‹ Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le dix-huitième siècle (volume 3)Chapitre 6 sur 54 · NOTICE. XIII · texte numérisé non relu

NOTICE. XIII

» point, disait-il avec modestie, dans la Préface de sa première » édition, ce n'est point une histoiie ecclésiastique que nous » offrons ici au public ; ce ne sont que des Mémoires pour » servir à l'histoire ecclésiastique ; ce n'est eu quelque sorte » qu'un canuevas que nous présentons à remplir par des mains » plus habiles. »

Cependant, les journaux du temps rendirent un compte favorable des Mémoires. Le Mercure de France leur consacra un article dans son numéro du 24 mai 1806 : il loua les recherches, le style et les connaissances de l'historien. Le Journal de V Empire en ût l'éloge dans sa feudle du 1" novembre. La Gazette de France n'en paria pas moins avantageusement, et il n'y eut pas jusqu'au Courrier des Spectacles qui loua l'esprit et les principes d'une production si grave (1).

L'année 1815 vit paraître les trois premiers volumes de la seconde édition des Mémoires. Sans changer le p'an de son ouvrage, l'auteur y avait fait des additions importantes. Ses considérations sur l'état de la religion et de l'Eglise, au commencement du dix-huitième siècl-, par où il entrait en matière, se trouvaient développées et divisées en trois parties. Au lieu d'une esquisse, IM. Picot présentait un tableau. Dans le corps des IMéuioires, il donnait cette fois tle curieux détails sur les Eglises étrangères, et à l'histoue de la religion il joignait celle des livres philosophiques dont l'iulbience avait provoqué d'horribles catastrophes. Libre enfin de dire la vérité, nonseulement M. Picot rectifia les erreurs ou remplit les lacunes qu'ilavait été obligé de laisser dans le récitdes événements qui se rattachaient aux cinq premières années du siècle actuel, mais il poursuivit son récit jusqu'à la fin de 1815, mettant les hommes et les faits sous leur véritable jour, sans oublier toutefois la juste mesure avec laquelle il convient de parler de personnages récents.

Comme supplément aux trois volumes donnés en 1815, il en publia l'année suivante un quatrième, qui comprenait la liste chronologique des écrivains du dix-huitième siècle, considérés principalenient sons le rapport religieux. Ce travail, entièremcntneuf, étut, à cette époque, d'autant plus nécessaire que, dans la plupart des dictionnaires historiques publiés jusqu'alors, la partie ecclésiastique était trailée avec beaucoup

(I) l.\/i:i! de la Relii;!oii, tome 3. page 338.

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de néplioence et d'inexactitude. Aussi cette partie de l'ouvrage ""a "été dans la suite presque reproduite tout entière dans diverses biographies, qui l'ont presque copié textuellement.

On crut néanmoins que ces Mémoires pouvaient devenir un ouvrage plus complet ; et l'on persuada à M. Picot qu'il devait consacier ses derniers jours à préparer une troisième édition de ses Mcmoires, où il utiliserait les riches matériaux recueillis pendant vingt-cinq années, moins encore dans les livrespnbliés depuis la Restauration, que dans les intimes confidences des plus illustres personnages de l'Eglise, sur les mobiles secrets des affairesecclésiasliques. M. Picotsentait que sa fin approchait, et renonçant à toute autre occupation, même en faveur d'une publication à laquelle il avait lié son existence et qui avait été entre ses mains l'instrument d'un grand bien , il s'appliqua tout entier à l'œuvre c|ui devait être son testament littéraire. <i Je m'occupe de mes Aiémoircs, écrivait-il le 28 juin 1841, à » unanii, et je n'enfaispas un mystère ; ce travail m'intéresse » beaucoup. Ce ne sei'a point proprement une nouvelle édi- » tion, ce sera un nouvel ouvrage. »

M. Picot était âgé de 71 ans, et chaque matin il assistait à l'autel le prêtre qui, deux fois au moins la semaine, lui donnait le pain eucharistique. La fréquente communion avait toujours été, dans toutes ses diverses situations, l'aliment de cette piété aussi profonde que sincère dont toute sa vie avait été empreinte. Le dimanche 14 noven^bre, son action de grâces à laquelle il avait coutume de consacrer un quart d'heure, dura trois fois plus longtemps. Le prêtre , inquiet de son silence, s'approcha ; il vivait ; seulement sa conversation était dans les cieux ; c'était l'avant-goût des joies auxquelles Dieu allait l'admettre. Le soir, en effet, au moment où, pour la dernière fois, il conversait avec ses amis, une légère indisposition se manifesta. Malgré les secours de l'art, mais sans souffrances, et comme s'il entrait dans un paisible sommeil, il remit son âme à Dieu, le lundi lônoveinbre i84l , à six heuresdu matin.

ITn nombreux cortège entoura son cercueil, et la présence de M. rinternonce apostolique disait assez que la mort de INL Picot n'était pas seulement une perte pour l'Eglise de France, mais pour toute l'Eglise. Il n'est pas en effet un seul de ses lecteurs, de ses amis, et surtout de ses collaborateurs, qui ne pensât de cet homme vénéré ce qu'écrivait, à ces der-

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