‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 3)Chapitre 37 sur 54 · MISSIONS DU LEVANT · texte numérisé non relu

MISSIONS DU LEVANT

Nous commencerons par le Levant , mission qui doit, en quelque sorte, le plus intéresser les français, parce que c'est celle où les religieux de notre nation se portaient en plus grand nombre, et parce que le gouvernement avait pris un soin parliculier de les proléger. Nonseulement Louis XIV favorisait l'envoi des missionnaires; il leur prodiguait encore les secours dont ils avaient besoin. 11 leur faisait donner de l'argent pour le soulagement des pauvres, pour la construction et l'ornement des églises. Il leur conférait le titre de consul pour augmenter leur crédit. Ses ambassadeurs à Constantinople avaient ordre de soutenir les missionnaires. S'il survenait quelque persécution, si quelque gouverneur vexait les chrétiens, l'ambassadeur réclamait au nom du roi très-chrétien. Tout parle encore en ce pays des bienfaits de Louis XIV. Ce fut à sa sollicitation que le Grand-Seigneur accorda aux Français établis à Salonique l'usage d'une chapelle publique qui fut dédiée sous le nom de Saint-Louis. Ce fut l'entremise de son ambassadeur qui empêcha les Latins d'être chassés de l'île de Scio, et qui leur procura la liberté de conserver un missionnaire. Ce fut encore la recommandation du même prince qui obtint pour les missionnaires un firman, en vertu duquel ils s'établirent solidement à Alep ; et ce furent les faveurs dont il les combla, qui rendirent cette mission si florissante, et qui préparèrent la réunion d'un grand nombre de chrétiens séparés de l'Église romaine. Louis XIV fit aussi rendre aux chrétiens l'église de Bethléhem , profanée par les Turcs, et il la répara et l'embellit.

En 1701, le nombre des catholiques, à Constantinople, s'élevait à plus de douze mille. Les Jésuites y avaient une maison. Un d'eux, le père Cachod , Suisse d'origine, s'y appliquait avec fruit à la conversion des schismatiques. Il avait ramené entre autres beaucoup d'Arméniens, et il visitait souvent les esclaves chrétiens dans les bagnes. Le

DU COMAÎKNCOILNT i)V WJli* SlàcLli. 203

saint-siégc entretient à Consfantinople un vicaire apostolique pour les besoins des Latins, li y a dix mille chrétiens à Saloniqucj il y en a à Smyrne ; il y en a plus encore à Alep, qui est la mission la plus ancienne, et où il y a des religieux de différents ordres. Une relation y supposait plus de cent mille chrétiens, mais on croit que ce compte est trop enflé. Damas , Seyde , Antoura, Tripoli, Saint-Jean-d'Acre offrent plus ou moins de catholiques. On sait que les Maronites se sont réunis à l'Église romaine, et lui sont constamment attachés. Ils forment dans ce pays une chrétienté florissante. Jérusalem n'est plus riche que de souvenirs. Les catholiques y sont peut-être les moins nombreux de toutes les communions chrétiennes. Ils n'y ont qu'une maison de religieux, et vers la fin du dix-septième siècle railluence des pèlerins diminuait. Les avanies et les vexations exercées journellement par les Turcs y contribuaient sans doute beaucoup.

Le catholicisme était répandu en Arménie. Il y avait en ce pays un archevêque, celui de Naschivan, qui relevait immédiatement du Saint-Siège. Une mission avait été récemment fondée à Erzerum par les Jésuites, puis partagée en deux à cause de son étendue. Elle occupait deux missionnaires, et renfermait un assez grand nombre de catholiques. En 1711, un évêque, vingt-deux prêtres et plus de huit cents personnes du rit arménien, se réconcilièrent à l'Église.

En Perse, il y avait trois missions principales, celle d'Ispahan, celle de Sirvan, et celle d'Erivan. La première était gouvernée par un évêque en titre, que le Saint-Siège y envoyait. Ces missions étaient souvent traversées, soit par les chrétiens non unis a l'Église romaine, soit par les mahométans; mais au milieu de ces traverses, les catholiques faisaient paraître une résignation et une constance qui triomphaient ordinairement de leurs ennemis. Depuis une soixantaine d'années, un nouveau siège épiscopal avait été érigé dans ces contrées. C'était à une dame française qu'on devait cet avantage. Madame du Gué de Ba-

20i TACLI'AU HISTOIUQUE

gnols, veuve de M, Ricouarl, donna, pour la fondation de l'évêché deBabylone, une somme de 6G, 000 livres, et demanda seulement que le premier évèque fût le P. Bernard de Sainte-Thérèse, religieux, en qui elle avait beaucoup de confiance. Ce religieux fut en effet nommé, et se rendit en Perse, où il commença ses fondions, qui eurent d'abord d'heureux effets. Mais ayant été ensuite dénoncé, il pensa perdre la vie. Il revint à Paris où il mourut en 1G69. Un de ses successeurs fut M. Picquet , prélat bien connu par ses talents et par son zèle. Il avait été longtemps consul de France à Alep, et y avait rendu des services signalés à ses compatriotes et aux chrétiens. Sa piélé le fit juger digne d'occuper un rang dans l'Eglise. Il fut sacré, en 1677, comme évéque de Gésarople et coadjuteur de Babylone. Il se rendit en Perse en cet(e qualité, et obtint plusieurs avantages pour les chrétiens. Il mourut plusieurs années après, universellement regretté pour ses travaux et ses qualités. Le pape lui donna pour successeur Laurent d'Arvieux , consul à Alep, moins estimable encore par ses connaissances que par son zèle pour les missions, et qui s'était plus d'une fois servi de son crédit pour les protéger. Mais ce vertueux laïque refusa l'épiscopat, et indiqua pour le siège de Babylone, suivant l'autorisation du pape, le P. Pidon de S. Olon. D'Arvieux mourut à Marseille en 1702, laissant des Mémoires curieux sur ces pays. Il a eu des successeurs dans l'évêché de Babylone jusqu'à ces derniers temps.

11 y a eu, à différentes époques, plusieurs réunions d'Arméniens, de Nestoriens, et de Jacobitesou Eutychiens à l'Eglise romaine. Il y a aussi quelques catholiques en Géorgie et en Mingrélie.

Page 1