AISNÉE
Les puissances étrangères félicitèrent les Polonais de ces améliorations, et <;e royaume, si longtemps divisé, se croyait dans une situation plus stable et plus tranquille, quand l'opposition de quehjues nobles, et surtout l'ambition d'une puissance voisine, préparèrent de nouveaux malbeurs. Douze seigneurs polonais, irrités de se voir privés de l'espérance d'arriver au trône, et poussés par une politicjue étrangère, se confédérèrenl à Targowitz, lieu devenu tristement fameux dans les annales de la Pologne. Les troupes de la Russie entrèrent de toutes paris dans ce pays, sous prétexte de protéger la confédération de Targowitz. Mais ce n'était là qu'un voile aux projets de celte puissance. Le 9 avril 1793, elle annonce un nouveau pai lage. Une diète convoquée à Grodno sancîionne cette seconde usurpation. Nous courons rapidement sur ces faits, que l'abondance des matières ne nous permet pas de développer.
En mars 1794, les Polonais se soulèvent et mettent le célèbre Rosciusko à leur fête. Ils ont à lutter à la fois contre la Russie et contre la Prusse, qui s'est tournée contre eux. Le général polonais, après quelques avantages, est batluàMacreiowie, par SouwarofT, et il est pris le 10 octobre de la même année. Le 7 novembre suivant, Varsovie se rend à discrétion. La terreur, les proscriptions sanglantes, les confiscations entrèrent avec les vainqueurs dans la capitale. Stanislas Poniatow.ski eut l'ordre de quitter sa résidence. Ce n'était depuis longtemps qu'un fantôme de roi. Suspect aux Polonais, qui connaissaient sa faiblesse. il n'était pas plus respecté des Russes, qui le tenaient captil à Grodno. Le troisième partage de la Pologne eut lieu en 1795. Les trois puissances voisines s'approprièrent ce qui restait de cet Etat malheureux (l). Varsovie fut d'abord donnée à la Prusse, et Brzesk devint le point central des frontières des trois puissances conquérantes. Po-
(1) [[Par le traité, la Vistule et le Bng devaient servir de limites à l'Aiitriclir; le Niémen devait séparer les possessions de ta Russie de celles de 1:»
Prusse.]]
ANlMil!: 1701. ll'J
Dialowski signa, le 25 novembre 1795, son acle d'abdication. Il niounilà Pélersbonrj;, le J l février 1798. On dit (jn'il se prépara à ses derniers nioinenis par une vie cbrétienne. 8 il aima sa pairie, il dul èlre pénétré de douleur en voyant ses derniers décbiremenls. Ka Pologne n'exisiail plusj son nom était effacé de la liste des puissances, et les trois cours s'étaient partagé les débris de cet ancien et beau royaume.
Ce partage, funeste à la nation , ne le fut pas moins à rRglise. A peine la Russie se trouva-t-elle maîtiessc de la IJthuanie, de la Volliynie, de la Podolie et de Tl kraine, que les grecs-ufiis de ces provinces furent en butte à une persécution déclarée. Catherine se persuada que pour mieux les attacher à sa domination, elle devait les détacher de l'Eglise romaine. Par une contradiction que nous ne prétendions pas expliquer, elle favorisait assez les Latins, et ne voulait pas tolérer les grecs-unis à l'Eglise romaine. Elle envoya dans les pays que nous avons nommés, des prêtres et des évèques russes, et par consécpient du rit fïrec non-uni. Les i'ouvtrneurs avaient uidre de les seconder. Ces missionnaiies d'une espèce nouvelle étaient accompagnés de .soldats, et parcouraient les villages. Ils forçaient les portes des églises, et les bénissaient, comme si elles eussent été profanées. Si le pasteur relusait d'adhérer au schisme, il éiait remplaisé. Pendant ce. temps, les olliciers faisaient eomp.u'aitre les habitants. On leur disait qu'il fallait retourner à la religion de leurs pères, ([iii étaient de lacommunion grecque. Quand on ne pouvait les gagner par la persuasion, on ûvait recours aux voies de lait, à la bastonnade, à l'emprisonnement. Ce fut par ces moyens doux et humains qu'on fit des prosélvtes. Les évèques ne cédèrent point à l'orage; on conhsqna leurs biens. Les leligieux de saint Basile, qui sont le seul ordre de ce pays, et parmi lesquelson prend tons les évéc|ues, ne se laissèrent pas vaincre non plus par la crainte. Plusieurs, pour échapper à la persécution , euibrassèrent le j'it latin j mais la tempête passée, le Saint-Siège les exhorta
à reprendre leur rit ancien. Les prêtres séculiers se montrèrent, en général, moins courageux. Le plus grand nombre embrassa le schisme. Ceux qui persévérèrent, trouvèrent une récompense de leur fidélité dans la générosité des seigneurs, qui, étant tous du rit latin, leur donnèrent des terres. Plusieurs passèrent au rit latin, et obtinrent des places dans les églises calholiques de ce rit. Quant aux paysans. Ils cédèrent tous aux caresses ou aux menaces. On leur promit d'améliorer leur condition^ mais on ne se mit pas beaucoup en peine de réaliser ces espérances. Eu peu de temps, les années 1794 et 1795, virent une Immense et atïllgeante défection dans ces provinces. Plusieurs millions d'habitants abandonnèrent la communion de l'Eglise romaine. Telle fut la tolérance pratique d'une princesse qui cultivait la philosophie, et qui aspirait même à passer pour philosophe.
Après la mort de Catherine II, arrivée le 9 novembre 1796, son fils, Paul 1", parut suivre d'autres errements. Il rappela Ponlatowski à sa cour. Il rendit la liberté à Kosclusko, et à plus de quinze mille Polonais, à qui l'on avait fait expier, par l'exil et l'esclavage, leurs généreux efforts. 11 fit cesser les dragonnades ordonnées par Catherine. Mais il ne paraît pas qu'il ait permis qu'on retournât au rit grec-uni. Il laissa les choses sur le pied où sa mère les avait mises, et se contenta de déî^endre les emprisonnements et les violences. Il n'y en eut point, à cet égard, sous son règne. On dit qu'il rétablit quelques évéques catholiques, en leur recommandant de ne point chercher à faire de prosélytes. Il y avait depuis Pierre I" un synode établi à la place du patriarche, pour la direction des alfaires ecclésiastiques du rit grec non-uni. Paul institua deux collèges ecclésiastiques pour tout l'empire, l'un du rit latin, l'autre du rit grec-uni. Le premier avait pour président l'archevêque de Mohilow, et était composé de quelques prélats et des assesseurs de six différents diocèses. Le second collège était présidé par Héraclée Odrowa/ Llzowski, archevêque de Polosk, et avait aussi des asses-
ANÎSUE 17!il. 121
seurs des dlffcrenls diocèses de celle communion. Mais ces concessions étaient loin de réparer les brèches qu'on avait failes h l'Ej^lise dans ces conlrces : on ne lui a point rendu ses enfants qu'on lui avait enlevés par la séduction, la terreur, et par des procédés iniques et arbitraires.
Le dix-neuvième siècle devait voir de nouveau tous ces moyens mis en œuvre jiour la perversion d'une conliée malheureuse.
— Le 10 juin, (jecroe ÏIl sanctionne un bill du pakle-
MENT ANGLAIS EN FA^^UR DES CATHOLIQUES. Au momCnt OU
s'ouvrait en France une persécution violente contre les catholiques, tout tendait en Angleterre à adoucir leur sort. Nous avons vu, sous la date du 25 mai 1778, un premier bill rendu en leur faveur (l). Un grand nombre de prolestanls, honteux des violences auxquelles la populace s'était livrée en 1780 (2), se déclaraient de jour en jour pour la révocation des lois rigoureuses portées dans des temps de troubles, maisqui n'avaient plus désormais de prétextes, et qui contrastaient péniblement avec les idées libérales dont se glorifiait le dix-huitième siècle. Le ministère et le parti de 1 opposition témoignaient également le désir de faire disparaître les traces des anciennes animosités. Les callioliqucs anglais songèrent à profiter de ces dispositions: le 3 mai 1787, ils tinrent une réunion générale, oîi ils nommèrent lin comité chargé de travailler à améliorer leur situation. Ce comité était composé de quarante laïques dont trois lords; depuis on y adjoignit le vicaire apostolique du district de Londres, son coadjuteur et le bénédictin Willis: l'avocat Charles Butler était secrétaire de ce comité. Le 10 février 1788, dans une autre réunion îïénérale des catholiques, on arrêta un mémoire qui serait adressé au ministre anglais, le célèbre Pitt : on y exposait sommairement l'état de la législation à l'égard des catholiques, et les raisons de la modifier. Ce mémoire lui fut présenté, le
(1) Toino V, page 77.
{V Ibidem, pji^c 127.
0 mai, par trois membres du comilé. Le ministre l'aC' cueillit, maiS fut d'avis de ne point porter l'affaire au parlement cette année. De phis , il désira avoir des preuves (lu sentiment du clergé et des universités catholiques sur (pielques points, entre autres sur les droits du Pape. En conséquence , on dressa trois questions en ces termes : a 1" Le Pape ou les cardinaux, ou quelques corps ou indi- » vidus de l'Efilise romaine, ont-ils pour le civil, autorité, » pouvoir, juridiciion ou prééminence quelconque sur le » royaume d'Angleterre? 2° Le Pape<«u les cardinaux, ou » quelques cotps ou individu de l'Eglise de Rome, peu- » vent-ils, sons un prétexte quelconque, absoudre ou dis- » penser les sujets du roi de leur serment de fidélité? )) 3" Y a-t-il dans les dogmes de la loi catholique quelques :» principes par lequel les catholiques seraient justifiés de » ne pas garder la foi aux hér<''liques où à d'autres, divisés » d'avec eux pour les opinions religieuses, dans les tran- » saciions publiques ou privées? »
Ces questions furent adressées à Louvain, à Douai, à Paris, à Alcala, à Salamanque et à ^ alladolid (l). Toutes
(1) La Faculté de Uicologie du Louvain répondit la première; sa réponse ^•st du 18 novembre 1788, et est signée de Maziere, doyen. Mais il y a ici une remarque issenlif lie à faire, c'est (|ue les édits de Joscpli II avaient opéré une révolution dans l'université de Louvain. Ce prince avait établi un séminaire général, et avait délVndn toute autre Ecole de théologie. Il avait aboli les privilèges de l'université de Louvain. La Faculté de théologie avait été nuililee, et quatre de ses profcsseuis avaient été destitues et bannis. On avait iait venir de Vienne, pour le séminaire gênerai, des professeurs imbus d'autres [)rincipes. Ces professeurs prirent le titre de Faculté de theohigie , mais à (ort, dit le (loettur Van de Velde : car l'ancienne Faculté était dispersée et même parmi les nouveaux prc.fesseurs , il n'y avait que deux docteurs en iheolcgie. {-^ij/iopsis •uonumeiiloiuni, lome lli, page 104)9.) De Maziere, qui signa comme doyen la réponse aux calholique.s anglais, était un des docteurs dont l'enseignement avait été proclamé inexact, reprchensible et dangereux par le cardinal de Frankeiiberg, archevêque de Malines , dans sa déclaration du mois de jiiin 178'J (l'Oj ei nos Al (^ moires , tome V, page 3i4), déclaration qui fut acceptée avec respect par la véritable Faculté de théologie de Louvain, lorsqu'elle eut été rétablie en \'^0. Il en resuite (pi'on ne peut attribuer à la Faculté de théologie de Louvain la réponse du 18 novembre 1788, réponse qui, d'ailleurs, n'est pas exempte de déclamations, et qui en dit plus (|u'(in ne demandait.
La Faculté de théologie de Douai fit une très-courte répanse le 5 jan-
ANNÉK 1701. 123
les réponses Curent unanimes pour déelarcr rjuc le Fapc ni personne dans l'Ej^lise n'a d'aulorllé ou de juridichon civile en Anglelerre, (|ue le Pape ni pirsonne ne peut absoudre ou dispenser les sujets du roi de leur serment de fidélité, et fjiie Ton doit garder la foi aux liéréii(jiies (l). Le coinilé catholique se mil en devoir de |)r(jliler de ces doeumenis. I.e secrétaire du comité, M. liutler, lut chargé de dresser un projet de bill pour la révocation des lois portées contre les catholiques. Mais avant de le présenter, on crut que ceux-ci devaient s'expliquei' puhli{|uenient sur plusieurs opinions qui avaient souvent servi de prétextes aux plaintes des protestants. On rédigea donc
vier 1789, et la Faculté de Droit de celte université y adhéra peu après.
La réponse de l.i Faculté de liiéoli gie de Paris est du 19 février et signée Le Clicvalicr. l.Ile rappclU' les anciennes déclarai ions de la Faculté, spécialement la censure portée autrefois contre Santarel ; la décl.iralion du clergé en 1682; et la réponse faite, en 1776, par soixante docteurs aux catholiques irlandais. ( frayez tome V , page Mj )
En Espagne, le roi Charles IV demanda les avis des universités d'Alcala, de Valladolid et de Salamanque, apparemment à l'instigation de l'amhassadeur d'Angleterre. La réponse de l'université d'Alcala est du 17 mars 1789 et est signée du recteur et des doyens des trois Facultés de t'héologie , de droit canon et de médecine. Du reste, ni Butler dans ses Métuoires hiiloriqiies, ni Hip|>isley dans sou Recueil, ne donnent les noms des signataires. La réponse de l'université de Valladolid est du 17 février et signée du recteur, du vice-chancelier, du doveu et de vingt-qualre docteurs et professeurs, dont cependant on n'indii|ue point les noms. L'université de Salamanque nomma si.\ théologiens et jurisconsultes pour faire un rapport qui fut approuvé en assemhlée générale le '■) mars; les signataires s ni, dit-on, le recteur, deux professeurs de physique, deux de droit canonique et civil, et un professeur de grec.
(1) On trouve ces diverses réponses en anglais dans les Mémoires liisioriqiies de Butler sur les calholiques anglai', LnndreS( 1819, 2 vol. in-S"; voyez l'appendice à la fin du tome !<"', page 4<)2 et suiv. Ces riênies ré])onses ont été insérées en latin et en anglais dans le rapport du comité |>uLlie par ordre de la chambre des communes d'Angleterre en 181 G, in-fol., page 514 et suiv. Il est «lit dans le rapport que les réponses originales avaient été communiquées au comité par l'avocat Butler, et que leur aulhenlieiie était attestée par les évèques Gihson et Poynter qui, en 1789, étaient .i Douai; mais ces prélats n'ont pu sans doute attester (|ue raiilheiilicité des réponses venues de Douai. M. l'evèque de Chartres a inséré la suhstaiice des réponses à la (in de sa Lellrc du 30 mars 1S2(>, a un de ses diocésains sur l'ouvrage de iM. de Lamennais : De la religion, considérée dans ses rupports. M. Boyer les a également insérées à la fin de l'ouvrage intitulé : Antidote contre les ap/wrismes.
12i ANNEE 1701.
un projet de déclaralion où les catholiques désavouaient el délestaient ces opinions, qu'ils qualifiaient sévèrement. Ce qu'il y a de singulier, c'est que ce projet fut rédigé d'abord par un protestant, lord Stanliope (l). Celte déclaration fut adoptée par le comité catholique, qui mit beaucoup de zèle à la répandre et à la faire signer : elle fut envoyée aux vicaires apostoliques cjui firent d'abord quelques ditlicullés de la sousciire ; puison y fit quelques changements, et ils souscrivirent; près de deux cents quarante préircs et presque tout le corps des catholiques anglais souscrivirent aussi. Quelques ecclésiastiques n'approuvèrent cependant pas celte pièce, où ils trouvaient qu'on s'explicpiait d'une manière trop dure sur quelques points. Le docteur Gibson, évèque de Comane et vicaire apostolique du district du nord, n'autorisa à signer en son nom que si cela était indispensable, et en ajoutant in se?isu catholico. 3iM. 31ilner et Plowden , eccléMasliques dislingués par leur savoir el leurs écrits, s'ahslinreut de signer. M. AValmesley, évéque de Rama, vicaire apostolique de l'ouest, doyen des vicaires apostoliques, prélat fort respecté pour son caractère et ses vertus, rétracta sa signature. Plusieurs prêtres se plaignirent que les agents du comité avaient usé de tous les moyens pour les faire signer.
Quoi qu'il en soit, le comité catljolique persista à suivre son plan. La déclaralion fut envoyée au parlement avec une pétition pour le rappel des lois contre les catholiques. Peu après, il fut question d'un nouveau serment à demander à ceux-ci. Ce serment allait encore plus loin que la déclaralion. On y donnait aux catljoliques le nom de catholiques-dissidenls-protestanls, sans doute à cause de la proleslation qu'on venait de faire. Il n'est pas étonnant que beaucoup de catholiques vissent avec peine qu'on leur donnât une autre dénomination que celle qu'ils avaient eue de tout temps, et qui faisait leur gloire. De plus, dans ce projet
(1) Du moins, Butler, dans ses Mémoires historiques, attribue la décluralion à loid Stanliope.
de serment, on se pernicUait {r;ippliriiK'r la noie d'Iuhcsic à une opinion fanssc, niais cpi'il na|)pailcnail pas à des laïques de caractériser ainsi. Enfin ce serment contenait des clauses susceptibles d'un mauvais sens el dépourvues de la précision et de l'exactitude théolo.fjicpies (i).
Les vicaires aposloiifiucs , qiron aurait du consulter avant tout dans une allaire cpti les intéressait particulièrement comme chd'sdu troupeau, virent avec peine un projet de serment qui ne leur parut pas compatible avec les intérêts de la religion. Sétant réunis, le 19 octobre J789, ils condamnèrent la nouvelle formule de serment, et en instruisirent tous les catboliques par une lettre ency(;lique, datée du 21 du même mois, et si.;ïnée d'eux quatre. Deux jours après, >I. Walmesley, évéqnede Rama, et le plus ancien des vicaires aj)osloliques , adressa aux membres du comité une lettre, où il donnait quelquesunes de ses raisons, pour les détourner du nouveau serment. Sa lettre était polie et mesurée. Toutefois le comité se montra fort blessé de la démarcbe des quatre évéques. Il se défendit par deux lettres, datées du 2.5 novembre 1789, et adressées, l'une aux catboliques, l'autre aux vicaires apostoliques. Dans celle-ci, à travers un langage respectueux, se trouvent des traits assez déplacés contre le clergé. Le comité paraît surtout s'excuser assez mal de ne s'en être pas tenu au serment de 1778, comme l'é-
(l) Huthr ;i (lit, dans un de sis l'Ciits {le Uvvi' ronge), que le projet de scrinciil lut eoiiiuiuniiiué à rarclicvèiiue protestant de Cantorbérj et au premier ministre, et luodifié d'après leurs ol>ser\alions. Sur quoi M. Milner, dans son Supplenieiil avr Mémoires de Butler, fait une reuiar(|iie très-piquante. Cninineut, di!-il, leCDUiité eatliolique consulliiit-il l'areiievèiiiie |irotestantsurun scrmeul, (lu'il ne communiquait pas aux cvèqucs catlioliques ; car ceux ci ne le eonnurcnt que |)ar les journaux !' Mais le comité suivit constamment la même mari lie dans toute cette alTaire ; ses meml>res n'étaient pas exempts de préventions lontie l'episeopat, et ils s'étaient ima;;ines que leur titre de comniettanls des calholi(ii:cs anglais leur conférait tous les pouvoirs, elles dispensait de consulter ceux qui, par leur caractère, devaient être leurs guides, les juges de tout i e qui tenait h h doctrine, el les défenseurs des intérêts des catholiques. I,cs suites de ce faux système ne tardèrent pas à se manifester.
vêque de Rama le conseillait (1). Celui-ci se crut en droit de faire des reproches au comité dans sa lettre imprimée du 24 décendire suivant, et l'évêque de Comane le blâma plus fortement encore dans une lettre pastorale.
Cette division pouvait avoir des suites fâcheuses-, on essaya de la calmer. Il y eut au mois de février 1790, une entrevue entre deux des vicaires apostoliques et les membres du comité. Elle ne rapprocha pas entièrement les esprits. On fit, à la vérité, quelques modifications au serment, mais peu emportantes; et en consétpience, quand les vicaires apostoliques virent approcher le temps où on devait présenter le biil au parlement, ils donnèrent, le 19 janvier 1791, une seconde encyclique, signée de trois d'entre eux, savoir: de M. Walmesley et de ses deux nouveaux collègues, Guillaume Gibson, évêque d'Acanthos, qui venait de surcéder h son frère dans le vicariat du nord, et Jean Donglass, sacré récemmei.t évêque de Centurie et vicaire apostolique de Londres, à la place de Jacques Talbot. Les trois prélats disaient que la condamnation prononcée, le 21 octobre 1789, avait été confirmée par le Saint-Siège , et approuvée par les évêques d'Irlande et d'Ecosse. Ils déclaraient que le comité n'avait aucun droit de décider de la légitimité des serments, blâmaient la dénomination de dissidents -catlwliqucs -protestants^ défendaient aux catholiques de prêter le serment projeté, et les avertissaient d'être en garde contre quelques écrits publiés à l'occasion de ces disputes. Celte nouvelle censure, plus expresse et plus motivée, aurait dû, ce semble, terminer le différend. Mais les esprits s'étaient échaufTés, et le comité n'était point disposé à céder. Il adressa, le
(I) La lettre adressée par le comité aux vicaires apostoliques, se trouTc dans les Nouvelles ecclésiastiques pour 1701, page 105. La raison qu'allègue le comité pour proposer un serment différent du serment de 1778, c'est <n!e celui-ci n'avait pas snfti à dissiper les préjugés des protestants, comme l'avaient prouvé les (roubles de 1780. [rorez tome V, pages 80 et 127.) Lfs violences commises en 1780 avaient pour principe un aveugle fanatisme, que n'aurait pas dissipé le nouveau serment.
ANNEt; nOl. Vil
2 février, à M. Doiiglass, une Icltrc pour sa jusiificahou. Quclcjnes jours apiès il y eut une nouvelle couféience entre MM. Gibsou ei Douglass et les membres du comité. Les évoques requirent ex pressé me ni ces derniers de déclarer s'ils voulaient aller en avant ntaljjré la condainnaiioM du sermeul -, et le comité n'y répondit que par un refus de se soumettre, et par un ap[)i'l au Saint-Siéj^c bien informé. Le 17 février, il prolesta par un nouvel acte conire la censure des trois évèques. Celte pièce, signée de l\LVL Berington et Wilks, des lords Siourton et Petre, et de six autres laïques, est adressée aux évéques n)êmes. Elle qualifie fort durement la lettre encyclique des évêques. M. Butler, secrétaire du comité, publiait dans le même temps ses Livres bleus, où il gardait encore moins de mesure. [)'un autre coié, les vicaires apostoliques trouvèienl des défenseurs. M. Milner, depuis évèque, et connu (\hi> lors par son zèle et ses talents, montra, dans un écrit trèscourt, les sujets de plaintes de l'épisropat. Le 7 mars 1791 , il adressa au comité de la cbaudjre des communes de nouvelles considérations sur le serment. Là, agissant au nom des trois évèques et de leurs troupeaux, il demandait qu'on eût égard h leurs scrupules, et qu'on se contentât de la garantie qu'ils offraient, sans entrer dans des questions inutiles. Il proposait I(î serment déjà adopté en li-hnide (l).
Cette réclamation eut son effet. Le parlement, plus sage et plus réservé que le comité catholique même, jugea qu'il ne fallait point allumer un flambeau de discorde entre les calholicjues. On montra dans les deux chambres les intentions les plus libérales. L'épithèle de dissidents-protestants fut supprimée. On ôta cette qualification à hérétique , par laquelle on flétrissait les opinions contraires, et cpii n était point nécessaire. On rendit plus piécise» les clauses qui avaient été tiouvées trop vagues. Enfin on adopta à peu pi es le serment d Irlande. Le bill passa dans cet état, et reçut la sanction du roi le 10 juin. Il portait qu'on ne
(I) roycz lomc V, page 44.