‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 3)Chapitre 26 sur 54 · ITALIE · texte numérisé non relu

ITALIE

Il convient de commencer ce tableau par l'Italie, pour parler d'abord de Rome , celte mère de toutes les Eglises. [[Nous croyons devoir, avant tout, donner une idée des révolutions politiques qui agitèrent Tllalie dans les premières années du dix-builième siècle, afin que l'on puisse mieux saisir certains faits dans lesquels les puissances séculières se trouvent en conflit avec le Saint- Siége.

L'état de l'Eglise avait acquis,, à la fin du dix-septième siècle, tout le territoire qu'il a conservé depuis, et qui est, à peu de cboses près, le même qu'il possède présentement en Italie. Il ne connut point, par conséquent, les cbangements que subirent alors les autres provinces de la Péninsule. Un événement capital avait eu lieu en l'année 1700 : Charles II, roi d'Espagne, mourut le 1" novembre, sans laisser d'héritierdirecl. Un mois auparavant, après beaucoup d'hésitation, il avait dicté le leslament célèbre par lequel il laissait les vastes étals de la monarchie, cl par conséquent le Milanais, la Sicile et la Sardaigne, h Philippe, duc d'Ajou, appelé depuis Philippe V, le second des enfants du Dauphin, fils de Louis XIV. La riche succession fut vivement disputée à ce prince par l'archiduc Charles d'Autriche, second fils de l'empereur Léopold. Une guerre sanglante mit en feu la plus grande

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partie de l'Italie. Après bien des phases diverses, le traité d'Utrecht, en 1713, complété bientôt après par le traité de Rastadt, termina le différent. Philippe V, reconnu roi d'Espagne, abandonna l'Italie. Charles d'Autriche, parvenu à l'empire, après la mort de Joseph I", son frère aîné, obtint, en dédommagement de ses prétentions au trône d Espagne , le Milanais, le royaume de Naples et la Sardaigne. La Sicile, leMonferrat et d'autres accroissements de territoire furent donnés au duc de Savoie, qui d'abord avait suivi le parti de Philippe V, et lui avait même donné sa fille en mariage , et qui l'avait ensuite abandonné, pour s'attacher à l'archiduc.

Vers la même époque s'éteignirentdeux grandes familles souveraines. Charles de Gonzague , dernier duc de Mantoue, mourut sans postérité en 1708. Ses Etats, déjà oc~ cupés par les Autrichiens dans la guerre de la Succession, furent réunis au Milanais, moins quelques démembrements. La maison des Médicis de Florence, éprouvait le même sort. Ferdinand IV mourut sans enfants en 1713, et l'Autriche, déjà maîtresse de la Toscane, y assurait sa domination, quoiqu'elle consentît à y é'.ablir, sous diverses conditions, les ducs de Lorraine.

Parmi les autres Etals de l'Italie, il sullit de nommer la République de Venise, encore puissante à cette époque, celles de Gênes et de Lucques, et l'Ordre de Malle. ]]

Au commencement du siècle, une heureuse harmonie régnait entre le Saint-Siège et les autres puissances. Un accommodement, conclu il y a peu d'années, avait réiabli la honne intelligence et le concert entre la cour de Rome et la France. Les anciens sujets de plaintes étaient oubliés. On ne songeait plus à reprocher à cette cour une ambiîion qu'elle ne manifestait pas, ni à faire un crime au Pape actuel des loris de quelques-uns de ses prédécesseurs dans des temps reculés. On avait la bonne foi de sentir qu'il eût été injuste de montrer de la défiance et de l'aigreur contre un gouvernement qui ne témoignait que le désir de la paix. Depuis un long temps, le Saint-Siège était rem-

gi T\iu,r. uj îïîSToRioir.

pli par des pontifes modérés, incapables de mesures violentes, et bien éloignés de vouloir troubler les Etats. Le soin du spirituel les occupait principalement. Loin d'élever des prétentions ambitieuses, ils faisaient souvent des sacrifices au désir de la concorde. Leurs rapports avec les autres cours n'avaient pour but que le bien de l'Église, que les progrés de la religion, que l'intérêt de ses ministres. Ils se faisaient estimer, dans Rome, par l'exemple de leurs vertus, et au debors , par un zèle plein de sagesse et par une sollicitude active, mais prudente, pour le troupeau confié à leurs soins.

Clément XI venait d'être élevé sur le trône pontifical. Né à Urbin, en 1649, d'une famille ancienne de ce duché, Jean-Francois Albani avait montré de bonne heure des dispositions pour la piété. Il entia, en 1677, dans la préjature, c'est à-dire, dans ce corps d'ecclésiastiques particulièrement attachés au Saint-Siège, et parmi lesquels on a coutume de choisir ceux qui doivent remplir les différentes places de la cour de Rome. Le nouveau prélat fut chargé de plusieurs gouvernements, où il se conduisit avec équité et sagesse. Il devint ensuite secrétaire des luefs, place qui le conduisit au cardinalat. Alexandre VIII lui donna le chapeau en 1690. Innocent Xll suivit plus d'une fuis ses conseils dans les affaires. Le cardinal Albani était instruit et appliqué. On louait sa charité pour les pauvres, et son zèle pour la conversion des personnes engagées dans l'erreur. Cependant il n'était pas encore prêtre. Son humilité l'avait tenu jusque-là éloigné du sacerdoce. 11 le reçut enfin en 1700. Innocent XII étant mort peu après, je conclave s'ouvrit suivant l'usage. Il était composé de cinquante-huit cardinaux, et dura (|uarante-cinq jours. Le cardinal Albani fut élu le "iS novembre 1700 On eut peine à vaincre sa résistance. Il sentait tout le poids des fonctions qu'on lui imposait. Il résista pendant trois jours, et ne se rendit que sur l'avis de graves théologiens qu'il avait consultés. Il fut sacré évêque, le 30 novembre, par le cardinal tle Rouilloii. et couronné le 8 du mois suivant.

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Clément XI, c'est le nom qu'avait pris le nouveau pape, s'appliqua sur-le-champ au gouvernemenl de l'Eglise, et ses premières paroles furent des paroles de paix. Il écrivit h tous les princes pour les détourner de la guerre dont on était alors menacé au sujet de la succession d'Espagne 5 et il exhorta particulièrement à la modération 1 empereur Léopold. D'un autre coté, lui-même s'était empressé de reconnaître Philippe V. Attaché à la France par inclination, il avait été sensihle à un procédé généreux de Louis XIV, à l'occasion d'une émeute qui s'était élevée pendant le dernier conclave, et dans laquelle l'ambassadeur de France, le prince de Monaco, avait été insulté. Ce minisire avait sur-le-champ quitté Rome. 11 s'était rappelé qu'autrefois , dans une circonstance à peu près semblable, son maître avait exigé la réparation la plus éclatante. Mais Louis XIV n'était plus ce prince altier qui soutenait ses droits avec hauteur. Mûri par l'âge et par l'expérience, il reçut favorablement les excuses du sacré collège, et ordonna au prince de Monaco de retourner à Rome. Le Pape, de son coté, promit de rechercher les coupables, et il ne fut plus question de cette affaire, qui, vingt ans plus lot, aurait été un nouveau sujet de discussion entre les deux cours.

Le sacré collège était composé, au 1" janvier 1701^ de soixante- cinq cardinaux, dont cinq de l'ordre des évèques, quarante-huit de l'ordre des prêtres, et douze de celui des diacres.

Le doyen était le cardinal de la Tour-d'Auvergne de Bouillon, Français, qui, dans ce temps même, tomba dans la disgrâce de Louis XIV. [[Uavailété envoyé à Rome, en 1698, pour suivre l'affaire du quiétisme. Rappelé en 1700, il ne voulut pas revenir, sous le prétexte que ses fonctions de doyen du sacré Collège exigeaient sa présence à Romcj mais voyant ses revenus saisis, il s'humilia et obtint de rentrer en jouissance de ses biens, à la condition de vivre exilé de la cour. S'ennuyant dans cette situation, il se fit enlever, en 1710, par un parti de troupes étrangères; le

parlement le décréta de prise de corps, et mit le séquestre sur ses bénéfices. Enfin , après avoir erré et langui longtemps , ce prélat obtint la reslilution de ses revenus, et la permission de finir ses jours à Rome, où il mourut dans l'obscurité en 1715.]]

Parmi les autres cardinaux , on en distinguait plusieurs par leurs qualités personnelles, leur mérite, leurs connaissances et leurs vertus. Nous ne les nommerons pas tous ; mais nous ne passerons pas sous silence le cardinal Orsini, depuis pape, qui joignait l'humililé d'un religieux au zèle d'un évêque. Le cardinal Nerli, Florentin , était savant et lié avec les savants de ce temps-là. Le cardinal Marescotti distribuait ses revenus dans le sein des pauvres. Le cardinal Barbadigo, évêque de Montefiascone, était le digne parent du saint évêque de Padoue, dont il sera parlé tout a l'heure. Il était pieux et zélé, et remplissait ses devoirs avec ardeur. Le cardinal Petrucei était un prélat édifiant et même austère. Il avait été accusé de quiétisme, et ses ouvrages avaient été proscrits, ainsi qu'on peut le voir dans V Index. Il passa le reste de ses jours dans la pénitence et dans la retraite. Le cardinal Colloredo, grandpénitencier, était en relation de lettres avec Mabillon. Le cardinal Negroni s'était retiré des affaires , et venait même d'abandonner les fonctions de l'épiscopat pour se livrer à l'étude et aux exercices de piété. Nous parlerons plus bas du cardinal Cantelmi. Le cardinal del Verme, évêque de Ferrare, se rendait recommandable par son zèle et sa charité. Le cardinal Ferrari , dominicain , avait conservé les habitudes pieuses et modestes du plus fervent religieux. Le cardinal Sacrispante était le père des pauvres. Le cardinal Noris passait pour la lumière du sacré Collège. Né à Vérone, et religieux de l'ordre des Augustins, il avait enseigné longtemps la théologie , et s'était fait un nom par son savoir dans cette partie. H n'était pas moins versé dans les antiquités ecclésiastiques et profanes. Son Histoire du Pélagianisme fut déférée plusieurs fois au Saint-Siège, et ne fut point condamnée. Le cardinal Noris fut un des

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hommes les plus érudits et les plus laborieux de sou temps.

Rome avait pris, sous une suite de Pontifes réguliers, l'habitude de mœursdignesde la capitale du monde chrétien. Le pontificat d'Innocent XI surtout, Pape pieux et même austère, avait contribué à y mettre en honneur une bonne discipline. La pratique des vertus cléricales de la capitale avait passé dans les différentes provinces d'Italie. Des séminaires avaient élé institués pour perfectionner l'éducation et les éludes ecclésiastiques. Des évêques édifiants avaient mis leurs diocèses sur un pied respectable.

Le cardinal Orsini , que nous nommions tout à l'heure, avait porté successivement son zèle à Manfredonia et à Césène. Devenu archevêque de Bénévent, sa vertu parut encore plus sur un plus grand théâtre. Les monuments dont il enrichit cette ville, sont les moindres des bienfaits qu'il y répandit. Des prédications fréquentes, des instructions paternelles, de nombreux règlements, des synodes annuels, et l'exemple d'une piété profonde, opérèrent les plus grands biens dans le diocèse.

Ceméme cardinal Orsini, attachéà son troupeau, avaitrefusé l'archevêché de Naples, où Innocent XII voulait l'avoir pour successeur. Ce fut le cardinal Cantelmi qui fut nommé à ce siège. Il fit en sorte que son diocèse n'eût point à regretter le choix qu'on avait fait de lui. Il visitait son troupeau avec soin, instruisait les peuples, réformait les abus, et paraissait s'être proposé pour modèle l'illustre saint Charles Borromée.

Le cardinal Barbadigo ne venait que de mourir à Padoue , en 1697. Sa haute piété, son application aux bonnes œuvres, sa vie toute sainte et toute épiscopale l'avaient rendu l'admiration de son diocèse, et lui méritèrent depuis les honneurs de la béatification.

En dehors du sacré Collège, la prélature italienne comptait des hommes éminents :

Denis Delfini, patriarche d'Aquilée, réprimait les abus et soulageait les pauvres.

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Marcel Gavalieii, cveqtie de Gravina, réunissait la piété, le zèle et la charité.

Simon Veglini , évéqne de Trebico , puis de ïrivarico, est cilé comme un excellent pasteur.

François Verde, aiîcien évêque de Vico di Sorenlo, qui s'était démis de son siège pour ne s'occuper que de son salut, était un canoniste estimé.

Daniel Scoppa , évècpie de Noie, religieux édifiant et prélat vertueux , était le père des pauvres. Sa vie et sa mort furent également saintes.

Marc Battagiini, évéque de Nocera, puis de Césène, travaillait sur Thistoire ecclésiastique, instruisait ses curés dans des ouvrages composés pour eux, et donnait des livres de piété utiles pour tous les fidèles.

Pompée Sarnelli, évéque de Biseglia, est auteur d'un grand nombre de livres de piété, estimés en Italie.

Le prélat François Bianchini était uu savant également veisé dans les antiquités ecclésiastiques et profanes.

Michel d'Amato, docteur en théologie h Naples, membre de la congrégation des missions apostoliques, est connu par de bonnes dissertations sur des matières ecclésiasliques.

B. Baccliini, Bénédictin du Mont-Cassin, prédicateur céièbre, savant d'un mérite rare, écrivit sur Thisloire ecclésiastique 5 le marquis Mafi'ei faisait gloire d'èlre son disciple.

Juste Fonlanini, depuis aixhevêque d'Ancyrc, critique habile, écrivain laborieux, lié avec tous les savants nalio- !;aux et étrangers, jetait les fondements de la haute répiiiaiion qu'il s'acquit depuis, et quil soutint par une { ouïe de mémoires, de dissertations, de lettres sur divers points d érudition. On estime surtout lédition qu'il a donnée des vies des Papes, par Anaslase le bibliotliécaire.

Andreucci, professeur de théologie au diocèse de Pavic, a laissé beaucoup d'ouvrages sur la théologie, l'histoire, la morale et la piété.

Pli COMMr.NCEME.M DU XVllI sUn F..

Les J('suiles Agnclli et ikinucci ont clc fcconds clans ce dernier genre de produclions.

Paul Segneri, Jésuite, neveu du célèbre Paul Segneri, mort en 1094, l'iniitail dans la sainielé de sa vie et dans son zèle pour les missions. Il mourul, en réputation de sainteté, à Sinigaglia, le 25 juin 1713.

Un autre Jésuite, le père Alemanni, se distinguait par une piété éminente. On a publié sa vie, où on lui attribue des miracles.

A Florence, une réunion de savants et de littérateurs cultivait avec succès les difierenles branches des connaissances ecclésiastiques et pratiques.

Le Père Benoît, Maronite, député de son église à Rome, habita longtemps Florence et Pise, où il se fit connaître par son érudition.

Antoine Magliabecchi , bibliothécaire du grand-duc, avait une correspondance très-étendue avec les savants de l'Europe, et favorisait de ses conseils et de ses recherches les progrès de la bonne littérature.

Mariconda, Béncdiciin ; Capassi, Servîtes Grandi, Camaldule, le sénateur Bonaroiti, le professeur xVverani , Tabbé Salbini, étaient distingués par leur savoir, leurs recherches et leur poiit.

A leur école se formait en silence un jeune religieux qui devait jeter un jour un grand éclat par ses ouvrages et par ses brillantes qualités. Ange-Marie Quirini, d'une famille illustre de Venise, avait fait prof» ssion dans un monastère de Bénédictins, à Florence. Doué d'un esprit vif et d'un grand amour pour Télude, tlune némoire qui n'oubliait rien, dirigé par des hommes aussi habiles que le Père Benoît et Magliabecchi, il se familiarisa avec les produclions les plus célèbres des temps anciens et modernes, et avec tous les secrets de la république des lettres de son temps. Un voyage de Montfaucon à Florence, et les entretiens de ce docte bénédictin, augmentèrent encore l'attrait du jeune Quu ini pour ce genre de travaux. Il était en relation avec d'autres savants d'Italie, et bien-

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lot il voulut connaître jaar lui-même ceux de plusieurs autres contrées de l'Europe. Nous le verrons voyager en Hollande, en Angleterre, dans les Pays-Bas et en France, et partout étonner par son savoir précoce.

Celte prospérité de l'Iialie n'éiait pas sans nuages.

La Sicile fut quelque temps troublée par des disputes sur le quiétisme. Le bruit que cette erreur avait fait sur la fin du siècle précédent, rendait les pasteurs plus attentifs aux rejetons qu'elle poussait encore. Une Sicilienne, nommée la sœur Thérèse, fut accusée d'une sorte d'illuminisme. Elle se disait la qualrième^personne de la Trinité, et la co-rédemplrice des hommes. Elle courait toute 1 île en débitant ces folies, et elle trouvait des gens assez simples pour y ajouter foi. On l'arrêta lorsqu'elle se disposait à aller prêcher plus au loin.

Des mesures prises sur la fin du dix-septième siècle par Victor-Amédée, duc de Savoie, donnèrent lieu à des discussions entre lui et la cour de Rome, discussions qui se prolongèrent bien avant dans le dix-huitième siècle, et qui furent funestes au repos des églises dans les Etats du duc. En 1686, ce prince avait, à l'imitation de Louis XIV, rendu deux édits contre les protestants des vallées du Piémont. Ces protestants étaient en très-petit nombre, mais ils s'étaient perpétués dans les vallées, et avaient résisté à tous les efforts faits pour les ramener dans le sein de 1 Eglise. Victor-Ainédée se flatta que des mesures sévères feraient impression sur eux-, mais ils imploraient l'appui des puissances prolestantes, et le duc, qui venait de se lier avec les Anglais et les Hollandais, fut obligé, par un article secret convenu à La Haie, en 1690, de révoquer ses édits, et même tous ceux qui avaient été faits précédemment contre les protestants. Le Saint-Siège fit des représentations, mais n'obtint qu'un délai de quatre ans. ¥a en 161)4, sur les pressantes instances de Guillaume HI, présentées par lord Galloway, un édit publié par le duc, ordonna de rendre aux protestants leurs enfants, adultes ou non. qui s'étaient faits catholiques. Le prince déclarait

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que les proteslants avaient abjuré l'hérésie par force, el leur permettait à tous de retournera leur secte et d'habiter leurs vallées. La congrégation du Sainl-Ollice, h Rome, s'éleva contre cet édit, et le duc, mécontent, sapa peu à peu le tribunal de l'inquisition établi en Piémont, et finit par l'abolir presque entièrement.

Son ressentiment ne se borna point là, et il laissa les magistrats empiéter ouvertement sur les droits et la liberté del'Eglise. Une ordonnance rendue le 18 septembre 1691, par le délégué au tarif des contrats, défendit d'admettre aux ordres sans une longue et minutieuse enquête, et rendait juge de l'admission un administrateur laïque, appelé le Patrimonial général. L'archevêque de Turin fut charge par le Pape de solliciter des modifications à cette ordonnance, et n'obtint rien. Le 17 décembre 1G99, l'ordonnance fut renouvelée avec une déclaration portant qu'il avait fallu remédier au trop giand nombre d'ecclésiastiques et le restreindre aux besoins des églises, comme si on n'eût pu laisser ce soin aux évéques. L'archevêque de Turin et d'autres prélats firent des représentations qui ne furent point écoutées.

Une autre ordonnance, du 12 juillet 1699, assujettit les ecclésiastiques, les corps religieux, et même les confréries, à une taxe. Les évéques réLlamèrent les privilégesdc l'immunité ecclésiastique 5 mais on annula leurs mandements, et on les menaça de la saisie de leur temporel.

Les cours de justice secondaient ces entreprises du fisc. Le sénat de Turin procédait contre l'archevêque. Le sénat de Nice prenait la défense d'un curé du diocèse du Glandève, excommunié par le tribunal de la nonciature, et défendait de le troubler dans l'exercice de ses fonctions; il défendait en même temps de percevoir des revenus appartenant à la chambre apostolique, à Rome. Dans une autre occasion, il entrava la juridiction de l'évêque de Vintimille, et ordonna d'admettre des excommuniés à la participation des sacrements, menaçant de graves peines en cas de refus. Ce dernier abus de pouvoir fut blâmé par le duc

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de Savoie ; mais les autres arrêts du sénat subslslcrcul. H défeudit aux ecclésiastiques et aux séculiers de comparaître pour quelque cause que ce fût devant le tribunal de révêquc de Yinlimille, dont le diocèse s'étendait eu Piémont, et voulut forcer Tévêque h nommer un grandvicaire pour cette partie de son diocèse, en le menaçant en cas de refus de s;iisir ses biens situés en Piémont. L'évêque n'ayant pas cru devoir déférer à cet ordre, on saisit en effet ses biens. C'est ainsi que dans les Etats du duc, les magistrats montraient pour le Clergé cet esprit d'hostilité qui, dans un pays voisin, a produit tant d'actes dont nous aurons à gémir.

Dans le même temps, le comte Gubernali, résident du duc de Savoie à Rome, réveillait une (juerelle sur l'interprétation d'un induit de Nicolas V, le 11 janvier H51. Par cet induit, Nicolas, pour récompenser Louis, duc de Savoie, d'avoir décidé Amédée, son père, à renoncer au titre de pa|îe qu'il avait accepté du Concile de Bàle, sous le nom de Félix V, s'était engagé à ne nommer aux bénéfices cousisloriaux dans les Etats du duc, qu'après s'être assuré de l'intention et du consentement du prince. La cour de Savoie prétendait que cet induit lui donnait un droit im|)licite de nommer aux bénéfices, et qu'il s'étendait aux pays accjuis postérieurement par les ducs. De plus, elle ne voulait pas que le Pape accordât de pensions sur les bénéfices. Sous Alexandre VII, la portée de l'induit avait déjà fait le sujet d'une discussion à Rome, dans une congiégalion où se trouvaient trois habiles canonistcs, Faguani, Kossi et Ronconi, et ils avaient été d'avis que l'induit ne comprenait pas le Piémont. Innocent Xlï nomma une congrégation nouvelle pour examiner la chose. Elle donna son avis en 1699; cet avis portait que l'induit compi'enait les pays situés en deçà les monts et possédés par le duc de Savoie à l'époque de l'induit, mais que le Pape devait toujours avoir le droit d'accorder des pensions sur les bénéfices, que l'ancienne forme des bulles ne serait pas changée, et que le prince devait lever les obslaeles et les

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séquestres mis sur les béiKÎfices. Nous verrons ces discussions se renouveler et même devenir plus fâcheuses sous les pontificats suivants.

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