ANGLETERRE , ECOSSE ET IRLANDE
La religion catholique avait cessé depuis longtemps d'être dominante en Angleterre, mais elle avait encore conservé dans ce pays des partisans zélés. Au milieu du feu des persécutions et des troubles des guerres civiles, l'ancienne foi s'était maintenue parmi quelques familles privilégiées, Elisabeth s'était efforcée vainement de la détruire. Elle avait été secondée, à cet égard, par les
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préjugés et l'antipathie de la majorité de la nation. C'est sans doute un phénomène assez étrange que cette aversion si prononcée du peuple anglais pour une religion qui fut la sienne. Celte aversion a jeté dans les esprits de si profondes racines, qu'elle forma longtemps comme un des traits les plus marqués du caractère anglais. On la retrouvait, non pas seulement dans la multitude toujours prête à se soulever au mot de papisme, mais dans les conditions supérieures et chez les gens les plus instruits. Anglicans et non conformistes, tous haïssaient cordialement ce qu'ils appellent le papisme. Il n'était pas un prédicateur qui ne se crût oblige en conscience de s'élever en chaire contre l'Eglise romaine. 11 n'est pas un théologien qui n'ait donné quelque traité exprès contre elle. Il semble qu'ils ne se croiraient pas bons Anglais, s'ils n'avaient lancé quelques traits contre l'Eglise qui les a rendus chrétiens. Celte antipathie, devenue nationale, a donné lieu, pendant près de deux siècles, à des scènes tantôt violentes et tantôt ridicules. S'il arrivait, par exemple, que dans le coin de quelque comté un protestant se fit catholique, un prédicant zélé ne manquait pas de dénoncer ce scandale et de crier contre les progrès du papisme. A ce seul mot les têtes s'enflammaient. Les papiers publics, les clubs, les chaires, les deux chambres du Parlement retentissaient de plaintes sur les progrès du papisme. Au bruit que l'on faisait de toutes paris, un observateur de sang froid aurait pu croire que la religion catholique avait gagné de nombreux prosélytes; mais il eût été étonné, en remontant à la source, de voir que ces clameurs portaient le plus souvent sur un fait unique, quelquefois sur un fait douteux. Depuis le temps qu'on parle des progrès du papisme^ le papisme, si ces progrès eussent élé vrais, aurait fini par anéantir la religion dominante. Le nombre des catholiques était cependant loin d'augmenter, au moins dans les premières classes. L'ambition, le désir d'occuper des places et de siéger au Parlement fiusaicnt de temps en
temps prèlcr les seriiienls. Les documenls varient beaucoup sur le nombre tics ca(boliqiies. Beringlon, dans ses écrits, ne les portait, en 1767, qu'à soixante et quelques mille; mais peut-être était-il resté au-dessous de la vérité, pour ne pas efrarouclicr la susceptibilité des protestants. Dans ces derniers temps, le nombre des calboliques était certainement beaucoup plus considérable.
Les plaintes contre le papisme furent surtout vives et réitérées sons le règne de Charles IL Ce prince était liis d'une princesse catholique, et il avait passé sa jeunesse sur le continent, dans des Etats catholiques. Il avait épousé Catherine de Portugal, princesse fort attachée à sa religion. C'était autant de motifs pour tenir les protestants en alarme. Leurs craintes redoublèrent encore, quand ils virent Jacques, duc d'Yorck, frère du roi et héritier présomptif de la couronne, embrasser la foi catholique. Ce prince, après la mort de sa première femme, qui s'était aussi déclarée pour cette religion , épousa une princesse de Modène, et l'on soupçonna dès lors son changement de religion. Le parti protestant n'omit rien jjour échauffer les esprits. Les docteurs anglicans dans les chaires, les écrivains dans leurs pamphlets, les membres du Parlement dans leurs motions, s'élevaient également contre les catholiques, et il est peu d'années du règne de Charles II qui n'aient vu prendre de nouvelles mesures contre eux. Ce prince était, par inclination , porté en leur faveur, et il paraît que dans un traité secret, conclu avec Louis XIV, il s'était engagé à se faire catholique. Mais il ne savait point résister aux sollicitations du Parlement et à l'esprit général de sa nation, et les catholiques furent vivement persécutés sous son règne. Ils le furent surtout lors de l'imposture de Titus Oalès, imaginée par les protestants, et soutenue par Shaftesbury. Beaucoiq) de prêtres furent arrêtés, et d'autres furent obligés de fuir. Titus Oatès, né en 1619, avait d'abord paru embrasser le catholicisme , et avait passé quelques années dans les séminaires anglais, éia-
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blis à Valhidolld el à Saint-Omer. Relourné en Angle- Icrre, il leva le masque en 1678; il accusa les catholiques anglais d'avoir conspiré avec le Pape et les Jésuites pour le renversement du protestantisme , et même contre la vie de Charles II. En vain les fourberies d'Oalès se trahissaient par mille endroits. Les préventions nationales étaient montées au comble. On ne voulut voir que les progrès du papisme là où éclataient les artifices d'un misérable et d'un traître. Le sang des catholiques coula sur les échafands. Dix-sept d'entre eux perdirent la vie par suite des accusations d'un homme décrié. De ce nombre furent Guillaume Howard, comte Stafford , quelques laïques zélés, un prêtre séculier et six Jésuites. C'était contre ceux-ci que le peuple était le plus acharné. Huit autres prêtres souffrirent la mort par cela seul qu'ils étaient prêtres, el qu'ils en avaient fait les fonctions. Olivier Plunkett, archevêque catholique d'Armagh , en Irlande, fut amené à Londres, et mis à mort en 1681. L'innocence de ce prélat fut encore relevée par la résignation et la piété qu'il montra dans les cachots.
Le 16 février 1685;, mourut Charles II. On croit qu'il mourut sincèrement catholique. Jean Huddleston, bénédictin anglais, qui avait contribué à sauver ce prince après la bataille de Worcester, lui fut encore utile dans ce dernier moment : appelé dans la chambre du roi, la veille de sa mort, il reçut la déclaration de Charles, qui témoigna vouloir mourir dans la religion catholique, et montra du regret de ses fautes el de ses désordres. Huddleston le confessa, lui administra les sacrements, et l'exhorta à la mort. Dans la relation qu'il en publia depuis, il donne un détail consolant des dispositions de ce prince.
Jacques II monta sur le trône à l'âge de cinquante -et un ans, el sans aucune contestation. Deux jours après, il alla publiquement à la messe. Oatès fut mis en jugement. Accusé déjà deux fois de parjure, sous le règne
précédent, il fut condamné, le 19 mai 1685, à une prison perpétuelle (1). Jacques II fit président de son conseil privé le comte de Sunderland , qui venait de se déclarer catholique, afiectait beaucoup de zèle, allait, disaiton, souvent à confesse au P. Pélre, et poussait son maître aux démarches les plus imprudentes. On assure que dans la suite, ce ministre hypocrite se vantait d'avoir ruiné par là les affaires de Jacques. Quoi qu'il en soit, ce prince mit dans plusieurs de ses démarches une précipitation et un éclat qui révoltèrent des esprits ombrageux. Il fit entrer quatre lords catholiques dans son conseil privé. Il en admit d'autres dans les places civiles et militaires. Le 4 avril 1687, il donna une déclaration pour la liberté de conscience. Les dissidents des différentes sectes l'en félicitèrent par des adresses, tandis que les partisans de l'Église établie s'en monlraient fort mécontents. Les catholiques profitèrent aussi de cette loi. Ils ouvrirent des chapelles à Londres et dans les autres grandes villes. Il se fit quelques conversions éclatantes dans toutes les classes , et !a plupart furent durables et continuèrent après la révolution. Le roi nomma pour le service de sa chapelle des prêtres recommandables, les docteurs Godden, Giffard, Betham et Thomas Witham, Hall, Codrington, Ellis, Marshe, Jenks et Sabran.
Plusieurs des ecclésiastiques que nous venons de nommer publièrent de bons écrits de controverse. Il y eut des conférences entre les docteurs catholiques et les docteurs anglicans. Pierre Godden en eut quelques-unes avec Sti'Uiugfleet, Claggett et autres. Personne n'était plus propre que lui à ce genre de controverse, par sa présence d'esprit et sa facilité à s'énoncer. 11 mourut en 1695. Il ne faut pas le confondre avec Thomas Godden ouTilden, mort en 1688, qui eut aussi des disputes de
(I) Plus tard la révolution de 1688 rendit la liberté àOatès: il se lia alors avec les Anab:\plistes, et il termina sa vie dans leur société, regardé de tous comme un homme vil et méjjrisablc.
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vive voix et par écrit avec Slillingflcet et d'autres anglicans. Goter et Sergcant sont encore connus en Angleterre par d'excellents ouvi*ages en ce genre. Le P. Pulton, Jésuite, eut une conférence avec le docteur Tenison, depuis archevêque de Cantorbéry. Il y en eut une autre, en présence du roi, le 30 novembre 1688, entre GifTard et Godden, pour les catholiques, et les anglicans Patrick et Jane. Echard dit qu'elle fut toute à l'avantage des protestants. Biais Gifî'ard en donna, en 1722, une relation, où il montre qu'Echard n'a pas connu les faits, et n'a pas su même ce qui avait fait la matière de la discussion. Des laïques aussi entrèrent dans la lice. Walker, Mederith, Deane, Ward, publièrent de bons écrits en faveur de la cause catholique.
En 1687, le roi avait envoyé un ambassadeur à Rome. Le 6 juillet 1687. le nonce Ferdinand d'Adda , archevêque d'Amasie , qui résidait secrètement auprès du monarque, fit son entrée publique à Windsor, en babils pontificaux, précédé de la croix, el accompagné de religieux eh habits de leur ordre, spectacle qui blessa les yeux des protestants. Une autre démarche de Jacques ne parut pas moins choquante. Il fit entrer dans son conseil privé Edouard Petre, Jésuite, son aumônier, en qui il {)aniît avoir eu beaucoup de confiance. Cette distinction , dit Dodd , accordée à un religieux qui par état est étranger aux matières du gouvernement, était contraire à l'usage même des cours catholiques, et fut blâmée, à plus forte raison, chez un peuple qui avait en aversion les religieux, et surtout les Jésuites. Le roi cependant voulait faire nommer Petre évêque ou cardinal. il écrivit plusieurs fois à ce sujet au pape Innocent XI, qui refusa, pour divers motifs, d'accéder à sa demande. Quelques coups d'autorité achevèrent d'aigrir les esprits, et servirent de prétexte aux chefs du parti protestant. Jacques ordonna à l'Université de Cambridge de faire maître es arts Alban Francis, religieux Bénédictin. On venait, dit-on, d'accorder ce grade à l'ambassadeur du roi deMa-
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roc; mais on fut plus difficile pour un calliolique. L'Université refusa et fut applaudie. Jacques punit quelquesuns de ses membres, et futblùAié. Quelque temps après, il nomma président du collège de la Magdeleine, à Oxford, le docteur calliolique Giffard : nouveau grief qui précéda de peu la révolution. On regarda comme un scandale que Walker, président du collège de TUniversité, eût érigé dans ce collège une chapelle catholique, et eût persuadé à quelques membres de l'Université de se déclai-er catholiques comme lui. On en voit plusieurs qui avaient pris ce parti et qui y persévérèrent. Walker était disciple du pieux et savant Abraham Woodhead, catholique, mort le 4 mai 1678, et célèbre par d'excel- Icnls écrits de controverse, dont Walker publia quelquesuns.
Au reste, en convenant franchement des imprudences du malheureux Jacques, nous devons dire aussi ce que nous pensons après un examen attentif des faits; c'est que, quelle qu'eût été sa conduite, il aurait infailliblement succombé aux embarras de sa position. Il eût été plus réservé, qu'il n'aurait pu se soutenir sur un trône environné de tant d'écueils. La nation, dans l'excès de ses préventions contre les catholiques, avait vu avec chagrin un prince de cette communion hériter de la couronne. De là un éloigaement très-prononcé et une défiance toujours croissante. On ne pardonnait rien au roi, on blâmait toutes ses mesures^ on envenimait toutes ses actions. Les whigs et les torys étaient unis contre lui. Les premiers, partisans de la liberté, lui reprochaient d'étendre trop les droits du souverain. Les seconds, amis zélés de l'Eglise établie, craignaient que son existence ne fût compromise sous un roi d'une communion différente. De là des plaintes générales. Les évêques, les docteurs, les prédicateurs, les universilésj tous les rangs du clergé anglican rivalisaient d'ardeur contre la cour, et le peuple les encourageait par ses cris. Le n^ïvmu, point de papisme, se faisait entendre de tous cotés. La liberté même de conscience,
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accordée par Jacques, ciait prise en mauvaise part. L'esprit d'opposiiioii contre la cour était donc si général et si vif, qu'une révolution était inévitable. Elle eut lieu ; mais avant d'en raconter les suites, nous devons parler d\in établissement important pour la relif^ion, qui se lit sous Jacques, et qui fut presque le seul qui survécut à ce prince.
Les changements opérés en Angleterre par Henri Vlîl et par ses successeurs, y ayant aboli la succession des évéqucs, le gouvernement spirituel des callioliques se trouva confié à desimpies prêtres ou h des religieux qui prenaient leurs pouvoirs du saint Siège. Comme leur autorité était nécessairement restreinte, on crut que la présence d'un évéque serait plus utile dans ce pays. Les Papes y envoyèrent donc successivement deux vicaires apostoliques avec le titre d'évêques vi pàrtibus infdelium. Ces prélats furent Guillaume Bishop et Richard Smith, tous deux évèqucs de Calcédoine. Leur administration ne fut pas tranquille. Le dernier fut obligé de quitter l'Angiclerre, oîi sa présence ehocpiait les protestants, et où il ne rentra plus depuis. M. Bishop avait établi un chapitre qui devait exercer les pouvoirs en son nom, et suppléer à son absence. Lui et M. Smith nommèrent successivement des ehanoineS;, des doyens, des grands-vicaires pour les besoins de la mission. Mais l'autorité de ces délégués ne fut jamais universellement reconnue. Les réguliers ne se croyaient point obligés d'y déférer. Ils préîendaient même n'être point soumis h la juridiction du vicaire aposîolique, et faisaient valoir des privilèges qu'ils avaient obtenus des Papes. De là des contestations assez vives, dans lesquelles les Bénédictins et les Jésuites d'une part, et de l'autre le clergé séculier, soutenaient chacun un parti différent. Ces divisions fureiU même portées assez loin, et ce fut pour les éteindre que le saint Siège songea à établir, sous Jacques îî, un gouvernement plus uniforme et plus régulier. Le prince joignit, à cet égard, ses instances à celles du clergé. L'abbé Racine
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prétend, dans son ^^/'e'^e de l'histoire ecclésiastique (l), que l'on sollicita la création d'évèchés en titre en Angleterre, mais que la cour de Rome s'obstina à ne nommer que des vicaires apostoliques. Cet historien infidèle et partial était mal informé sur ce point comme sur beaucoup d'autres, ou plutôt ses préventions l'ont guidé ici. Il n'y a point de traces du fait qu'il avance, et Dodd (2), si bien instruit de l'histoire de son pays , et si attentif à en recueillir les particularités, ne parle point de cellelà. Cette mesure aurait été même assez imprudente , et aurait probablement plus blessé encore les prolestants. Quoi qu'il en soit, le Pape institua des vicaires apostoliques pour gouverner celte mission. Le premier fut Jean Leyburn, ancien président du collège de Douai, puis auditeur du cardinal Howard de Norfolk. Il fut sacré à Rome, le 9 septembre 1685, sous le litre d'évêque d'Adramite, partit immédiatement pour l'Angleterre, où il fut logé au palais de Saint-James, et fit sa visite pastorale par tout le royaume. Il donna la confirmation à un grand nombre de catholiques. Peu après on lui nomma des collègues. L'Angleterre fut partagée en quatre districts, celui du nord, celui du sud, celui de l'ouest et celui du milieu. On attacha à chacun un évèque en qualité de vicaire apostolique. L'évéque d'Adrainite eut dans ce partage le district du midi. En 1687, Ronaventure Giffard, docteur en théologie de Paris, fut sacré évèque de Madaure, et devint vicaire apostolique du district du milieu. Ceux de l'ouest et du nord furent confiés Tannée suivante à Philippe-Michel Ellis, Rénédiclin, et à Jacques Smith, président du collège anglais de Douai. Ils furent sacrés évèques d'Auréliopolis et de Gallipolis, et on leur assigna à chacun 1,000 livres sterling de pension annuelle. Dès
(1) Tome XIII; page 656.
(2) The chur Jlisloiy of England, from iheyear 1500 theyear 1G8S, chicjly wiih regard to calholicks ; lirussels, 1737, 1739, et 1742; 3 vol. in-folio. Cet ouvriij^e est plein de recheiches et forl curieux. L'auteur est (Charles Dodd, prclrc anglais.
lors la juridiction du chapitre et de ses vicaires cessa. Les prêtres séculiers se soumirent sans dilliculté aux vicaires apostoliques. Les religieux cédèrent moins aisément. Le 6 octobre 1695, un décret de la congrégation de propaganda/ide, décida que tous les prêtres séculiers et réguliers, les chapitres, les Bénédictins et les Jésuites, devaient prendre les pouvoirs des évêques pour toutes les fonctions du ministère, et que toute juridiction avait cessé par la nomination des vicaires apostoliques.
Mais à peine les vicaires apostoliques étaient entrés en fonction, qu'éclata la révolution de 1688. Guillaume, prince d'Orange et Stathouder de Hollande, accueillait depuis longtemps les Anglais mécontents. Neveu et gendre de Jacques II, il oublia ce double lien pour faire la guerre à ce malheureux prince. En vain celui-ci revint sur ses premières démarches, et accorda aux anglicans le redressement des griefs dont on se plaignait. Guillaume débarqua en Angleterre, le 4 novembre, et attira à lui [)lusieurs seigneurs. L'évéque anglican de Londres fut un des premiers à se déclarer pour lui. Jacques, abandonné de ceux qu'il croyait les plus fidèles, quitte son palais le 11 décembre. A la nouvelle de son départ, la populace de Londres se hâte de piller toutes les chapelles catholiques. Quatre jours après, ce même peuple rappelle son roi, et le reçoit avec de nombreuses acclamations. Ces marques d'attachement d'une multitude volage n'eurent que la durée d'un éclair. Le 1 8 décembre, Jacques II quitta Londres pour la seconde fois, et cinq jours après il s'embarqua pour la France, où la reine et son fils étaient déjà passés.
Le mois suivant, une convention nationale déclara que Jacques avait abdiqué; allégation évidemment fausse. Mais on ne voulait qu'un prétexte, spécieux ou non. Guillaume fut appelé au tronc. Cependant Jacques conservait encore des partisans. Six évêques anglicans, et à leur tête l'archevêque de Cantorbéry, refusèrent de violer le serment de fidélité qu'ils lui avaient fait. Ils furent dépossédés, ainsi que les ecclésiastiques qui suivirent leur
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exemple. De là un schisme dans l'église anglicane, les uns adhérant aux évêques expulsés de leurs sièges, les autres reconnaiss;int leurs successeurs. Les premiers furent appelés 7(7 coZ^iVe.ç et non-jureurs. Parmi eux étaicDt des hommes d'un mérite distingué, Dodwell, Hickes, Collier, Lesley et autres. Des protestants même suivirent Jacques dans son exil, et plusieurs seigneurs restèrent attachés à sa fortune. Retiré à Saint-Germain, où Louis XIV lui accorda un asile honorahie, il entretint quelque temps respérance de remonter sur son trône. Il fit pour cela une lentalive en Irlande, dont les habitants lui étaient restés généralement fidèles. Mais ses troupes furent défaites, et il revint en France pour n'en plus sortir.
On devait s'attendre que celte révolution aurait des suites fâcheuses pour les catholiques. Au fond , c'éiait contre eux qu'elle se faisait. C'était le catholicisme que l'on poursuivait dans la personne de Jacques. On fit expier à celle religion la proicction momentanée qu'elle avait obtenue. 11 fut statué qu'aucun catholique ou époux de catholique ne pourrait liériier du troue. Les catholiques ou ceux réputés tels eurent ordre de s'éloigner à dix railles de Londres. On les désarma, on leur prit leurs chevaux. On ferma quelques écoles qu'ils avaient formées. On les excepta seuls de l'acte de tolérance. Leur droit de patronage fut conféré aux universités. On accorda, en 1700, des récompenses à qui ferait prendre un prèire ou un jésuite. Il fut défendu, sous peine de 100 livres sterling d'amende, d'envoyer ses enfants hors du royaume pour les faire élever dans la religion catholique. Les catholiques étaient inhabiles à hériter. Les évèques nouvellement envoyés en Angleterre étaient parliculièrement l'objet de la jalousie nationale. M. Ellis avait quille l'Angleterre, et n'y reparut plus. Il se retira à Fiomc, et fut fait depuis évéque de Segni, en Italie. Les évèques d'Adramiteet de Madaure furent arrêtés. Le premier fut mis à la tour de Londres, et le second à Newgatc. Ils y restèrent quelque temps, furent ensuite relâchés, puis
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fréquemment menacés. A la moindre alarme ils étaient obligés de se tenir cachés. Les prêtres l'iirenl soigneusement recherchés^ et plusieurs accompagnèrent Jacques dans sa fulie. D'autres restèrent en prison. Des laïques curent le même sort. Jacques Drummond, duc de Penh, qui ne s'était fait catholique que récemment, persévéra dans celte religion, et fut emprisonné, à deux reprises différentes, pendant plus de trois ans, au bout desquels il se retira à Rome, puisa Saint-Germain-en-Laye, où il mourut en 1716, sans que ses ennemis aient jamais pu lui reprocher autre chose que sa religion. Obadiah Walker, président du collège de l'université à Oxford, qui s'était déclaré catholique, et avait attiré plusieurs personnes à cette religion, fut mis à la tour, interrogé en plein parlement, et excepté nommément de l'acte d'amnistie. Cependant il faut savoir gré à Guillaume iil de n'avoir pas versé le sang, et de n'avoir pas renouvelé les scènes atroces de 1679 et des années suivantes.
Au milieu de ces traverses, la religion catholique se soutint par elle-même, et son état, dans ce pays, était, en 1701, aussi satisfaisant que possible. Les vicaires apostoliques y gouvernaient leurs districts avec un zèle mêlé de prudence. M. Leyburn, fort âgé, restait h Londres tandis que M. Giffard gouvernait le district du milieu. Il faisait de fréquentes visites, établissant des missionnaires, donnant la confirmation, et encourageant les catholiques dans la foi. Il secondait M. Leyburn dans l'administration du district du sud, et visitait aussi celui de l'ouest, privé d'évêque. Le clergé comptait dans son sein des hommes distingués par leurs talents. Sergeant et Goter étaient les plus connus. Jenks, que ses collègues avaient mis sur la liste pour l'épiscopat, refusa constamment cette dignité. André Giffard, frère de révêquedeMadaure,etson grandvicaire, montra la même modestie. Plusieurs chapelains de Jacques II laissèrent des sermons imprimés. Le jésuite Pnlton publia la relation de sa conférence avec Tenison. Son confrère Dorrel est auteur de livres de controverse et
de piété. Plusieurs missionnaires trouvaient, au milieu de leurs travaux, le temps de composer de bons écrits, dont quelques-uns sont encore estimés des catholiques anglais. Quelques laïques donnaient l'exemple d'une haute piété. Les lois sévères qui interdisaient aux catholiques la faculté de tenir des écoles, les obligeaient à envoyer leurs enfants sur le continent. Il s'était formé, à cet effet, différents établissements à Rome, à Paris, à Douai, à Valladolid. Le plus célèbre de ces collèges était celui de Douai, qui était comme la pépinière du clergé séculier en Angleterre. Il avait été créé vers le commencement du dix-septième siècle, et les Papes l'avaient proiégé, et lui avaient accordé une pension annuelle. Les présidents des collèges étaient choisis par le cardinal protecteur des églises d'Angleterre à Rome. Celui qui remplissait ce poste, en 1701, était le docteur Paston. Le collège des Anglais â Lisbonne était le plus considérable après celui de Douai. Il avait été fondé par un seigneur portugais. A Paris, plusieurs prêtres anglais avaient, au commencement du siècle, formé une communauté dans l'ancien collège d'Arras; ce fut un refuge pour leurs confrères persécutés. Les évêques Bishop et Smith y résidèrent quelque temps, et il en sortit de bons ouvrages de controverse. Un laïque anglais, Thomas Seckvil, fut le principal bienfaiteur de l'établissement. Mais le collège d'Arras ayant été saisi, par suite de la guerre avec l'Espagne, la communauté fut dispersée. Peu après le rétablissement de Charles II, le projet fut repris par un ecclésiastique anglais, Thomas Carr, directeur d'un couvent d'Auguslines anglaises à Paris. Il acheta, rue des Boulangers, une maison où se forma une petite communauté dont il fut nommé supérieur. Plusieurs jeunes Anglais y venaient suivre leurs études, et Carr, à sa mort, en 1674, laissa des fonds pour soutenir l'établissement. Ses intentions furent remplies après lui par un autre prêtre anglais, Jean Betham, son disciple et son ami, qui acheta une maison et un jardin rue des Postes. On y fonda des bourses pour six étudiants, La maison prit le nom de se-
DU C0M31ENCEÎMENT DU XVIII* SIT Cf.F.
minaire Saint-Grégoire, et fut autorisée par lettres patentes en 1701. Belham, qui était chapelain de Jacques II et précepteur du jeune prince son fils, soutint rétablissement de tout son zèle et s'y retira peu avant sa mort arrivée en 1709. Le même lieu servit d'asile à d'autres Anglais persécutés. Le séminaire Saint-Grégoire subsistait encore au moment de la révolution de 1789. (Voyez V Histoire de l'Église d'Angleterre, par Dodd, t. m, p. 485.)
Parmi les ordres religieux qui fournissaient des sujets aux missions d'Angleterre, les Bénédictins et les Jésuites étaient les plus nombreux. Les premiers, qui formaient une congrégalion à part, sous le nom de Bénédictins anglais, avaient des maisons à Paris, à Douai, à Saint-Malo, en Lorraine, etc. Us fournirent plusieurs évèques à la luission, et tenaient tous les quatre ans des chapitres pour nommer leurs supérieurs.
Nous n'avons point parlé jusqu'ici de l'Ecosse. Celte parlie de la Grande-Bretagne comptait un assez grand nombre de catholiques, et elle en aurait eu davantage sans le manque de prêtres et la privation d'écoles catholiques. Ces deux circonstances favorisèrent beaucoup le succès des réformateurs du seizième siècle. Le saint Siège y faisait passer de temps en temps des Franciscains irlandais, mais la plupart étaient rebutés de la rigueur du climat, au moins dans la parlie septentrionale de l'Ecosse, où le froid rend la vie pénible, et ils restaient peu dans cette mission. Un pieux et zélé missionnaire, nommé Withe , fut plus constant. Aidé de la protection de lord Mac'donald, il fit revivre la foi dans les montagnes d'Ecosse, et ramena, presque sans dilhcuhé, les familles que le malheur des temps avaient éloignées de la religion. Ses travaux, vraiment apostoliques, datent de la fin de Cromwell et du commencement du règne de Charles IL On essaya, vers le même temps, d'établir quelques écoles pour former des prêtres, et en même temps pour préserver les enfants des catholiques de la séduction des écoles protestantes. Mais ces établissements avaient peine à se soutenir au
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milieu des traverses qu'on suscilail aux catholiques. La révolulion de 1G88 n'eut pas des résultats moins fâcheux pour ce pays que pour l'Auçoletei-re, et l'attachement d'un grand nomhre d'Ecossais aux Sluarts, leurs anciens maîtres^ servit de prétexte à de longues vexations. Les protestants s'y montrèrent presque aussi jacobites que les catholiques, et les premiers, comme les seconds, parurent vouloir profiler de toutes les occasions pour soutenir les droits de leur souverain légitime. On les comprima donc avec soin. Le gouvernement anglais cessa de protéger les épiscoj)aux, et les presbytériens devinrent dominants en Ecosse, lis ne se montrèrent pas plus tolérants pour les cathaliqucs que les épiscopaux ne l'avalent été. Les préjugés politiques se mêlant aux préjugés religieux, on poursuivait à la fois en eux les partisans des Sluarts et les adhérents à une foi proscrite. On tint des prêtres catholiques en prison pendant plusieurs années, ensuite on les bannit. On envoya des troupes dans les montagnes , on ravagea les terres des catholiques, et un capitaine nommé Porringer se rendit fameux dans l'ouest par ses dévastations et ses cruautés. En même temps, le parlement d'Ecosse statua que les enfants qui ne se feraient pas protestants seraient privés de la succession de leur père et mère-, mesure bien calculée pour éveiller la cupidité, et étouffer l'attachement à l'ancienne croyance.
Cependant la foi se soutint au milieu des efforts faits pour la comprimer.il paraît que Jacques, dans sa retraite, entretenait des relations étroites avec l'Ecosse. Il y fit passer quelques fonds avec lesquels on établit, dans les montagnes, une école dirigée par George Panton, élève du collège de Paris. Ce prince s'unit avec les missionnaires écossais pour demander l'envoi d'un évoque dans ce pays. Le saint Siège accéda h leurs désirs. Thomas Nicolson fut fail, en 1694, évêque de Peristachium et vicaire apostolique en Ecosse, oii il se rendit secrètement en 1697. Il n'y trouva que vingt-cinq missionnaires dont il augmenta successivement le nombre. ïl commença, dès cette année,
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à faire quelques visites dans le nord, oli les catholiques sont plus nombreux. Il en fil également les quatre années suivantes dans les différentes parties de son vicariat. Son activité et son zèle produisirent beaucoup de fruit dans un pays qui n'avait pas vu d'évèque depuis près de cent ans. Il dressa dçs avis aux pasteurs, qui furent acceptés dans une réunion de missionnaires écossais, cl confirmés depuis à Komc. Nous avons parliculièrement sous les yeux la relation d'une visite qu'il fil, en 1700, dans les montagnes et dans les îles de l'ouest. Dans un voyage de plus de quatre cents niilies, par des montagnes fort rudes et des mers dangereuses, il confirma un grand nombre de personnes, s'instruisit du besoin des peuples , réprima les abus, annonça à ses fidèles catlioliques la parole de Dieu, cl les exhorta à la constance dans la foi. On voit par la relation qu'ils étaient assez nombreux dansées quartiers. Plusieurs îles étaient exclusivement peuplées de catholiques, et dans une seule station le vicaire apostolique confirma plus de sept cents personnes. 11 trouva ces bons montagnards réglés dans leurs mœurs, repectueux pour les prêtres, et observant avec exactitude les lois de l'Eglise. Quelques-uns d'entre eux avaient été mis à mort peu auparavantpar le cruel Porringer,sur le refus qu'ils avaient fait de renoncer à leur religion. M. Nicolson encouragea ses prêtres, et nomma deux pro-vicaires, M. Monro et M. Mungan, anciens missionnaires, que leur expérience et leurs services rendaient dignes de cette confiance, il leur donna le droit de visite et recommanda de l'instruire de l'étal des choses. Il inspecta aussi l'école d'Arasaiek, sur laquelle il fondait ses espérances, et qui servait comme de ])réparation aux sujets que l'on cnvovalt ensuite au collège écossais à Paris; maison qui était la principale ressource pour l'éducalion des prêtres, et la principale pépinière de missionnaires pour l'Ecosse. Outre ce collège, il y en avait encore un à Rome et un à Ralisbonne, chez des Bénédictins écossais, qui avaient (rois maisons en Allcmafïue.
182 TABLEAU nrSTORIOUF.
L'Irlande mérite encore plus de fixer notre attention parle grand nombre de catholiques qu'elle renferme, et nous croyons devoir reprendre son histoire avec plus de suite encore que celle de l'Angleterre. Les temps modernes ne présentent pas de pays où la masse de la nation soit restée aussi ferme dans sa foi au milieu de toutes les séductions, de toutes les épreuves et même des persécutions les plus violentes. Ainsi le catholicisme avait jeté de profondes racines chez ce peuple, grâce aux travaux de ses apôtres, au zèle de ses évèques et aux exemples de vertus de plusieurs monastères célèbres. Avant Henri Vilï, on comptait en Irlande cinq cent quarante abbayes, prieurés et communautés d'hommes et de femmes. Les innovations de ce prince furent mal accueillies en Irlande, et l'on rejeta le serment de suprématie. Aussi, en 1539, beaucoup de religieux furent obligés de sortir du pays, et deux ans après, les abbayes et les monastères furent mis par le parlement d'Irlande à la dis[)osition du roi, qui les garda pour lui, ou en gratifia ses courtisans et la noblesse.
Mais ce fut sous Elisabeth que la persécution éclata avec plus de force. Celte princesse porta contre les catholiques, en Angleterre, les lois les plus rigoureuses; ces lois ne furent pas appliquées immédiatement à l'Irlande, mais on y traita aussi les catholiques avec une extrême dureté. Le clergé, les religieux, la noblesse, les simples particuliers, y furent en butte à un système continu de vexations qui allaient souvent jusqu'à l'atrocité. Les hommes les plus respectables, des évèques, des prêtres, des religieux de différents ordres, des laïques de toutes les classes, périrent dans la torture ou sur 1 échafaud, uniquement parce qu'ils refusaient de changer de religion au gré de la reine et de son parlement. Harley, archevêque de Cashell, fut mis à mort en 1583, après avoir souffert des tourments qui rappellent ceux des premiers chrétiens sous les empereurs romains. Richard Greggh, archevêque d'Armagh, fut condamné à une prison perpétuelle, et l'on assure qu'il fut empoisonné dans la lourde Londres, en 1585. Son suc-
ru C0A1Ml'JNClMi;3iT DL XVlll" SIKCLE. 183
cesseur, Edmond Magarlan , fut tué en 1598, lorsqu'il était occupé à insiruire un protcs(anl qui voulait se convertir. On compte onze autres évèques irlandais qui souffrirent le dernier supplice, ou du moins la prison et des tourments sous Elisabeth. Tels furent les évéques de Wicklow, de Kildare, de Meath, de Ross, de Limerick, d'Emly, de Cork et Cloyne, de Fernes, de Kilmore, d'Ossery et de Clonfert. On raconte un fait horrible et digne des temps les plus affreux de notre révolution. En 1G02, Elisabeth ayant donné de nouveaux ordres pour l'expulsion de tous les religieux d'Irlande, plusieurs d'entre eux demandèrent un sauf-conduit pour sortir du royaume. On les fit rassembler dans une île appelée Scatory, à quatorze lieues de Limerick. Ils se rendirent là au nombre de quarantequatre de divers ordres et sept jeunes Dominicains. On les fit embarquer sur un bâtiment de guerre ; mais en mer, à une certaine hauleur, on les jeta tous à la mer. Quand le bâtiment rentra dans le port, la reine fit mettre le capitaine en prison et cassa les officiers; mais c'était pour la forme, et elle les récompensa en leur donnant une parlie des biens des couvents supprimés. L'historien qui rapporte ce fait, dit formellement que c'était Elisabeth qui avait donné l'ordre de jeter les religieux à la mer. Toute la conduite de cette princesse envers les catholiques est un terrible démenti donné aux éloges que lui ont décerné à l'envi la plupart des historiens.
La couronned'Angleterre passa, en 1603, à Jacques, roi d'Ecosse, fils de cette Marie à laquelle Elisabeth avait oté la vie avec une si criante injustice. Le fils d'une reine, qui avait toujours professé la religion catholique, ne pouvait être hostile à la religion de sa mère; aussi les catholiques d'Irlande avaient espéré apercevoir des jours plus sereins. Déjà les prêtres et les religieux expulsés d'Jrlande revenaient en grand nombre. On rouvrit des églises, on rétablit des couvents, l'exercice public de la religion recommença. Mais les protestants qui entouraient Jacques s'irritèrent de ce moment de liberté. Une proclamation
184 TAELEAU HISTORIQUE
du 4 juillet 1605 annonça qu'il ne devait être rien changé aux lois portées sous Elisabeth, et que les Jésuites, prélres et religieux devaient sortir du royaume. La persécution recommença donc en Irlande, on prescrivit un nouveau serment. En plusieurs lieux des fanatiques magistrats sévirent contre le clergé et la noblesse catholiques. Un évêque protestant, André Knox, fut un des plus ardents à piovocjuer des mesures contre les prêtres et les laïques fidèles à leur croyance. On envoyait des émissaires partout pour les découvrir et les vexer. On voulait les forcer à assister aux olïices protestants, on les dépouillait de leurs biens, on les envoyait en exil. En 1610, en 1614, en 1623, de nouveaux ordres arrivaient successivement pour tour-^ menler les catholiques. Sous ce règne périt, en 1604, Raymond O'Gallaghus, évèque de Londonderry, des suites des blessures qu'il avait reçues des émissaires protestants qui l'avaient arrêté. En 1608^ Donat O'Luin, religieux dominicain, fut pendu sur la place publique de Londonderry avec plusieurs prclres séculiers-, leurs corps furent coupés en morceaux, suivant les atroces statuts d'Elisabeth. Quelque temps auparavant, Guillaume O'Luin, frère du précédent, avait subi le même supplice.
Jacques, mort en 1625, eut pour successeur son fils, Charles P'", qui épousa, cette même année, Henriette-Marie, fille de Henri IV. Cette circonstance pouvait faire espérer que ce prince ne serait pas hostile aux catholiques; et, en effet, personnellement il n'était pas mal disposé pour eux; mais il ne put triompher des préventions qui régnaient contre eux en Angleterre. En 1629, on publia à Dublin des ordres sévères contre tous les prêtres et les religieux. Les choses restèrent dans le même état jusqu'en 1637. Il y eut cependant dans cet intervalle des actes de violence et de cruauté. En 1633, un Dominicain Irlandais, Arthur Mac'Groginhgam, ayant été pris, en retournant en Irlande, par les Anglais, fut mis en prison à Londres, pendu, coupé en morceaux, cl ses entrailles jetées au vent, conformément à l'horrible législation d'Elisa-
DU COMMEWCEME-NT DU XVIH' SIÈCLE. 185
Leli). En 1637 mourut un autre religieux du même ordre, Jean O'Mannin, qui avait confessé la foi au milieu des tortures.
Cette année-là, éclata en Angleterre et en Ecosse la révolte suscitée par le fanatisme des puritains. Ils prirent les armes contre Charles I''. En 1640 commença le long parlement qui fit tant de mal aux trois royaumes. INous ne devons point entrer dans les détails dune guerre qui lut faJale au malheureux prince. Mais nous dirons que les catholiques Irlandais restèrent jusqu à la fin fidèles à' la cause de Charles. Ils prirent les armes contre les puritains, et établirent un conseil à Kilkenny, pour la direction des affaires. Le roi, reconnaissant de leur zèle, voulait leur accorder des conditions favorables pour la cause catholique-, mais sa bonne volonté fut souvent contrariée par l'exagération et rintolérance des protestants. L'Irlande, théâtre des dissensions, des guerres et des violences, vit des protestants et des religieux condamnés à mort ou même exécutés sans jugement. \J Hihernia dominicana cite plusieurs religieux qui périrent ainsi, victimes de l'animosité des partis: Pierre O'Higghin, en 164 1, Raymond Keoghy, Etienne Pcllit et Gozmac Egan, en 1642 ^ Richard Burry, pris en 1647 avec d'autres prisonniers qui furent massacrés, et qui réservé lui-même pour de plus grands supplices, fut attaché h une colonne où on lui brûla les jambes à petit feu, et fut ensuite percé d'une épée ; en 1648, Gérald et David Fox, Pierre Costelle, Gérald Dillon et Donald O'Meagton, qui périrent de diverses manières.
Charles 1" périt sur l'échafaud en 1649, et Cromwell usurpa l'autorité; presque aussitôt après, il passa en Irlande, et soumit successivement toute l'ile par lui-même ou par ses lieutenants. Alors la persécution recommença plus violente que jamais. On fit revivre les statuts d'Elisabeth. Les recherches, les proscriptions, les confiscations, les exécutions sanglantes, furent de nouveaux prescrites. On ne poursuivait pas seulement le clergé, mais les laïques, les nobles et tous ceu.x qui montraient de l'atta-
186 TABIJ<AU lilSTORIQUE
clienient pour l'anlique foi de l'Irlande. On imagina de reléguer les principaux d'entre eux dans la province de Connaugbt qui avait été ravagée par les guerres préiédenles, et qui, devenue comme une espèce de désert, ne leur offrait presque ni habitations ni vivres-, plusieurs y moururent de misère et de faim. Cependant une loi fut rendue pour condamner à mort, comme criminel de lèsemajeslé, quiconque serait trouvé hors du Connaught , après y avoir été confiné ^ et il était libre à chacun de les tuer sans forme de procès. En 1657, une loi du parlement anglais ordonna de transporter en Angleterre les enfants des catholiques irlandais pour y être élevés dans le protestantisme. Tout exercice même privé de la religion catholique, fut réputé crime capital. Tout fauteur ou bienfaiteur des prêtres fut déclaré digne de mort. Quiconque rencontrant un prêtre ne le dénoncerait pas, serait mis en prison, fouetté publiquement, et on lui couperait les oreilles. Quiconque s'absentait de l'olbce protestant, devait payer pour chaque fois une amende de 30 deniers. On accordait la même récompense à qui tuait un religieux ou un loup. En même temps on envoyait en Irlande de nouveaux colons. C'est ainsi que le fanatisme de Cromwell et de ses agents travaillait à extirper entièrement la religion catholique dans le royaume.
Le clerîïé séculier et régulier fut surtout en butte à d'extrêmes rigueurs. Les prêtres, les religieux étaient obligés de fuir ou de se cacher. Ceux qui restèrent dans le pavs, y vivaient dans des angoisses continuelles. Plusieurs furent relégués dans une petite île nommée Bofin, sur la cote du territoire de Galleway. Un grand iTombre périrent du dernier supplice, ou moururent dans les prisons, ou furent fusillés pnr les soldats. Il n'est point de corps religieux qui n'ait fourni à cette époque d'honorables victimes. V Hibernia domiiiicana donne les noms de trente-trois Dominicains qui périrent de mort violente de 1649 h 16G0. On ne doute pas que le clergé séculier et les autres ordres religieux n'aient perdu de leurs membres
dans une proportion à peu près semblable. Quelques prêtres furent surpris au milieu de leurs fonctions, et assassinés sur-le-champ par les soldats.
En 1660, Charles II, fils de Charles 1", fut rappelé en Angleterre. Il était fils d'une princesse catholique, et avait épousé, en 1661, Catherine, fille de Jean IV, roi de Portugal. De plus, son frère, le duc d'York, faisait profession de la foi catholique. Les dispositions de Charles en faveur des catholiques n'étaient pas douteuses-, les protestants n'en mirent que plus d'ardeur à accuser et à poursuivre les catholiques, tantôt sous un prétexte, tantôt sous un autre. Edmond O'Reilly, archevêque d'Armagh, fut pris en 1661, et conduit à Londres, où il resta en prison jusqu'à sa mort, arrivée en 1669. Toutefois il n'y eut point de persécution générale jusqu'en 1678. Alors on imagina le complot dit d'Oatès, dont nous avons parlé plus haut (p. 168). C'était une fable inventée pour réchauffer la haine contre les catholiques : elle donna lieu à un renouvellement de persécution. Le 16 octobre 1678, on publia à Dublin tm ordre qui obligeait tous les évêques, Jésuites et religieux, à sortir d'Irlande avant le 20 novembre. Le 8 septembre, Pierre Talbot, archevêque de Dublin, d'une famille honorable du pays, fut enfermé au château de Dublin, où il mourut en 1680. Une proclamation promit 200 livres sterling à quiconque arrêterait Dominique Burke, évêque d'Elphin, Le 6 novembre 1679, Olivier Plumket, archevêque d'Armagh, fut arrêté et mis au château de Dublin, où on le garda un an 5 de là on l'envoya à Londres, où, malgré la fausseté et l'invraisemblance des accusations portées contre lui, il fut condamné à mort, et exécuté le l"juillet 1681.
Charles II mourut, comme nous l'avons vu, en 1685, et eut le duc d'York, Jacques II, pour successeur. Nousavons parlé plus haut des efforts de ce prince en faveur de la religion catholique et de leurs tristes résultats.
La capitulation de Limerick, du 3 octobre 1691, entre les généraux de Jacques et de Guillaume, assurait la
tranquillité des catholiques d'Irlande. Le 1" article portait que les catholiques du royaume jouiraient, dans l'exercice de leur religion, des privilèges qui ne sont point conli'aircs aux lois de l'Irlande, ou dont ils jouissaient sous Charles U-, et que le roi Guillaume et la reine, dès qu'ils pourraient convoquer le parlement, s'efforceraient de leur procurer des garanties ultérieures qui les missent à l'ahri de toute vexation à cause de leur religion. L'article 2 garantissait à tous les habitants d'Irlande la jouissance de leurs propriétés et l'exercice de leur profession et de leur vocation. Ce même article renfermait la teneur du serment à prêter; ce serment consistait seulement à promettre fidélité et soumission à Guillaume et Marie ; et l'article 3 déclarait qu'il ne pourrait en être exigé d'autre. Cette capitulation fut ratifiée et confirmée par Guillaume et Marie, le 24 fé- \rier 1692.
Toutefois, malgré la capitulation, plusieurs lois furent successivement portées au parlement contre les catholiques d'Irlande. En 1692 et 1693, un serment différent de celui qui avait été stipulé à Limerick, fut prescrit. En 1696, une autre loi confisquait tous les biens mobiliers et immobiliers de celui qui allait en pays étranger pour être insirmt du papis?iie, ou qui y envoyait ses enfantsdans le même but, ou qui y envoyait de l'argent pour les soutenir, ou bien par forme d'aumonc, pour les maisons religieuses. Sur la fin de 1697, un acte bien plus sévère encore passa au parlement. Il ordonnait aux archevêques et évêques papistes, aux vicaires-généraux, doyens, Jésuites, religieux de tous les ordres, et à tons les papistes qui avaient une juridiction ecclésiastique (1), de sorîir d'Irlatide avant le F' mai 1698. Si quelqu'un d'eux était trouvé en Irlande après cette époque^ il serait mis en pi"ison, puis déporté hors de l'ile. Si quelqu'un de ces déportés rentrait dans le royaume, il serait. réputé criminel
()) l.rs cuvés et prjlrcs de paroisses ne sont pas censés en Irlande avoir de juridiction projire.
de lèse-majesté, et puni coniiiie tel, Aiiciin des nommés ci-dessus ne devait venir des pays au delà de la mer en Irlande, après le 29 décembre 1G97, sous peine d'être mis en prison pendant un an, puis déporté; s'il revenait, il serait coupable de lèse-majesté, et puni comme tel. Quiconque après le 1" mai 1698, aura reçu sciemment, soutenu, caché quelqu'un des papistes ci-dessus désignés^ payera '20 livres sterling d'amende pour la première fois, 40 j)our la deuxième, et pour la troisième sera privé de tous ses biens sa vie durant 5 la moitié de ses biens sera donnée au délateur, et le reste sera attribué an fisc. Les juges de paix seront tenus au besoin de prêter main-forte pour arrêter et mettre en prison les papistes ci-dessus mentionnés, qui seraient demeurés dans le royaume contre la teneur de l'acte du parlementais seront tenus aussi de supprimer les couvents d'hommes et de femmes, les conférences et sociétés papistes. Ils rendront compte de l'exécution de ce statut dans les sessions deMeur comté. Que si quelque juge de paix, gouverneur ou officier civil y met de la négligence, il sera puni pour cette négligence d'une amende de 1,000 livres sterling, qui sera partagée, comme ci-dessus, entre le roi et le délateur; de plus, il sera à perpétuité déclaré inhabile à son emploi.
On voit par là avec combien peu de fondement il est dit dans le Dictiomiaire de iMorérj , édition de 1759, article Irlande, tome vi, que Guillaume lïï se refusa toujours à adopter les actes du parlement d'Irlande contre les catholiques. On ne sait où l'auteur de l'article, l'abbé Henegan, qui cependant était Irlandais, a pu prendre une telle assertion qui est démentie par les monuments du temps. Nous voyons au contraire que la persécution redoubla en Irlande dans les dix dernières années du dixseptième siècle. Plusieurs évèques furent obligés de s'expatrier, entre autres Dominique Magnin, archevêque d'Armagh et Dominique Burke, évêque d'Elphin. L'archevêque de Dublin et l'archevêque de Tuam passèrent aussi eu France, et il ne resta en Irlande que quelques
prélals âgés OU infirmes, ou qui étaient obligés de rester cachés avec de grandes précautions. Plusieurs sièges devinrent successivement 'vacants^ et il n'élait guère possible de songer à les remplir, au milieu des recherches rigoureuses que faisaient de tous cotés les agents protestants. Les religieux durent aussi céder à cet orage. Ils n'auraient pu rester sans compromettre ceux qui leur auraient donné asile. Aussi le plus grand nombre partit. Le Dominicain O'LcYue, un des historiens de son ordre en Irlande, nous apprend qu'il s'embarqua le 17 juin 1698, à Gallvvay, avec cent vingt-six religieux de divers ordres qui passaient .sur le continent. L'auteur de V Hibernia dominicana parle aussi de la déportation générale de cette époque, et il remarque que très-peu de religieux purent s'y soustraire. Aucune maison religieuse n'échappa aux poursuites.
Il fut heureux, dans de telles circonstances, que le clergé d'Irlande eût sur le continent des établissements où ses membres proscrits pussent trouver un asile. Le clergé séculier avait des collèges à Rome, à Paris^ à Bordeaux, à Douai, à Lille, à Louvain, à Anvers, à Lisbonne, à Çompostelle, à Salamanque, à Séville, à Alcala. A la vérité quelques-uns de ces établissements étaient peu considérables, mais celui de Paris était fort important. Il fut dû principalement à la charité d'un pieux ecclésiastique, l'abbé Guillaume Bailly, né à Paris d'une anciene famille de magistrature, qui devint conseiller-clerc au grand conseil et fut pourvu de l'abbaye de Saint-Thierry, près Reims. Touché de la situation des prêtres irlandais bannis pour la foi, et surtout des besoins des jeunes gens qui venaient faire leurs études en France pour se consacrer ensuite aux missions, il se concerta avec deux prêtres de ce pays, Malachie Kelly et Patrice M'Guin. On obtint le collège des Lombards, où il ne venait presque plus personne de Lombardie et dont les bâtiments tombaient en ruines. On s'occupa de les réparer et de les accroître. L'abbé Bailly pourvut en grande partie à la dépense, et fut reconnu supérieur de l'établissement, qui fut autorisé
DU COMAÎENCKMENT DU XVlIl' SIÈCLE. 191
par lettres patentes, en 1681. Sa fortune et ses soins étaient consacrés à cette maison. Il ne se contenta même pas d'avoir ouvert cet asile aux Irlandais, et le nombre des exilés augmentant par la persécution, il forma pour eux trois petites communautés qui se réunirent ensuite à rhotel Saint-Michel, rue Traversière. En même temps, il entretenait à Reims deux réunions de pauvres étudiants de la même nation. Sous Jacques II, il érigea un collège à Kilkernny, en Irlande. Cette île désolée dut à son zèle un grand nombre de missionnaires qui y soutinrent la religion ; le collège des Ecossais recevait aussi de lui des secours. Ce généreux bienfaiteur des missions d'Irlande mourut le 17 mars 1691, suivant les manuscrits de l'abbé Grandet, ouïe 7 mars 1694, d'après le Gallia christiana. Par son testament, il laissait 12,000 livres pour son œuvre. Un autre abbé Bailly, son frère, qui demeurait aux Missions- Etrangères, hérita de son affection pour l'Eglise d'Irlande, et soutint jusqu'à sa mort le collège des Lombards et les autres étalDlissements dont on vient de parler. Il paraît qu'un autre séminaire avait été établi en 1672, dans le faubourg Saint-Marceau, pour les Irlandais, et la chapelle en fut bénite en 1684. Il est aussi parlé d'Irlandais réfugiés pour lesquels le président Lescalopier avait loué une maison dans le faubourg Saint-Germain. Nous ne croyons pas que ces établissements aient subsisté.
Les religieux irlandais chassés de leur patrie avaient un asile naturel dans les couvents de leur ordre, situés sur le continent. Cependant quelques ordres avaient des maisons particulièrement affectées aux Irlandais. Tels étaient les Augustins, les Franciscains et les Dominicains. Ils avaient à Rome, à Douai, à Louvain, à Prague, des maisons destinées spécialement pour les Irlandais bannis. Les Dominicains seuls avaient trois couvents pour leurs confrères irlandais, le couvent de Saint-Sixte et de Saint-Clément à Rome, le couvent du Rosaire à Lisbonne, et celui de Sainte-Croix à Louvain. Ces maisons servaient de noviciat et de maison d'études pour les jeunes Dominicains. Tho-
nias Biirke donne fort longuement, dans son Hihernin dotuinicana, l'iiistoire de l'origine et des progrès de ces établissements.
Ou nous a conservé un tableau de Tépiscopat irlandais au milieu du dix-septième siècle. Les arcbevêques d'Armagli et de Dublin, et les évêques d'Ossery, de Meatb, Killaloo, de Kilmorc, d'Elpbin, d'ArdIert et de Cloumacuris, résidaient dans leurs églises, en 1649, et y moururent. Trois furent mis à mort en haine de la foi; Emer Malthew, évêque de Clogher, prélat très-cstimé, pendu en 1652 par ordre du parlement, et dont la tète fut exposée; Térence O'Bryen, dominicain, évêque d'Emly, pendu à Limerick, la veille de la Toussaint 16)1, par Tordre d'Ireton, gendre de Cromwell; etBoëceEgan, franciscain, évêque de Ross, rencontré par des soldats, et pendu par eux à un arbre avec la bride de son cheval. Dix évêques moururent en exil loin de leur patrie, savoir ; 1 archedes Cashell et Téveque de Leigîile, en Gallicie.j royaume d'Espagne ; les évêques de Saphos (l) et de Limerick, à Bruxelles; Tévêquc de Killaloo, à Bennes; l'évêque de Clonfert, à Savarin, en Hongrie; les évêques de Corck et Cloyne, et de Waterford et Lismore étaient tous les deux à Nantes. L'évêque de Riîmaednagh était caché en Angleterre, et l'évêque de Connor mourut en mer. Tous ces évêques moururent avant 1667. Quatre autres survécurent à celte époque ; Jean Burke, archevêque de Tuam, qui avait été en prison, puis banni, puis était retourné en Irlande, mais alors infirme et alité; Nicolas French, évêque de Fernes, qui avait résidé successivement en Espagne, à Paris et à Gand, où il suppléait les évêques pour les fonctions épiscopales; il mourut à Gand, le 23 août 1()78; André Lynch, évêque de Rilfenoz, qui demeura longtemps h Rouen, où il était suffragant de rarchevêque François de Harlay ; il paraît être retourné en Irlande vers 1679; enfin Patrice Plumkett, Bernardin , évêque d'Ardagh ,
(1) L'Rv'fiue «le S-iplios ctait Jea» O'Culicncii,
DU COMIMËNCEMFÎNÏ DU XVIIl" SIÈCLE. 193
longtemps exilé, mais retourné ensuite en Irlande, et y vivant caché.
Ce tableau est tiré d'une requête présentée en 1667 à Clément IXparrévêquedeFernes, pour lui faire connaître la triste situation de l'Eglise d'Irlande. Le Catholique de Dublin pour 1837, qui donne une liste chronologique des évéques d'Irlande, dit que cet évéque fut tué à Glencullonikill. Il était auparavant retourné en Irlande (1).
Nous ne mettrions pas le lecteur entièrement au fait de l'état de la religion en Angleterre, si nous ne donnions aussi quelques détails sur l'Église anglicane, ou, comme disent les Anglais, sur VÉglise établie. Elle comptait, au commencement du dix-huitième siècle , beaucoup d'hommes d'un mérite non équivoque. L'archevêque de Cantorbéry, Tenison, se distinguait plus, à la vérité, par sa modération que par l'éclat de ses talents -, cependant il n'était pas entièrement indigne du rang que sa place lui donnait dans l'Église et dans l'État. Sharp, archevêque d'York, après avoir eu de la réputation comme prédicateur, s'en faisait une par son habileté dans les affaires. Compton, évêque de Londres qui avait montré tant d'ar-
(1) Epilogus chronologies ordinis prœdicatorum in Ilibernid, Louvaiii, 1706, in-4». L'auteur est un Dominicain, Jean O'heyncn, mort a Louvain en 1717.
Jiiatecta sncrn, de rébus catholicorum in Hihcrnîd, Cologne, 1717, par David Rocli, évêque d'Ossery sous le titre de Philadelphe. U y a à la fin un appendice sous ce titre : De proccssa martjriali qiioriundaiu piigikuni. L'auteur mourut enlG65.
lielatio perseciitionis Hiherniœ. Lisbonne, 1755, in-12, par Daniel O'Dali, Dominicain, depuis élu évcipie de Coimbre, mort il Lisbonne en 1662.
lliberiiia doiidnicana, Cologne 1762, in-4'', par Thomas Biuke, depuis évêque d'Ossery. Cet ouvrage est très-curieux non-seulement pour l'histoire des Dominicains eh Irlande, mais encore pour le tableau de la législation et. de la persécution eu Irlande dans les xviie et xvni'' siècle. C'est là que nous avons pris ])rest]ue tout ce que nous avons dit sur rirlaiule jusqu a la moitié du xvm<^ siècle. L'auteur avait fait beaucoup de recherches et parait très-exact. Il mourut en 1776.
Iliitoria calholica, par Philippe O' Sullivan.
Compendium amialiurii Ecclesiœ Hiherniœ, par Potter.
Hibcrnicaruni rerum annales, par Wald.
Ilibernia resurgens, Rouen 1721, par Donat Coirk, ou selon d'autres, par David Roth^ évêque d'Ossery.
194 TAELEA.U HISTORIQUE
tîeur pour la révolution, était un protestant zélé. Burnet, évêque de Salisbury, partisan non moins vif de la révolution de 1688 , et de la succession dans la ligne prolestante, est connu par des écrits fort estimés dans le temps en Angleterre, mais dont le mérite n'est pas fait pour être également senti par delà la mer. Son Histoire de la réformation a été réfutée par Bossuet, et l'honneur d'avoir eu un tel adversaire pourra contribuer à sauver de l'oubli le nom du prélat anglican. Smolett dit de lui qu'il était généralement haï et méprisé 5 et il est vrai que Burnet donna beaucoup de prise sur lui par quelques actions et quelques écrits. Il est auteur d'un mémoire dans lequel, pour assurer la succession au trône chez les protestants, il proposait ou de faire déclarer nul le mariage de Charles II, ou de lui donner deux femmes à la fois. Le 31 décembre 1706, il prêcha un sermon d'appareil, où il entreprit de prouver, par l'Ecriture sainte, que ce serait un crime digne des plus sévères châtiments de faire la paix avec la France. L'historien Smolett lui reproche d'avoir, dans ce sermon, accumulé contre Louis XIV, les injures les plus atroces, les invectives les plus sanglantes, et les attributions les plus odieuses et les plus infamantes. Patrick, évêque d'Ely, était savant et habile. Cumberland, évêque de Peterborough , Fowler de Glocester, et Ridder de Bath, étaient estimés pour leur caractère et leurs connaissances. D'autres ecclésiastiques, qui n'arrivèrent que par la suite à l'épiscopat, avaient encore peutêtre plus de mérite. Atterbury, ambitieux et ardent, mais écrivain habile et littérateur plein de goût, servait le parti de la haute Eglise avec plus de chaleur que de mesure. Bull défendait la doctrine catholique sur la Trinité par de savants ouvrages qui lui méritèrent les éloges et les remerciements de Bossuet. Beverldge, Nicolson et Hooper étaient versés, les deux premiers, dans les antiquités ecclésiastiques, et le troisième dans la controverse. Hoadly et Sherlock entraient dans la carrière.
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Des docteurs, qui restèrent dans les rangs inférieurs du clergé, servaient aussi rÉgllse anglicane par leurs talents. Bennelt réfutait les dissidents dans de nombreux écrits. Bentley, critique habile et littérateur exercé, servait la religion, soit par ses sermons de Boyle, soit par ses écrits contre Collins. Bingham travaillait dans la retraite à son savant traité des Origines ecclésiastiques. Un des plus célèbres docteurs de ce temps-là, Clarke, se signalait dans la prédication, dans la controverse, dans la métaphysique. Il défendit les grands principes de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'àme, heureux s'il n'avait pas méconnu un des fondements du christianisme. (V. année 1704.) Collier s'élevait contre l'immoralité du théâtre, et avait l'honneur d'introduire une réforme dans cette partie. Dodwell ne mériterait que des éloges pour sa vaste doctrine et la prodigieuse fécondité de sa plume, s'il n'avait souvent fait servir son érudition à soutenir des paradoxes injurieux au christianisme, et même aux principes de la loi naturelle. Mill publiait sa belle édition du Nouveau-Testament. Prideaux, South, Whitby, Wollaston se distinguaient dans différents genres d'écrits. Toutes les parties de la science ecclésiastique étaient alors cultivées en Angleterre avec un zèle qui ne le cédait guère à celui que nous avons vu régner en France, à la même époque. La littérature biblique, les langues savantes, les antiquités, l'histoire, la controverse, la morale, occupaient des hommes de talent. Les grandes preuves de la loi naturelle et de la religion exerçaient les méditations de plusieurs philosophes dignes de ce nom. L'érudition et la littérature, la critique et le goût se prêtaient un mutuel support dans des ouvrages dont la réputation subsiste encore, et où les vérités capitales du christianisme étaient exposées avec clarté.
Cependant, quoiqu'un grand nombre de membres du clergé anglican honorassent leur communion par leurs talents et par l'usage qu'ils en faisaient, plusieurs aussi donnaient dans des erreurs très-graves ^ et il importe de
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le remarquer, pour faire voir jusqu'où des hommes, d'ailleurs judicieux et recommandables, peuvent être entraînés par le défaut d'autorité et par la voie de jugement privé, ce principe constitutif de la réforme et cette source féconde d'erreurs. Thomas Burnet donnait le roman de l'univers dans sa Théorie sacrée de la terre, ouvrage plein d'imagination, et qui, pour avoir été loué par Bayle, n'en est pas moins établi sur des principes faux. Cet auteur est encore moins orthodoxe dans son livre De l'état des morts et des ressuscites, où il combat hardiment l'éternité des peines, et prétend qu'à La fin tout le genre humain sera sauvé. Chuke et Whiston écrivaient en faveur de l'arianisme. On pourrait excuser en partie Dodwell , s'il lî'avait eu que les préjugés qui lui sont communs avec les théologiens de sa comuuinion contre les catholiques. Mais il tomba dans des aberrations que rien ne saurait pallier. Dans ses Dissertations sur saint Cyprien, il attaque nettement la croyance générale des chrétiens sur le nombre des martyrs. 11 se persuada que les Pères de l'Eglise étaient des hommes pieux, mais simples, qui avaient trop aisément ajouté foi à des faits douteux, il s'efforça de prouver que l'âme était mortelle de sa nature, et il imagina que l'immortalité était une sorte de baptême conféré à l'âme par un don de Dieu et par le ministère des évèques. Il prétendit que les Évangiles n'avaient été recueillis que sous ïrajan. Enfin, à mesure qu'il avançait en âge, il semblait prendre plaisir à inventer et à soutenir des paradoxes dont les incrédules ont abusé depuis. Sherlock, le père de l'évécjue, s'écarta de la croyance orthodoxe dans sa Défense de la Trinité. Il voulut donner une explication nouvelle de la Trinité, explication qui parut tendre au trilhéisme, et qui fut censurée par l'Université d'Oxford en 1695. %¥hitby devenu arien dans ses dernières années, rétracta tout ce que ses premiers ouvrages contenaient de conforme à la foi touchant la divinité de Jésus-Christ. Dans son interprétation de l'Ecriture, il sembla n'avoir cherché qu'à tourner les Pères
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en ridicule. En général, rhérésie arienne devint, vers le commencement de ce siècle, la grande plaie de l'Eglise nnplicane. Introduite en Angleterre par les sociniens, elle s'y modifia diversement. Les uns croyaient la préexistence" du Christ; les autres ne lui accordaient pas même cet avantage, et ne le regardaient que comme une créature douée seulement d'un peu plus de privilège que les autres. Nous aurons bien des occasions de faire remarquer les progrès de ce système en Angleterre, et même dans le clergé protestant de ce pays.
Depuis plus de trente ans, il s'était formé au sein de l'Église anglicane un parti qui tendait manifestement vers l'indifFérence religieuse. Addison en plaçait l'origine au règne de Charles II. L'arminianisme, qui dominait dans l'Université de Cambridge, avait favorisé cette disposition. Whichcot, Cudworth, Wilkins, Moore, Worlhingîon avaient été les premiers chefs de ce par(i. Leurs disciples Tillotson, Stillingfleet, Patrick, Burnet avaient achevé de rendre les mêmes idées populaires. On leur donnait le nom de latitudinnires, nom qu'ils repoussaient, mais qui les désigne bien. X)uoique membres de l'Eglise anglicane, ils favorisaient la liberté de penser, et ne voulaient voir, dans la différence des branches de la réforme , qu'une divergence d'oj)inions qui n'intéressait point le salut. Tel était le sentiment de Fowlcr, évéque de Glocester, que nous avons déjà nommé. Opposé à la doctrine rigide des premiers réformateurs^ à la justice impulaîive et à la prédestination absolue, il était partisan de la liberté religieuse. Oii l'appelait le précJicaleur ration- ?wl, parce qu'il insistait sur l'usage de la raison en matière de religion. Il a niérilé d'être le précurseur d'un parti qui devint très-nombreux en Angleterre sur la fin du dix-huitième siècle, et qui, sous le nom de chrétiens rationnels, de discuteurs, de rechercheurs (inquirers), remettait en effet tout en discussion , et à force de recherches, abrégeait de plus en plus le symbole, et se rapprochait du déisme.
A l'époque que nous parcourons en ce moment, la liberté de penser faisait, dans ce pays, de très-grands progrès. Un historien du temps, le continuateur de Rapin- Thoyras, le reconnaît formellement. « Sociniens, ariens, latiiudinaires, déistes, se montraient hardiment, dit-il, et on ne craignit point, dans des livres imprimés, de combattre et de tourner en ridicule les principaux mystères du christianisme. Les sociniens éclatèrent plus que les autres. Thomas Firmyn composa et répandit beaucoup d'ouvrages contre la Trinité. Il appelait les prêtres des tyrans et des fourbes, quoiqu'il fût lié avec Tillotson et d'autres évêques. Les disputes entre les théologiens étaient une occasion de scandale pour les simples , et fournissaient aux incrédules une ample matière de risée. » Le même historien avait dit un peu plus haut : (( On a accusé Guillaume d'avoir contribué à la licence, en fait de théologie et de morale, qui éclata de son temps, et à la vérité il y donna peut-être quelque occasion. Un grand nombre d'ecclésiastiques ne lui avaient prêté le serment exigé qu'avec des restrictions mentales, dont ils ne se cachaient point, et qui montraient qu'ils avaient moins de zèle que d'ambition. Une prévarication si criminelle, dans des gens qui doivent l'exemple, nuisit beaucoup à la religion et à la vertu. Beaucoup de personnes se crurent fondées à penser mal de la religion , puisque des ecclésiastiques , même habiles, paraissaient l'estimer si peu. »
Nous ne voulons cependant point insinuer que l'indifférence sur ce point important fût déjà générale en Angleterre. Si elle avait fait de grands progrès, de bons esprits avaient su s'en préserver. Newton, qui tenait le sceptre de la plus haute philosophie, et à qui ses découvertes et son génie assuraient une gloire durable. Newton se faisait honneur de parler de Dieu et de la Providence jusque dans les ouvrages où il pouvait se dispenser, ce semble, d'en faire mention. 11 est vrai qu'on a cru que ce grand homme penchait aussi vers les opinions ariennes. Mais s'il les adopta, ce fut en secret. Il n'eut
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point la manie de les afficher et de les répandre. Il sut même très-mauvais gré à Whiston de s'élre appuyé de son suffrage, et il ne voulut jamais souffrir que l'on admît cet arien fameux dans la Société royale dont il était président. L'honorable Robert Boyle , moins célèbre encore par sa naissance que par ses travaux en physique et en philosophie, a montré son attachement au christianisme en fondant des discours annuels contre l'athéisme; fondation qui a excité une noble émulation dans le clergé anglican, et qui a donné naissance h d'excellents traités. C'est par là que Bentley, Kidder , Clarke et plusieurs savants docteurs commencèrent à se faire connaître. Addison doit être compté parmi les laïques les plus attachés à la religion. Le bienfaisant Nelson, dont la femme était catholique, et qui était en relation avec Bossuet, prenait un vif intérêt à tout ce qui pouvait intéresser la révélation. Il était de toutes les sociétés établies en Angleterre pour la propagation de l'Evangile, pour la réformation des mœurs, pour la construction d'églises, pour la fondation d'écoles ; et il donna en mourant tout son bien pour celte dernière bonne œuvre. Il est auteur de quelques écrits sur des sujets de religion. Edouard Colston, de Bristol, ne fut pas moins distingué dans le même genre. Il fit un noble emploi de sa fortune, éleva des écoles, enrichit des hôpitaux, fonda des cours de sermons. Il y a en Angleterre bien des exemples de ces sortes de fondations. Lady Moyer en fit une pour un cours de sermons où l'on prouvait la divinité de Jésus-Christ, et ce fut par là que Walerland commença à se faire connaître. Ce fleure des sermons est fort cultivé en Angleterre. Il est vrai que les sermons n'y sont pas ce qu'ils sont ailleurs. On y songe moins à être orateur qu'exact et méthodique. On y trouve des discussions métaphysiques, des traités sérieux et même des réflexions politiques. Les sermons de la fondation de Boyle, ceux de la société de Lincoln's Inn, ceux de Gray's Inn, ceux d'Old-Jewry étaient fort suivis, et plusieurs ont été imprimés.
Oulrc les anglicans, ç'est-à-dire ceux qui tiennent à l'Éplise telle qu'elle a été établie par les actes du Parlement, il y a encore un très-grand nombre de dissente/s ou de non-conformisles, qui se divisent en plusieurs sectes, les presbytériens, les indépendants, les anabaptistes, les quakers, les unitaires, etc. Les premiers surtout sont trèsnombreux. Ils forment, en Ecosse, l'Église dominante, depuis que Guillaume y abrogea l'épiscopat. Aussi les éplscopaux d'Ecosse restèrent-ils conslauuuent altacbés au paru de Jacques, d'où on les a nommési jacobites. Les presbytériens anglais se sont beaucoup multipliés dans ce siècle, et ont eu des ministres d'un talent distingué. Les quakers ne faisaient pas de moindres progrès an conuuencement de ce siècle. Leur cîief était Guillaume Penn, bonune estimable sous plusieurs rapports, mais qui croyait avoir des visions cl qui les rapportait sérieusement. Enfin les unitaires commençaient à tenir des assemblées publiques à Londres. D'autres sectes s'accrurent successivement aux dépens de rÈgllse établie. On se sépara d'elle comme elle s'était séparée de l'Eglise romaine, et l'on invoqua contre elle les mêmes raisons qu'elle avait fait valoir autrefois pour motiver sa rupture avec les catboliques.