'anéantissement d'une grande église et les troubles qui pouvaient éclaler (l). Mais le prélat s'était trop

(1) f'ojc: dans Us pièces à la !-ui{e du Procès de Louis Xf'I, quatre k'ttres (le M. de Boisgeliii au roi, cl deux mémoires de sa main, touic Vil, paijc 9ô ; el tome VIll, page 37. La plupart de ces pièces ont été reproduites

ANNÉi: \VM). 49

flatté; et son plan do conciliation devait éclioucr devant rapreté cl l'intolérance du parti dominant. I.oin de vonlolr se concerter avec le Suint-Siéjje, les meneurs pressaient d'autant plus l'exécution du décret du 27 novembre, qu'ils savaient (pi'on avait écrit à IJonie. Le jansénisme des uns, l'esprit pliilosopliique des autres, se laisaienl un plaisir de mur li lier le Pape, de se tiebai'iasserdesévè(|ues,et d'étahlir une église toute nouvelle : ils imaginèrent de dire que le décret du '27 novembre faisant partie des décrets constitutionnels, n'avait pas besoin de la sanction du roi, et que celui-ci n'avait seulcmenl qu';> le publier. L'implacable Camus se plaignit, Ie23déceudjre,deceque le décret ne fut pas encore accepté : suisa motion le président se retira par devers le roi pour le presser à ce sujet. Le prince réjiondil que le d(''sir de voir la constitution s'exécuter sans trouble lui avait paru demander quelques délais. Cette réponse ne Ht que redoubler l'ardeur de Camus; dans sa rudesse janséniste, il craignait de témoigner quelques égards pour la délicatesse de conscience du roi, qui voulait attendre la réponse du Pape. Il demanda qu on allât faire de nouvelles instances au malbcureux prince. Cbassey et Barnave appuyèrent sa proposition. L'abbé .Maury se récria vainement contre cet empressement brutal. Il fut décrété que le président irait le lendemain solliciter le roi. Pendant ce temps on faisait circuler des écrits injurieux pour le prince, et des orateurs de groupes l'insuliaicnt publicpiement (1). Pressé de tous cotés, et cédant à la (;rainte de voir la vie mémo des ecclésiastiques compromise, le roi annonça son acceptation le 2G décembre (2).

ilanb V./mi ilv l,i icli/^ioii, tome Xltl, page ICG et suiv. INI. Jagcr, dans V Hhl-nic Je V F.f^lisc de France peiuLinl la rtvolutiott, loiiie II, pa^e !■>, donne iii extenso le plan de l'arc hevèqne d'Aix.

(1) [[« Le roi aUendit pour agir ([u'iinc émeute vînt déinon(rer qu'il souf- • Irait violente. Cini| cents lutnnnes du peuple s'étant rtiunis sous ses croi- » sues, et ay.inl dciiiiindc la sanction du >erineiit, Louis XVI put se dire » forte, et la donna. » [^Hiilviie piirlcnienlaire, par >IM. Bucliez et l\(iu\, lomc VIII. page 193.)]]

(2) [[Voici le langag<' faible 1 1 [lusillaniinc que tenait l'infortuné monarque

aO ANNÉE 1790.

Dès !e lendemain, l'abbé Grégoire, curécrEmberménil, si famcu\ depuis, monta à la tribune pour prêter le serment, et tint, tant en son nmï» qn au nom d'un certain nombi-e d'ecclésiastiques meaibres de 1 Assemblée, ce langage équivoque, où Ton chercbait à pallier par une sorte d interprétation ce que cet acte avait de plus compromettant pour la conscience. « Disposé, ainsi qu'un grand nombre » de nos confrères, à prêter le serment civique, per- » mettez qu'en leur nom je développe quelques idées, qui » peut-être ne seront pas inutiles dans les circonstances » actuelles. On ne peut se dissimuler que beaucoup de )) pasteurs très-estimabies , et dont le patriotisme n'est » point équivoque, éprouvent des anxiétés, parce qu'ils )) craip-nent que la constitution française ne soit incompa- » tlble avec les principes du catholicisme.... Mais, après » le plus mûr, le plus sérieux examen, nous déclarons ne » rien apercevoir dans la constitution, qui puisse blesser » les vérités saintes que nous devons croire et enseigner. » Ce serait calomnier l'Assemblée nationale que de lui )) supposer le projet de mettre la main à l'encensoir. A

en annonçant son acceptation. « Je viens A'acceplerXc décret du 27 novembre » dernier. En déférant au vœu de l'AssejuLlée nationale, je suis bien aise » de m'expliquer sur les motifs qui m'avaient déterminé à retarder mon ac- » centatiun, et sur ceux qui me déterminent à la donner en ce moment. Je » vais le faire ouvertement, franihenient, comme il convient à mon carac- » tère. Le genre de communication entre l'Assemblée nationale et moi doit » resserrer les lit ns de cette confiance mutuelle si nécessaire au bonheur de B la Fiance. J'ai fait plusieurs fois connaître à l'Assimblée nationale la dis- » position invariable ou je suis, d'appuyer par tons les moyens qui sont en » moi la constitution que j'ai acceptée et juré de maintenir. Si j'ai tardé à B prononcer l'acceptation sur ce décret, c'est qu'il était dans mon cœur de » désirer <(ue les moyens de sévéïilé pussent être pré\enus par ceux de la » douceur; c'est qu'en donnant aux esprits le temps de se calmer, j'ai dû » croire que l'exécution de ce décret s'effectuerait avec un accord qui ne » serait pas moins agiéable à l'Assemblée nationale qu'à moi. J'espérais que » ces motifs de prudence seraient généralement sentis : mais puisqu'il s'est » élevé sur mes intentions des doutes que la droiture connue de mon caraci> tère devait éloigner, ma confiance en l'Assemblée m'engage à accepter. Je » le répète encore : il n'est pas de moyens plus sûrs, plus propres à calmer » les agitations, il vaincre toutes les résistances, que la réciprocité de ce » sentiment entre l'Assemblée nationale et moi: elle est nécessaire; je la » mérite î j'y compte. Signé Lotis. »]]

A>iMi:E l7fM». 51

)) la face de la Franco, de riinivers, illc a manifesté » solennel lement son piofond respect pour la reiif^ion )) caiholiijue , apostolique et romaine 5 jamais elle na » voulu porter la moindre alfeinlc au dogme, à la hic- » rarchie, à l' autorité spirituelle du clicj' de L' Eglise : » elle reconnaît que ces oJjjels sont liors de son domaine. » Dans la nouvelle eirconsci iplion des diocèses, elle a « -voulu seulement déterminer des formes politiques plus » avantageuses aux fidèles et à l'Etat : le titre seul de » constitution civile du clergé énonce sullisamment Vin- » tention de rAssemblée nationale. Nulle considération ne

» peut donc suspendie rémission de notre serment Je

)) jure de l'eiller avec soin aux Jidèles dont la direction » 711 est confiée : je jure d'être fidide à la nation, à la )) loi et au roi; je jure de maintenir de tout mon pouif voir la constitution française, et notamment les décrets » relatifs à constitution civile du clergé. » Cinquante-etun prêtres, membres de l'Assemblée, prêtèrent, après lui, le même serment: nous retnarquons parmi eux plusieurs de ceux qui figurèrent bientôt après parmi les premiers évèques constitutionnels, Marolles, Cliarricr, Laurent, Exiplly. Nous verrons dans Tartiele suivant Tabbé (irégoire essayant de renouveler son interprétation, et tous ces subterfuges confondus par Mirabeau au nom de la majorité. L'évêque d'Autun prêta aussi le serment dès le 29 décembre (1).

^1) [[Dans la nit-ine séance du 27 ciècemhrp, le curé Tridon cliciclia h mo- (lilirr ainsi son serment : « Gomiiie citoyen (lançais, je jure d'être fidèle à la » nation, à la loi et au roi, et de inaititcnir de tout mon pouvoiila constilun tion décrétée par l'Âsseniblée nationale et acceptée par le roi. Comme » pasteur de l'Eglise, je jure de \eiller avec soin sur les fidèles dans la part roisse qui m'est confiée; et connue chrétien, fernu'nient attaché à la foi » calliolique, je déclare qu'en ce qui concerne le régime spirituel de l'E- » glise, je ne reconnais d'autorité coni])étcntc que celle du Saint-Siège et des » évèques. » Des murmures s'élevèrent aussilck, et le président déclara qu'il ne pou\>aU recevoir d'autre serment que celui décrété par V Assemblée nationale.

D'autres curés, membres de l'Assen-blée, essayèrent encore les jours suivants de faire précéder 'eur serment d'explications analogues.]]

• — Le 4 janvier. Refls du serment par les éveques et

LA MAJOUITÉ des ECCLÉSIASTIQUES, MEMBRES DE l'AsSEMBLÉE

NATIONALE. Lc Commencement de l'année 1791 devait être pour le clergé un temps d'épreuves difliciles-, mais en même temps il devait offrir à la conscience et à la foi l'occasion d'un éclatant triomphe. Lc 2 janvier, l'évêque de Glermont était monté à la tribune; et après l'exorde le plus modéré, il avait proposé une formule de serment qui exceptait formellement les objets qui dépendent essentiellement de la puissance spirituelle (l). On lui ferma la bouclie par de grands cris, des huées et des menaces : il voulut du moins déposer sa proposition sur le bureau, et on refusa de l'y recevoir (2). Dans la même séance, Gobel, évèque de Lydda, prêta le serment selon la formule prescrite ; mais après avoir essayé de donner auparavant des explications analogues à celles qu'avait déjà données Grégoire (3) : on lui pardonna d'abord cette apparence de restriction : mais le lendemain, un ecclésiastique ayant déclaré qu'il prêtait serment dans le sens expliqué par l'évêque de Lydda, Treilhard fit décréter qu'on n'admettrait aucune restriction, ni même explication, et Gobel se soumit aux vues de l'Assemblée. Gobel et Talleyrand furent les seuls évêques de l'Assemblée qui prêtèrent le serment (4). En même temps le protestant Barnave,

(1) [TLii foiimilc, jivoposcc par l'évoque «le Clennont, était ainsi conçue : « Je jure de veiller iivee soin sur les fidèles dont Li conduite m'a été ou me » sera confiée jvir l'i'.gli'-e; d'être fidèle à la nation et au roi, et de main— » tenir de tout mon pouvoir, eu tout ce qui est de l'ordre politique, la » constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi , » exceptant formelltiiuut les objets qui deiieiidcnt essenlieUemeiit di- » l'autorité spirituelle. » (Basmel, Collection) tome IX, pa^e 13.)]]

(2) Mercure, du 8 jinvicr 1791.

(3) rojez plus haut, page 50.

(4j Dans la séar.ce du 3, on revint encore sur la proposition de révé{|uc de CUrmont, ([u'on repoussa avec mépris, ce qui n'empêcha p;is le prélat

ANMiE 1791. -^3

(lui nioliail la j)liis f^ranchî ardeur à faire exécuter la coiisliluliou eivile, fit décréter, malgré tous les efforts de (^azalès, (jue le leudemaiii expirerait le délai accordé aux ecclésiastiques uicnibresde l'Assendjlée, pour la prestation du sernieni.

Le 4 janvier oiïrit un spectacle ;i jamais mémorable. Dès le malin toutes les avenues de l'Assemblée étaient envahies par des bandes de scélérats, qui menaçaient hautement tic la lanterne ceux qui refuseraienl le serment.

A l'ouverture de la séance, on commença par décider ()u'on ne ferait pas mention, dans le procès-verbal, de la motion de l'évéque de Clermont. Deux ecclésiastiques, l'abbé Malartic, et Thirial, curéde Château-Thierry, ayant déclaré ne pouvoir prêter serment qu'avec des clauses restrictives, on refusa de recevoir leurs serments. Grégoire essaya de renouveler ses explications, sur ce quiL clait certain que l'Assemblée n avait pas entendu toucher h ce qui ('tait purement spirituel. « Il est certain, ajouta-t-il, » que tout ce qui est purement spirituel est hors de sa cora- » pétence : l'Assemblée a déclaré formellement le prin- » cipe : elle l'a toujours reconnu 5 elle a toujours applaudi » à ceux qui Tout professé. C'est un premier motif pour » calmer les inquiétudes. » Jusqu'ici on applaudit l'orateur : il continue : « l'Assemblée n'exige pas même un assenti- » ment intérieur; elle ne juge ])as les consciences. » 11 s'élève de violents murmures. « Je suis éloigné de pré- >» tendre justifier les restrictions mentales; mais je veux » dire seulement que l'Assemblée entend que nous jurions » d'obéir et de procurer l'obéissance à la loi. Il se peut )) qu'une loi civile ne soit pas rédigée comme beaucoup » de citoyens l'auraient désiré; cependant, par le ser- M ment civique, ils se sont engagés à obéir à la loi. Atla- » ché par une union fraternelle, par un respect inviolable

de déclarer que sa conscience s'opposait à faire ce qu'on exii;iait , et que néanmoins ne voulant pas donner sa démission, it ne se regarderait jamais connue tlci)OiU-dc. [Mercure, du S janvier 170!.)

» à mes respectables confrères les curés, à mes vénérables » supérieurs les évéques, je désire qu'ils acceptent cette )) explication (l). » On applaudit de nouveau.

Les applaudissements donnés à l'ensemble du discours pouvaient faire quelque illusion. Mirabeau s'attacha à la dissiper. « Il me semble, dit-il, que pour avoir un assen- » liment général, la doctrine exposée par le préopinantdoit )) être exprimée avec plus de clarté : l'Assemblée n'a ja- )) mais pu penser qu'elle avait le droit d'obliger à faire » serment de telle chose; elle a pu déclarer le refus d'un )) serment incompatible avec telles fonctions Celui qui le » refuse, à l'instant même n'est plus fonctionnaire pu- » blic. » Ici Mirabeau s'éleva avec énergie contre un fait odieux, qui déjà dénoncé la veille, n'avait obtenu de la part de la majorité que des marques d'assentiment : c'est qu'on avait couvert les murs de la capitale d une afîiche, qui désignait au peuple les ecclésiastiques qui refuseraient le serment comme perturbateurs du repos public. « Or, di- M sait Mirabeau, l'Assemblée n'a jamais permis, elle n'a » jamais pu permettre une telle ailiche-, celui qui, après » avoir prêté le serment , n'obéirait point à la loi, serait )) criminel -, celui qui s'obstinerait à ne pas prêter le ser- « ment et à conserver l'exercice de ses fondions serait )) criminel et perturbateur du repos public ; mais celui qui )) se résigne, qui dit : je ne veux pas prêter le serment, et » je donne ma démission, n'est certainement pas coupable. )) Dans ce sens., je di)nne mon assentiment à l'explication )) donnée par le bon citoyen, par l'ecclésiastique respec- )) table qui m'a précédé : dans îcut autre, elle n'offrirait )) qu'une restriction mentale. » Toute la gauche applaudit à ce discours, dont nous verrons dans la même séance le sens encore mieux expliqué par Mirabeau lui-même. En attendant, il eut l'avantage de fixer l'attention sur ce qui était arrivé par rapport à cette affiche. Le maire de Paris,

(1) Histoire parlementaire, tome Vllf, page 354. On sait qu>' cet ouvrage reproduit textuellement les principaux endroits du Moniteur.

ANiNÉL: 1791. 5^

Bailly, fit connaître que, dès qu'il s'clail apcMTu de ce qu'elle portait, il était allé chez le (jarde des sceaux, des bureaux ducjuel elle était soriie-, et que celui-ci, éj;aleinent étonné de Terreur, avait donné des oi'dres pour la rélornicr. Ce fut, du reste, en vain que I\Ialouel demanda qu'on iulormàt contre les auteurs de cette grave prévaricatitni.

Barnavc prit aussilôl 1> pirole, et demanda que, sans préjudice des mesures à prendre relativement à Terreur commise dans Talîiche, le président interpellât les membres de l'assemblée foncliunnnires publics ecclésiastiques, et que s'ils refusaient, le président se retirât sans délai devers le roi, pour cju'il lût procédéselon les formes constitutionnelles à l'élection pour les évèchés et cures vacantes. Déjà le prosidentcommençait Tap-pel nominal, elle premier appelé, Tévècpie d'Agen , de Jîoiinac, était à la tribune, lorsqu'on fil observer que la salle retentissait de cris furieux qui partaient du dehors, et qui demandaient lamortdeceu\ cjui refuseraient; plusieurs mendjres s'écrièrent que l'Assemblée n'était plus libre. On pressa Bailly d'aller melire fin à ce désordre; cl il parvint, en effet, à obtenir quelque apparence de tranquillité : elle servit du moins à mieux faire ressortir la conduite admirable des évéques et des prêtres.

Après avoir rappelé les articles IV et 'V du décret du 27 novembre, Tévèque d'Agen dit : « Je ne donne aucun )) regret à ma place, aucun regret à ma fortune; mais j'en )) donnerais à la perte de votre estime. Je vous j)rie donc » d'agréer le témoignage de la peine que j'ai de ne pou- )). voir prêter le serment. « Fourneiz, curé de Puymairac, dans le diocèse d'Agen, lui succède: « Vous voulez nous » rappeler aux premiers siècles de l'Eglise ; avec la sim- » plicité des premiers cbrétiens, je vous dirai (pie je me » fais gloire de suivre mon évèque, comme Laurent suivit )) son pasteur. »

Leclere, curé de la Combe, près Alençon, commence ainsi : « Je suis enfant de l'Eglise catholique.... » Les clameurs l'interrompent; le président, Emmery, déclare

qu'on ne peut user que de l'une de ces formules : je jure ou je refuse (l). « C'est une tyrannie, s'écrie JVl. de Fou- » cault: les empereurs qui persécutaient les martyrs, leur » laissaient prononcer le nom de Dieu et proférer les lé- » moignages de leur religion. »

[[Les députés Bonnay et Chassey proposent d'interrompre V appel nominal, sous prétexte que cet appel à l'inconvénient d'exposer les membres qui refusent au danger de l'animadversion populaire, surtout après le fait relatif aux afïiches. En conséquence on décide que le président, après avoir lu la formule du serment, se bornera à interpeller en général les membres présents pour qu'ils eussent à monter à lu tribune et a prêter le serment par cette simple formule : je le jure. A un curé qui suit cette mélbode, en succèdent d'autres qui disent, l'un, qu'il jure sun>ant la formule de Vévéquede Clerniont ; un autre, que c'est en résers^ant; un troisième, que c'est en adoptant le sentiment de l'Assemblée., quia dit n\woirpas entendu toucher au spirituel. « L'Assemblée, dit le président, a décrété, en toutes » circonstances, qu'elle n entendait pas toucher au s[)iri- » tuel.» La gauche avait applaudi : un quart d'heure s'était passé sans qu'il se présentât personne à la tribune : Gazalès, s'emparant des paroles du président, demanda que l'Assemblée fît une déclaration ç\^Tes?>e(\yxti\\en entendait pas toucher au spirituel-, et il chercha à montrer que la formule proposée parl'évèque deClermontn'avait pasunautresens. Mirabeau lui répliqua. « L'erreur du préopinant peut se )) démontrer par la substitution d'un mot : il veut que » l'Assemblée déclare quelle na pas entendu toucher au » spirituel, tandis que tout ce qu'on pourrait dire, cest )) que V Assemblée napas touché au spirituel. Voilà tout ce » que le président a dit et a pu dire. 11 est évident que » ce n'est pas une véritable issue pour sortir de la dilîi- » culte qu'on voudrait faire naître : car toute la dilHcuIté, » s'il pouvait y en avoir, serait que les dissidents appel-

(0 Li.' président, IsDuncry, é(ait israciilp.

ANNKt; I7!M. ÎJ7

» lent spirilucl , ce que F yfsseinhlcc appelle leinporel: » elle est fondée sur celle ohscrvaiion ]);ilpiil)Ie c[ue les cl é- » mnrcalioiis dioeésaiiies son! un fait. tainporcL II ne nous >. leslc donc qu'un parll à prendre : s'il est vrai que nous » voulions tous concourir à la paix, s'il est vi-ai (jue celle » résistance ne soil pas un moyen trop connu dans nos ') annales pour faire prévaloir l'auloriié ultramonlaine, on » doit se contenter de la déclaration mille fois faite et non 1) à faire, que l .'Isseinhlèe iia jms touché au spirituel. » Entraînée par ce discours, l'Assendjlée repousse la motion de Cazalès : et elle porte ce décret, qui devait servir de rèjjle aux administrations départementales : « Le serment )) prescrit par le décret du 27 noven)bre dernier sera » prêté purement cl siuq^lement dans les termes du dé- » cret, sansqu'aueun des ecclésiastiques puisse se servir de )) préamhtdeS;, d'explications et de restrictions (1). » il devenait dès lors impossible de justifier le serment, par une interprétation qui pût être censée admise de ceux qui exigeaient cet acte.]]

Dans le cours de la discussion (pi'on vient de rapporter, l'évètjue de Poitiers, iM. de Sainl-Auliire, était parvenu à se faire entendre: «J'ai, avait-il dit, soixante-dix ans; » j'en ai passé trente-cinq dans l'épiscopat ; où j'ai fait » tout le bien que je pouvais faire; accablé d'années cl » d'infirmités, je ne veux pas désbonorer ma vieillesse, je ■)) ne veux pas prêter le serment; je prendrai mon sort en 1) esprit de pénitence. » Tandis que les mendDrcs de la droite donnaient au vénérable vieillard des marques de véuiération, il lut livré par la gaucbe aux buées dos galeries (-2).

Le président fait une dernière in 1er pel la t ion aux men)bres de l'Assemblée, fonctionnaires ecclésiastiques, de se présen- . ter pour prêter le serment : il s'écoule un certain tenqis; personne ne se présente. L'Assemblée adoptant la motion de

(I) Décret du 4 janvier, sa lu- lion né li' 'J , <lans le Piecucil gviu'-rat du droit cii'il ecclésiastique, de AI. Cliampcanx, tome I, page 'i2i. '2) Mercure, du 16 janvier 17i)l.

Barnave, décide que le président se retirera devers le roi pour le prier de donner les ordres pour V entière exécution du décret du 27 novembre. Les bruyants applaudissements des tribunes terminent cette séance, dont l'effet, dit un recueil de l'époque , était très-probablement inattendu par ceux-là qui en avaient espéré le plus de fruit (1). On avait cru hun)i!ier le clergé en triomphant de sa conscience -, c'était lui qui avait vaincu.

— Conduite stîBsÉQiEWTE de l'Assemblée maïionale. Nous croyons devoir joindre ici sans interruption le précis de ce qui se passa les jours suivants dans l'Assemblée nationale, au sujet du refus de serment. Dès le lendemain, des curés qui avaient prêté le serment, à la faveur de l'explicailon donnée par Grégoire, vinrent le rétracter à la tribune : on se lassa bientôt de les entendre. Dans la séance du 5 janvier, un curé avait été obligé de se plaindre qu'ayant déposé sa rétractation sur le bureau, le secrétaire la lui avait rejetée au visage; et celle plainte n'avait obtenu aucune attention. Le 6 janvier, le président ayant annoncé des lettres d une vingtaine de curés, qui se rétractaient également, à moins qu'on n'admît le sens de l'évèque de Clermont, quelqu'un demanda d'abord qu'on les renvovàt au comité d aliénation • puis Barnave fil décréter qu'on n'en recevrait plus; que ceux qui voudraient rétracter leur serment n'avaient qu'à s'adresser à la municipalité et à y donner en même temps leur démission : « attendu , disait Barnave , que quand ces « ecclésiastiques avaient prêté le serment, ils aiuiieni, à » coup sûr, été persuadés de cette vérité.^ que V Assem- )) hlée avait si souvent déclarée, quelle n avait pas » touché au spirituel. » En conséquence, il ne leur resta plus que la voie des journaux pour faire connaître au public leur rélraclation, et c'est ce que plusieurs firent avec courage. Par suite de ces rétractations, le nombre des ecclésiastiques membres de l'Assemblée, qui prêtèrent

(1) .m'/ri/r.-, (lu Î5j::iv. ici- 1791.

AiNiNliK 1701. 59

le serment fut rctluil à environ ciiujuante à ciiKjuantecinq (I).

D'un autre coté, on accucllluil avec joie tout ce qui favorisait les vues de l'Asscniblée ; des lettres de curés, et d'ecclésiiisiiques désirant devenir j'oiiclioiinaires publics, qui envoyaient leur serinent et applaudissaient à la conduite de l'Asseuiblée, des dénonciations laites par les municipalités contre les nienéesdes prêtres, et juscju à laplainte bizarre du curé Rover, qui dénonça son confesseur qui lui avait refusé l'absolution , pour refus du serment. Bientôt après on se préoccupa de la dillicullé qu'il y aurait à remplacer les ecclésiastiques réfractaires : on craignit que la constitution civile ne restreignit tiop le cercle des élections. En consécjnence , on décréta, le 7 janvier, que durant la présente année tout prêtre français, ayant élé fonctionnaire public pendant cinq ans, serait éligible aux évêchés cl aux cures pour toute la France.

La même loi, du 7 janvier, cbaigeail le comité ecclésiastique de rédiger un ytvo\ei d^ Insl/ucliun sur la constitution civile du clergé, qui put êti'c adressée aux directoires des déparlements et publiée dans toute Téiendue du territoire : c'était une sorte d'apologie qu'on voulait ojiposer à VExposition des principes, et aux mandements des évêques. Mirabeau se chargea d'abord de la rédaction, et présenta, en effft , dans la séance du l4 janvier, son projet, qu'avaient adopté les commissaires chargés du travail : mais cette pièce était empreinte d'une telle exagération et d'une telle auierîume que, malgré les aj^plandissements avec lesquels les tribunes en accueillirent la lecture, les membres de la gauche elle-même ne purent ladmettre ; Camus cria le premier au scandale. On chargea donc le Comité ecclésiastique d'en présenter un autre (2).

(1) Mercure, du IJ janvier 1791.

(2"i [[Miraixau ne laissa pas «le livrer son projet à l'impression : on peut le lire en entier dans ['Histoire peu leincnlaire de M. Bûchez, tome VI II, page :i69. On s'étonne que M iral)eau, qui dès lors nourrissait de grands projets, et (|ui entretenait nuiiie des liaisons avec la cour, ait composé une œuvre aussi

L' In si rue lion de rassemblée nationale sur la constitution cii^ile fut, en effet, lue par Chassey, le 21 janvier, et il fut décrété dans la même séance, qu'elle serait sans retardement lue un jour de dimanche, à l'issue de la messe paroissiale, par le curé ou un ^vicaire, et à leur devant par le maire, ou le premier officier municipal. Cette singulière pastorale, un peu plus mesurée que le projet de Mirabeau, n était pas plus solide au fond. On s'efforçait d'y justifier l'Assemblée , et de répondre aux objections contre la consiilulion civile du clergé, et contre le serment (1). On

rtiange. Plusieurs personnes pensent que, projetant la dissolution de l' Assemblée, il voulait la poui.ser h «les actes qui ia eouiproniissent : On assure que Ini-mèiiic allégua ee uioliC au roi et à la reine. (Droz, llisloii c de Louis XFI, t. IH, p. 303.) Dioz présente, dans ee volume, le résultat des reelierchcs qu'il a laites sur ,Miral>eau. On lira avec un vif intérêt l'extrait suivant d'une lettre écrite |)ar le cclilire tribun ii la date du 27 janvier 1791, et dont la Illimité, (lit riiistoricn, at dans les mains de IM. Lucas-Montigny , le même fjui a ])ublié les mémoires de Mirab<'au. « Voilà , dit-il en parlant du ser- » ment, une plaie nouvelle, niais la ])lus envenimée de toutes, qui va ajouter » encore un loyer de gangrène à tous ceux qui rongent, corrodent et dissol- » vent le corps politi(|ue. Nous nous étions fait un roi en elïigie, sans pou- » voirs et un corps législatif, qui administre, (|ui infirme, qui juge, qui » punit, qui l'ait tout, excepté ce «[ii'il doit faire. ./ fircsent nous nrran- » i^coiia le sdiif-ine religieux il coté du schisme jxjli tique : nous n'avions » ])as assez de difrieullés, nous en suscitons à plaisir; de dangers, nous évo— » quons le pire; d'embairas, nous soulevons le plus inexplicable; c'est de » quoi amener la lin de tout, si l'.Vssemblée ne se lasse pas bientôt d'obéir » aux aiiarc liistes. » On voit par celle citation quelle était la bonne foi d'un des principaux membres de l'Assemblée constituante.]]

(1) [[Un court exirail sulfira pour faire juger de la force de V l nstvuclion ; lout se réduit à nier qu'an ait touche au siiirilticl : « Ces détracteurs té- » niéraiies, beaucoup iiioiiiS amis de la religion qu'intéressés ii jierpétuer » les (roubles, prétendent <|ue l'Assemblée nationale, confondant tous les » pouvoirs, les droits du sacerdoce et ceux de l'empire, veut établir sur des » bases jadis inconnues une religion nouvelle; et (pie tyrannisant les cons- » cicuces, elle veut obliger les hommes jiaisibles à renoncer, par un ser- » ment criminel, à des vérités anti(|ucs qu'ils révér^iient, pour embrasser des » nouveautés qu'ils ont en horreur....

» Les représentants des Fran(;ais, forlement attachés à la religion de leurs » pères, h l'Eglise ealholi(pie, dont le P.ipc est le chef visible sur la terre, » ont placé au premier rang des dépenses de l'Etat celle des ministres et de » son tulle; ils ont respecté ses dogmes: convaincus que la doctrine et la » foi catholique avaient leur fondcuïcnt dans une autorité supérieure à celle » des hommes, ils t'avaient qu'il n'était pas eu leur pouvoir d'attenter à « cette autorité toute spirituelle; ils savaient que Dieu même l'avait con— » fiée aux pasteurs pour conduire les ànies, leur procurer les secours que

y expliquait la coruluije qui serait tenue par les ninpistrats en eas de refus, et Ton eliereliail ainsi ;i leclifitr ce que l'aOlehe, dont il a été pailé plusliaui (l), avait d'exagéré. « L'Asseinblc'e, prévoyant le refus que pourraient » faire quelques ecclésiastiques, avait du annoncer les nie- » sures qu'elle prendrait pour les faire remplacer. Le )) remplacement étant consommé, elle avait dû rcf^arder ') connue perturbateurs du repos public ceux qui ne cède- )) raient par leurs fonctions à leurs successeurs. Jusqu'où » reniplacetnent, V exercice des fond ions est censé iwmv dn w être conservé. » Cette espèce d'adoucissement n'empêcha nullement que, dans un très-grand nondjiede lieux, les insermentés ne fussent, même a^ant le remplacement, soumis à toutes les vexations.

» la iTligion assure ;ni.\ lioiiimcs, et pfîipctiitr la tliaine de ses niinistns.

» Mais en iiiêinc temps que rAssemblée était pénétrée de ces grandes vé- » rites;... la constitution ipic les peuples avaient demandée exi^'eait la pro- X nuili^ation de lois nouvelles sur l'organisation civile du clergé; la nou- » velle distribution civile du royaume rendait nécessaire une nouvelle » dislrihutiou des diocèses.

» Mais, dit-on, l'autorité spirituelle d(!vait y concourir, ijii'y a-t-il donc » de sijii ilucl ddiis iinr. dhli ilnttioii de territoire i* La démarcation des n diocèses est l'ouvrage des hommes; le droit ne peut en appartenir qu'aux » peuf)les, parce que c'est à ceux qui ont des besoins, à juger du nombre » de ceux qui doivent y jjourvoir. D'ailleurs, si l'autorité spirituelle doit » ici cencourir avec la puissance temporelle , pourcpioi les évè(|ues ne » s'empressent-ils pas de contribuer à l'acbèveincnt de cet ouvrage.^ Pour- >» quoi ne remettent-ils pas volontairement entre les mains de leurs col- » lègues les droits exclusifs qu'ils prétendaient avoir?...

>• Tels ont été les motifs des décrets de l'Assemblée.... Telles ont été ses » vues; leur pureté est évidente : imputer .a l'Assemblée de s'être emparée » d'une autorité ([u'elle déclare ne pas lui appartenir, c'est la calomnier » saiîs pudeur..., »

Ainsi, tout en niant la nécessité de la mission, et en en bouleversant tous les droits, l'Asseniblée voulait qu'on crût, sur sa parole, qu'elle n'ai'nit pas touché au spirituel, comme elle voulait avoir assez honoré l'I'glise, après avoir usurpe tout le temporel.]] Oiiehiue ])alpable que fut la faiblesse de ces sophisnies, si clairement réfutes jiar répiseojjat tout entier dans \' K.-ipoiilioii , on ne crut pas devoir laisser l'instruction sans réponse. L'évè(|ue de Lai grcs, de la Luzerne, publia un Examen de l'Instruction , l'évèque de IVaucy adressa sur ce sujet une lettre à sou eler^-é. Parmi Ks autres écrits publiés à cette occasion, nous citerons V .ipohi^ie du c/eri^c, o;i Commentaire sur l'Inutruciion jxistorale de C yisseniblcc , [lar l'abbé r>Iandiii, curé ;i Orléans et député.

(1) l'oyez sur celle aîTicbe, page 54.

62 AiNNEE 1791.

rrUne question se présentait tout naturellement, savoir, si les ecclésiastiques, que le refus de serment allait priver de leurs places, recevraient un traitement de 1 Etat. Dès le 7 janvier, un membre du côté gauche avait proposé de leur assigner une pension. Non, iion, nous ne voulons rien , s'écrièrent unanimement tous les ecclésiastiques du coié droit. C'est alors que Montlosier proféra ces paroles célèbres : « Les évêques chassés de leurs palais seront )) accueillis dans les chaumières : les pauvres qu'ils ont » nourris les nourriront ; si on leur ôte la croix d'or, ils » en prendront une de bois; c'est une croix de bois qui a » sauvé le monde (l). » Le besoin d'une décision devint plus sensible, quand on vit le nombre des curés déplacés par le refus de serment. Le 7 février, Lanjuinais fit un rapport sur cette question au nom du Comité ecclésiastique : après avoir cherché à prémunir l'Assemblée contre une imprudente générosité, il fixait le maximum du traitement des curés déplacés à cinq cents livres de secours annuel. Encore voulait-il qu'ils n'en pussent jouir que quand ils auraient fait cesser toute inquiétude à V égard de leurs successeurs. Camus voulait qu'ils présentassent un acte formel de démission : Mai tineau observa, au contraire, qu'exiger cet acte, serait une injustice, puisque ce serait les frustrer sciemment du traitement qu'on feignait de leur accorder. Quoique accueillie d'abord par les murmures, cette opinion finit par l'emporter-, et Ton décréta « que les curés qui , d'après l'exécution des dé- » crets seraient remplacés par d'autres fonctionnaires pu- » blics, recevraient, du jour que leurs successeurs en- » treraient en fonctions, un secours annuel de cinq cents M livres, si en raison de leurs anciens bénéfices, ils n'a- )) valent pas droit à un traitement égal ou supérieur (2). » Il est, du resle, constant que même pendant le court es-

(1) Mercure, du 15 janvier 1791. On voit au même endroit avec quelle anierlunie les journaux révolutionnaires cherchaient à dénigrer le désintéressement du clergé, qu', disait-on, voulait se donner un air de persécution.

(2) Recueil du droit ecclésiastique français, par de Chanipeaux, tome I.

pace (le temps que cette loi fut en vii^ucur, ce Iralicmenl modique ne put, d;ms une p^randc partie de la France, cire obtenu réî;ulièreincnt : les mesures qui devaient l'assurer n'étant quinsullisantes, et dépendant des dispositions des autorités locales. Les curés restés fidèles éprouvèrent bientôt les rigueurs de la pauvreté, La position des simples vicaires était plus dure encore : car aucune indemnité ne leur éiail allouée. Il en était de même des prédicateurs, qu'un décret rendu le 5 février, à la demande du Comité ecclé^iasticpie, avait compiis parmi les foiiclionnaircs publics, assujettis au serment; défendant, en conséciuence, que ceux ([ui ne l'avaient pas prêté, pussent prêcher- dans quelque église que ce fût (\). Quant aux évèques, ils avaient droit, d'après un décret précédent, à avoir en qualité de démissionnaires, un traitement de dix mille livres; mais après une discussion confuse sur l'application de ce décret à ceux qui refusaient le serment, la question fut ajournée. La suite des événements ramènera sous nos veux plusieurs autres délibérations de l'Assemblée nationale ; et nous la trouverons toujours hostile à l'Eglise (2).]]

— Le 9 janvier. Refls du sermekt par la majorité des ECCLÉSIASTIQUES DE Paius. Lc dimaucbc, 9 janvier, était marqué pour le serment du clergé des paroisses de la capitale. On n'omit rien pour porter les curés et autres ecclésiastiques, tantôt par des promesses, tantôt par des menaces, à se conformer aux décrets. On les y exbortait au nom d'un Dieu de paix, formule dont on s'était déjà servi plus d'une fois, en 1789, pour arracher au clergé des concessions qu'ensuite on tournait contre lui. On invoquait la nécessité de maintenir la tranquilliié publique. Les agents de l'autorité, le maire de Paris, Bailly, le garde des sceaux lui-même, Duport du Tertre, allèrent chez plusieurs curés pour les gagner. D'un autre coté, le club des Jacobins, les faiseurs de motions, les théâtres même

(1) Le Mercure du 12 février présente le précis de la discussion à ce sujet.

(2) rojez plus bas, le 9 avril 1791 et jours suivants.

échauffaient les esprits par des déclamations contre les prêtres. On distribuait des écrits et des listes pour égarer et séduire. Le 9 au matin, les membres de la Commune se répartirent dans les différentes paroisses pour présider à la prestation du serment. En même temps les principales églises se trouvèrent remplies d'une foule de gens qui y venaient pour tout autre chose que pour prier. A Saint- Sulpicc, il y eut un grand tumulte, au moment du prone, de la part de ces paroissiens d'un nouveau genre, (jui se mirent à crier : le serinent ou la lanternes Le curé, M. de Pancemont, annonça, au nom de son clergé, qu'il n'était nullement disposé à faire le serment 5 les cris redoublèrent alors, et le curé eut besoin d'être protégé par des hommes armés qui l'escorlèrent jusqu'à la sacristie. Après sa sortie, l'église fut en proie à un grand tumulte. Aucun des prêtres de la communauté de la paroisse ne fit le serment. Quand on eut admis à leur place des étrangers et des inconnus, entre autres l'abbé Soulavie qui se maria depuis, ceux-ci firent une adresse patriotique à l'Assemblée, où ils se présentèrent comme formant le clergé de Saint- Siilpice ; mais personne ne fut trompé sur cette assertion. A Saint-Roch, où le clergé était très-nombreux, il se trouva à peine sept ou huit prêtres disposés à faire le serment 5 le curé de Saint-Roch, M. Marduel, les vicaires et cinquante-quatre prêtres le refusèrent. A Saint- Jean-en-Grève , à Saint-Nicolas-du Chardonnet , à Saint- Hippolyte, à Saint-Come, à Saint-Pierre-aux-Bœufs, il n'y eut point de défection. A Notre-Dame, on ne demanda point le serment au chapitre c|ui aussi bien n'était pas disposé à le prêter; pour remplir le vide, la municipalité supprima de sa seule autorité les petites paroisses de la Cité, et les réunit à la cathédrale : deux curés de ces petites paroisses s'installèrent à Notre-Dame, et se firent les représentants de l'archevêque et du chapitre. Dans plusieurs églises, il y eut de grands désordres à l'occasion du serment que des bandits voulaient forcer le clergé à prêter. On publia dans le temps un récit des profanations

ANiNÉt: 1791. G:i

commises à Saiiit-Rocli, Au total, malgré tous les eflbrts faits pour intimider et séduire, le noniI)re des prêtres (jui résistèrent surpassa beaucoup celui des ecclésiasiicpies qui fléchirent. D'un coté, outre l'arclievècjue, tousses (jrands vicaires, tous les directeurs des séminaires, au nombre de cinquante-et-un (I), tous les professeurs de Sorbonne et de Navarre, vingt-six curés, quatre-vingt dix vicaires, cent soixante-seize prêtres employés dans le ministère; de l'autre coté vingt-trois curés, trente-quatre vicaires et cent dixhuit autres prêtres employés dans les paroissesse soumirent aux décrets. On joignit à ceux-ci, jiour faire nombre, des religieux sortis de leur cloître, des prêtres accourus des provinces, d'autres interdits ou sans pouvoirs, et même de simples clercs. Nous ne parlons point des professeurs des collèges, des cliapelains des hospices et des auujoniers de bataillons : ils n'étaient point véritablement fonctionnaires assujettis au serment (2).

D'après le décret du 27 novembre, les évoques et les curés (jui n'avaient pas fait le serment devaient être immédiatement remplacés. Le 28 janvier, les électeurs de Paris furent convoqués pour le dimanche 30, afin de procéder dans l'église Notre-Dame au remplacement des curés des grandes paroisses. Saint Sulpice , Saint-Germain-l'Auxerrois, Saint-Roch, la Madeleine, Sainl-Paul, Saint-Gervais, Sainte-Marguerite, qui n'avaient pas fait

(1) On demanda le serment dans quatorze séminaires, à Saint-Mai;loire, oîi le supTrieurToiirnaire et le directeur Tclmon le prêtèrent ; au grand et au petit séiniii.iire de Saint-Sul|)ice, et à trois comniunaules qui en dependiiienl; à Saint-Nicolas-du-Cliardonnet, grand et petit séminaire; il Saint-Firmin, ou les tions-F.nl'ants; à Saint Louis; aux Tiente-lrois ; au Saint-Esprit; à Saint- Marcel-duCloître; et à Sainte-Iiarbe. Dans toutes ces maisons, il n'y eut (|ue Toumaiie et Telmon qui liieut le serment. Ou ne le demanda point dans les séminaires des Missious-Elraugères , de Saiut-I,azare , des Irlandais , des Anglais et des Ecossais, oii il aurait été partout refusé.

[[On trouvera des détails ))lus eirconslanciés dai>s Y Histoire de l'Eglise de France pendant la rci'olutioii, par .M. Jager, (ome II.]]

(2) On ])cut consulter »iu écrit assez curieux, intitulé : Histoire du serment a Pai is, 171)1 , in-S^de 210 pages. L'auteur était l'abbé liossard, directeur du séminaire Saint-Louis, mort chanoine de (jreiu)ble : h la suite de l'Histoire, sont deux listes des prêtres asscrnieiilcs et insermentés, comme on le> appelait alors.

T. YI. S

le serment (1). Les élections devaient continuer les dimanches suivants. Or, on sait que d'après la constitution civile du clergé, les élections des évéques et des curés se faisaient par les mêmes électeurs que pour les places civiles. Ainsi les luthériens, les calvinistes, les juifs étaient appelés à concourir au choix des évéques et des curés. Le comité ecclésiaslique avait jugé que par là on revenait aux usages de la primitive église. Les curés furent donc nommés suivant cette forme. Pour Saint-Sulpice, on élut le père Poirel, Oratorien, âgé de soixante-neufans, et on remarqua que parmi les électeurs était le comédien Brizard, qui mourut subitement en sortant de Télection. A Saint-Thomas d'Aquin, on élut le père Latyl, de l'Oraratoire et député à l'Assemblée-, à Saint-Paul, l'abbé Brugières , interdit pour son jansénisme; à Sainl-Leu, Besson qui se maria depuis. Quelques-uns des élus refusèrent, entre autres Tabbé Juvigny, premier vicaire de Saint-Eustachc, nommé à Saint-Paul.

Au milieu des élections de curés, qui occupèrent plusieurs dimanches, parut le 18 février une lettre pastorale deM. de Juigné.II y regrettait son éloignement du diocèse; il déplorait la suppression de son chapitre, la destruction des églises, et les mesures prises contre son clergé ; il communiquait à son troupeau l'instruction pastorale de l'évêque de Boulogne sur l'autorité spirituelle du 24 octobre précédent, et déclarait en adopter la doctrine. Les décrets de l'Assemblée atteignaient le prélat lui-même, puisqu'il n'avait pas fait le serment, et qu'il n'était pas rentré dans son diocèse. Le 10 mars, le procureur général syndic du département, Pastoret, qui en cette qualité eut très-grande part à tout ce qui se fit alors pour l'établissement de la nouvelle constitution, convoqua les électeurs pour le 13 mars, afin d'élire un évêque. Leur choix tomba sur Gobel, évêque de Lydda et membre de l'Assemblée, qui y avait

(1) Les paroisses de Paris avaient déjà été réduites de cinquante-deux à trente-trois. Il est inutile de dire que la nouvelle démarcation avait été faite sans le concours de l'autorité légitime.

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tk'jà donné trop desif^nes de faiblesse, el qui donna celui bienplusdéplorable,d accepleiun lilresiclairetnenl illégitime. Elu en même temps poui- Paris, pour le llaulUbin, et pour la Haute-Marne, il opta pour le pi emier siège, qui flattait davantage sa vanité. On assure (pi il s'adressa successivement au cardinal de Brienne et à 1 évéque d Orléans, de Jarente, pour obtenir d eux 1 institution canonique, et que ces deux prélats l'ayant refusé, il recourut à Tévéque d'Aulun avec I autorisation du tribunal du district 5 cette étrange formalité était établie par la nouvelle constitution (1). Ainsi institué, ou ayant l'air de croire qu'il l'était, Gobel forma aussitôt son conseil épiscopal, où cntiaient de droit, suivant la constitution civile du clergé, les curés des paroisses réunies à la catliédrale. Les membres de ce conseil étaient en même temps les vicaires de l'évêque pour 1 administration de la paroisse: parmi eux étaient Denoux et Saint-Maitin qui se marièrent depuis. Gobel confia son séminaire aux oratoriensïournaire, Telmon et Daunou. Ce séminaire devait être à Saiul-Magloire, on ne sait s'il fut réellementétabli. Daunou renonça peu aprèsàson état. Au reste, ce n'était que le prélude des actes déshonorants par lesquels Gobel souilla bientôt son caractère. Sans parler de l'extravagance de ses mandements (2), il conniva

(1) rojyez plus haut, page IG.

(2) [[Le nianilement qui est aUril>ué à Gobel, à l'occasion de la mort de Mirabeau, arrivée le 2 avril 1791, passe telleincnt toutes les bornes, que nous avons eu peine à le regarder aiilreuicnt que comme une caricature faite par ses ennemis. Qu'on en juge par un court extrait : « J.-B.-F. Gobel, ci- » (levant, par la miséricorde divine et la grâce du Saint-Siège apostolique, » évèquc de Lydda, maintenant, par l'efiet de la constitution, bi grâce des » électeurs, et la sentence d'un tribunal, évèi|ue de l'aris, à tous les citoyens » de notre diocèse, salut et bénédiction, de par la loi, la nation et le roi. » Tandis que nous étions occupés de l'instruction pastorale que nous avions » le projet de vous adresser, un événement alTreux est venu troubler nos » méditations. Aux chants de triomphe et d'allégresse (jue nous nous prépa- » rions à vous taire entendre, ont succédé tout à coup les accents plaintifs » de la douleur; et le canti(|uc national, Ça ira, qu'il nous eût été si doux » de répéter avec vous, est remplacé par ce cri funèbre : Il n'est plus! il « n'est plus cet homme incomparable, (jui avait été formé pour notre » siècle.... Si vous lui devez de jouir d'une existence si paisible et si riante j

bientôt, par une indigne lâcheté, au mariage des prêtres; et nous le verrons pousser le scandale aux dernières limites par l'apostasie la plus révoltante.

— Exécution de la loi sur le sekment dans les diveus DIOCÈSES de France. Ce qui s était fait h Paris fut imité dans les provinces. Dans quelques-unes, on n'avait pas même attendu le terme fixé par les décrets du 27 novembre, pour exiger des ecclésiastiques, réputés fonctionnaires publics, le serment prescrit par la constitution (1). Mais dès

» nous , N. T. C. F,, nous lui devons d'exercer canoniquemenl sur les V bords de la Seine , le ministère ijuc nous exercions tristement , hum- » blement et sans gloire, dans les rochers et les neiges de la Suisse,... De » misérables préjugés nous avaient accompagné jusqu'ici, et pouvaient « alarmer notre conscience. Nourri de l'étude de la théologie, nous n'avions » attaché que de fausses idées à ces mots de communion catholique, d'auto- )» rite ecclésiastique, de chaire apostolique et romaine.... Avec quel zèle > l'éloquent Mirabeau dissipait ces ténèbres et câlinait nos' scrupules in- » sensés. » Tout le reste est sur ce ton; ce mandement se trouve en entier dans V Histoire pnileT7jrntai)'e, tome IX, et il est reproduit par M. Jager, dans V Histoire île l'Eglise de France pendant la révolution, tome II, page 265. Quoi qu'il en soit de l'authenticité de cette pièce, qui après tout est digne de l'homme, qui le jour de son installation se' rendit au club des Jacobins, pour les remercier de leurs bons oITlces, et les inl'oruier qu'il puiserait au milieu d'eux des leçons de .sagesse et de niodùi ation, on ne peut du moins révoquer en doute le mandement donné par lui le 21 avril, oii l'on retrouve toutes les erreurs, les sophismes des constitutionnels, et leurs calomnies ordinaires contre les pasteurs légitimes.]]

(1) [[Un des départements dont l'administration se montra le plus empressée à demander le serment l'ut le, département de l'Aisne : le siège épiscopal avait été conservé ii Soissons; M. de Bourdeiilcs occupait ce siège depuis 1763. Dès le 8 octobre 1790, le ])rocureur général syndic, au nom du directoire du département, écrivit au vénérable prélat pour l'inviter à (ixer te jour, où, en présence des oHlciers niunicipaux, du clergé et du peuple, il prêterait le serment, qui, disai(-on, ntettrail le comble aux vœux de son troupeau. Sur son relus ))ositit", on crut vaincre sa résistance par desnienafcs; et devançant l'Assemblée nationale elle-même, les autorités départemenlales annoncèrent le 12 octobre, que les évêchés et les cures étaient réputés vacants par le refus du serment, et que tout traitement était refusé aux prêtres qui ne le prêteraient pas. M. de Bourdeiilcs opposa à ces menaces une instruction ])astorale, à laquelle adhérèrent par un acte public les chanoines du chapitre de Soissons et les curés de la ville. L'ardeur des magistrats n'en devint que plus vive. Le 12 novembre, le directoire déclara l'évêque de Soissons déchu de son siège, et chargea le procureur général syndic de convoquer les électeurs départementaux, le l'5 du même mois, pour donner un successeur à M. de Bourdeilles. Ces résolutions parurent prématurées à l'Assemblée nationale, (jui désapprouva formellement la précii)itation du di-

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