‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 2)Chapitre 4 sur 21 · ANNÉE 1791. G'J · texte numérisé non relu

ANNÉE 1791. G'J

le commcnccmcnl de 1791 , on pressa presque partout l'cxéeulion de la loi, avec d'aulaiU pins d'ardeur (ju'on savait (pi'elle répu,;;nait à la eonscieuce de la plupart des ecclésiastiques ; estait évidemment Talliéisme et rinq)iélé qui ['eij'juaient de vouloir rappeler les |)rètres à la pureté du christianisme jirimiiif. Pour les y dclerminer , on emplovait presque partout l'artifice, la séduction, la menace, et souvent le mensonge, comme quand on sY'fïoreait de leur persuader que la plus grande partie avait obéi à la loi. Les églises furent en beaucoiqi d'endroits le théâtre des scènes les plus violentes , que suscitaient d'ardents patriotes (1), Pendant quelcpies mois, il se trouva dans plusieurs provinces des autorités civiles bienveillantes, ou du moins sensées, qui auraient lacilement connivéaux scrupules du clergé: mais on vit, dès les commencements de 1791, s'organiser partout cette arme formidable d une dénonciation effrénée, que le club des Jacobins propagea si rapidement par ses alliliations nombreuses. Les hommes nuxh'rés furent dès lors exposés à toutes les vexations, quand ils ne se faisaient pas les itislrumentsde la tyrannie 5 et dans toute la France l'épreuve devint terrible (2).

lectoiic, cl tu siisppiidre ces mesures. On conçoit facilement que des que le terme (ixé j)ar la loi du 27 novembre (ut arrive, on en pressa rigoureusement l'exécution. Un certain nombre d'ecclé.--iasti(|nes des diocèses de Soissons et Laon avaient prèle le serment avec des explications ou des réserves (jui mettaient leur (onscience à convert : mais d'après la loi du 4 janvier 1791 [voyez i)hisl!;int, page 57), tout serment (pii n'était pas sim])le et absolu était regardé comme nui. En consé(|uence de la résistance courageuse de M. de Bourdeilles, l'élection de son successeur tut délinilivement fixée ..1H 21 janvier Après le refus de D. Flamin, le cboix tomba sur Marolles, curé de Saiiit-Quenlin, dont nous verrons, sous la date du 23 février, la consécration sacrilège. Un liistorien récent, i\I. l'Ieury, dans l'ouvrage intitulé : Le cierge du département de l'Jisne pendant la rc\'oltition, tome I, a donné, sur les incidenis (|ui eurent lieu à celte époque dans les diocèses de Soissons et Uaon, des delaiis très-precis et très-curieux.]]

(1) [[On a cite deux curés assassinés en cliaire, l'un à I>angres, l'autre aux Grandes-Loges. {Mercure de France, du 2i) janvier 1791.) Le curé des Sept- Tours, en (Miampagne, était monté en chaire; pour expliquer les l•ai^ons qui le déterminaient à refuser le serment, lorsii.i'nn liomn e du peuple décliatgea son lusil dans la poitrine du |)rt dicileur. l/i^hiirc dn clcri^c <lc France pendant lii rauilntion, par Régnier, tome I, page 274.)]]

(2) :[Le 21 janviir 17!)1, au club des ,lac(d)ins de Paiis, tous les yliiiis de lu

Le clergé de France se montra à la fois supérieur aux Diéo^es et aux violences , et rien ne l'entraîna dans le schisme. Sur cent trente-trois eveques qui existaient en France, trois seulement s'enrôlèrent sous le drapeau delà nouvelle constitution : ce furent le cardinal Loménie de Brienne, archevêque de Sens-, de Savines, évêque de Viviers, et de Jarente, évêque d'Orléans. (L'évêque d'Autun avait déclaré qu'il abdiquait, dès les premiers jours de février). Ces trois noms n'apportèrent pas un grand lustre à la cause qu'ils avaient embrassée. Le premier, déjà connu par ses liaisons avec le parti philosophique, essaya d'excuser sa déiuarche dans une lettre du 30 janvier au Pape, oîi il disait que son serment n'emportait pas son assentiment à toutes les opérations de l'assemblée, et se restreignait à la conduite de son diocèse. Pie VI lui adressa le 23 février un bref de reproches, exprimés toutefois avec bienveillance. La publiciîé de ce bref piqua l'archevêque, qui, par une indigne lâcheté, renvoya le chapeau de cardinal (l). Les deux autres prélats assermentés donnèrent depuis dans les plus graves écarts. Tous les autres évêques repoussèrent les innovations. Un très-grand nombre réclamèrent publiquement contre les décrets, soit par des insiruclions ou mandements, soit par des lettres ou actes authentiques. Ils se firent un devoir d'éclairer les peuples sur les questions alors agitées, et sur le schisme qui allait s'opérer. Parmi ces prélaîs on distingua les évêques de Langres et de Boulogne. Une instruction pastorale du premier à son clergé, en date du 15 mars 1791, fut adoptée immédiatement par

constitution (c'était le nom que prenaient les afTiIiês) prêtèrent le serment de défendre de leur fortune et de leur sanff tout citoyen qui se de^'Oueraii à la dénonciation des traîtres a la patrie et des conspirateurs contre la liberté. [Mercure de France, du 5 février 1791.)]]

(1) [[Le bref an cardinal de Loménie se trouve dans la Collection des brefs de Pie VI, par Hulot II eut une grande importance à cette époque, parce que jus(|ue-là le Pape «e s'était pas encore prononcé d'une manière aussi formelle contre la constitution civile. [On trouvera la réponse très insolente du cardinal dans V Histoire de l'Eglise de France, par Jager, tome li , page 227.]]

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trente et un évêques , auxquels d'autres se joignirent encore depuis (1).

Il est certain que la plus saine , et même l;i bien plus nombreuse partie du cierge du second ordre, suivit 1 exemple lies évèipies. Au commenceiuent , il est vrai, il y eut quelque incertitude : en quelques endroits, connue à Amiens, les autorités civiles elles-mêmes avaient d'abord conseriti à recevoir des réserves importantes que faisaient les prêtres, dans le sens de la formule qu'avait proposée l'évêque deClermont. Un certain nombre d'autres s'étaient un peu trop conCu'sk r explication qu'on avait clierché à lui donner : mais à mesure que la vérité fut mieux connue, et que les illusions furent dissipées , on vit dans tous les diocèses les refus les plus positifs, et des rétractations plus courageuses encore peut-être (2).

(1) On trouve un recueil de ces réclaiiialions épiscopales dans la Collection ecclésiastique, rédigée par l'abbé Giiillon, en 14 volumes in-S"; elles \ sont au nombre de eenl cinquante : car plusieurs évêques eurent a s'exjiHqner plus d'une lois, tantôt sur le seimeni, tantôt sur les élections, ou sur d'autres circonstances de ces temps de crises. Outre celte collection, il en parut une antre à Rome par les soins des abbés Marchelli et Viviani. Nous en possédons une autre ou l'on a réuni une centaine d'écrits divers des évêques. On a donné dans ['Jmi de la iclujion, tome \XV, page 289, le tableau de ces réclamations.

(2) On a cherché souvent à déterminer par approximation le nombre relatil des asienncntcs et des insermcnlcs.W serait didiiile de donner à cet égard une estimation exacte, attendu la diversité de conduite (pie l'on tint dans les différents diocèses. L'abbé Charlier dit dans Wlbiége chronologique pour sennr à V Ilisloiie de l'Eglise gallicane pendant la tcuiie île V^lsscmblÉe ntUioiialc, 1791, in-8" : « H est cert;iin que sur la totalité des eeclésias- » tiques qui exerçaient dans le royaume les fonctions publi<jues du ministère, » le nombre de ceux qui ont prêté le serment sans restriction ne s'éleva pas

>» au delà d'un quinzième; les autres l'ont prêté avec les exceptions conve- » nables, ou l'ont absolument refusé, et cette dernière classe est de beaucouj) » la plus nombreuse. » D.ms V.Jpologie du clergé, par l'aJjbé lilandin, citée plus haut, on essaie aussi, page S6, d'apprécier le nombre des assernicnlés, et on le réduit à très-itcu de chose. Nous avouons que les deux estimables écrivains nous paraissent avoir donné beaueoui) aux conjectures. \ l'époque oii ils faisaient leurs calculs, on ne pouvait pas bien connaître à P.iris le nombre respectif des deux fractions du cler-e dans li s divers diocèses. Il est dit dans les Annt.le-i pliiUnophiqnes, tome !«', page 463, que les trois quarts des prêtres ont refuse ou retracte \v serment de 1791. On écrivit à ce sujet, le 8 juin 179'., au rédacteur <lcs .itutnles, que, d'apr.^s la connaissance i]ue l'on avait des départements du Var, des Bouches-du-Rhône, de l'Aude et de l'Ariége, les sept huitièmes au moins avaient refusé ou rétracte le même

Ne pouvant présenter îe tableau des assermentés et des insermentés pour tous les diocèses, nous citerons pour exemple ce qui se passa d;ins le diocèse de Toulouse, où le clergé était nombreux, où il y avait beaucoup d'établissements ecclésiastiques et religieux. A Toulouse même, le serment futrefiisé par l'archevêque, M. de Fontanges, qui occupait ce siège depuis 1788, par ses deux vicaires généraux, par le chapitre métropolitain en entier, par le chapitre de Saint-Sernin, par les huit curés de la ville, par tous les vicaires, par les supérieurs des quatre séminaires, par tous les professeiHS de théologie, moins un qui devint évêque constitutionnel du Gers. Presque tous les professeurs des autres facultés firent cause commune avec les professeurs de théologie. Les corps religieux fournirent d'honorables exemples d'attachement aux règles de l'Eglise; il n'y eut parmi eux qu'un très-pefu nombre dé défections. Les Augustins réformés furent tous fidèles. Parmi les Cordeliers de la grande observance, qiii étaient fort nombreux et fort considérés, il n'y en eut pas un qui fléchit. Les Bénédictins, qui formaient un chapitre régulier, ayant été chassés de leur monastère, s'imposèrent les plus grandes privations pour vivre en communauté, jusqu'à ce qu'on leur enviât cette dernière consolation. Les Lazaristes et les Sulpiciens furent, dans cette occasion comme dans les autres, la lumière et le modèle du clergé. Quelques doctrinaires et quelques oratoriens firent le serment 5 mais dans ces deux corps même, quoique aff'aiblis par le jansénisme, l'Eglise trouva des hommes fidèles à leurs devoirs (l).

Le clergé du diocèse suivit les traces du clergé de la ville épiscopale. Il y avait six archiprêtres : un seul,

serinent: que si, ajoutait-on, dans quelques autres départements le nombre n'en est pas aussi considérable, il l'est beaucoup plus dans certains, puisqu'on n'y trouve prescjuc pas d'assermentés, {/liinitles, lome II, page 22.)

(I) A l'Oratoire, on distingua le supérieur du séminaire et le curé de la paroisse, les pères Hombeau ctRouze, et ])arinili-s doctrinaires, le père Théron, provincial, le père Renaix, recteur au collège de ri'.scuille, les ])cres Saint- Aguc, Gottc, etc. Au milieu de la défection des maîtres séculiers qui dirigeaient le collège, l'iiljbé Surnge, pvinciiial, se fit remarquer par sa témérité.

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celui do Monlaslruc , qui clail étran(îcr au diocèse, se rangea sous les étendards du schisme-, mais prcsc|ue tous les cures furent fidèles. Il y avait deux chapitres (réalises colkv^iales. celui de rile-en- Jourdain et celui de Saint-l'élix-, aucun de leurs nieinhres ne succomha. Il existait encore dans plusieurs grandes paroisses, comme (irenade, \ erdun,etc., des soci'tés de prèlres appelés consorlistes^ tous restèrent attachés aux |Mincipes. Les communautés religieuses répandues dans le diocèse, comme les Hernardins deGransclve, les Bénédictins du Mas-de-Verdun, les Capucins de Grenade, les Uéeollcts de Verdun, les Prémontrés de la Capellelle, les Cordeliers de Muret, se montrèrent dignes de leurs confrères de Toulouse. Il ne faut point oublier de signaler la conduite des vicaires : on en comptait environ quatre cents dans le diocèse^ douze tout au plus donnèrent l'exemple de la faiblesse -, tous les autres refusèrent les postes qui leur étaient offerts, et se résignèrent au sort qui les attendait. Les jeunes élèves du sanctuaire refusèrent de se laisser imposer les mains par les évéques constitutionnels (l). Combien les religieuses furent admirables par leur fidélité à leur vocation au milieu des plus cruelles épreuves! Leur courage égala toujours leur piélé.

On ne sera point étonné après cela de l'esprit général qui animait les fidèles. Ils fuyaient les schismalicpies et bravaient lesdangerspoiu' recourir au minislèredesprétres caiholicpies : c'était ceux-ci qu'on appelait pour assis'er les mi'.hules-, c'était d'eux qu'on voulait recevoir la bénédiction nuptiale. Les secours spirituels étaient distribués >avee ordre à Toulouse et dans le diocèse. En l'absence de l'arehevèque, qui s était réfugié en Espagne, l'abbé Dubourg, chanoine de la métropole, grand vicaire du prélat, et de plus nommé par le pape vicaire apostoli([ue pour la province, dirigeait le clergé avec autant de sagesse que de

(1) Nous iiniitioniu-ions ici des ccclcsinstiiiucs qui a|)i)ai Iciiaiciil .111 tliocèse de Toulouse par leur naissante, et qui depuis ont rie ekvi s a l'episcopat, Icls ([uc !(-• eardin.il I.Uour d'Auvergne, évè([iie d'Arr.is, M. d:; Aillèle, arth'Jvèque de Bourges, M. Sivy, évèi[u<' d'Aire.

zèle- c'est le même qui devint depuis évêque de Limooes (l). Chaque diocèse devrait ainsi recueillir avec soin les détails qui se rapportent à cette grande époque : ce serait pour les générations cléricales qui s'élèveront successivement un monument aussi instructif que glorieux, et surtout très-propre à soutenir leur courage dans les épreuves dltliciles (2).

— Le 25 février. Sacre des premieus évêques cotjstttuïioNNELS, A Paris. Aussitôt que le refus des titulaires, évêques et curés, avait été constaté, on s'élait occupé de leur remplacement. Les élections, dans les départements, se ressentirent presque partout de Tesprlt qui régnait alors et de la composition des assemblées. Des prêtres dont l'opinion avait fait justice, des moines ardents à violer leurs règles, des hommes qui n'avaient d'autre mérite que d'avoir embrassé la révolution avec chaleur, des prédicateurs zélés du patriotisme, obtinrent les suffrages. Il était naturel que, dans cette création subite de tant d'évêques, on n'oubliât point les curés qui, dans l'Assemblée nationale, avaient donné l'exemple de la défection. Après avoir contribué à dépouiller les véritables évêques, ils méritaient d'en partager l'héritage. On vit donc une vingtaine d'entre eux , pour prix de leur désintéressement et de leur pa-

(11 Exilait tl'nne note qu'on a bien voulu nous envoyer et (|ui était rédigée par un respectable curé de Toulouse.

(2) Ce travail a clé fait pour beaucoup de lieux. C'est ainsi qu'un ouvrage récent, intitulé : Mémoires eccliisiastlques sur Layal, par M. BouUier, donne les renseignements les plus positifs sur le nombre respectif des insermentés et des assermentés. On y voit que sur cent quaire-vingt-neuf prèires séculiers que renfermait le district de I>aval, il n'y en eut que dix-neuf qui adhérèrent au schisme. Dans les six communautés de religieux qui s'y trouvaient, on ne compte que sept religieux qui arccptèrent des i)liices dans la nouvelle église. La plupart étaient étrangers, et s'éloignèrent m l'91.

[[L'ouvrage de M. Tresvaux, intitulé : Histoire de la persécution révolutionnaire en Bretagne, renferme des documents précieux pour cette partie si importante de la France.

Nous devons également mentionner pour les diocèses de Soissons et de Laon, et pour une partie de celui de Nuyon : Le clergé du département de VÀiiue, p;ir M. Fleury, 2 vol. in-8», 1833. L'auteur a recueilli avec soin tout ce que les mémoires manuscrits des ecclésiastiques fidèles avaient laisse de souvcniis ])<>ur les diocèses de Soissons et Laon.]]

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triolisme, succéder à ceux qu'ils avaient fait chasser, et s'asseoir sans mission sur les sicf^es de leurs évèques vivants et non destitués. Il y eut un .«rrand nombre de départemenis, où, par un abus, contre lequel Camus luimême crut devoir s élever, on nomma pour évécjues des houjmes qui y étaient totalement inconnus.

On ne doit pas omettre que plusieurs des ecclésiastiques élus par les collèges électoraux refusèrent positivement. Nous citerons entre autres Tabbé Tboumaiii des Vaupons, grand- vicaire de Dol, nomnié à l'cvèelié de la Mayenne 5 Guégan, curé de Pontivy, élu pour le Morbihan ; Ciervais, curé de Saint-l'ierre à Caen, élu pour le Calvados-, JMourillon, curé de Néoux, élu pour la Creuse ^ Flamain, abbé prémontré de Cuissy, élu pour l'Aisne ; Servant-Duvivier, supérieur de la maison de 1 Oratoire à Saumur, élu pour la Vendée. Les deux premiers avaient écrit au pape, et l'on trouve dans la collection des brefs de Pie VI deux brefs qui leur sont adressés, sous les dates du 2 février et du 30 mars 1791. Le Pape louait leur refus, et les engageait à y persister (1). Mais la jdupart de ceux qui furent élus ne furent pas si scrupuleux, et acceptèrent avec empressement le dangereux fardeau qu'on leur imposait.

Ce n'était pas assez de s'être fait élire par les assemblées des d('parlements; il fallait trouver des évèques qui voulussent bien donner la consécralionépiscopale. Ce fut pour cela qu'Expillv, député à l'assemblée, ayant été, des le 30 octobre 1 7 90, élu évèque du Finistère, se présenta juridiquement 'e 1 1 janvier, accompagné de deux notaires, à M. de Girac, évèque de Rennes, ville qui, dans la nouvelle circonscription, était la métropole de Quimper. Ce prélat lui répondit le 15 janvier par une déclaration ferme et bien motivée, ou il lui montrait la nullité de son élection et refusait de prêter les mains à sa consécration. Rebute de ce coté, et ne trouvant dans l'étendue de la métropole du nord-ouest aucun évêque qui voulût consentir à

(1) Coilcctio Breriiiri PU f'I, par Hiilot, i)age lOS.

cette intrusion manifeste, Expilly profita de la faculté accordée par la loi du 24 novembre 1790 (1), et eut recours à l'évéque d'Autun, qui ne pouvait évidemment confirmer et sacrer un évéque d'une église aussi éloignée de la sienne. L'évéque de l'Aisne, MaroUes, prit le même parti et pour les mêmes raisons : aussitôt après son élection (le 4 février), il avait requis l'archevêque de Reims, qu'il appelait métropolitain du nord-est, de le confirmer-, puis, après avoir éprouvé le même refus des évêques de laMeurthe et de la Moselle, il avait reçu du directoire du département un arrêté qui lui permettait de s'adresser à tout évêque assermenté (2). C'est en vertu de ces pouvoirs, que, sans demander le consentement de l'ordinaire, sans commission du Pape, sans le serment ordinaire au Saint-Siège, sans examen, sans confession de foi (3), malgré les irrégularités des deux élections, quoique, d'une part, le chapitre de Quimper eût protesté, et que, de l'autre, l'évéque de Soissons vécût et réclamât, l'évéque d'Autun sacra, le 25 janvier, dans l'église de l'Oratoire à Paris, les curés Expilly et MaroUes pour évêques du Finisfèrc et de l'Aisne. Il était assisté dans cette cérémonie par Gobel, évêque de Lydda, et Miroudot, évêque de Babylone (4). Mais si l'évéque

(1) Vojez-[>\ns haut, jjage 16.

(2) L'arrêté du dirocloire est rapporté textuelleiKcnt dans l'ouvrage déjà e;té : Le clergé du département de l'Jisne.

(3) On lit dans le bref du 13 avril 1791, qu'il n'y eut au sacre du 25janvicr, ni examen des élus, ni profession de foi , ni serment ordinaire au Pape. Gobel assure piurtant dans une circulaire du 7 juin 1791 à son clergé, que ces formalités ont été remplies. « Je puis attester, dit-il, avec un uom- » bre considérable de témoins qui y furent présents, que ledit examen a eu » lieu de point en point , comme il est pres(!rit dans le pontifical, que l'o- » béissance canonique duc au Pape comme au successeur de saint Pierre, y » a été promise , et que la profession de foi s'y est faite dans les termes et » dans les formes exprimées dans ledit examen. »

[[Des hommes attentifs s'assurèrent, encfl'et, que du moins les cérémonies essentielles avaient été accomplies. Ceux (|ui ont vécu dans l'inlimité de l'abbé Emcry nous ont alfirmé que ce supérieur du séminaire de Sainl-Sulpice avait fait soigneusement examiner un fait, dont les conséquences étaient si graves pour l'avenir de l'Eglise g.illicane ]]

(4) Jean-Ba|)tiste iMirou<lot, né à Vesoul en l'2G, religieux de l'ordre de Cîteaux, avait été fait évêque de Babylone en 177G, et n'alla pas plus loin

ANNÉK I71.il.

d'Autini, qui donna sa démission vers ce même lemps pour ne plus s'occuper que de; (biietioiis poliiicpies (l), put communiquer aux élus le earaelère épi^eopal, il n'éfail pas eu sou pouvoir de leur donner la eoudrmalioii el linblitution canoui(|ue, cl de leur conférer sur leuisdéparlements une juridiction qu'il n'avait pas lui-même. Quand même l'ancienne discipline, invoquée par les défenseurs de la constitution du elerj^é, eût encore été eu vioucur, elle r.ttrlbuail le droit de confirmation aux métropolitains ou aux conciles provinciaux. Oi", ni les uns ni les auires ne conlîrnièrent les nouveaux évêcpu-s. Ils n'eurent donc évidemment aucune mission. Vainement s'avisèrent-ils de dire, pour se tirer d'affaire, cpie leur ordination seule les investissait de tous les pouvoirs. Ou avait cent fois réfuté celte vaine prélenlion, inventée par le besoin.

Cependant les éicclions sacrilèges se continuaient 5 les

qu'Alop ; il revint à Paris, oii il snpjiléait quelquefois l'archevêque pour les fonctions é|iisio|)alcs. Il fut mal récompensé de son zèle, à servir les coiisliiutionnels, jx-rtiil la pension que lui faisait la Fro]).igandc, et mourut à l'hôpital des Incurables, en 179S.

On ne doit pas être étonne de voir l'église <le lOraloirc servant à cette profanation. I.e P. Poirel, supérieur de celle maison, avait prête le serment et avait même accepté la cure de Sainl-Sulpicc.

(1) [[Charles-MauiicedeTallejrand-Périgord, évêque d'Aufnn, avani même de faire le sacre des deux premiers évêqiics constitutionnels, avait ahdi(iué sa dignité, et avait abandonné l'exercice de sa juridiction à révêi|ue élu; ei cette circonstance rendait encore ])Ims illégale l'acte du 24 février. Ses vicaires généraux, restés fidèles à l'Mglise, se trouvèrent dans un grand embarras : des théologiens et descauonistes de Paris, qu'ils consultèrent d'abord, trouvèrent que les actes de l'evêquc équivalaient à une revocation tacite des pouvoirs qu'ils tenaient de lui. Ils s'adressèrent au Saint-Siège, par une lettre datée du 2» février; et le cardinal Zclada leur lépondit au nom du Pape, (ju'ils avaient raison de douter si leurs ])ouvoirs continuaient : car quoique le renoncement à la dignité épi.scopale soit un acte nul, tant (|ue le Souverain-Pontife ne l'a pas accepté; cependant celui (|ui renonce à sa dignité en perd la possession , et d'autres ne ))euvent exercer en son nom. IJans celte situation, le Pajie aurait pu user à l'égard de l'Eglise d'Aulun de ce jjouvoir que lui attribuent les canons, tjiiand le cas d'une vacante improprement dite se présente. Mais dans la circonstance, il aimait mieux s'en rapporter au chapitre d'.\utun, et à l'archevêque de I.yon, que les vicaires genér.iux avaient dit être Vaihninislratcur ne de l'éi^lise d'.Vulun\acantc; et il ne conférait des pouvoirs à ces uiêmes vicaires généraux que jusqu'à ce qu'ils eussent pu recourir au chajjitre d'Autiin et à rarihevè(|ue de I.yon. [Collectio bresinm PU f'I, page lli.Vj

78 AiNINÉE 1791.

nouveaux sièges se remplissaient, et les élus se consacraient les uns les autres. Dès le 27 février, l'évèque de Lydda, accompagnéd'Expillyet de Marolles, donna la consécration à Saurine, élu pour les Landes : celui-ci, à son tour, dès le 6 mars, imposait les mains à Massieu, cvéque de J'Oise, et à Lindet, évêque de l'Eure, puis, quelques jours après, aux évêques de l'Indre et de l'Allier, dont les sièges, Châteauroux et Moulins, n'existaient qu'en vertu de la constitution civile. C'est ainsi qu'avant que la moitié de l'année eût été passée , la France cffrit ce désolant spectacle d'une église schismatique organisée dans toute son étendue, et d'un épiscopat improvisé, lullant audacieusement avec les évêques légitimes qui , presque tous , étaient pleins de vie, et dont le plus graud nombre n'avaient pas encore quitté le sol de la patrie (1).

(1) Nous reproduisons ici la liste des premiers évêques constitutionnels, telle que M. Picot la donne dans le Piécis historique sur l'éj^lise comlitutionnelle qu'il a placé dans les OEuvres de M. de Boulogne. On doit se rappeler que dans la nouvelle constitution, les évêques étaient désignés non par le nom de ki ville oii ils étaient établis , mais ])ar celui du département qui formait leur diocèse. On avait trouvé cette dénomination plus conforme aux principes de l'égalité et à la destruction de toute prééminence. On disait donc Vé^'éque de la Manche, des Landes, etc, : ces prélats semblaient n'avoir à gouverner que des rivières et des montagnes.

MÉTROPOLE DES COTES DE LA Manche. — Scine-Inférieuve : à Rouen, Louis Charrier de la Roche, prévôt d'Aïnai, à Lyon. Calvados: à Dayeux, Claude Fauchet, prédicateur. Manche : à Goutances, François Becherel, curé de Saint-Loup. Orne: à Séez, J.-A-S. Lefessier, curé deBerus; à Evreux, R.-T. Lindet, curé :i Bernay. Oise : à Beau vais, J.-B. Massieu, curé deSergy. Somme : à Amiens, E.-M. Desbois de Rochcfoit, curé de Saint-André-des- Arts, à Paris. Pas-de-Calais : à Saint-Omer, P.-J. Porion, curé à Airas.

MÉTROPOLE DU NonD-EST. — Marne : a Reims, Nicolas Diot, curé de Vanderesse. Meuse: à Verdun, J.-B. Aubry, curé de Besle. Meurthe: à Nancy, Luc-François Lalande, de l'Oratoire. Moselle : à Metz, Nicolas Francin, curé de Fieimacher. Jrdennes : à Sedan, Nicolas Philbert, Lazariste, curé de Sedan. Aisne: à Soissons, C -E.-F. MaioUcs, curé à Saint-Quentin. JVord : à Cambrai, C.-F.-M. Primat, de l'Oratoire, curé à Douai.

Métropole de l'est. — Doiths : à Besançon, P.-C.-F. Séguin, chanoine de la cathédrale. Haut-Rhin : à Colmar, Arbogast Martin, sous-principal du collège. Bas-Rhin : a Strasbourg, F. -A. Brendel, professeur à l'université. Fosges : à Saint-Dié, J.-A. Mandru, curé d'Aidolles. Haute-Saone : à Vesoul, J.-B. Flavigny, curé de Vesoul. Côle-d'Or : à Dijon, J.-B. Volfius, professeur au collège. Haute-Maine ; à Langres, A. -H. Wandelaincourt, profes-

ANiNEli l'-.H.

Les évèqnes départcnicnlaux s'empressèrent ensuite de former leur clergé; ils ne trouvèrent que trop de prêtres

scuv à Verdun. Jura : ii Saint-Cl.uulc, F.-X. Moy^c, professeur à Dole,

MÉrnopOLE Df nord-olksï. — Ille-ct-f'itnine : à licniies, Claude Le Coz, principal du collège de Quiinper. Cnle<i-dn-l\'ord : à SairU-Biieuc, Jean- Marie Jai(il), curé de L:\iin(l)ei(. Fini !^ tire : ;i Oiiiniprr, L.-A. rx|.illy, recteur à .Morlaix. f.oiie-Infcriciirc: a Nantes, Julien Minée, curé à Saint- Denis. i»/flt/Jt'-e/-Z.oi;e : !» Angers, Hugues-Pelletier, Genovéfain, prieur de Beanport. Morbihan : à V;mnes, Charles Leniasle, cure d'ilerhignac. Sarthe : au Mans, J.-G.-R.-F. riii<lli(>nune, curé au Mans. Mayenne: à Laval, U.-G.-L. Villar, doctrinaire et principal, à la Flèche.

MÉTiiorotE DE LA Ski.ne. — Scinc : à Paris, J.-B. Gnhel, évoque de Lydda, suO'ragant de Baie. Seiiic-cl-Oise : à Versailles, J.-J. Avoine, curé de Gomecourt. Euie-et-Loiie : \\ Chartres, Nicolas Bonnet, curé à Chartres. Loiret: à Orléans, L.-F.-A. de Jarente, ancien évèque. Yonne: à Sens, E.-C. de I.ouiénie, ancien archivèque. Aube : à Troyes, Augustin Sihille, curé à Troyes, Seine-et-Marne : à Meaux , Pierre Thuin, curé à Montereau.

MÉTROPOLE nu CENTRE.— Chcr : Il Bourges, Pierre-A. Torné, doctrinaire, Loir-et-Cher: à Blois, Henri Grégoire, cnré d'Enibersniesnil. Indre : a Chàteauronx, René Héraudin, curé de Chaillac. Indre-et-Loire : à Tours, Pierre Suzor.curé d'I^cueilly. tienne : à Poitiers, René Lecesve, curé à Poitiers. Creuse: à Guéret, Antoine Huguet, curé de Bourganeuf. Allier : à Moulins, F.-X. Laurent, curé d'Huilleaux. i>7èi'/c : à Nevers, Guillaume Tollet, curé de Venderessc.

3IÉTUoroLi; nr sid-olest, —Gironde : à Bordeaux, Pierre Pacarau, clianoine de la cathédrale. Fendee : à Luçon , F. -A. Rodrigue. Charente-Inférieure : à Saintes, J.-E. Robinet, cure de Saint-Juvinien. Landes: à Dax, Jean-Pierre Saurine, avocat. Lot-et-Garonne : à Agen , André Constant, Dominicain, professeur de théologie h Bordeaux. Dordogne : à Périgueux , Pierre Pontard, curé à Sarlat. Corrèze : à Tulle, J.-J. Brival, ancien jésuite, curé de Lapleau. Haute-Vienne: à Limoges, Léonard Gayvcrnon, curé de Compieignac. Charente : à Angoulême, P. -M. Joubert, curé de Saint-Martin. Deux-^èi'res : à Saint-Maixent, J.-J. Mestadicr, curé de Breuil.

' MÉTROPOLE dl &vi>.-^ Haute-Garonne: ii Toulouse, .V.-P.-H. Sermet, Carme déchaussé. Gers: à Auch, Barthe , professeur de théologie à Toulouse. Aude : à Naibonne , G. Besaucelle , doyen du chapitre de Carcassonne. Turn: à Albi, J.-J. Gausscrand, curé de Rivière. Basses-Pyrénées : à Oleron, B.-J.-B. Sauadon, Bénédictin, ]>rofes.seur à Pau. Hautes-Pyrénées : à Tarbes, J.-G. Molinier, doctrinaire, recteur du collège. A^'eyron : à Rhodez, Claude Debertier, curé de la Guiole et supérieur du collège. Lot: à Cahors, Jean Danglars, curé de Cajare. Pyrénées-Orientales : à Perpignan, Gabriel Deville, curé de Saint- Paul de Feuouillet. Airiège: à Pamiers, Bernard Font, curé de Bénac.

Métropole des côtes de la Méditerkanée. — Bouches-du-Rhone : à Aix, C.B. Roux, curé d'Ayragues. Corse: à Bastia, L-F. Guasco, grand vicaire

qui se rangèrent sous leurs drapeaux. Quelques-uns purent, au connnencement, se laisser entraîner dans cette cause par ignorance ou par de bonnes vues; mais ceux-ci l'abandonnèrent bientôt, ou ils n'eurent plus d'excuses quand ils virent le Souverain-Pontife s'unir aux évèques de France pour proscrire les nouveautés de la constitution civile. D'autres, qui avaient été élevés dans des communautés imbues du jansénisme, cédèrent à des préventions invétérées. Mais la circonstance la plus déplorable, fut la précipitation avec laquelle les nouveaux prélats imposèrent les mains à des hommes affamés, qui venaient recueillir les dépouilles du sanctuaire, et qui bientôt après donnèrent le spectacle de l'apostasie la plus honteuse (1).

Malgré tout 1 appui de la loi et la violence même des ennemis de l'Eglise, ce ne fut pas sans éprouver presque partout la réprobation la plus sensible , que soit les évéqucs, soit les curés , purent entrer en fonctions. Indépendamment de l'horreur que leur témoignaient partout les vrais

de Mariana. f^'ar : à Fréjns, J.-J. Rigouard, curé de Sollies. Basses-Alpes : à Digne, J.-B. Roiné de Villeneuve, curé de Vallensolle, Hautes-Jlpes : ii Embrun, Ignace Cazcneuve, chanoine de Gap. Drame : à Valence, François Marbot , curé près Valence. Lozère: à Mende, Etienne Nogaret. Gard: à Nîmes, J.-B. Dumouchel , professeur au collège de la Marche, recteur de l'université de Paris. Hérault : à Bézicrs, dom Pouderoux , curé de Saint- Pons.

MÉTROPOLE DU SUD-EST. — Rliâiie-et-Lolre ; à Lyon, Adrien Lamourette, Lazariste. Cantul : à Saint-Floui-, A. -M. Thibault, curé de Souppes. Puy-de~ Doute : à Clermont, F. -S. Périer, de l'Oratoire, supérieur du collège d'Efiiat. Haulc-Loire : au Puy, Etienne Delcher, curé à Brioude. Ard'eche : à Viviers, Charles Lafont de Savines, ancien évêque. hère : à Grenoble, Joseph Pouchût, curé de Saint-Ferjus. Ain : h Belley, J.-B. Royer, curé de Chavannes. Saône-el-Loire : à Autun, J.-L. Gouttes, curé d'Argilliers,

(1) [[Nous citerons pour exemple ce qui se passa à Soissons. MaroUes y ordonna un frère convers Augustin, qui avait quitté son couvent pour être sous-sacrislain de Saint-Roch : dans la même semaine, il lui donna le sous-diaconat le n.crcredi, le diaconat le vendredi, et la prêtrise le samedi. « L'évêque de l'Aisne imposait les mains à tous ceux qui se présentaient : )> point d'égards à l'âge ; il a élevé au sacerdoce des jeunes gens de vingt » ans; point d'intervalle : un sujet recevait tous les ordres le mcuie jour, ii » la même ordination. » (Mémoires de M. Brayer, chanoine de Soissons, cités par M. Fleury, dans l'ouvrage intitulé : Le clergé du département (le V Aisne, tome I, page 3i'i.)]]

AN.MŒ 1791. SI

fidèles. Leur prise de possession suscilait presque partout une foule d'écrits plus ou moins sérieux , dans lesquels on contestait leur mission : on demandait de quel droit ils venaient occuper un siège non vacant , une cine ayant son pasteur léfjitime; on les écrasait avec lous les lémoi.'rnnj^es de la iradiiion- on les frappait de ridicule; et ils n'y prêtaient que trop par le ton de leurs pastorales et l'embarras de leurs apologies. Le titre méiiie de conslilulionncls qu'on leur donnait généralement, était un stigmate qui les caractérisait (I).

— Les 10 mars et 13 avril. Br.F.FS du pape kv\ évêqles DE France. Pie VI . qui, dès que la constitution civile avait été proposée, s était empressé d'avertir le roi des dangers qui en étaient les conséquences (2), avait cru prudent de ne pas se presser de publier une condamnation solennelle : mais lorsque, malgré les réclamations de 1 episcopat tout entier, il vit l'exécution d'une loi si opposée à la doctrine de l'Eglise, il ne pouvait plus garder le silence.

Le bref du 10 mars élait adressé aux évétpics députés à l'Assemblée nationale, qui avaient envoyé à Pie VI V Exposition des principes. On comprend que nous ne pouvons en donner qu'une bien courte analyse (3). Le p;ipe rappelait d'abord les demandes que lui avait faites Louis XVI, d'approuver provisoirement (\ue\(\\\cs points qui renfermaient comme la substance de la constitution civile; d'exhorter les évèquesde France à consentir eux-mêmes à la suppression ou h la division de leurs diocèses; de leur permettre de procéder à l'érection des nouveaux sièges, et de les autoriser à instituer les curés présentés selon le nouveau mode d'érection. Sur ces points si graves, qu'il avait soumis à l'examen d'une congrégation spéciale de ving-quatre

(1) Nous avons un recueil considérable de brochures, d'opuscules, (récri(s de controverse contre Gnbel , Grt'j^nire , <-?r(|U(! de I.oii -ct-C/irr , Dunioncliel. du G«/y/, Laiiiourelte, de RUô/ir-el-f.oir, l,efessier, Ac l'Orne, Avoine, de Scine-et-Oisc. Ces écrits courts et piquants jetèrent dès l'origine un vernis très-défaviiraldc sur le clergé constitutioniit 1.

(2} forez plus haut, page îî). |

(3 Bref Quod aliqnanluni. ('ollection de Hi:!of, page 4?.

cardinaux, il désirait avoir l'avis molivé des évêques de France: et, en aUendant, il reconnaissait que ce que lui avaient écrit les prélats de 1 Assemblée, en lui envoyant l'Exposition des principes, lui facilitait déjà Texamen de la Constitution civile.

Entrant ensuite dans des considérations générales, il prouvait par les condamnations précédentes qu'on ne pouvait excuser d'hérésie le principe qui servait de base à tous les décrets de l'Assemblée naiion^ile, savoir que la puissance ecclésiasiique dépend de Tautorité des princes. Il montrait l'exagération de cette liberté absolue de penser, d'écrire et d'agir en matière de religion, qu'on prétendait faire dériver de l'égalité naturelle, et qu'on attribuait également et aux infidèles, et aux hérétiques, et à ceux que le baptême avait faits enfants de l'Fglise. Il faisait ressortir l'opposition des principaux articles de la constiiuiion civile avec la juridiction du siège apostolique, qu'ils abolissaient en réalilé. Il répondait à ceux qui alléguaient que l'autorité temporelle avait pu statuer sur la discipline, comme étant susceptible de changements; et il leur opposait les anciens décrets de la Faculté de Paris, qui avaient condamné ce sentiment comme hérétique. « Combien sou- » vent, ajoutait-il, la discipline a-t-elle avec le dogme une » étroite union? combien sert-elle à en maintenir la pu- » relé? Aussi l'on voit les conciles prononcer 1 anathème » contre ceux qui ne sont coupables que de l'infraction de M lois de discipline. » Des exemples nombreux, pris dans les canons les plus anciens, et spécialement dans le concile de Trente, étaient apf)ortés en preuve.

Après ces préliminaires, le pape examinait premièrement ce bouleversement universel des sié^^es épiscopaux que renfermait la Constitution. Il démontrait par la tradition, que, quelqu'ait été dans l'origine le rapport entre les divisions politiques des provinces et celles des métropoles ou des évècbés, on ne pouvait pas conclure de l'une à l'autre. « Mais, dit-on, on demande que nous approuvions » la nouvelle distribution. Ne faut-il pas que nous pesions

a>m:i: i:!m. sj

') mùiTiiu'ut si I orij>ii)0 Inrcctc do «•es suppressions et de » ces divisions inconnut s auparavanl ne doit pas nous dc- » tourner de le faire. Il ne s agit pas seulemenl de dé- )) |)lacer les limites d'un ou de deux diocèses, mais de ren- » verser tous les diocèses d'un vaste royauujc ; de clian- »• ger la situation de tant il illustres églises, dont cpiel- I (lues-unes sont ab.iissées du rang de métropoles à celui 1) de simples évècliés, nouvcauié à lacpiclle s'est autrefois ) si vigoureusement opposé Innocent III... Il faut bien ') qu'avant de s uiclion-ier de telles mesures, nous interro ■ >) gions auparavant les prélaisdonl lesdioiis sont en cause, » de peurcpi'on ne nous accuse d'.noir violé les droits de la » pjslice. Il faut que nous connaissions les désirs des peun pies, à qui on enlève l'avantage de trouver plus promp- » temrnl et plus facilement leurs pasteurs. »

Le pape examinait en second lieu le nouveau mode d'é- Icciion aux siéjjes épiscopaux, mode cpii violaifsi ouvertement le concordat passé entre François l" et Léon X, et observé depuis deux cent cinquante ans. Comme l'Assemblée paraissait avoir embrassé l'erreur de Luiberet de Calvin, selon laquelle l'élection des pasteurs appartient au peuple cfe droit dwin, les preuves les plus solide s démontraient que, depuis l'origine de l'Eglise, on avait toujours cru et pratiqué le contraire. Les apôtres d'abord, bs pairinrcbes de l'anticpiilé , les souverains Pontifis avaient souvent donné des évéqucs aux peuples sans les consulter. Si le peuple avait été admis à piriiciper à l'élection, en exprimant son désir, en rendant témoignage à la personne, les troubb s et les dissensions qui en étaient résultés avaient nécessité lecbangemenl de la disci|)line sur ce point. Celle exclusion du peuple avait été faite avec sagesse, quand il ne s'agis>ait que des seuls catbolirpies. Mais (pie dire d'un décret, qui, ne tenant aucun compte du clergé, attribuait réieciion aux assemblées des d(^partemenis , où l« s juifs, les béiéiiques, les hétérodoxes de toute espèce avaient le droit d'intervenir ?

En troisième lieu, un article (\n\ paraît an Pape encore

plus détestable, c'est celui qui, après avoir envoyé l'élu au métropolitain ou à l'évêque le plus ancien, pour en ohienir la confirmation, prescrivait qu'en cas de refus, celui (jui aurait été exclu pût eu appeler comme d'abus au n»agistrat civil, et que celui-ci jugeât de la sentence de?, ir.étropolitains et des évêques, à qui seuls appartient la puissance de juger de la doctrine et des mœurs.

En quatrième lieu. Pie VI relevait les alleinles portées à ré|)iscopat parce conseil peimaneut des prêtres, dont plusieurs membres étaient appelés vicaires de plein droit ^^ dont les autres ne pouvaient être éloignés sans l'avis de la majorité ; dont l'évêque était obligé de suivre l'avis dans beaucoup de matières, et en particulier dans ce qui concernait le gouvernement des séminaires.

En cinquième lieu, la manière dont était réglé le traitement des évêques, cette pension en argent substituée aux revenus fixes des biens-fonds qui leur appartenaient, paraissait au Pape tendre à avilir l'épiscopat, et à le rendre méprisable.

Après des considérations graves sur la réduction du nombre des paroisses, le Pape déplorait amèrement l'invasion sacrilège des biens de 1 Eglise, tant de fois coudamnée par de saints décrets 5 l'extiuciion des chapitres, dont la principale occupation était de célébrer solennellement l'olîice divin -, la suppression générale des ordres religieux, si utiles à l'Eglise, au jugement du concile de Trente, des Pères les plus anciens, des plus grands docteurs; l'abolition des vœux monastiques, dont la dispense était réservée au Saint-Siège; la situation malheureuse où étaient réduites tant de vierges consacrées à Dieu, qu'on chassait de leurs cloîtres, malgré le désir ardent qu'elles exprimaient de persévérer dans leurs saints engagements.

Pie VI comparait ce qui se passait en France avec ce qui était arrivé en Angleterre sous Henri II, et depuis sous Henri VIH, et ne trouvait que trop de points de rapprochement : « Il y a cependant celte différence, ajoa- » lait-il, c'est que ks nouveaux décrets sont pires que

ANNKE 1701. ^!)

■>) ceux que portèrent autrefois les |)rinccs. » Puis il rapprochait la eoiidiiile du fameux Thomas Crammer de celle de Tévèquc d'Auiuii , qui s'ctail séparé de l'admirable union de tous ses eollèp,ues, (pii n'avait pas été frappé des réclamations de son chapitre, (|ui s'était exposé à toute la rifjneur des ju[;emenls canoiiitjues. Le Pape, en terminant, conjiu'ait les <''vè(HKs dans les leinics 1rs plus pressants de jiei'sévérer dans la voie couraj^euse (jo'ils avaient suivie, de conserver cette précieuse union qui faisait leur force. H leur tiéclarait ipi'il s'était abstenu justpi'alors de séparer de l'unité calhoiicpie les fauteurs de la Constitution, afin d'essayer parla patience d'éviter un schisme déplorable. Il leur demandait de nouveau de lui faire connaître ce qu'ils jugeraient de nicilhMH* pour le bien de la paix, puisque, placé lui-même à une si p,rande dislance, il ne jiouvait reconnaître ce qu'exigeaient les circonstances. Voilà le précis du bref du )0 mars.

Pie VI, en communiquant an roi un exemplaire du bref précédent, lui en envoyait un antre adressé à lui-même, et daté du même joiu' : il Ini explicpiait les raisons qui l'avaient empèchéde répondre pins tôt à ses lettres. La principale était (]ue le prince s'était hàlé de donner sa sanction avant même que la réponse eut pu arriver en temps opportun : par conséquent le Pape, voyant l'afTaire terminée^ avait cru devoir prendre le temps nécessaire pour examiner à loisir la Constitution civile, et s'abstenir d'approuver, même provisoirement, les articles qui lui avaient (té envoyés. Il n'était pas fâché que les évêques le prévinssent dans le jugement (pi'il fallait porter sur les décrets de l'Assemblée; parce que par là tout j)rélexle était enlevé aux philosophes ennemis du siège apostolique de le calonu^ier, comme si c'était lui qui eut inspiré ces sentiments aux évêques. Du reste il l'avertissait qu après l'examen le plus attentif de la Constitution, on ne pouvait prêter le serment sans encourir la note iVlicrésic : vav c'était promettre d'observer une loi nii se trouvait, un assemblage ({hérésies. Rappelant au roi, et les promesses qu'il avait

8(i ANiNÉE 1701.

faites si souvent de vivre et de mourir dans la religion calholicu'c, et le serment qu'il avait jjtèié à son sacre de conse/ver les prwiléges canoniques de l'Eglise (l), il lui faisait voir combien la sanction qu'il avait donnée à la loi sur le serment imposé au clergé était contraire à ces engagements. « Nous reconnaissons, disait-il ensuite, que les » lois du gouvernement politique, appartenant aux puis- » sauces civiles , sont entièrement distinctes des lois de » l'Eglise; mais en même temps nous ne j)ouvons souffrir » que les lois qui se rapportent à notre aiiiorilé soient vio- )) lées par la puissance laïque. La plupart des évêquesont ^> exposé avant nous ce sentiment, lorsqu'ils se sont dé- )< clarés prêts à prêter le serment civique pour tous les » points qui dépendent des princes, et décidés à s'y re- » fuser par rapport à ce qui concerne les droits de l'au- )) torité spirituelle. » Il exhot tait le roi à considérer attentivement la situation déplorable de la religion , et à pourvoir à sa conscience et à son salut, en s'aidant à\\ conseil de sages évêques (2).

Le bref du 13 avril, adressé non-seulement à tous les évêqnes , mais au clergé et aux fidèles de France, doit être regardé comme une des décisions les plus solennelles de l'Eglise (3). La première partie contient un résumé des faits précédents. Pie VI citaii avec de gi-ands éloges V Exposition des principes, qu'il appelait la doctrine de Uniltr Eglise gallicane , vu l'adhésion que lui avaient donnétpresque tous les évêques, suivis par un si grand nombre de chapitres et de pasteurs du second ordre (4). Il signalait ensuite la tyrannique exaction d'un serment qui, du consentement de toute r Église gallicane, devait être regar. é comme un sacrilège et un parjure : il déplorait vivement la défection de cinq évêcjues , qui avaient prêté ce serment (5) : il rappelait cependant ce qu'il avait expliqué

(1) Voyez Mcnioii es, tome V, page 4.

(2) Collectio brei'ium PU II, piige 103.

(3) Bref Carilos, dans le Biillaiie romain He Pie VI, n" H39.

(4) Ibidem, n" G.

(6) f'ojez plus haut, p;>go 70. (iobcl, évèiiue île Lvdda, et S'.iifiaïaisl de

ANiNl!:!'; IT'.M. 87

tluns sou bref du 10 mars, savoir dans (juel hnl . après s'éire convaincu, par un nu'u' exanu-ii. c|ui' la (loiislituiion civile était lièrétiquc dans plusieurs ail ides ^ <;L dans d autres, sacriléqe, sclnsnialiijue, renwersant les droits du Sainl- Siéi^e, (ussi opfxysce à i ancienne discipline (juà la nouvelle^ il s'élaii absk'uu d eu fr.ipperlcs lauieurs : il reiraçail enfin toutes les circonstances odieuses qu'avait ofîerd s en dernier lit. u la consécraiion sacrilège des pre:niers évèques cousliluiioMuels. <• Alin donc, concluait-il , d'oppo- » ser une barrièie au scbisuie qui s élablil, a(in de rappe- » 1er ceux qui s'ég.uent, afin d alFerujir les bons, et de «conserver la religion dans ce royaume si florissant-, » nous, suivant les conseils de nos vénérables Frères les » cardinaux, répondant aux vœux de loul Tordre épisco- » pal de l'Eglise gallicane, et imiiant les exemples de nos » prédécesseurs, en vertu de la puissance apostolique qui » nous est confiée, ordonnons que tous les cardinaux, » évêques, abbés, vicaires, cbauoines, curés, prêtres et » autres personnes engagées dans la milice ecclésiastique, » qui auront |)rélé piu'ement et sinq)lement , selon que l'a » exigé l'Assemblée nationale, le serment civicpie, source » enq)oisonnée de toutes les erreurs, et principal objet des » larmes de I Eglise gallicane, soient suspens de l'exercice » de tout ordre, à moins cjuils ne l'aient rétracté dans » quarante jours, à partir daujourdbui, et qu'ils tombent » dans l'irrégularité, s'ils exercent les fonctions de leurs ^ » ordres (1).

» De plus, nous déclarons en particulier ([ue les élcc-

Diilf, n'a|>|)art(Miait pas à rE;^lise galliiaiif : c'est ce fini (ail (|Uoii ne coni])tf oi'dinnireincnt que (piatre cvèi|ues a.ssenuenlés.

(I) Rref Caiitns, ii 20.

[[La su.v))ensc n'allei^iciit pas la juridiction, et ainsi les évè(|ues et les curés, r|ui avant d'ailleurs reçu une mission legi.iine, avaient prête le sernieiil, ne perdaient pas leurs pouvoirs.

Des (liffieultés spéciales se présentaient [lour les diocèses dont les évêques se trouvaient dans ce cas; le l'ape avait di.ja po rvu aux hesoins de celui d'Aiilun [Tot/c: jiliis liant, la note de la page 77) : il pr)urvut, par un l>ref du 26 septembre 1791, h diverses nécessités des diocèses de Sens, d'Oileans et Viviers, {(^uttvctio bi c\i'mi, par Hulot, page 170.}]]

» lions faites d'Expilly, Marolle, Saurine, Massieiix, Lin- » det, Laurent, Héraudin et Gobel , pour les sièges de ))Quimper, Soissons, Aix, Beauvais, Evreux , Moulins, » Châleauroux et Paris, onl été sacrilèges et nulles par )) conséquent; nous les cassons, ainsi que l'érection faite » récenjiïient des prétendus évéchés de Châteauroux et » Moulins, el autres semblables (l).

1) Nous déclarons que la consécration desdits élus a été » faite sacrilégemenl ; qu'ils n'ont aucune sorte de juri- » diction ecclésiastique, et qu'ils sont suspens de tout exer- » cice de l'ordre épiscopal. Nous déclarons que les évé- » ques d'Autun, de Babylone et de Lydda qui ont été ou » consécrateurs, ou assistants, onl pareillement encouru » la suspense, ainsi que tous les prêtres ou les clercs d'un » autre ordre qui auront prêté aide, concours ou consen- » temenl à ces exécrables consécrations (2).

» Nous déclarons également nulles, illégitimes et sacri- )) léges, toutes les aulres élections qui ont été ou qui se- )) raient faites par la suite, selon les formes de laConslitu- » lion civile du clergé, pour les églises cathédrales ou pa- » roissiales, soit que ces églises soient vacantes, soit qu'elles » soient encore remplies... Nous défendons à tous ceux » qui ont été ou qui seraient élus ainsi de se porter pour » évêques, ou curés, et de faire aucun acte de juridiction, » sous peine de suspense el de nullité : peine de suspense » dont aucun de ceux qui ont été nommés jusqu'ici, ne » pourront être absous que par nous -même , ou par ceux •» qui auront été délégués par le siège apostolique Ç^). n

Le Pontife terminait en s'adressant d'abord à ceux qu'atteignaient ses censures, pour les conjurer de rentrer dans le bercail; il les avertissait qu'en usant de douceur dans l'application des peines, il n'avait pas l'intention de les mettre à couvert des censures plus graves dont les canons les frappaient j et que si ses monitions paternelles restaient

(11 Bref Omit as, n. 21.

(2) Ibilcm, n. 20 et 21.

(3) Ibidem, n. 26.

sans fjjf^t, il lus dènoiiceraii à L' J'^^lisc uni\>erselLc comme schismalîques , et séparés de la cominunion de iKglise. Il s'a|ipli(|iiail ;i encoutajjcr les évoques (idèles, les chapitres, les curés, les ecclésiastiques de tous les ranfjs, pour l<\s Ibrlilicr dans l'iiorreur du srliismc. Venant colin aux simples catholicpies de loiis les ran;;s : u (Ihers (ils, leur » disait-il, [)renez solgucusemeut (jardede prêter l'oreille 0 aux paroles insidieuses de la philosophie de ce siècle, » qui donnent la mort : évitez lelleraent tous ces usiirpa- « leurs, soit qu'ils s'appellent ('?véques, soit qu'ils se nom- » menl curés, que vous ri ayez rien de commun avec eux, » surtout dans les choses divines (l). »

Après ce jugement du Saint-Siège, les ecclésiastiques qui étaient encore dans le doute ou dans l'erreur n'eurent plus aucun prétexte. Aussi plusieurs revinrent-ils sur leurs pas, et se soumirent-ils à la décision du chef de l'Eglise (2). Mais le plus grand nomhre de ceux qui s'étaient joints à l'église constitutionnelle, persévérèrent dans cette démarche. Des prétextes inventés à plaisir servaient en-

(I) lîrcF V<ii Uns, n. 3-2.

(2j Dans pliisifiirs diocèses, les rétractations |iubli(|ucs furent tii-s-noiiilireuscs : elles étaient d'autant plus courageuses tju'elles soulevaient plus vivement la liaine des p<rsétuteurs, et qu'elles exposaient inl'ailliblemenf aux plus mauvais traitements.

Le Journal ecclésiastique de Darruel rapporte un certain nombre de ces rétractations : les plus remar(|ual>les sont celles <lc l'ablié Curt, principal du lollcge de Moiitaij^u, de l'abbé .Moufllc, vicaire de Saint-Merrv, «pii lit inijirinicr une lettre sur les niot'.ls de sa rétractation ; de l'abbé l'oltier Kudiste, qui publia ensuite divers écrits contre la Constitution civile. Les abbés Mouille et l'oltier payèrent de leur vie cette courageuse déniarcbe; ils ftirenl <lcpuis massacrés à Saint-Firmin.

[[Ce ({ui rendit les rétractations plus multipliées, c'est ([u'un très-giaiid noiiibre d'ecclésiastiques, d'ailleurs fidèles il l'I'^^jlise, avaient prêté le serment avec des restrictions, ou des explications, qui leur paraissaient de nature .1 siuvej^arder les droits de l'autorité spirituelle. Or les magistrats, dans une pensée de bienveillance malentendue, avaient cberclie ;i l'aire croire cju'ils avaient satisfait à la loi , ou uicnie avaient certifié i|u'ils avaient prêté purement le serment. Dès lors la connivence de la part de ces ecclésiastiques était un scandale; on les regarciait comme tenus de rcclaiiicr jiosiltycritcnt contre l'attestation des municipalités, et <lc noiijivr leur desaveu aux officiers municipaux. Ordonnance de M. de la Luzerne, éi'i-que de Langren, du lî mars 1791, adoptée par fl'autrcs cvêques, n. 12.]]

'.>0 ANiNEE 1791.

coie à tromper des gens qui voulaient l'être. On répandait que les brefs ciaienl /r/.i/a\, et (ju ils eussent dû êirt transmis 5/tù'««i d autres formes. Nous entendrons tout h l'heure le Pape lui-mêuie réfuter ces vaines allégations, El ce qui prouvait que personne ne doutait de leur auilienticité, c étaient les excès même auxquels on se portait à leur occasion, et les pi écauîions sévères avec lesquelles on en défendait la distribution (l).

Le 3 mai, les évê(|ues députésà l'Assemblée répondirent au Pape. Ils lui annonçaient que leur Expositio>n\u 30 octobre précédcfU avait été ado()tée par leurs collègues; (pie [)our eux ils étaient prêts à tous les sacrifices; qu'ils ne clierchaieni point à troubler Tordre civd; cpj'ils n'a valent rien omis pour porter l'Assemblée à revêtir au moins des formes canoni(jues les cliaugements que Ton voulait faire; mais que leurs offres avaient été rejelées, et que l on n'avait usé à leur égard que de rigueurs et d'insulies. Ils priaient le saint Pèie de ne point songer à eux , mais uniquement à 1 Eglise, et dans celle vue ils lui offraient leurs démissions, pour qu'il pût suivre, sans obstacle, les voies les plus propres à rameuir la paix. Cette lettre fut souscrite des mêmes prélats qui avaient signé \ Exposition. Te! éiait l'esprit de sagesse, de modération et de condescendance de c( s hommes que la haine accusait de fanatisme (2). Pie VI n'accepta point leurs démis -

(1) C'est et que f;iit paii';iiti-nieiit ressoilir l'ahlic Diivoisin dans une Ittlre <|U il arlressa, à cctle époijiie, à l'évèqne C<>l)el, qui avait nie l'aulhrnticité des hrefs ; il y montre d'ailleurs le parfait accoril (|ni exiftait entre ce .jnj^einent, et beaucoup d'autres réponses adressées par le l'ape à des consultations particulières.

(2) I,a conduite nohle et désintéressée des évêques légitimes fit impression sur un Iioniitie qui avait jusque-lT suivi une ligne l)ien di(!'< rente Charrier de la Roi hi', evè(|ue de la Seine-Inlerienie, avait d'abord cherché il combattre l'effet que prodnisai* nt les bre s du Pa|ie, et il avait écrit a ce ^ujet une Lettre circulaire aux rnréa, le 18 mai 1791. Mais peu ajirès, le 26 octobre 1791, il donna sa démission : dans une lettre adressée à Cette occasion h Gobel , il l'engagi'ait, aiu'-i que les nouveaux evêques, h faire la même démarche. Il parlait avec le pins grand éloge de l'ofïre qu'avaient fille les prélats signataires de \'Exf>()>i/inn : il demandait qu'on engageât le roi à s'adresser au Saint-Siège pour obtenir un arrangement qui rendît la paix à l'Eglise. Tou-

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sioiis. II crut que, vu la clis|iosiliou des esj)rils. celle démarche ne rainèiierait pas la paix, ei cpie ce serait un sacrifice inuliledont Terreur liioniplicraii sans le reeoniiaîirc, parce que l'on lendaii moins à changer la discipline qu à déiruire la rcli.;;i<)n.

La manière dont on traita lesévècpics après la rccepiion des brefs, indiquait le but de leurs ennemis. Les mauvais liaiiements redoublèrent partout. En Breiajjne, dai..-> le Midi, plusieurs évèques fui'ent mis en juj^cment. D'autres furent chassés du milieu de leur trou])eau : et ceux qui n'en reçurent pas 1 ordre formel, furent exposés à tant d insultes et d avanies cju'ils n'eurent plus (pie la fuite pour ressource. Leur présence contrariait les évècjucs constiluiionnels , qui voyaient avec dépit rallaeliement dune grande partie du clergé et du peiq)le aux pasteurs légitimes, et qui croyaient n'èire jamais tranquilles sur leurs sièges tant que ceux-ci résideraient dans leurs diocèses. On n'omit donc rien pour les éloigner ; et des attroupements séditieux, des menaces, des outrages, des arrêtés même des administrations furent mis en usage pour forcer les véritables évèques à s'expatrier (l).

En même temps, les constitutionnels qui avaient pour

tefois cet acte était tout à lait insuffisant, parce que, connue le Pape le hu reproche dans le bref du 19 mars \'d2, ilont il sera parlé tout à l'heure, M. Charrier de la Ro< he s<- uion(rait encre attaché a ses erreurs, et ne rétractait pas son serinent. Il donna plus tard des si-nes moins eijiiiv.xiucs de son repentir et de la sincérité de son retour à l'unité. (A^.'jez \'Jnii de (a religion, tome XXV, page 99). En attendant, les constitutionnels se hâtèrent de lui donner un successeur .a R men, dans la personne de Graticn, ancien Lazariste et supérieur du séminaire de Chartres, qui Int sacré le 18 mars 179-2.

(l) Nous ne pouvons présenter ici le tahleaii de toutes les persécutions qui lurent e.Ncitées à celte époque contre les evèciucs : nous en citerons seuleinenl ((uel (iMs-nius.

M. de IJonrdeilles, évéque de Soissons, était un des premiers qui avait en a se prononcer conire l'usurpatiou de son siège, et le digne prélat l'avait fail par un nian.lenient plein de vi-neur du 23 février. Quel(|ues jours après, les autorités du dcp •rteinenl l'old gèrent de s'éloigner, el à sa sortie, une po)!Klace, qu'il avail avait nourrie dans les jourb de disette, poursnivil sa voiuin h coups de pierres.

M. de Theniines, évêque de Blois, était resté dans cette ville pendant l'cleetion de Grégoire; un rasseinhlemcnt de perturbateurs vint la nuit sous tt -

1)2 ANNEE 179i.

eux la puissance temporelle, et qui ne craignaient p;is d'appeler la violence même à leur secours, essayèrentaussi d'em-

fcnêtrcs proférer des, cris de mort; cf, le lendemain, le directoire du département Viiii'ita a sortir le jour même de Blois et dans deux jours du département.

M. de Moiitagi:ac, évèijue de Tarhes, n'avait pas voulu non pins quitter sa ville épiscopale; le «lirecioirc du département lit alTielier contre lui un arrêté violent. On inrorma contre le prdal, on entendit des témoins et on rendit un décret d'assigné p ur être ouï, c|ui l'ohligea de partir. Il s'était retiré dans •Ja vallée d'Ossun avec rarchevê((ue d'Aucli ; les patrioles les y poursuivirent, et les forcèrent de se mirer en Espagne avecrévè(|ue deLavaur (jui les avait rejoints.

Un décret de l'Assemblée manda, le IG février 1791, à sa barre les évèqnes de I^éon et de Tréguier. En même temps on échaufl'ait les esprits contre eux. Us lurent obligés de partir en mars el en avril 1791, et se réfugièrent à Jersey.

M. Anielot, évêque de Vannes, fut conduit à Paris par la gendarmerie; on lui donna son logement pour prison, en l'astreignant à se présenter quand ii en serait re(|uis.

31. de Royèrc, de Castres, fut chasse de son palais: il s'était réfugié dans une autre miiison de la ville; une troupe armée vint l'y assaillir; il se retira à Aix, dans le comté de Foi\, ou l'on envoya des gendarmes pour l'arrêter. I^c prélat leur échappa, et passa en l'spagne.

L'evê(jue de G.ip, M. de Vaieilles, fut cité par l'évêque constitutionnel, Cazeneuve, devunt le tribunal du district, et condamné à 600 francs d'amende.

M. de la Ferronays, évêque de Lizicux, fut cité h comparaître devant un tribunal coll^lilué à celte seule (in ])ar les révolutionnaires, qui lui enjoignirent de (juitter au plus tôt le pays.

M. de Bonneval, évêque de Sen< ï, partit de celte ville le 2 juillet au soir, sur l'avis qu'il serait insulté le lendemain, et sur l'invitation du maire à s'éloigner; mais il fut arrêté, le 3, h Amiot comme suspect. On s'empara de ses livres et de ses papiers. Deux jours après on rendit contre lui un décret de prise de corps en forme. Le prélat comparut devant le tribunal du district de Castellane. On le conduisit ensuite à Digne avec une escorte. Là il fut conduit au Ibrt sans être entendu, et mis au secret le plus rigoureux. Ou ne lui permettait même j)as de dire la messe; il n'y avait pas de vitres aux fenêtres de sa chambre , et il était expose à toutes les injures du temps. Le i«r août, il adressa un mémoire à l'Assemblée pour demander à être jugé. •On ne lui accorda sa liberté provisoire qu'après cinquante-quatre jours de détention. Il lui fallut encore comparaître successivement ilevant les tribunaux de Castellane et de Barcelonuette. Il plaida lui-même sa cause le 16 septembre, et répondit Dco gratias a sa condamnation. Elle portait qu'il était déclin de sa qualité de citoyen actif, ])rivé de tout traitement, et exilé à dix lieues de son diocèse, et qu'il lui était défendu de prendre h' titre d'évê(|ue de Senez. Tout son clergé le conduisit jusqu'aux portes de Castellane. L'amnistie du mois <le septembre l7t)I mit seule lit à son affaire. On trouve le mémoire du prélat et une lettre mrses traverses d ms le Journal ecclcsiasti— ques de Barruel, 1791, tome III, pages 56 et 392. On y voit quelles furent la

ANNÉE 1791. n

ployer d'aulres armes, en opposant quelcpies raisons à celles qui les accablaient. Ces! dans ce iMilcpi'ils l'aisaienlparaiirc des écrits (pii étaient réCnlés avant mémo qu'ils vissent le jour. Celle de louics les productions de ce fjenre cpii lut alors la plus acri-éditée, était intitulée: yJccurd des nais principes (h: iEi^lisa, de la morale el de la raison sur Iti Constitution cii'i/e du clergé, par les éveipLCS des déparie ments, membres deC ylssemhlée constituante. Cet écrit poitail en effet la si{juature de dix-liuit des nouveaux évéqucs, qui avaient éié choisis parmi les prêtres assermentés de l'Assemblée. C'était de leur part une sorte de réponse à cette Exposition des principes qui présentait la véritable doctrine de l'Eglise gallicane. ([Pie VI le caractérise ainsi dans le brefque nous allons citer, u Les intrus de nos jours » en donnant à cet ouvrage un litre insidieux, y ont fait » entrer tous les sentiments erronés, hérétiques, souvent » rejetés, dont étaient remplis leurs lettres pastorales et » d'autres libelles : l'histoire ecclésiastique y est toute dé- » fipurée, et le poison pestilentiel eu distille de toutes » parts (l). ))]]

Nous joignons ici un troisième brel, que le Ponlifc adressa, le 19 marsde l'année 1792, aux évéques, au clergé, el à tout le peuple de France, parce qu'il est la suite cl le

j.atiiiicc it la rcsignatiuii du respectable évêque. Il se rcti-.a au Piiijct tir Piuslun près Nice.

(I) l'oiir (loniur >iiic idée de la manière dont raisonnait VJcconl de.^ rrai.s l'nncipcs, il sufiit de citer ce p:is',age (page 232) : « I/Assemhlie na- 0 lionale a pu supprimer tous les ordres religieux, si elle a i)u en supprimer » un seul. Or, il n'y a p;is de doute à cet é|;ard, surtout depuis la dcslrne- » tiou des ,l(-suites, (ipérce par l'autorité souveraine et les magistrats, » Ces deux proi.ositions sont égalemeuî fausses. Il y a loin de la destriution d'un ordr<- à < i lie de tous, de la suppression d'une congrégation à l'anéanlissement de tout l'éiat nionasti(|ue. D'après la seconde proposition, l'abus dc- M.iuhMil une règle, et l'usurpation un titre. i:.-/crottl parlait, eu outre, des Actes du cierge de Fr;ince de ITGLl, de manière à prouver que l'auteur m connaissait pas plus l'exactitude des faits que celle d» raisonnenunt. On vemanjua qu'il douuait l'épitliète de papiste h un théologien catholique. Jusque-là il était réservé aux protestants de designer ainsi les enfants de l'ICglise romaine.

\'/irco}tt "111 les vrais principes est attribué à l'avocat l.cbreton.

01 anm:!-: nui.

complément des deux brefs précédents, et qu'il se lie aux iaiistjue nous venons de rapporter (l).

Le Pape y parlait d'abord des cfTels qu'avaient produits les nioniiions contenues dans le bref du 13 avril; monifions y disait-il, qii oucun éi'éque catliolique n ignore. 11 épancbait sa joie au sujet des preuves de constance et de courafre ciu'avaieni données au milieu des épreuves de lout genre les evequ»\s Irançais, imiiees par le cierge du second ordre, par les cbanoines et les curés, par les professeurs des universités, et en particulier de la Sorbonne, qui, dans ces tristes circonstances, avait si bien mérité de la religion, par les religieuses, par les laïques mêmes : il exprimait la cousolaiion (pic lui avait donnée le repentir des prêtres qui, obéissant à sa voix, avaient rétracté le serment, rétractations si nombreuses que chaque jour on en voyait paraître de nouvelles (v) : il s'alliigeait de la persévérance dis quatre évétpies français, qui avaient adhéré au schisme, et déplorait la témérité de tant d'intrus, qui, en si peu de jours , avaient usurpé presque toutes les éplises de France. Le seul nom d'évéques constiluliojinels qu ils se donnaient, prouvait assez qu'ils ne seconqitaient pas eux-mêmes pour des évêques catholiques, ainsi que leurs efforts pour écarter des fonctions saintes ceux à <}ui convenait uniquement le nom de pasteurs légitimes. Ouoi de plus dérisoiie que les prétendues lettres de com- Duuiion qu'ils adressaient au Pontife , et qui n'étaient (ju'une imitation de ce qu'avaient fait souvent dans de semblables circonstances les évêques des siècles passés ? Il signalait les erreuis contenues dans V Accord des vrais principes (3) : il réfutait ces motifs illusoires, par les(piels on avait essayé d'affaiblir l'autorité des brefs précédents, savoir qu'ils n'étaient pas authentiques, et (pie d'ailleurs

il) Ilrei lYouœ h<v litlerœ, tUuis la (^(.llection de Hulot, p.iijo 20i.

("2) C'est en ce lieu (piMl s'exprimait avet regret sur ce que la déuiission <lo revè(|ue lie la Selne-Infericure avait d'insuHlsanl. roycz la note Ci] de !.) page i)0.

;.'{) Voyez pins liant, page R9, la noie (2).

\NMŒ 1791. n;;

ils n'c(:iionl pas revêlns d'S fornies nrcnuliim'^es. « Avec » (|iielU' lioniK* loi, (lisai»-i!, osc-t-on doiiler de la vérité I) (les k'iirc'sntie nous avons envovécs à ions les méliopo- )) lilaihs (le la France, après les avoir sifjn(^(îs de notre » main-, (jui ont <';!(? in» primées à lloine par notre ordre; » cpiioni ('lé rc'pandnes d;ins l'univers eniicr. Il n'esl per- » sonne qui ne les dislin.;}ue avec la plus .jjrande lacililé » de ces 11 tires sup[)os(^es (pje les r(W'raelaires ont publiées )) en noiie nom avec une suprême audace et une calomnie .) maiiilesle, alin de (aire croire que nous approuvions » celle Conslilulion civile que nous avions dès le principe » si hauleiuenl délesiée. Quant au dé nul de Informe ci- » vile dont nn point été rewétue la publication de nos lel- )) très, ils n ii^norent pas eux mêmes, personne au monde 1) n'ifjnore q'ie celte forme ne peut èire employée dans la » situation présente de la France. On sait bien que (^ette » foime civile n'est pas nécessaire, suriout (piand il s'agit 1) d'une cause majeure , (pi'il nous appariient de décider, » et (lui lions a été déléi-ée [>ar les évècpies : e'esl ce quere- » connaissent tons les eaiholicpies. » Ici le Pape, entre autres preuves, citait le témoignage de l'Assemblée de 1765, (pli u'avail pas jtigé (pie la sanction de l'autorité royale (ûl nécessaire pour publier comme une règle à suivre la réponse donnée par le Saint-Siège dans une matière purement spirituelle (l).

Le Pape arrivait ensuite aux conclusions. A la peine de suspense déjà infligée par le brefdu 13 avril 171)1. il aurait pu dès lors ajouter la peine d'eNConiinnuicalion dont il avait menacé les réfraclaires (2); mais il aimait mieuxleur adresser une nouvelle moniiion, (pii était péremptoire^ et qui après l'espace de quatre mois devait recevoir son exécution. (I.e Pape u'exécuia point cependant celte menace, et ne déclara pas formellciuent ^es pasteurs intrus séparés de l'Eglise.) Parmi les recommandations qu il

(1) yf>yez dans ces HJcninircs, loue IV, pnj^c 181; le Pape renvoyait iii noie, aux Piocès-ierbnu.r de l'Assemtitce (te 1705.

(2) Ployez plus haut, page 8K.

adressait aux fidèles, celle-ci mérite surtout attenlion. « Par-dessus tout nous vous recommandons et nous vous » ordonnons même d'éviter toute communication, surtout » dans les choses divines, tn-'ec les intrus et les réfractaires , » de (juelque nom qu'on les appelle. » Cette recommandation allait plus loin que celle qui terminait le brel du 13 avril (î); car, comme l'ont expliqué formellement les réponses données au nom du Pape par la Congrégation chargée de ces affaires, le nom de réfractaires, employé dans le bref du 19 mars 1792, comprenait ceux qui avaient simplement prêté le serment a la Constitution civile, quand même ils n'auraient aucunement été coupables du crime d'intrusion (2).

Les défenseurs de la Constitution civile ont cherché, comme de raison, à s'élever contre ces décisions : lorsqu'il a été impossible d'en nier l'aulhenticité, ils ont prétendu que la condamnation portée par le Pape ne pouvait avoir de force qu'autant qu'elle était ratifiée par l'Eglise , mais que jamais l'Eglise ne s'était prononcée a cet égard. Mais on leur a enlevé celte dernière ressource. Ona recueilli les noms des évêques qui ont joint leur jugement à celui de Pie VI ; et l'on en adonné la liste dans une défense des brefs de ce Pape contre l'écrit d'un religieux allemand (3). On v compte, outre les cent vingt-huit évêques de France qui n'avaient pas accédé au nouvel ordre de choses, vingtquatre cardinaux, cinquante évêques des Etals du Pape, treize de différentes parties de l'Italie, dix d'Allemagne, neuf de pays voisins, quatre de Savoie, quatre du Comiat, sept d'Espagne , quatre vicaires apostoliques en Hollande et en Angleterre, l'archevêque de Dublin, l'archevêque de la Plata en Amérique, deux évêques en Chine et six évêques in partibus ; en tout, deux cent soixante-trois

(1) F oyez plus liaut, page '^O.

(2) CoHectio brci'iiini, par Hiilot, p;ige 319.

(.3) Ttl est l'ol)jet de la dissertation de l'ahLc Hiilot, imprimée à Aiigs- Itour^, sous ee titre • Salisburgensis cujusdnrn leligiosi, in colleclionein hrei'idm SS. PD. PU Pi:pœ FI, irrefigiosè invecti, débita casligatio.

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