RJÉPONSE A QUELQUES CRITIQUES. XXXVII
pour Port-Royal , et a présenté cette maison comme un lieu de rassemblement où Ton répandait des écrits, où Ton concertait des mesures, où Ton soufflait le feu de la division. La gloire dé ce saint lieu touche trop M. S. pour qu'il ne réclame pas contre ^es accusations. Il nous défie de lui citer un seul livre imprimé et saisi à Port-Royal. D'abord, nous n'avons point dit qu'oii y imprimait, mais qu* il partait de là des écrits ; ce qui signifie apparemment qu'on y en distribuait, et il nous permettra de le croire. Il nie les rassemblements, paice que^ dit-il, les solitaires avaient été pi écédemment dispersés, et qu'ils étaient presque tous morts. Il en restait à peine, selon lui, trois ou quatre. Nous lui en nommerions bien davantage; car nous n'avons pas pai lé seulement des anciens solitaires de Port- Royal, mais des amis zélés de cette maison, de ceux qui en conservaient l'esprit. Il en existait un assez grand nombre en 1709(1); plusieurs n'étaient pas fort éloignés, et pouvaient aisément s'y réunir. Cette maison inspirait à ses partisans le plus vif intérêt. Delà tant de plaintes sur sa destruction. De là ces Histoires de Port^ Royal, ces Mémoires sur Port-Royal, ces Gemissements sur Port-RoyaL De là ces pèlerinages que l'on faisait sur ses ruines ; pèlerinages qui avaient lieu même à une époque bien postérieure. Drpuis Pâque dernier^ écrivait-on en 1733, les pèlerinages à Port-Royal sont surtout iletfenus plus fréquents. Il s^y est trouvé à la fois jusquà quatre-vin^ls ou cent personnes de Paris.,, Un Jour il y eut un concours de plus de trois cents personnes. On en a recueilli dis os, de la terre, de V herbe même.» {Noiwelles ecclésiastiques du 20 mai 1733) Nous citons ici à M. S. des autorités dont il fait cas. Si l'on accourait ainsi de toutes parts à Port-Royal, quand la maison était détruite, à plus forte raison apparemment quand elle subsistait. Les adhérents de Port- Royal j dit un écrivain moderne, qui a aussi dé" ploré sa ruine, formèrent constamment une famille dispersée^ mais dont les liens int^isibles se fortifièrent par la persécution diri" gée contre eux,.. Sous le point de vue politique^ on peut les citer comme précurseurs de la révolution,.. Divers littérateurs attribuent à un 4tdhérent de Port'Royal le livre fameux qui parut anonyme
(1) Charles la Grange et Nicolas Fontaine ne moururent qne cette année; mais l'avocat Lombert, Duvaucel , Treuvé, Huré , Thierri de Viaiznes , le Brun-Desmarettes, Hecquet, Blondel, Innés, etc, ete. n'étaient pas^ moins attachés à Port-RoytU ri ^
XXXVUI HfiPOiVSË À QUFLQU£$ CAIXIQUS^.
vers la fin du xvii" siècle: les y aux d* un patriote^ ou Soupirs de laPrance qui aspire après la liberté. Le même auteur indique encore le Catéchisme sur (Eglise pour les temps de troubles, ri' digé^àxi-W^par un ami de Port^RoyaL II ajoute plus loin ; (Test t école de Port'Roj'al qui, dirigeant les efforts concertés de la nui' gist rature et de la portion la plus saine (selon lui) du clergé, op' posa une double barrière aux ent^hissements du despotisme poli* tique et du despoiisme idtramontain (1) Nous nVn avions pas tant dit. Nous sommes fâché que IVJ. S., oubliant ici la modération qu'il semblait s'être prescrite, se soit un peu rapproché du ton du P. Lambert, et ait recueilli quelques-unes des épiibètes dont le bon Père était si prodigue. Nous aurons encore sur lui cet avantage; c'est que nous ne l'appellerons ni un déclama" leur ridicule^ ni un calomniateur impertinent. Nous nous plaindrons seulement qu^on ne puisse défendre Arnauld et Port- Royal sans employer quelques-uns de ces termes que le monde estime durs, et que des gens si charitables ne puissent se posséder davantage.
Un troisième sujet de reproches fait par M. S. aux Mémoirêé^ c'est le récit qui s'y trouve des faits qui amenèrent la constitu- .ûon Unigenitus. Il fait l'étonné que l'auteur ne se soit passcrvi davantage, et du Journal de Dorsanne^ source sûre et non sus^ |>ecte. et des Mémoires de Saint-Simon^ dont personne ne con^ teste la rigide impartialité. Les autres autorités qu'il ajoutée de si imposants témoignages, sont les Mémoires de Duclos et de Marmontel ^ que Ton sait avoir copié Saint-Simon, et qui ont raconté ces disputes d'une manière si exacte, si mesurée et ai sage. Comment un homme un peu judicieux peut-il nous faire un crime de n'avoir pas suivi aveuglément des historiens si légers ou si prévenus? Peut-il ignorer que Saint-Simon d«» bite une foule d'anecdotes qui circulaient à Versailles, et dont la plupart ne prouvent que sa crédulité lorsque ce n'est pai lui qui les invente? Ne raconte^t*il pas comme un fait certain le mariage du Cardinal Dubois» historiette dont la fausseté est reconnue par les modernes les plus impartiaux ? Ses éditeun même n'ont? ils pas avoué son caractère haineux et satirique» qui le portait à dire du mal de tout le monde et à adopter les fables les plus ridicules? Duclos, qui lui a emprunté tant d'à- Beedotés» n'estai pas connu par sa caasticité, son penchant à
(ï) ÎAi Ruines de Port-Hoyal, en 1809, par M. Gréfoîn.
RSPOIISI A QUELQUES CKITIQUC», XXXIX
l'épigrauime et sod empressetnent à accueillir le% traits les plus moi*dantB? Si ce sont là les autorités de M« S»« oous les lui abandonnons volontiers. Il aime les anecdotes ; nous nous «n défions extréinementi II cherche à divertir son leci0ur(p* SH), nous croyons plus utile de l'instruire. Un écrirain grave n'at* tache pas tant d'importance à ces propos^ à ces ouï dire« à ces épi^ratunies ) qui sont propres peut*étre à égayer l'oiMireté maligne^ mais qui ne persuadant que la crédulité et Tirrëflexion. Nous l'avons dit ailleurs^ ce n'est pas sur de telles autorités que s'appuie l'histoii^e^ et que nous avons cherché à asseoir nos récits.
Mais Voici qui va nous écraser. M. S. a consulté les archives romaine!! transportées à Paris il y a quelques années. Londiraii^ e'est lui qui parle, ^ne tes arùkipes n'ani été mmenéss à fkéiel Soubi^e que pour lui fhftmir fnaef ce ^n^on penl désirer en fait de prmiifês. Admirable attention de la Providence, qui n'a permis ee déplacement que pour prt>curer A M. S. les moyens de nous confondre ! car les preuves qui résultent de ces archives sont péreinptoires. Ce sont des coups de massue dont on ne peut plus se relever. Nous n'avons pn,il faut l'avôuér^ nous défendre de quelque épouvante en lisant tes terrîMes menaces , et nous n'avons commencé la lecture de ces pièces si décisives qu'avec tine anxiété pénible. Mai-, qu'y avons-nous trouvé? Deux lettres d'un Capucin, lé P. Tiniolhée de la Flèche, depuis Evéqiie de Béryte, et deux antres du P. Le Tellier. Et que nous apprennent ces lettres victorieuses ? Que le P. Le Telllcr écrivait à Rome pour représenter la nécessité d'une Bulle contre les Réfleâcions ntùmles^ et qu'il agissait en France pottf qu'elle y (ïït reçue. Eh bien ! qu'y à-t-il donc là de Si désho-» norant pour la tour de Rome et pour lui t Bossuet ne sollicitat-4l pas aussi, et longtemps et avec instante, le Bref contre le Kvre de Fén^lon? M. S. lui eu fait-^il un crime? Pourquoi tit^uyet-ilsi blâmable dans l'un ce qu'il louerait dans l'autre? L*alv triomphant qu'il afPecie après cela n'est-il pas iin peu ïtdicttlet H serait cnritttx, dit-il , de S(n>nir ce t/ue fnufear des Memoirrs aurait à répîiqnèr à ces prem'és. Nous pou tons satisfaire sa Curiosité; c*est que ces preuves ne nous ont rien appris. Nous savions tomme lui que le P. Le Tellier avait pu contribuer à instruire le Pape de té qùî se passait en France. Mais dé ce qûli écrivait à Rome pour demaudér une Bulle, conclure» comihfe fbnt quelques htstoriefts et M« 8. Après tmx, que
XL RKPONSE ▲ QUELQUES GRlTIQUESt
Le TelUer dicta la Bulle, qu'il mit le pied sur la gorge du Pape^ suivant l'expression noble de ces messieurs, qu'il exigea impé^ rieusement la condamnation de plus de cent propositions, que Clément XI en fit ses doléances à M. Amelot ; ce sont là de cet anecdotes ridicules qui ne peuvent paraître plausibles qu'à ceux dont elles favorisent les préventions. On dirait avec tout autant de fondement, que Bossuet mit le pied sur la gorge d'Iii-» nocent XII pour lui faire donner le Bref contre Fénelon ; car certainement ce savant Prélat mit plus de zèle à faire coodam* ner Y Explication des Maximes des Saints, que Le Tel lier à ob« tenir la Bulle contre les Réflexions morales, qui d'ailleurs» comme doit le savoir M. S., avaient été condamnées en 1708, avant que Le Tellier s'en fût mêlé. Cette seule observation détruit Timportance affectée que notre critique attache à cet grandes découvertes et à ses terribles preuves.
M. S. a encore recours aux archives pontificales pour rap« porter ce qui se passa à Rome et en France au sujet de la même Bulle ; mais ses recherches, loin d'appuyer son système, lui seraient plutôt contraires. Car, d'après les renseignements même qu'il nous transmet, on voit avec quelle lenteur, avec quelle maturité on procédait à Rome à l'examen des propositions extraites du livre de Quesnel. Lui-même nous raconte qu'il' y eut d'abord cent cinquante-cinq propositions soumises à iVxamen ; qu^un premier examen fut commencé le 1«' juin 1712, que le Pape établit ensuite de nouvelles Congrégations^ que huit consulteurs commencèrent leur travail au commen-* cernent de 1713, que six Cardinaux furent appelés, que Clément XI faisait lui-même un extrait des opinions des consulteurs, y joignait ses développements et ses remaïques, et terminait, sur chaque proposition, par une note, également de sa main, et énonçant son jugement. Un tel travail prouve que ce Pontife n'agit en cette occasion, ni par une impulsion étrangère, ni par aucun des moiifs ridicules que lui ont prêtés set ennemis, et il faut remercier M. S. de nous avoir fait connaîtra le soin, l'attention et l'assiduité avtc lesquels Clément XI traita cette affaire. H prétend tirer un grand avantage d'un mémoire remis au Pape en avril 1717, et où l'on parle de l'accueil qu'avait reçu la Bulle en France. Ce mémoire s'exprime en effet à peu près comme aurait pu fdire Dorsanne ou Villefore. Mais qu'indique-t-il ? rien autre chose que l'opinion de celui qui l'avait rédigé, peut-être du P. Laborde ou de l'abbé Chevalier,
lub»ONS£ A QUELQUES CRITIQU£8# Xtt
qui étaient alors à Rome, qui y avaient été envoyés par leê opposants» et qui eurent ordre d'en sortir peu après. Il n^est pas étonnant que ce mémoire soit écrit du même ton que les autres pamphlets des appelants, puisqu'il était émané de ce parti; et de ce qu'on l'a trouvé dans les archives de Rome^ cela prouve seulement qu'on y conservait toutes les piècei^, dans quelque sens qu'elles fussent rédigées ; ce qui en effet est assez l'usage dans les archives.
M. S. s'est donc un peu hâté de chanter victoire. Sa massue n'est pas celle d'Hercule, et ses démonstrations ne persuaderont que lui. Nous arrivons à un dernier reproche qu'il nous fait. Pour le coup, il nous a pris en flagrant délit. Mous avions dit que Clément XI at^aà offert au Cardinal de Noailles de cal" mer ses scrupules en lui donnant sur la Bulle les explications quil pouvait désirer. Notre critique se récrie sur cette assertion f comme étant une fausseté palpable et une invention ridicule. Mais ce n'est point nous qui avons inventé ce fait; c'est un écrivain contemporain qui le rapporte, c'est un Evéque employé dans les négociations de ce temps- là. A la vérité, et nous en avons quelque honte pour notre cause , cet écrivain, cet Evéque, est un Jésuite dont le témoignage ne paraîtra peutêtre pas recevable à M. S. ; car à ses yeux un homme de cette robe mérite-t-il quelque confiance ? Néanmoins, puisqu'il nous fait tant valoir et son Dorsanne et son Yillefore, il faudra bien qu'il nous permette de lui citer une seule fois M. Lafiteau. Il trouvei a le fait en question dans la Réfutation des anecdotes^ par ce Prélat, tome P', pag. 64 et 55.
Le reste de sa brochure Voule sur des reproches plus vagues encore ou tout aussi peu fondes. Elle est terminée par une conclusion dans laquelle cet homme judicieux et zélé, craignant que ce que nous avons dit de la philosophie ne servit à détromper quelques incrédules, a soin de les prémunir contre tin résultat si fâcheux, et daigne leur fournir des raisons pour échapper aux faits que nous avons réunis contre eux. On ne peut qu'applaudir à la sagesse, à la discrétion, et aux intentions pures d'un chrétien si charitable.
Nous avons peut-être attaché trop d'importance à cette brochure. Mais si nous n'y avions pas répondu, l'auteur se serait peut-être flatté de nous avoir réduit au silence. Nous avons voulu lui ôter jusqu'à cette ressource. Il verra que nous n'avons point fui le combat. Il avait pris plus de huit ans pour
ÀÔDS tétater; nous lui t*épondon8 au boni de cfuàtré tnelè. €ë fi*çst pas là refuser le dëfi ; seulement nous rengageront à )ie hâter davantage Une {lutre ibis. Le premier volume de notre nouvelle ëditioa était déjà imprimé , quand sa broctiaré a paru. Mous avons oui-dire que depuis il y a encore dohûë tine suite, et qu*ll s*y fatigue à répéter contre les Jésuites tout ce qu'avaient déjà dit ses devanciers. Nous avons envoyé demander cette suite chez son libraire et n'avons pu l'obtenir. Nous ne croyons point avoir à regretter cet écrit, qui n'eût probablement contenu que ce qu'on trouve déjà sur ce sujet Sans cent autres ouvrages, et où l'on nous eût cité, comme des autorités irréfragables , et la Morale pratique ^ et les Noui^lles ecclésiastiques^ et Coudrette, et Platel, et tes autres écrivains du itiéme bord, si célébrés par leur sagesse et leur modération. Nous n'envions pas à M. S. ces suffrages et ces garants^ et noua nous hâtons de terminer ces discussions, et de venir à notre objet. Nous ferons seulement remarquer, en finissant, qtie nos Mémoires n'ont été attaqués que sur un genre de foits, et que la partie philosophique, et les autres récits qu'ils renferment, n ont point été contestés ; d'où il suit que la portion la pItiS importante de notre ouvrage est restée sans réponse , et que l'ensemble de ce4lie histoire, et la mnsse des faits qu'elle présente, doivent paraître assez bien établis pour entraîner l'assentiment du lecteur. Cette seule considération nous consolerait des chicanes de quelques gens tenaces, qui ne connaissent Hen de plus important que les préjugés dont ils sont remplis, et aui voudraient concentrer l'histoire de l'Eglise dans l'éloge de leur cause, et dans l'apologie de ses défenseurs.
L'ÉTAT DE LA RELIGION ET DE LiGLISE
AU COVMKNCEMENT DU XYDI* SI&GLB,
POUR SERVIR d'introduction.
r(ous diviserons cette Introduction en trois partiM^
Dans I9 premior^i pou3 cKpûSt;ron3 l'étftt dç la Beligion en général, à Touverturedu dix-huillème siècle. On verra comment, au milieu des plus beaux sticoès de TEgiise, commençait à se montrer cette philosdphle pernicieuse) qui fit dans la suite tant de ravages.
Dans la deuxième, nous donnerons des notions sur dei faits qui, pour la plupart, appartiennent à l'histoire eoolësiastique du dix-huiiièrae siècle, qu'il est nécessaire d6 connaître pour bien entendre d'autres événements que nous aurons k raconter dans la suite de ces Mémoires. Ces faits sont relatifs à la naissance et aux progrès du Jansénisme, qui causa tantde maux à TËglise de France. Dans la troisième, nous examinerons quelle était, vers 1701, la situation de l'Eglise, dans chacun^ des principales parties de la chrétienté (1).
(1) Cette troisième partie était la secoqdp dans les éditions précédentes, mais il nous a piru plus naturel de placer d'abord ce qui était le plus génértl, et de f approcher de ee qui est dit dans la première partie, sur la haisx sance 4^ V^ppi^té piiiiosophiqiief ies détaiU que donne |a seconde «ur l^ J^» ténisme, cet autre ennemi de TEglise, presque aussi funeste. Editeur,