FRANCE
Au commencement du dix-huitième siècle, l'état de la religion et du clergé, en France, était bien difTérent de ce qu'il est aujourd'hui. Un nombreux clergé, des établissements religieux multipliés et florissants, des fondations importantes existant de tous cotés, des asiles de piété et de charité ouverts pour tous les besoins, tout cela donnait à l'Eglise de France un éclat dont la situation actuelle ne peut offrir l'idée. En voyant aujourd'hui le petit nombre des temples qu'elle a conservés, la simplicité de leur décoration, le personnel du clergé si restreint, ses ressources si précaires, les élablisscmenis religieux si rares, on ne peut s'imaginer que l'état dçs choses fut tout autre dans les siècles précédents. C'est une raison de plus pour i ous de faire remarquer combien, aucon)mencemenl du siècle qui va nous occuper, la religion avait à se féliciter du nombre de ses églises et de ses ministres, de la sj)lendeur du culte divin, de la multitude d établissements et d'institutions formés de toutes parts pour la gloire de Dieu, pour la sanctification du prochain, pour le soulagement de l'humanité. Un court apcj'çu va montrer tout ce que l'Eglise de France avait alors d'important et de prospère.
Plus de cent trente sièges épiscopaux, autant de cathédrales, plus de cinq cents collégiales, six cent vingt-cinq abbayes d'hommes en commtnde, quinze abbayes chefs d'ordre ou de congrégation, cent quinze abbayes d'hommes régies par des abbés réguliers, deux cent soixantetrois abbayes régulières de femmes, non compris les abbayes et les chapitres nobles, de plus, une foule d'autres monastères qui n'avaient pas le titre d'abbayes 5 les Chartreux, qui avaient en France soixante-treize maisons; les Carmes de l'ancienne Observance, qui avaient dans le
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royaume cent trente et une maisons^ les Grands-Augustins, qui en avaient quatre-vingt-treize ; deux autres congrégations du même ordre : les Dominicains, qui formaient trois congrégations différentes^ les Franciscains, qui se partageaient en plusieurs branches, savoir : les Cordeliers dits Conventuels^ ceux de l'Observance, qui avaient dans le rovaume huit provinces et deux cent cinquante-quatre maisons i les Capucins, quinze provinces et quatre cent vingt-trois maisons-, les Récollets, qui avaient en France onze provinces, et dans la piovince seule de Paris, vingtdeux maisons et quatre hospices; les Minimes, qui comptaient cent cinquante maisons, etc ; voilà ce que la piété et la prévoyance de plusieurs siècles avaient légué à l'Eglise de France.
Mais au tableau des anciens établissements religieux que nous venons de présenter sommairement, il faudrait encore ajouter tout ce que le dix-septième siècle avait produit de réformes salutaires, de congrégations nouvelles, d'institutions charitables. On compta pendant ce siècle jusqu'à vingt-cinq réformes des anciens ordres; les plus connues sont la congrégation de Sainl-Maur, celles de Saint-Vannes, les chanoines réguliers de Sainte-Geneviève, ceux de Chancellade, ceux de la réforme du père Fourci , les Prémontrés de la réforme de Laimels, la Trappe, Sept-Fonts, etc. Ces réformes étaient toutes pour des monastères d'hommes; il y en eut aussi pour les couvents de femmes, entre autres pour les Bénédictines et les Bernardines. On lésa fait connaître dans i'Essai sur l'influence de la religion au dix-septième siècle.
Dans ce même siècle, une heureuse inqDulsion enfanta dix-neuf congrégations nouvelles d'hommes, et trentetrois de femmes. Les plus célèbres, parmi les premières, sont rOratolre, les Lazaristes, Sainl-Sulpice, les Doctrinaires, les Eudistes, le séminaire des Missions- Etrangères, etc. Pour les femmes, c'est alors que prirent naissance les Ursulines, la Visitation, le Calvaire, les Filles de Notre-Dame à Bordeaux, différentes communautés
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d'Hospitalières, et surlout les Filles de la Charité, cette merveilleuse création de saint Vincent de Paul, qui, répandue successivement par toute la France, s'y distingue depuis plus de deux siècles par un si généreux dévouement pour les besoins de Thumanité souffrante.
Paris seul dans le dix-septième siècle offre des exemples d'un zèle qu'on pourrait appeler prodigieux pour toutes les œuvres de piété et de charité. Huit églises paroissiales furent construites ou restaurées; dix hôpitaux s'élevèrent successivement; dans ce nombre, la Salpêtrière, Saint-Louis, la Charité, la Pitié, les Incurables, existent encore; six maisons de Refuge furent établies. Dix séminaires furent formés; quelques-uns ont survécu aux derniers orages. Dans le cours de ce siècle, on vit se former à Paris seulement vingt-neuf nouvelles communautés d'hommes et quarante-huit de femmes. On en trouvera de même le détail dans WEssai déjà cité.
En total, il y avait à Paris au commencement du dixhuitième siècle quarante-six paroisses, onze collégiales, trois abbayes d'hommes , quarante-deux communautés d'hommes, huit abbayes et quarante-quatre autres couvents de femmes. En outre , quinze communautés non cloîtrées, enfin vingt-six hôpitaux.
Si nous parcourions les provinces, nous y trouverions de semblables exemples du zèle et de la charité. Ainsi dans la seule généralité d'Aix, en Provence, on comptait dans le siècle dernier treize archevêchés et évêchés, autant de cathédrales, vingt-deux chapitres de collégiales, quinze abbayes d'hommes ou de femmes, quatorze séminaires et deux cent cinquante-cinq communautés différentes, tant d'hommes que de femmes, quatre-vingt-six prieurés, seize hôpitaux et vingt-deux maladreries. Dans la généralité d'Auch, on comptait deux cent deux couvents des deux sexes, et deux mille trois cent cinquante religieux ou religieuses; dans la généralité de Bourgogne, six églises cathédrales, trente-trois collégiales, deux mille sept cent trois paroisses, cinq nulle huit cent quatre-vingt
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seize ecclésiastiques attachés aux chapitres ou aux paroisses, quarante et une abbayes, cent dix-sept prieurés, quatrevingt-six couvents d'hommes, soixante-sept de femmes, mille quatre cent soixante religieux et mille six cent vingtquatre religieuses. Nous ne poursuivrons point cette énumération, qui nous offrirait à peu près les mêmes résultats pour les différentes provinces. Nous ne citerons plus qu'une seule ville, Douai, qui n'était point une ville épiscopale, et dont la population n'atteignait pas alors vingt mille habitants. Les établissements religieux de cette ville étaient proportionnellement fort nombreux. Elle renfermait, outre la collégiale de Saint-Amé, seize couvents d'hommes, dix séminaires, deux abbayes de femmes et quatorze autres communautés du même sexe, six hôpitaux, et douze autres établissements de charité, et sept collèges. La ville ayant une université, on y avait établi des séminaires et des collèges pour suivre les cours. Les Anglais, les Irlandais et les Ecossais avaient un collège catholique pour chacune de ces nations.
Parmi les corps religieux, tant anciens que nouveaux, qui existaient en France au commencement du siècle, il en est quelques-uns sur lesquels nous devons peut-être nous arrêter un peu, à raison de leurs travaux et des services qu'ils rendaient à l'Eglise et à la société. Nous placerons à leur tête les Jésuites, qui tenaient alors un rang si distingué par le nombre et l'importance de leurs établissements, par le zèle, le savoir et les vertus de plusieurs d'entre eux, ainsi que par leurs talents et leurs succès, soit dans la chaire, soit dans la direction des consciences, soit dans l'éducation de la jeunesse, soit dans cette diversité des bonnes œuvres auxquelles ils s'appliquaient. Outre les missionnaires qu'ils envoyaient dans les diverses parties du monde, ils donnaient des missions et des retraites dans l'intérieur du royaume, dirigeaient des séminaires et de nombreux collèges, publiaient des livres de théologie et de piété, ou bien s'exerçaient sur des matières de critique et d'érudition, A coté de Bourdaloue, dont la réputation
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avait jeté un si grand éclat, et qui avait annoncé la parole évangélique avec tant de dignité, de logique et de sagesse, on peut citer des Jésuites qui, à cette époque, se firent connaître par diflérents genres de travaux : La Rue, dans la chaire, Bouhours, Neveu, Gonnelieu, Judde, Croiset, par la composition de livres de piété ; Dez et Scheffmacher dans la controverse -, D'Avrigny, Jouvency, Daniel, par des ouvrages historiques ; Hardouin, Tournemine, Baltus, par des recherches d'érudition, qui ont été louées des contemporains. Les Mémoires de Trévoux, commencés en 1701, et le recueil des Lettres édifiantes, sont des monuments, tantôt de la sage critique des auteurs du siècle, tantôt du zèle des missionnaires de la Société. Si le crédit dont quelques Jésuites jouirent alors a excité des jalousies parmi leurs contemporains, la postérité doit se montrer supérieure à ces petites passions. Il était difïicile que les confesseurs de Louis XIV n'eussent pas froissé des intérêts particuliers-, chargés de la feuille des bénéfices, ils devaient faire des mécontents, quand ils fermaient l'accès des dignités ecclésiastiques à l'ambition, à la médiocrité ou à l'intrigue. C'est ce qui explique, à notre avis, les reproches et les plaintes consignés dans tant d'écrits contre les pères La Chaise et Le Teliier.
L'Oratoire rivalisait avec les Jésuites en différents genres de travaux et de services. Massillon, entré récem)nent dans la carrière de la prédication, semblait destiné à consoler la capitale de ne plus entendre Bossuet et Bourdaloue. Parmi ses confrères, les uns, comme Mauduit, Lami;, Carrières, Duguet, étudiaient l'Ecriture- Sainte et en expliquaient les diflicuités 5 d'autres prêchaient aussi la parole sainte, s'exerçaient sur la théologie ou sur la liturgie, se livraient à l'exercice du ministère ou composaient des livres de piété. L'Oratoire dirigeait plusieurs collèges, desservait des cures, et s'étendit encore dans le commencement du siècle. Heureuse cette congrégation, si elle eut pu se soustraire entièrement par la suite aux orages qui agitèrent l'Eglise de France. Le père de La Tour lui-
même, élu général en 1G96, liomme de beaucoup de mérite et de vertu, et investi d'une grande considération, fut entraîné par l'exagération d'un parti turbulent, et chercha depuis à calmer les esprits et à ramener la paix dans sa congrégation, à laquelle ces divisions et ces troubles causèrent un mal irréparable.
La congrégation de Saint-Maur soutenait la réputation qu'elle s'était acquise par ses travaux d'érudition ecclésiastiques. Mabillon se livra jusqu'à la fin à ces savantes recherches qu'il a consignées dans d'importantes collections. Des disciples formés à son école, continuèrent après lui à recueillir et à éclaircir les monuments de l'antiquité. De nouvelles éditions des Pères, des discussions critiques sur des points d'histoire ecclésiastique, des travaux littéraires de divers genres, occupaient les doctes cénobites. L'abbaye Saint-Germain-des-Prés, à Paris, était un foyer de savoir, de recherches, de découvertes sur l'antiquité religieuse et profane. Ruinart, Montfaucon, Massuet, Martianay, Nourry, Félibien, ïouttée, Constant, Martène, se sont fait tous un nom par des publications plus ou moins importantes. Le père Quirini, depuis Cardinal, qui vécut trois ans dans cette savante Société, au commencement de ce siècle, témoigne assez dans ses mémoires combien il se félicitait d'avoir pu profiter des doctes entretiens de ces laborieux écrivains (1). On venait alors de terminer la nou-
(1) On serait peut-être étonné, en lisant les Mémoires du père Quirini, tic voir combien en 1711, époque oii il vint en Fiance, il y avait d'hommes distingués par des travaux plus ou moins importants. Il nomme, outre les Bénédictins que nous venons de citer, Malebranclie, Lelong, Lebrun, de l'Oratoire; parmi les Dominicains, Noël Alexandre, Michel le Quien, Jacques Echard; chez les Jésuites, Hardouin, Tournemine, Chamillart , 13aniel, Ue la Rue, Gaillard, Bufïier, clc ; Eusèbe, Renaudot, savant orientaliste, l'abbé de Longuerue, les abbés Le Tellier, Bignon, Alary , de Caumartin ; Huet, ancien évèque d'Avranches; Boivin, Dacier, Ludolphe Kiister, protestant converti, etc. Le père Quirini apprécie très-bien et en ])eu de mots le mérite de chacun d'eux; son jugement sur l'abbé Fleury et sur l'abbé de Choisy a été celui de la postérité : l'un, dit-il, approfondit ce que l'autre ne fait qu'effleurer. Ce qu'il dit d'Ellies Dupin n'est pas moins remarquable ; ce Doeteur lui parut, en fait d'érudition, armé fort à la légère : Lei^is prorsùs
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velle édition de saint Augustin, et on commençait la nouvelle édition du Gallia Christiana^ double service rendu à la religion et aux lettres.
La cone:rée:ation de Saint-Lazare, le sémirtaire Saint- Sulpice, celui de Saint-Nicolas, celui des Missions-Etrangères, continuaient chacun leur œuvre sous des Supé-
aimatus est, et il donne des exemples de la négligence avec laquelle la Bibliotèqiie des ailleurs ecclesinstiqites est rédigée. Il cite encore les docteurs Jacques Boiieau, Tournely, Habert, Witasse, Grancolas, Dnguet, Lambert, Court, Vittement, Vissart, et La Chetardie ; car il voulait voir tous les liommes de quelque répulation. 11 se lia avec l'abbé de Polignac, qui fut fait cardinal vers te temjjs.
Quirini parcourut aussi les provinces, visitant les monastères et les bibliothèques et recherchant les entretiens de tous les hommes instruits. On remarque que partout il logeait dans les abbayes et les couvents, même dans les villes ou les évèques lui ollraient l'hospitalité. Ainsi, à Cambrai, il descendit chez les Bénédictins du Saint-Sépulcre; mais il voyait souvent Fénelon, et il regretta de ne pouvoir prolonger son séjour auprès de lui. Il s'établit entre eux une correspondance dont on voit que le père Quirini sentait tout le |)rix. 11 rapporte avec candeur des extraits des lettres que lui écrivait Fénelon qui sont dignes de la sagesse et du tact de l'illustre prélat. Quittez, lui disait-il, tout ce qui n'est que curiosité, qu'amusement d'esprit; de/mis que In Providence m'a imposé des devoirs sacrés, j'ai renoncé a toutes ces délices de ma jeunesse. Et dans ui'.e autre occasion : Je prie Dieu qu'il vous remplisse de son esprit de simplicité et de force, afin que 'r'ous ne suiviez ni votre goût naturel, ni votre curiosité pour les sciences, ni les plaisirs de l'esprit, ni celui de la société avec les personnes savantes, mais l'enfance de la crèche et la folie de la croix. Il est impossible de ne pas reconnaître l'à-propos de ce conseil adressé ij un jeune religieux qu'emportait un goût très vif pour la littérature. En recevant cette lettre, Quirini dit qu'il se promit de prendre les conseils du prélat pour lui servir de règle toute sa vie dans ses études littéraires.
Dans sa tournée dans les différentes provinces , le docte Italien ne manquait pas de visiter les savants et les hommes de lettres. A Saint -Denis, il vit Denis de Sainte-Marthe qui commençait alors la deuxième édition du Gallia Chrisliana ; à Rouen, les Bénédictins Bissin et Bernard Lamy ; il la Trappe, Pierre le Nain, frère de l'historien Tillemont et qui lui raconta toute l'histoire de la réforme ; à Rennes, dom Saint-Vincent qui habitait l'abbaye de Saiut-Morlaix ; à Ruzai , près Mantes, l'abbé de Canmartin, qui en était abbé commendataire et qui devint depuis évêque ; .à Orléans, Etienne Balu/e ; à Auxerre, l'abbé Lebœuf; à Dijon, le président Bouhier; à Lyon, le Père Colonia. Il voulut aller à Genève et y visita Turretin et Pictet. Rentré en France, il parcourut les monastères du Dauphiné, du Languedoc et de la Provence, s'informant de tout ce ([u'il y avait de curieux.
Sa dernière station en France fut il Fréjus, chez l'evèque, depuis cardinal de Fleury, avec lequel il se lia étroitement, et dont il rapporte plusieurs lettres dans ses mémoires. Il qnilta la France en avril 1714.
80 TABLEAU HISTOIIIQUE
rieurs animés de Tesprit de sagesse et de piété. La première, fondée dans le siècle précédent par saint Vincentde-Paid, était chargée de la direction d'un grand nombre de séminaires, et desservait de plus les cures des résidences royales; l'illustre fondateur avait voulu aussi que ses prêtres fussent chargés à perpétuité de la direction des Sœurs de la Charité, qui s'étendaient de plus en plus, à mesure que leur dévouement et leur charité intelligente et active étaient mieux appréciés.
Le séminaire Saint-Sulpice venait de perdre un de ses plus dignes supérieurs, M. Tronson, auquel son mérite, sa prudence et sa piété avaient concilié une haute considération. Son successeur, M. Leschassier, d'une famille honorablede la magistrature, suivit ses traces, et eut, comme lui, l'estime du clergé et la confiance des évêques. Cette modeste compagnie, car elle ne veut point porter le nom de congrégation, dirigeait trois séminaires à Paris, et dix en province. Elle ne chercha jamais à s'étendre et se renferma constamment dans son objet, qui était de former les jeunes ecclésiastiques aux vertus sacerdotales.
Le séminaire Saint-Nicolas avait pour supérieur Firmln Polet, théologien instruit, qui présida pendant vingt-cinq ans aux conférences ecclésiastiques que l'on tenait dans ce séminaire, et où l'on proposait des questions de morale; ses décisions servirent à Le Semélier pour la rédaction des conférences sur le mariage et sur l'usure. Sous l'abbé Polet, le séminaire de Laon fut confié aux prêtres de Saint- ISicolas.
Le séminaire des Missions-Etrangères, formé comme les précédents dans le dix-septième siècle, et d'où partaient de temps en temps des missionnaires pour la Chine et les pays adjacents, eut pour supérieurs alternatifs pendant près de cinquante ans deux ecclésiastiques fort considérés, Louis Tiberge et Jacques-Charles de Brisacin , qui tous deux refusèrent l'épiscopat.
Sans revenir sur les réformes monastiques établies dans le siècle précédent, nous devons mentionner leurs prin-
DU COMAFFNCEMENT DU XVIU' Sll.CLE. 81
cipaiix fruits. On voyait à la Trappe se mainlenir toute la rigueur de la règle dont l'abbé de Rancé avait rétabli 1 observance. Cet illustre pénitent venait de mourir en 1 700; mais après lui comme sous lui, celte abbaye offrit de grands exemples de pénitence et de ferveur. On a publié un recueil sur la vie et la mort de plusieurs Trappistes; il en était parmi eux qui avaient joué un rôle dans le monde, et dont la conversion eut plus d'éclat. Tels furent, sur la fin du dix-septième siècle, Jacques Mlnguet, abbédeChâlillon, en Lorraine, le comte de Santenac, seigneur piémontais, sur lequel on trouve une lettre dans le Mercure d'aoïU 1691 ; de Montbel, capitaine au régiment du roi, de Berville, de Saint-Mesmin, de la Barberie, qui finirent leurs jours à la Trappe, après avoir passé plus ou moins de temps dans les austérités de la réforme; le chevalier d'Albergotti, qui renonça au service étant déjà colonel, se retira à la Trappe et y mourut, en 1699, dans l'exercice des plus rudes pénitences ; René Maubert, d'Orléans, avocat à Paris, qui vivait dans l'oubli de Dieu, quand, touché de la grâce, il se rendit à la Trappe, y fit ses vœux, et y fut un exemple de ferveur et de courage. Au commencement du dix-huitième siècle, le même monastère vit d'autres généreux pénitents, le comte de Talhouet, le baron de La Mothe, le chevalier de Surville, de Tolemont, capitaine au régiment du roi, qui avaient quitté le monde en différents temps, et qui persévérèrent dans la pratique d'une règle austère. Jean-Baptiste de Sainte-Colombe d'Oupia, d'une famille honorable du diocèse de Saint-Pons, s'arracha jeune encore aux espérances de fortune pour embrasser les rigueurs de la réforme. Pierre Monchin, autre jeune ecclésiastique de Paris, passa dix-neuf ans à la Trappe, sans rien relâcher de ses plus rudes observances. Pierre Le Nain, frère du savant abbé de Tillemont, l'un des premiers disciples de l'abbé de Rancé, fut pendant quarante-cinq ans un modèle de ferveur. Celui dont la pénitence fut la plus étonnante, fut Jean Picault de Figré, prévôt de Touraine, qui s'était livré à la passion du jeu, et qui s'était rendu
redoutable par ses emportements et ses violences. La mort de sa mère, qui avait longtemps gémi de ses excès, fit impression sur lui. Il eut honte de ses égarements, et, à l'âge de quarante et un ans, il alla s'ensevelir à la Trappe, où ce caractère, naguère intraitable, étonna par sa douceur, son humilité et sa patience. Il fit profession sous le nom de Moyse, et mourut au bout de deux ans, en 1707.
La réputation de la Trappe fit désirer, dans d'autres contrées, d'avoir un établisssement formé sur le même modèle. Cosme III, grand-duc de Toscane, prince reli- -gieux, souhaita présenter à ses États une colonie de Trappistes et leur destina l'abbaye de Buon-Solazzo. On lui envoya de la Trappe quelques religieux , parmi lesquels étaient François-Toussaintde Forbin de Janson, neveu du cardinal de ce nom, et frère de l'archevêque d'Arles. Il avait servi dans les armées sous le nom de comte de Rosemberg, mais ayant tué un homme en duel, il fut obligé de sortir de France, fit la guerre contre les Turcs, revint ensuite, fut laissé parmi les morts à la bataille de la Marsaille, en 1693, fit vœu de se faire Trappiste s'il recouvrait la santé. Il exécuta son vœu à l'âge de quarante-sept ans, et prit le nom d'Arsène. Lui et les autres religieux, partis de la Trappe, traversèrent la France et furent accueillis en Italie. L'établissement de Buon-Solazzo prospéra ; Arsène y mourut en 1710, sa pénitence n'ayant fini qu'avec sa vie. Quelques années après, le Pape voulant réformer une abbaye de Bénédictins, invita l'abbé de la Trappe à se rendre en Italie avec quelques-uns de ses religieux -, l'abbé Jacques de la Cour résista longtemps, et ne se rendit qu'aux ordres du Pape et du Roi. Il passa par Turin en 1709 avec sa colonie, fut accueilli sur sa route avec des marques sinp^ulières d'estime, et fut surtout reçu avec intérêt par Clément XI, qui introduisit ces religieux dans son abbaye de Casa-Mario, où il voulait mettre la réforme.
Un autre asile contre la corruption du sièle avait été ouvert à Sept-Fonts, dans le Bourbonnais, par Eustache de Beaufort, digne émule de l'abbé de Rancé. La réforme
qu'il élablit était assez semblable à celle de la Trappe et ne prospérait pas moins. Sept-Fonts n'avait que quatre religieux quand il y entra ; à sa mort, en 1709, il en laissa cent vingt. Joseph- Madeleine de Forbin d'Oppède, qui était déjà prieur de la maison, fut élu abbé; il refusa cette dignité, et on choisit en sa place Joseph LargenvilUers, qui maintint dans l'abbaye la pratique austère qu'Eustache avait fait revivre.
D'autres réformes, qui avaient eu moins d'éclat, servirent aussi d'asile et de moyen de sanctification à des hommes dégoûtés du monde. Nicolas Druel d'Angoille, d'une famille honorable de Normandie, étant devenu abbé commendataire de Notre-Dame du Val , au diocèse de Bayeux, fut touché des exemples et des conseils de l'abbé de Rancé, qui avait eu aussi cette abbaye en commende, et qui s'en était démis lors de sa conversion -, il s'engagea en 1676 par des vœux de religion, et introduisit dans son monastère l'étroite observance. Cet abbé était un homme de mérite, qui jouissait de beaucoup de considération et qui refusa, dit-on , l'épiscopat. H réussit même à faire adopter la réforme dans d'autres abbayes de l'ordre de Saint-Augustin. Il mourut le 7 septembre 1720. Nous ignorons si la réforme se soutint après lui, mais nous voyons que son abbaye retomba ensuite en commende. Une autre réforme fut établie sur la fin du dix-septième siècle, dans le prieuré de Perrecy, de l'ordre de Saint-Benoît, diocèse d'Autun, par Louis Berryer, fils d'un conseiller d'état et pourvu dès sa jeunesse de plusieurs bénéfices-, voulant quitter le monde, et par l'influence de l'abbé de Rance, avec lequel il était lié, il se démit de la charge de conseiller au Parlement de Paris, d'un canonicat de Notre-Dame, et d'une abbaye qu'il possédait et ne retint que le prieure de Perrecy, dans le Charolais. Il s'y retira pour y vivre dans la pratique de la pénitence et y institua une réforme à peu près semblable à celle de la Trappe et de Sept- Fonts. Cette communauté devint assez nombreuse, et Berryer, qui n'avait pas pris d'abord l'habit religieux, quoi-
84 TABLEAU HISTORIOLE
qu'il suivît toutes les observances régulières et qu'il fût l'àrae de la réforme, se revêtit enfin de Thabit en 1698 et prononça ses vœux l'année suivante. On croit qu'il vivait encore en 1734, mais nous manquons de renseignements sur le sort de la réforme après lui ^ le prieuré était en commende avant la révolution (1).
Après avoir ainsi parcouru les institutions les plus remarquables, il convient de jeter un coup d'œil sur l'état du clergé et sur ce qu'il offrait de consolant et d'honorable. Peut-être même jugcra-t-on que nous aurions dii commencer par là, mais il nous a paru que, dans l'ordre que nous avons adopté, la liaison des faits serait mieux aperçue.
L'épiscopat comptait alors plusieurs hommes distingués sous le rapport du mérite, de la piété et du zèle.
A Grenoble, le cardinal Le Camus continuait, dans un âge avancé, une vie austère et laborieuse 5 il fallut que Clément XI lui écrivît pour l'engager à relâcher quelque chose de ses habitudes de mortification. Le cardinal veillait sur son diocèse, prêchait dans ses visites pastorales, envoyait des missionnaires là où il ne pouvait aller, et suivait pour lui-même la pratique des maximes sévères qu'il professait. Il favorisait les établissements ecclésiastiques et donna 30,000 livres pour des bourses dans son séminaire, 24,000 livres pour fonder des places pour des ecclésiastiques dans l'église Saint-Louis que le roi avait fait bâtir à Rome, 22,000 livres pour un petit séminaire, 25,000 livres pour apprendre des métiers à des jeunes gens et établir de jeunes personnes, enfin deux rentes
(1) Une aulrc vc'foime avait été entreprisi- dans l'ahbayc d'Orval, diocpse de Trêves, sur la Irontière de Fiance, par Charles-Henri de Bentzeradt, qui en était Abbé régulier. Cette réforme commença l'an 1674 et en apparence sous d'heureux auspices, mais le malheur qu'eut l'Abbé d'accueillir Nicole, Pontchàteau, et d'aulres jansénistes ru-itit's de France, fut pour la maison une source de troubles et de division. Pontchàteau entre autres y resta quatre ans sous un nom emprunté, et eut le temps d'endoctriner plusieurs religieux. il est dimcilc de croire que Bentzeradt ne fût pas coini.licc de ces menées dont les résultats éclatèrent après sa mort, arrivée le 12 juin 1707, sous son successeur Etienne Henrion.
annuelles pour être distribuées en aumônes, Tune par les missionnaires de Saint-Joseph, l'autre par des prêtres qui visiteraient les pauvres honteux. Son diocèse le perdit en
Les dernières années de Bossuet nous le présentent toujours occupé de travaux pour le bien de la religion et de l'Église. Il entretint avec deux luthériens d'Allemagne, le docteur Modanus et le savant Leibuilz, une correspondance dont le cardinal de Bausset a raconté les détails dans son Histoire de Bossuet. On y voit avec quel mélange de modération et de fermeté ce grand évèque conduisait une si importante négociation.
Membre de l'assemblée du clergé de 1700, il contribua plus que tout autre à y faire condamner un grand nombre de propositions sur la morale et quatre autres qui tendaient à favoriser et à renouveler le Jansénisme. 11 avait précédemment écrit aux religieuses de Port-Royal pour les exhortera la signature du formulaire, et avait montre, dit un appelant, beaucoup de zèle pour empêcher qu on ne donnât la moindre atteinte à cette signature. On l'avait vu un des premiers à s'élever contre le cas de conscience. Il combattit avec force les erreurs de Richard Simon et de Grotius.
Une maladie longue et douloureuse fil voir combien la foi de l'illustre prélat était vive et profonde-, toutes les pratiques de la religion lui étaient chères, et il aimait à s'entretenir des pensées de l'éternité. La relation de ses derniers moments est un des plus touchants épisodes desa vie publiée par le cardinal de Bausset. Cette grande lumière de l'Eglise s'éteignit le 12 avril 1704. Des discours en son honneur furent prononcés dans les chaires et dans les académies, et, ce qui est assez remarquable, à Rome, devant la congrégation de la Propagande.
Fénelon, qui survécut de quelques années à Bossuet, réalisait à Cambrai ces maximes de sagesse, de douceur et d'équitéqu'ilavaittracées autrefois pour des princes. Honorant sa disgrâce par une conduite soutenue, il faisait des ins-
tructionsdansson séminaire, confessait dans sa cathédrale, visitait exactement son diocèse, prêchait réguHèrementet remphssait tous les devoirs d'un pasteur vigilant. En même temps , étendant son zèle au dehors , il entretenait une correspondance étendue avec ses amis à la cour et dans la capitale, et tel était l'ascendant de son caractère et de sa vertu que, du fond de son exil, il dicta peut-être plus d'une fois , à l'insu d'un monarque prévenu, les avis de ses ministres et les résolutions de son conseil. Sa vie présente des traits de grandeur et de générosité dignes d'une âme si élevée. En 1708, il se chargea d'acquitter seul une contribution imposée aux curésde son diocèse, ruinés par la guerre , et apaisa la révolte de la garnison de Saint- Omer, en faisant payer, de ses propres deniers, aux soldats ce qui leur était dû de leur solde. En 1709, il reçut dans son palais les otTiciers et les soldats blessés à l'armée. En 1710, ayant appris que Tucrodin , chirurgien-major des troupes, était malade, il l'envoya chercher, le logea à l'archevêché, lui donna tous ses soins, et poussa l'attention jusqu'à faire venir pour lui un médecin de Paris. Dans un niomeni de disette, ses terres et ses greniers ayant été épargnés par les généraux alliés, il livra du blé pour la subsistance de l'armée française. Le P. Quirini, qui le visita en 1711, trouva encore l'archevêché rempli de généraux et d'oliiciers français, envers lesquels le prélat exerçait la plus noble hospitalité.
Les calamités qui pesèrent sur la France dans les dernières années du règne de Louis XlValHigèrent vivement l'âme sensible de Fénelon ; il eut de plus la douleur de voir périr avant lui, non-seulement le prince qu'il avait pris tant de soin de former, et dont les belles qualités semblaient promettre au royaume un si heureux avenir, mais encore de ses amis les plus chers, les ducs de Beauvilliers et de Chevreuse, et l'abbé de Laugeron. Ces pertes successives le comblèrent d'amertume et hâtèrent peut-être sa fin. Il n'avait que soixante-quatre ans quand il fut enlevé à son diocèse. Ses derniers moments firent éclater cette piété
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douce et vraie qui avait animé toutes ses actions -, il envisagea la mort avec calme et adressa au confesseur de Louis XIV une lettre touchante dans sa simplicité, et dans laquelle, sans rien demander pour lui ni pour sa famille, il ne s'occupait que des intérêts de son diocèse, du choix de son successeur et de rétablissement de son séminaire.
Après ces illustres prélats , il y en avait d'autres qui, avec une réputation moins brillante, méritaient bien de la religion et servaient utilement l'Église. De Baudry de Riencourt, évèque de Mende , était à la fois vigilant et généreux. Il fonda à Mende une maison de filles de l'Union chrétienne , pour travailler à la conversion des protestants, fit rebâtir le chœur de sa cathédrale, le séminaire et le collège, et enrichit son église d'ornements. La ville lui dut des travaux d'embellissement et d'ulilifé générale. Le couvent desUrsulines ayant étédéiruit par un incendie, le prélat le fit reconstruire à grands frais. La ville de Marvejols était toute protestante ; l'évéque y fonda une mission tous les trois ans, y transféra un couvent de religieuses, fit achever l'église collégiale, et enrichit l'hôpital. Tous les habitants revenaient successivement à l'unité. Ce prélat fit plusieurs fois la visite générale de son diocèse, laissa dans plusieurs villes des monuments de sa générosité, et mourut en 1707, laissant à l'hôpital de Mende tout ce qu'il possédait.
Paul Godet Desmarais, évêque de Chartres, avait été d'abord supérieur du séminaire des XXXIII^ il occupait cette place quand M""" de Maintenon le prit pour son directeur. Elle avait reconnu en lui, outre les vertus de son élat,un désintéressement et une prudence rares. Nommé a l'évêché de Chartres en 1690, le prélat abandonna, en 1693, tous les revenus de son évêché aux pauvres qui souffraient de la disette. Quoique fort appliqué a ses devoirs, ou plutôt parce qu'il en connaissait toute l'étendue, il consentit à ce que son diocèse fût diminué par l'érection de l'évêché de Blois, ce qui eut lieu en 1697. On assure qu'il refusa une placede conseiller d'état et le chapeau de
cardinal que Louis XIV voulait demander pour lui. Tout dans sa maison était d'une simplicité extrême. Son diocèse lui dut l'établissement de quatre séminaires et celui des Frères des écoles chrétiennes, qu'il fut un des premiers à favoriser. On ne doute point qu'il n'ait eu beaucoup de part à la fondation de Saint-Cyr. Clément XI lui adressa un bref le 9 juin 1705, pour le féliciter de ce qu'il avait fait en faveur des catholiques irlandais réfugiés en France. Il mourut en 1709, après s'être choisi un successeur digne de lui dans la personne de l'abbé de Mérinville, son neveu.
Bien d'autres évêques, pleins de l'esprit de leur état, donnaient à leur clergé l'exemple d'une vie vraiment sacerdotale et veillaient sur leurs troupeaux. Nous nous bornerons à en nommer quelques-uns. Guillaume de la Brunetière, évéque de Saintes, qui avait été seize ans prand-vicaire de Paris, remplit exactement les devoirs de l'épiscopat, visita les églises, tint des synodes, fonda un hôpital, travailla à la conversion des protestants et en ramena plusieurs-, il mourut le 2 mai 1702.
Armand de Béthune, ayant été nommé évêque du Puy en 1665, se démit de l'abbaye de la Vernouse, qu'il possédait; il rebâtit à grands frais l'église de Saint-Maurice et éleva à côté une maison de refuge. D'autres églises ressentirent les effets de sa générosité. Ce fut en grande partie à ses soins qu'on dut l'érection d'un hôpital général au Puy, en 1687. Assidu dans son diocèse, le prélat le visitait exactement, favorisait les réformes des monastères et se montrait pasteur vigilant et charitable; il mourut le 10 décembre 1703.
Son frère, Hippolyte de Béthune, évêque de Verdun, mort en 1720, agrandit son séminaire, établit à Verdun iin hôpital pour les pauvres, le confia aux Filles de la Charité, et fit les hôpitaux ses héritiers.
Michel Le Peletier, évoque d'Angers, était fils du ministre de ce nom qui sera mentionné plus bas ; avant d être évêque, il s'occupait à Paris de bonnes œuvres et donnait
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des retraites. A Angers, il menait clans son évèché la vie de communauté, visitait avec soin toutes les paroisses, s'informanl des besoins et corrigeant les abus. Des synodes, tenus avec exactitude, des retraites et des conférences ecclésiastiques établies, le choix des pasteurs, la décoration des églises, le soin de l'instruction de la jeunesse, furent les principaux objets de sa sollicitude. Son diocèse le perdit le 14 août 170G;, au moment où il venait d'être transféré à Orléans (l).
Louis-Alphonse de Valbelle, évéque d'Aleth, puis de Sainl-Omer en 1084, donna 20,000 francs pour fonder un hôpital h Saint-Omer, et laissa en mourant 80,000 francs à cet établissement. Il accrut les bâtiments et les revenus de la maison des fdles pauvres, dite le Jardin Notre-Dame, où on élevait de jeunes filles loin de la corruption du monde. Ses dons h son séminaire mirent en état d'y élever
(1) Cet évêque avait deux frères qui se distinguaient aussi par leur piété. Ii'un, Charles Maurice, après quelque incertitude sur sa vocation, entia au séminaire Saiiit-Sulpicc en l'J8S, fut fait ahhé de Saint-Aubin, fut reçu docteur en théologie de la faculté de Paris, et suivit son frère à Angers, où était son abhaje. 11 fut placé à la tète du Séminaire, et comme cette maison avait besoin de réparations, il logea les séminaristes dans son abbatiale. Un 1702, le Roi le nomma a l'évèché de Poitiers. Son père, son frère, le cardinal de Noailles, et madame de Maintenon, le pressèrent vainement d'accepter j il résista obslinémcnt à toutes leurs instances. Ayant perdu l'évèque d'Angers, il exécuta un j)rojet (ju'il avait formé depuis longtemps et au(|uel sa famille s'était opposée. 11 entra dans la compagnie de MM. de Saint-Sulpice, en devint même Supérieur général en 1725, et mourut le 7 septembre 1731, àfé de 64 ans, ayant consacré ses soins et sa fortune à former de bons ecclésiastiques.
Claude Le Peletier, dernier des enfants du Ministre, fut connu sous le nom de Souzi, qui était une terre de sa famille. Ce fut un enfant de bénédiction. Sa piété et sa ferveur précoce étaient un sujet d'admiration. Il mourut à l'âge de 17 ans, se félicitant d'éch.ipper aux dangers du monde et de se réunir à Dieu. On a sa vie sous le titre de M'ulèic des Jeunes Gens ; elle a été écrite -par l'abbé Proyart d'après des manuscrits qui existaient au séminaire Saint-Sulpice. Cette vie est fort édifiante, mais l'auteur a aflccté de n'y pas mettre une seule date ; de plus il défigure le nom du directeur de Souzi, (|u'il appelle Polol. C'était Firmin Polei, supérieur du séminaire Saint-Nicolas. 11 y a lieu de croire que Souzi mourut vers 1686, A la suite du Modèle des Jeunes Gens, Proyart a mis un récit de la vie de Charles- Maurice, qui est de niênie sans dates, et qui s'arrête au moment ou l'abbé de Saint-Aubin s'attacha à 3IM. de Saint-Sulpice.
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gratuitement soixante jeunes gens-, le prélat fit présent à la maison d'une belle bibliothèque, fonda dans la ville un établissement pour les Filles de la charité, et renonça en leur faveur à une portion du produit de l'évêché. Il mourut le 29 octobre 1708 (1).
Le diocèse de Lisieux dut à son évêque, François Goyon de Matignon, qui occupa ce siège depuis 1677 jusqu'en 1714, deux séminaires et deux hôpitaux. Le prélat légua en mourant 50,000 livres aux pauvres.
Fabio Brularl de Sillery, évèque de Soissons, montra autant de dévouement que de talent d'administration dans les disettes qui affligèrent son diocèse et tout le royaume en 1691 et 1709. Il unit des bénéfices à son séminaire, érigea aussi un petit séminaire et augmenta de ses fonds les bâtiments et les revenus de ces deux établissements. II établit dans le diocèse des écoles gratuites pour les filles pauvres, et bàlil ou enrichit des liopitaux. Ce prélat était littérateur, savant helléniste, et même hébraïsant ; il mourut le 19 novembre 1714.
François de Nemond, évèque de Bayeux, se démit, quand il fut nommé à ce siège, d'une abbaye et de deux prieurés qu'il possédait. Son diocèse lui dut trois séminaires, dont deux furent établis à ses dépens, un hôpital, des maisons de refuge, une maison des Filles de la Croix, à Reuilly. Il mourut le 16 mai 1715, étant doyen des évêques.
Michel Poncet de la Rivière, évêque d'Uzès, mort en novembre 1728, accrut et embellit sa cathédrale, érigea une chapelle dans l'hôpital de Saint-Sauveur, réta-
(1) Nous lie dissimulerons pas que cet évèque n'est pas présenté sous des couleurs favorables dans Y Histoire de Fénelon par le cardinal de Bausset. Certainement M. de Yalbelle eut tort de se montrer aussi sévère pourFénclon dans les assemblées provinciales de 1G99; mais ce tort ne doit pas faire oublier les fondations généreuses dont nous venons de faire mention d'après le (iaUia Chriiliana. M. de lîeaussel, racontant ensuite le trait de Fénelon, ((ui apaisa une révolte de la i^arnison, en lui faisant payer la somme qui lui était duc, ajouta (|ue rarclievè(|ue de Cambrai fit ce que l'évêque de Sainl-Omer aurait dû faire et ne fit pas. Mais n'est-il pas possible que ce dernier fût alors absent de son diocèse, et cpi'il ignorât la révolle?
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blit des églises paroissiales déiruites pendant les troubles, forma des associations de charité et poussa la générosité jusqu'à faire réparer les chemins dans son diocèse.
Enfin, car nous devons nous borner dans cette liste, MM. de Lescure,deSaulx, de Chalucet, évèques deLuçon, d'Alais et de Toulon , qui , avant leur épiscopat, avaient travaillé à la conversion des protestants par des missions et des conférences, soutenaient dans leurs diocèses leur réputation de zèle et de vertu.
D'autres prélats s'étaient fait connaître par leurs écrits ou par leurs succès dans la chaire. Huet, évêque d'Avranches, était fort savant; ses ouvrages, et en particulier sa Démonstration cvangélique , ont joui longtemps d'une grande réputation. De la Broue, évêque de Mirepoix , honoré de l'amitié de Bossuet, adresse des lettres pastorales sur l'Eucharistie aux membres réunis de son diocèse. (Malheureusement cet évêque fut un des premiers qui en appela de la bulle Unigenitus.) Fléchier et Mascaron s'étaient distingués dans la chaire, et durent à leur seul mérite leur élévation sur les sièges de Nisme et d'Agen : ils se firent estimer des protestants eux-mêmes par un zèle plein de modération et de prudence.
Le clergé du second ordre se montrait digne de ses chefs. A Paris, l'abbé de la Chétardie, curé de Saint-Sulpice, gouvernait sa paroisse avec autant de sagesse que de charité. Dès le moment qu'il fut curé, il mit tousses revenus dans la masse des aumônes pour être employés, avec les sommes qu'on lui confiait, pour le soulagement des pauvres, l'entretien des écoles et celui des communautés pauvres. Il ne se réservait que ce qui était absolument nécessaire pour son entretien, pour sa pension à la communauté des prêtres de la paroisse, et pour les gages et la pension de son domestique. Il veillait sur toutes les parties de son ministère, et refusa, en 1702, par attachement pour sa paroisse, l'évéché de Poitiers qui lui était offert. Les malheurs de l'année 1709 lui donnèrent occasion de
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déployer sa charité-, il recueillit d'abondantes aumônes et y joignit ses propres sacrifices. La princesse de Condé et la princesse de Conti, qui demeuraient sur sa paroisse, Tavaient choisi pour leur directeur ; et M""" de Maintenon lui accorda aussi sa confiance après la mort de l'évèque de Chartres. Le pieux curé mourut le 29 juin 1714. Son testament, que l'on trouve dans les Remarques hisLoriques sur Saint-Sulpice, atteste son humilité; il défendait toute pompe à ses obsèques et déclarait que tout ce que l'on trouverait chez lui à sa mort appartenait aux pauvres et aux bonnes œuvres de la paroisse. Il avait encore trouvé le temps de composer des homélies et d'autres ouvrages qui lui valurent un bref de Clément XL Son explication de l'Apocalypse a eu particulièrement de la réputation.
La communauté des prêtres de la paroisse Saint-Sulpice, qui était alors distincte du séminaire de ce nom, était aussi une excellente école où beaucoup de jeunes ecclésiastiques venaient se former aux fonctions du ministère. C'était le vertueux Oiier qui avait établi cette communauté où l'on ne faisait point de vœux, ipais où l'on vivait en commun, sous l'autorité d'un supérieur qui assignait à chacun son emploi. Cette communauté produisit beaucoup de laborieux et fervents ouvriers évangéliques. L'abbé Cassé, vicaire de Sorbonne et vicaire de Saint-Sulpice, prêcha pendant vingt ans dans cette église la controverse sur les dogmes niés par les prolestants. Zacharie Chardon de Lugny, qui demeurait aussi à la communauté des prêtres de Saint-Sulpice, fit pendant trente ans des conférences de controverse sur les mêmes matières, et reçut des encouragements et des marques d'estime du clergé et du roi. On dit que depuis 1690 jusqu'en 1733, il avaii ramené dans le sein de l'Eglise deux cent soixanle-dix-huit protestants. Il mourut le 23 juin 1733, à l'âge de quatrevingt-dix ans, ayant publié quelques ouvrages de controverse.
Des communautés de prêtres existaient également dans plusieurs grandes paroisses de la capitale, et les noms de
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quelques rues rattcsicnt encore. Dans ces communautés, des prêlrcs vertueux s'appliquaient sans bruit aux fonctions modestes d'un ministère d'autant plus respectable qu'il ne tend qu'à instruire^ à consoler, à ramener à la vertu. Tel était, sur la paroisse Saint-Sébaslien , Jean- Baptiste de la Varis, dont on nous a conservé le nom et qui mourut en 1704, après une vie consacrée aux bonnes œuvres. Tels étaient deux autres simples habitués de paroisses, Louis Raveau elÉtienne-François Bernage, l'un à Saint-Jean en Grève, l'autre à Saint-Nicolas-des-Champs, qui, sans autre secours que ceux de la charité, commencèrent en 1699 l'établissement d'une communauté de filles repenties dans le quartier du Temple. Ils dirigèrent celte communauté, qui portait le nom de Filles du Sauveur et où l'on ne faisait point de vœux. Le travail des mains et le don de pieuses dames soutenaient la maison, qui a subsisté jusqu'au moment de la révolution. L'abbé Kaveau mourut en 1710, et son confrère en 1723.
En dehors du ministère pastoral, de simples prêtres, de bons religieux, honoraient ou servaient l'église de différentes manières. Nicolas Lefèvre avait donné dans sa jeunesse des leçons au grand Daupliin et aux princes de Conti, et s'était retiré ensuite à l'hôpital général pour y assister les pauvres. Louis XIV l'appela à Versailles et l'adjoignit comme sous-précepteur à l'éducation des princes ses pelitsfds. Renfermé dans ses fonctions, l'abbé Lefèvre s'était fait à la cour une solitude profonde, et après être resté huit ans auprès du prince, il se retira sans rien demander, et de retour à Paris, se chargea de diriger les Filles de Sainte- Anne, communauté établie sur la fin du siècle précédent, mais qui avait éprouvé quelques troubles. Le prieur-directeur y ramena la paix. La communauté se fixa par ses soins rue Neuve-Sainte-Geneviève-, la chapelle fut bénite en 1700 et le cardinal de Noailles donna, en 1705, des constitutions à ces filles. L'abbé Lefèvre fut leur soutien au temporel comme au spirituel. En 1707, on commença la construction d'une église, et la maison obtint des lettres
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patentes en 1723. Elle perdit son directeur le 24 août 1708.
Claude Anselme , prêtre de l'Oratoire, archidiaere de Paris, était en réputation de sagesse et de vertu , et joignait la pratique de la mortification à l'exercice des bonnes œuvres.
Simon Gourdan, chanoine régulier de l'abbayede Saint- Yictor, observa constamment la règle primitive dans un monastère où le relâchement s'était introduit. 11 avait voulu se retirer à la Trappe, mais on lui conseilla de rester h Saint-Victor pour y servir d'exemple par sa vie pénitente et par son courage. L habitude du recueillement, de l'oraison et de la présence de Dieu lui avait concilié l'estime et le respect général -, on venait le consulter sur des matière de direction et de piété, et on trouvait en lui autant de discernement que de zèle et de ferveur.
Si de la capitale nous passons dans les provinces , nous y trouverons de grands exemples de vertu dans le clergé -, et nous ne pourrons même les indiquer que rapidement. Des ecclésiastiques qui, par le rang de leurs familles, pouvaient aspirer aux honneurs, se retiraient du monde pour vivre dans les pratiques de l'humilité et de la pénitence. A Provins, François d'Aligre, fils du chancelier de ce nom, retraçait les austérités des premiers anachorètes. Il avait fait profession dans sa jeunesse parmi les chanoinesréguliers de la congrégation de France. Devenu abbé de Saint-Jacques de Provins en 1643, il posséda cette abbaye en règle , refusa l'évêché d'Avranches auquel il fut nommé en 1668, ne quitta son abbaye que pour venir soulager son père , créé chancelier de France en 1672, et retourna dans son monastère après la mort de ce magistrat. Là il menait une vie pauvre et austère, couchait sur la dure, et n'avait presque constamment d'autre nourriture que du pain, de l'eau et des fruits. En même temps il réparait son abbaye, enrichissait l'église, formait une nombreuse bibliothèque, établissait des maîtres pour commencer les études des enfants pauvres, et des catéchistes pour enseigner les éléments de la doctrine chrétienne, assignait des
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fonds pour trente orphelins qui devaient vivre en communauté, et distribuait aux pauvres tous les revenus de l'abbatiale : c'était allier noblement la générosité à la pénitence. L'abbé d'Aligre termina, le 21 janvier 1712, par une mort édifiante , une vie toute de bonnes œuvres 5 il était dans sa 92" année.
Claude Fyot de La Marche, abbé de Saint-Etienne de Dijon , peut être cité à coté de l'abbé d'Aligre. Né à Dijon en 1630, il fit ses études au collège des Jésuites, et y soutint des thèses de théologie, auxquelles assista Louis XIV, qui se trouvait alors à Dijon. Ce prince le nomma son aumônier, et en 1762 abbé de Saint-Etienne, qui était en même temps collégiale. L'abbé Fyot était de plus prieur de Notre-Dame de Pontarlier-sur- Saône ; il en fit réparer l'église qui avait été ruinée en 1636, et fit construire un bâtiment en forme de monastère. Il appela en 1679 les chanoines-réguliers de la Congrégation de France, et se démit de ses bénéfices en 1705, en faveur de Claude Koulier, son petit-neveu. L'abbé Fyot avait quitté la cour de bonne heure, et s'était retiré dans son abbaye peu de temps après l'avoir obtenue. Il visitait les églises de Dijon et de la campagne qui dépendaient de son abbaye, y tenait les règlements nécessaires pour la réformation des abus et l'entretien des églises; il dressa des statuts pour son chapitre et entreprit, en 1669, de rebâtir ou au moins de réparer presque entièrement son église de Saint-Etienne. Les paroissiens de Saint-Médard contribuèrent à la dépense. L'abbé fit, en 1676, la bénédiction de l'église : elle fut consacrée, en 1685, par Etienne Le Camus, évêquc de Grenoble et peu après cardinal. En 1686, le tonnerre étant tombé sur le clocher et y ayant fait de grands dégâts, le généreux abbé le rétablit, de concert avec les paroissiens de Saint-Médard, et y remit des cloches. Son église lui dut des fondations pour la splendeur du service divin. Il fit rebâtir le cloître de l'abbaye, et ayant fait élever un bâtiment sur l'une des ailes, il y reçut des jeunes clercs que l'abbé Bénigne .Toly, chanoine de Saint-Etienne,
avait recueillis et qu'on formait aux vertus et aux fonctions sacerdotales. Ce séminaire rendit des services dans un temps où l'évèché de Dijon n'était pas encore érigé. L'abbé Fyol encourageait la vocation des jeunes gens pour l'état ecclésiastique, et procurait aux églises de sa juridiction des vases sacrés, des ornements et des missions. II mourut dans son abbaye le 27 avril 1720, étant dans sa 91' année. Il publia V Histoire de l abbaye de Saint- Etienne, et des livres de piété.
Joseph de Sainte-Colombe, d'une famille noble du Daupliiné, quitta sur la fin du dix-huitième siècle la capitale, où ses vertus lui avaient concilié une considération qui affligeait sa modestie. Après avoir distribué aux pauvres tout ce qu'il possédait, il se retira en province, et se fixa à Lyon ; mais craignant d'y être bientôt reconnu, il se rendit à Bourg en 1700, sous le nom de Jourdan, et demanda comme une grâce de pouvoir visiter et consoler les malades. Sa douceur, sa modestie, sa piété, lui gagnèrent l'estime et la confiance : on lui offrit un logement à l'hospice, ce qu'il accepta; mais il y vivait très-pauvrement, ne couchant point dans un lit, ne faisant point de feu, se mortifiant sur la nourriture comme sur le reste. On ne le voyait sortir de l'hôpital que pour visiter des malades ou pour d'autres œuvres de charité. Un orage s'éleva contre lui; il fut dénoncé à l'archevêque de Lyon, dont Bourg dépendait alors. Le pieux prêtre refusa de faire aucune démarche pour sa justification, et attendit patiemment que les bi uits qui avaient couru sur son compte tombassent. En effet, ils se dissipèrent bientôt, et chacun lui rendit justice. L'abbé Jourdan partageait son temps entre la prière et les œuvres de charité. Il semblait ne plus appartenir à la terre, et ne s'occupait guère de son corps. Cette vie mortifiée hàla peut-être sa fin. Il devint languissant, vit approcher la mort avec joie et reçut le Sacrement avec des transports de foi qui étonnèrent les assistants. Il mourut le 30 décembre 1706 Le clergé, les magistrats, les pauvres assistèrent à ses obsèques, et son oraison funèbre
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fut prononcée. Ainsi, celui qui avait pris tant de soin de se cacher, devint après sa mort Tobjel de la bénédiction publique (1).
François d'Urfé , frère du pieux évoque de Limoges du même nom, qui mourut en 1695, passa vingt-trois ans dans le Canada comme missionnaire, revint en France déjà infirme, fut pourvu de l'abbaye d'Uzerche , s'efforça d'y mettre la réforme, et mourut en réputation de vertu dans son château de Baugé, le 30 juin 1701.
Henri-Marie Boudon, grand archidiacre d'Évreux, fut un des plus saints prêtres dont s'honora l'Eglise de France dans le dix-septième siècle. Formé de bonne heure aux bonnes œuvres dans les congrégations de jeunes gens établis à celle époque, il se prépara au sacerdoce par une vie toute de détachement et de sacrifices. Ses visites comme archidiacre, la prédication, les missions, les retraites, la diieclion des consciences, la composition d'ouvrages d'une haute spiritualité, l'occupait alternativement. Sa vie, toute consacrée à Dieu et au prochain, offre une suite de travaux, de voyages, d'exercices, tous dirigés par les plus purs motifs et fertiles en heureux résultats. Il mourut plein de mérites le 31 août 1702. On a sa vie par Collet ; mais il en a paru, en 1837, une autre plus soignée et plus intéressante, pour laquelle on s'est servi de lettres et de manuscrits que Collet n'avait point connus.
Pierre Cruley, curé de Barenton, au diocèse d'Avran* ches, pourrait être cité comme le modèle des pasteurs^ il fut successivement curé de Mesnil-ïmbert et de Barenton. II y établit des collèges pour l'éducation des jeunes gens, appela auprès de lui de jeunes prêlres qu'il formait à l'exercice du ministère, donna des missions et changea la face de ces paroisses. Un hôpital fut fondé par lui à Vermoutiers , près Mesnil-lmbert, et une autre à Barenton; ces hôpitaux étaient dirigés par des religieuses auxquelles
(1) Tiré du manuscrit de Visé de 1708 el de l'Histoire llagiologique du Diocèse de Btltt-r, par M. Diipny, tome ii.
le pieux Cruley donna des règles, et pour lesquelles il obtint des lettres- patentes en 1G76. Ces religieuses visitaient les malades et s'appliquaient à toutes les bonnes oeuvres: leurs règles furent approuvées, en 1701, par M. de Coëtenjau, évèque d'Avrancbes. Crutey concourut à la fondation de Tbopilal de Bernay, du séminaire de Domfront et de la communauté des filles et de maîtresses d'école de Saint-Front. Ce curé, bomme de mérite en même temps que prêtre plein de foi et de zèle, mourut à l'âge de 80 ans, le 23 février 1703. Sa vie, par Grandet, nomme plusieurs ecclésiastiques très-recommandables de la même province»
Louis de Fougasse de la Bastis d'Entrecbaux, cbanoine de Notre-Dame-des-Dons, à Avignon, était un très-vertueux ecclésiastique dont la vie a été publiée par Roque, à Avignon, en 1710; ce cbanoine mourut le 15 février 1706.
François Matbon, cbapelain des Carmélites d'Amiens, a mérité aussi que sa vie fût imprimée ; il visitait les pauvres dans les bopitaux, et joignait à la cbarité pour les malbeureux une bumilité, un esprit de recueillement, un amour de la pénitence qui le faisait respecter de toutes les classes; il mourut le 16 octobre 1708.
Josepb Sain, cbanoine de Tours, renonça à son bénéfice pour se livrer à une vie plus active ; après avoir travaillé quelque temps dans les missions, il commença l'établissement du séminaire de Tours, qu'il dirigea pendant 20 ans. On lui dut aussi un petit séminaire et une maison de filles de l'Union cbrétienne, dont il fut le premier supérieur; il mourut le 18 octobre 1708.
Gilles Marie, curé de Saint-Saturnin , à Cbartres, avait été placé tour à tour à la tête du séminaire de Saint-Agnan et de plusieurs paroisses; il se distingua surtout par son activité et sa générosité dans une épidémie qui atteignit la ville de Cbartres en 1694, à la suite de la disette, il épuisa ses ressources pour soulager les malbeureux et passait la.journée à visiter les malades et à porter partout des paroles de consolation, qu'il accompagnait de secours elli-
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caces. Cette continuité de soins lui fit contracter la maladie, dont il ne fut cependant point victime ^ il ne mourut que le 10 juin 1720. Foy. sa vie, 1736, in-12.
Guillaume Delaunay, d'Angers, fut d'abord militaire , puis marié. Dans l'une et l'autre situation, sa conduite fut loin d'être régulière; son caractère était violent et ses passions impérieuses. Mais la mort de sa femme le toucha. Étant tombé malade lui-même, 11 fit vœu d'aller en pèlerinage à Saint-Florent, et fut guéri. Dès lors il changea de conduite, fit une retraite au séminaire d'Angers, reprit ses études. Son zèle à réparer les scandales qu'il avait donnés et sa vie dure et pénitente décidèrent , après cinq ou six ans d'épreuves, à l'élever au sacerdoce, ce qu'il souhaitait ardemment. Devenu prêtre, il refusa les cures qu'on lui ofï'rlt et voulut rester dans les places inférieures. Il fut vicaire en différentes paroisses, puis employé dans les missions-, ensuite il exerça son ministère dans l'Hôpital général et dans la maison des Pénitentes d'Angers. Sa vie fut une pénitence continuelle jusqu'à sa mort, arrivée le 14 septembre 1712.
Le diocèse d'Angers comptait vers la même époque des ecclésiastiques distingués par leur piété et leur zèle. Grandet, dans ses mémoires manuscrits, nomme l'abbé de la Butte-Sara et l'abbé de Chevreuse, tous deux de familles riches et accréditées, et qui n'en étaient que plus propres à exercer de l'influence ^ le premier avait d'abord vécu dans le monde et y avait donné dans quelques écarts, mais son retour vers Dieu fut marqué par un changement total de conduite. Sa pénitence fut durable. Ces deux ecclésiastiques occupèrent quelque temps des cures et les quillerent pour se préparer dans la retraite à leur dernier passage. Dans le môme pays, Réné-Francols Fontaines de la Crochinière avait d'abord été employé dans l'administration des armées, puis avait été receveur des tailles à La Flèche. Déo-oûté du monde, il alla faire une retraite à l'Oratoire de Paris et ne s'occupa plus que de son salut et de bonnes œuvres. Il reprit l'habit ecclésiastique qu'il
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avait porledanssajennes.se, mais l'humilité lui fît redouter Je sacerdoce. Il resta simple clerc, et consacra sa fortune à d'utiles élablissemenls. Il fonda au Lude un hôpital pour des orphelines, sous le titre de Notre-l3amc-de-la-Miséricorde et obtint, en 1705, des lettres-patentes pour celte maison, où il appela des hospitalières formées dans la communauté de Saint-Charles à Lyon. Il rassembla aussi au Lude quelques orphelins, et donna des fonds pour achever un hospice à Sablé. Après une vie non-seulement frugale mais austère, l'abbé de la Crochinière mourut le 14 septembre 1713j laissant tous ses biens à l'hôpital qu'il avait fondé.
11 serait temps de nous borner dans cette nomenclature. Cependant nous ne pouvons nous refuser à faire connaître encore deux prèties dignes de mémoire. Jean Leu^ duger, d'abord curé, puis chanoine de Saint-Bricuc et missionnaire, fut un laborieux ouvrier dans le champ du Père de famille. 11 él^iit né, en 1649, à Plérin , diocèse de Saint-Brleuc, et se forma de bonne heiu'e à l'esprit et aux connaissances propres de l'état ecclésiastique. Son goût Ife portait aux travaux des missions, et il seconda d'abord l'abbé de la Pinsonnière et le père Maunoir dans ce genre de ministère. Son évèque l'ayant nommé curé de Plonguenac, puis de Moncontour, il remplit dans ces deux paroisses tous les devoirs d'un pasteur vigilant et charitable. Il gagna les esprits par sa douceur, réforma peu à peu les abus, prit soin des pauvres, et engagea de pieuses filles à se réunir en communauté pour instruire les enfants et visiter les malades. 11 établit l'usage des retraites et donna des missions, non-seulement dans le diocèse de Sainl- Brieuc, mais dans ceux de Saint-Malo, de Dol et de Rennes. H voulait se consacrer aux Missions étrangères, mais sou évêque ne voulut pas se priver d'un prèlie si zélé, qui produisait de grands biens dans les missions par ses instructions solides, par son dévouement et son courage» C'est à M. Leuduger qu'on doit l'établissement des Filles du Saint-Esprit, dites Sœurs Blanches ou Sœurs de Plérin.
DU COMMENCEMENT DU WIll* SIECLE. 101
Il engagea une veuve de Plérin, nommée Marie Balavolne, à se consacrer au service des pauvres. D'autres filles pieuses se joignirent à elle. En 1706, le curé de Plérin leur donna des règles qui furent depuis approuvées par l'évéque de Saint-Brleuc, Vivet de Montclus. Ces sœurs tiennent les écoles, visitent les malades et sont encore répandues dans toute la Bretagne. Cette institution seule doit rendre la mémoire de M. Leuduger précieuse à la province. Le vertueux prêtre mourut le 16 janvier 1722. Sa vie existe en manuscrit; M. l'abbé Tresvaux en a donné un extrait dans ses f^ies des saints de Bretagne^ tome V.
Antoine Pâté, curé de Cherbourg, doyen de La Hogue, né dans le diocèse de Coutances en 1655, ordonné prêtre en 1682, travailla d abord dans les missions et fut ensuite vicaire en 1687. II fut nommé à la cure de Cherbourg. Celte ville n'avait qu'une paroisse, et était dès lors importante par les grands travaux qu'on y faisait pour la marine. L'abbé Paie donna d'abord ses soins à l'instruction des enfants-, en r690, il procura une mission à sa paioisse, et en 1692, des retraites. Des exhortations régulières, des lectures publiques de piété, des conférences instituées, une assemblée de dames de la charité, sur le modèle de celles de Saint- Vincent de Paul, une grande vigilance sur les écoles, le soin de former des jeunes gens dans le sacerdoce, ne sulFisaient pas encore au zèle du pieux curé. Il tenait assidûment les conférences ecclésiastiques, et ramena plusieurs protestants dans le sein de lEglise. Son presbytère était comme une communautédes mieux réglées, dont il était l'âme par sa [)rudence et sa douceur. Sa charité paraissait surtout au tribunal de la pénitence, dans la visite des malades, dans les soins qu'il donnait aux hôpitaux. Il bravait les épidémies et faillit deux fois en être victime. Lors du combat de La Hogue, dont l'issue fut si funeste à notre marine, il assista avec courage les blessés. Il reçut deux fois Jacques II, roi d'Angleterre, la première fois quand ce prince fut obligé de sortir de son royanme,
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et la deuxième fols quand il revint d'Irlande. Louis XIV le fit remercier des services qu'il avait cherché à rendre au roi malheureux. M. Pâté mourut dans de vifs sentiments de piété le 21 mars 1728. On a sa vie par Taigan, curé de Dégoville; la deuxième partie est toute consacrée à des notices sur des pieux personnages du même temps et du même pays, qui avaient été liés avec le curé de Cherbourg, entre autres sur Guillaume Picot et François Frigoult, prêtre et coopérateur de M. Pâté dans sa paroisse ; sur Paul Levée, prêtre de Saint- Jean à Caen, correspondant du curé pour différentes bonnes œuvres, mort le 18 janvier 1727; sur Julien de Lallier, docteur de Sorbonne, curé et odicial de Valognes, grand-vicaire de Coutances, qui prit beaucoup de part à l'établissement de l'hôpital de Valognes en 1682, et qui mourut, le 30 avril 1728, dans le séminaire de Valognes, dont il était supérieur, et où il s'était retiré, après avoir donné la démission de sa cure.
A l'autorité de ces exemples le clergé joignait le goût de l'instruction et des études convenables à son ministère. A aucune époque peut-être les sciences ecclésiastiques n'avaient été cultivées avec autant d'ardeur, de talent et de succès. Chaque branche de ces sciences comptait plusieurs hommes laborieux qui travaillaient à en faire disparaître les épines ou à en recueillir les fruits. La critique et la piélé s'exerçaient à la fois sur TEcriture sainte, tantôt pour en éclaircir les difficultés, tantôt pour en développer les leçons et les exemples, afin d'édifier et d'instruire les fidèles ; on publia des versions de l'Ecriture, des analyses, des explications et des recherches savantes, soit sur le texte, soit sur l'histoire, soit sur d'autres points relatifs à la littérature biblique. Les différentes parties de la théologie occupaient des hommes habiles, dont les uns donnaient des cours entiers de celle science, et les autres s'altachaient à des traités particuliers ; ceux-ci s'appliquaient au dogme, ceux-là à la morale, les autres au droit-canon. Les décisions des cas de conscience de Pontas et celles de Fromageau offrent, sur
DU CO.MUJENCLMIiJNT DV WIll' SIKCfl.. 103
beaucoup de points, un guide commode dans l'exercice du ministère. Les Conférences publiées dans quelques diocèses ont été fort utiles par l'étendue des matières qu'elles embrassaient. Les Conférences d'Angers ont conservé jusqu'à nos jours une juste réputation parmi les ecclésiastiques. Celles de Paris, par Le Semelier, sont le résultat des réunions qui avaient lieu au séminaire Saint-Nicolas , et où l'on discutait des questions de morale; Le Semelier n'a publié que ce qui regarde le mariage et l'usure. Les Conférences de Luçon, commencées par Louis, furent continuées par l'abbé Dubos.
De savants liturgistes expliquaient les rits et les cérémonies de l'Église, et se livraient à des reclierches, où tantôt l'érudition, et tantôt la piété trouvaient à se satisfaire. On publiait des Bréviaires qui offraient un emploi plus lieureux et plus fréquent de l'Écriture, où les légendes étaient revues avec plus de soin, et où les hymnes et les proses étaient rédigés avec plus de goût.
Le champ de l'histoire était cultivé par un grand nombre de mains laborieuses-, les uns traçaient l'histoire générale de l'Église, ou rassemblaient des matériaux qui pouvaient servir aux historiens futurs; les autres s'attachaient à des époques particulières, ou racontaient la vie de quelques personnages remarquables par leur sainteté et leurs services. Hélyot rassemblait l'histoire des divers corps religieux, de leurs réformes et des congrégations modernes. Dans le genre de l'érudition sacrée, on pouvait compter des prêtres et des religieux livrés à des découvertes critiques et à des discussions sur des points d'histoire et de discipline. Paul Pezron, religieux Bernardin, se distingua par ses recherches sur l'Écriture sainte et la chronologie. Etienne Baluze, simple tonsuré, était un des hommes de son temps les plus versés dans la connaissance des chartes et des manuscrits 5 il travailla beaucoup sur l'histoire eccclésiastique, et publia des lettres des papes, des opuscules des Pères et des dissertalions sur des points de critique. .Michel Le Quien, orien-
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taliste et antiquaire, est surtout connu par une édilion des OEuvresde saint Jean de Damas et par son Oriens chrislianus. Des laïques même s'appliquaient avec succès aux matières d'érudition ecclésiastique, et publiaient des traductions d'écrits des Pères ou des dissertations sur des points d'histoire.
La partie de la morale surtout était traitée par un grand nombre d'écrivains, qui tiMvaillaient à nourir la piété des fidèles par des ouvrages de différents genres. Dans le clergé séculier et régulier, des hommes instruits et zélés publiaient des livres propres à éclairer l'ignorance des uns, à ranimer la foi des autres, à faire aimer la religion et la vertu. Plusieurs de ces ouvages ont joui d'une juste estime, et il en est qui l'ont encore conservée. Des prédicateurs distingues occupaient la chaire avec succès; dans quelques corps et congrégations, on cultivait constamment ce genre de ministère, et des hommes estimables ont laissé des productions que la piété et le goût aiment encore à consulter. Les missions, les conférences, les retraites, tous les pieux exercices que le siècle précèdent avait vus naître, ou du moins qui s'étaient alors multipliés, continuaient à entretenir l'esprit de religion parmi les peuples, et le zèle sacerdotal dans le clergé 5 et l'Église se félicitait de voir ralllance du savoir et de la vertu contribuer dans ses ministres à honorer leur caractère et à rendre leur ministère utile.
Nous avons peut-être été trop loin dans l'énumération des ecclésiastiques qui à cette époque honorèrent leur caractère par d'éclatantes vertus. 11 est juste aussi de parler des simples laïques. Partout la piété était en honneur, et ceux mêmes qui ne la pratiquaient pas la vénéraient. La cour, devenue plus régulièie à la fin du siècle, comptait une foule de personnages d'un rang éminent tout dévoués aux bonnes œuvres. Louis XIV avait renoncé depuis longtemps à ces attachements coupables dans lesquels sa jeunessse s'était égarée, et dont les objets s'étaient condamnés aux larmes du repentir et aux expiations de la péni-
DU COMMENCKMKNT DU XVIIl' SIKCLE. 105
lence. M"^*^ de la Vallière et M'"^ de Monlespan vivaient dans la retraite et dans les pratiques de la piété. La première avait embrassé les austérités du Carmel, et les soutenait avec courage. La seconde, n'avait pas fait de vœux, mais demeurait dans une communauté où elle s'était donnée tout entière à Dieu et aux pauvres. L'une et l'autre étaient un grand exemple pour le monde qui avait été témoin de leurs scandales, et qui apprenait par là Le moyen de les expier. Louis XIV ne se contentait pas de s'être détaché des liens de ses passions; il faisait respecter la vertu. Il n'eût souffert ni les éclats du vice ni les railleries contre la religion. 11 avait toujours révéré celleei dans le temps de ses plus grands écarts, à plus forte raison quand elle avait repris sur lui tout son empire. Il voulait qu'elle fût honorée, et il se faisait gloire d'y contribuer. L'attention la plus scrupuleuse présidait à ses choix pour les bénéfices. Ce choix était à ses yeux un acte de religion. Il le réservait pour les plus grandes fêtes de l'année, pour les jours qu'il consacrait aux exercices de piété et à la participation des mystères saints. Dans les places, il préférait ceux qui paraissaient plus religieux. On lui a reproché d'avoir par là favorisé l'hypocrisie, et d'avoir fait de mauvais choix. Sans doute Louis a pu se tromper ; il n'éiait point infaillible. Mais des choix plus heureux devraient lui obtenir grâce pour quelques autres qu'on lui a bien durement reprochés. Quant à 1 hypocrisie qu'on l'accuse d'avoir encouragée, cette imputation ne nous paraît nullement fondée. Si, sous un prince vertueux, ceux qui ne le sont pas feignent de l'êlre pour lui faire la cour, est-ce à lui ou à eux qu'il faut adresser des reproches? L'abus que les courtisans font des qualités du prince, doil-il faire condamner ces qualités; et, parce qu'on le trompe, faut-il absolument qu'il ait tort?
Louis XIV était sincèrement religieux ; il l'était par conviction et par sentiment. Il honorait les ministres de l'Eglise. On a plusieurs de ses lettres aux Papes de son temps. Elles sont remplies d'expressions et de marques
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de dévouement qui élonneraient peut-être de la part d'un monarque jeune et fier. Ainsi il écrivait à un des prédécesseurs de Clément XI : « Votre Sainteté peut s'assurer » que désormais une de mes plus sérieuses et plus douces » applications sera de lui complaire en toutes les choses » où j'en aurai le pouvoir, et de ne rien oublier de ce )) qui dépendra de moi pour témoigner ma dévotion en- )) vers le Saint-Siège, mais aussi pour contribuer à la » gloire de son nom • je le dis de cœur, et les effets lui )) feront voir la vérité de mes sentiments. » On trouve dans ses OEuvreS;, en six volumes, imprimées en 1806, d autres lettres adressées au même Pontife, et qui ne sont pas moins affectueuses. On en trouve qui sont adressées à Bossuet, à M'"^ de Lamoignon, et qui n'ont pas d'autre objet que de se recommander à leurs prières. Il écrit à l'archevêque de Paris uniquement pour l'engager à voir le duc de Rohan, alors mourant, et à le disposer à une fin chrétienne. Il était alors à larmée, et il trouvait le temps de s'y occuper d'un objet de cette nature. Il presse le roi de Danemark de protéger les catholiques de ses Etats. Il écrit, pour le même motif, aux magistrats de Hambourg. Il avait sollicité plus d'une fois, dans le même but, le roi d'Angleterre, Charles II, et il avait travaillé h fortifier le penchant de ce prince pour la religion catholique. Il avait envoyé en Portugal l'abbé dcBourzeis, uniquement: pour engager M. de Schomberg, qui commandait pour les Français en ce pays, à renoncer au calvinisme.
Tel était le zèle de ce prince dans le temps même où la religion avait h reprendre en lui de grandess fautes. Ce zèle parut s'accroître quand Louis fut revenu à des mœurs plus chrétiennes. Il remplissait exactement les pratiques de la religion. 11 entendait la messe tous les jours, et n'y a manqué qu'une seule fois, se trouvant à l'armée. Il se tenait à l'église dans la ])osIure la plus respectueusCj et voulait qu'on fît de même. 11 observait, autant qu'il le pouvait, les règles sur l'abstinence, et il les faisait observer. Il rendit un grand nombre de lois favorables à la
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religion. Il s'eflTorça de réprimer la fureur des duels, et d'arréler, par des édits rigoureux, la licence des blasphèmes. Il désira vivement réunir tous ses sujets dans une seule croyance, et pour y parvenir^ il favorisa le zèle des missionnaires qui se répandirent en plusieurs provinces pour y prêcher la controverse. Il encouragea des écrivains à se servir de leurs talents pour démontrer le vice de la prétendue réforme. Il crut devoir révoquer une loi fameuse qui accordait de grands avantages aux protestants, et il restreignit graduellement leurs privilèges. Ce n'est pas ici le lieu de discuter l'équité ou l'à-propos de cette mesure. Nous pouvons dire seulement que s'il y eut dans 1 exécution des injustices locales, des rigueurs partielles, ou des violences particulières que nous n'approuvons pas, on doit s'en prendre, ce semble, non au prince qui ne peut tout voir,, mais à des subalternes qui abusaient de son autorité, et qui se croyaient tout permis loin de ses yeux.
On doit h Louis XIV bien des établissements utiles; je ne parle pas ici de cette fondation magnifique, où les défenseurs de l'Etat trouvaient, après leurs travaux guerriers, un asile honorable et une retraite pieuse, où ils pouvaient finir leur carrière dans les soins du salut, après l'avoir commencée dans les exercices des camps 5 je ne parle pas de cette autre fondation, non moins respectable, destinée à élever des filles pauvres, et à leur inspirer des sentiments de piéié qui ne les rendaient ensuite que plus propres à devenir de bonnes mères de famille 5 Louis favorisa d'autres établissements dirigés plus spécialement encore vers le bien de l'Eglise. Il concourut à la fondation du séminaire des Missions étrangères, d'où partaient des hommes apostoliques qui allaient porter le flambeau de la foi dans les contrées les plus reculées de l'Orient. Il obtint l'érection d'un évêché à Québec. Il pourvut aux besoins spirituels des habitants des colonies.
Son zèle s'étendait jusque sur les pays occupés par les Musulmans. Il était auprès du Grand -Seigneur le protecteur des chrétiens oppriuiés. et il les délivra plusieurs fois
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des avanies des infidèles. Il envoyait h ces églises malheureuses des prêtres, des livres, des objets nécessaires au culte. Son ambassadeur à la Porte était chargé de veiller à leurs intérêts, et un de ces ambassadeurs, le marquis de Ferriol, mérita les éloges du souverain Pontife pour le soin qu'il prenait de défendre les catholiques et d'adoucir leur sort. Peut-être se trouverait-il des gens dédaigneux qui riraient de voir un grand prince descendre à ces sortes de soins. Mais je ne sais si la politique ne serait pas
ici d'accord avec la reliffion et l'humanité, et si ce beau
rôle de prolecteur des chrétiens opprimes en Grèce et en Asie, ce rôle si honorable pour la France, ne pouvait pas aussi lui être utile sous un autre rapport , en procurant de nouvelles branches à son commerce, et en lui donnant dans ce pays des amis dévoués à ses intérêts.
Ceux à qui Louis accorda sa confiance en furent généralement dignes. Le père de La Chaise , son confesseur, était un bon religieux , dont Saint-Simon lui-même a loué la modération, quoique ce seigneur fit profession de ne pas aimer les Jésuites. M™'^ de Maintenon , qu'il n'aimait pas davantage, et que quelques écrivains, qui l'ont copié, ont jugée très-sévèrement, M'"'' de Maintenon était une femme estimable, modeste, désintéressée, éloignée de tout esprit d'ambition. Parmi les femmes qui eurent de l'influence sous ce règne, aucune n'abusa moins de son crédit. Pourquoi se montrerait-on si indulgent envers les autres, et si sévère envers celle-ci ? Pourquoi la rendrait-on responsable de tout ce qui arriva de mal de son temps? M'"*^ de Maintenon put se tromper sur quelques hommes-, mais en général elle avait de la finesse et du tact ; elle voulait le bien, elle était indulgente et modérée. D'ailleurs, eutelle autant de part qu'on le croit communément à la direction des affaires ? Elle n'aimait point à se mettre en avant ; et on voit par ses lettres combien elle craignait de se rendre responsable des suites qu'auraient pu avoir ses conseils. Quant à sa piété, elle n'a jamais été révoquée en doute.
DU COMMKNCFMKN T DU XVIll* SILCLE. 109
Dans la famille royale, le duc de Bourgogne surtout, montrait déjà, quoique fort jeune encore, ces qualités heureuses qui lui méritèrent l'admiration de ses contemporains, et qui excitèrent tant de regrets, comme nous le dirons, sur 1712, en parlant de sa mort prématurée.
Le prince de Conti, François-Louis de Bourbon était le second fils du prince Armand de Conti, dont on avait admiré dans le siècle précédent la conversion généreuse el le soin à réparer les erreurs de sa jeunesse par les pratiques assidues de la piété, et par des largesses faites aux églises et aux pauvres. François-Louis avait perdu de bonne heure ses parents, et avait oublié leurs leçons au milieu des séductions du monde et des grandeurs. Cependant, même à travers l'entraînement des passions, ses heureuses qualités l'avaient rendu, dit Saint-Simon, les délices du monde, de la cour et des armées ; plein d'esprit et de connaissances, doux, aimable, le prince de Conti était lié avec le duc de Bourgogne. Il respectait la religion , quoiqu'il n'en goûtât pas encore les douceurs. C'est ce pri ce qui fut sur le point d'être élu roi de Pologne; ses talents le rendaient dignes du trône, mais d'autres intrigues firent échouer son élection, et il vit avec calme s'évanouir cette brillante perspective. Les infirmités le ramenèrent enfin à la religion, qu'il était digne de mieux connaître. Le prince donna sa confiance au Père de La Tour, général de l'Oratoire, qui lui apprit à tirer parti de ses souffrances pour l'éternité. Dans ses douleurs, comme dans les monients où sa longue maladie semblait présenter des allernatives d'espérance, le prince monti^a les sentiments les plus chrétiens (l). Sa piété, sa résignation et son courage redoublèrent l'intérêt que l'on prenait h lui, et la capitale s'alarmait de ses souffrances et de sa langueur comme s'il eût été l'héritier du tronc. Le Père de La Tour et le célèbre abbé Fleury exhortèrent tour à tour le prince, qui mourut dans la force de l'âge, le 22 février
'1) Foy. une relation Je sa mort (Lins le Mercurs de Viaé, mars 1709.'
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1709, après avoir donné h sa famille et à ses amis des exemples et des conseils également touehants. Massillon prononça son oraison funèbre, et peignit avec Intérêt les heureuses qualités du prince de Gonti pendant sa vie et ses sentiments religieux à la fin de sa carrière.
Il n'était pas rare alors de voir des hommes qui avaient longîemps brillé à la cour ou dans les emplois, renoncer à la faveur ou au tumulte des affaires, et sanctifier leurs dernières années par une pieuse retraite et par les pratiques de la charité et de la pénitence. Louis d'Oger, marquis de Cavoye, qui avait été honoré de l'amitié de Louis XIV, obtint du roi de passer les vingt dernières années de sa vie loin du monde et dans l'exercice des vertus les plus cachées ; ce seigneur ne survécut que quelques mois au roi. Il mourut le 3 février 1716 , à 75 ans. Claude Le Pelletier, contrôleur-général des finances, s'était aussi retiré de la cour, en 1697, et s'était mis sous la direction du pieux abbé d'Aligre ; il prit un logement chez les Chartreux à Paris, et y passait la moitié de l'année, prenant part aux exercices des religieux ; le reste du temps il habitait sa terre de Villeneuve-le-Roi, où. il s'occupait encore de soulager les malheureux. Il y mourut le 10 août 1711. Sa famille avait hérité de ses sentiments chrétiens ; trois de ses fils méritèrent d'être cités pour leur piélé, l'évêque d'Angers, l'abbé de Saint-Aubin et Claude de Souzi. Un frère du contrôleur-général, Michel le Peletier de Souzi, qui fut conseiller d'Etat et intendant des finances, quitta aussi ses emplois, et choisit pour retraite l'abbaye Saint-Yictor à Paris, où il passa six ans, vaquant à la prière, et souffrant avec patience des infirmités douloureuses. Il mourut le 10 décembre 1725.
Un autre ministre, Louis Phélipeaux, con)te de Pontcharlrain, qui avait été successivement premier président au parlement de Bretagne, contrôleur -général des finances et cliancelier, donna sa démission de ses charges sur la fin du règne de Louis XIV, et se retira dans la maison de l'instiuitiou des Pères de l'Oratoire , où il partageait son
DU COMMENCEMEWT DU XVIll' SIKCLE. 111
temps entre les pratiques delà piété et les bonnes œuvres. II mourut le 22 décembre 1727, dans sa 85* année.
Un homme d'un rang moins élevé, mais qui avait occupé une place à la cour, se signalait surtout par son zèle et ses austérités; Sébastien Chauveau, officier au service du duc de Bourgogne, était né en Anjou en 1635, et avait montré dans différents emplois autant de capacité que d'intégrité. Touché d'un sermon qu'il entendit, il renonça tout à coup à la place qu'il occupait dans la maison du prince, et se fixa aussi à l'institution de l'Oratoire. Là, tandis qu'il se traitait sévèrement lui-même, et qu'il expiait ses premières années par les jeûnes, les veilles, les mortifications et l'esprit de pauvreté, il se rendait en même temps utile au prochain, donnant de sages conseils aux personnes qui le visitaient, fondant des écoles à la campagne, distribuant de bons livres, et faisant apprendre des métiers à de pauvres enfants. Ennemi des abus et des désordres, il les dénonçait aux autorités, et disait librement la vérité aux grands. Il persévéra pendant vingt-huit ans dans les pratiques de la pénitence et il mourut le 5 février 1725.
D'autres, à la cour même et au milieu des emplois, étaient des modèles de fermeté dans les principes, de loyauté et de sagesse dans leur conduite, de fidélité à toutes les pratiques de religion. Tels étaient les ducs de Beauvilliers et de Chevreuse, ces illustres amis dont toutes les pensées, les sentiments et les actions semblaient avoir le même but. C'était par eux que le duc de Bourgogne corrrespondait avec son ancien précepteur ; c'étaient eux qui soutenaient ce prince dans les sentiers de la vertu. La piété et la prudence du duc de Beauvilliers, l'esprit, la douceur et les manières aimables du duc de Chevreuse, leur donnaient dans leurs familles et dans le monde une influence qui tournait à riionneur de la religion. Au sur- ])lus, cette influence n'était autre que celle de Fénelon, dont ils suivaient les conseils. Du fond de son diocèse, il était l'nme d'une société d'hommes vertueux , qu'il diri-
geait chacun dans les divers rangs où la Providence les avait placés. Celle influence se relrouve à celle époque dans les rangs les plus divers : elle s'exerçait sur les princes et les guerriers, comme sur les évêques et les gens de lettres, sur les étrangers comme sur les Français, sur les solitaires comme sur les personnes engagées dans le monde : sa correspondance en offre les preuves les plus louchantes; et son illustre historien en a parfaitement fait voir les heureux fruits.
Différentes conditionsoffraient encore dans le monde des exemples de cette piété qui sait triompher des contradictions et des périls, A Paris, Pelletier Destouches fit pendant soixante ans l'usage le plus généreux d'une grande fortune (1)5 toutes les bonnes œuvres trouvaient en lui un magnifique prolecteur; il fut surtout un des coopérateurs les plus actifs de la société pour le soulagement et la délivrance des prisonniers, et il distribua quelquefois jusqu'à 15 et 20,000 livres pour rendre la liberté à de malheureux débiteurs. Non moins zélé pour le bien de TEglise que pour celui de l'humanité, il donna 50,000 écus au séminaire de Saint-Magloire pour y fonder des bourses pour de jeunes ecclésiastiques. Il se relira lui-niénie dans celte maison, et se félicita d'y mourir pauvre en 1703, après avoir consumé toute sa fortune en de pieuses lai-gesses.
A Besançon, Jean-Ferdinand Jobelot, premier président au parlement, joignait aussi à une piété exemplaire le plus noble penchant à secourir les pauvres. Outre ses libéralités pour des familles malheureuses, il fit bâtir l'Hotel-Dleu de Besançon avec magnificence, et voulut être enterré sans ponqie dans le cimetière des pauvres. 11 mourut au commencement de 1703.
A Beauvais, Adrien de Monceaux d'Auxi, marquis de Hanvoille, sanctifiait sa retraite par la prière et par la praticpiedes bonnes œuvres; son crédit et sa fortune n étaient employés que pour le soulagement des malheureux. Sa mort, qui arriva le 20 mars 1704, fut véritablement un
I \(1) .1/r'/vf(r<' cloVizé, juillet 4703.
VI COMME^fCEME^•T DU XVIIJ* SIÈCLE. 118
deuil dans la ville : le chapitre, le clergé, le présidiai et la noblesse assistèrent en corps à ses obsèques (l).
Guillaume Thiersaut, doyen du grand conseil, relevait les inclinations les plus généreuses par une piété tendre et une modestie profonde (-2) ; allenlif à cacher ses libéralités, il était le consolateur et l'appui des pauvres et des affligés. Dans des années de disette, il soutint presque seul des établissements menacés d'une ruine prochaine, et une seule fois il fit don à THopital-Général d'une ferme considérable; il mourut le 12 mai 1705.
Bachelier de Clolomont avait été longtemps plus occupé des soins de la fortune et de l'ambition que de son salut ; chargé de commissions importantes, il avait voyagé en divers pays (3). A l'âge de soixante ans, la grâce le toucha-, il s'adressa à Dom Maurin, prieur des Chartreux à Paris, et lui témoigna le désir d'entrer dans le cloître. Mais on craignit (ju'à son âge il ne pût se plier aux habitudes de la vie religieuse. Dom Maurin engagea M. de Clotomont à se mettre sous la conduite du Père de La Tour de l'Oratoire, qui, cé<^lant aux instances de ce pénitent, lui permit de se retirer chez les Camaldules de Gros-Bois, De Clotomont y fit bàlir une cellule, et y passa quatorze ans dans les exercices de la piété. Eprouvé par de douloureuses infirmités, il les souffrit avec patience, et finit ses jours dans cette retraite en juillet 1707.
François-Arnaud de Courville fut une illustre preuve que la piété n'est pas incompatible avec les talents militaires-, cet officier, tour à tour colonel du régiment du Maine, et brigadier des armées du roi (4), faisait, au milieu des camps , ses délices de la prière, assistait les pauvres et les prisonniers, et remplissait fidèlement les pratiques de la piété. L'armée offrait à cette époque plusieurs exemples de militaires exacts à tous leurs devoirs de chrétien. Dans une campagne, M. de Courville trouva dans le
(1) Mercure de Vizé, avrill70i. — (-2) Id. juin 1705. — (3) Id. juillet IT'iT. — ("4^ Yoyéz sn Vie, ^)ar \a\ Tiivière ; Paris 1719.
1 14 TA13LEAU HISTOniQlîE
régiment de Provence quarante soldats qui avaient formé, sous le nom de Frères, une pieuse association pour s'exciter à bien servir Dieu. Le généreux officier se fit un honneur de se joindre à eux et de partager leurs exercices. Il fut constamment admiré pour son application à tous ses devoirs autant que par ses sentiments religieux, jusqu'à ceque, faisant la guerre en Espagne, il fut blessé dans un combat, le 24 avril 1707, et transporté au château d'Almanza, où il mourut, le 9 mai, des suites de ses blessures, n'étant encore que dans sa quarante-sixième année.
Nous finirons cette liste de notices édifiantes en citant les noms de quelques femmes dont la piété jeta plus d'éclat. Marie de Guiche, mariée à Charles de Lévis, duc de Ventadour, s'était retirée en son château de Sainte- Marie du Mont, en Normandie, pour y mener, loin du monde, une vie consacrée aux bonnes œuvres. Elle y avait établi une communauté où on élevait un assez grand nombre de filles pauvres, et elle veillait avec soin à faire respecter la religion et à assister les pauvres dans ses terres. Elle mourut le 23 juillet 1701.
Elisabeth de Wassenaar, comtesse d'Auvergne par son mariage avec Frédéric-Maurice de La Tour (1), était une protestante convertie; atteinte d'une maladie de langueur : elle fut un modèle de résignation et de patience. Sans cesse elle se félicitait d'avoir ouvert les yeux à la vérité, et elle recommanda que l'on écrivît à ses parents en Hollande, pour leur représenter que la foi catholique offrait les plus douces consolations. Elle mourut le 16 septembre 1704.
Suzanne-Henriette de Foix de Caudale, qui vécut dans le célibat, consacra ses soins et sa fortune à soulager les pauvres; elle les accueillait dans son château de Montpont , et joignait la piété la plus tendre à la charité la plus active. Elle continua ses bonnes œuvres jusqu'à un âge avancé, et mourut le 1" juin 1706 (2).
' (1) Mercure, Qiitohre 170'». — (2) T'oyez sa Vie, par de Beizunce ; Agcn, 1707.
DU COMMENCEMENT DU XVIIl' SII.CLE. 115
Marthe Le Fèvre de La Faluère, sœur d'un premier président au parlement de Bretagne, et mariée à Guillaume Lasnier de l'EfTreterie , resta veuve à trentequatre ans , et s'appliqua entièrement aux bonnes œuvres (1) : retirée chez les Ursulines d'Angers, que son mari avait fondées, elle y était occupée des besoins des pauvres, et favorisait les établissements et les coramnnautés qui se formaient de son temps, ou qui étaient privés de secours. Elle soutint entre autres l'établissement dit de la petite Providence de Saint-Joseph, où un vertueux jeune homme de Chàteau-Gontier, nommé Julien Samon, était parvenu à rassembler plus de cinquante pauvres vagabonds, auxquels il inculquait l'amour de la religion et l'habitude du travail. M""^ de l'Effreterie redoubla surtout ses largesses pendant l'hiver de 1709 et les calamités qui suivirent. Elle mourut en odeur de sainteté le 26 juillet 1716; l'évêque d'Angers voulut officier à ses obsèques.
Anne de Lorraine , fille du duc de Lorraine et femme du comte de Lillebonne, n'était pas moins illustre par sa piété que par sa naissance ; cette princesse se retirait souvent au couvent des religieuses du Saint-Sacrement fondé à Charenton; les pauvres et sa famille la perdirent en 1720, le 19 février.
Les duchesses de Chevreuse et de Beauvilliers qui, par leurs vertus et leur piété, s'étaient montrées dignes de leurs époux, leur survécurent toutes deux, et honorèrent leur vieillesse par la pratique assidue des œuvres de religion et de charité.
Enfin il n'y avait pas de rang, de condition, d'âge ou de sexe, qui ne présentât de beaux modèles; et la religion pouvait s'honorer d'une foule de noms qui se sanctifiaient par la pratique des plus hautes vertus, et qui ne travaillaient pas avec moins de zèle à la sanctification des autres.
Nous ne prétendons cependant pas que la religion, quel que fût alors son ascendant sur les hommes, ne comptât
■ (^) Dietio7inaire de Moréri. — Manusrrif de Grnndet.
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aucun détracteur. Au milieu de ce concert général et de celte disposition unanime des esprits, il en était quelquesuns qui regardaient la religion avec indifférence, ou qui, peut-être même, allaient jusqu'à affecter de la mépriser. On prétend que, dans la société du duc de Vendôme et du grand-prieur, son frère (l), on ailichalt une licence à laquelle s'alliait une sorte d'incrédulité. Celte société, dite du Temple, passait pour porter assez loin la liberté des opinions; mais celait surtout une société de plaisir. La religion y était plutôt regardée comme un joug incommode que comme un système odieux. On ne connaissait point encore l'incrédulité sous les formes qu'elle a prises depuis. Saint-Evremont, Chaulieu et autres, n'étaient que des épiciu'ieus qui voulaient sur toutes choses mener une vie agréable, niais qui ne songeaient nullement à rendre l'irréligion populaire. On remarquait ceux qui passaient pour s'écarter des routes communes. Boindin est peut-être le seul qui eûi la réputation d'être athée; encore ne savons-nous pas bien précisément sur quoi cette réputation est fondée. On a dit que le comte de Boulalnvilliers portait assez loin la liberté de penser, et ses écrits prouvent en effet qu'il avait des opinions hardies pour l'époque où il vivait; aujourd'hui il passerait pour un écrivain fort modéré. Fontenelle a été quelquefois rangé parmi les philosophes , mais c'est assez gratuitement. Ses écrits n'annoncent pas en général une critique frondeuse, quoiqu'on ne puisse dissimuler qu'ils contiennent des passages Irès-répréhensibles. Il est donc dillicile de citer deux ou trois personnages connus de cette époque qui professassent l'incrédulité. Cependant il faut convenir que les écrits de Bayle, qui circulaient depuis plusieurs années, avaient pu répandre l'esprit de doule qui en fait le fond et l'àme. ils étaient d'ailleurs recherchés par plus d'un
(1) On appelait Grand-Prieur de France le siipiirieiir de l'Ordre de Malte, dont deiicndaienl les Comiiiandeiles de la Langue de France. VOvAve. de Malte avait dans le rovauine trois provinces ou laiiyiies, de France, d'Auvergne et de Priivence. Le Grand-Prieur de îrancc résidait au Temple.
Ediffur.
DU C0MME?fCE3tENT DU XVIII* SIECLE. 11/
motif. Il était donc possible qu'ils eussent lléjà produit quelque impression sur des lecteurs faciles ou mal disposés. Mais ces effets se bornaient à une certaine classe, et il devait se passer encore du temps avant que l'incrédulité alîichée méritât de fixer l'altention par le nombre, la qualité ou les efforts de ses partisans déclarés.
Il est une classe d'écrivains français dont nous n'avons pas parlé plus haut, et que nous ne pouvons cependant omettre tout-à-fait. C'est celle des protestants qui sortirent de leur pays lors de la révocation de l'édit de Nantes. Il en est plusieurs qui se distinguèrent par leurs travaux. Les deux Basnage, Beausobre, Jaquelol, Lenfant, Martin, Nandé, La Placelte, Poiret, Saurin, qui se retirèrent en Hollande ou en Allemagne, s'y firent connaître, les uns par des recherches historiques, les antres par des ouvrages de controverse 5 ceux-ci par des sermons, ceux-là par des traités en faveur de la religion en général. Jurieu, qui se fixa en Hollande, est fameux par la fécondité de sa plume, par les emportements de son style et par ses rêveries prophétiques. Abbadie eut le bon esprit de se consacrer à des ouvrages d'une utilité générale. Alix, Dubourdieu, Groslète et quelques autres qui se retirèrent comme lui en Angleterre, y donnèrent des livres de controverse. Bayle, dont il sera question plus d'une fois, alla porter en Hollande l'intempérance de son érudition et le poids de ses doutes. Le Duchat, son ami, qui lui fournissait des remarques, ne fait pas honneur à sa communion par le choix des sujets qu'il traitait. Barbeyrac, qui travailla sur le droit public, ne paraît pas avoir été fort religieux. H parle du moins, dans ses écrits, avec très-peu de respect, et des sainis Pères, et même de la Bible -, el il a donné lieu de croire qu'il appartenait à une secte dont nous parlerons à l'article de la Hollande, et qui avait déjà fait des ravages dans les communions protestantes. Les églises réformées de France avaient vu naître depuis quelque temps dans leur sein un parti d'indifférents et de sociniens dont Jurieu n'a pas di&simulé les écarts. Ce pirli était fort nombreux . selon
lui-même. Les uns en étaient hautement, mille autres d inclination. Leur nombre s'augmenta encore après la révocation de l'édit de Nantes, et le mal éclata en An^leterre et en Hollande. Jurieu cite d'Huisseau, Pajou, auxquels Bossuet en ajoute beaucoup d'autres qui tendaient là par leurs principes. (Voyez son sixième avertissement,)