T. TI
» nier. Le Siège de Rome n'a jamais enseigné qn'il ne faut V point garder la foi aux héréliqiies, qu'un serment aux » rois séparés de la communion catholi(|ue peut être brisé, » et qu'il est permis à l'évêque de Rome d'envahir les n droits et domaines temporels. Nous considérons toute » tentative ou dessein contre la vie des rois ou des princes, )) même sous prétexte de religion, comme un crime hor- » rible et détestable (l). »
Quelques mois après, le 17 mars 1792, l'archevêque de Dublin, Jean-Thomas Troy (?), fit un nouvel effort pour trionqiher des préventions des protestants; et il publia, en son nom et en celui des catholiques irlandais, une déclaration, où il rassemblait tout ce qui pouvait rassurer les esprits relativement à l'usage des opinions qui ont eu plus ou moins de vogue dans les écoles catholiques (3).
— Lettre pastorale des vicaibes apostoliques anglais.
(1) Cette df'-pêche était signée du cardinal Antonelli qui, comme on sait, était aussi pieux qu'éclairé, et du prélat Zondadari , archevêque d'Adana , alors secrétaire de la Propagande.
(2) M. Troy appartenait à l'ordre de Saint-Dominique avant d'être élevé sur le siège de Dublin: il était un prélat habile et considéré. On a de lui et de ses suffragants une lettre du 5 juin 179G, pour adhérer à la bulle y/iictoreni /îdei; le cardinal Gerdil leur 'épondit le 17 suivant pour les en féliciter. Ces lettres lurent publiées à Londres en 1797, in-12. On y joignit une antre lettre dn même cardinal, alors prel'et de la Propag:inde, aux archevêques et évê(|ues commissaires on trustées du collège de Maynoolh. Dans cette lettre, qui était datée du 9 juillet 1796, le cardinal se réjouissait
, vec eux de la laveur qu'ils venaient d'obtenir du gouvernement anglais, et * leur donnait des conseils piur la direction de l'établissement, t. a réponse des prélats est du 17 novembre de la même année, et est signée de l'archevêque de Dublin, des trois autres archevêques d'Irlande, de cinq évêques et du président du collège. Nous p(iniri(»ns ciier une lettre pastorale de M. Troy à ses diocésains, pour les engager a se montnr loyalement attachés au gouvernement lors des tentatives d'invasion des Français en Irlande, en 1797. Nous aurons encore quel(|ue'ois occasion de parler de ce prélat.
(3) Nous donnons ici celte déclaration, telle qu'elle se trouve dans les journaux de l'epociue [ quelques expressions nous étonnent] |.
« Comme on impute aux catholi(|nes des sentiments et des maximes tout » à fait contraires au bon ordre t-t au gouvernement de l'Etat, sentiments » et maximes (|Ue nous désavouons absolument; qu'il est nécessaire, surtout B dans les conjunctures présentes, de montrer le peu de fondement de ces s iiiiputations , et de dimner à nos frères de la religion protestante, les > assurances les plus complètes que nous n'admettons aucun principe con-
ANiM'I-: 1791. l.-jl
En se prêlant (Idtis iino juste proportion nnx nicsnrcs qui pouvaient lacililer raniélioration tie la posiiion dis ealho-
» (lain- à nos devoirs, soil ( niiniic hoiiiiius, soii coiiiiiic sujets, ni (|ni puisse » poitcr j>réJM<liee ii l;i liberté poliliiiuc, civile on relij^ieiise ;
u Nous c:illi(ilii|ut'S (ililiiiide, pour liiire cesser de tilles iiiipulalions, et » p.ir ég;ird jxiui- lis respeelaliles eorps c( individus <|ue («la pciil inleresser, » ]>;irini nos frères proteslnnts, faisons ici, à la face de notre pays, d<' foute » l'i'iiirope, et sous les veux de Dieu, la présente déclaration solennelle, ([uc » nous avons niûreinenl pesée.
» I. Nous alijuiiins, desavouons et rejetons la niaxinie, (|ue les princes, » étant exeoniiiiuMies par le Pape, on par son eonsi'ij, ou par (|ueli|ue autri? 1) autorite que ce soit, peuvent en consécineucc être déposés on mis a mort » par leurs sujets, on par (|neli[ue antre. JVous délestons uiu' telle dcclrine )> comme scandaleuse et impie; et nous déclarons en même temps (pie nous » ne croyons pas (|ue le l'ape, soit avec un concile général, soit hors du con- » cile. comme aussi qu'aucun prélat, ni prêtre, ni autorité ecclésiasti((ue » quelconque, ])uisse délier les sujets de ce lojaumc, ni aucun d'entre eux, » du serment qu'ils ont pièlé à S. M. George 111, qui, par l'aulorilc du para Icment, est le légitime roi de ce pays.
» II. Nous abjurons, condamnons et détestons, comme antichrétienne et im- » pie, la maxime (pi'on pourrait légitimement mettre à mort, détruire ou » prejudicier en toute manière, à qui que ce soil, sous prétexte qu'il esi héré- » tique; et nous déclarons solennellement devant L)ieu que nous ne croyons » point qu'aucune action injuste par elle-uiêmc, ou mauvaise, ou impie, « jiuisse être justifiée o;i excusée par le prétexte, ou sons couleur, (|ii'elle a » clé faite pour le bien de l'Iiglise, ou pour obéir à quelque autorité ccclé- » siastique que ce soit.
>) 111. Nous déclarons, de plus, que c'est une doctrine anlichréticnne et » impie qu'o/! ne doit jioinl garder la parole donnée aux hérciiqncs. Nous » détestons et desapprouvons celle doctrine, non-seulement comme contraire » à )iotre religion, mais aussi comme destructive des mœurs et de la société, » et comme contraire à l'iionnèleté piibli(|ue. Nous croyons fermement (ju'un » serment fait ;i quelqu'un (|ui n'est pas de la religion catholique oblige » autant que s'il avait été fait à un catholique.
» IV. On nous accuse de regarder eouime un article de notre foi, que le » Pape, avec ou sans; l'autorité d'un concile général, ou d'autres pouvoirs » ceclésiasli(|iics j)cuvent nous délier devant Dieu du serment de fidélité, et » même des serments et contrats légitimes faits entre particuliers; mais nous » protestons du contraire, et nous nions que nous ayons une telle croyance, » ou que nous la défendions; la regardant comme contraire au repos et au » boidieur «le la société, comme inronip.itiMe avec les bonnes mœurs, et 0 surlout comme opposée à l'esprit de la religion latholique.
» V. Nous déclarons, en outre, que nous ne croyons pas que le Pape de » Rome, ou quel(|ue autre prince, prélat. Elat ou potentat étranger, ail ou » doive avoir aucune juridiction temporelle ou civile, puissance, autorité, ou » aucun droit direct ou indirect d ms ce loyaunic.
» ^'I. Après une telle déclaration, il impnrte peu, à considérer la cliose » piilili(|ueuient <Ie savoir ce (|ue nous croyons d'ailleurs louchant le Pape. » Cependaul nous déclarons par surabondaiice «ivic ce n'est point un arlidc
432 ANiNÉE 1791.
liques, les vicaires apostoliques d'Angleterre crurent devoir réprimer les exagérations dangereuses dont 1rs discussions relatives au serment avaient été l'occasion. Parmi les écrits qui avaient paru à cette occasion , un des pkis dangereux était celui de sir Jean Trokmorlon, ayant pour titre : Lettre au clergé catholique sur la nomination des éi^éques, 1792. L'auteur s'y montrait peu favorable aux droits du Saint-Siège ; et il parlait à ce sujet comme les constitutionnels de France. Trois vicaires apostoliques ,
• de foi catholique romaine, ni que nous soyons obligés de croire et de pror, fesser, que le Pnpe est infaillible, ou que nous soyons obligés de nous con- » former à des ordres qui, de leur nature, seraient répréhensibles, quoicjue » émanés du Pape, ou de quelque autre puissance ecclésiastique. Au contraire, » nous croyons que ce serait un péclié de témoigner du respect ou de l'ohéis- » sance pour de pareils ordres.
» VII. Nous déclarons encore que nous ne croyons pas qu'aucun pétlié, » quel qu'il soit, commis par nous, puisse être remis par la volonté d'aucun » pape, ou prêtre, ou autre personne que ce soit , sans un sincère repentir M de nos fautes, une intention ferme et droite de réparer, autant qu'il est en n notre pouvoir, le tort fait à notre prochain dans son honneur ou daiis ses » biens, lorsque nous lui avons causé iniuslement quelque préjudice, et uu » propos ferme et sincère de ne plus péeber, et de se réconcilier avec Dieu, » Telles sont les conditions préalables et indispensables pour avoir une » espérance fondée du pardon; en sorte que si quelqu'un reçoit l'absolution » sans ces conditions, loin d'obtenir par ce moyen la réuiission de ses pé- » chés, il aggrave encore plus ses fautes par la profanation d'un sacre- 1» ment.
» VIII. Nous nous désistons solennellement par celle-ci, et nous renon- » cens à tout droit et prétention, provenant de droits réels ou supposés de >> nos prédécesseurs, sur les biens qui ont été déclarés confisqués, et nous » ne prétendrons jamais y avoir aucun droit, que suivant les lois reçues et » en vigueur dans ce royaume. Nous souhailons, de plus, que si, par le |.a- M triotisnie, la bienveillance et l'équité de nos compatriotes, nous sommes » rétablis dans le droit d'avoir part aux élections, il ne soit permis à aucun » catholique de voter pour l'élection d'aucun membre du parlement, qu'a- » près avoir juré préabiblemenl de maintenir de tout sou pouvoir le droit de • propriété dans ce pays, tel qu'il a été réglé par dinéreuts actes.
» IX. On nous a imputé de chercber à renverser l'Eglise actuellement éta- B blie, pour y substituer une église catholique; mais nous déclarons par n celle-ci solennellement et avec serment, que nocs n'avons pas cette inten- » tion ; et, de plus, que si l'on nous accorde quelque part à la constitution, » et que nous soyons rétablis dans notre droit de libre élection, nous » sommes prêts à déclarer de la manière la plus solennelle que nous n'avons » jamais recherché ce privilège dans la vue de nuire à la religion ou au goui> vernement protestant de ce pays, ni d'exciter dans l'un ou l'autre le » moiiïdre trouble. »
MM. Valineslcy, Gibsou cl Doufjlas, ('vcques de Rama, d'Acanlhos et de Centurie, crurent devoir réclamer publiquement par une lettre pasiorale (juils acbcssèrent eu commun à leurs troupeaux le 26 déeendjre 1792. Après (juelipiesrénexions préliminaires, ilsdé[)loraient leseflorts qu'on avait (ails pour exciter l'insubordinaliou dans leur clergé, et ils répondaient aux repioehescpii leur avaient été adressés; puisils condamnaient douze pioposilions extraites du livre de Trockmorion. Elles porlaient en substance, que les cvcqacs doivent, être choisis par le clergé et le peuple ; cpie le Pape n avait pas le droit de les nonmier, ni de leur donner des bulles ; que la France avait fait sainement de reprendre ses anciens droits j que le concile de Trente avait attribué trop d'autorité au Pape; que les vicaires apostolitpws étaient des pasteurs sans troupeau, et des évcques sans le pouvoir des clés; que le clergé et les Jidcles ne devaient pas se soumettre plus longtemps à ce gouvernement arbitraire et contraire aux canons ,• et qu oti ?ie pouvait être sûr de leur fidélité, tant que ce gouvernement subsisterait. Ces propositions étaient condamnées sous plusieurs qualifications respectives, et entre les autres, sous celles tendant au schisme et à Vhérésie : il était défendu aux ecclésiastiques de les enseigner, sous peine de suspense.
I.es évèqnes s'appliquaient en finissant à prémunir leurs troupeaux contre l'esprit du monde et contre les progrès delirréllgion: ils avertissaient en même temps les fidèles de se tenir en garde contre la traduction de la Bible en anfdais, par Gedde , ouvrage contre lequel les catholiques et les protestants réclamaient également-, l'auteur s'y donnait des licences soit pour la traduction, soit pour les notes. [[Gedde ne profita pas de cet averlissement, et continua à soutenir son système, malgré la suspense dont il lut
frappé.]]
[[Le 20 juin. Défaut de Louis XVI ; son arrestation
A Varennes : conséquences religieuses de cet événement. La fuite du roi dans la nuit du 20 au 21 juin , son arres-
talion à Varennes, les oulrages dont il fui abreuvé le long de sa route, et après son retour à Paris, appartiennent à l'histoire politique: nous n'avons ici qu'à en relever un petit nombre de circonstances. Le roi avait laissé en partant une proclamation , où il parlait ainsi de la violence (jui avait élé faite à sa conscience. « Au sortir de sa maladie, » le roi se disposait à profiter des beaux jours du prin- » temps pour aller à Saint-Cloud : on s'est servi pour l'ar- » rêter du respect qu'on lui reconnaît pour la religion de » ses pères. Le club des Cordt liers se permit de faire alll- » cher un arrêté dans lequel le roi lui-même est dénoncé » comme réfractaire à la loi. Le lendemain Sa Majesté » monte en voiture pour partir : une foule de peuple parut » aussitôt pour s'opposer à son passage ; la garde nationale, » loin de désarmer les factieux , se joignit à eux : en vain )) M, de Lafayette a-t-il fait ce qu'il a pu pour faire com- » prendre à cette garde toute l'horreur de sa conduite; » rien ne put réussir : on a arraché par violence les fidèles )) serviteurs qui l'entouraient, et il est rentré dans sa pri- » son. Ensuite il a été obligé d'ordonner l'éloignement de » sa chapelle, et d'aller à la messe du nouveau curé de » Saint-Germain-l'Auxerrois. D'après ces motifs, et l'im- )i possibilité où est le roi d'empêcher le mal, il e?t naturel » qu'il ait cherché a se mettre en sûreté. »
En réponse à celte déclaration , l'Assemblée nationale opposa, le "22 juin,*une Adresse aux Français : nous n'en citerons que le passage relatif h la religion. « Faut-il » parler enfin de cette insinuation relative à la religion » catholique? L'Assemblée nationale, vous le savez, n a » fait qu'user des droils de la puissance civile : elle a réla- » bli la pureté des premiers siècles chrétiens, et ce ne sont » pas les intérêts du ciel qui dictent ce reproche. » C'était après les excès publics de tout genre qui avaient si tristement marqué les premiers mois de 1791 , que l'Asseniblée tenait ce langage.
On sait que, par suite de cet événement, l'Assemblée, s'emparant de tous les pouvoirs, suspendit, malgré la récla
ANiNLl' 1701. 13»
nialion énergique de beaucoup de ses membres, rexerclce de 1 auloi ilé royale. Le roi el sa fauiille, ramenés à l'aris au milieu de mille bumilialioiis, furent réduits à une sorte de eaplivlié qui d'ira près de deux mois : on cliarj^ea descommis.saires dinleirojjer le prince; on lui enleva léducaliou de son lils (l). Les factions s'ajjiièrent avec la plusf^i'ande violence : c'est alors que l'idée de l'établissement de la république commença à éire bardiment proposée, d'abord par le club des Cordeliers , puis par celui des Jacobins. L Assemblée nationale, (pii ne partageait pas cette o[)iuion, n opposa pas à ses progrès une assez sérieuse résistance. Touitfois elle refusa de mettre le roi en jugement, comme le demandaient les laclieux. Le parti républicain parut même quelques jours après, le 17 piillet, éprouver une délaite complète dans l'iusurreclion qu'il essaya d'exciter au Champ-de-lMars. I^es constituants parurent mieux comprendre qu'il était urgent de ramener l'ordre et la sécurité ^ mais il leur en coûta trop d abandonner la voie qu'ils avaient suivie jusqti'alors. Rien n'était plus sensible que la nécessité d'une révision totale de la conslilulion, qui n'avait été volée cpie par des articles détacbés. Nous [)arlerons de ce travail sous la daie du l 4 sepiendire.
Leconirecoup des événemenis du 'zO juin atteignit les prêtres fidèles dans plusieurs lieux de la province , et donna occasion à des vexations qui n'avalent pas encore été mises en usage. C'est alors qu'on répandit contre eux avec plus de persévérance les calomnies les plus noires : on les accusait d'eaq)ècber la pei"cej)lioii des impôts et la circulation des grains. C'est alors aussi que les administrations départementales commencèrent à prendre plus ai biirairemeut que jamais les mesures les plus rigoureuses. Le dé[)artemenl du Finistère fut un de ceux où la persécution devint d'autant plus rigoureuse, que le scbisme y trouvait
(1) ['Une protestiition contre res mesures fut signée par <leu\ cent (|ua(rcviugt-'lix depulés a|)parten:int au cote droit. M. de Foucault voulut la lue ;i la tribune le 5 juillet; mais on ne le permit pas : elle lut livrée à l'impression. Ulcrciire iU\ IBjuiilei !79l.]]
i36 ANNÉE 1791.
plus d'opposition. Ce fut là , à ce qu'on croit, que furent donnés les premiers exemples de ces violences qui devinrent dans la suite si générales. Le directoire du déparlement avait déjà, de sa propre autorité, banni les ecclésiastiques remplacés pour refus de serment, à quatre lieues de leurs paroisses. Le 2 juillet, il ordonna qu'ils fussent tous arrêtés et détenus à Brest, dans la maison des Carmes déchaussés. Les autorités de Nantes, de Vannes et d'Angers tinrent à peu près la même conduite : dans tous ces lieux les ecclésiastiques fidèles furent arrêtés et abreuvés d'outrages. Cette première captivité dura environ un mois, jusqu'à ce que le décret d'amnistie, dont nous parlerons sous la date du 14 septembre, eût ouvert ces prisons pour un court espace de temps (l).]]
— Le 11 juillet. Translation des restes de Voltaire au Panthéon. [[Deux jours après la mort de Mirabeau , le 4 avril, l'Assemblée nationale, accueillant la proposition qui lui avait été faite par le directoire du département de Paris, avait porté le décret suivant : « l. Le nouvel édifice » de Sainte-Geneviève sera destiné à recevoir les cendres » des grands hommes, à dater de l'époque de la liberté » française. II. Le corps législatif décidera seul à quels •» hommes cet honneiu' sera décerné. IIL Honoré-Riquetti )) Mirabeau est jugé digne de cet honneur. IV. La législa- » ture ne pourra décerner cet honneur à aucun de ses » membres venant à décéder : il ne pourra être décerné » que par la législature suivante. V. Les exceptions qui » pourront avoir lieu pour quelques grands hommes mo/"f5 » aidant la résolution, ne pourront être faites que par le » corps législatif. » (La demande du directoire avait nommé expressément comme devant être compris dans l'exception. Descartes, Voltaire et Jean-Jacques Rousseau.) « VL Le )) directoire du département de Paris sera chargé de mettre » promptement l'édifice de Sainte-Geneviève en état de
(1) Histoire de la ijersécution en Bretagne, par M. Tresvanx, lomc I. Histoire de l'Eglise de France, par M. Jager, torue II, page 348.
anisilE 1791. i;n
)) rcnijîlir la nouvelle deslinalion. Seront jjravcs au-des- » sus du Ironton ces mois : Aux chands iiommks l\ i'Atiue » RECONNAISSANTE. VII. Eii nueiulanl (jiie la nouvelle éfjllsc » de Sainte-Geneviève soit j)rète, le corps de Hicjuetti )) Mirabeau sera déposé à coté des cendres de Descaites, » dans le caveau de l'ancienne é.j^lise de Sainte-Gene- » viève (l). ^>
La ponijio funèbre de Mirabeau avait été acconîpnfjnée d'un ('clal afleclé, cpii avait du |)i.:u satisfaire les amis de la monarchie et de i'E,<;lise (2). Le j)arli dominant voulut les humilier encore plus par l'apothéose de Voltaire; et la translation de ses cendres, oidounée par l'Assemblée, fut à la fois un triomphe pour l'irréligion et la démocratie.]] Ou n'était plus au temps où les amis du philosopbe de Ferney se croyaient obligés de dissimuler ses véritables sentiments. Quand ils virent les piojets de leur parti assez avancés, ils ne craignirent |ilus d'avouer les intentions de leur chef. La puissance royale, à peu près anc'antie, les dispensait de ces ménagements timides dont plusieurs n'avaient pas encore su s'affrancbir (3).
(1) [[Descartes, mort à Stuckliolni en 1G50, \ avait d'nbord reçu une lionorable stpuhurc par les soins di: la reine Christine : mais en 16G7, son corps (ut r^ippoi'lé m France ])ar les ordres de Louis XIV, et enterré dans l'ancienne éj'lise de Sainte-Geneviève. On peut voir les deux épita|)hes qui dé- (oraient sa sépulture d.ins la Description de Paris, par Biice, tome II, page 492. I/égiise ancienne de Sainte-Geneviève ayant été lermée pendant la révolution, on enleva les restes de Descartes, qui sont aujourd'hui à .Snint-Germain-des-Prés.
Le 30 mai, on avait aussi proposé à l'AssemMée de décerner le même donneur ;i Monles(|uieu et à Mahly : mais l'Assemblée jugea (|ue la chose i>rcssait moins (|ue pour Voltaire : elle renvoya ces motions h des comnii-.sions.]j
(2) [[Le convoi de M.ral)eau, commencé à 6 heures du soir, n'arriva à Sainte-Geneviève qu'à minuit. Dans l'intervalle, il avait été porté à Saint- Eustache, ou Cerulti avait prononcé sou oraison l'unèhre. l'oyez sur ces otjsèqnes, V Histoire parlementaire, tome IX, page 390, qui reproduit les journaux de l'époque.]]
(3) Des écrivains longtemps liés avec Voltaire et élevés ii son école, rendant compte, dans un journal connu, de sa /'(>, par t^ondorcet, s'txpi imaient ainsi : « L'historien ^'est ap|ili<|ué surtout à représenter la toute-iiuissante » influence de Voltaire sur son siècle, et bien loin qu'à cet égard on puisse » lui reprocher aucune exagération, peut-être n'a-t-il pas assez approfondi sa « matière; peut-être, quoique son pinceau ne manque pas de l'orce, cùt-il pu
138 AÎNNEE 1791.
[[Le 30 mai, jour anniversaire de la mort de Voltaire, le député Gossin fit, au nom d'un comité, un rapport sur la demande adressée à l'Assemblée nationale par la municipalité de Paris, pour que Voltaire fut transféré de féglise de Romilly dans le monument destiné à recevoir les cendres des grands liommes par la patrie reconnaissante (]).
» lenftre ses touches plus vives el plus marquées. II me seniLle du moins » qu'il était possible de développer davantiige les obligations éternelles que » le genre humain doit avoir à Voltaire. Les circonstances actuelles en Ibur- » nissent une belle occasion. Il n'a })oiiil vu tout ce qu'il a fait , mais il n » fait tout ce que nous voyons. Les observateurs éclairés, ceux qui sauront » écrire l'histoiie, prouveront h ceux qui savent n fléchir, que le premier >) auteur de cette grande révolution qui étonne l'Europe, et répand de tout » côté l'espérance chez les peuples et l'inquiétude dans les cours, c'est, sans » contreilit, Voltaire. C'est lui (|ui a fait tomber la première et la plus for- )) mid.ible barrière du despotisme, le pouvoir religieux et sacerdotal. S'il » n'eût pas brisé le joug des prêtres, jamais on n'eut brisé celui des (yrans : » l'un et l'autic pesaient enseml;le sur nos tèles, et se tenaient si étroite- » ment, que le premier une fois secoué, le second devait l'être bientôt » api es. L'esprit humain ne s'arrête pas jtlus dans son indéperdance (|uc » dans sa servitude, el c'est Voltaire qm l'a affranchi en l'accoulumant à » juger sous tous les rapports ceux qui l'asservissaicnt. C'est lui qui a rendu » la raison jjopulaire, et si le peuple n'eût pas appris à penser, jamais il ne » se serait servi de sa foice. C'est la pensée (les sages qui piéjiare les lévo- « lutions politifiues; mais c'est loujours le bras du peuple qui les exécute.... i> Des esprits superficiels ou créilnles ont allecté de ne voir dans Voltaire » qu'un llatteur de la puissance, parce t|u'il a quel(|uei'ois c: ressé les niinis- » très ou les grands. Ils ne s'aperçoivent pas que ces cajoleries particulières » sont sans consé(|uence ; mais ce qui est d'un effet infaillible et universel, » c'est cette haine *le la tyrannie en tout genre qui respire dans tout ce qu'il » écrit; partout il la rend odieuse ou ridicule; partout il avertit l'homme de
I) ses droits et lui dénonce ses oppresseur.- il a tant répété au peuple :
» Sui'fiz-vous quel Cil voti-e pluy ^vand malheur ? c'est d'être sot et poltron ; » il l'a tant redit de mille manières, qn'enîiu ou n'a plus été ni l'un ni l'autre. » [Ih'ercure de France, du 7 août 1790. La p.irtie lilter.iirc de cette revue était rédigée par M.irinontel , La Harpe et (jhamfort, tous trois de l'école de
Voltaire. L'article est signé D 11 parait être de l^a Harpe.) C'est ainsi (|ue
ces mêmes hommes, qui avaient tant de fois (axé de déclamations les jilarmes et les plaintes du clergé contre la |)hili)sopliie, justifiaient aujourd'hui ces plaintes par les éloges qu'ils d nnaient h leur chef, et pir ce qu'ils racontaient de ses efforts contre le despotisme. On n'avait donc pas eu tant de tort de dénoncer ce parti couinie non moins ennemi du tiône que de l'autel. Aussi le trn>mplie décerné à Voltaire blessa et les amis de la monarchie et ceux de la religion.
(1) [[Voltaire avait d'abord été enferré par surprise dans l'abbaye de Scellières vojez tome V, page 8S). L'abbaye de Scellières ayant été vendue par suite des décrets de l'Assciublce; « Troyes et Piomilly ont ambitionné ces
AISNÉI:: l-;'.)!. 130
« C'est le 30 mai , disait-ll, f|ne Ks lionneurs de lu sépiil- » (lire ont été refusés à Voliaiie; et c est ce même jour » que la reconnaissance nationale doit consacrer en s'ac- » quiitanl envers celui qui a |)iéparé les hommes à la to- » lérance et à la liberté... La naiion a reçu l'ouliaf^e lait » à ce grand homme, la naiion le réparera, et les Fran- » çais, devenus lihres, décerneront au lihcrateiir fie la » pensée les honneurs qu'a reensd eux l'un des fondateurs » de la libellé (Mirahcau), En conséquence l'Assemblée » décréta, que f'oUaire était, dii^ne de reco'oir les hon- » jieurs décernés aux grands hommes. »]]
La (été à laquelle on voulut donner le plus grand appareil ne put avoir lieu que le 1 1 juillet. La veille, on avait alliché dans tout Paris une réclamation signée d'un grand nombre de citoyens, qui proleslaitnt contre cet hommage rendu à un écrivain frivole, irréligieux et corrupteur : le parti qui Temporiail alors n'en cul que plus d'ardeur pour lui donner tout l'éclat possible.
[[Une députation de la municipalité reçut le corps de Voltaire à la barrière de Chareuton. Entre les sentences qui ornaient le char funèbre, nous ne rapporterons que celle-ci : Si V homme à des tyrans, il les doit détrôner. Un premier triomphe lui était préparé sur la place où avait été la Bastille; celait pour lui rendre honneur, lisait-on sur une inscription, la même où le despotisme l'avait enchaîné. Chaque société, chaque corps, chaque bataillon de la garde nationale avait voulu prendre place dans le cortège-, à la suite d'un char magnifique traîné par douze chevaux, marchaient hs représentants de TAssemblée nationale, le déparlement , la municipalité, les membres des tribunaux. Les stations les plus remarquables furent faites h l'Opéra, à la maison oîi il était mort, et à la Con)édie française (l).JJ Ou affecta de le faire passer sous les
» restes précieux; et l'une d'elles avait délibéré qu'ils fussent partagés. » (Rapport de Gossin.) Ils avaient été transfères dans l'église de Roniilly, voisine de Scellières.]]
(l) Ou trouvera, dans V Histoire parlementaire, tous les détails autlunii-
lenêtres des Tuileries où Louis XVI, élait alors prisonnier ; et l'on avait eu soin de faire marcher en télé ceux qui venaient d'arrêter le monarque à Varennes. Une église destinée au culte du Très-Haut reçut enfin, sous le nom de Panthéon, les cendres de l'ennemi déclaré du chrislianisme.
Depuis, le 11 oclobre 1794, pour rendre le but de ces honneurs moins équivoque, on les déféra aussi aux restes de Rousseau, que l'on transporta d'Ermenonville: et les tombeaux de ces hommes qui ont eu tant d'influence sur la révolution, sont encore déposés dans ces caveaux (l), où bientôt après, on leur associa, au moins pour quelque temps, les noms les plus abjects, et des monstres à peine dignes du nom d'hommes ('2).
— Le 14 septembre. L'Assemblée nationale déclaue Avignon et le Comtat kécnis a la France. Dans le même temps qu'on prodiguait des honneurs scandaleux au père de la philosophie, on insultait sans retenue au chef de l'Eglise. Le 3 mai, une troupe de factieux avait brûlé, au Palais-Royal, à Paris, avec un appareil et un éclat outrageants, les derniers brefs et l'elligie du Pape, que l'on avait habillée d'une manière ridicule; et cette insolence n'avait pas été réprimée. On travaillait, au contraire, à porter à Pie VI des coups plus sérieux. On soufflait dans Je Comtat les mêmes germes de discorde qui troublaient la France. Les scènes de violence qui se passèrent dans ce pays montrent la puissance et la perfidie du génie révolutionnaire. Dès la fin de 1789, la révolte avait commencé dans Avignon, où les esprits étaient plus échauffés. Les fac-
liques de cette fêle, qui aurait été bizarre, si le motif odieux qui l'inspirait pouvait être dissimulé.
(1) [[Les restes de Voltaire et Rousseau se trouvent aujourd'hui placés dans la partie des caveaux, qui est destinée aux protestants et a ceux qui ne reçoivent pas la sépulture ecclésiastique.]]
(2) [[Une loi, rendue le 14 novembre 1793, décida que Marat, qui était tombé le 13. juillet précédent, sous les coups de Charlotte Corday, occuperait au Panthéon la place de Mirabeau; mais après le 9 thermidor, ou enleva
Je nouveau dieu, et ses restes furent jetés dans l'égout de Montmartre.]]
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lieux forcèrent à main armée les habitants du Comtat à se lifjucr avec eux. Le Pape essaya vaineinenl de ramener par la douceur un peuple é.;;aré {|ui auraii dû bénir un gouvernement paternel ; car on sait qu'on ne payait aucun im|)ôt, ni à Avignon, ni dans tout le Comtal. Le Pape venait même d'envoyer du blé pour soulager le peuple dans un temps de disette (l). Il exhorta les liabitants du paysà se défier des pièges qu'on leur tendait, et promit d'écouter leurs réelamalioiiS sur les abus qui auraient pu s'introduire. En février et en avril 1790, il adressa des brefs pleins de bienveillance aux déput('s de l'assemblée de Carpentras et aux Avignonais, et envoya sur les lieux un commissaire chargé de leur porter des paroles de paix ; mais on refusa de le recevoir à Avignon. On dépouilla même de son autorité le vice-légat Casoni, et on lui signifia l'ordre desorlir de la ville. Le prélat partit le 12 juin 1790, et se retira à Carpentras. Dans le même temps les Avignonais demandèrent à se réunir à la France, et proposèrent d'adopter la nouvelle constitution (ju'on venait d v rédiger. Ils se mirent à imiter ce qui se faisait en France. On dépouilla les églises de leur argenterie; les vases sacrés furent envoyés à l'HcMel des Monnaies de Marseille; les reliîïieuses fment expulsées des couvents. La manie de copier rAssemblée constituante de France était telle à Avignon, qu'une proclamation du 30 novembre 1790 ordonna à rarclu'vêc|ue Giovio, qui s'était retiré à Villeneuve, petite ville de son diocèse, de reveiîir à Avignon j)our y prêter le serment civique, ainsi que les curés ei autres prêtres. On ajoutait que ceux qui s'y refuseraient seraient ccnsésrenoncer à leurs [)Iaces, lesquelles seraient déclarées vacantes. C'était absolument ce que l'on venait de faire à Paris.
Les habitants du Comtat avaient d'abord été moins loin dans la carrière des innovations. Ils avaient formé une
(I) Maurv, dans son opinion du 20 novrmlire 1790, rend un lionimagf touillant à la douci-ur du gouvernement pontifical.
Assemblée représentative à Carpentras: cependant. Ils acciieilliient le vice-légal chassé d'Avignon et le commissaire envoyé de Rome. Le 27 mai 1790, cette Assemblée déclara qu elle n'adopterait de la constitution française que ce qui conviendrait aux intérêt du Comtat et aux circonstances, et ce qui pourrait se concilier avec l'obéissance due an Pape comme souverain du pays. On protestait ne point vouloir s'écarter de cette obéissance, et cependant on sollicitait à Rome l'approbation de la constitution française tout entière, tant au spirituel qu'au civil, L'Assemblée du Comtat adopta la déclaration des droits de rbomme de l'Assemblée constituante, et les autres articles principaux de la constitution fraiiçaise. Puis, quand elle vit que le gouvernement pontifical refusait de sanctionner ces lois, elle ne voulut plus reconnaître l'autorité du vicelégat, congédia les autres olliciers du Pape, institua un nouveau tribunal, nomma trois conservateurs d'Etat et envoya deux députés à Rome, mais avec des instructions si hautaines et si évidemment dictées par l'esprit de révolte, que le Pape refusa de les recevoir. Les habitants de Carpentras et du Comtat prétendirent alors que le gouvernement pontifical les avait abandonnés, allégation fausse puisque c'était eux, au contraire, qui avaient expulsé tous les otïiciers du gouvernement. Le Pape, loin de renoncer à administrer ces pays, offrit le pardon entier du passé ; ce qui fut reçu à Avignon et à Carpentras avec l'arrogance la plus offensante.
Pendant ce temps, la municipalité d'Avignon s'empressait d'organiser le schisme comme en France. Le 26 février 1791, un oOîcier municipal, nommé Dnpraf, se rendit à la cathédrale avec des soldats, força les chanoines d'entrer dans la salle du chapitre, et leur adjoignit de nommer un orand vicaire, en alléguant que, d'après les décrets de l'Assemblée française adoptés à Avignon, l'archevêque était mort civilement, et son église vacante, par le refus qu'il avait fait de rentrer dans Avignon et de prêter le scriîient civique. Les chanoines refusèrent, en se fondant
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sur toulcs les lois canon icnits; rarclicvc'tjue n't'lait jioiiit mort; il n'ôiait pas niènic absent df son diocèse, |)iiis([u'il résidait à Villeneuve, à la porie de la ville. Dupral les empêcha de sortir, et leur prescrivit de nommer un j^randvicaire parmi iiuit nomsffu'il leur présenta. Il les força de donner leurs suffrages. Sur dix (pTils étaient, le chanoine ^lallière eut (jnnii-e voix, et deux autres chanoines chacun deux : .M;illièie n'(''tait donc pas élu; Duprat ne le proclama pas moins jjraud-vicaire, força les chanoines de signer le procès-verbal d'élection, leur demanda ensuite le serment civique, et sur leur refus déclara le chapitre supprimé. Les dix chanoines rédigèrent le même jour une protestation contre la violence c[ni leur avait été faite 5 ils déclarèrent que l'élection avait été extorquée, et que jamais ils ne reconnaîtraient Mallière connue ,;',rand-vicaire; treize chanoines, qui ne s'étaient pas trouvés au chapitre du 26 février, adhérèrent à la protestation précédente (l). Mallière cependant accepta le titre de vicaire-général, fut installé le 6 mars dans la cathédrale, après une messe célébrée par l'oratorien Mouvans, (|ui portait Técharpe municipale sur ses habits sacerdotaux. Déplus, il prêta le serment civique, reconnut le roi de France, et s'engagea à faire observer la constitution civile du clergé, malgré tous les obstacles. Il fil un mandement pour le carême, donna des dispenses, et p;u-iant de la vacance du siège, il interdit tous les supérieurs des séminaires pour avoir refusé le serment; il supprima deux séminaires, et écrivit au Pape pour lui faire part de son élection, et le jnier de l'approuver. Au surplus, très-peu de prêtres et de fidèles reconnurent Mallière (2).
Avignon et le Comtat n'étaient qu'au commencement de leurs maux. On avait organisé dans le pays un afireux brigandage. Cn homme atroce, déjà connu par un horrible
(1) On trouve cet acte, dans la Collection ecclésiastique de Guilion, lome XtV, page 259.
V2) Tous ces faiis sont ra|))iortés en délail dans le bref de Pie VI, du 23 avril 1791. [Culleciion de llulot, page li'-i.)
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surnom, Jourdan coupe-tête, portait partout la terreur et la mort. Cavaillon fut pris et livré au pillage : on échoua devant Carpeutras; mais de nombreux assassinats ensanglantèrent le pays. Ravoux, curé de Samarin, fut assassiné le 1 9 avril par I armée dite de Vaucluse. Il n'y eut, dit-on, pas moins de six cent vingtet-une victimes à Avignon et dans tout le Comtat. Le 11 juin 1791, l'abbé Offray, bénéficit-r à la cathédrale d'Avignon, fut pendu dans un mouvement populaire avec les marquis de Rochegude et d'Autan. C'était par ces voies qu'on voulait arriver à la réunion du pays à la France.
Les longues hésitations de l'Assemblée nationale relativement à l'admission de ce projet sont un des incidents les plus curieux de cette époque de troubles. On y voit clairement par quels moyens une minorité hardie parvient, en suivant ses intriguesavec persévérance, à iriompherdes répugnances de législateurs, lorsqu'elle sait qu'ils ne sont pas inflexibles relativement aux lois de la justice. La motion, présentée eu novembre 1789, avait été rejetée avec un mépris unanime (l). On revint plusieurs fois à la charge, et en particulier en novembre 1790. Ce fut alors que Maury (né lui-même dans le Comtat d'Avignon) défendit les droits temporels du Saint-Siège, dans un des discours les plus solides et les plus brillints qu'il ait prononcés, et qu'il parvint à faire ajourner la mesure (2). Au mois d'avril 1791, on essaya de nouveau d'entraîner l'Assemblée nationale; et cette fois les menaces, la ruse et la violence étaient employées pour faire adojjter la mesure : le côté droit la combattit avec grande énergie. Maury obtint un nouveau succès (3); et le 24 mai, le projet fut rejeté. 11 semblait d'autant plus naturel qu'il ne fut pas
(1) Maury, Opinion sur la soweraineté d\'1i'iguon, pnge 3.
(2) [[Le discours de Maury offre, sur la souveraineté d'A\ignoii, d< s rrtiiticlies historiques qui sont nécessaires à connaître, et qu'on trouverait difTlcileinent ailleurs ; il peint avec la plus grande vi-ucur les excès de foui genre. par lesquels on travaillait h soulever le pays, et à dépouiller le Saint-Siège de ses droits.]]
(3) Maury, Seconde opinion sur /Ivignon : OEtwies, tome V, page 237.
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ro|ii('senfé que rAsscmbli'o conslifuanto avait décliié cllcincme, que (|unnd un projet aurait été repoussé, il ne pourrait |)lus être adopté par la même législature : mais e'était pour les autres Assemblées (ju'ellc avait établi cette loi. Des commissaires envoyés par elle dans le Comtat, sous prélexte d'y pacifier les esprits, ne clierclièrent, au contraire, qu'à faire regarder l'annexion comme nécessaire: ils la présentèrent comme indispensable, au commencement de sej)tembrc 1791. L'intrépide Maury se présenta à la tribune comme leur accusateur • il dénonça l'abus révoltant qu'ils avaient l'ail de leur n)ission pacifique pour appuyer le brigandage ; et il s'offrit h les poursuivre devant le tribunal de labautc cour nationale d'Orléans (1). On refusa de l'entendre; et l'on porta, le 14 septembre, un décret dont voici les articles essentiels : « L'Assemblée )) nationale déclare qu'en vertu des droits de la France sur » les Etats réunis d'Avifirnon et du Comlat Yénaissin, et » conformément au vœu librement et solennellement émis » par la majorité des communes et des citoyens de" ces )) deux pays, pour être incorporés à la France; Icsdits » deux Etats réunis d'Avignon et du Comtat Vénaissin, » font dans ce moment partie intégrante de l'Empire fran- » çais. Le roi sera prié de faire ouvrir des négociations » avec la cour de Rome pour traiter des indemnités et » dédommagements qui pourront lui être dus (2). » On sent assez combien, dans les circonstances où l'on se trouvait, la négociation qu'on suppose ici, était impossible; et combien elle le devintencorc davantage au milieu des troubles qui suivirent. Plus tard, la renonciation h la souveraineté d'Avignon fut une des conditions imposées à Pie Vf, parie traité de Tolcntino, le 19 février 1794. Le congrès de
(1) Mercure, du 21 septembre 1791.
(2) ['Matny, dans s;i Seconde opinion, discrile nvoe une profondeur rcniari|ual>le, d'une part les droits (|ue pouvait avoir la France sur «es deux Ktats, et, de l'autre, la ])rétendue lilierté des siilTraijes, par lesquels une prétendue majorité avait demandé rincor])oralion. Sous l'un et l'autre rapport, il fait voir avec évidence combien le décret était injuste et trompeur. jj
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Vienne qui fit restituer au Pape d'autres possessions, n'exigea pas la même chose pour Avignon et le Gomtat.
Il semblait naturel d'espérer au moins que la France se hâterait de travailler à ramener la sécurité et l'ordre dans cette nouvelle province : il n'en fut rien. De nouveaux assassinats furent commis avec impunité. Le féroce Jourdan put continuer ses monstrueux exploits. Dans les dernières semaines qui avaient précédé le décret, on avait arrêté à Avignon un nombre assez considérable de citoyens, et on lesavaitenfermésdans l'ancien palais pontifical. Undesderniersqui fut amené fut TabbéNolbac, ancien jésuite et curé de Saint-Simphorien d'Avignon, ecclésiastique universellement estimé pour sa charité et pour ses vertus : dès qu'il fut entré, il ne s'occupa qu'à préparer à la mort ses compagnons d'infortune. En effet, dans la nuit du 16 au 17 octobre, les prisonniers furent massacrés, sous la direction de Jourdan, avec des circonstances horribles. Appelés les uns après les autres, ils étaient assommés à coups de barres de fer ^ puis leurs corps étaient jetés dans un puits servant de glacière-, c'est ce qui a fait appeler cette scène tragique le massacre de la glacière. Dans le même temps, un abbé Gautier fut mis à mort à Cavaillon de la manière la plus atroce. Jourdan et ses complices, contre qui s'éleva un cri universel d'horreu-r, fut protégé par les Jacobins, qui dominaient l'Assemblée législative ; un décret d'amnistie, du 19 mars 1792, couvrit ces horreurs. Jourdan, qui avait été arrêté quelque temps, fut mis en liberté, et revint à Avignon renouveler les massacres : plus taid il fut nommé chef d'escadron et commandant de la gendarmerie. Mais le jour de la justice arriva, et ce fut le tribunal révolutionnaire qui le fit exécuter le 27 mai 1794, quelques semaines avant le 8 thermidor.
Pie YI s'éleva à plusieurs reprises contre les indignes moyens par lesquels on avait soulevé les peuples du Gomtat et déchaîné toutes les passions. Son bref du 23 avril 1791 à l'archevêque d'Avignon et aux trois évêques du Gomtat, offre le tableau des troubles de ce malheureux pays 5 c'est
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là que nous avons pris une partie des détails qui précèdent. Le Pape, dans son bref^ cassait l'élection de ->I.ilière et lout ce qui s'en était suivi, lijusliliuit rarchevéque qui n'avait quitté Avignon qu'à cause de la terreur qui y régnait, terreur qui avait fait fuir également beaucoup d'ecclésiastiques et de personnes reconimandables. Il déclarait Malière et ses adhérents suspens et irrr'guliers. A ses protestations sur le spirituel , il en ajoutait d'autres sur ses droits temporels.
Après le décret spoliateur du 14 septembre, le Pape adressa un mémoire à l.onis XVI contre cette usurpation; ce mémoire est fort modéré 5 Pie YI se plaint des tentatives faites pour séduire les sujets du Comlat, de l'envoi d'éniissaires et de satellites soudoyés, de la protection accordée aux agitateurs et aux assassins, et de la conduite des commissaires-médiateurs envoyés par l'assemblée de France, qui avaient préparé Tincorporalion par l'artifice, les fraudes et les menaces (l).
— [[Le H septembre. Acceptation de la Constitution. Derniers jours de l'Assemblée constituante. Amnistie générale. Le jour même où fut définitivement porté le décret d'annexion d'Avignon, le roi se rendit à l'Assemblée nationale pour accepter la Constitution du royaume. La
(1) Ce inéinoire curieux est <lalé du 25 octobre 1791 et se trouve parmi les pièces du Procès de Louis Xf-'I, tome IX, page 150.
Il y a un autre bref du 10 avril 1792, aux évê<iues du Conitat, ainsi qu'au clergé et au peu|)le du pays. Le Pape y fait l'éloge du clergé et des laï(|ues fidèles à leurs serments; il cite un rapport fait à l'Assemble e législative, le 1 1 février précédent, et qui prouve le bon esprit des princinaux habitants du Conitat. II se plaint d'un décret du 3 mars, par lequel la même Assemblée avait di\isé tout le territoire du Comlat en deux districts, qu'elle réunissait aux départements des Ijouchrs-du-Rhône et de la Drôinc; ce même décret ordonnait de mettre h exécution dans le pays toutes les lois françaises et rendait la liberté aux auteurs des massacres du 16 octobre. De plus, par le bref du 10 avril. Pie VI r.itifiait les protestations qu'il avait faites.
Enfin , le Pontife adressa aux dilTéri ntes cours un nouveau mémoire contre l'invasion d'Avignon et du Comtat Vénaissin ; et l'on trouve sur ce sujet dans la collection des brefs par M. Guillon, trois brefs, l'un du 25 février 1792, !» l'impératrice Catbirine, un autre du 3 mars suivant à l'empereur I.éopold,.et un du 8 août de la même année à son fils l'empereur François II.
majorité des représen tanls s'effrayait de la situation dans laquelle elle allait laisser l'Etat au momentdese séparer : elle comprenait la nécessité de rétablir le roi dans l'exercice de ses prérogatives; mais toujours préoccupée des principes qui avaient eu tant d'influence sur ses décrets, elle n'osait en faire assez pour rendre au pouvoir la force et l'eflicacité qui étaient plus Indispensables que jamais : cet esprit de défiance avait présidé à la révision générale de la Constitution.
Nous ne chercherons pas à reproduire, ni à apprécier l'ensemble de cette grande charte sous le rapport politique (1) : mais 11 est essentiel de remarquer les points que le clergé y trouvait repréhensibles sous le rapport religieux : ces observations sont indispensables, pour que l'on comprenne les diflicultés que souleva un des premiers actes de l'Assemblée législative , ainsi que nous le rapporterons sous la date du 29 novembre 1791.
La Constitulion était précédée de la Déclaration des droits de Vhovime et du citoyen, telle qu'elle a déjà été rapportée plus haut, à l'occasion des événements de la nuit du A août 1789 (2). On y donnait comme droits inaliénables la liberté et l égalité des hommes entre eux ,• le concours de tous les citoyens à la formation de la loi par elle-même ou par leurs représentants ', la libre communication des pensées , etc. Beaucoup de ces axiomes paraissent mal définis, dangereux et même faux dans l'étendue qu'on leur donnait (3).
La déclaration des droits était suivie de ces règles générales : « L'Assemblée nationale voulant établir la Constl- » tutlon française sur les droits qu'elle vient de déclarer,
(1) [[Ou verra, dans tous les historiens de la révolulion, la lettre importante par laquelle Louis XVI déclara son acceptation : on y trouvera les détails de la séance royale du 14 septembre, les réclamations des princes, etc.
(2) Tome V, page 347.
(3) C'est sur la déclaration des droits de l'homme qu'insistent plusieurs écrits publiés à cette époque. Les Observations sur le serment prescrit en novembre 1791, par M. l'archevêque d'Aix , portent principalement sur les articles qui suivent cette déclaration.
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» abolit irrévocablement les institutions qui blessaient la )) liberté et ré.'jalité des droits. Il n'y a plus ni noblesse , )) ni distinctions d'ordre. : la loi ne reconnaît plus ni vœux » religieux, ni aucun (uilre engagenienL qui serait contraire » aux droits naturels ou à la Constitution. »
Le titre premier, Dispositions fondamentales garanties par la Constitution , portait entre autres articles : « Les' )) biens destinés aux dépenses du culte et à tous les ser- » vices publics appartiennent à la nation, et sont dans tous » les temps à sa disposition... Les citoyens ont le droit d'é- » lire ou de clioisir les minisires de leur culte. »
Dans le titre second, De la division du royaume et de l'état des citoyens, nous remarquons les articles suivants. « V. Le serment civique est ; « Je jure d'être fidèle à la )> nation , à la loi et au roi, et de maintenir de tout mon » pouvoir la Constitution du royaume décrétée par V As- » semblée nationale constituante, aux années 1789, 1790 )) et 1791. » (Nous ferons bientôt quelques observations surce serment, h l'occasion de la loi du 29 novembre 1791, qui l'imposeraaux prêtres.)... « VII. La loi ne considère le » mariage que comme contrat civil. »
Dans le litre cinquième. Des contributions publiques, on relevait les expressions suivantes : k Le traitement des mi- )) nistres du culte catholique, pensionnés, conservés, élus » ou nommés en vertu des décrets de l'Assemblée nationale » constituante, fait partie de la dette de l'Etat, »
Enfin le litre septième, De la révision des décrets, se terminait par cet article : « Les décrets rendus par l'Assemblée » conslituanie qui ne sont pas compris dans l'acte de con- » stltution, seront exécutés comme lois, tant qu'ils n'auront )) pas été révoqués ou modifiés par le pouvoir législatif. » Cette dernière disposition comprenait évidemment la Constiuiiion civile du clergé, qui n'était pas censée faire partie de la Conslitulion générale.
Les interprétations qu'on donnait généralement alors à ces divers articles, étaient bien propres à mettre en défiance les consciences délicates.
Dans cette même séance du 14 septembre, oîi le roi vint prêter le serment de maintenir celte constitution, l'Assemblée nationale adopta un décret d'amnistie générale, qui procura quelques jours de liberté aux ecclésiastiques persécutés, et dont voici les points essentiels : « I. Toutes pro- » cédures instruites sur des faits relatifs à la révolution, » quel qu'en puisse être l'objet, et tous jugements inter- » venus sur semblables procédures, sont irrévocablement » abolis. II. Il est défendu à tous ofîiciers de police ou juges )) de commencer aucune procédure pour les faits mention- » nés en l'article précédent , ni donner continuation à )) celtes qui seraient commencées. V. Le décret relatif aux )) émigranis est révoqué, et conformément à la constitu- » tion il ne sera plus apporté aucun obstacle au droit de » tout citoyen français de voyager librement dans le » royaume et d'en sortira volonté (l). » Ce ne fut pas sans peine que les prêtres, livrés à d'injustes vexations, purent profiter de ce décret, pour obtenir quelques jours de liberté : ils trouvaient en bien des endroits les dispositions les plus malveillantes dans les autorités locales. L'Assemblée législative ne larda pas à renouveler la persécution et à la rendre bien plus cruelle.
L'Assemblée constituante termina ses séances peu de jours après, le 30 septembre. Nous n'avons pas besoin d'exprimer notre jugement sur ce qui la concerne. Tant d'actes évidemment contraires aux droits les plus sacrés de l'Eglise que nous avons dû citer textuellement, montrent assez quel a été, par rapport à la religion, l'esprit de la majorité de cette grande réunion, qui offrit sans doute des talents distingués, et qui développa une activité si étonnante,
(I) [[Cette amnistie eut eu besoin de plus de précision : « M. Lanjiiinais de- » mandait qu'on révoquât les ordres de déportation contre les prêtres non as- « scrmentés: M. Martineau voulait qu'il ne fût plus prêté d'auire serment que » celui (Vëive fidèle a la nation, à la loi et au roi, cl de maintenir laconslilii- » tion. M. Camus, effraye du danger que courait sa nouvelle église, a obtenu B qu'on passât à l'ordre du jour, de peur, a-t-il dit, que d'cntkoiiHasme eu s enthousiasme, on ne nous mène jusqu'à détruire tout ce que nous ai'ons » fait. » [Meicure, du 24 septembre 1791.)]!
mais qui bouleversa tout dans l'Eîjlise cl dans l'Elal avec tanl d'audace el de léiucrilé (l). Tel lui le luallieur des temps que rAssemblée qui succéda iimnédiatenient à ia conslituanle lajil bientôt regreller. Nous rapporterons, sous la date du 29 novembre, les premiers actes de la nouvelle législature.]]
— Le 17 octobre. Akrèté du directoire de Paris pour
FERMER LES ÉCOLES DE THÉOLOGIE DE SoKRONNE ET DE Na-
vARRE. Cet acte des autorités départementale fui un nouveau pas dans les voies de desiruclion où Ton était entré. Des écoles de tbéologie paraissaient à des révolutionnaires la chose la plus inutile, ou même un obstacle à leur but : ils voulaient d'ailleurs punir la Faculté du courage qu'elle avait eu d'adresser, le 1" avril, à M. de Juigné , une lettre où elle le reconnaissait pour son seul légitime pasteur. De plus, tous les professeurs de Sorbonne et de Navarre avaient refusé le serment à la Constitution civile du clergé-, et Pie VI, dans son bref du 13 avril 1791, avait cité avec honneur la conduite de la célèbre Sorbonne j c'est ainsi qu'il la caractérisait : c'est qu'en effet les derniers temps de cette illustre école répondirent à ses plus beaux jours; et on la vit, jusqu'aux portes du tombeau où elle allait descendre, soutenir avec fermeté les intérêts et les droits de l'Eglise. L'arrêté du directoire portait que les écoles de Sorbonne el de Navarre, qui étaient fermées pendant les vacances, ne seraient point ouvertes au temps ordinaire de la rentrée, attendu l'organisation prochaine du séminaire métropolitain el le refus du serment par les professeurs. Ceux-ci réclamèrent par une lettre commune du 16 novembre suivant, adressée aux administrateurs du di-
(t) l[Si l'on peut avoir diverses oj)inions sur l'opportunilé fte la conduite que tint la minorilé de la Constituante dans plusieurs circonstances, on ne peut nier (|u'clle n'ait, en général, montré heaucoup de coura-e, et que lilusieurs de ses inenibres n'aient brille par le talent, tels que M. de Boisgriin, et surtout M-.iury.
La noblesse et le cierge ajjpartenant au coté droit, firent, avant de se sél)arer, une protestation contre les principaux décrets de l'Assemblée consljituante ]]
rectoire. Ils rappelaient que TAssemblée constituante , avantdeseséparer, avait décrété, le 26 septembre, que tous les établissements enseignants continueraient provisoirement leurs fonctions. Comment le directoire avait-il pu se mettre sitôt en opposition avec ce décret (l)? L'oiganisation prochaine du séminaire métropolitain n'était pas une raison de fermer la Soibonne; d'abord parce que cette organisation n'était pas encore faite, et n'était peut-être pas aussi prochaine qu'on le supposait 5 ensuite parce que les cours de Sorbonne avaient lieu indépendamment de l'enseignement des séminaires. Quant au serment, les professeurs montraient qu'ils n'avaient pu s'engager à soutenir une constitution hérétique, schismatiqiie, opposée à V esprit du christianisme. Celte déclaration si ferme et si précise était signée de tous les professeurs de Sorbonne et de Navarre, savoir : de MM. Paillard , Briquet, Flood et Matignon , pour la maison de Navarre, et de MM. Saint-Martin , de la Hogue, Dièche, Dudemainc, ïinlhoin et Hugues, pour la maison de Sorbonne. Tel fut en quelque sorte le dernier soupir de cette école si ancienne, qui avait rendu tant de services a la religion , et qui avait fourni h l'Eglise de France, pendant plusieurs siècles, tant d'hommes recommandables par leur piété et leurs lumières. Jusqu'à ses derniers temps, elle voyait afîluer à ses leçons des ecclésiastiques de toutes les provinces, qui venaient y puiser les saines doctrines et les bonnes mœurs, et qui retournaient ensuite édifiés et instruits : c'était là que tant d'évéques, de grands vicaires, de curés, avaient été formés aux vertus et aux connaissances de leur état. La plupari
(1) [[M. (leTallcyraiid Péiigord avait présenté à rAsseniLlce constituante i;:; long rapport sur l'cfliication, dont les conclusions tendaient à rétalilissemci.; A'écoles primaires ou de canton, d'ecoies de district, d'écoles de cléparleiiicn.'. et enfin il'un institut national: de commissaires d'instruction, résidaii! .1 Paris, devaient diriger tout cet ensemble. Le projet avait eiiKjnante-sept articles. Il est aisé de voir dans ce court a|)erçu le germe de Vunit'ersité fr(i:içaise. Mais le 26 septembre, l'Assemblée nationale, à la veille de sa dissolution, renvoya le projet à l'Assemblée législative, et ordonna que provisoirement tous les établissements enseignants continueraient leurs fonctions.]
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des docteurs qui exislaieiil en 1791 furent depuis victimes de la persécution, et un grand nombre furent exilés ou déporiés. Les dernières licences comptaient bien des hommes recommandables, parmi lesquels il en est qui ont vécu jusqu'à nos jours (1).
C était pour nous un devoir de mentionner la destruction d'une institution si respectable, destruction qui était la suite et le prélude de tant d'autres : nous avons cru devoir d'autant plus protester contre cet acte inique, ciu'il est de mode aujourd'hui parmi quelques écrivains de parler fort légèrement de la Sorbonnc. On a dit, naguère, dans un journal, quelle était tombée, parce quelle l avait l'oulii. C'est une assertion bien fausse et bien cruelle. La Sor-
(1) La licence de 178G à 1787 fut la tkriiièie dont on donna Its places, sxiivant la l'oiinc accoutumée. La licence de 1788 à I7<Si) coninicnça comme ii l'ordiiiaiie, et la |,reinière année se passa assez tranqulilciiieiit ; mais la seconde beaucoup moins. La prise de la Bastille, les trouljles de la capitale et les décrets de l'Assemblée jetèrent le découragement. A la fin de 1789, il n'y avait ([ue di\-liuil i)aclieliers (lui eussent achevé de soute iiir leurs thèses. Les autres obtinrent des docteurs al:iiuiés, un arrêté du 3 novemhie 1789, ])ortant qu'il ne serait fait aucune liste de place, et que la bénédiction ordinaire de licence serait donnée en janvier suivant. Les bacheliers (jui avaient soutenu tous leurs actes, essayèrent en vain de l'aire revenir la Faculté sur ccl arrêté, qui laissait la licence incomplèle, et qui privait les plus laborieux et les plus zélés du fruit de leurs peines. Les temps devenaient de plus en plus fâcheux. La licence de 1790 commença sous de tristes auspices. Il n'y eui point de thèses soutenui s. Les maisons de Sorbonne et de Navarre avaient perdu leurs revenus par les derniers décrets, et les professeurs, ayant reluse le serment ne pouvaient s'attendre qu'a des disgrâces. L'arrête du 17 octobre 1791, ota toute espérance de voir se continuer un enseignement ([ui avait eu tant d'éclat, et (pii a laissé de si honorables vesliges.
C'est à la licence de 17!)0 (|u'aurait appartenu M. de Freyssinous, depuis évêque d'IIermopolis. On y aurait vu aussi un ecclésiasti(iue d'un t^rand nom, Cliarles-Godefroi-Augusie de la Tréuicuille, frère du prince de Talmont, qui périt depuis dans la guerre de la Vendée. L'abbé de la Tréniouille avait fait ses éludes avec succès au colléj^e du l'iessis, et était déjà grand do\en du chapitre de Strasbourg. On croit que l'intention du roi était qu'il succéd;>( dans ce siège au cardinal de Hohan. Né avec des talents, doué d'une grand;facilite d'elocution, on ne doutait pas qu'il ne se distinguât dans sa licence, et il avait annoncé qu'il ne voulait pas proliter de son tiire de uobilisiinic. 11 témoignait beaucoup d'estime au jeune abbe Freissyiious, et av.iit le jirojet de le retenir auprès de lui. La révolution lui réservait un funeste sort: nus en prison sous la terreur, il fui traduit au tribunal révolutionnaire, et condamné à mort le là juin 17yi. Ce jeune prince était sous-di.icic, et n'axait que vingt-neuf ans.
bonne tomba, parce que c'était une école catholique. C'est à ce titre qu'elle fut odieuse à la fois aux jansénistes, aux philosophes et aux révolutionnaires. Elle vengea par des censures motivées, que nous avons eu souvent occasion de mentionner, les doctrines de l'Eglise contre les attaques de Tincrédulilé : elle mérita les éloges de plusieurs Papes 5 et surtout dans la seconde partie du xviii' siècle, tous ses actes ont prouvé son attachement à l'Eglise et au Saint- Siège (1).
— Le 7 novembre. Ouverture d'un synode a Baltimore. M. Carroll, étant retourné dans son diocèse après son sacre (2), s'occupa, conformément aux intentions du souverain Pontife, de tenir un synode. 11 le convoqua le 27 octobre. Il s'y trouva vingt -un prêtres, dont sept étaient d'anciens Jésuites. Les quatre vicaires généraux de l'évêque y siégeaient après lui. On y voyait aussi M. Thayer, ancien ministre presbytérien qui s'était converti à kome à l'occasion des miracles opérés au tombeau du vénérable Benoît Labre, et qui, après avoir reçu les ordres sacrés, exerçait le ministère à Boston, et prêchait la foi catholique dans le même lieu où il avait autrefois enseigné l'erreur. Tous les membres du synode se rendirent processionnellement de la maison de l'évêque à l'église cathédrale de Saint-Pierre. C'était un spectacle nouveau dans ce pays où le protestantisme avait prévalu. La réunion de tant de prêtres revêtus des habits de leur
(1) Postérieurement i\ sa suppression civile, la Sorbonne donna une consultation fort sage et fort solide sur deux livres qui s'annonçaient sous une apparence de pieté. Cette consultation, datée du 4 mars 1792 et signée de Gayet de Sansale, syndic de la faculté, des professeurs Diéche, Dudemaine, Hugues et Tintlioin, et du docteur Ermès, tous de la maison de Sorbonne, portait sur les Instiuclioiis édifiantes et les ni'Jlexions édifiante'i de madenioîselle Brohan, qui faisai t profession de piété, et qui mourut à Paris en 1778. Les docteurs estimaient ces deux livres fort dangereux ; ils en citaient un grand nombre de passages, et ils y trouvaient des peintures trop libres, des métaphores peu séantes, des inepties, des puérilités, des assertions téméraires, des propositions erronées. Ce jugement était justifié par des exemjiles et par des raisons concluantes. Cette consultation, qui est curieuse, fut imprimée à Paris, cbez Crapart, 1792, 27 pages, in-S".
(2) Voyez sur l'érection du siège de Baltimore, le tome V, page 396.
ANNÉE 1791. I.j:;
ordre, la présence du nouvel évcqne , la croix porléc solenntllenunt dans celte cérémonie, tout devait IVnpper, tout (Vappa en ellet les spectateurs.
L'évêcpie ouvrit rassemblée par un discours analo{];ue à la circonstance; après quoi les membres firent la profession de foi. Dans la seconde session, tenue le 8 novembre, on fit des statuts sur le Baptême, sur la tenue des registres à cet effet, et sur la Confirmation. La troisième session, qui eut lieu le soir du même jotir, eut pour objet le sacrement de lEucbaristie. Ou y traita de la décence dans les cérémonies, de la première communion des enfants, des offrandes, des fabriques, de l'babit ecclésiastique. Dans la quatrième session, le 9 novembre, on s'occupa du sacrement de Pénitence, on rappeln la nécessité de l'approbation pour tous les prêtres, et Ton défendit qu'ils s'établisseul dans d'autres lieux que ceux qui leur seraient assignés. C'est que quelques prêtres, et surtout des Allemands, croyaient encore pouvoir se passer de l'iustitulion du nouvel évêque. On traita aussi de l'Extrême-Ouction et du iMaiiage, et l'on défendit le mariage entre protestant et catliolique. Dans la cinquième session, on régla ce qui concernait les fêles, les olHces, la conduite des ecclésiastiques, leur subsistance, la sépulture ecclésiastique, etc. Il fut proposé d'écrire au Pape et de lui demander ou un coadjuteur pour févêciue, ou bien l'érection d'un évêché suffragant 5 et la demande fut faite. Les actes de ce synode furent envoyés à Rome pour obtenir l'approbation du souverain Pontife. M. Carroll postulait aussi (juelques pouvoirs extraordinaires pour des cas qui n'avaient point été prévus.
Le Pape accueillit favorablement les vœux du clergé américain. Il approuva les actes du synode. Il accorda, peu après, un coadjuteur, qui fut Léonard Neale, Jésuite, et lui donna le titre d'évêque de Gortyne in pailibus infideliuni. Il conféra à l'évèque de Baltimore les pouvoirs de légal, et des indulgences, et il promit d'approuver férection
de son siège en métropole, lorsque les circonstances rendraient nécessaire l'élahlissement de nouveaux évêchés.
C'est ainsi que la religion catholique prenait plus de consistance dans ces contrées. Il y arriva d'Europe plusieurs prêtres, que les troubles de leur patrie engageaient h exercer leur zèle ailleurs. Douze ecclésiastiques français vinrent se réunir à M. Nagot. Les uns furent attachés au séminaire; les autres exercèrent le ministère au dehors. On fonda un collège à Pigeon's Hill, dans la Pensylvanie, et à Georges-Town, dans le Maryland. C'est dans ce dernier endroit que résidait l'évèque de Gortyne. Il y avait aussi là un couvent de Carmélites. Le nombre des catholiques croissait sensiblement à Baltimore. Le zèle du prélat et des ecclésiastiques qui le secondaient, faisait aimer et respecter la religion. Baltimore était partagé en vingt sectes différentes, presbytériens, anglicans, quakers, anabaptistes, luthériens, calvinistes, méthodistes, mennonites, disciples de Swedemborg, nicolaïies, etc. Mais les catholiques seuls étaient dès lors plus nombreux que chaciuie de ces sectes. On ftiit monter leur nombre à plus de douze mille. On a construit récemajent une nouvelle cathédrale, plus vaste et plus commode que l'ancienne, et il y a aujouid'hui six églises dans la ville (l).
11 y avait aussi de nombreux catholiques dispersés dans les autres parties de l'Etat de Maryland, et formant plusieurs congrégatious desservies par seize prêtres, dont plusieurs Français. Nous devons nonnner dans ce nombre M. Smith, dont le nom véritable était Gallilzin. 11 est fils du prince Gallitzin, ministre et favori de Catherine H, impératrice de Russie. Se trouvant en Amérique avec sa mère, il se fit catholique et prit les ordres sacrés. U est pasteur d'une congrégation qu'il a formée, et qu'il sou-
(11 [[M. Picot imprimait ceci en 1 8 ! 5 : nous n'avons pas cru devoir modifier cet nilicle, quoique évidcminent les appréciations ne répondent plus ù l'état actuel des Etats-Unis. Nous y suppléerons ailleurs.]]
ANNÉE ITOl. LIT
tient au spirituel par son zèle, et au temporel j)ar sa fortune.
Si nous sortons du IMaryland, nous trouvons Philadelphie en Pensylvanie, oîi les eatholicpies ne sont .'juèrc moins nonihrcux qu'à lialtimore. lis oui cpjatre éprises. M. Carroll y étant allé |-our apaiser le schisme excité par un prêtre allemand, fut bien accueilli du conjjrès <:t du sénat, qui l'appuNèrent de leur autorité. La Pensylvanie a d'autres congréjjations, dont la j)Ius importante est celle de ConwaP'o, fondée par les Jésuites, et peuplée d'Allemands fort attachés en général à la religion. La Pensylvanie est l'Etat qui compte le plus de catholiques après leMaryland. Us y étaient dirigés, en 1807, par environ douze prèlrcs.
Dans le New-Yorck, les catholiques ne forment de congrégation qu'à New-Yorck et à Alhany. Ils sont à New- Yorck au nombre d'environ quatorze mille, à ce qu'on croit, dont une assez bonne partie sont des Français réfugiés de Saint-Domingue et des autres îles.
Boston, capiiale de TEtat de Massachusett, offre surtout un exemple frappant des progrès du catholicisme, piofjrès plus étonnants encore dans ujie ville où dominait un presbytérianisme ardent, et où lessectesélaient plus multipliées qu'ailleurs. Ces progrès furent dus d'abord au zèle de M. Thayer, dont nous avons parlé. Quand il revintà Boslon catholique et prêtre, on y comptait à peine quelques catholiques. Son exemple, son zèle, un défi (ju'il porta aux ministres protestants, les entretiens qu'il eut avec plusieurs personnes de cette religion, commencèrent à diu)inuer les préventions. En 1798, les catholiques étaient déjà un peu plus nombreux, quand l'évèque de Baltimore ayant envoyé M. Thayer dans le Kentuckey, lui donna pour successeur à Boston, M. Matignon, Français, docteur de Sorbonne, ecclésiastique plein de talents, de zèle, de piélé et de prudence, et doué de toutes les qualités propies à gagner les cœurs. Ses soins ont achevé l'ouvrage de M. Thayer. La congrégation s'est accrue rapidement. On a bâti une église, qui bientôt ne fut plus assez grande, et
ANiNÉE 1791.
on dut penser à en construire une autre. On assure que les catholiques de Boston sont au uonibre de trois ou quatre mille [[en 1815]], et qu'ils répondent par leur ferveur au zèle de leur respectable apôtre.
La Virginie a plusieurs congrégations desservies par trois prèlres.
Charles-Town, dans la Caroline du Sud, compte beaucoup de catholiques qui n'ont qu'un prêlre.
Les autres Etals voisins de la m.er renferment aussi des catholiques, mais en moindre nombre, et Ton manque de prèlres pour les diriger.
Le Rentuckey seul est un exemple de ce que peut l'activité d'un prêire qui aime son ministère. Cet Etal où il n'y avait que quelques Indiens il y a quarante ans, et qui aujourd'hui renferme deux cent cinquante mille àraes , a beaucoup gagné aussi sous le rapport de la religion. La prêtre qu'on y avait envoyé d'abord étant mort , et M. Thayer étant reparti pour New-Yorck, l'évèque de Baltimore chargea de celte mission un jeune prêtre français, nommé M. BaJin (d'Orléans), quiélait venu en Amérique en 1792. Celui-ci, chargé seul d'un si vaste territoire, n'a cessé de le parcourir pendant plusieurs années avec de grandes fatigues, mais aussi avec de grands fruits. Il a établi plusieurs congrégations et bâti des églises. Sa principale résidence est à Beardstown , où il a une conprégation nombreuse, et où il a élevé une église. Après avoir été seul quelque temps, il eut un digne coopérateur dans la personne de M. Nérinx, prêtre flamand, venu récemment d'Europe, et dont le zèle n'était pas moins vif. Peu après arrivèrent encore dans le Kentuckey trois religieux de l'ordre de saint Dominique, qui y établirent un collège. Des Trappistes, conduits par le P. Urbain Guillel, se fixèrent aussi dans cet Etat. Tous ces différents secours contribuèrent à multiplier le nombre des catholiques. On comptait, en 1807, environ mille familles de cette religion, réparties en une vingtaine de congrégations.
Dans le territoire duMichigau, qui fait partie des Etals-
AiNNÉE 1791. 139
Unis, se trouvent plusieurs ctahlissemenls c(ui dépendaient autrefois du Canada, et où il y avait des missions florissantes. Ces lieux étaient passés sous la juridiction de l'évéque de Baltimore, qui a envoyé quelque temps un prêtre au Détroit.
Les missions sur les bords du Mississipi furent longtemps piesque toutes abandonnées, faute de prèires : mais on voyait encore dans ces contrées des églises qui attestaient le zèle des Jésuites, mais qui n'étaient plusoccupées.
La Louisiane n'est presque peuplée que de catholi(|ues. [[L'Espagne, à qui elle appartenait alors, avait fait ériger, en 1793, 1 évêcliédela Nouvelle-Orléans: mais après l'annexion auxEtats-Unis, ce pays fui gouverné par Baltimore.]]
Il existait autrefois des missions florissantes aux environs des grands lacs du Canada. Elles sont aujourd'hui abandonnées. La foi, voyageuse sur la terre, éclaire tantôt une contrée, tantôt une autre. Espérons que les accroissements qu'elle a pris dans les Etats-Unis se communiqueront aux pays voisins, et que l'établissement d'un épiscopat fixe contribuera à propager la religion jusque dans les parties les plus reculées du grand continent de l'Améri{[ue septentrionale.
— Le 29 novembre. Décret de t/Assemblée législative QUI prescrit uk KOtiVEAu SEiiMEAT. L'Assembiéc législative avait ouvert ses séances le 1" octobre. Composée de membres élus au milieu de cette surexcitation qui avait suivi le départ du roi, au 25 juin, elle se montra, dès ses premières séances, animée d'un esprit irréligieux et antimonarchique. On y voyait siéger dix évèqucs constitutionnels, et dix-sept prêtres du nième parti (1) 5 plusieurs
(1) Les (ivêques étaient Diil>ois, ili: la Si.-mnie; Fauclict, du Calvados; Font, «le l'Airiégc; Gajvcrnon, de la Ilautc-Vienne; Hiiguel, de la Creuse; Lamourelte, de Rliônc-ct-Loirc ; Le Coz, d'Ille-it-Yilainc ; Le Fessier, de l'Orne; Pontard, de la Dordo^ne ; et Turné, du Cher. Les prêtres étaient Arhiigast, recteur de l'université de Sirasbourg; Audrein , vicaire cpiscopal du Moihiliaii ; Bassal, curé de Saint-Louis à Versailles ; Ccrutti, administrateur du département à Paris; Cli^iliot. vicaire éjjiscopal à lilois; Clianipion, curé de VoLles, député du Jura; Couppé, curé de Sennaize, député de l'Oise ;
des uns et des autres donnèrent bientôt de grands scandales. Des les premières séances, on put apercevoir dans la majorité l'intention prononcée d'ébranler ce trône vacillant qu'avait conservé rAssembléeprccédenie: elle accorda constamment toute protection aux faciicnx; elle encourafrea en toutes manières la délation contre le clergé. Les prêtres qui n'avaient pas prêté le serment prescrit par la loi du 27 novembre 1790 (l), étaient en bultc aux déclamaûons des journaux révolutionnaires et aux vexations des autorités locales; ils avalent d'implacables ennemis dans le clergé constitutionnel, pour lequel leur fidélilé était un reproche continuel, el qui, de plus, était humilié de les voir investis de Testimc et de la confiance de tous les véritables fidèles, tandis que ses églises restaient désertes et son culle presque abandonné. Les plaintes et les dénonciations arrivaient donc de toutes parts à l'Assemblée : elle se donnait peu la peine d'examiner si elles étaient fondées, et elle laissait constamment apercevoir ses préventions et son animosilé.
Le 21 octobre, la discussion s'ouvrit sur les mesures à prendre contre les prêtres :\p\-)c]cs réfractaires. Le représentant Lejosme, (pii obtint le premier la parole, après avoir déversé sur eux toutes les injures et toutes les calomnies, sans alléguer autre chose que leur influence prodigieuse sur l'esprit public, proposa qu'on relégât tous les prêtres non assermentés dans les chefs-lieux des départements, oii les lumières des citoyens, el la force des armes leur en imposeraient • mais qu'on s'abstînt de renvoyer leurs causes devant les tribunaux, qui leur seraient trop favoi-ablcs(2). Celte mesure ne parut pas assez sévère à Coutard,
Diujuesnoy, dépulc du Pas-de-C;ilais ; Gaudin, vicaire épiscopal de la Vendée; Gil)elgiicr, ])iètre à Sainl-Fldiet, dépiilé du Puy-de-Dôme; lelion, supérieur (le l'oraloire de Condoni ; Lacoinlu', doctrinaire, curé de Saiiit-t'anl à Bordeaux ; Mulot, clianoiiie rég\iliev de Saint-Victor à Paris ; Musset, curé de Falleron, député de la Vendée; Paganel, curé de INoillac, procureur syndic à Villeneuve, député de Lot-ct-Garounc; Rêver, curé de Coutcville, «îéputé de l'Elire; e! Vajron, procureur syndic à Saint-Flour.
(t) f'otjez i)lus liant, pa|;e 46.
^2) Mercure, du 29 octobre. t
nui voulut «]n'(>n y iïjoulAl l'ordre dor.né ;i t es jîii'trcs c!c se préscnler tous li'S huit jours au directoire du départciuciil. Après (jucl(jucs discours plus iiiodcrcs, Fauchet, évcquc du Calvados, attacpia ces ecclésiastiques avec une violeuce itiouic (1) : il concluait à ce (ju'on privât tous les ecclésiastiques qui n'avaient pas prèle le serment du traitement <]ui leur avait été accordé par la loi (2). Un député Girondin, Gensonné, cliercha à ramener les esprits à des mesures moins ri;j;oureuses : les observations (ju'il présenta avaient irauiani plus de foicc dans sa bouche qu'il avait été envoyé dans la Vendée, pour y exaujincr la véritable cause «les troubles qtii agitaient celle pr'ovince : quoique trèspeu favorable aux prélrt s, qu'il traitait de fanatiques, il avait été obligé de reconnaître qu'on ne pouvait attribuer ces «roubles qu'à la violence dont on usait contre la conscience «les peujilcs, au mépris de la liberté que promettait la constitution. L'Assemblée ordonna rinq^ression de son discours, et chargea le comité de législation de f.iirc un rapport sur les prêtres non assermentés, sur les troubles i]u'on les accu.viit d'exciter, et sur les moyens de les réprimer. Cerappoit fut présent»'; le lî novembre, par François <lc Neufchàieau ; il porte l'empreinte de ! impression défavorable qu'avaient jiroduiîe sur TAssembh-c les adresses violenlesqui lui étaient envoyées cha(]ue jour desdépai lemenls; tout y nspire la haine de la religion, qui était ac- «*usée de fermer le cœur atout es les affections^ cC exercer par la confession un terrible moyen de séduction et de dénonciation souterraine, et d'inspirer au dérivé un esprit antisocial.
[i) lia Voyez, disait Fauolicl , ;i (]iifl!es horreurs scjxirtmt, :iii nom de • Hicu, ces dctesliibles arMtrcs di's conscieiici-s iibiisées, et eotuinc ils n réussissent a leur inoculer la lagc roiiire leurs frères : ils voudraient nager » diins le sang des patriotes; t'est leur douce et. familière e.\|)ression [up- >♦ plauditsctnents). En comparaison de ces prêtres, les iillires sont des » at>g;e!i [hrm'os], » Le discours entier se froiive dans Y Hlsluiic jxtrlcmcutaire, tome XII, .Tinsi (\\iv. la réponse plus modérée de Torné, évèiiue du Olier, et la réplii|ue de Fauchet. V Histoire du cierge de France, tome Ilf, ^«léscntc une analyse plus étendue que la iiotre de la disoussion. ] 2) f^ojez plus haut, page 62.
T. Ti. ^^
4iB2 ANNÉE 1791.
Le rapporteur avouai t que c'était violer Icsdroits de riiouiiue que d'essayer d'employer la contrainte contre la conscience des autres. Il n'en proposait pas moins un long projet de loi tendant à imposer aux prêtres un nouveau serment, el à assujettira des peines diverses ceux qui ne le prêteraient pas. Le député Isnard, qui parla après lui, employa contre le clergé des expressions tellement violentes et impies, que Lccoz, évêque d'Ille-et-Vilaine, ne put s'euipêcher d'appeler son discours un code d'athéisme ; cette accusation grave ne fut accueillie que par les rires et les murmures(l). La délibération sur le projet de François de ISeufcliAleau se piolongea jusque vers la fin du mois. En rapportant les principaux articles du décret du 29 novembre, qui en fut le résidtat, nous indiquerous les principaux incidents de la discussion. Quoique ce décret n'ait pas été converti en loi, à cause du refus que fit le roi de le sanctionner, il eut une influence immense sur la marcbe que prit des lors la révolution.
« Art. L Dans la huitaine, à compter de la publication » du présent décret, tous les ecclésiastiques, autres que )) ceux qui se sont conformés au décret du 27 novembre » dernier, seront tenus de se présenter devant la munici-
(1) I [« Les prêtres , disait Isnnrd, sont fies j)ei-liiiba(curs privilégiés, fjui
B doivent être punis de peines plus sévères que les simples paitieiiliers
» Je soutiens (ju'ii n'}' en a (| l'une d'cfficaee, cal l'exil liovs du rorannic. » (Applaudissements prolongés des tril)un;s.) Ne voyez-vous pas qu'il faut » renvoyer ces pestiférés dans les la/arets de l'Italie et de Rome. Les » législateurs qui reenlent devant ces moyens extrêmes sont laelies el » ciiupaliles.... GoujX'z le iiieuihre gangrène pour sauver le corps: La loi, » c'cil mon Dieu, je n'en ai pris il'tuilie ; le bien public, voilà mon cullv. » Vous avez déjà frappé les émigrants: encore un décret contre les prêtres » perturbateurs; el vous aurez eourpiis dix millions de bras.... En saine po- » lititine, on peut ordonner de sortir du royaume à celui qui ne signe pas » le contrat social. Qu'eU-il beioin de preuves contre le prêtre? S'il y a » idainte seul' ment contre lui de la part des citoyens avec lesquels il dci> même, qu'il soit à l'instant elia se ! Quant à ceux contre lesquels le code » pénal prononcerait des peines plus sévères que l'exil, il n'y a qu'une mesure à leur applicpier: la mort!..,n Le discours entier peut se lire dans \ Histoire parlenieiituire, ton:<- XIL Lnard ne laissa pas de réclamer dan^ les journaux contre le veproebe d'atluiime, infligé si justement à soi. discours. 11
ANNÉE 17(11. 16;j
M paillé du lieu de kur domicile, vl d'y |)Ii'((T le sernicnl )< civique, dans les termes de rurlicle V du tilrc de la >i consiiluiion (l). n
[[OiH'lque sinuiilude qu'il y eût entre les termes du non-
(1) roYcz la fdiiiiiilc (In sonnent civi(nif, plus li.iut, page 142. Oii.-iiil hu ilécrcl du 27 noveinlirc 1790. lovez plus liant, pa^<• 45.
[[Le (lirrct du 2!) novciiibic 1701, ipip nous liippoKons ici, était prccédc de longs (oiibidt'iauls, tloiii il tst iicccssairc «le l'aiic toiiiiaîiif au inoiiis les principaux. Hicii de plus propre que ce préaiiiljiilc à faire ressortir l'odieux maeliiavcllsinc (|ui a tlictc toute la loi.
« (lousidérani , disait ^.\•^^^•Mllllec , que le contrat social doit lier, comuir » il doit (gileiurut protéger tous les uicnibres de l'Etat;
•> Qu'il importe df <lifinir sans c(|iiivoqiie les termes de cet eni;at;enienl , u afin qu'une l'onfu^ion dans les mots n'en puisse opérer une dans les idéesw que le serinent pitrciuent civique est la caution (|Ue tout citoyen doit » donner de sa fldt lité ;i la loi et de son attueliement à la société; et que >» la ditVeience des npiiiiniis rtl'gieuses ne peut être un euipèt heim ni de » prêter ce serinent, puisque la (onslifntion assure .i tout tiloyen la liberté B eiilicrc (le .ses opiiiions en malicre de religion, poiin'u que leur maiii- » feitalion ne liouhle fias l'oiilre, cl ne porte pas à des actes nuisibles à » la sûntê publique ;
•> Que le minislii- d'un culte, eu refusant de reconnaître l'acte constitu- » tionnel (|ui l'autorise il professer ses opinions rc ligicuses, sans lui imposer » d'antre obligation que le respect pour l'ordre établi par la loi, et par la » siîielé publique, annoncerait par ce refus-là niêine, que son intention n'est » pas de la respecter ;
)> Que l'Assemblée nationale s'est vue, avec r. grct, obligée de tourner ses Il premiers regards sur les desordres qui tendent h coniproineltre tontes ks. k parties du service public, en empèclianl l'assiette proin|)tc et le reconvre-^ » ment paisible des coniribiilions ;
I) Qu'en remontant ii la source des désordres, elle a entendu la voix de » tons les citoyens éclairés pro<lam( r cette i;riinde vérité : (lue la religion » n'est pour les einietnis de la constitiitinii qu'un itnlriinient dont ils >, osent se servir pour troubler la terre au nom du ciel;
n Que leurs délits mystérieux échappent aisément aux mesures ordinaires, » qui n'ont pas de prise sur leurs ctrcnioiiie'^ rlundcslinn , dans les((uelleft. » ils exercent sur les consciences un empire invisible;..,
» Que ces motifs exigent impérieusement que le Corps législatif prenne d{* » grandes mesures politiques, pour réprimer les fa<tieux, qui couvrent leurs n complots d'un voile sacré; que refReaeit<- de ces nonvelii s mesures dc- > pend en grande )>artie du |)ali iotismc, de la ijrudeiK e et de la fermeté des » corps administratifs, et de l'impulsion qu'ils doivent communiquer à toutes
♦ les autres auloiilés constituées;
» Que les a<lminislralions de dénartement piMivent se couvrir «le "loire en » répondant il la confiince de TAsseniblée nationale, qui réprimer, i sévère— » ment les fonctionnaires publics, dont la ti.deur dans l'exciiition de la loi
• ress< mbieiait h une connivence tacite avec les ennemis de la constitnlion... •> L'Assemblée nationale, ayant décrété préalablement l'uiL'ence decrele..,. »m
164 ANiNÉE 1791.
veau serment civique, et ceux du serment exigé l'année précédente, il était certain qu'il y avait entre les deux une différence essentielle : c'est que, depuis la révision définitive et la proclamation de laconstituliondu royaume, on ne regardait plus comme faisant partie de cette constitution la loi dite conslitutioji civile du clergé. Les molil's même sur lesquelss'appuvait lerapporteurl'indiquaientassez.u 11 fallait, )) disait-il, substituer le serment civique au serment provi- » soire prescrit par le décret du 27 novembre 1790 ». Le titre de constitution civile du clergé devait être supprimé, et remplacé par un autre. (En effet il ne se trouve pas dans le décret.) Les évêques, curés et vicaires ne devaient plus être désignés sous la qualité àe fonctionnaires publics, mais sous celle de ministres du culte catholique , salarié par la nation (l). Tel paraît être aussi le sens des considérants qui précèdent le décret (2). Enfin l'extension du serment à tous les ecclésiastiques , même non fonctionnaires, indiquait aussi la différence.
Mais il faut reconnaître en même temps que la constitution du royaume, qu'on devait promettre de maintenir de tout son pouvoir, renfermait plusieurs points analogues à la constitution civile du clergé, et en particulier l'élection des ministres du culte parle peuple lui-même. D'ailleurs la nouvelle loi, en ne s'adressant qu'à ceux qui n'avaient pas prêté le serment prescrit l'année précédente, faisait entendre que les deux serments avaient la même signification. On pouvait donc facilement prévoir les difficultés dans lesquelles on entrait. Le député Lemontey essaya de faire entendre la voix de la prudence. Après avoir représenté « que les anciens pasteurs, révérés » de leurs paroissiens, croyaient la constitution du clergé * identifiée avec celle du royaume, et qu'il n'y avait au- » cun espoir qu'on fît rétrograder les habitants des cara- » pagnes dans l'affection qu'ils portaient à la religion, ^>
(1) Mercure, du ÎC noven.bre 1791.
(ï) Voyez la note, page 163.
ANM::t: 17^1. 165
il demandait que du moins on permît aux ciloyens ({ue l'on oblifi^eait à |)rèler le serment purement civique, de le faire précéder de la dcclaralion quils jugeraient convenable relativemenl à leur croyance. Des clameurs, des huées repoussèrent cette sage proposition (l) : l'Assemblée n'admettait donc ni aucune explication, ni aucune réserve.]]
(( m. Ceux des ministres du culte catholique cpii ont » donné l'exemple de la soumission aux lois en prêtant le » serment civique, suivant la formule prescrite par le » décret du -17 novembre dernier, et qui ne l'ont pas ré- » tracté, sont dispensés de toute formalité nouvelle 5 ils » sont invariablement maintenus dans tous les droits qui » leur ont été attribués.
» IV. Quant aux autres ecclésiastiques, aucun d'eux ne » pourra désormais toucher de pension ou de traitement » sur le trésor public, qu'en représentant la preuve de la » prestation du serment civique, conformément à l'article » premier.
» V. Il sera composé tous les ans une masse des pen- » siens dont les ecclésiastiques auront été privés par leur » refus ou leur réiraclaliou du serment. Cette masse sera » répartie entre les départements, pour être employée, » soit en travaux de charité pour les indigents valides, » soit en secours pour les indigents invalides. »
Rien n'était plus frappant que l'injustice de ces dispositions. Un scrupule d'humanité, dit un journaliste estimable de cette époque, avait déterminé l'Assemblée constituante à assigner aux prêtres non assermentés un traitement modique, sullisant à la rigueur pour les empêcher de mourir de faim. Cette espèce d'aumône, faite à des
(1"^ [Mercure A». iG n()veml)ii-. « Pour ramener la paix, dit le rcJactciir du journal, l'AsseniMée nationale pouvait retirer la comlitution ch'ile du clergé. On a préféré de rendre la constitulion haïssable à tous les adhérents du culte catholique romain, d'enlacer les prêtres non conforuiisles dans un serment à deux tranchants, et d'ouvrir les portes de la tsranuic la plus arbitraire. »
citoyens dont on venait de dévorer toutes les propriéîés et de ravir toutes les ressources, avait été gariiniie par l'acte conslitniionnel(l). Aujourd'hui, l'Assemblée constituée ne reconnaît plus cet engagement mis au-dessus de ses atteintes. Elle impose un serment à ses créanciers, et confisque leurs créances, s'ils ne se soumettent pas à cette prestation -, quel exemple d'immoralité ! Ou a évidemment voulu placer le clergé non-conformiste entre la famine et l'avilissement : on a spéculé sur le parjure (2). Ce (ut en vain que Torné, évêquedu Cher, par un sentiment d'humanité et par un reste d'égards pour d'anciens confrères, fît valoir ces raisonnements : il fut inlerrompu par de violents murmures. François de Neufchàteau comparait la nation à un père de famille, qui, ayant un champ oàramperaient fies reptiles venimeux, y\ei\e\ra\\ pas les nourrirdu sang de ses enfants, mais les détruire. Le vacarme était à son comble: Vergniaud réclama en vain des mesures de police pour le réprimer. Les articles furent décrétés au milieu des transporis de joie des tribunes (3).
» VI. Outre la déchéance de tous liailements, les ecclé- » siastiques qui auront refusé de prêter le serment civi- » que ou qui le rétracteront, seront par ce refus ou par » cette rétractation même réputés suspects de réi^olte contre » la loi el âe mauvaises internions contre la patrie....
» VIL En conséquence, tout ecclésiastique, ayant re- » fusé le serment, ou l'ayant rétracté, qui se irouvera » dans une commune où il surviendra des troubles dont » les opinions religieuses seront la cause ou le préiexle, » poui ra, en vertu d'u-.i anèlé du directoire du départe- » ment, sur l'avis de cilui du district, être éloigné pro- » vi'îoirement du lieu de sou domicile ordinaire, sans pré- » judice de la dénonciation aux tribunaux.
» VUL En cas de désobéissance à l'arrêté du direc-
(1) rnyez plus haut, page 149, l'extrait II du titre v de la constitution,
(2) Mercure, du 16 novembre I 79 I . Ces uiêiiics reilexions se trouvent dé- \elo| pces dans les Obnen^atiuiis de M. l'arche\'éque d'.di.r.
(3) Mercure, du 26 novembre 1791.
ANNEE 1701. It)7
n toire du déparrcment , les contrevenants seront punis -» de remprisonneinent d'un an dans le chef-lieu du dé- ) j)ar renient.
M Tout ecclésiastique, convaincu d'avoir provocjné la » désobéissance à la loi et aux anioiités constituées, sera •) puni de deux années de déteniion. »
Malfjré la violence (pii dcMuinaii l'Assembiée, plusieurs niem bres ava ien l la il ressortir tout ce (jue cet le accu mu la lion de peines pour un seul et même délit, avait d injuste et de barbare; combien d'aUleurs il élail impolilique de substi- (ut. r au pouvoir judiciaire l'action des auioriiés administralives; combien il était odieux qu'à l'occasion de troubles excilcsdans une commune par les ennemis de la reliijicn, on par des Fcélérafs, un prèire pût être frappé sans jugement préalable. Tout ce code de barbarie n'en fut pas moins voté avec transport.
« XII. Les églises et édifices employés au culte, dont » les frais sont payés par l'Etat, ne pourront servir à aucun 1) auire culte (•). Les églises et oratoires nationaux (|ue les » corpsadministratifs auront déclarés n'être pas nécessaires » pour l'exercice du culte dont les frais sont payés par la 1) nation, pourront être achetés ou affermé- par lesciioyens » attachés à un autre culte quelcor.que pour y exercer pu- M bliqnement ce culle, sous la surveillance de la police et » de l'adminislralion. Mais cette faculté ne pouira s'é- )) tendre aux ecclésiastiques qui se seront refusés au sern ment civique. »
Ainsi , ce qui eût été permis à des idolâtres ou à des musulmans éiait refusé aux prêtres fidèles. C'est, qu'en effet, comme François de Neufchàteau s'efforça de l'établir dans un discours dont l'impression fut volée, et dont la substance se retrouve dans le piéambu'e du décret (2), il était nécessaire de prendre contre le clergé dissident des mesures bien plus rigoureuses que
(1) C'élaitla révocation *!<■ la loi du il avril 1791, portée par l'Assemblée tonslilnanlc. {l'oyez pa^e 109.)
(2) f^oyez ce préambule dans la note de la page 163.
contre les ministres de tout autre culte, attendu que ce cicryé, dans les cérémonies clandestines., exerçait sur les consciences un pouvoir invisible ; et ici étalent accumulées toutes les déclamaiions de l'implélé contre Tinquisifion, les refus de sépulture, le droit canonique. « 11 serait trop fastidieux, dit une revue souvent citée, de détailler les subtilités, les rappels à l'ordre de (juicouque osait parler de tolérance, les clameurs, les sarcasmes, le vacarme, enfin tous les moyens employés pour fermer la discussion avan! même qu'elle fût ouverte. »
Suivaient un certain nombre d'articles, qui avaient pour but de stimuler le zèle des autorités locales et de préparer des mesures plus rigoureuses. Les directoires de déparlement devaient dresser des listes des prêtres non assermentés, et les communiquer aux conseils de département dans leur session actuelle. (Art. XIV.) A la suite de ces listes, les procureurs généraux devaient joindre un compte rendu des diligences faiies pour l'exécution des décrets de l'Asseuiblée conslituante relativement au culte salarié par la nation, et la dénonciation de ceux qui, depuis l'amnistie, auraient fait naître de nouveaux obstacles, ou les auraient favorisés par prévarication ou par négligence. (.Art. XV.) Les listes devaient être envoyées îi l'Assemblée nationale, avec les observations du département, afin de mettre le Corps législatif à portée de prendre un dernier parti, pour extirper la rébellion qui se déguise sous le prétexte d'une prétendue dissidence dans V exercice du culte catholique. (Arî, XVll.)
L'article XVIII et dernier, portail : ;< L'Assemblée p.a- » tionale exhorte tous les bons esprits à renouveler leur.-. » efforts, et à multiplier les instructions contre le fana -^ » tisme. Elle déclare qu'elle regarderait conuTie un bien-- •» fait public les bons ouvrages à la portée des citoyens » des campagnes qui lui seraient adressés sur cette ma- » tière importante. Elle en récompensera les auteuis, et » promet de faire imprimer et distribuer ces ouvmges » aux frais de l'Etat. »
ANNtiL 1791. IH!>
D'autres articles du jjrojot, qui auraient pu servir de correctif, entre autres, ceux qui supprimaient le nom de constitution civile du clers^é, el retiraient aux évcques et curés conslitulionnels le titre de fonctionnaires publics, furent ajournés Indériniment.
Le décret du 29 novembre, il faut le dire, fut blâmé par un {;iand nombic de partisans sincères de la nouvelle constitution. Ce qui fit le plus de sensation fut une adresse qu'adressa au roi le directoire du département de la Seine, pour le prier de ne pas sanctionner un décret aussi arbitraire el aussi inconstiluiionnel. Cette pièce, bien motivée, en relève les abus nombreux : on s'y plaint de ce qu'après avoir dépouillé les prêtres non assermenlés, el avoir méconnu à leur égard une dette que la Consiiiution avait déclaré nationale, l'Assemblée les déclare suspects (le révolte; qu'elle permette aux autorités locales de les éloigner et de les enfermer à leur gré, qu'elle excite les nièmes autorités à publier des listes qui, dans des jours d'effervescence, pourraient si facilement devenir des listes de proscription : on monlre que les motifs sur lesquels est fondée la loi ne sont propres qu'à justifier les persécutions les plus violentes, dont le cbristianisme a été l'objet sous les empereurs païens, et plus récemment en Angleterre. La plupart des signataires de cette adresse étaient d'anciens membres de l'Assemblée constiluanle : on remarquait dans le nombre Talleyrand Périgord, alors membre du directoire (1). Celte démarcbe des autorllésdépartementales irritacontre elles la faction révolutionnaire; des motions d'une violence extrême furent faites dans les diverses sections de la capitale (2). Il faut reconnaître que le directoire de Paris ne se laissa pas trop ébranler, el qu'il maintint avec fermeté, tant qu'il le put, les arrêtés qu'il avait rendus pour maintenir la liberté
{1) On peut voir t'adresse entière dans VJIistoirc de l'Eglise tic France, par M. Jager, tome lit, page 54.
(2; M. .lagcr. Histoire de l'Eglise ilc France, etc., (onic III, pige 60, rappoTtr les niotuins di I.c-grndre, de Caiiiilo Dcsinonlii:-, rU .
170 ÂNJNEli 1791.
(les cul les. Plusieurs cvècjues et un assez grand nombre (recclésias!i([ues adressèrent au roi des adresses dans le même but d'ublenir le refus de la sanction.
Le roi eut, en effet, le cour'ape de résister aux vœux de [Assemblée. Déjà il avait refusé de sanctionner un décret violent porté contre les émigrés. L'irritation qu'on ne cessait de fomenter dans le peuple l'obligea d'abord à différer de répondre au sujet du décret du 19 novend^re; mais enfin, le 19 décembre, usant de la formule adoptée, il déclara qu'?/ se réservait cVexaminer. Ce nouveau refus devint un des principaux griefs par lesquels on cbercha à soulever contre lui la muliilude. Ce n'est qu'en lisant les discours qui furent tenus à l'Assemblée, et Its articles que publiaient des feuilles incendiaires, qu'on peut se former une idée de l'eirervescence qu'on entretenait à cette époque. Tel était surtout le résultat de la domination exorbitante que le club des Jacobins était parvenu à exercer, non-seulement à Paris, mais dans la France entière; ses aiiiliés étaient prescpie partout en possession des fonctions publiques : les hommes les plus violents étaient assurés de trouver dans son sein un appui pour tout ce qu'ils oseraient contre la religion et Tautoiité royale. Aussi, malgré le refus de la sanction du roi, ce décret du 29 novembre servit de base à la conduite que tinrent les autorités locales dans la moitié au moins des départements : elles on étendirent impunément les rigueurs. Le gouvernement était manifestement trop inq^uissant pour réprimer ces <'xcès. C'est ainsi que, dès le 30 novembre, le directoire du Finistère avant ordonné que les prêtres non assermentés fussent détenus au cbâteau de Biest, sous prétexte qu'ils étaient suspects d exciter des troubles, ces ecclésiastiques adressèrent au roi une supplique aussi sage que modérée, pour le prier d'annuler cet arrêté; mais le prince ne put leur accorder que des larmes. Nous allons voir celte silualion s'étendre à une grande partie de la France.
Le serment prescrit le 29 novembre 1791, fut en général repoussé par le clergé avec la même horreur que l'a-
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valt élé celui de l'année précéiKntc. Un ceilairi nombre d'ecclé.siasii(|aes crut, il csl vrai, pouvoir le prèler en conscience (l) : mais prescpic lous les prêtres fuièies pensèrent anirement, et j)lusieurs évèques donnèrent à ce sujet des instructions dévelopj)ées (-2).
— Le 7 décemJDre. Makiyhe de deux chrétiens en Corée. La relip^ion venait de jiénétrer dans ce royaume voisin de la Chine, dans le même temps qu'elle faisait de si grandes peites en d'autres pays. Un jeune Coréen étant venu en Chine, en 1784, et désirant s'instruire dans les matliémalic|ues, s'adressa aux niissioimaires européens cpii résidaient à Pékin en qualité de savants. Il apprit bientôt par leur canal, non-seulement les vérités qu'il chcichait, mais d'autres plus utiles encore, et fut initié dans les mystères de la foi chrétienne. De retour dans sa patrie, il attira plusieurs Coréens h la connaissance du vrai Dieu, et, dans l'espace de cinq ans, le nombre des chiétiens s'accrut, dit-on, jusqu'à quatre mille. Cette prodiî^ieuse multiplication excita les alarmes du gouvernement. Il ordonna des recherches; on les fit avec sévérité. Deux frères furent arrêtés. Ils s'appelaient Paul Yn et Jacques Ruan. Les caresses et les tortures furent successivement employées pour les faire renoncer à la foi, mais ne servirent qu'à montrer leur constance. Ils furent décapités, et leur mort fut suivie de nouvelles conquêtes que fit la religion.
— Situation générale du clergé dans les départements français, AU coMMENCEME>T DE 1792. Lauuée 1792 s'ouvrit sous les auspices les plus fâcheux pour les prêtres
(1) Le M-initcur du 1" décembre 1791 assure que ▼ingt-ijnatrc curés delà Soinine avaient iininédiateincnl piêté ce serment. Cile \>av M. Jagcr^ tome m, |);ige 47.
(2) L'art!icvèi|ue d'Aix, de Bois:;elin, publia des Obsen'alions sur le ser~ ment prescrit aux cccU'iiaitiquts, in-b" de ûU Jj-iges; Paris, 1791. Il s'y
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fidèles, que le décret du 29 novembre livrait désormais à la haine de leurs persécuteurs. Nous avons déjà fait observer que c'était suitout le clergé consiitulionnel qui appeliiit sur eux toutes les rigueurs, et qui soulevait contre eux les passions populaires. C'était de là que parlaient ces dénonciations, qui avaient pour but d'échauffer les passions de la mullilude et d'irriter les autorités locales ; ces mesures vexaîoires, spécialement dirigées contre les oratoires et les maisons religieuses; ces violences par lesquelles OM traînait de force aux églises constitutionnelles, les personnes connues par leur piété et leur ferveur; et enfin ces arrêtés tyranniques et si contraires à la lettre comme à l'csjirit de la constitution, par lesquels on attentait à la liberté des ecclésiastiques, lorsqu'on ne pouvait leur reprocher l'ombre même d'un délit.
Déjà avant la fin de 1791, le directoire du Finistère, directoire dont faisaient partie l'évêque Expilly et un de ses vicaires généraux, avait fait enfermer à Brest les prêtres qu'on avait pu saisir dans le département (1). Bientôt apiès, le diiecioire de Maine-et-Loire suivit la même marche. Le f' janvier, après avoir entendu un discours, où, reproduisant toutes les anciennes calomnies, on les accusait de manœuvres séditieuses, de haine et de vengeance, il prit un arrêté en neuf articles : le premier faisait aux autorités la recommandation bien dérisoire de veillera ce que les prêtres non assermentés ne fussent ni insultés, ni maltraités ; les autres portaient que ces ecclésiastiques seraient tenus de se rendre dans la huitaine au chef-lieu du département et d'y résider; qu'ils se rendraient tous les jours à un endroit désigné pour y entendre
altaclic à prouver (|u'on ne peut le prêter en coiiscienee. Tel est aussi le bu» (les Réjlcxious sommaires sur le décret du 29 noicmhre , par M. Dulau, arciKvè(iue «l'Arles; d'une lettre adressée à ses eurés par M. Gallard de Terraiihe, évècine du l'uy ; <l'une Consultation sur le nouveau serment, par M. Asseline, évè<iiie de Boiilo-iie. Dis écrits furent pnldiés dans le même sens parTinlhoin, professeur de Sorl)()nn<-, François, I^azariste, ele.
(1) Foyez plus haut, page 1:}G. Sur les directoires, consultez la note de la page 13.
un ii|)|)el nominal qui serait lait; (piils uc ponnaicnt s'éloigner de la ville an delà d'une demi-lieue, el que ceux ([ui ne se seraient pas rendus dans la huitaine au élu l-lieu, eommeceuxqui mau(|ueraien! à deux appelsconsécuiifs, seraient déposés dans les hà:imenls du petit séminaire. La plupait des prêtres insermenics obéirent à cette injonction, qui les éloijjnaii de leius habitudes et de tout ce qui pouvait leur être cher : de bons paysans leurs procurèient des moyens de transport. Quelques prêtres se eaelièreul d ;;bord, mais on découvrit leurs retraites à force d'inquisitions et de visites domiciliaires, et on les amena de force à Angers, où on les constitua prisonniers. Les plus honnêtes habitants de la ville accueillirent les réfufiiés el
cherchèrent à adoucir leur sort; mais la formalité de l'appel était souvent Toccasion d'insultes et de menaces de la part d'une populace grossière et égarée. Le 17 juin, les prêtres (jui étaient encore libres furent arrêiésai bilrairement par la garde nationale; on fouilla les maisons pour les découvrir; et on les réunit aux autres déjà enfermés au petit sé'minaire, où rien n'était piépaié pour les recevoir. Ils s'y trouvèient au nombre de trois cents : i!s manquaient de tout : des âmes généreuses leurs envoyèretu des matelas et des provisions, qui furent interceptées en grande partie par de barbares gardiens. Le directoire du département aurait dû faire cesser une détention aussi illégale et un abus aussi criant de la force; il se contenta <le blâmer faiblement les gardes nationaux, et il invita les prêtres à rester dans la prison : pour les mieux rassurer, il chargea de veiller à leur sûreté ceux même qui les avaient si arbitrairement arrêtés. C'est ainsi, ([u'à celte épocpie, l'exaltation révolutionnaire faisait oublier les idées les plus couimunes de justice et d'humanité.
Dans le département de la .Mayenne, voisin de celui de Maine-et-Loire, se passaient des scènes à peu près semblables. Ce pays était fort religieux, el lespril révolutionnaire y avait pénétré plus lard; mais enfin il s'y répandit aussi. On y forma des clubs; un évêque consiilulionnel
17 i ANNÉE 1792.
fut établi à Laval. Cet évêque nommé Villar eut beaucoup de peine à organiser son clergé; car dans tout le district de Laval, sur cent quatre-vingt-neuf prêtres séculiers, il n'y en avait eu que dix-neuf qui eussent positivemenl adhéré au schisme (l). Le 10 juillet 1791, une émeute avait été excitée dans le but de chasser les Ursulines de leur couvent, où l'on voulait établir l'évèque: elles furent, en effil , expulsées; n)ais le corps municipal les fit rentrer le lendemain. Beaucoup de prètics s étaient retirés à Laval, et disaient la messe dans des oratoires particuliers, où les fidèles allaient renlendre. Ce reste de liberté déplut au patriotes, et un arrêté de la municipalité du 17 février 1792, défendit les rassemblements dans des maisons particulières. Le dimanche 26 février, on fit à 6 heures du malin une visite domiciliaire chez un prêtre, l'abbe Péan ; il venait de finir la messe, qu'il avait dite avant le jour, et où avaient assisté environ deux cents personnes; il fut condamné par la municipalité à 50 francs d'amende; il en appela au tribunal, où , par divers incidents, son affaire ne fut pas jugée. L'exemple de ce qui s'était fait à Angers, à Nantes et ailleurs, où on avait réuni les prêtres insermentés du département, et où on les forçait de se présenter à un appel quotidien, provoqua une mesure semblable à Laval. Le 23 mars 1792, le directoire prit un ariêié (pii assujetlissail les prêtres à l'appel, mais qui exceptait les septuagénaires et les infirmes. Beaucoup d'ecclésiasiiques se soumirent à l'arrêté; d'autres essayèrent de se cacher, et quelques-uns furent arrêtés par la gendarmerie. Eu peu de jours Laval renferma environ quatre cents prêtres. M. de Hercé, évêque de Dol, qui avait été forcé de quitter son diocèse, et qui s'était retiré à Mayenne, lieu de sa naissance, se rendit à Laval avec deux de ses
(I) Nous suivons ici un ouvrage fort curieux, intilulé : Mémoires ecclésiastiques coiicrniant Lai al et ses environs iiendaiil la révolution. Cet ouvrni^c est de M. Boullier, curé de la Trinité de /.aval, qui a fait beaucoup de Teclicnties sur I liistoire de son p.'.yf. Son ouvrage est rempli défaits, et nous a 6evvi du guide pour tout cet alinéa.
ANNÉE 1702. iv,
grands vicaires, François de Ilercé, son frère, el l'abbé Desvaupons, qui avaii éié élu cvéqne de la Mayenne, eî avait refusé. On y voyait aussi !e jeune de Ciieverus, mort en 183G, cardinal et arcbevèque de Bordeaux. La pbipart de ces réfuî^iés n'ayant aucune forlune, la îjénérosité des fidèles pourvut à leur entrelien. Les appels commencèreni le 1.) aviil; l'évcqnc de Dol s'y rendait coinine les antres. Il ne paraît pas, du reste, qu'il y ait eu d'insultes J^iaves(l). Cependant les patriotes se lassèrent de la présence et de la liberté de tant de prêtres : ils présentèrent une pétition au départenieni pour qu'ils fussent enfermés, à l'exentpie de ce qu'on venait de faire à Angers et à Nantes. Dociles à ce vœu, les directoires du département el du district prirent, le 20 juin 1792, un arrêté porlanl que Ions les prêtres seraient renfermés le jour même dans les anciens couvents des Cordeliers et des Capucins, sauf à eux de se pourvoir de lits et autres objets. Ainsi des corps administratifs, qui ne pouvaient, dapiès les lois, prononcer aucune peine contre le dernier individu, condamnaient à un emprisonnement indéfini quatre cents hommes, qui n'avaient pas été entendus, et contre lesquels il n'existait aucune loi qui leur infligeât celte peine. Néanmoins tous les ecclésiastiques obéirent. L'évêque de Dol alla un des premiers s'enfermer au couvent des Cordeliers avec ses deux grand> vicaires; rien n'avait été préparé pour les recevoir; et les détenus manquèrent les premiers jours des choses les plus nécessaires.
Jusque-là on avait laissé dans leurs paroisses les curés non remplacés par des constitutionnels : alors ils eurent ordre de se rendre à Laval, ou bien ils seraient amenés par la gendarmerie. Il se trouva cent quatre-vingt
^1) A ceUc ('poquc, ]iariit un;- Ie!l;o adrcystc au Pnpe par li s prrtres vitenus à Laval; elle était datée dii 23 avril, et exprimait les sentiments le:-. ]ilii.s lionnr^ihles. On la Irouve dans le Journal ercUsiii'iliqiir <!<• Biriuel, juin 1792, et dans les Martyrs du Maine, pa^e 8 II paraît luit donleiix qe.c cette leltrc soil jamais parvenue an Pape. M. de Gonssans, évèque du Mans, alors réfugié à Londrts, adressa dis lettres d'eneouiaj;emeiit aux prcUxs réunis à Laval et aux fidiks qui les assistaient.
détenus aux Coîdcllers et deux ceiU-un aux ^JapucJns-, tni outre, il resta dans la ville environ cent prèlies ou malades, ou âgés do plus de soixante ans. Avant le 10 août, les détenus ne furent pas rcj-sern's avec rigueur : il y eu eut une trentaine qui s'échappèrent des Cordeliers, et un plus grand nondjrc encore des Capucins 5 mais plusieurs d'entre eux revinrent se constituer prisonniers. Tel était, l'état des choses à Laval au 10 août : nous verrons plus tard ce que devinrent alors les prêtres détenus.
Le même esprit de vertige et de haine poursuivait les prêtres dans presque toutes les parties de la France (1).
Au Mans, on enferma au séminaire les prêtres non assermentés, et de là, on les traîna à Nantes.
Le directoire de la Vendée, par un arrêté du 9 mars, avait aussi astreint les prêtres non assermentés à se rendre au chef-lieu ; on disait que cette mesure avait été provoquée par l'évêque constitutionnel, Rodrigue, dont on fait un très-vilain portrait. On lui attribue aussi des mesures violentes prises contre un prêtre arraché de l'autel, insulté et traîné devant les tribunaux. A Luçon, dans le même département, on avait fait fermer toutes les églises, à l'exception de la cathédrale occupée par Rodrigue. Les lidèles qui ne voulaient point assister aux offices des constitutionnels, avaient loué l'église des Capucins; on menaça d'y mettre le feu, et la municipalité finit par en faire démolir les autels. Les catholiques allaient entendre la messe dans les paroisses de campagne, dont les curés n'étaient pas encore remplacés-, on envoya la garde natioiiale pour les en enqiêcher. Ils allaient faire leurs prières, les jours de fête, devant l'église des Ursuli nés de Luçon qui était fermée: le 28 janvier 1792, la municipalité interdit toutrassemble-
(1) Quelques écrits du temps, qui ont été conservés, offrent des détaiis •tont nous donnerons la suljstance. Nous avons entre autres un Tallean des persécutions suscitces contre les cntholiijucs en diverses villes et paroissa du royaume, Paris, chez Gueibart, in-S" de 17 pagi-s. Ce tableau présente i'état des choses au comnicnrenient de l^O?, dans une vini^taine de diocèses. Barrucl a aussi recueilli des détails précieux d;u»s V flisioire du clcrgf'.
nient ; les fidèles ne peuvent croire que celte dc-fensc les regarde ; ils se rendent devant Téglise à l'iicure de la messe pour prier ; les aiUoriiés feignent de prendi'e l'alarme; elles arrivent escortées de troii[)cs; on proclame la loi martiale; quinze cenis personnes, dont les trois (juarts sont des femmes et des enlanis, sont à genoux, s'unissant au sacrifice qui se célèbre dans l'intérieur; on les menace de faire feu, et on les disperse violemment. On assaillit les maisons où l'on croit que la messe peut élrc célébrée en secret; on en casse les vitres; on escalade les murs des couvents. Les catholiques jirésenlent des pétitions aux ministres et au gouvernement, et n'obtiennent aucune réponse. Voilà quelle a été pendant plus de six mois la situation d'une population religieuse (I).
Dans le diocèse de Rouen, des troupes de j)a!riotesen habits de gardes nationaux parcoururent les campagnes dans le carême de 1792, faisant la cliasse aux curés insermentés qui n'étaient pas encore remplacés, les insultant et les expulsant : ils fermaient et dévastaient les églises, ou bien ils forçaient les fidèles d'a.«sisler à la messe desconslilutionnels. Les Jacobins firent uneadresseau département pour le presser de sévir contre les prêtres, et le département céda à leurs instances.
Dans le département de la Manche, on poursuivait aussi les prêtres, et on les conduisait à Brest sur des tombereaux.
De semblables désordres curent lieu à la même époque dans le Calvados.
Le directoire de Loir-et-Cher, dont Grégoire était président, réunit les prêtres non assermentés à Blois, sous prétexte de les soustraire à la fuieur du peuple.
Dans le département du Cantal, on ellrayaiî les prêtres par des arrestations arbitraires; l'évêque Thibault avait contribué à échauffer les esprits en sonnant le tocsin contre les rcfractaires, dans son mandement du carême :
(1) Voyez la Lroclmre intiliil/c: E'ji^sé sincère de la siluatlon des catholiques a Lnçuii, Il pages 1)1-8°.
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on obliul ainsi que les prêtres d'Aurillac fissent le serment ; mais le plus grand nombre s'empressa ensuite de le rétracter, el se dispersa au loin pour éviter la persécution. Mais pciîdant qu'on se montrait si hostile pour le clergé catholique, on entourait de faveur le culte protestant. Le dimancbe 15 avril, un ministre protestant fut mis en possession de l'église des Grands-Carmes à CIcrmont; les corps administratifs assistèrent à la cérémonie : la veille ils avaient eu l'attention délicate de faire abattre une croix qui était placée en avant de la cathédrale, et qui aurait pu blesser les yeux des calvinistes. Les jours suivants, on abattit les autres croix qui se trouvaient dans l'intérieur de la ville.
Lyon vit aussi de tristes exemples de l'efTervescence révolutionnaire. Les administrateurs n'opposaient qu'une faible résistance aux plus grands désordres : ils laissaient insulter et fiapper des femmes, entraver la liberté du culte, troubler tics religieuses dans leur pieux asile. Ils n'avaient de sévérité que pour les victimes 5 mais ils étaient pleins de douceur et de tolérance pour les persécuteurs (! y
A Toulouse, un arrêté du directoire du département astreignit les prêtres non assermentés à se rendre à quatre lieues de leur domicile, ou à résider à Toulouse; mais comme ils se consolaient avec les prêtres précédemment fixés dans celte ville, un nouvel arrêté éloigna ces derniers : on exila en même tenips les religieux, qui généralement étaient restés plus fei mes qu'ailleurs, et qu''on avait chassés de leurs cloîtres. La municipalité de Toulouse exerçait une inquisition sévère sur les prêtres et les fidèles que l'on avait réduits à dire ou à entendre la messe dans des maisons particulières 5 elle se faisait un plaisir
(I) On t:ouve à cet t'gard une réilamation énergique dans un petit écrit intitulé : La loi et la religion vengées sur les troubles arrirés dans les églises de France, 1792, IG pnges in-8". Cet écrit est signé le citoyen Simon, mais on croit (|Uc l'auteur véritable est Cauiiile Jordan, alors fort jeune. Cette brochure éloquente peint au naturel le caractère de cette époque.
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tle les y surprendre, s'emparail des vases sacres cl des orriemcnls, et faisait conduire en prison avec appareil ceux qu'on avait trouvés dans ces rcuinions pieuses. Kn février 1792, on cmjiiisonna ainsi à Toulouse |)!us de douze prèlres, à qui on olfiit ensuite la liberté s'ils voulaient consi{^ner une somme de trois mille livres. La supérieure des Carmélites fut citée à la maison commune pour un prétendu délit et condamnée à deux cents livres d'amende.
L'exemple des autorilés de Toulouse encouraf^ea les vexations dans les dé(>arlements du Gers et des Basses- Pyrénées (l). On usa de violence contre les Filles de la Charité, pour les foicer à prêter le serment civique.
Dans une émeute à Lauîjres, on força les portes des couvents,on insullael frappa les relifjieuses, et on profana leurs églises, sans cjue l'auloiiié prît aucune mesure pour réprimer ces désordres.
On peut se faire une idée de l'étendue de la persécution par le mémoire que présenta, le 24 avril, à l'Assemblée législative, Roland, ministre de 1 intérieur : il y reconnaissait que plus de quarante départements avaient pris contre les prêtres non assermentés les arrêtés les plus opposés à toute tolérance, à toute justice, à toute humanité, et à /'e.?;:?/'//, comme au lexlc, (îe laconslilution : expulsion violente; réunion forcée dans un même lieu, loin de tout secours; assujettissement à un appel nominal chaque jour. Il disait que son prédécesseur (Cahier de Gerville) avait fait des efforts impuissants pour s'opposer h ces excès, Roland en concluait qu'il fallait généraliser ces mesures, en décrétant contre ces j)rêtrcs de nouvelles rigueurs (l).
Cependant au milieu de cet égarement des esprits et de la faiblesse ou de l'intolérance des autorilés locales, quelques administrations départementales méritent d'être citées pour leur résistance aux vexations des factieux.
(1) Noiu'cau compte rendu au roi, in-S" de 32 pages. ■ (2) Mercure du 5 mai I 702.
Nous avons déjà cité le directoire de la Somme. Celui de la Seine montrait aussi plus de modération (l).
A Tours, la municipalilé voulait forcer les religieuses de la Yisitaiion à se présenter en personne pour toucher leur traitement; elles présentèrent une pétition au directoire du département pour demander à être affranchies d'une formalité qui ne pouvait se concilier avec leur règle. Le directoire du district donna, le 25 janvier 1792, un avis favorable aux religieuses; et le lendemain le directoire du déparlement ordonna que la délibération prise par la municipalilé le 1 1 janvier précédent, fût regardée comme non avenue, et que des commissaires se rendissent dans les couvents où la clôture était de règle, pour vérifier les états présentés par les religieuses. La pétition et l'arrêté furent imprimés: l'un et l'autre sont bien motivés. On pourrait multiplier les exemples de cette nature: c'est à chaque diocèse à recueillir les annales qui doivent perpétuer la mémoire, soit des épreuves qu'y ont subi les preires fidèles, soit des efforts qui furent souvent tentés par des hommes honorables pour écarter ces rigueurs (2).
— Le G avril. L'Assemblée législative supprime les corporations RELIGIEtlSES, ET PllOIIIBE TOUT COSTUME UELIGlEliX
OU ECCLÉSIASTIQUE. La révolullou poursuivait sa marche destructive : le 6 avril était le Vendredi-Saint, et cette circonstance donna plus d'éclat à la manifestation inq^ie, qui eut lieu à l'Assemblée législative. Quelques congrégations
1 Cl) Voyez plus haut, pages 102, 109 et 113.'
(2) Une pétition, (lue nous avons sous les yeux, nionlre jnsqu'oii on poilait la tvrannic à cette époc[ue : elle est des Icibitauts de Boulogne qui fc plaignaient qu'on eût interdit aux communautés de la ville Cu\ laisser donner la communion dans leurs églises à d'autres qu'aux personnes de la maison. La pétition rétlame contre cette vexation mi::ntieusc et traite fort bien la question sous le rap|)ort de rilléj:;alité. Une autre pétition qui fit beaucoup de bruit dans le tem]>s, l'ut celle qu'adressa un grand nombre d'habitants de Rouen au roi, contre une demande faite à l'Assemblée nationale, en février 179-2, par le club de cette ville, pour la destruction des maisons religieuses. La lettre au roi réfute la pétition du club qui ne reposait (|ue sur des calomnies; cette lettre est suivie de 16 ]i.nges de signatures au noinbr»,d'environ quatre mille. Elle se tiouve dans les pièces du Procès de Louis XTl, tor.ie VIII, paye 2lO.
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religieuses, surloul de femmes, subsislaient encore, quoique soumises aux vexations les plus injusles. (Dans un grand nondjrc de lieux, on leur avait imposé le serment civique, et de pauvres hospitalières n'avaient pu continuer de donner leurs soins aux pauvres malades qu'à celte condition exi.'jce arbitrairement.) Le G avril, après que Merlin se fut eflbrcc de prouver que rien n'était plus urgent pour l'ordre public que la suppression de toutes les congrégations régulières et séculières, on lut sur celte matière, un projet de loi, précédé d'un préambule, où les congrégations enseignantes étaient li-aitées d'inutiles, el où toutes les autres étaient accusées d'apporter obstacle à la chose publique. Un député, Lagrcvol, s'élevanl, disail-il, au-dessus de toutes considérations pusillanimes, demanda que la loi ne laissât pas subsister les communautés vouées au soulagement des malades; et il déversa sur elles de grossières injures. Cependant révéqued'Ille-et-Yilaine, Lecoz, appella l'attention de l'Assemblée sur les conséquences de ces dispositions : « Des législateurs, amis de ^) l'bumanité, avant de renverser un établissement public, » examinent si l'on peut mettre à la place quelque chose » de meilleur — Vous otez h six cent mille enfants les » moyens d'apprendre à lire et à écrire. •» Ces réflexions n'excilèrenl que les sarcasmes et l'indigi^ation. On lui cria que le seul point essentiel, c'était d'arrêter les poisons du fanatisme et de V aristocratie. L'évéque de la métropole du centre, Torné, ancien doctrinaire, trouvait que le préambule de la loi était injurieux pour les congrégations religieuses. (( Puisqu'il faut, disait-il, briser le berceau de notre )) enfance lilléraire, ne le brisons pas avec atrocité; fautw il donner à des individus qui ont exercé des fonctions » pénibles et utiles, un congé flétrissant?...» Mais en même temps le doucereux évé(jue, que son àgede soixantecinq ans aurait du préserver du délire révolutionnaire, trouva qu'il fallait généraliser davantage la loi, cx\ prohibant tout costume religieux, hors de l'intérieur des temples, comme un attentat contre l'unité du contrat social, et
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contre régalité. u Car, disait-il, si après la suppression de » ces corps, on voyait des costumes vaguer dans nos villes M et dans nos campagnes, qui ne croirait voir errer des » ombres? » Celle motion est accueillie avec lransj)ort ; elle esl volée sans délibération,, malgré les réclamations du député Bccquey qui veut faire appréhender que l'acharnement avec lequel on proscrit le costume religieux ne donne lieu d'atliibuer à l'Assemblée le dessein de déiruiie la religion chrétienne. Aussitôt Tévèque de la Vienne, Gayvernon, dépose sur le bureau sa croi.x pastorale, dont il fait hommage à la nation, Torné exprime le regret de n'avoir pas la sienne; Fauchet, évêque du Calvados, quille sa calotte ; les autres leur rabbal; toute celle parade s'exécute avec les applaudissements de l'Assemblée et des tribunes-, et c'est au milieu de ce vacarme que fut décrétée la suppression de toutes les congrégations, même de celles qui sont vouées au soulagement des indigents et des malades, ainsi que la prohibition, sous des peines sévères, de tous les costumes ecclésiastiques et religieux. Les ministres de différents cultes étaient seulement autorisés à conserver leur costume pendant l'exercice de leurs fonctions (J).
Toutefois la mesure avait besoin d'être complétée par des dispositions complémentaires. Le 28 avril, le projet de loi ayant été de nouveau soumis à la discussion, Torné, encouragé par ses premiers succès, fit un discours rempli de contradictions. D'une part, il voulait qu'on étendit les conséquences de la nouvelle loi, et qu'on prohibât même
(0 Mercure, du 14 avril 1792.
f[La motion de Torné se retrouve dans le préamLule qui fu( définitivement adopté le 17 août: « L' Assemblée, après avoir entendu les lectures du projet » de décret faites dans les séances du G avril, 2 mai, I'^"' juin et 16 août, » considérant qu'uH Etal vralnieitl libre ne i/oii souffrir dans son sein aii- » ciine corporation, pas même celles qui, vouées .i l'enseignement publie, » ont Lien mérité-dc la patrie, et que le moment oii le Corps législatif achève )> d'anéantir les corporations, est aussi celui ou il doit faire disparaître à ja- » mais les costumes qui leur et. lient propres, et dont Veff'el nécessaire seiail » d'en retiacer l'imat;e, décrète ce (jui suit ... » ]
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toute obéissance aux vœux émis. Selon lui, rAssenihléc consliluanle avait fait une grantle [aule,cn ne su|)priuianl pas le clergé comme coiporalion civile; et ainsi il provoquait la révocation de la constitudun ci\nle du clergé. D'un autre côté, il deaiandait que les proliibiiious de la lui ne s'étendissent, ni aux confréries, qu'il comparait aux clubs alors si publi([nement autorisés, ni aux rasseniblements de pénitents, qu'il appelait des dépôts endoviino. Ces réserves ne furent pas admises, et le 2 mai, on ordonna, au nom de la liberté, la suppression de toutes les confréries, et mcnie de toutes les associations de piété et de charité. 11 était permis de conspirer dans les clubs contre la sûreté de l'Etat et la liberté des personnes, et il était défendu de se réunir pour prier Dieu et soulager ses frères (l).
(1) Quoique l;i loi de suppression des congn'j^aiions n'ait étv dtfinilivcmcnl anèléf que le 18 août, nous en rapporterons ici les premiers artiiKs <ln prer.îier titre, qui furent votés les G et 28 avril, et 2 mai.
FoYez le préambule, ]ia;^'e prétédente, dans la note.
« AuT. I. Les corporations connues en France, sous le nom de congvéga- » tiens séculières ecclésiastiques, telles que celles des prêtres de l'Oratoire » de Jésus, de la Doctrine clirétietine, de Siiint-Lazarc, des Endistes, de Sainl- » Joseph, de Sainl-Sulpice , de S;iint-Nico!as du-Chirdoniiet , du Saint- » Esprit, des Missions du clergé, des Slulotins, du S:\iul-Sacrcment, dis » Bouics, des Trouillardistes, la congrégation de Provence, les sociétés de » Sorbonne et de Navarre; les congrégitions laïques, telies que celles des » frères de l'Ecole chrétienne, des lieniiites du Mmit-Viilerien, des herniiles » de Senard, des hermites d.; Saint-Jean-Bap(iste , de tous les autres frèrts » hermites isolés, ou réunis en congrigation, des frères tailleurs, des frères » cordonniers; l.'s congrégations d<s filles, telles que celles de la Sagesse, » des Ecoles eh'étiennes, des Vatelottes, de l'Union chrélier.nc , de la Pio- » vidence, les filles de la Croix, les sœurs de Saint-Charles, les Miiepoiscs, * les (illes du Bon-Pasteur, les filles de la Propagition de la Foi, celles de » Nolie-Dame-de-la-Garde, les Dames noires, celles de Four(|r.evau.\, et gé- » néralement toutes les corporations relii^icitses cl congrt galions sécii- » Hères d'hommes et de femmes, ecclésiastiques ou lawiues, nicnie celles » iin'qtienienl vouées au ser^'ice fies lio/iilaux et au soulagement des niait Ijties, soit qii'elles ne comprennent qu'une seule maison, soit qu'elles en » comprennent plusieurs, ensemble les f imiliarités, coi^fiéries, les pénitents » de toutes les couleurs, les pèlerins, et autres associations de piété et de a charité, sont éteintes et su])primées à dater du jour de la publication du » présent décret.
» Art. II. Néanmoins, dans les hojiitaux et maisons de charité, les mêmes » personnes continueront comme ci-de\anl le service des pauvres et des » malades, il titre i'iduiduel, sous la surveillance des corps municipaux et
— Le 27 mai. Déchet de déportation contuk les prêtres NON ASSERMENTÉS. JouRNÉE DU 20 JUIN. On a VU quc le décret du 29 novembre, qui prescrivait le serment à tous les ecclésiastiques, n'avait pas reçu la sanction du roi ; l'intolérance révolutionnaire avait déjà commencé à exercer, dans une grande partie de la France, une violente persécution. Des mesures plus générales et plus rigoureuses étaient vivement sollicitées par les clubs, par les journaux qui étaient leurs organes, par des pétitions envoyées des départements, et qui venaient sans cesse surexciter la haine que l'Assemblée nationale portait aux prêtres fidèles. Les plaintes qu'on formait contre eux était un des sujets les plus ordinaires des délibérations 5 et la tribune en retentissait d'autant plus souvent, qu'il était devenu de mode de les accuser de tous les troubles dont on avait alors à gémir, et de faire tomber sur eux l'odieux de tous les malheurs pu-
» administratifs, jusqu'à l'organisation définitive que le comité des secours » jiréscntera incessamment à l'Assemblée nationale....
B AnT. lY. Aucune partie de l'enseignement public ne continuera d'être >. confiée aux maisons de charité, non plus qu'à aucune des maisons des » ci-devant congrégations.
» Art. IX. Les costumes ecclésiastiques, religieux et des congrégations » séculières sont abolis et prohibés pour l'un et l'autre sexe; cependant les » ministres de tous les cultes pourront conserver le leur pendant l'exercice » de leurs fonctions.
u Art. X. Les contraventions à cette disposition seront punies par la voie » de police correctionnelle, la première fois de l'amende, en cas de reci- » dive, comme ciclils contre la sitreté générale. »
Les autres :uticles de la loi, qui furent volés le l^r juin, cl 18 août, concernent l'aliénation des maisons et des biens appartenant aux congrégations et comptes désormais parmi les biens nationaux; puis le modicfue traitement attribué aux membres de ces corporations, et les conditions dont on le faisait dépendre : nous en dirons quelques mots, sous la date du 18 août.
[[Il semble que du moins les ecclésiastiques constitutionnels étaient suffisamment autorisés à porter librement les ornements de leur ordre dans l'intérieur du tem})le. I^e zèle des patriotes alla bientôt les y poursuivre: des le mois de janvier 1793, nu arrêté de la commune de Soissons, sanctionné et autorisé parle directoire de l'Aisne, défendit à l'évêque de se servir dans l'intérieur même du temple, delà crosse et de la mitre, qui sont des signes de la féodalité, de la couleur violette, qui est la pourpre des Césars, de faire baiser son anneau, d'avoir un trône, etc., toutes distinctions demeurant anéanties sous le règne de la liberté. [Le clergé du déj/arlemeiit de l'Aisne , tome II, page 20.)j]
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blics. Françai^^, de Nantes, fit contre enx tlcnx rapports, le 26 avril et le 5 mai, an nom de la commission des donze. I>ans CCS disconrsboursonnés et violents, il insnltail grossicremenl à la religion et au Pape, taxait les prêtres de fanatisme et appelait sur eux des mesures sévères (l). Goupilleau, Isnard, et d'autres membres parlèrent dans le même sens. Mais ce qu'on n'aurait pu croire, c'est qu'un ministre de Louis XVI était déjà venu tenir à la tribune à peu près le même langage. Le républicain Roland de la Platière, parvenu au ministère par la faveur des factieux et accepté par leroi, dont la position devenait déplus en plus critique-, Roland avait fait à lAssemblée un long rapport sur les progrès des troubles religieux dans tout le royaume : il rejetait ces troubles sur la coalition des prêtres non assermentés avec les aristocrates, sans nommer aucun coupable, sans donner aucune preuve, et en avouant même qu'il n'y en avait pas. Il n'en concluait pas moins en demandant contre ces prêtres de grandes luesares, qui retal)lissent la tranquillité. C'était sans doute une bien étrange insolence de la part du ministre d'un prince aussi religieux que Louis XVI, de venir provoquer en son nom des rifTueurs contre une classe d'bommes bonorés de son estime et de sa confiance.
Il sudit de dire au sujet de la discussion confuse qui précéda le décret de déportation, qu'elle ne roula presque que sur le cboix entre trente projets plus ou moins tyran niques. La cause de rbumanité et de la liberté ne fut plaidée cette fois, ni par les évêques et autres ecclésiasticpies de l'Assembiée, ni par les Girondins, qui avaient d'abord paru vouloir se distinguer des Jacobins par la modération. Un des projets les plus durs obtint la préférence, et fut décrété le 27 mai. Ouoique ce décret n'ait pas obtenu force de loi, et qu'il ait été ensuite surpassé en rigueur par le décret du 26 août, il est nécessaire d'en
(1) Moniteur, «tu 28 avril. On trouvera des cxlraits de ces discours dnns rouvrage de M. Jagtr, tome tll, pnge 1C2.
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connaître les principaux arlicles, pour suivre de mois en mois les progrès de la persécution, a L'Assemblée )) nationale, considérant que les efforts auxquels se livrent » constamment les ecclésiastiques non assermentés pour » renverser la constitution, ne permettent pas de supposer M à CCS ecclésiastiques la volonté de s'unir au pacte social ; » et que ce serait compromettre le salut publie que de re- » garder plus longtemps comme membres de la société des M hommes qui cherchent évideininent à la dissoudre; con- » sidérant que les lois pénales sont sans force contre ces » liommesqui agissant sur les consciences pour les égarer, » dérobent presque toujours leurs manœuvres criminelles » au regard de ceux qui pourraient les réprimer-, après » avoir décrété l'urgence, décrète ce qui suit :
» IIî. Lorsque vingt citoyens actifs d'un même canton » se réuniront pour demander la déportation d'un ecclé- » siaslique non scrmenté, le directoire du département )) sera tenu de prononcer la déportation, si r3vis du direc- » toire du district est conformeà la pétition.» Ainsi ce n'est pas aux tribunaux, c'est aux corps administratifs que la mesure est confiée : ces mapistrats sont tenus de faire droit sans discussion à la demande de vingt personnes, appuyée par le directoire du district (l).
« IV. Lorsque l'avis du directoire du disirict ne sera » pas conforme à la pétition, le directoire du département ') sera tenu de faire vérifier par des commissaires si la pré- » sence des ecclésiastiques dénoncés nuit à la tranquilliljé » publique, et si l'avis de ces commissaires est conforme à » la pétition, le directoire sera également tenu de pronon- » cer la déportation.
» V. Dans le cas où un ecclésiastique non scrmenté au- « rait, par des actes extérieurs, excité des troubles, les )) faits pourront être dénoncés au directoire du départe- » ment, par un ou plusieurs citoyens, et après vérification
(1) royez, sur la composition des directoires des départements et de» districts, la note de !a |>:ige 13.
-u des fails, la tl(''|)orla(ion sera pareillement prononcée.
» \IX. Le présent décret sera porté dans le jour à la » sanction, m
On comprend assez dans quelle situation embarrassante ce décret plaçait Louis XVl. Ce prince, qui avait d<''jà refusé sa sanction à celui du 29 novembre, prit la résolution invariable de ne pas l'accorder davantaîje à celui-ci (l).
La situation si dililcile où il se trouvait se compliqua, ])cu de jours après, par un décret politique, (|ui tendait n)anifesîement à compromettre le irône : l'Assemblée avait ordonné le licenciement de la garde conslilulionnclle du roi ; et presque aussitôt le ministi e Servan, sans avoir consulié le roi et son conseil, avait proposé à l'Assemblée de former sous les murs de Paris un camp de viufjt mille fédérés, qui auraient été pris dans tous les déj)artemcnts à raison de cinq par canton, et qui se seraient réunis le 14 juillet. Le roi refusa également de sanctionner une mesure, qu'il jugeait dangereuse pour la sécurité publi(|ue. Toutefois sa répugnance n'était pas la même pour ce dernier décret^ et il déclara plusieurs fois dans la suite qu'il était disposé à le sanctionner. En vain ses ministres le pressèrent de consentir à la déportation des prêtres. Duranton, minisire de la justice, avait prétendu, dans un rapport fait au conseil, que cette loi était une mesure sage et nécessaire. Roland, ministre de l'intérieur, écrivit au roi le 10 juin, une lettre qui devint fameuse à cette époque, et dans laquelle, usant d'ailleurs des formes les moins respectueuses, il cherchait à lui prouver qu'il ne pouvait se dis[K;nser d'accorder la sanction. La lettre, avait dit le ministre, devait rester secrète entre lui et le roi ; mais sa vanité, ou celle de sa femme, qui le dominait entièremeni, et à qui on attribue généralement cette pièce, ne put observer ce
(I) M. cte Dois;;(llji, ar.lirvtV(ue d'Âlx, ])ul)lia un tcrit assez court iniis siil)st;mti(l, sous le lllre (VOhseii'dtiniis sur l<; (lécrel (le lU-porlalion : il y démontrait l'opixisilion du décret à la conslitulion et rinip'.ssihiiitc oii était le roi de le sanctionner. M. Duliu publia ét;alenient une adresse au roi sur le même S'ijet.
secret : Irois jours après il la lisait au conseil : le roi eut la patience de l'écouter-, mais il congédia ce ministre factieux, ainsi que ses collègues Servan et Clavière. Roland chercha à s'appuyer sur l'Assemblée, il lui envoya sa lettre, sous prétexte de faire connaître les motifs de son renvoi; l'Assemblée ne se borna pas h applaudir à la lecture de cet écrit audacieux; elle en ordonna l'envoi dans tous les départements ; elle déclara que les ministres renvoyés emportaient les regrets de la nation (1).
La fermentation allait en croissant à Paris. Le refus du roi fournissait un prétexte aux clameurs du parti exalté et aux motions les plus violentes. On insultait le prince dans les groupes, on le menaçait, on envoyait à l'Assemblée des adresses contre lui , on excitait le peuple. Le 20 juin, une populace séditieuse se porta aux Tuileries avec des drapeaux chargés d'inscriptions menaçantes. Le rasseralilement fut admis d'abord à l'Assemblée, qui l'accueillit avec faveur. Il pénétra ensuite dans le château, et remplit les appartements. Le roi se trouva pendant quatre heures au milieu d'une multitude de gens furieux et grossiers, qui brandissaient leurs armes et faisaient entendre des imprécations effroyables. Son sang-froid et son courage ne se démentirent pas un instant ; il ne céda pas aux clameurs de 1 émeute (2): mais cette terrible scène, linsouciance de l'Assemblée pendant que le prince courait les
(1) [[La lettre de Pioland se trouve dans la plupart des historiens qui rapportent Jes événements de cette époque. Nous n'en citerons qu'une seule jilirase : « La conduite des prêtres, en Leauconp d'endroits, les prétextes « que f'juinit le fanatisme aux mécontents, ont fait porter une loi sage » contre les jjcrtiirbateurs : (|ue Votre Majesté lui donne sa sanction, la » tranquillité publique la réclame, et le salut des prêtres la sollicite. Si » cette loi n'est mise en vigueur, les départements seront forcés de lui » substituer, comme ils l'ont fait de toutes parts, des mesures violentes, et » le peuple irrité y suppléera par ses excès. »]]
(2) Les faits et détails de la journée du 20 juin sont rapportés par tant d'auteurs, qu'il est superllu de les reproduire ici. Louis XVI s'y montra d'autant plus grand qu'on avait fait plus d'efforts pour l'avilir; c'est la plus belle page de sa vie, elle ne peut être égalée ou surpassée que par les circonstances de sa niorl.]]
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plus grands dangers, l'absence de tout moyen de répression, tirent dès-lors prévoir la grande eatasliojilie. Le lendemain, Merlin de Thionville proposa de présenter de nonveau à la sanction le décret sur la déportation des prêtres. Cette motion, atroce dans la circonstance, fut rcjelée; maison continua d'entretenir l'agitation dans les faubourgs, on criait contre le veto, on dépouillait l'autorité royale de toute action, on faisait venir des adresses pour se plaindre tantôt du roi, tantôt des prêtres.
L'effervescence n'était pas moindre dans les provinces; les bruits absurdes répandus contre les prêtres, les accusations dont on les chargeait, les déclamations des clubs avaient produit dans beaucoup de pays une irritation extrême, qui se manifesta par des actes affreux de barbarie. Même avant le 10 août, nous voyons plusieurs ecclésiastiques périr, surtout dans le Midi, victimes des fureurs populaires; ils ouvrirent en quelque sorte cette liste d'assassinats qui souillèrent depuis notre sol (l).
(1) Le premier en dale , fut M. r.ayiiau, archidiacre et giaïul vicaiie de Sene/, ceclésiastitiue ideiii de piété, de loi et décourage. Obligé de se soustraire :\ la persécution, il partit de Senez le 4 juin 1792, avec deux chanoines de Scnez, les ahhcs Miclicl et Laegin. Arrivés le 6 juin à Sausses, pris Entievaux, diocèse de Glandèvc, à une licue de la IVonliére du comté de >"ice, ou ils voulaient se rendre, ils furent arrêtés, quoiiiue hurs passeports fussent en rè-le, injuriés, menacés et traînés à Entrevaiix ; ils étaient près d'y arriver, (iuniid des soldats de l:\ i,'arnisori ar.courunnt ;iu-dcvanl d'eux et leur (irer.t subir toute sorte de mauvais trailenicnts. l/ahbé Raynau fut précipité dans le Yar avec son cheval , soit par accident, foit par suite de la r,ii;e des soldats. Ou l'en retira, il avait une jambe cassée et tous les membres disloijués. Cependant ses bourreaux le frappaient encore. 11 expira sous leurs coups, le G juin au soir, après avoir prononcé ces dernières paroles : Je vous pardonne tout le mal que vous jiic fuiles. Ses deux com]>ai;nons de voyage, les abbés iMiciiel et Langin, eurent l)eaueoup à soullVir; et le dernier mourut s;pt mois après des suites des Irailemenîs (ju'il avait e'suyes. (Nous avons suivi le récit de l'abbé tlaron, dans ses Cnnfcsicun île la Foi, tome I, page 1 .)
A Bordeaux, Jean Largoiran, gand viiaire du diocèse, jouissait d'une jusie répulalion de mérite, de sagesse, de zèle et de piélé; mais il avait écrit contre la constitution civile du cltrgé, et avait contribué à delounxr beaucoup de ])rétres de faire le serment; ce qui avait irrité contre lui le parti révolutionnaire. Aux approches du 14 juillet, l'exaltation des esprits étant extrême i\ Bordeaux, un ami de rabl)é Lmgoiran l'engagea à .se retirer pour ijuel.lues jours ii C.vudéran, prs de \x ville; mais les patriotes découvrirent
— Vers le milieu de l'année. Commekcement dedésouga-
WISATION DANS l'EgLISE CONSTITUTIONNELLE : MARIAGE DE SES
sa retraite. Une (ronpc de î!;ens armés vint l'arrêter le 13 an matin avec un antre ecclésiastique de Bordeaux, Louis Dupuy, bénéficier de la paroisse Saint-Miche! et le père Pannetier, religieux carme de Bordeaux. On les contluisit tons trois h BDrdeanx, oii le père Pannetier parvint h s'échapper. Les deux antres lurent massacrés par des furieux dans la cour de l'archevêché, oii l'administration départementale tenait ses séances. L'ahlié Laugoiran dit en mourant : Sisiguenr, p/inluii nez-leur, crniime je leur pardonne. L'antorilé ne fit rien, ni pour prévenir le crime, ni |)onr le pun'r, quand il eut été commis. M. Champion de Cicé, archevéi|ne de B)r<lcau\, publia le 10 août, à l'occasion de ce tragiijue événement, une touchante instruction pastorale, dont les principaux passages sont reproduits par M. Jager, dans son Histoire de l'Eglise fie France peinlant la rih'oliilion, tome III. I e prélat y déplore amèrement la faute qu'il avait commise eu apposant le sceau royal sur la constilulion wile. f^ojcz plus haut, page ol, la note (2).
De semblables attentats se commirent à la même époque dans 'e département de l'Ardct lie : ils avaient ]tour prétexte un rassemblement polili(|i:e, qui se forma an mois de jtiin, et qu'on appela le camp de Jalès. Ou soupçonna des ecclésiastiques d'y avoir pris part. Quand le village de Banne, diocèse d'Uzès, fut occupé par les trou|)es envoyées contre le camp de Jatès, deux prêtres furent arrêtés. Leur présence dans ce village ne devait présenter rien de suspect; l'un nommé Pradon, était le curé de Banue, et était resté dans sa paroisse après avoir refusé le serment: l'autre appelé Naval, prieur cure d'Arpalhargucf , avait été obligé de quitter sa cnre, et s'était retiré dans sa famille à Banne oii il était né. L'un et l'antre furent massacrés i» coups de sabre, le 12 juillet. Le lendemain, on fusilla l'al.bé de la Bastide, dnnoine d'Uzès, frère d'un des chefs du camp de Jalès; il était retiré dans une maison de sa famille près Joyeuse, on l'y découvrit, on l'en arracha, et il reçut la mort il quelques pas de Iri. Huit antres ecclésiastiques s'étaient réfugiés, pour éviter la pi rsécution, à Naves près les Vans ; ils vivaient paisiblement dan» ce village oii ils trouvaient jilus de sécurité, vu les bonnes dispositions des habitants. Ces huit prêtres'étaient M.M. Bernard et Lejeune, Sulpiciens, directeurs du séminaire S;iint-(Ji:irles à Avignon; Bonijul , ehanoine d'Uzès; Clemenceau, curé de Saint-Caslor a Nîmes; Faure, curé de Monts, diocèse' d'Alais; Montagnon, prieur curé de Valabris près Bagnole, et Drome et Novy, vicaires dans le diocèse d'Uzès. Ils furent arrêtés le 9 juillet, accablés de mauvais traitements, conduits aux Vans, siunmésde jirêter le serment, et, sur bur refus, tués tous à coups de sabre, le li juillet, jour que l'on avait choisi exprès, afin desobnniser par cet holocauste l'anniversaire de la révolution. (Cet alinéa et le précédent sont extraits des Martyrs de la Foi de M. Gnillon.)
Le 20 juillet, Pierre de Larlig';e , ecclésiasli(|ue estimable, qui n'avait jamais occupé de places, mais qui employait sa fortune in bo: nés œuvres et rendait beaucoup de services par son zèle et sa charité, fut mis à mort à Clair le, diocèse d'.Vgen, par une populace effrénée, et avec les circonstances les plus barbues; Il souffrit une longue agonie avec une patience inaltérable. [Fojez les Confesseurs de la Foi, tome I, page 155.)
Trois jours après, Marseille était témoin de la mort édifiante de deux reli-
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puî.TREs. Dos les premiers temps de 1 Asscmijlcc lép^islalive, plusieurs alleiiUes furent portées de la tribune à TEglise
j^iciix niiiiiinrs, victimes aussi des furnirs d'un»' iniiltiliiile cgaréo. I.e ))firc Louis- 't'IioiiKis Miradc, démit r .sii|)cri(ur du rouveiit des iMiniincs ;i Marseille, .s'cl:iit retiré elier. une l:inle :ipée, dipiiis (jne t;i maison avait élè en\aliie; il avait avec lui un jeune religieux de son ordre, Fr.inçois-Loiiis-iMarie Ta^sy. Tons deux exerçaient le ministère en secret, visitaient les malades, et encourageaient les lidt les par leurs exemples de vertus. Dans la nuit du 22 au 2^ juillet, on vint cerner leur retraite. Il furent arrêtés, conduits ;i rii(")l(d-de ville, et pressés de faire le serment, auquel cependant ils n'étaient pas tenus. I/évèque conslilulionnel des BoucIies-du-Piliôue vint lis solliciter h cetégaid, Miratte refusa constaninienl, il soutini le courage de Tas = y. A peine étaiinl— ils sorlis de l'iiôtel-dc-ville, qu'ils furent frap|)cs à coups de sabre et pindiis aux deux poteaux qui soutenaient un réverlière; c'était le 23 juillet au matin. La n dation de leur mort fut écrite d.ms le temps.
Les clnliisles de .ALirseille , qui avaient jiréparé cet alten(a( , en |)ro.'(;qiièreiil un autre peu après ii Manosque en Provence. Par letirs lefires et icuis émissaires, ils firent arrêter trois ]»rêtres, l'aljLé Pocliet , ]ircLeiidi<'r il Manosqne, l'abbé P.ejra, desservant de Meyrasse, et Vial, curé de Céresle. Ils étaient tous réfugiés à Meyrasse, ils en furent arracliés au commencement d'août et traînés ii Manosque, oii on arrêta aussi, le 4 août, le ])ère Ponlliion, franciscain de l'Observance et supérieur de la maison de son ordre ;» Manosque ; c( lui-ei était sepl\ii.gi'naire. Ou les traîna tous les (juatre dans nn champ piaulé d'amandiirs, piès Manosque, on les accabla d'outrages et de, coups, et enfin on les pendit aux arbres du champ, [f^ojez les Mmlyrs de la Foi, article Pocuet, et les Confesseurs de la Foi, (orne I, page 25. Il y a quelques légères différences entre les deux vécils , mais le fond est le même.)
De semblables atrocités avaient lieu dans des ])r, vinces éloignées. Dans le Perche, l'abbé Du portail de la Biuardière, ancien curé du diocèse du Mans, retiré :i Belesme, fut cruellement assassiné si;r 1 1 place luibliijue dans le mois (le juillet, parles révolutionnaires du pays, qui voulaient le forcera prêter le serment.
F.n Normandie, Guillaume Saint Marlin, prêtre du diocèse de Séez, fut maltraité, limrmcnté et enfin fusillé à Pont-Erre],iu i)ar des patriotes qui lui ordonnaient de renoncer il la religion et au Pape.
A Brcssuire, deux frères prêtres, MM, Nanteau, demeurant il Ihouavs, furent traînes devant le district |)ar des hommes égarés, jetés en prison, et ensuite inhumainement mi-; à mort, sans que l'autorité osiît les ])roli'ger. L'. uteur des Mailjrs de la Foi, tbiz ijui nous prciu)ns ces faits, n'indiiiue pas la date des deux derniers. Cependant ils paraissent être, comme les précédents, antérieurs au 10 août. L'est ainsi qu'on poussait le peujjle à de déplorables excès et que l'on préludait à ces scènes de carnrge ('ont n( us aurons bientôt à gémir.
A Paris même, oii les ecclésiastiques paraissaient oubliés, parce qu'il et (te épo(|uc les elVorts des factieux étaient spécialement dirigés contre le tiiîne, (jui Iqucs prêtres i>érircnt également victimes de l'elTervi secuee )iopnla:re. On cite spécialement un curé du diocèse de Piouen, nomme Chaudet, qui avait espéré trouver à Paris un refuge plus assuré. Tu le traduisit devant les
conslilulionnelle. Ou demandait que ses ministres ne fussent plus regardas comme fonctionnaires jnihlics (l). Mais c'est surtout dans son propre sein, dans la licence cl l'incrédulité de ses membres, qu'elle trouva ses plus dangereux ennemis. Nous avons vu Torné, cvèque du Cher, proposer lui-même à l'Assemblée la suppression du costume ecclésiastique (2). Vers le même temps, de Mey, curé constitutionnel de Saint-Laurent à Paris, publia un livre intitulé : yJccord de la religion et des cultes chez les nations libres, qui frappa par la hardiesse et la témérité des opinions de l'auteur. Il n'y soutenait pas seulement que la constitution civile était absurde, et que l'Etat ne devait professer aucune religion 5 il y insultait grossièrement aux pratiques et aux cérémonies du culte catholique, qu'il appelait le plus intolérant, le plus dominant, le plus présomptueux, qui ait peut -être jamais existé. De Mey n'en resta pas moins plusieurs mois encore dans sa cure, et devenu ensuite membre de l'Assemblée législative, Il s'y distingua ])ai' sa témérité. Les instructions pastorales que publiait alors de Savine, évcque de Viviers, n'étaient Fuère moins scandaleuses ; ce malheureux prélat foulant aux pieds toutes les règles, dor.na, le 24 juin 1792, la consécration éplscopale, à deux curés de son diocèse. D'autres écrits, publiés à la même époque par les membres de la nouvelle église, étaient d'une témérité sans limites (3),
tribun;iu.\ (lui le rcnvojorcnl absous : ln;iis quelques jours après, la populace, txcilée sans doute par de perfides suggestions, assaillit la maison ([n'il habitait, tn enfonça la ])OVte, le jelta par la fenêtre, et l'assomma dans U rue. (l/al bé Guillon, dans ses lUnilyrs de la Foi, dit que Chaudet ftit, parmi les ccelésiasti.ines, la première victime des révolutionnaires.)
[Paris, oLili; directoire du département s'était efforcé de i)rotéger la liberié des pvèties non sermcntés, en renfermait à celte épocpie un grand nomlire : le besoin de se cacher, et les néc( ssités pressantes de la vie les obligeairnt souvent à exercer les métiers les plus )iéniblcs : d'un autre côté, h ch.uHe des pieux fidèles se signalait K leur égard par de courageux sacrifices. M. J.> ger, dans son JJi.'^touc de VEi^Usc de France, tome lit, a réuni plusienis détails intéressauls, sur cette épo(iue.]]
(1) / ore; plus liant, page 1G9.
(2) rorez plus haut, page 181.
(3) Parmi ces écrits, nous sign;ilirons celui qr.e publia Tolin, vicaire épiscojial (k Grégoire; sons le titre dt- Grande rcfirine ii ftiire dans l'Ki^lnc
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Mais des scand.iios d'un autre (jenrc ne lardèrent jias à souiller celte pauvre éfjlise. Le sifjnal avait clé donné par Tabhé Cournand, professeur au collc.jjc de France, <|ui, dès le 27 novembre 1789, et les jours suivants, avait fait au district de Saint-Eiienne-du-.Mont, la motion de demander à l'Assemblée constituante le mariage des prêtres. Un abbé, Bernet de Bailleretîe, cliapelain de Popin court, avait développé la même proposition, dans une lettre «adressée, au commencement de 1790, au ministre prolesîanl Rabaut de Saint-Etienne. L'aulorilé ecclésiastique l'avait inicrdil ; et il avait eu l'audace de monter en cbairc pour déclamer contre l'inlerdil : on assure que les assistants Ten avaient fuit descendre. Mais bientôt ce ne fut plus -seulement par quelques écrits qu'on chcrcba à ébranler Ja sainte loi de l'Eglise. Des ecclésiastiques el àcs relifneux profilèrent de la licence générale pour rompre publiqueîuei-it un lien sacré. Dubourg, curé de Sainl-Benoît-sur- Seine, dans le diocèse de Troyes, se glorifiant du titre de membre de la Soci<'!c des amis de la cojisfùufion, c'està-dire du club âvs Jacobins de Troyes, se maria dès la fin de 1791, et chcrcba à se justifier par quelques brochures, <:ontre lesquelles l'abbé Herluison fit paraître le Fanatisme du libertinage confondu {{). Il faut reconnaître que quelques évéqucsconstituîionnels, dont les plusconnus sont €!iarrierde la Roche, évéquc de la Seine-Inférieure, qui donna sa démission à cette époque, Graiien son successeur Fauchet, et d'autres, élevèrent la voix en faveur du célibat ecclésiastique : mais quelle pouvait être vis-à-vis des prêtres sans conscience, et souvent sans foi, l'ellicacilé de -ces réclamations dans la bouche de ceux qui avaient foulé <iux pieds tant de lois de la discipline ecclésiastique (-2) !
<r<}nslili!lioiiiicUr. Il y réprouvait (oiilos les dislinclions rpiscopak-s, ne voulait |)liis de messes |)()iuilicalts, et n'admettait jdus que des messes Lasses. 1/auteiir se maria de|)uis.
(1) [[i;abl)é Herluison avait clé interdit avant la révohilion pour cause de jatisénisme : les l\um'elles cccU-sinstiqucs pour \1:\2 dontienl un précis développé de sou ouvrage en faveur de la \i<\ de eor.tinence.il
(2) Charrier de la lîoclie avait défendu la discipline de TK^lisc d-ins son
Le torrent impur suivit son Cûurs,et vers la fin de 1792, les mariages des prêtres devinrent, à Paris même, assez nombreux. C'étaient d'abord d'anciens religieux et des ecclésiastiques étrangers au ministère qui donnaient ce scandale. Mais dès le mois de mai, un vicaire de Sainte- Marguerite, nommé Aubert, fit publiquement bénir son mariage par leprêtre-sacrislain de la paroisse-, et, malgré l'horreur que sa conduite avait inspirée aux paroissiens, il osa continuer ses fonctions (l). La chute du tronc inspira une nouvelle audace au libertinage. Ce même Auberl fut choisi par les électeurs pour curé de Saint-Augustin, ou Notre- Dame-des-Victoires. L'évêque Gobel, que les Jacobins dominaient, n'osa lui refuser l'inslilution. Bien plus, il l'installa lui-même avec des circonstances qui ajoutèrent infiniment au scandale (2). Tant d'im])udence d'une part
Examen du décrei du 27 août 1791. Gralien, ancien Lazariste, étant devenu évèque de la Scine-Inféricure , publia, le 24 juillet 1792, sur la conlinence des clercs, une instruction développée. Il déclarait qu'il procéderait contre tout prêtre qui oserait se marier; et il lança, en effet, une sentence d'interdit contre Lecorney, curé du Havre, qui avait donné ce scandale. Lecorney essaya de se maintenir malgré Gratien , qui publia une Lettre à cette occasion. [Nom'elles ecclésiastiques de 1793, page 83.) Le 24 novembre suivant, Fauchet, h qui on avait déjà h reprocber tant d'éclats, publia sur le même sujet une lettre pastorale, qui servît plus tard de prétexte à ses dénonciateurs, L'évêiiue de Seine-et-Oise refusa l'instilution à un vicaire qui s'était marié. Le métropolitain d'IUe-ct-Vil.iine adressa des représentations à un de ses suffragants, qui avait fait bénir le mariage d'un prêtre par un de ses vicaires épiscopaux.
(1) C'est sous l'influence du fameux Manuel, procureur de la commune, que se fit ce mariage, auquel lui-même assista avec un des vicaires de révê(|ne ilc Paris, nommé Bodin. Le curé constitutionnel de Sainte-Marguerite avait fait signifier par huissier ;ï tous les prêtres de la paroisse la défense de concourir à cet acte : mais Manuel triompha des hésitations du sacristain, qui n'avait pas même l'apparence de pouvoiis. [Nouvelles ecclésiastiques pour l'93,
page lig.)
(2) [[Nous copions textuellement un journal dévoué à l'Eglise constitutionnelle, et qui avait applaudi à l'intrusion de Gobel :
« Le jour de l'Ascension fut choisi pour la proclamation du nouveau curé. Le B corps électeur assemblé dans la nef de l'église métropolitaine, députa vers » monsieurl'evêque, pour l'inviter h y venir ; il s'y rendit processionnellement » avec son clergé; et il fut placé à la droite du président. On lut le procès- > verbal de l'élection ; après quoi Aubert monta en chaire, et fit un discours, » oii il ne manqua pas de glisser l'apologie de son mariage; en descendant » de chaire, il se présenta devant l'évêque, qui lui donna l'accolade : on le
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Cl de faiblesse de raulre, révolicreni quatre curés conslitulionnels de la capilale ; ei ils adress»'rcnt aux évéqucs de leur église un mémoire rcniarquahle, qui finissait par une protestation éncrjjicjue : en présence de l'impiété farouciie qui dominait alors, cet acte élalt courageux 5 cl les quatre curés lurent Licnlôl après mis en prison (l). OueKjUcs évèques constitutionnels, comme Graiien, Faucliel, I.tcoz, exprimèrent également Tindignalion que soulevait en eux
» fomliiisil au chœur, et on le plaça duns une stalle d'iionncur. M. Dcneux, » prcniif-r vicaire épiscopal, :illa prend: e par la main la feiunie Aul>eil, cl » la coiiiluisit lu -:nèii)C à iiiic autre slalle d'honneur, vis-à-vis celle de son 0 mari. Kiiliu monsieur re\è<|ue eélehra piintifiealemcut la messe. » [[\'ourefles ecclcAiditùiiws, ])Oi[r I"93, page 91.) ]Malt;ré le dcgnùt iirofoiid (|u'iiis- ))irent ces horreurs, nous croyons (|u'il est utile de les faire connaître, pour montrer la pente rapide ou se placent ceux qui se révoltent contre l'F.;jlise ]] (1) [[Ces qn.itre curés étaient I.ehlaiK de ruaulieu, curé de S liiit Séverip, le même qui devint ensuite évé(|ue constitutionnel de la Seine-Inférieure ; mais qui ayant été, après le concordat, promu canoniquemcnt à l'évêché de Soissous, ne négligea aucun moyen de réparer les égarements oii l'avaiint entraîné les préventions du jansénisme; l-emaire , curé de Sainte— -Marguerite, Mallieu, curé de Saint-Antoine, et Brugière, curé de Saint-Paul. Nous avons de Brugière, qui paraît être resté constamment attaché au parti, un Mcriioirc apoloi^t-litpic, «ni sont retracés les événements de cette époque. On voit l 'S eonsé([uenLes dti système janséniste, qui, sépaiant le contrat de mariage du sacrement, n'attribuait qu'à l'autorité civile le droit d'établir des empêchements. A ré]ioque où la réclamation des qu.itrc curés fut écrite, la lui avnit confié aux magistrats les registres de l'état civil, et ne reconnaissait plus l'empèi h 'ment de l'ordre. Conformément il leurs principes, les quatre curés disaient : Nous tenons pour U^^al, et ]>ar conséquent pour Icgitinie, le mariage (h S prclres, et mcnie des Cfcqiies, d'après les noii\'elles lois de l'Etal, quelque odieux qu'il soit aux yeux de l'Eglise. Ils se bornaient il demander que le prêtre mr.rié fût interdit et réduit à la communion laï(iue. [Méuiuire apalogélique, page 22.)
L'org.ine de la secte, les IVoui'ellcs ecclésiastiques, disait la même chose : « Puisque la loi civile ne met point les ordres sacrés au nombre des cm— » pêehcnicnts dirimants, nous ne prétendons pas que l'autorité ccclesias- » tique doive empêcher ceux qui sont engagés dans les ordres, d'user de » la liberté ipio la loi leur accorde ; mais qu'ils doivent se retirer des places » qc'ils occupent dans l'Eglise. » [Noureltes ecclésiastiques pour 1793 , page 94 )
Les f|U;itrc curés furent incarcérés : mais un décret du 12 août 1793 , qni déclarait nulles à l'avenir ks destitutions que les évê(jues prononceraient contre les prêtres, h raison du mariage, ayant en même temps déclaré non avenues les procédures aiittiricui es, qui auraient pour objet des obstacles mis au mariage des prêtres, ils furent mis en liberté le lendemain. Bientôt après Brugière fut arrêté de nouveau, et ne dut la vie (pi'au 9 ihermitlor.]]
la conduite de leur collègue; mais un spectacle bien plus douloureux encore allait s'offrir : Lindet, évêquede TEurc et membre de la Convention, voulut recevoir la bénédiction nuptiale de ce même Aubert; et il s'efforça de se justifier dans un écrit infâme, adressé à ceux qu'il a]>pelail ses diocésains (l). Dans le même temps Pontard, évêquede la Dordogne, publiait un Journal prophétique , où, au milieu de mille absurdités, 11 excitait les prêtres à se marier, et déclarait qu'il admettrait au sacerdoce ceux qui étaient engagés dans le mariage. Torné, évêque du Cher, faisait conjointement avec son conseil épiscopal, les mêmes déclarations, et, de plus, promettait qu'il placerait avantageusement les prêtres mariés qui seraient inquiétés dans d'autres diocèses : lui-même bénit publiquement dans la cathédrale de Bourges l'union doublement sacrilège d'un prêtre avec une religieuse, et prononça à cette occasion un discours effréné. Ce n était là que le prélude d'une apostasie plus scandaleuse encore, que nous aurons bientôt à retracer. Diot, évêque de la Marne, donna le même scandale dans la cathédrale de Reims.
C'était avec une joie satanique que le parti qui s'était emparé du pouvoir voyait ces scandales: les autorités locales les favorisaient de tout leur appui : c'est ainsi qu'avant la[ fin de 1792, un vicaire de Saint-Louis de Versailles, Osselin, s'étant marié, avait été nommé par les électeurs à une cure; Avoine, évêque de Seii'.e-et-Oise, lui avait refusé l'institution ; Osselin en appela comme d'abuS, et le tribunal de Versailles ordonna de le mettre en pos-
(I) [[Dans cet écrit intitulé: RoberL Lindet, cvc'que du dépavleviciiL de i'Eure, aux citoyens du même département, cet apostat, qui continuait encore ses fonctions, déclame contre le céliliat ecclésiastique, avec autant de fureur que l'ont jamais fait des lieretiqucs fongueux, et jjrol'esse tes doctrines les plus dégradantes. « Il faut, disait-il, rappeler les suitlimes » vertus du cliristianisnie et abandonner les pratiques des moines.... 11 faut » faire la lien qui ])l(iit h tous, et rcnoncef aux rafjineiiients de perfec- » tion, qui éprouveront de grandes contradictions. Si vous voulez parler » utilement de la religion, ne résistez pas aux lois de la nature; ce que la » nature inspire est la première vérité.... »]|
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session. (]c lut bien jms sous le ré;;iiiie de la (erreur; et nous serons encore ol)lip('S de revenir sur une matière dont le souvenir remplit d'une ninerlume profonde (1).
Comment vit-on des prèlres et des reii.'^icux oublier ainsi leui's jilns saints en[^afi[emenls? C'est ce cpii ne s'cxpli<pie (pie trop par cette pente rpii, d'une prennère faute, mène aux plus élranfjes éjjaremenîs. Des hommes qui avaient fait le serment contre le cri de leur conscience, (|ui y avaient persévéré malfjré les avertissenienis de l'autorité, cpii s'étaient liés au schisme par des actes réitérés, se trouvaient préparés aux chutes les plus honteuses. Chaque pas qii'ils faisaient dans celte route les poussait à de nouvelles faiblesses, et c'est ainsi que se vérifièrent pour eux les paroles des livres saints qu'ti« ahinia appelle un ahînie[1). [[Il faut reconnaître aussi que, malgré leur sévérité apparente, les systèmes jansénistes, qui avaient déterminé un certain nombre d'ccc!ésiasti([ues à entrer dans la nouvelle église, ont eu de l'innuence sur le mariage des prêtres conslilulionncls. Les jansénistes avaient adopté le sentiment erroné cpii n'attribue qu'aux princes le pouvoir d'établir des empêchements dirimants. Conséquemment, lorsfjue la loi civile ne reconnaissait plus l'empêchement de l'ordre, le mariage des ecc!ésiasli(jues, quoique opposé aux lois de l'Eglise, n'était pas iml à leurs yeux (3) : ainsi était ôté le frein le plus ellicace qui pût triompher des passions et des intérêts. JJ
— Le 10 août. DEHNiÈnE insurrection contre LoLMsXVf. Quelque lié qu'ail été ce grand événement aux intérêts de la religion, nous ne ferons presque ici que l'indicpier. Les attentatsdu 20juin étaicntrestésimpunis; et leinalheureux prince, prisonnier dans les Tuileries, était en bulle à la
(1) Gréijoirc a pu!)lic , en ISâo, nue ffiiloire du initriaqc des prêtres. [[M. Picot en rendit i uiiiple tl.ins l\-Jiiiidc la Ilcli^ion, tome LU, pa^cSUD, et tome LUI, pages 19} et 223.]]
(2) Ces sages réflexions sont de M. Picot (l'./ini de la Religion, t. LUI page 193.)
(3) Foj-ez la note (1) de la poge l'ù'o.
haine des partis qui avaient jure sa perte. L'ombre d'autorité que lui avait laissée la constitution s'évanouissait tou« les jours. Si cette consiitulion elle-même avait encore quelques partisans au sein de l'Assemblée législative, elle était minée par les intrigues des Girondins, et plus encore par celles des Jacobins, qui s'emparèrent alors de tous les pouvoirs avec une audace inexprimable. Ce sont surtout les Jacobins qui, après que la patrie eut été déclarée en danger, appelèrent à Paris, et organisèrent ces troupes de bandits connus sous les noms de fédérés et de Marseillais, renfort terrible avec lequel ils pouvaient tout oser. C'est étralement sous la direction du club des Jacobins que se forma la commune insurrectionnelle de Paris, à laquelle on doit rapporter les événements du 10 août, et les horribles massacres de septembre (1). Par ses ordres, les factieux marchèrent contre les Tuileries, dans le dessein bien prononcé d'en finir avec la royauté. 11 ne restait à Louis XVI que quelques troupes, dont une paitie même ne promettait pas une fidélité bien constante. De braves Suisses et quelques amis de la monarchie, qui étaient venus dans ce moment critique offrir au prince leurs bras el leurs épées, formaient à peu près toute sa défense. Le combat allait
(l) [[Le directoire de Paris, qui avait montré de la modération et avait piotége pciidant !ii\ mois la liberté du culte, fut contraint, à force de déiionti.itioris, de iloiiiicr sa démission le 23 juillet.
Le conseil général de la commune était hien révolutionnaire, puisqu'il avait adressé a l'Assemblée nationale, par l'organe du maire I^étion, la de-^ mande formelle de la déchéance du roi; mais il ne répondait jias avec assez d'enero^ie et d'ensemble aux desseins des Jacobins. Pour y suppléer, el afin de orofiter de l'inlluence que le club exerçait sur la plupart des sections de la capitale, ils firent ordonner que chacune des quarante-huit sections, entre lesquelles Paris était partagé, enverrait plusieurs comuiissaires qui s'entendraient avec le conseil général de la commune, et serviraient à transmettre avec rapidité une direction commune à tous les quartiers. Ces commissaires, munis de pouvoirs illimités, vinrent, le 9 août, non pas s'adjoindre au conseil de la commune, mais prendre sa place. C'est ainsi que fut formée cette formidable Commune de Paris, qui s'appela d'abord pro^'isoire, et qui s'clevant aussitôt au-dessus de rAssemblée législative, s'empara du jiouvoir exécutif, renversa le trône, fit proclamer la république, organisa les visites domiciliai.ts, et préparâtes massacres avec une atrocité inouïe. Tons ces faits ont besoin d'être étudiés en détail, pour qu'on puisse comprendre les événements fort compliqués de cette fameuse époq'Ue.]]
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s'cnpnp-er, lorsque Louis se relira avec sa famille a 1 Assemblée nalionale, déférant, presque mal.'jré lui, aux conseils de Kœderer, procureur syndic du département de la Seine. Sans doute il se dallait (jue les députés ne pourraient s'empêcher de proléj^er une aulorité reconnue par la consiilulion jurée; mais les hri.;;au(ls qui braquaient les canons sur les Tuileries, étaient d"intelli.;;ence avec ceux (jui sié.;jOHient au Mané{;e. Ils jouirent du malheur de Louis; a peine lui accorda-ton un asile; on lui reprocha le sanj^ qui coulait alors, comme si c'eût été lui qui eût préparé celte horrible journée, tandis qu'on savait bien qui étaient ceux qui la méditaient depuis longtemp?, et qui avaient organisé l'insurreclion , puisque des folliculaires audacieux se faisaient un honneur d'avoir ameuté le peuple, et de l'avoir armé contre celui qu'ils appelaient tyran. On ne connaît que trop l'issue du coiidjat; les fidèles Suisses massacrés sans pitié, le château forcé, et tous les défenseurs de la monarchie expirante, expirant avec elle. Ainsi fut renversé un tronc qui paraissait assis sur de si solides fondements, et à qui son ancienneté et une lon.o-ue suite de rois semblaient assurer encore une longue existence.
Les mesures les plus violentes se succédèrent avec rapidité. On prononça d'abord la suspension du pouvoir royal (I), mesure qui, dans la disposition des esprits, équivalait à la déchéance du roi. Une Convention nationale,
(I) [[Nous croyins devoir donner un court extrait i\eVErposUioit des .motifs d'après lesquels rassemblée nationale a proclamé la convocation iPiine Coni'ention nationale et prononce la suspension du pouvoir exicutifd'in<i les mains du roi. Cette proclamation, dont, le 12 août, l'Assem- Ijlée ordonna l'envoi h toutes les municipalités du royaume, était l'œuvre d'une commission : Condorcet en fut le rapporteur. Nous ne nous arrêterons qu'aux endroits qui inlcre^sent la religion : « A l'ouverture de la ses- • sien, un rasseuihlcment d'éiiiisrés sur les frontières,... et les prètres/<t- » natiqUL'S , portant le (roulile dans lésâmes superstitieuses, cliercliaient » à persuader aux citoyens égarés que la constitution blessait les droits de » la conscience, et que la loi avait confié les fonctioT-s religieuses à des » schismatiques et à des sacrilèges Enfin une convention formée entre des » rois puissants menaçait la lilierté française. .. Ainsi tout annonçait une
investie de pouvoirs iliimiiés, fut convoquée : elle devais s'assembler après quarante jours, afin de donner h la nation fcancaise une constitution nouvelle. On était déjà dégoûté de la première, qui, depuis sa promulgation, n'avait pas été en vigueur une année entière. Les ministrescongédiés par le roi à cause de leurs menées révolutionnaires, Rolland, Clavière et Servan furent rappelés, et on leur adjoignit, comme ministre de la justice, Danton, l'urt des hommes les plus fougueux de l'époque, et (|ui, pour préluder au massacre de septembre, se réconcilia avec le sanguinaire Marat. Louis XVI, après avoir passé troisjours dans la loge d'un journaliste, à entendre toutes les imprécations dont on le chargeait, et à attendre ce qu'on déciderait de son sort, fut envoyé au Temple avec sort épouse, ses enfants et sa sœur, et put prévoir tout ce qu'oi? lui préparait. La capitale, subjuguée par la terreur, vil
» guerre civile et religieuse , dont une guerre étrangère augmenterait le » danger.
» L'Assemblée nationale a cru devoir réprimer les émigrés, et contenir Ie& » prêtres fnctteiix j)ar des décrets sévères; et le roi a employé contre ce» » décrets le refus susi)ensif de sanction que la constitulion lui accordiiil. » Cependant ces émigrés, ces prêtres, agissaient au nom du roi : t'était pour » le rétablir dans ce qu'ils appelaient son autorité légitime, que les uns » avaient pris les armes, e< que les autres prcchaieul l'nsiussinal et ta lia— » hisoii.... Dès ce moment, <l'un bout de l'empire h l'autre, le peuple nionlr» » ces sombres iu(|nietudes, qui annoncent les orages....
» ... Les machinations des prêtres, devenues jilus actives au moment de » la guerre, rendaient indispensable une loi répressi\'e, et elle l'ut portée » (la déportation), La (brmalion d'un camp près Paris fut ordonnée. Les deux ^ » décrets furent rejetés.... L'application du refus de sanction aux décrets- » nécessités par les circonstances, fut regardée dans l'opinion générale^ » comme une interprétation de l'acte constitutionnel contraire à la liberté et » à .l'esprit même de la constitution. L'agitatioij du peuple de Paris fut » extrême. » (Suit un récit apologétique du 20 juin et des événements subséquents.)
a C'est d'après tous ces motifs que de nombreuses pétitions envoyées d'ui» » grand nombre de dé|)artements , le voeu de plusieurs sections île Paris,, » sollicitèrent la déchéance du roi ou la suspension du pouvoir royal, lî » était du devoir de l'iVssemblée de ne prononcer, qu'après une discussion B solennelle : mais la patience du peuj)le étant épuisée, tout à coup il a paru » tout entier réuni dans une même volonté, etc. » Cet extrait suffît pour montrer combien les lois rendues contre la religion ont eu d'influence susla chute du trône. 1]
ANiNÉt: 1702. 201
commencer dos scènes liorribles, tloiil nous ne relraccrons (jue celles f|ul concernent plus tlii'ectemenl riv;;lise.
On commença à rechercher tous ceux f|ui avaient témoigne (juel(|ue atlachemenl à une cause proscrite. Les prêtres lidèlcs, si odieux aux révolutionn;iires, ne pouvaient être ouhliés. Dans la journée même du 10 aoùl, l'Assemblée législative se hâta de déclarer {|ue les décrets f/ui n avaient pas été sa/ictionncs, auraient l'orce de loi : c'était évidennncnt la déportation des prêtres ([u'on avait princij)alement en vue. On commença imméiiialement à recherciier et à arrêter les prêtres insermentés, qu'on allectait de présenter aux peuples comme les ennemis de la patrie. L'ancien couvent des Carmes, rue de Vangir ard, cl le séminaire Saint-Firmin, rue Saint-Victor, lurent désignés pour leur servir de prisons. Le 1 1 août, soixantedeux ecclésiastiques lurent amenés devant le comité de, la section du Luxembourg (1), (jiii était installé dans une salle du grand séminaire Saint-Sul[)ice ; et a])rès qu'ils curent éié interrogés, on les conduisit dans l'église des Carmes, où on ne leur donna pour toute nourriture que du pain et de l'eau, et pour lit que le pavé de l'église, jusqu'à ce que la charité des pieux fidèles eut j^ourvu à leurs besoins au prix des plus grands sacrifices (2). Parmi ces ecclésiastiques, on remarquait surfont M. Dulau, archevêque d'Arles, l'un des prélats les plus distingués de 1 Eglise de France par sa science et ses vertus. Pendant tout le cours du mois, on continua à amener d'autres prêtres clans la même maison. Le séminaire Saint-Firmin en reçut cinquante-deux dans la journée du 13 août, et, du 13 au 28, il en fut amené vingt autres. Nous verrons bientôt le sort qu'on leur réservait, ainsi qu'à beaucoup d'autres.
— Le 15 août. Décret de l'Asse.mulke pour i'resciure
(1) Forez page 19S, dans b iinto, l'organisation de la Coinniime de Paris.
(2) [[L'Histoire de M. l'abbé Jagcr a rtuiii sur telte époiiue Lcautonp de détail» que naus ne pouvons douner.]]
LE SERMENT (le liberté ET d égalité. Dès le 10 août, rAssemblée avait arrêté que ses membres prêteraient le serment de maintenir de tout leur poui^oir la liberté et l égalité, ou de mourir à leur poste. Le 14 août, elle décréta que tout Français recevant traitement ou pension de TEtat, serait censé y avoir renoncé, s'il ne justifiait que, dans la huitaine, il a prèle le serment d'être fidèle à la nation et de maintenir la liberté et Téfïalité, ou de mourir en la défendant. Le lendemain un nouveau décret statua formellement que ce serment serait prêté par tous les fonctionnaires publics (1). Ce serment devait donc remplacer celui de la constitution de 1790-, et il semble que par là même auraient dû tomber les peines portées contre les prêtres qui n'avaient pas prêté les serments demandés en 1790 et 1791 . Toutefois, il n'en fut pas ainsi, et l'on continua de sévir contre eux pour ce seul motif.
La conduite du clergé, à l'égard du nouveau serment, ne fut pas unifoi-me dans tous les diocèses. « A Paris, disait le père Lambert dans un écrit en faveur de ce serment, tous les prêtres catholiques, tous les chanoines, tous les directeurs de séminaires, tous les docteurs de Sorbonnc, tous les supérieurs, tous les membres des congrégations séculières et régulières, tous les ecclésiastiques sans fonctions lésidant à Paris, ont cru, après les plus mûres délibérations, que ce serment ne blessait en rien la religion, et ils l'ont prêté sans hésiter \ s'il y a eu, par-ci, parlà, dans le clergé, quelques individus qui ont eu là-des§us
(1] On ass'gne «les dates difTérentcs prescrivant le serment de libellé et d'égtiUlé. Nous citerons textuellement, dans la loi du 18 août relative à la ■suppression des oidres religieux,, l'article II du titre v, qui l'impose comme condition du paiement de pension. Au milieu de l'anarchie universelle, on l'exigea souvent de ceux qu'aucune loi positive n'y assujettissait.
La forme du serment de liberté varia souvent. La 3 septembre, au milieu même de l'Iiorreur des massacres, l'Assemblée, sur le rapport de Gensonné, décréta : « que, dans toute la France, les autorités constituées prêteraient et n feraient ijrtter par les citoyens le serment de maintenir de tout leur » pouvoir la liberté, l'égalité, la sûreté des personnes et des propriétés, » et de mourir, s'il le faut, pour l'exécution de la loi. » Nous doutons que cette loi ait été exécutée à l'égard des simples citoyens.
tinc autre o|)iiuon el une conduite (llUéreute, ils sont eu «1 petit nombre cjuc ce n'est pas la peine d'en parler-, leur dissentimeul n'empêche point runanimilé morale de l'éîjlisede Parissur cet acte civil(l). » Un journal du temps (2) assure la même chose : « Nous pourrions citer, y est-il dit, en faveur du seiment de grands exemples, plusieurs congrcîjalions célèbres presque en entier, celles de la Docirinc chrétienne, de Saint-Lazare, de l'Oraloirc, de Saiiit-Sulpice, les maisons de Sorbonne et de Navarre, les évèqucs restés en France, les curés fidèles de Paris, les vicaires généraux et presque tous les autres ecclésiastiques de la capitale (3). »
-Mais l'opinion adoptée à Paris sur le nouveau serment ■ne prévalut pas également dans loi:s les diocèses. L'époque seule où le décret fut rendu, la malveillance trop notoire de l'Assemblée pour tout ce qui regardait la religion et le clergé, toutes les mesures sinistres et violentes qui se succédèrent rapidement après le 10 août, inspiraient une défiance qui paraissait fort légitime. On éprouvait une vive répugnance pour tout ce qui venait d'un gouvernemeiil détesté, et l'on redoutait de prendre des engagements qui pouvaient cacher quelque piège. De plus, les termes mêmes du serment semblaient offrir quelcjucs difficultés. L'abus que l'on faisait des mots de liberté el d'es^alilé n'était propre qu'à inspirer de l'éloignement pour «ne formule, où l'on promettait de maintenir sans disiinc-
(1) Dissertation oii l'on justifie la soumission aux luis de la i-i'publiqiie -et le serment de liberté et d'cgalilê, l'OG.
(2) Annales catholiques, tome I*""", pngc iCfi.
(3) Xons trouvons encore la même assertion dans une Lettre sur le serment de liberté et d'égalité, en 39 pages in-S», page 10. L'aiilenr des ^fartvrs de lu Foi, qui se montre très- prononcé contre le serment, nomme cependant des prêtres cstimaldes qui le piètèrent, entre autres René Duval, jeune prêtre du Finistère, arrêté h Passy, près Paris et rel.îelié le 26 mai J793, après avoir prêté ce serment ; il n'y a pas de doute que ce jeune jirêlre ne fût le même que le vertueux Uéué Michel Legris-Duval, (|ui hahitait, en effet, Paris à cette époque, et qui se rendit depuis célèbre par fon ih\c. ses talents et sa charité. Personne assurément ni' croira que ce serment scit une lathe pour la mémoire du pieux et vénérable abbé.
20 i ANNÉE 1792.
lion des droits si mal définis. Les esprits se partagèrent donc sur la question , et des liommes respectables se déclarèrent pour l'un ou pour l'autre sentiment, selon qu'ils étaient plus ou moins frappés de telle ou telle considération. Une assez vive discussion s'établit entre eux, oî plusieurs écrits furent publiés de part et d'autre (l).
(1) L'écrit le plus reinarqiKible en faveur du serment fut celui de M. dt Bausset, évèque d'Alais. Ce prélat, qui était icsté en France, composa tiii Exposé lies principes sur le sermc?U tic libci té et d'égnlilé, qui |)aiJi!. avec un long /di'ertissentent et des noies de l'éditeur. L'auteur et l'éditeur ne s'étaient pas nommés; mais leurs noms ne furent pas longtemps un mvï> tère. L'éiliteuf était l'aliljé Emery, supérieur de Saiiit-Sulpice, lié étroitement avec le jiréîat. Tdus deux se déclaraient pour la légitimité du serment dont il s'agit, ils justiliaient aussi une déclaration dont nous aurons à parler plus tard. L'Exposé, l'Avertisseiiient et les notes forment l'30 pages.
Le P. Laivd)ert, dominicain, attaché an parti janséniste, mais (pii s'était prononcé contre la constitution civile du clergé, publia des Hcjlexions sur le serment de liberté cl d'égalité, l'93, in-S» ; et plus tard une Visscrtntion citée ci-dessus en note. >'ous croyons même qu'il y a eu dans cette cofwtroverse d'autres écrits con)posés par ce religieux, qui était fécond, et qui, ses préjugés à part, ne manquait ni de savoir, ni d'habileté.
Les Jiiiiales catholiques et les Annales philosophiques de l'abbé de Boulogne contiennent ])lusieurs articles sur ce serment; on a lieu de croire qu'ils sont de l'abbé Emery ou de l'abbé Guillon, qui fut dejjuis chanoine d'Agen et secrétaire de l'évèché, et qui paraît être mort en 1811. C'étaient eux qui étaient chargés de la partie théologi(|ue dans des Annales.
Nous citerons encore une Leilre ■'■ur le serinent de liberté et d'égalilf, 39 pages in-8"; des ObseivaLious sur une lettre d'un vicaire g-cVu-Crtf dr Toulouse, 20 pages in-S»; une Apologie des catholiques fraïunis jiroi'O' qués ou calomniés, sous prétexte d'une lettre attribuée à un grand ricaire de Toulouse, 17 pages in-S" ; des Ilejlc:) ions sur la diversité des opinions sur le serment de liberté et d'égalité, 32 pages in-S".
Les Mai lyrs de la Foi font mention, tome III, page 107, d'un Mémoire sur le serment de liberté et d'cgalitc, composé jjar l'abbé Dnvoisin, professeur de Sorbonne, alors retiré en Belgique, et qui circulait dans ce ])ay,5 en manuscrit.
D'un autre côté, M. de Bovet, évèqne de Sisteron, alors retiré en Italie, fit paraître ii Ferrare, en 179), des Réflexions sur le nouveau serment prèscrit en France et sur les moyens par lesquels on croit pouvoir le j'usUfier, in-8° de 50 pages. Cet écrit, qui est daté du 2 janvier 1793, fut pcii connu en France, les circonstances ayant romjju toute communication avef l'Italie. L'auteur combattait le serment (juil trouvait dangereux et illicite, s cause de la généralité des termes, des sens dans lesquels on les prend, et de l'abus qu'on en fait en France.
i[La question de serment de liberté et d'égalité méritant l'attention U plus sérieuse, nous citerons un court extrait d'une Instruction sur les serments, décrétés en novembre 179 J et 1791, sur le serment de liberté et d'c-
Celle conlrovcrsc ne fut mémo pns cnlièicmcnl Icrmincc par une réponse qnc le Pape donna le 2G juillet 1794, à diverses questions qui lui avaient clé adressées. On demandait entre autres choses quelles peines avaient encourues ceux qui avaient prélé le serment de liberté et d'éi^alité. Le Pape répondit « qu'il n'y avait point lieu » actuellement aux peines canoniques , le Sainl-Sié(jc » n'ayant point encore porté de jufjcment sur ce serment 5
> mais qu'il fallait avertir les laïtpieset les ecclésiastiques
gnùti, et sur 1rs actes de sounnssion aux lais de lu rfpnhliqitc. Ctltc ii.slrnc- !«on savante, donnée à liriiiiswitk , 179ti, par l'cvèmic de Laon, paraît avoir i-lé rédigée par son vicaire général, Diivoisin, qui était alors avec lui. On y verra clair<'iiienl les motifs de l'ojiinion ncgtitivc. « On ne peut faire de ser- » nunts (]ue dans le sens, et selon l'intention connue de ceux (jui les exigent. » Si ce sens est mauvais, aucunes promesses, aucunes décIar;itions, aucuns cn- » gagenients ne peuvent avoir lieu..., F.esens dans le(iuel le serment de liberté s et (l'cgalitctsl entendu par ceux qui l'exigent ne peut être méconnu. Leur » intention est que (|uicon(|i'.e jtrètc le serment s'engage h maintenir en religion » une liberté indefin e qui ouvre l.i porte à tous les cultes, et en ce qui con- » cerne l'ordre civil, une liberté et uue égalité destructives de la monarthic et
• inconipalihles avec elle. Pour s'in convaincre, il suffit de jeter un coup « d'u'il sur les circonstances qui ont précède le décret j)ar lecinel le serment
* a été prescrit et sur les événements qui l'ont suivi. » Ici on rapjK-lait la déclaration des droits de Vhoninie [voyez tome V, page 374), et l'on montrait comment , d'une part, eu vertu de ces droits, tout avait été toléré à l'exeeplinn du cuhe catholique; comment, d'un aiitre coté, l'Assenihlée lé- 'islative, qui décrétait ce serment, avait dépouillé le roi de tout pouvoir, et avait convoqué une assemblée nouvelle (la Convention) pour {prononcer sa déchéance. « Celle-ci exigeait de ceux qui seraient choi.sis pour y siéger, le » serinent de prendre pour règle de leurs ojieratioiis la liberté et l'cijalité. » Comment se persuader (jue ceux qui ont exigé le .serment dont il s'agit,
> n'ont eu d'autre but (|U(; d'exiger l'engagement de maintenir la liberté » opposée a la servitude, la seule faculté de faire ce qui n'est défendu par » aucune loi , le dioit égal pour tous de jiouvoir être élu à tontes les places, » l'obligation égale pour tous, sans aucune exce|)tion ni privilège, de sup- » porter les charges de la société ? »
Si , comme nous le pensons, Dnvoisin a écrit ce inandeineut , c'est une raison de douter qu'il ait été l'aiiteur d'écrits en faveur du serment.
L'opinion affirmative puisait aussi des arguments dans les circonstances »n le serment avait été ordonné. Un des |)rétextes de l'insurrection du lO a'-ilt, c'était le dessein (ju'on i)rétait au roi, aux émigiés, à la coalition des princes étrangers, anx défenseurs du trône, et spécialement au clergé non ser;nenté, de voul;)ir renverser le gouvernement constitutionnel , pour ,v substituer l'arbitraire et le régime des privilèges aristocratiques. C'était contre ce dessein, auquel le clergé était réellement étranger, qu'était dirigé 6 serment de liberté et d'égalité.Y[
206 AxNNÉE 1792.
>) qui avaient fait le serment de pourvoir à leur conscience^ h n'étant pas permis de jurer dans le doute (l). « Les deux o])i nions cherchèrent à s'étayer sur cette réponse. Les défenseurs du serment observaient que la recommandation du Pape ne touchait point ceux qui n'avaient prêté le serment qu'après un mûr examen. Ceux qui le croyaient illicite disaient que le Pape n'eiit j)as engagé ceux qui l'avaient prêté à pouivoir à leur conscience , et qu'il n'aurait pas fait mention de peines canoniques, si le serment lui tût paru licite. Chacun raisonnait selon ses impressions: il est aisé de le voir.
Ou dennndera sans doute quel fut le sentiment de la majorité des évèques de France sur le serment de liberté et d'égalité. C'est peut-élre un point qu'il serait dillicile d'éclaircir, les évêques étant alors dispersés dans les différents Eials de l'Europe, et les communications entre eux et avec la France étant fort diihciles. Les approbateurs du serment soutenaient que plus de quinze évêques demeurés en France l'avaient autorisé ou même l'avaient prêté; que plusieurs lavaient prêté avant de sortir de France-, que quelques-uns qui ne l'avaient point prêté avant de sortir en avaient cependant pris la défense ; que d'autres d'abord peu favorables au serment;, s'étaient cependant abstenus de toute condamnation, et avaient même blâmé leurs grands vicaires de vouloir interdire les prêtres qui avaient fai( ce serment. On citait entre autres l'archevêque de Paris, qui ne voulait pas qu'on inquiétât les, prêtres pour avoir fait cet acte, et il était notoire que tout le conseil de ce prélat à Paris était favorable au serment. L'évêque de Langres défendait d'exiger des rétractations des prêtres qui lavaient prêté. Les grands vicaires de Besançon, d'abord fort sévères sur ce point, avaient ensuite changé d'avis, et en avaient informé le clergé par une circulaire où ils exposaient leurs motifs. Les évêques résidant à Fribourg, qui s'étaient montrés très opposés an
(1) Collectivn des brefs, par l'jhLc Guillon, tome II, pagr 485.
serment et en avaient exigé la rctractauon, modificTcnt cnsuiie leur opinion : ils se conlenlèrent d'exiger des jirèlres une dcelaralion porlani qn'en prclanl le serment ils n'avaient point eu en vue le mauvais sens que Ton pourrait lui attribuer, ni les mauvaises conséquences qu'on jiourrait en tirer.
Il est une remarque à faire sur ce sermeni, c'est que l'on continua dans quelques tribunaux, mémo dans le temps de la plus grande terreur, à le demander aux prêtres qui n'avaient pas fait le serment de 1790. Ainsi nous verrous la commission révolutionnaire éiablic à Lyon en 1793 après le siège, demander aux prêtres traduits devant elle, de prêter le serment de liberté et d'égalité et de remettre leurs lettres de prêtrise, comme si elle eût mis ces deux actes sur la même ligne. Mais les prêtres interrogés à cet égard, refusèrent le serment comme les lettres. A Lyon, l'opinion publique des hommes religieux était fortement prononcée à cet égard. La commission révolutionnaire poussa la tyrannie et la déraison jusqu'à imposer le même serment h des religieuses ou à de pieuses filles, qui le refusèrent unanimement. Enfin le serment de liberté et d'égalité fut généralement blâmé parmi les prêtres réunis pour la déportation à Rochefort, à Bordeaux, à Nantes, etc., et ceux des prêtres qui l'avaient prêté furent invités à le rétracter, ce à quoi la plupart se décidèrent après plus ou moins d'incertitude et de résistance. On. trouvera peut- être que cette improbation et cette répugnance pour le serment de la part de cette portion si nombreuse et si respectable du clergé fidèle, forment une forte présomption contre le sentiment qui lui est favorable. [[En même temps, il ne faut pas perdre de vue que, dans ces circonstances difliciles, ceux à qui leur courageuse fidélité avait imposé tant de sacrifices, pouvaient être portés à interpréter sévèrement une condescendance que d'autres jugeaient excusable et même légitime.]]
— Le 18 août. Loi définitive roia la sx-tpression des
COKGRÉGATIONS ET COMMl NAtTÉS. DILAPIDATION DE LEUES
BIENS. Les congrégations religieuses avaient occupe bien des fois l'Assemblée législative. La suppression avait été arrêtée en principe dès la fin d'avril : mais le besoin de statuer sur les conséquences de cet acte avait fait différer sa rédaction définitive : ce fut un des premiers fruits de la journée du 10 août. On avait déterminé que le pouvoir roval étant suspendu, les décrets seraient publiés au non» de l'Assemblée, et auraient force exécutoire.
Les articles arrêtés le 2 mai formèrent le litre preniier de la nouvelle loi : ils supprimaient, comme on l'a vu, toules coininunaulés, et associalions de piclc, même celles qui avaient pour objet le soin des malades et l'enseignement graluit, et ils probibaient le costume ecclésiastique et religieux (1).
Le titre second de la loi ordonnait que les biens de toutes les communautés d'bonnnes et de femmes, ceux des séminaires et des collèges, des bourses et des fondations desservies par les congrégations, ceux des confréries et toutes associalions de piété et de cbarité, fussent désormais administrés, et les immeubles vendus aux mêmes conditions que les autres biens nationaux : seulement étaient provisoirement exceptés de la vente les bâtiments et immeubles des collèges, jusqu'à ce que le Corps législatif eût prononcé sur l'organisaiion de l'instruclion publique. Quelques disposilions étaient prises aussi pour les séminaires et pour l'application des bourses.
Le titre troisième &l'A\n\\'\l longuement sur le traitement' des membres des congrégations supprimées, d'après leur âge, la durée de leur service, et les revenus des congrégations. Ces pensions étaient bien modiques; mais ce que lesdispositions de la loi laissaient d'avantageux était comme annulé, par l'arlicle suivant du titre cinquième, intitulé : Dispositions générales. « l. Aucun des pensionnaires dé- ■» signés dans le présent décret, à l'exception des femmes, » ne pourra recevoir le premier terme de son traitement,
(1) Foyez le tcxtc'dc ces arlicics, plus haut, page 1S3.
)) s'il ne rapporte an receveur du tllsiricl l'extrait de h\ » prestation devant sa niniiicipalilé, (rêlre fidi'le à la nu- » lion, de viaintenir la liberté et V égalité, et de nioiii ir en ); les défendant. » Les relip,iensesqni sont, par cet article, formellement exceptées de la nécessite dn serment, ne larilèrent pas à y èlr«î assujetties, par les décrets dn 3 octohre 1793 (l). De pins, charpie memhre, même dvs commnnaulés de femmes, était lenn de déclarer s'il avait pris ou reçu cp;el(jnes sommes, ou parta.f^é quelcpies elïets appartenant à la congrégation : il ne jiouvait emporter que les effets qu'il prouverait avoir appartenu à son usage personnel et exclusif, toutefois après avoir obtenu la permission de la municipalité du lieu. On voie facilement qu'on prenait des précuuions j)our n'avoir à jxiver que le moins possible : on niait tour moven de subsistance à ■des hommes honorables, à des (îlles dévouées, dont un si .grand nombre avait consumé leur vie au service des pauvres-, en leur assurant une apparence de pension, on y mettait des conditions telles qu'il élait ai>é de prévoir que le plus grand nombre ne pourrait les remplir. ■'.<■ [[C'est alors surlou.t qu'un vandalisme inouï dissipa les richesses de tout genre accumulées dans tant d'églises, de monastères, et de maisons religieuses. La vente des biens fonds mis à la disposition de la nation s'exécutait partout, et donnait lieu à bien des déprédations ; mais du moins le .sol demeurait, et pouvait élre une source de richesses : le marteau et la hache allaient renverser tant d'édifices .sacrés; mais tous les matériaux n'étaient pas anéantis:
(') [[Nous riterons ici l:i loi du 3 ocloliic 1T93 : on r(.nia!f|iicra le slyle t^vossicr de iV'pof^iic. « I. Les filh-s aU;uli<H\s à des ci-devant cc)ni;r(ga!ions » de Itui- sexe, et eiiiplojées au service des pauvres, ou à l'iiisti action, qui » n'ont pas prèle le serment délenuinc par la loi, sont dès cet instant dé- » chues de toiilcs fondions, tl. Celles qui seraient exclues des fondions pour » n'avoir pas pieté ledit serment, ne recevront aucune pension de retraile. » IH. I-es cor|)S administratifs sont tenus, sous leur responsabilité, <lc faire » remplacer lcsditesy///C5, par des citoyennes connues par leur lUlac/te- » înent à la rci'olulion. » Un autre décret du 29 décemlire n'est pas moins rigoureux.]]
une infinité d'objels uniques en leur genre, les uns consacres par la vénérallon des siècles, comme tant de précieuses reliques et d'ornements, les autres regaidés comme inestimables au point de vue de l'art, comme tant de tableaux, sculptures, vases ricbemenl décorés; d'innombrables ressources nécessaires à la science, livres, manuscrits, monuments de tout genre: voilà ce qui était destiné à une perte irréparable. Tout fui d'abord livré à des mains ignorantes et non moins cupides, et bientôt après l'impiété et la baine des institutions anciennes s'acbarnèrenl à la dcstruclion. La loi, que nous veno::s de citer, ordo-mail qu'i/ ne fût touché sous aucun prétexte au-r nieub/es, argenteries, libres communs, 'vases et ornements d'église. Les districts et municipalités, devaient en faire linventaire, et veiller à leur conservation, jusqu'à ce qu'il en fut disposé (l). Malgré ces réserves, la dévastation, qui avait déjà commencé depuis 1790, devint presque générale; et elle marcba d'autant plus rapidement que de nouvelles lois faites en baine de la religion vinrent de jour en jour la favoriser et même la prescrire ('2).]]
(1) Articles XVil et XVIIÏ du titre v de la loi du 26 août
(2) [Sous la date du 4-14 scjjtembre, nue loi rendue par la même Assciublée ordonne « (jne les oriicnienls tissus d'or et d'argent fin, les galons et » broderies détachées des étoffes, soit des églises catliédrales et collégiales- » converties en éi^lises paroininles, soit des congrégations et associalions » supprimées, seront adresses au directoire de la monnaie le plus voisin; » ces ornements seront lirûles, et les cendres converties en lingots ; il en » sera usé pour constater le litre, ainsi (ju'il a été prescrit par les décret» » du 3-27 mai et 3 juin 1791, foiir les U/ii^ols pvoi'enanl de la fonte de » l'argenterie des églises supinimées. »
On paraissait faire quelipies concessions en faveur des églises conservées pour les paroisses (il n'y en avait plus d'autres); mais bientôt elles furent léduites el!es-mèmes à la pauvreté la plus extrême. La même loi, du 4-1 'i septembie, statuait que, « à compter du ler janvier 1793, les citoyens » dans cluque municipalité ou paroisse, aviseraient eux-mêmes aux moyens D de pourvoir à toutes les dr-penses du culte, auquel ils sont attitc/it's, M autres (]ue le tiailement des ministres du culte catholique. » Les lois de la Convention all»^rent bientôt plus loin, spolièrent absolument les paroisses, et firent vendre tout le mobilier, briser les cloches, etc. On est effrayé quand on lit ce qn'un auteur récent a rassemblé de détails très-précis sur li'S effets du vandalisme dans un seul département. [Le clci gé du déparie~ ment de l'./isnc, par M. Henry.)]]
A.N.NEE 17i)2. 2H
— Le 26 aoiil. Nouvelle loi de déportatiûk coktre les vuÈinES ^oN ASSER.MENTÉS. Dcs Ic lOiioùl, aussilol que l'Asscmbléo Icgislalivc s'élail emparée de (uns les pouvoirs, elle avait anèic (pic ceux de ses décrets qui n'avaienl pas roç'J la sanction royale, n'en auraient pas moins force de loi. Il était évident qu'on avait suitont eu en vue le décret de déportation rendu le 27 mai. IM.iis dc'-jà les Jacobins tiouvaienl cette loi trop douce; il fallait y ajouter de nouvelles rigueurs, cl l'étendre à des prêtres qui n'y étaient pas compris. Tel fut l'objet de la nouvelle loi, dont voici les principaux articles : u L'Assemblée nationale, considéranl » que les troubles excités dans le royaume par les prêtres » non assermenléssont une des premières causes du danger )) de la patrie,... décrète :
)) I. Tous les ecclésiastiques, qui étant assujettis auser- )) ment prescrit par la loi du 20 décembre 1790, et celle » du 17 avril 1791, ne l'ont pas prêté, ou l'ont rétracté, » seront tenus de sortir, sous huit jours, des limites dudé- )) pnrleracnl de leur résidence, et dans la quinzaine liors » du royaume. » (On a remarqué avec raison qu'il n'était plus question dans cette loi du serment civique, prescrit en 1792. Dans le fond, il était j)cu naturel qu'après avoir convoqué une nouvelle Assemblée constituante, on exigeât le serment de maintenir l'ancienne constitution. )
« II. En conséquence, cliacun d'eux se présentera de- » vaut le directoire du district, et à la niunicij)aliié de sa )) résidence, pour y déclarer le pays étranger dans lequel » 11 entend se retirer; et il lui sera délivré un passe-port -» qui contiendra sa déclaration, son signalement, la route )) qu il doit tenir. « Lu décret rendu qtiebjues jours ajirès, le 17 septembre, défendait aux piètres de se rendre dans aucun des pays en guerre avec la France: c'était, en les bannissant, leur fermer une grande partie de l'Europe.
(i III. Passé le délai de quinze jours ci-devant, pres- ^) crii, les ccclé.Mastiques non assermentés qui n'auraient » pas obéi aux dlspo:;itions précédentes, seront déportés à )• la Giivane française: les directeurs de district les fe-
212 ANiNÉE 1792.
» ront arrêter et conduire de brigade en brigade aux » ports de nier les plus voisins.
» IV. Ceux ainsi transférés, et ceux qui sortiront vo- » lontairemenl en exécutiou du présent décret, n'ayant » ni pension, ni revenu, obtiendroiit chacun tiois livres » par journée de dix lieues, pour subsister pendant la » route. » (L'Assemblée ne s'occupât pas de la manière dont ils pourraient subsister sur la terie étrangère.)
u V. Tout ecclésiastique qui serait resté dans le royaume, » après avoir fait sa déclaration, ou qui rentrerait après )) être sorti, sera condamné à la peine de détention pen- » dant dix ai.s.
» VI. Tous autres ecclésiastiques non assermentés, sécu- )) liers ou réguliers, prêtres, simples clercs, minorés ou » frères lais, sans exception, ni distinction, quoique n é- » tant pas assujettis au serment par les lois des 26décera- » bre 1790 et 17 avril 1791, seront soumis à toutes les » dispositions précédentes , lorsque par quelques actes )) extérieurs, ils auront occasionné des troubles venus à la » connaissance des corps administratifs, ou lorsque leur » éloignement sera demandé par six citoyens domiciliés » dans le même département. » La cruelle rigueur de cet article ne pouvait être palliée : il s'agissait dos prêtres 720,^ assujettis au serment, et cependant pour obtenir leur exil, sans aucune forme de jugement, on se contentait de la demande de six citoyens domiciliés dans le département; on était bien assuré que cette demande ne manquerait pas. Ce fut en vain qu'un député, Claye, invitant TAsscmblée à ne pas s'avilir par une loi atroce, proposait de ne punir que ceux qui auraient troublé l'ordre public ; en vain un autre, Baucairon, demandait qu'on exceptât ceux qui avaient prêté le serment de liberté et d'égalité : on parut craindre que quelque prêtre fidèle n'échappât à la proscription.
« VIII. Sont exceptés des dispositions précédentes, les )j infirmes, dont les infirmités seront constatées par un )> oiîicier de santé nommé par le conseil général de la
» comimiue. Sont pareillement exceptés les sexa^jénaircs.
» IX. Tous les ecclésiasliqnes d un mèiiie déj)arlenicnt » qui se trouveront dans le cas des exceptions j)ottées par )) le préc(''dcnt article, seront réunis au chef-lieu de dé- » parlement, dans une maison commune, dont la munici- » paliléaura l'inspection et la police. » C'était évidemment condamner à nne dure prison ceux à l'égard desquels on paraissait vouloir conserver quekjue resle d'humanité.
— Le 29 acût. Visites domiciliaires a Paris; arrestation GÉNÉKALE DES PRETRES I^'SEUMEjNTÉS : PRÉPARATIFS DES
massacres. La loi cruelle que l'Assemblée législative venait de rendre ne suliisait pas à l'ardeur sanguinaire de la Commune de Paris, agissant de concert avec le ministre de la juslicc, Danton. Déjà la guilloline avait été installée sur la place du Carrousel, et un tribunal martial, établi le 17 août, portait contre les défenseurs du trône des sentences que suivait une prompte exécution : mais ces formes, qui conservaient quelque apparence de la justice, étaient trop lentes : c'était par des massacres que la faction qui voulait s'emparer du pouvoir, voulait engager dans ses intérêts le peuple, et l'on sait assez ce qu'on entendait par le peuple. Pour y arriver, il fallait avoir des victimes nombreuses qu'on pût lui livrer : tel fut le but des visites domiciliaires, que la Commune de Paris fit faire dans la nuit du 29 au 30 août : p;u' ce moyen, sous prétexte de rechercher des armes, elle fit pénétrer des agents dont elle était sûre, dans toutes les maisons, pour saisir et emmener captifs ceux qu'on se proposait de livrer à la mort. Dans la foule de personnes honorables qui furent ainsi arrêtées, on compta un assez grand nombre de prêtres; les prisons des Carmes et de Saint-Firmin se trouvant déjà pleines, ce fut à l'Abbaye Saint-Germain et à la Force qu'on les conduisit. On arrêtait également à la municipalité les prêtres qui s'y présentaient pour avoir des passe-ports afin d'obéir à la loi de la déportation ; on y ramenait ceux qui partaient, à mesure qu ils se présentaient aux barrières. Pendant ce temps, on échauffait la populace par les bruits les plus absurdes : on leffrayait par la supposition d'une
conspiration tramée parmi les prisonniers. On lui inculquait qu'avant d'aller combattre les ennemis du dehors, il ne fallait pas en laisser derrière soi d'autres, qui égorgeraient les femmes et les enfants. L'entrée des Prussiens en Champagne servait à exalter les tèles : les motions les plus violentes étaient proposées sur les places publiques et dans les carrefours ; c'étaient les autorités elles-mêmes qui dirigeaient les agitateurs, ou les secondaient : le ministre de la justice, Danton ; le maire de Paris, Pétion ; le procureur de la Conjmune, Manuel ; son secrétaire Tallicn ; Billaud-Varennes, son substitut; Santerre, commandant de la garde ssationale, les membres influents du conseil, Legendre, Sergent, Panis, el d'autres noms obscurs, préparaient une catastrophe; on la voyait approcher sacs prendre aucune mesure pour la détourner. L'Assemblée nationale envisageait bien avec effroi les entreprises audacieuses d'une Commune évidemment usurpatrice et menaçante pour sa propie sécurité : elle essiya en vain de la dissoudre, tout en louant son zèle(l). La Commune, soutenue ouvertement par le club des Jacobins, disposant seule de la force armée existant à Paris, put organiser le massacre, et nommer un comité d'exécution et de surveillance chargé de présider à toutes ces horreurs (2).
(1) [[Les (K-rnier.s jours d'août sont marqués par la lutte entre la Commune et l'Assembler. Celle-ci avait rcnihi deux déciels coiilradictoiies : elle avait déclaré que la Commune provisoire avait bien mér.lé de la patrie; cet éhîge se rapportait surtout au dix août; puis elle avait ordonné a cette Comn.une de se dissoudre. Un des monuments les plus curieux est l'apologie de ses actes que la Couimune vint faite le 31 août: (die était représentée par Pétion, maire; el Tallicn était l'orateur: « Tout ce que nous avons fait, le peuple » l'a reconnu; nous étions chargés de sauver la patrie, nous l'avons juré; B nous avons cassé une municipalité feuillantine, jioi.s avons fait arièter » les conspirateurs; nous avons chassé les moines et les religieuses.... Nous s avons fait des visites douiiciliaire». Qui nous les avait oidonuées? Vou":. » Nous avons fait arrêter tes prêtres peitui bnteurs ; ils sont enfermés » dans une maison particutière, et sous peu de jours te sol de la liberté » sera purge de leur présence.. » Ces horribles paroles obtinrent des applaudissements.]]
(2) [[Un si grand nom'ore d'auteurs ont développé toutes les circonstances des massacres de septembre, que nous tious croyons dispensés de reproduire ici toutes les scènes <!e ce drame sanglant; nous renvoyons en particulier à l'Histoire de l'Eglise de France, paj M. Jagcr, tome III. ]j
Toiil était si bien arrcié d'avaiicc par ceux cjui avaient résolu cet adreux earnafje, (ju'ils prirent des mesures pour sauver f|uelcpies amis. Danton fit mettre en liberté le vertueux LbomoncI, sous lequel il avait étudié, et qui était détenu à Saint-Firmin ; Hobespierre sauva l'abbé Bérardier, principal du colléîje de Louis-le-Grand, et son ancien maili-c : Tallien, Manuel, Maral lui-même, protégèrent d'autres personnes.
— Le 2 septembre et jours suivants. Massacres a Paris :
CoNTRE-COlI' DE CET ÉVÉNEMENT DAKS LES PROVIRCLS. Le
matin du 'X septembre (c'était un diu)ancbe), le bruit de l'arrivée de l'armée prussienne aux portes de ^erdun commença à se répandie. La Comuiune publia une proclamation où elle appelait tous les citoyens aux armes \ on sonna le tocsin; on lira le canon d alarme; on ferma les barrières-, on décbaîna les bordes féroces des ISIaiseillais, des autres fédérés, des brij^ands tirés des prisons : on les arma de massues, de pitpies et d'instruments de t(jut genre; on les soudoya; on mit l'assassinat à un vil prix, qu'attestent d'une manière auibenti(juc les comptes de ces effroyables journées.
Au troisième coup d'alarme (c'était le signal convenu), on fit partir les prisonniers arrêtés dans les visites cloiniliaires, et détenus h THôtel-de- Ville , eu trois colonnes, dont Tune fut dirigée vers l'Abbaye, uneautre vers la Force, la troisième \ers la Conciergerie. C'est à l'Abbaye que commença le massacre. Avant même que les prisonniers qu on y conduisait fussent arrivés, ils prévirent le sort qui les attendait : ils furent, le long de la route, menacés et frappés; et quelques-uns d'eux furent immolés. C'était le prélude du spectacle d'borreur que devait oITrir la cour de l'antique monastère. On y égorga les malluureux prisonniers, au milieu d'un désordre indicible. Des connu issa ires de la Commune ou des sections présiilaient à la sanglante exécution : Peiip'e, disait Billaud-Varennes, revêtu de l'éebarpe municipale, ta inunoles tes ennemis, et tu fais tonclei'oir. On avait commencé par les prisonniers amenés
210 ANiNEE 1792.
de rHrjiel-dc-Yillc : mais beaucoup d'autres élaient détenus dans l'Abbaye transformée en prison ; les assassins les demandaienlà grands cris. Un des hommes les plus sanguinaires de l'époque, Maillard, lit au peuple un ordre formel, signé des administrateurs de la Commune, qui leur prescrit de juger sans désemparer tous les prisonniers de Vyibbaye, à Vexccption de lahhè Lenfant^ qui doit être mis en lieu sûr (l)-, exception qui ne put, du reste, sauver les jours du célèbre orateur : puis choisissant douze jnges parmi ces brigands couverts de sang, il enforme une sorte de tribunal, dont il est le président; on se saisit des livres d'écrou ; on appelle successivement les détenus; après une apparence d'interrogatoire dérisoire, on les immole presque tous, avec des circonstances qui font frémir (2).
(1) [[L'exception en faveur du P. Lenf;int, ancien jésuite, qui était .spécialement l'oijjct de la Iiaine des révolutionnaires (ils le croyaient confesseur du roi), s'expli(|ue p:irce (jue son frère était à la Commune membre du ccmité d'exécution. Maillard, qui ne comprenait pas le motif de cet ordre, chercha néanmoins à l'exécuter, et fit séquestrer le P. Lcnfant. Le 5 septembre, on travaillait à le faire sortir; et l'on croyait avoir dejii réussi, lorsqu'il fut reconnu dans la rue de liussy, ramené à l'Abbaye, et immolé. ]
(2J Parmi les ecclésiastiques f|ui ])érireut à l'Abbaye, nous nonimerous, outre le P. Lenfant, les abbés de Rastignac, grimd vicaire d'Arras, et ancien meuibie de l'Assemblée constituante, connu par des écrits oii il conibattait. les mauvais principes; de lioisgelin, neveu et grand vicaire de l'aiclievcquc d'Aix; Roycr, curé de Saint-Jean en Grève.
Le nombre des prêtres immolés à l'Abbaye est différemment apprécié par les divers auteurs. M. Guillon, dans les 3Iartyr s île la Foi, croit (|u'il y en eut au moins ([uarante; les ytnnalcs religieuses, tome I, Jiage 2'tO, »n portent le nombre .à environ soixante; M. Jager, dans l'Histoire de r Eglise de France, dit qu'il y en a quatre-vingt-six de connus.
Le plus illustre de ceux qui échappèrent à ce massacre est l'abbé Sicard , l'instituteur des Sourds-Muets; il était du nombre de ceux qui étaient détenus à rilôtel-de-Ville. Les sourds-muets, ses élèves, présentèrent à l'Assemblée nationale une touchante pétition pour obtenir sa liberté; l'ordre fut donné de l'élargir, mais ne fut pas exécuté. Conduit avec les autres prisonniers à l'Abbaye, il fut d'abdrd sauvé par un horloger qui le reconnut; puis après avoir été témoin pendant deux jours des scènes les plus alTreuses ,, il fut enfin délivré par l'intervention de plusieurs députés. La Relntion qu'il a publiée, est un des monuments les plus authentiques et les plus intéressants : elle est insérée dans l'Histoire parlementaire, tome XVIII. On cite aussi comme ayant échappé au carnage de l'Abbaye, les abbés Godard, vi— caire'géncralde Bourges, Simon et deSalamon, depuis évêques deSaint-Flour.
On varie également sur le nombre total des victimes de l'Abbaye. M. Ja-
ANiNEH I7!)2. 217
Le iiicnie jour, et j)rcsc}ueà la nièaie lieiirc, le niassiicre coiDiiieneaii aux Cannes 5 et les pièlres fidèles y reçurent le martyre, avec un eouragc et une patience, qui rappellent tout ce que l'iiisloire ecclésiasii([ue offre de plus louchant. (Nous nous abstenons à rcîjret d'entrer dans des dé'lails ([ui se trouvent partout.) On en innnola d'abord un certain nondjre dans le jardin, où on les avait fait descendre, et dans l'oratoire qui se trouve à rextrémilé du même jardin, et cpii ofli'e encore des tiaces si nondireuses de leur saufjf (ce lut dans le jartlin (jue lut immolé rilluslre archevêque d'Arles). Après qu'on eut fait rentrer les autres dans ré.olise, on constitua, selon les ordres venus de la Commune, une sorte de tribunal formé des assassins euxmêmes : on appelait dehors les prêtres deux par deux: à mesure qu'ils anivaient, on prononçait leur sentence, el ils^ tombaient aussitôt sous les j)iques et les poi.jjnards. C'est ainsi (ju'avec les deux frères la Uoehefoucauld, évècpiesde Saintes el de Potiers, périrent au moins cent cincjuanle prêtres, et un laï(juet[ue la ferveur et l'amitié avait porté à partager spontanément la captivité de son directeur. Une trentaine de prisonniers parvinrent à s'échapper (l).
ger, Hislcirc de l'Eglise, loiiit- lit, ]);!f;e o'i9, «lit <|ue les listes olTiciclU's les portent à ileu\ cent-sei/c ; VHisloirc purlrniriiOiirr, toiiu" XVII, i);it;c 415, ne les |iorlc (ju'à cent viiigt-tleiix reconnus. On ])()ssè«!e encore le lii'i e d'ccion, lionibleinent maculé, et oii se trouvent ii coté des noms des condamnés, desnotes sur leur exécution ou leur mise en liberté. Parmi les viclinies, on compta trente-huit Suisses et vinijt-cinq gardes du roi immolés eu masse. Parmi ceux «jui furent mis eu liberté, par le jugement du peuple, ou coiin:iît surtout (ie Somlireuil, gouverneur des Itualides, et Cazotle, «jui fuient l'un tt l'autre sauvés par l'iiitérét ([u'inspira le dévouement de leurs (iiles.
(I) On n'est pas d'accord sur le nombre des martyrs des Carmes. Uii état mortuaire de lllotel-de-\ille le porte seulement :i cent vingt : mais il paraît manilestement iucoini)let. I/auteur des Mmlyrs de la Foi, lomi; III, page 103, pense (|u'il v avait dit moins cent soixaute-trei/.e jirètres dct.'nus, dont trente environ ecliappéreut. [[Le jour mèuie du massacre, dans la séance du soir, Faucliet, évècjue du Calvados, disait à l'Assemblée nationale c|u'on venait d'egor^cr aux Carmes i]i\\\ cents prèlres , et ce nombre n'est pas exagéré, dit iM. Jagi r, parce (|Me plusieurs j)rètres arrêtés dans les dtrniers jours n'avaient pas été inscrits. ]
Paru); les prêtres immolés aux Carmes, nous nommerons l'abbé Hébert, général des Eudihtcs, cjui était dc\cnu le confesseur de Louis XVI, après que
218 ANiNEE 1792.
Ce fut le lendemain, 3 sepleinhre, que, sous la direction tJescotHniissalrescle la Commune, les n^émes horreurs s'accomplirent au séminaire Saint-Firniin, rue Saint- Victor, oii avaient élé enfermés quatre-vingt-onze prêtres et un ancien militaire^ les assassins se précipitèrent sur eux le sabre ou la pique à la main ; et après les avoir frappés, ils les jetaient ensuite par les fenêtres dans la rue, où d'autres les achevaient (l). Des scènes non moins liorribles eurent lieu dans les autres prisons de Paris, à la Conciergerie, aux Bernardins, au Pont au Change, à la Force ^ dans des maisons de détention, dans des hospices même, comme à Bicêlre, à la Salpêlrière, dans les rues et dans les places publiques. Ce n'était pas seulement des prêtres,
Poiipart, ciirc de Snint-Eust;irlie, eut prrtc le Sfriiicnt; trdis abhcs de Tlicranie , qui elaitnl vicaires y;ént'raux, de Toulon , d'Arles et Blois ; de Clicvreiix, i;tiural des Cénedietins , l'ablié Menuiet, supérieur des prêtres de S;iiul-Franç'iis-de-S lies ; l'abbe Bonnaud, ancien Jésuite, connu par d'utiles ouvrages, dcuze prêtres du séminaire Sainl-Sulpiee, eîc.
l^aruji les ecclésiastiques échappés au niassacie, on doit citer surtout les al)bés de la Tannerie el Berlhelet, qui, a\}tèi^ avoir échappé comme par miracle, ont laisse ehaeiin une relation des évétiemenls jjas-^és sous leurs yeux ; la relation du premier a été recueillie par Barruel, dans son /Hitoire du Clergé, celle du second par Guillon, dans les Martyrs de la Foi. On ne peut puiser à des sources plus auihcnli(|ucs.
(1; Dans le noinl)re des victimes de Saint-Firmin, nous citerons les ahbcs de Turmemis et de Kerenriin, l'un grand maître et l'autre proviseur de Navarre ; Gros, curé de S.iiul-NicoIas-du-Cha;donnet (c'était sur sa paroisse que le massai re avait lieu); Aiidrieux, supérieur du séminaire de Saint- Nicolas, et plusieurs prêtres de sa comnnin;iuté ; François, supérieur du séminaire S.iiiil-Firiiiin, el plusieurs i>ré!res de cette maison ; les deux frères Guérin du Rocher, anciens Jésuites, dont le cadet Robert-François est plus connu par sou fli.-loiie vérilnhle des leni})s fabideit.r ; Bocluit et Félix, l'un supérieur et l'autre procureur de la maison des Doctrinaires; Moufle; vicaire de Saint-Mer; y ; Potier, Fudiste, supérieur de la maison de Rouen, etc.
Dix-sept prêtres échappèrent au massacre. On compte parmi eux le vertueux lihoiioud, professeur émerile au collège du cardinal Lemoine, et que Danton sauva du massacre; le physicien Maiiy, qui fut réclamé par l'Académie des sciences; Laurent, depuis curé de Saint-Leu; Bnulangier, Lazariste, qui fut sauvé par un garçon boucher. M. Hubault-Malmaison, aujourd'hui curé de Saint-Louis en i'île, est le seul qui vive encore (1856). On peut voir sur le massacre de Sainl-Firmin, une relation insérée dans les Jnnalcs religieuses, publiées chez Le Ciere en 1790. [[M. Picot en était le principal rédacteur.]] royez aussi les Martyrs de la Foi, tome I, page 203, et l'Histoire souvent citée de M. Jagcr.
ANNKE no 2. 21!)
mois des pcrson: es de loutcs les coiuliiions, des ieninies, des enfants, de siinj)lcs piévenns, des fjal(';iiens, des iniligenls et de pauvres aliénés qui étaient éjjorgés, avec les circonstances les plus révoltantes (l).
Fendant que le sang coulait à Paris de tontes puis, le 3 septembre, le comité d'exécution et de suiveillance de la Commune de Paris adressait h toutes les municipalités de la France une circulaire atroce, où on lisait cette horrible exhortation au massacre. « La Commune de Paris se » hâte d'informer ses frères de tous les départements » qu'une partie des conspirateurs féroces détenus dans les )) prisons a été mise à mort par le peuple ; actes de jus- M tice, qui lui ont paru indispensables pour retenir par la )) terreur les lésions de traîtres renfermés dans ses murs, » au moment où il allait marcher à l'ennemi ; et sans w doute la nation s'empressera d' adopter ce nto) en si » utile et si nécessaire ('2). » Peu coniente de cette missive san.";uinaire, la Commune envoya en didéienls lieux des émissaires chargés d exciter au meurtre. Il faut que l'horreur générale que soulevèrent les exécutions de Paris ail été bien profonde, pour que cet exemple n'ait
(1) Des noiiilircux prisonniers qui étaient entasses «l.nis la prison de la Force, on ne connaît (|ue deux prêtres qui écliapjièrent, en prèlaiil le serment de libellé et d'égalité. Ce furent MM. Rt rtraml, conseiller au grand conseil, et frère du ministre Bertrand de ÎMolti ville, et l'iausl , curé de Maisons, près l'aris. [[On voit par une lettre très-curieuse du dernier, citée par M. Jag< r, tome III, page 520, qu'il y avait dans la prison dix h douze prêtres.]] On ne connaît que les noms de trois (lui ])érir<nt, laMie lioltex, curé de Nenville-sur-Ain et député i» l'Assemhlée constituante, La Gardette, vicaire de Saiiit-Gi rvais, et l.alivan, ancien Jésuite, <|ui était, dii-on, confe.'seur de madame de Lainhalle. (^'est à la Force ijne (ut massacrée cette princesse, dont la tète sanglante fut présentée au Temple avec un horrible ralTincment de cruauté.
[ I^e nondtre total des victimes des sanglantes journées est porté dans les listes ollieielli s ;i quatorze cent cinr|uaiite-liuit : niais il parait certain que ce nombre est au-dessous de la réalité. On peut porter .à ([uatre cents le nombre des prêtres qui périrent à Paris.]]
(2) Une provocation si directe à l'assassinat était signée : « I):i|)laix, » Panis, Sergent, Lenl'ani, Jourdeuil, Marat, l'tt/ui du peii/ile, Delorgues, » Leclerc, Dusor, Cailly, constitues par la Coininiinc et séants a la mairie. » La lettre était contresignée par Danton, ministre de la justice. (Papon, //jitoire lie lu rcvolution, tome IV, page 277.)
pas clé Imilc dans tant de lieux, où d'ailleurs l'animosité h plus violente existait contre les prêtres fidèles. Ils produisirent toutefois d'affreux résultats.
Dès le 3 septembre, des scélérats cpii avaient élé envoyés de Paris à Reims, allèrent arrêter dans une campagne auprès de celte dernière ville, Pabbé de Loscurc, grand vicaire du diocèse et grand archidiacre, et l'abbé de Vachères, clianoine de la cailiédrale. Ils voulaient, disaient-ils, les mènera Reims pour qu'ils prêtassent devant hi municipalité le serment de liberté et d'égalité; mais ce n'était làqu'un pîétexfe; car à la manière dont on les traita pendant le trajet, ils durent prévoir leur sort. Arrivés ;c Reims, ils furent accueillis par les cris d'une popidace effrénée, et à peine entrés dans la cour de l'hotel-de-viilc, ils furent frappés de coups de sabres et assommés sous les yeux de l'autorité (1). Rientot il fallut de nouvelles victimes à ces tigres altérés de sang. On arrêta deux prêtres, l'abbé Romain, curé doyen de Chêne, et l'abbé Alexandre, chanoine de Sainl-Symphorien h Reims. On ne voulait, disait-on, que leur faire monter la garde ; mais bientôt on les mit en prison, puis on les tira avec fureur pour les traîner à l'holel-de-ville. Là le curé Romain fut percé de coups. L'abbé Alexandre était réservé à un plus long supplice; on forme un bûcher, on y étend le malheureux chanoine, la flamme l'entoure, et une multitude barbare se repaît de ce spectacle atroce. Ainsi se termina la journée du 3 septembre. Le lendemain vit deux nouvellesvictimes. L'abbé Paquet, curé de Saint-Jean de Reims et doyen des pasteurs de cette ville, fut arrêté, traîné h la municipalité, refusa le serment de liberté et d'égalité, demanda, avant de mourir, à embrasser son assassin, et
(1) Dans le Mcnioire sur l'état de l'église fie Reims inséré dans l(i Annales cnlliuliqucs, tome III, )):ige 24, il est dit (jiie les ahbés de Lcscure et de Vachères oUVirent de i)ièter le serment de liherté et d'égalité à l.i campagne, ou on alla les arrêter. L'auteur des jUailyis de la Foi dit, au contraire, qu'ils le refusèrent. Dans l'un et l'autre récils, ou suppose ccpendauit qu'on ne connaissait pas encore alors .à Reims le décret de l'Assemblée qui prescrivait ce serment.
ÂNNliE 170-2. 221
tomba percé de coups. lAibbc Suny ciuc de Killy-la- Montagne, avait d'al)Oid lall le serment, mais l'avait ensuite rétracté par les conseils de l'abbé INupiel ; il était âge de (jualre-vin.jjls ans, il n'en fut pas moins arrêté et smiiiolé sans piiié.
A jMeanx, on avait arrèié, après le 10 août, sept prêtres du diocèse, Duebesne , curé de; Siiinl-Nicolas de ÎMcaux, David, curé de Yillers-sur-lMarne, Gandin, curé dMlautcfeuille, Hébert, curé de Ségy, Lasquin, cbapelnin de la ealbédrale, Capy et Meij^nen, dont on ne dit point (pielles étaient les fonctions. Ils avaient tous refusé le serment, et furent tous misa mort le -i seplcndire (!).
Versailles est ti'op voisin de la capitale pour écbapper a son influence. Cette ville ressentit bientôt le contre coup de la révolution du 10 août. On arrêta plusieurs prêtres qui furent enfermés dans le bâtiment dit les Ecuries de la reine. Ils furent livrés aux assassins le 8 septembre (2). Ce massacre ne précéda que d'un jour celui des prisonniers de la baute-cour d'Orléans, qui furent amenés à Versailles dans le but le plus perfide. Parmi ces prison- Tîiers était M. de Castellaue, évêque de Mende. Il avait refusé le serment comme tous ses collègues, et avait engagé un de ses curés à le rétracter. Dénoncé pour ce fait à l'Assemblée législative, il fut mis en accusation, et arrêté
(1) La iminicipalité de Alcaiix a jinMi.' depuis iiii mémoire pour se .justifier de CCS assassinats. Il est dit, dans ce niciiidire, qu'on avait voulu Caiie uarlir les prêtres prisonniers pour Melun; mais cpiMs s'y refusèrent, (|uc le 4 au matin arrivèrent des gendarmes de Paris (|iii voulureiil se faire ouvrir in prison; qu'on résista d'ahord, m:ns (|ue l'exaltatiou du peuple et la eonniveiue d'un oITicier de la i^arde nationale di'terrninèrent le massacre. Du Teste la iiiunli i|):ilité remaripie que quatre des jiiineipaux meurtiievs furent ensuite condamnés .a mort; un autre fut eoudaniné à vingt ans de fer et fut a.'sassiué par les prisonniers mèuie (|ui avaient horreur de lui : un autre mourut en prison. [Fojez \\n extrait de ce mémoiie dans les Martyrs ac ht Foi, tome IV, page 107.)
(2) Un de ceux qu'on arrêta les i)ren;iers fut l'ahhé Clallois, Lazariste, sacristain de la cliaijelle du roi; on se saisit aussi de l'alihé Gruyer, autre Jia/arisic, du clergé de la paroisse Notre-Dame.
L'auteur des Mnityri de la Foi croit qu'il y eut plusieurs auUcs prêtre* immolés avec eux; mais il n'a pu en découvrir les iiou^.s.
à Dornians en Champagne. L'Assemblée décida qu'il sérail traduit devant la liaute cour nationale établie à Orléans. Le prélat y fut donc conduit et y passa liuit mois, attendant toujours son jugement. Au commencemenl de septembre, la même Assemblée avait arrêté que les prisonniers scraienlcondiiitsàSaumur : maisau lieu delesdiriger de ce côté, on leur fit prendre la route de Paris. Lu homme atroce, Fournier, dit l'Américain, qui avait pris part aux massacres de seplembre, était à la tète de l'escorte. On dit qu'arrivé à Etampes, l'évéque de Mende confessa tous les prisonniers, lis furent massacrés à Versailles le 9 septembre an nonibre de quarante-quatre (l).
Les recommandations de la Commune de Paris produisirent aussi leur effet à Lvon : trois prêtres furent arrêtés, Guilharmet, curé de Baucins en-Bresse, Lanoix, chanoine du deuxième ordre à Lyon, et Reguy, prêtre du diocèse. Ils furent égorgés le 9 septembre, avec des circonstances qui font frémir. On peut encore regarder comme une suite des mêmes provocations, le meurtre de deux curés, René, curé de Limay près Mantes, et Bessin, curé de Saint-Michel, diocèse d Evreux, qui furent massacrés dans leurs propres paroisses, l'un le 5 ou le 6 septembre, et l'autre le 9.
La loi de déportation rendue le 26 août commençait k s'exécuter dans les diverses provinces ; les prêtres non assermentés allaient demander des passe-ports dans leurs municipalités, sans se dissimuler les dangers qu'ils cou^ raient sur les routes, au milieu de populations égarées par des agitateurs, par les bruits les plus sinistres, par l'exemple de ce qui venait de se passer à Paris. Ils s'acheminaient vers les pays étrangers 5 ceux des provincesdu Nord se dirigeaient généralement vers l'Angleterre ou l'Allemagne; ceux du Midi vers l'Italie ou l'Espagne, beaucoup aussi
(\) Nous nommprnns, oiilrc IVvèqiic de Mende, le duc de Brissac, et de Lessart, ancien niiiiistic de Lmiis XVI. (/ ove: une relation du massacre dans les CoiifeSiCiirs de la Foi, (orne I'^'', page I2i.)
passalonl en Suisse. In grand nombre ne parvinrent à la fronlière fju'apièsavoir courn de grands péiils : mais d'antres n'y arrivèrent pas, et furent massacres sur la roule (l). Indépondainmcnt de ces scènes sanglantes, il y eut en plusieurs lieux des rassemblenienls et des émeuli s contre les prêtres qui ob'-issaient au décret de déporiaiion. Quatre-vingts prêtres du diocèse de Bayeux étaient réunis à Port-en Dessin, attendant le moment de s'embarquer 5 un misérable curé consliluiionnel excita contre eux la populace, et tout f.iisait craindre de déplorables excès, quand des commissaiics envoyés de Bayeux parvinrent à apaiscr le tumulte; on laissa 1rs proscrits gagner le village des Bennières, où ils (rou\èrent un accueil bien dilTérent et les lacililés de s endjarquer pour rAnglelerie. A Grandville, des prêtres qui arrivaient des prisons de Domfront, rencontrèrent des dangers dont ils ne furent délivrés que par le dévouement d'hommes courageux. Cependant un prêtre du pays, J. Labrousse, fut massacré au moment de s'embarquer pour Jersey. A Quillebeuf près Rouen, on
(1/ Quatre pièircs (tiiirnt partis ensemble; t'étaient les al)l)és Lelièvre, d'Alençon ; I.oiseaii, <lu diocèse du .Mans, et les deux fiéres Martin du Puisereau -, ils traversaient la Normandie pour se rendre au Havre, lorstiue arrivés h Gacé, le peuple s'ameuta ; on voulut leur faire prêter le serment, et sur leur refus, iU furent percés de coups. L'ahl'c Loiseau fut. jeté dans la rivière et retenu dans l'eau jusqu'à ce (ju'il e.xpiiàt. Un père ViUVenihert, cai)Ucin d'.\leu^;on, fut mis à mort le 5 septembre avec dis circonstances atroces.
Deux abbes Segrelin, l'un chanoine d'Orléans, l'autre, .son neveu, supérieur du jielit séminaire de SaiiiL-Sulpice à Clermont, se dirigeaient vers la frontière et pissaient par Louclies, près Autun, a\ec deux autres Sul|)iciens, MM. Lemercier et Aynès. C'était le 8 se])tembri ; la nouvelle des massacres exécutés à Paris avait écliiudé les esprits. On conduisit, les quatre prètris en prison, et là, mairie les eflurts du uiaire, iK fuient assommes. L'.ibbe f'èclieur, curé de Florimond, près Cefort, lut rencontré par des soldats en se rendant h Porrentruy, et tué d'un coup de fusil tiré p;'.r un olfieier; c'eU-iil le 2i septembre, .lise pli Cartier, vicaire de Sainte-Madele'ne à Aix , fut massacré à .\ntibes eu se rendant en Italie; son confrère, Benoît Biriliélemi, î'ttacbe à la même é;;lise à Aix, fut assailli près de la fro!;tière ]i ir des soldais qui l'accablèrenl d'outrages et de coups; on le ]>orta à l'hôpital de Nice, ou il mourut (|ueli|Ues jours après, par suite des mauvais traitements. Un Minime d'Aix, le père Vii;ne, avait été mis.i mori dans cette ville, dès le 27 août 1792, par des patriotes irrités de n'avoir pu le risoudre h f;iire le serment.
arrêta deux embarcations chargées de prêtres; on les força de descendre, et ils pouvaient s'attendre aux plus fliclieuses extrémités, quand des gardes nationaux prévenus du péril arrivèrent de Rouen et imposèrent aux agitateurs (l). On dit qu'à Aiguesmortes en Languedoc, des soldats commençaient à entr'ouvrir un bâtiment où étaient embarqués des prêtres qui se déportaient, et que ceux-ci auraient péri, si Ton n'avait pas arrêté celle tentative inhumaine (2).
Tout le mois de septembre fut marqué par des crimes^ des violences et des cruautés déplorables. Une inconcevable frénésie poursuivait les ministres de la religion ; elle aimait à se rassasier de leurs tortures. On eût dit que ces malheureux proscrits n'étaient plus des hommes, ou plutôt c'étaient leurs assassins qui avaient perdu, en edet, tous les traits de Thumanilé. L'esprit de vertige qui les possédait leur faisait regarder la mort d'un prêtre comme un holocauste digne de leur zèle. Quel démon avait
(1) L'abbé Biston, connu depuis pnv un grand noinlirc d'ouvrages, fut fort exi>osé dans celle circonstance cl ne se lira d'alTaire que par sa j)résence d'esprit.
(2) A Laval, oii nrais avons vu que, les autorités avaient fait enfermer environ quatre cents prêtres, elles se mirent en devoir, immédiatement après le )0 aoiit. de faire exécuter le décret de déportation du 27 mai, que le défaut de sanction du roi avait laissé eu suspens. Ii^lles firent partir les prêtres qui demandaient à être déportés. Il y eut plusieurs départs, même avant le décret du 26 août. Depuis ce décret, les déportations se succédèrent rapidement; mais du moins on y mit dans la Jlavcnne des formes ))1ms douces ijuj; dans les déparlements voisins. Dans la Sarilie et Maine-et-Loire, on conduisait les prêtres comme des criminels. A Laval, ils voyageraient avec des passeports, escortés seulement d'un garde national ou d'un, gendarme. On les laissait même libres quelques jours avant, ]v)ur leurs préparatifs de départ. On les dirigeait sur Granville ou sur Salnt-^Iàlo, d'oii ils passèrent à Jersey. Quelques-uns eurent à essuyer des injures et des menaces; mais on ne se porta contre eux, dit 5L lioullicr, h aucune violence grave. Il y eut un peu moins de «juatre cents prêtres partis de Laval ])0ur la déportation. Le 14 octobre 1792, la maison des Cordeliers fut entièrement evaciiée. Les jjrêtrcs qui y étaient restés et qui ne devaient j)as être déportés furent conduits au couvent des Urbanistes, vulgairement appelé Patience. On y avait déjà réuni les sexagénaires et les infirmes restés jusque-là libres dans la ville; et il se trouva dans celle prison une centaine de détenus, [l'oyez les Méiiioiics de M. BouUier.)
ANiNÉE 1792. 225
(Jonc ainsi souille dans les cœurs cette soif de la ven.o-ennce, cet oubli de toute vertu? Quel génie malfaisant avait rendu si nuconnaissable un peuple van t('' autrefois pour sa bonté? Quelles leçons funestes, quels livres pernicieux inspirèrent tant de férocité, enfanlèrenl l.uil de crimes? Il faut le reconnaître; c'est dans les productions des écrivains irréligieux que l'on trouve le germe de ces excès (l). Conq)arez ces écrits avec les crimes (pie vous avez vus, la doctrine des uns avec les faits des autres, et jugez si les premiers n'ont pas conseillé ce cpic les seconds ont exécuté; si ceux-ci n'ont pas rempli tous les souliails de ceuxlà ; el si la gloire des événements qui nous occupent n'appartient pas dans le fait de plein droit h ceux qui les ont préparés, conformément à ce principe quedes jibilosophes nous exposaient, il y a peu : C est la pensée des sages qui prépare les réi^o/utions polilit/ues, mais cest toujours la bras du peuple qui les exécute.
— Le 20 septembre. Discrets de l'Assemblée législa.-
TIVE EN FAVEUU DU DIVORCE ET SLR LE JIAIUAGE. Cl6tv«E DE
CETTE Assemblée. L'Assemblée législative voulut terminer ses séances par deux décrets qui introduisaient une législation toute nouvelle. Le premier autorisait le divorce. On ne peut passe faire une idée de la légèreté avec laquelle fut votée une loi non moins funeste à la société qu'à la religion et à la morale. Ce fut le 30 août, au milieu des arrestations domiciliaires, qui préparaient les journées de septembre, et que l'AssendDlée laissait opérer sous ses yeux, qu un député, Aubcrl Dubayet, fil entendre le pre-
(I) Parcouicz ers jipgcs oii, avec un air d'insiiirc, riayiial vtiiir les pri'trcs à rboni-ur cl au iin'|)ris. Jet»'/, les yiMix sur c< t allVcux :S',i/>7t-//;<- de la nature, ou l'on tvcite <oiilrc eux tous Us lesscnliiucnts. Piappelcz-vous lant d\'-crits sortis (U- l.t uuMiie école, tant elc ilci I.iuiatious \ iol< nies, tant de lihfllfs ou(ra;;faiils, tant <U- provocations l'aiouclM s, oii on pcii,'uait les prcirts comme (les IVipoiis (laiii;ercux, Lomnie <les ciiarialans al)sur<les, comme <ies ennemis de riiunianite, aux(|nels il lallail cviiitr siii, et <|ue la raison voulait (ju'on eniniu.selill «t qu'on exiei miiidt. Songez à ces vers si connus de Diderot, à ce vœu (le .Meslier (juc l'on rcimprimait d.ir.s ce temps niènie avec un con;nienlairc. [Vi.ycz l'article Dinr.i.oT, dans !:•. Liblc i/iioiiulo^iqtiv, pour 17S4, lonic V de ces Mémoires )