PREMIÈRE ÉPOQUE DU JANSENISME
Le concile de Trente venait de condamner, dans sa sixième session, diverses erreurs de Luther et de Calvin sur la grâce et sur le libre arbitre, lorsqu'il s'éleva de nouvelles disputes sur ces matières dans l'université de
(i) On ne sera pas étonné que nous fassions rentrer dans ce tableau préliminaire plusieurs faits qui ne sont arrivés que dans les premières années du dix-liuiliéme siècle, et dont M. Picot n'avait parlé que sous les années auxquelles ces faits se rapportent. 11 nous a paru nécessaire de mettre plus d'eiisenil)le dans le récit des fats du jansénisme, parce ([ue nous pensons que sans cela la plupart des lecteurs sont exposés h n'en pas avoir l'intelligence. Editeur.
(;') Le lecteur saura peut-être avec plaisir que c'est l'Histoire des cinq Propoiitions, par l'abhe Dumas, qui a été pour M. Picot la première occasion de la composition de ces i)/émoiies • il .ivait d'abord fait pour son usage particulier un petit précis de cet ouvrage; puis ii avait essayé d'y ajouter une sorte de continuation pour le dix-liuilièine siècle : cette es(iuisie ayant paru utile à (|uel(iues amis auxquels il l'avait communiquée, M. Picot résolut d'agrandir son cadre; et peu à peu il fut amené h donner à ces Mémoires la forme qu'ils ont reçue de lui. C'est de l'un de ses intimes amis que nous tenons ces détails.
Le recueil des Nouvelles ecclésiiisliques, feuille hebdomadaire qui avait été destinée à la défense du jansénisme, et qui avait paru de 1738 à 1793, lui avait fourni l'occasion de rechercher la vérité sur un grand nombre de faits. Editeur.
Louvain. Michel de Bay, plus connu sous le nom de Baïils, docteur el professeur en théologie de cette université, commença ver» l'an 1552 h y enseigner, comme étant de saint Augustin, plusieurs propositions qui parurent nouvelles à d'autres docteurs. La Faculté de Paris fut consultée sur dix-huit de ces propositions, dont la plupart roulaient sur le libre arbitre, et elle les censura en 1560. Sept ans après, le saint Pape Pie V en condamna soixanteseize, qu'il avait fait recueillir des ouvrages de Baïus. Sa constitution du T' octobre 1567, fut refiouvelée et confirmée par celle de Grégoire Xlll, en date du 29 janvier 1579, et Baïus, se soumettant à l'une et à l'autre, fit, le 24 mars 1580, une rétractation publique et par écrit des erreurs qu'il avait avancées.
[[ Nous nous contenterons de rapporter ici les trentehuitième et trente-neuvième propositions de Baïus, qu on regarde ordinairement comme la clef de tout son système.
« 38^ Tout amour de la créature raisonnable est, ou bien « cette cupidité vicieuse, défendue par saint Jean, par la- )) quelle on aime le monde, ou cette charité louable, répan- )) duedans nos cœurs par l'Esprit saint, par laquelle on aime » Dieu. )) C'est-à-dire selon le sens développé par Baïus, ({u'il n'y a pas de milieu entre la cupidité vicieuse, et la charité surnaturelle dominante^ ce qui entraîne cette conséquence contenue dans la proposition seizième : c qu'il n'y )) a pas de véritable obéissance à la loi sans la charité. »
)) 39". Tout ce qui se fait volontairement, quoiqu'il se » fasse nécessairement, se fait cependant librement. » ]] Environ quarante ans après, Corneille Jansen ou Jansénius, disciple de Baïus, et son successeur dans la chaire de théologie de Louvain, s'étant persuadé comme lui, que, faute dentendre saint Augustin , tous les scolastiques avaient abandonné les sentiments de ce père sur la grâce, entreprit de les rétablir dans un livre qu'il intitula Augustinus, comme ne contenant que la pure doctrine de ce suint. 11 mourut, le 6 mai 1638, à Ypres, dont il avait été
DU COMMENCEMENT DU XVlIl" SIÈCLE. 21
fait évoque, et piolesla en mourant qu'il soumettait son livre et sa doctrine au jugement de l'Ej^lise romaine.
Environ deux ans après la morf de Janscnius, son livre fut imj)rimé et publié. Quelques docteurs de Paiis se montrèrent favorables à cet ouvrage, et il s'en fit successivement plusieurs éditions. Mais aussi d'autres théologiens l'attaquèrent 5 et ce fut alors que l'on commença à donner aux partisans de WAugustinus le nom de jajisènistes , comme eux donnèrent à leurs adversaires celui de niolinistes, voulant les faire passer pour les disci|)les d'un Jésuite qui avail publié, sur la fin du siècle précédent, un livre sur la manière d'accorder le libre arbitre avec la prédestination et la grâce, et dont le système était pourtant loin d'éire adopté par tous ceux qui combattaient Wéugustifiiis.
Ce dernier ouviage, qui depuis a fait tant de bruit, fut d'abord défendu par la bulle In cniinenti d'Urbain VllI, du 6 mats 1041, comme renouvelant plusieurs des propositions déjà condamnées par Pie V et Grégoire Xlll. Le 11 décembre 1643, l'archevêque de Paris ordonna la réception de cette bulle dans son diocèse. La Faculté de théologie de Paris défendit de soutenir les propositions censurées, et l'université de Louvain, quoique après bien des délais, reçut la bulle. Mais les partisans de l'évéque d'Ypres ne se montraient pas disposés à suivre les intention» de ce prélat mourant. Parmi eux se disliiîguaient en France, Jean du Verger, abbé de Saint-Cyran, et le docteur Arnauld, fort jeune encore. Le premier, ami intime de l'évéque, travaillait avec beaucoup d'ardeur à répandre la doctrine de son livre, et l'introduisit en effet à Portroyal de Paris, monastère dont il était le directeur.
On écrivait pour et contre, quand le 1" juillet 1649, Cornet, docteur et syndic de la Faculté de théologie de Paris, représenta à sa couq^agnie qu'il s'y introduisait des opinions nouvelles, et demanda qu'on examinât quelques propositions qui donnaient lieu au trouble et aux disputes. On nomma des commissaires. Il y avail eu d'abord sept
22 TAIÎLKAU HISTORIQUE
propositions déférées. Mais on ne s'occupa dans la suite que des cinq premières, que Cornet et autres docteurs avaient extraites de VAugustinus. Les partisans de ce livre se donnant beaucoup de mouvements pour empêcher la censure des propositions, les docteurs sentirent qu'il était nécessaire de recourir à une autorité plus imposante. Plusieurs évéques furent du même avis, et l'on arrêta de porter l'atfaire au Pape. C'était alors Innocent X. Quatrevingt-cinq évêques, auxquels trois autres se joignirent parla suite, signèrent une lettre commune pour prier le souverain Pontife de faire cesser les querelles par un jugement solennel. InnocentX établit donc, le 12 avril 1651, une congrégation de six cardinaux et de douze théologiens pour prendre connaissance de l'affaire.
Cependant onze évêques de France, qui n'avaient point signé la lettre précédente, en écrivirent une parllculière au Pape pour l'engager à ne pas prononcer. Ils envoyèrent en même temps à Rome quatre docteurs chargés de prendre la défense du livre. Les quatre-vingt-huit évêques crurent alors devoir députer aussi auprès du Pape pour suivre leur demande. On écouta les uns et les autres, on reçut leurs écrits, on tint de fréquentes assemblées, et enfin, après deux ans de discussion, d'examen et de conférences, InnocentX prononça le jugement solennel.
[[ Nous croyons devoir insister sur l'explication d'une manœuvre que les partisans de Jansénius employèrent pour détourner le coup qui les menaçait, et sur laquelle ils revinrent après la condamnation avec une obstination dont les jugements les plus formels de l'Eglise eurent peine à triompher. 11 s'agit de la distinction de plusieurs sens, dans lesquels on pouvait entendre les propositions déférées; sens dont l'un était selon eux véritablement condamnable, tandis que l'autre devait être à l'abri de toute censure. Tel était l'objet du célèbre ec/77 à trois co/o«/?^5 qu'ils présentèrent au Pape peu de jours avant la publication de la bulle. Une première colonne contenait les cinq propositions, expliquées dans le sens qu'ils attribuaient à
DU COMMEJNCEMtM DU XVIIl'' SIÈCLE. 23
Calvin, sens qu'ils avouaient avoir élé condamné par le saint Concile de Trente. La deuxième colonne contenait le sens de Jansénius, qui selon eux ne faisait que suivre la pure doctrine de saint Augustin et de saint Thomas. La troisième colonne contenait une proposition qu'ils taxaient de molinisle, et qu'ils rejetaient avec horreur. Ils eussent donc voulu, ou bien qu'on condamnât les cinq propositions en faisant absiraclion de l'auteur auquel on pouvait les attribuer, ou du moins qu'on exemptât de toute censure le sens de Jansénius. ]j
Sans être ébranlé par leurs objeclions. Innocent X donna le 31 mai 1663, la bulle Cuin occasione, par laquelle, après avoir parlé des contestations élevées à l'occasion de VAugustinus, il condamnait les cinq propositions dans leur sens propre et naturel.
Cette constitution fut reçue en France, le 1 1 juillet suivant, par une assemblée de trente évéques, tenue à Paris. La Faculté de théologie de cette ville l'enregistra. Les universités, les corps tcclésiastiques, les ordres religieux s'y soumirent ; et en Flandre même, où la bulle d'Urbain avait trouvé tant d'opposition, celle-ci fut publiée et acceptée sur-le-champ. Quant à ceux qui avaient adopté les sentiments de l'évéque d'Ypres, leur soumission à ce jugement peut paraître un problème. D'un coté, ils protestaient qu ils souscrivaient à cette décision, et qu'ils ne voulaient plus défendre les propositions condamnées : d'un autre coté, ils ne cessèrent de se plaindre de la bulle, trouvant mauvais que le Pape n'eût pas spécifié le sens dans lequel il condamnait les propositions, comme si ce n'était pas le sens naturel qu'elles présentent; et lui reprochant aussi d'avoir donné à entendre qu'elles étaient tirées de Jansénius, tandis que selon eux elles étaient forgées à plaisir et fort éloignées des sentiments de cet évèque , qui n'avait exprimé que la pure doctrine de saint Augustin. Et voilà l'origine de la question de fait, qui depuis est devenue la principale, les opposants prétendant d'abord que la doctrine condamnée
des cinq propositions n'élail point celle de Janséniiis, et en second lieu que ce n'élail là qu'un fait sur lequel l'Eglise n'éiant poinî infaillible, on ne devait à sa décision qu'i/7î silence respectueux.
[[ Pour bien faire comprendre ce point important que plusieurs ont peine à saisir aujourd hui, nous allons joindre aux cinq propositions et à la note que la bulle du Pape applique à cbacune d'elles, l'explicaliou qu'en donnaient les janséni.-tes , selon le sens qu'ils attribuaient à Calvin, cl selon le sens qu'ils y attachaient eux-mêmes. Quelque subtiles que paraissent ces distinctions, tout lecteur attentif comprendra la nécessité de les suivre, pour avoir l'intelligence des événements sur lesquels elles ont eu tant d'influence.
(( 1° Quelques commandements de Dieu sont impossibles )) à des justes qui veulent les accomplir, et qui s'efforcent » de le faire; ils leur sont, dis-je, impossibles^ eu égard )) aux forces qu'ils ont alors; et il leur manque la grâce » par laquelle ils leurs soient n ndus |iossibles. »
Celte proposition est déclarée téméraire , impie, blasphématoire^ frappée (Taiiathème , et liéréiic/ue.
Le sens calviniste eût été que les commandements de Dieu sont en général impossibles aux justes, tant qu'ils sont sur la terre, quelles que soient les grâces qui leur sont données, parce que la grâce même la plus elîicace ne triomphe jamais entièrement de la cupidité, et parceque l'homme est tellement corrompu par le péché, qu'il pèche dans toutes ses actions.
Le sens de Jansénius est qu'il y a des occasions où, malgré tous les effoits d'un homme juste, certains commandements lui sont impossibles, parce qu'il est destitué d'une glace relative à la cupidité qui le presse dans ces mêmes i ireonstances (C. Jansenii Augustinus , \. lïl. De gralia, c. 13).
Celte proposition entendue dans le sens de Jansénius, est la suite de son système des deux délectations relatiucvient victorieuses. On obéit toujours nécessairement à la
DU COMMENCEMENT DU XVIIl'' SIECLE. 25
déleclalion qui domine : on pourrait absolument faire le bien, c'est-à-dire qu'on le pourrait si l'on ne se trouvait pas sous l'empire de la cupidité, mais on ne le peut relatwemeiit.
« 2" Dans l'état de la nature tombée on ne résiste ja- » mais à la grâce intérieure. »
Déclarée hérétique.
Le sens calviniste serait que la volonté de l'homme déchu n'est, à l'égard de la grâce intérieure, que comme un instrument passif, qui ne coopère pas à la grâce par une action qui lui soit propre.
Un autre sens que les jansénistes avouaient être condamnable, ce serait de n'admellre que la grâce efhcace sous loul rapport, et de rejeter même ces grâces exct7«/2fe5, qui produisent dans l'âme de bons désirs.
Le sens de Jansénius, c'est que la grâce intérieure, résidant dans la volonté, n'est jamais frustrée de son elFet : par là même que l'homme n'acconiplil pas la loi, on voit qu'il a bien eu la grâce extéiieure de Pelage, la loi , la doctrine, CiC, mais qu'il n'a pas eu la grâce inîérieurc de la volonté, et re/atiue aux dillicullés présentes Ç^ugusfinus , V\h. II, De gratin., c. 23). H y a bien encore, selon Jansénius, des grâces intérieures, petites et faibles, qui produisent dans ràineun vouloir imparfait, et qui ont des degrés infinis, quoiqu'elles ne snllisent pas pour' que l'homme accomplisse les coiiuiiandemcnts de Dieu, pour qu'il Taime sur toutes choses, pour (|u'il fisse un acte de foi, etc. Ces grâces, appelées par les jansénistes ejccitanles, n'arrive. >t pas jusqu'à l'accomplissement du bien vers lequel elles inclinent:, mais elles ne sont pas pour cela frustrées de leur effet, puisqu'elles produisent des velléités, qui sont l'effel prochain auquel se rapporte cette rosée céleste (/ïugustinus, lib. H, De gratia, cap. 27) (l).
(I) C'est dans ce même sens que les jansénistes adincttaient une giàce suffisante, la faisant consiiter dans les commencements de la bonne volonté que Dieu inspire pour nous porter au bien, tnais qui ne sont pas assez
« 3" Pour mériter et démériter dans l'état de la nature » tombée, il n'est pas besoin d'une liberté exempte de !a » nécessité d'agir 5 » 'il suffit d'avoir une a liberté exempte » de contrainte. »
Cette proposition est déclarée hérétique. Le sens calviniste serait qu'aucune sorte de nécessité ne répugne à la liberté nécessaire pour mériter ou pour démériter, pas même celle qui prévient la délibération de la volonté, telle qu'est la nécessité générale qui nous porte à chercher le bonheur; telle qu'est encore celle qui est attachée aux mouvements premiers et imprévus de la convoitise.
Le sens de Jansénins c'est que, dans l'état présent de la nature déchue, la liberté essentielle au mérite et au démérite , repose dans la volonté éclairée par la raison et iadvertance^ pourvu qu'elle soit exempte de coaction. Une grâce qui inspire à la volonté humaine, cette délectation stable par laquelle elle s'attache à Dieu si invariablement quelle ne peut s'en séparer, n'ote rien à la plénitude du libre arbitre. Réciproquement, cet amour pervers de soi-même, d'où découlent dans la vie présente tout acte et toute omission d'une âme qui pèche avec délibération , quand il serait aussi nécessaire que l'est dans les cieux l'apour béatihque , n'en est pas moins libre {Augustinus , lib. IV, De statu naturœ lapsœ. c. 24).
« 4" Les Semi-Pélagiens adraetfaienl la nécessité d'une » grâce intérieure et prévenante pour chaque action en » particulier, même pour le commencement de la foi; et )) ils étaient hérétiques en ce qu'ils prétendaient que cette )) grâce était telle que la volonté de l'homme avait le pou- » voir d'y résister ou d'y consentir. »
Cette proposition est déclarée /«u^^e et hérétique. Le sens calviniste de cette quatrième proposition serait celui que nous avons déjà vu en expliquant la seconde,
fortes pour nous te f air î faire, si Dieu n'y ajoute une grâce plus forte. ('Voyez fie de Nicole, à la fin des Essais de Morale, page l'2.)
DU COMMENCl'MEiNT DU XVIIl* sn\CLE. 27
que sous la grâce de Dieu la volonlé serait purement y9rt5siue, ou bien encore qu on doit tiailer en hérétiques ceux qui admettent des giàces intérieures qui ne seraient pas complèteinenl cllicaces, même les grâces simplement excitantes.
Le sens de Jansénius, c'est qu'en effet les Semi-Pélagiens, ou Massiliens, tout en croyant que le commencement de la foi, les gémissements et les pieux désirs venaient de notre fonds, reconnaissaient cependant la nécessité d'une grâce actuelle pour ces mêmes actes : leur erreur était que, au lieu d'admettre une grâce relativement victorieuse, ils croyaient que l'homme, après sa chute, avait conservé cette liberté propre à Adam, qui pouvait, selon le choix de sa volonté, user de la grâce, ou lui résister {yiiigustiims , lib. Vlil, De hœres.pelagiana, c. 6).
« 5° C'est une erreur des Semi-Pélagiens de dire que )) Jésus-Christ est mort, ou qu'il a répandu son sang pour » tous les hommes sans exception. »
Cette proposition est déclarée a fausse, téméraire, scan- » daleuse ; et si on l'entend dans ce sens que Jésus-Christ » soit mort pour le salut seulement des prédestinés, impie, «blasphématoire, injurieuse, dérogeant à la bonté de )) de Dieu, et hérétique. »
Le sens calviniste de cette proposition serait que la mort de Jésus-Christ n'a eu d'effet que de procurer seulement le salut des prédestinés , en qui seuls se trouve la vraie justice ; elle n'aurait mérité à aucun des réprouvés des grâces qui leur seraient accordées même pour un temps. La particule seulement tomberait sur le mot salut et non sur le mot des prédestùiés.
Le sens de Jansénius, c'est que Jésus- Christ est mort pour le salut des seuls prédestinés; la mort de Jésus-Christ n'a procuré à aucun des réprouvés la grâce re lotissement sullisante au salut. C'est la conséquence naturelle du principe que la grâce intérieure n'est jamais privée de son effet. Quand l'Apôtre dit qu'il est mort pour tous, c'est
28 * TA.BLEAU HlSTOllIQLE
dans ce sens qu'il y a des élus de toutes les classes, de toutes les nations, etc. Quant aux réprouvés, Jésus Christ n'a demandé pour eux que des grâces temporelles {/lugustinus, lib. III, De gratin, c. 21).
On ne doit donc pas être étonné que les disciples de Jansénius déclarassent qu'ils rejetaient les cinq propositions-, mais on voit pourquoi ils soutenaient en même temps qu'elles ne se trouvaient pas dans Jansénius. Ils affectaient de croire qu'elles n'avaient été condamnées que dans le sens de Calvin : c'est ce qu'Us appelaient la question de droit. Mais selon eux, on ne les trouvait pas dans Vy^ugusîinus. Quand on leur indiquait les endroits précis où elles se trouvent en termes exprès ou équivalents, ilsse plaignaient qu'on prîtces passages séparément de ce qui précédait ou de ce qui suivait : c'est ce qu'ils appelaient la question de fait. L'essentiel pour eux, c'était de sauver le fonds du svstème des deux délectations relativement victorieuses, qu'ils reproduisaient sous toutes les formes (l). ]]